Préviousement : Maximilien de Villefort a déserté l'académie de Beauxbâtons pour secourir son oncle attaqué par les mangemorts.
Maximilien lâcha la plume qui lui avait servi de portoloin et brandit sa baguette. Il ne fallait pas hésiter, il devait y aller. Pourtant il y avait quelque chose d'étrange. A chaque fois que les mangemorts frappaient, ils laissaient la marque des ténèbres flotter dans le ciel. Pourquoi n'était-elle pas là ? Ils n'avaient pas eu le temps ? Voulaient-ils être discrets ? Ou alors ce n'étaient pas des mangemorts. Improbable.
Maximilien arriva à hauteur de la porte arrière. Il hésita à entrer en sachant qu'il n'y aurait plus de retour possible. Il se souvint de la procédure pour entrer, d'abord murmurer son mot de passe personnel et ensuite déverrouiller avec la clef. Il repensa à ce qu'avait dit son oncle. Les mangemorts l'avaient empêché de fuir. Avaient-ils piégé la porte ? Pour vérifier, le jeune homme invoqua la magie ancienne. Sans utiliser sa baguette, il stimula son flux magique et le projeta sur la poignée et la serrure. Rien. Il l'étendit à la porte. Toujours rien. Il restait des traces de magie, bien sûr, mais tous les sortilèges avaient été … brisés. Oui, brisés. Aucun ne semblait avoir été ajouté. Mais il n'était pas briseur de sorts. Des maléfices discrets pouvaient tout à fait lui échapper. Pour la première fois, il se dit qu'il aurait dû attendre et se faire accompagner. Il aurait bien aimé avoir Olivier à ses côtés. Son ami hésitait encore entre une carrière de briseur de sorts ou de tisseur de sorts, soit l'exact opposé. Alexandre aussi aurait été bien utile. Mais pour l'instant, il était seul. En tremblant, il posa la main sur la poignée. Rien. Ouf ! Rassuré, il l'a fit jouer et pénétra dans la demeure de son oncle. Il connaissait l'emplacement de chaque latte grinçante et de chaque marche qui craque. Il savait où marcher. Mangemorts me voilà !
Le rez-de-chaussée était composé de la partie magasin où son oncle accueillait les clients et entreposait les baguettes prêtes à être vendues, ainsi qu'une partie atelier d'usinage et une partie qui servait d'entrepôt aux constituants des baguettes. Il inspecta le rez-de-chaussée en entier, le plus silencieusement possible. Il était vide.
Il se dirigea vers l'escalier pour monter l'étage mais fut arrêté par un cri déchirant poussé à l'étage. Il ne put s'empêcher de laisser monter des larmes. Son oncle était donc bien encore vivant mais pour combien de temps ? Il était presque un père pour le jeune homme. Maximilien avait sept ans lorsque Lucien avait compris qu'il était intéressé par les baguettes, il l'avait presque arraché à ses parents pour commencer son apprentissage. Il s'était du même coup substitué à ses parents. Mais se laisser dominer par ses émotions était la dernière chose à faire. L'adolescent fit un effort pour se calmer et entreprit de monter l'escalier. Il fit attention à enjamber les marches grinçantes et faillit buter sur quelque chose qui encombrait l'escalier. Il examina l'obstacle de plus près, c'était un cadavre. Il reconnut les robes particulières des mangemorts d'après les photos du cours de défense. Il s'aperçut que le masque avait glissé mais ne le reconnut pas. Son oncle avait tout de même réussi à porter des coups à ses agresseurs. Plus que cinq d'après le sort de son oncle.
Arrivé à l'étage, Maximilien observa avec horreur la scène qui se déroulait dans la vaste bibliothèque de son oncle. La pièce portait les marques d'un violent combat. Pour le moment, Lucien de Villefort était solidement enchaîné à une chaise et faisait face à deux mangemorts. L'un d'eux était confortablement installé dans le fauteuil préféré du propriétaire des lieux et l'interrogeait. Le second se tenait debout à côté de la chaise, la baguette brandie, prêt à envoyer de nouveaux sortilèges de torture. Maximilien tourna les yeux vers les autres. L'un d'eux gisait au sol comme une poupée désarticulée, probablement mort. Un autre se tenait auprès d'une des fenêtres de la pièce et un dernier semblait s'intéresser à la bibliothèque. Il parcourait les rayons mais beaucoup trop vite. Cela n'avait rien d'étonnant. Une majorité des ouvrages n'avait pas de titre sur la tranche et seule une partie des grimoires était rédigée français. En regardant plus attentivement, il vit que le mangemort se tenait l'épaule et que du sang en coulait. Maximilien s'autorisa un rictus rageur. Le vieux sorcier n'était pas tout à fait sans défense. Seul contre six combattants, il en avait tué deux et blessé un troisième.
Comment se débarrasser d'eux ? Maximilien tenta de se souvenir d'éléments de son cours de défense contre les arts obscurs qui puisse lui être utiles mais rien. Le professeur Delorme ne leur avait jamais appris à attaquer l'adversaire, ni à élaborer une tactique. Pouvait-il utiliser la disposition des lieux à son avantage ? L'un des mangemorts se trouvait devant la fenêtre. En visant bien, il pouvait la lui faire traverser. Le sortilège « percuto » qui faisait des ravages dans les couloirs de l'académie semblait tout indiqué. Mais il serait révélé au moment même où il le lancerait. A moins qu'il ne fasse diversion au préalable. En faisant tomber une tomber une étagère par exemple. Sur le mangemort blessé, ce serait encore mieux.
Tout d'abord, renverser une étagère sur un mangemort, ensuite profiter de la pagaille pour en faire passer un autre par la fenêtre. S'occuper du tortionnaire puis de l'interrogateur. Facile ! Maximilien passa donc immédiatement à l'action. Pour renverser l'étagère et tous ses lourds ouvrages, le jeune homme utilisa une nouvelle fois la magie ancienne. Sans utiliser sa baguette, il invoqua son flux magique qu'il étendit en travers de la pièce Soudain, Lucien frémit. Il l'avait ressenti. Maximilien se figea, attendant une autre réaction. Le vieil homme l'avait senti, c'était sûr. Après tout, c'était lui qui lui avait appris cette forme de magie très utile aux fabricants de baguette. Apparemment, les mangemorts n'avaient rien remarqué. Tant mieux. Il se concentra sur l'étagère et en particulier sur certains livres qu'il dirigerait tout droit sur les deux tortionnaires.
Puis il passa à l'action, l'étagère s'écroula avec un bruit sinistre sur le mangemort qui s'effondra en poussant un hurlement de douleur. Un rayonnage s'envola jusqu'aux tortionnaires mais celui qui torturait plongea pour les éviter et l'autre tira sa baguette. Il détourna les livres sur Maximilien avec un sourire à vous glacer le sang. Le jeune homme plongea lui aussi pour éviter les ouvrages et parvint à lancer son maléfice vers la fenêtre. Le mangemort, qui se trouvait devant, la heurta, elle vola en éclats, lui entaillant le visage. Elle lui arracha un cri de douleur mais il ne la traversa pas. L'effet de surprise était perdu et maintenant, il était seul contre deux combattants expérimentés.
Maximilien entendit quelqu'un dévaler les escaliers. Ils n'étaient pas six mais sept ! Il en restait donc trois. Maximilien allait se trouver dans un instant entre des sortilèges croisés. Une seule solution, fuir. Il referma violemment la porte qui vola aussitôt en éclats. Il se précipita dans les escaliers pour redescendre. Il aperçut une paire de pieds apparaître dans l'escalier qui menait au deuxième étage, il n'hésita pas, sortilège du croche-pied. Il reconnut un bruit de chute avec un sourire de satisfaction. Il dévala les escaliers et arriva au rez-de-chaussée. Il jeta un « cofringo » à ses poursuivants. Il les entendit jurer et se jeter contre le mur pour éviter l'explosion. Il mit à profit ce répit pour ensorceler les étagères remplies de baguettes et ainsi les bombarder de boîtes lorsque les mangemorts attaquants passeraient. Puis il se rua à l'extérieur par la porte d'entrée. C'est une fois sorti qu'il comprit alors son erreur. Son balai était à l'arrière. Il fit volte-face juste à temps pour apercevoir le sort d'un des tortionnaires. Il tenta de plonger mais trop tard. Le maléfice lui entailla profondément l'épaule. Sous le choc, Maximilien lâcha sa baguette qui roula plus loin. Il était désarmé face aux deux mangemorts.
« Tu as du cran mon gars, pour nous attaquer comme ça tout seul, siffla le tortionnaire masqué.
— Plutôt de la stupidité, rectifia le second avec un fort accent britannique. Mais je suis impressionné par ta maîtrise de la magie ancienne. Qui es-tu pour la pratiquer si jeune ?
— Présentez-vous d'abord, cracha Maximilien en se tenant l'épaule avec un rictus de douleur.
— C'est un élève de Beauxbâtons, il en porte l'uniforme » intervint le mangemort masqué.
Le sourire de l'anglais s'accentua. Il détourna les yeux vers la baguette du jeune homme, satisfait. Il hocha la tête et annonça dans un français hésitant : « Mon nom est Augustus Rookwood, je suis le plus fidèle serviteur du Dark Lord. Pas le plus fanatique, ni le plus puissant, ni le plus riche mais le plus fidèle ! J'apporte à notre maître mon expertise en magie avancée. Il m'a chargé de me renseigner sur les baguettes magiques. C'est pourquoi nous sommes ici ce soir. Back to you ! A toi maintenant ! ».
Maximilien hésita, qu'est-ce que faisait François ? Il aurait dû être là depuis un moment déjà. Il regarda sa baguette au sol et croisa le regard du mangemort. Il s'impatientait et il fallait gagner du temps. « Je suis le neveu et l'apprenti de l'homme que vous étiez en train de torturer. La pratique de la magie ancienne fait partie des compétences de tous les fabricants de baguettes. Nous l'utilisons pour approcher les créatures qui nous fournissent les cœurs, pour recueillir le bois des arbres et le travailler par la suite. »
« Il peut sans doute répondre à vos questions alors, proposa le mangemort masqué qui était jusqu'ici resté silencieux.
— No, he can't. He is too young. C'est un sujet avancé, trop pour un simple apprenti. Retourne poser les questions à son maître. Otherwise, we have to expect answers from the others into the mansion.
— Mansion ? Un manoir ? Quel manoir ? demanda Maximilien avait un frisson de terreur. Si c'était le manoir Villefort, François ne pourrait pas venir et il était bel et bien seul.
— Tu comprends l'anglais ! Je crois que tu connais exactly quel manoir I'm talking about. Don't you agree ? » répondit-il en éclatant de rire.
Soudain, Maximilien entendit deux claquements secs sur sa gauche, suivis de trois autres autres. Cinq sorciers cagoulés et vêtus de tenues de combat, sortirent de l'ombre. « Aurors ! » cria le mangemort masqué. Rookwood adressa un petit salut à Maximilien et pivota sur lui-même pour transplaner. L'autre mangemort prit également la fuite.
Maximilien se laissa tomber à genoux, sous le choc. Jamais il n'était passé aussi prêt de la mort. Il récupéra sa baguette en tâtonnant. Ils étaient cinq comme le voulait la procédure du groupe d'une section d'intervention. L'un d'eux prit Maximilien par l'épaule et le fit pivoter vers lui. Il lui demanda ce qui s'était passé. Il ne put que répondre en murmurant : « Mon oncle s'est fait torturer. Il est toujours là-haut.
— Et toi qu'est-ce que tu fais ici ? Tu ne devrais pas être à Beauxbâtons ? demanda-t-il en désignant l'uniforme bleu de l'académie.
— Peu importe, mon oncle est toujours là-haut et il est peut-être encore vivant !
— Tu n'entreras pas dans cette maison comme ça !
— Alors, venez aussi ! rétorqua-t-il en s'élançant vers la porte d'entrée qui pendait lamentablement sur ses gonds.
— On passe d'abord gamin, lui siffla l'auror qui semblait commander le groupe d'intervention.
— Pourquoi ont-ils attaqué ton oncle ? lui demanda le premier auror qui lui avait parlé.
— Je ne sais pas. Les mangemorts m'ont juste dit que je n'aurais pas pu répondre à la place de mon oncle. Ils voulaient sûrement des informations sur les baguettes. »
Les aurors échangèrent des regards inquiets. L'un d'eux finit par s'approcher de l'adolescent et lui appliqua un sortilège de guérison sur son épaule.
« J'ai vu que l'un d'eux n'était pas masqué. Tu saurais le reconnaître ?
— Je peux faire mieux que cela. Il s'est présenté sous le nom d'Augustus Rookwood et il a l'accent anglais. »
Les aurors eurent le souffle coupé. Ils le connaissaient. Ils lui expliquèrent qu'il avait eu beaucoup de chance. Rookwood était recherché pour espionnage, meurtres et surtout pour s'être évadé d'Azkaban, la prison sorcière du Royaume Uni. Le chef de l'équipe ordonna le silence d'un geste lorsqu'ils entrèrent dans la petite maison. Trois étagères remplies de baguettes gisaient sur le sol. Deux aurors s'éloignèrent vers l'atelier de son oncle pour le sécuriser. Maximilien guida les autres vers l'escalier et les avertit qu'il y avait deux mangemorts dans les escaliers et trois autres dans la bibliothèque avec son oncle. Il leur précisa qu'ils étaient inconscients ou morts. Ils vérifièrent l'état de celui qui barrait l'escalier. Ils confirmèrent sa mort. Ils atteignirent le palier où ils découvrirent celui qui avait trébuché. Il avait la nuque brisée. Ils investirent ensuite la bibliothèque où ils constatèrent le décès de celui qui gisait à terre. Celui qui était sous l'étagère n'était qu'assommé et celui qui avait traversé la vitre s'était évanoui, le visage ensanglanté.
Mais Maximilien s'en moquait. Il se dirigea immédiatement vers son oncle et s'acharna sur les chaînes qui le maintenait sur la chaise. Un auror vint à son secours et trancha les chaînes d'un puissant « diffindo ». Maximilien se sentit stupide de ne pas y avoir pensé. Pendant que l'auror murmurait des formules pour essayer d'évaluer l'état du vieux mage, le jeune homme appelait doucement son mentor, lui suppliant de se réveiller en tenant ses mains sanglantes. Au bout de quelque instant, l'auror lui expliqua que le vieil homme avait perdu beaucoup de sang. Il finit par réussir à le réanimer. L'artisan ouvrit avec difficulté des yeux vitreux et serra légèrement les mains de l'adolescent. Il articula difficilement : « Donne-moi de l'énergie gamin. » Maximilien comprit tout de suite ce que son oncle attendait de lui. Il posa ses mains sur le torse du vieil homme. Il se concentra sous l'œil interrogateur de l'auror et lui transmit son flux magique. Le sorcier eu un long frissonnement et rouvrit les yeux. Maximilien se tourna vers l'auror et lui dit juste « ancienne magie » en haussant les épaules. Puis se retournant vers son mentor.
« Mon oncle, voulut commencer Maximilien.
— Écoute-moi mon garçon, il ne me reste plus beaucoup de temps à vivre, articula-t-il.
— Mais...
— Laisse-moi parler. »
Maximilien acquiesça d'un hochement de tête. L'auror se pencha également. Il n'avait pas à se présenter, sa tenue d'intervention parlait pour lui.
« Bien. Les mangemorts voulaient deux choses qu'ils n'ont pas obtenu. Ils n'ont pas eu le temps de me faire céder, dit-il en essayant vainement de sourire. Ils voulaient des informations sur les cœurs de baguettes jumeaux. Ils ont un problème avec des baguettes à plumes de phénix.
— C'est quoi des cœurs jumeaux ? demanda l'auror.
— C'est... commença Maximilien.
— Plus tard, l'interrompit le vieil homme. Ils cherchaient aussi de puissantes baguettes. Plus puissantes que la moyenne, plus que celles que nous fabriquons, dit-il à son neveu.
— Pourquoi ? Interrogea l'auror.
— Je ne sais pas. Puis se tournant vers l'adolescent, il lui murmura. Je suis désolé, je ne vais pas pouvoir terminer ton apprentissage.
— Mais...
— Je suis mourant, mon garçon, continua le fabricant. Va trouver Jéor, mon propre maître au manoir. Avec lui et cette bibliothèque, tu réussiras. J'en suis certain.
— Mais vous n'allez pas mourir ! Nous allons à l'hôpital des sorciers. Vous y serez soigné. N'est-ce pas ? » demanda Maximilien.
Devant l'absence de réaction de son oncle, il se tourna vers l'auror. Celui-ci évita le regard du jeune homme. « Il est trop affaibli. Le transplanage, comme la poudre de cheminette le tueraient. » dit-il mal-à-l'aise.
« Il a raison, Maximilien. Maintenant il y a quelque chose dont je dois te parler. Je te connais assez pour savoir que tu vas chercher à te venger. N'est-ce pas ?
— Je...
— Je le sais. Je pense que rien de ce que je ne te dirai ne te convaincra que c'est une erreur. Je pense que tu ignoreras tes parents et tes amis lorsqu'ils te diront la même chose.
— C'est faux, je...
— Laisse-moi finir, souffla le vieil homme avec un gémissement de douleur. J'ai réussi à me débarrasser de deux mangemorts ce soir grâce à de vieilles techniques. Les illusions. La magie des illusions. C'est une magie déroutante et inhabituelle mais efficace en combat. »
L'auror eut un reniflement de dédain mais resta silencieux, désapprouvant clairement les paroles du vieil homme.
« Lorsque ton ennemi se trompe sur tes intentions et tes sorts, il commet des erreurs que tu peux exploiter. La plupart des duellistes refusent ces techniques sans honneur, ricana le vieillard. Seuls quelques mages, souvent des mages noirs d'ailleurs mais aussi quelques aurors acceptent de les utiliser. C'est très mal vu. C'est comme ça que je les ai tués. Et si jamais tu refuses de les employer, souviens toi que tu possèdes déjà de puissantes armes.
— Lesquelles ?
— La magie ancienne. Elle est peu pratiquée, elle n'en sera que plus surprenante. Et elle est difficile à contrer avec la magie moderne. En plus, je t'ai formé à la legilimencie. Avec un peu d'entraînement, tu l'adapteras au combat et tu développeras l'occlumencie, l'art de protéger ses pensées. Tu devras t'améliorer en magie informulée. Avec tout ça tu devrais t'en sortir mais crois moi, ne pars pas en guerre.
— Mais ils vous ont torturé et peut-être tué ! commença Maximilien.
— Oui mais je ne veux pas que tu consacres ta vie à la vengeance. En revanche, je veux que tu deviennes un grand fabricant de baguette.
— Ça, c'est déjà prévu, répondit l'adolescent avec fierté.
— Et il y a une deuxième chose que je veux que tu fasses.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Ce Rookwood. Il n'a pas obtenu les informations qu'il voulait. Va prévenir les autres principaux fabricants et dis-leur ce qui s'est passé ici. Va les voir en personne, qu'ils puissent sonder ton esprit et mesurer les risques qu'ils courent.
— Bien mon oncle » murmura Maximilien.
Le vieil homme soulagé d'avoir pu terminer, se relâcha et ferma les yeux. Il laissa la mort l'emporter doucement. Maximilien restait figé, horrifié par ce spectacle. L'auror posa une main sur l'épaule de l'adolescent. Il lui murmura maladroitement quelques paroles inaudibles qui se voulaient réconfortantes.
Après une ou deux minutes, l'auror força le jeune homme à se relever. Ils quittèrent ensemble la bibliothèque et descendirent rejoindre le reste de l'équipe d'intervention. Pendant l'agonie du vieil homme, les autres aurors avaient sécurisé la maison et ils attendaient l'arrivée des enquêteurs. Lorsqu'ils sortirent dans la rue, le chef de l'équipe s'approcha. Il informa Maximilien qu'il allait être emmené pour interrogatoire afin d'essayer de clarifier les événements de la soirée.
« Pourquoi m'interroger ? Que voulez savoir ?
— C'est la procédure. Rien de méchant. Les enquêteurs vont essayer d'identifier le dernier mangemort, celui qui était avec Rookwood quand nous sommes arrivés. Ils voudront savoir si tu peux les aider. S'ils ont parlé d'un endroit où ils voulaient aller. Ce genre de choses. Après tu pourras rejoindre Beauxbâtons, enfin tes parents d'abord. »
Maximilien ne répondit pas. Il s'assit en tailleur à même le sol et plongea la tête dans ses bras tant pour réfléchir, que pour dissimuler ses larmes. Est-ce qu'ils avaient dit où ils iraient ? Il tenta de se repasser la soirée comme un film. Puis il arriva à la brève conversation avec l'anglais. Mansion, le manoir ! Comment avait-il pu oublier ce détail ! Il se releva brusquement à la grande surprise des aurors.
« Ils vont attaquer le manoir de ma famille. Ils y sont peut-être déjà ! s'exclama Maximilien.
— Et comment sais-tu cela ?
— Ils ont dit que mon oncle ne cédait pas. Et qu'ils auraient peut-être plus de chance au manoir ! Il faut y aller tout de suite !
— Pourquoi ils auraient plus de chance là-bas ?
— Parce que mon oncle n'est pas le seul fabricant de ma famille. Il y a aussi son propre mentor mais il est si vieux qu'il ne quitte jamais le manoir familial. Il a autant de connaissances que mon oncle même s'il perd un peu la tête. Il faut y aller immédiatement !
— Nous n'avons pas le droit de quitter une scène de crime avant l'arrivée des enquêteurs, hésita un des aurors.
— Mais ils sont probablement là-bas. Vous allez respecter vos stupides procédures alors que vous pouvez peut-être sauver ma famille ! s'exclama Maximilien. Après tout il n'y a plus personne à sauver ici » gémit-il.
Les aurors hésitaient. Ils se tournèrent vers le chef de l'équipe pour qu'il prenne une décision mais celui-ci restait silencieux.
« Mon oncle est mort, ajout a-t-il avec agressivité. Vous avez déjà échoué ce soir. Et vous allez encore échouer parce que vous respectez les procédures ?
— Comment peux-tu être sûr qu'ils y sont ? Ils te l'ont vraiment dit ? demanda le chef de l'équipe.
— Au début de l'attaque, mon oncle a prévenu le reste de notre famille au manoir grâce à son elfe. C'était au début, et pourtant ils ne sont toujours pas là !
— Ce n'est...
— Est-ce que vous pratiquez la légilimencie ? demanda sèchement Maximilien.
— Un peu mais...
— Je ne vais pas résister. Écoutez-les et osez me dire qu'ils n'y sont pas ! coupa le jeune homme. »
L'auror obéit. Il se concentra et projeta son esprit vers l'adolescent. Celui-ci lui facilita le travail en se concentrant sur les secondes précédant l'arrivée des aurors. Ils revécurent ensemble la scène. Puis l'auror ressortit de l'esprit de Maximilien, secoué par ce qu'il venait de voir. Il hésita mais ordonna à deux aurors de se rendre au manoir vérifier la situation.
« Je viens aussi. Je connais les lieux » annonça Maximilien.
Les aurors qui se préparaient à transplaner, hésitèrent encore une fois. Ils consultèrent leur chef d'un regard. Celui-ci approuva. L'un d'eux attrapa l'épaule du jeune homme pour l'emmener par transplanage d'escorte. Maximilien grimaça. Il avait déjà transplané plusieurs fois avec son oncle, cela n'avait rien de plaisant. Avant de disparaître, il aperçut le chef de l'équipe envoyer un patronus, sans doute pour avertir ses collègues.
Ils se matérialisèrent à quelques mètres du portail ouvragé du manoir Villefort. Maximilien ne put retenir un gémissement en voyant qu'il avait été brutalement enfoncé. L'une des deux grilles d'acier gisait à terre. L'un des aurors leva sa baguette et deux patronus apparurent, l'un prévenant le reste l'équipe, l'autre à destination du département des aurors au ministère de la magie. Les deux aurors franchirent avec précautions les restes du portail, baguettes brandies. Maximilien leur emboîta le pas, les doigts serrés autour de sa fine baguette d'ébène, prêt à engager le combat. Encore !
Soudain, il y eut un claquement sec derrière eux. Les deux aurors se retournèrent avec vivacité et lancèrent des sorts offensifs. Ils détournèrent de justesse leurs baguettes en reconnaissant Thomas Delorme, le professeur qui s'entraînait souvent à leurs côtés. Celui-ci avait lui aussi bondit pour esquiver les sorts. Ils s'excusèrent brièvement. Delorme expliqua qu'il était arrivé chez Lucien avant d'être redirigé ici. Ses yeux se posèrent sur le portail puis sur Maximilien. « Quoiqu'il arrive là-bas, tu restes avec moi. C'est bien clair ? » lui dit-il. Il hocha la tête, légèrement rassuré par la réputation de guerrier du professeur.
Ils suivirent le chemin à travers un petit bois et un détour du chemin leur révéla le manoir. Mais ce n'était la construction en pierre sombre qui attirait les regards ce soir. La redoutable marque ténèbres flottait dans le ciel. Sa tête de mort brillait dans le ciel d'une aura verte et malsaine. Quant au serpent qui sortait de la bouche, il était terrifiant. C'était juste horrible. Maximilien en connaissait évidemment la signification : les mangemorts avaient tué ce soir, au moins une fois. Qui donc, en plus de Lucien, était mort sous leurs baguettes ?
« Un passage secret pour rentrer discrètement dans le manoir, vous pensez que cela peut nous être utile ? proposa Maximilien.
— Excellente idée, lui murmura Delorme. Où est-il ? »
Maximilien les guida vers un buisson à l'orée du petit bois. Il écarta les branchages et révéla une très ancienne grille ouvragée. L'un des aurors demanda où il débouchait. « Au premier étage. » D'un geste peu assuré, le jeune homme porta sa baguette à son poignet et murmura un sortilège de découpe léger. L'auror qui venait de lui parler bondit sur lui mais Maximilien l'ignora et frotta sa plaie contre l'un des barreaux. La grille se déverrouilla et s'entrouvrit silencieusement. Il expliqua que seuls les Villefort étaient autorisés à emprunter ce passage. L'auror voulut tout de même lui appliquer un sortilège de soin. Maximilien ne fit pas de commentaire et fit signe pour les inciter à le suivre.
Ils murmurèrent tous les quatre « lumos » pour obtenir un peu de lumière avant de poursuivre leur chemin. Les murs étaient grossièrement taillés dans le granit et suintaient d'humidité. Les lumières projetaient des ombres effrayantes, l'atmosphère était pesante. Ils contournèrent un bloc de granit qui semblait s'être détaché du plafond et tombèrent sur quelqu'un qui s'éclairait avec une petite flamme bleue dans la main. Tout le monde sursauta violemment et les aurors tentèrent de diriger leurs baguettes sur la personne. Mais Maximilien reconnut la petite créature et détourna le bras armé de l'auror qui marchait à ses côtés. Il s'agenouilla pour se mettre au niveau de l'elfe qui tremblait de terreur.
« Natti. C'est Maximilien. Qu'est-ce que tu fais là ?
— Maître Maximilien, c'est bien vous ?
— C'est l'une de nos elfes, dit-il aux aurors, et à Natti, Oui c'est moi. Qu'est-ce qui se passe au manoir ?
— Natti ne sait pas, mais Madame Violette a dit à Natti de faire sortir les enfants Villefort par le passage et Monsieur François a dit de se préparer à combattre. Natti est très inquiète, monsieur. »
Ce n'est qu'à ce moment-là qu'ils remarquèrent les petites silhouettes qui se tenaient dans l'obscurité derrière l'elfe. Maximilien reconnut sa petite sœur Léana de neuf ans, elle était en larmes. Elle tenait dans ses bras leur petite cousine Maxine qui venait d'avoir un an. Léo, le grand frère de cette dernière, se tenait à leurs côtés, pleurant également. Le jeune homme se pencha vers l'elfe et les enfants pour les rassurer. Il expliqua qu'il avait ramené des aurors et son professeur de défense pour tous les protéger. Léana et Léo regardèrent les guerriers intimidés.
« Ce sont de grands combattants. Il n'y aura bientôt plus aucun risque.
— Maximilien, dit le premier auror. Tu vas repartir maintenant avec les enfants.
— Mais pourquoi ? Je peux vous guider, rétorqua le jeune homme.
— Ton elfe le peut aussi.
— Et elle peut fuir en transplant en cas de danger. Alors que toi nous devrons te protéger, expliqua Delorme.
— D'accord, répondit-il avec hésitation.
— Bien. Il faut que tu ordonnes à ton elfe de nous mener au manoir.
— Natti. Tu as tout entendu ? Je vais emmener Léana, Léo et Maxine à l'abri, et toi, tu vas guider les aurors jusqu'au manoir.
— Oui, mais Madame Violette a dit...
— Je sais. Mais Violette ne sait pas que je suis là et elle voulait que tous les enfants soient loin. Elle m'interdirait d'aller plus loin. Et elle veut aussi que les aurors arrivent. Violette changerait ses ordres.
— Natti hésite, monsieur. Natti a ses ordres.
— Donne-moi une meilleure solution !
— Je ne sais pas monsieur. Vous prendrez bien soin des enfants monsieur ?
— Bien sûr ! la rassura Maximilien. Puis se tourna vers les aurors. Faîtes-moi un portoloin.
— Nous n'avons pas le droit. Ce n'est...
— On s'en fiche ! rétorqua Delorme. Envoyez-les au ministère maintenant ! »
Les deux aurors se concertèrent d'un regard et approuvèrent. Personne ne leur taperait sur les doigts pour avoir envoyé des enfants en sécurité au ministère. L'un d'eux saisit la cape de Maximilien et l'ensorcela. Elle brilla brièvement d'une lumière bleutée avant de reprendre sa couleur noire. Il tenta de lui expliquer comment l'activer mais le jeune homme le coupa. Il savait déjà.
Les deux groupes se réorganisèrent. L'elfe partit avec les trois guerriers au manoir. Les enfants Villefort s'en éloignèrent. Maximilien revint sur ses pas en tentant de rassurer sa sœur et son cousin mais ses paroles manquaient d'assurance. Il se résigna le cœur serré à les laisser pleurer en silence. Après dix minutes de marche dans une atmosphère angoissante, ils parvinrent à la sortie du passage. Maximilien éteignit sa baguette et annonça aux enfants qu'il allait vérifier avant de les laisser sortir. Il fit pivoter la grille, repoussa les branches silencieusement et sortit discrètement. La lune et la marque des ténèbres éclairaient légèrement le parc, heureusement désert. Rengainant sa baguette, il repoussa une nouvelle fois les branches et aida les enfants à sortir.
Il leur murmura d'avancer vers la sortie sans se retourner vers la marque. Les enfants obéirent mais gémirent en constatant l'état du portail. Ils le franchirent cependant sans ralentir. Arrivés à une dizaine de mètre de l'entrée, Maximilien sentit les protections du manoir s'atténuer. Il expliqua aux enfants comment utiliser le portoloin. Il dégrafa sa cape et demanda à Léana de lui confier la petite Maxine.
« Pourquoi ? demanda aussitôt Léana du haut de ses neuf ans et trois quarts.
— Parce qu'en arrivant, tu vas tomber. Ce n'est pas une blague ! ajouta aussitôt Maximilien en voyant l'air outré de sa sœur. Je perds encore l'équilibre alors que j'en ai déjà pris plusieurs. Donne-la-moi. Je ne vais pas te laisser tomber avec Maxine dans les bras. »
Léana grogna mais lui confia le bébé. Léana et Léo saisirent un coin de la cape, Maximilien entortilla un bout de sa cape autour de sa petite cousine et de son poignet pour être sûr de l'emmener. Il pointa sa baguette sur la cape et l'activa. Elle brilla d'une lueur bleue et il sentit aussitôt la désagréable sensation d'être tracté au niveau du nombril. Le portail disparut et ils se matérialisèrent dans le grand hall du ministère. Sans surprise, Léana et Léo chutèrent lourdement sur le sol, tandis que Maximilien parvint tout juste à conserver son équilibre. Les enfants se relevèrent en jurant, ce qui fit sourire Maximilien. Il se demanda où ils avaient pu apprendre de tels jurons. Probablement en écoutant François, le grand-père de Léo.
Sans plus attendre, et sans jeter un regard aux décorations rutilantes du ministère, Maximilien se dirigea vers l'accueil où un sorcier à moitié endormi assurait la permanence. Le sorcier se réveilla en sursaut et tenta de parler mais Maximilien l'interrompit. « Je demande la protection du ministère pour moi-même, ma sœur et mes cousins car notre manoir a été pris d'assaut par les mangemorts.
— Est-ce que les aurors ont été avertis ? répondit le sorcier en pâlissant et en dévisageant l'adolescent et les enfants un par un.
— Oui mais faîtes-moi le plaisir de recommencer s'il vous plaît, répondit Maximilien. Immédiatement ! » aboya-t-il en voyant que le sorcier ne bougeait pas.
Le sorcier rédigea frénétiquement une note de service avec une magnifique plume d'aigle. Il releva le regard que pour demander le nom du manoir. La note s'envola à travers un trou prévu à cet effet dans le mur. Léana ordonna à son frère de lui rendre Maxine. Maximilien obtempéra sans hésiter, puis il s'affala sur une chaise et invita sa sœur et son cousin à s'installer aussi.
Au bout d'une dizaine de minutes, un homme roux avec des lunettes se présenta à Maximilien sous le nom de Franck Chassart, auror de la division investigation et analyse. Il invita les jeunes Villefort à descendre au département des aurors. Maximilien refusa tout net d'être séparé des enfants. Chassart le rassura et les installa en salle de réunion au lieu d'une salle d'interrogatoire. Comme Maxine s'était endormie et que Léo n'était pas loin de s'effondrer, Chassart fit apparaître deux lits dans un coin de la pièce. Maximilien et Léana s'installèrent sur des chaises. L'enquêteur allait parler quand la porte s'ouvrit à la volée sur Angèle de Villefort, leur tante. Angèle avait environ vingt-cinq ans et travaillait souvent tardivement au ministère, comme ce soir. Elle était toujours gentille, souriante et bien coiffée, sauf ce soir. Elle avait couru et son visage était déformé par l'inquiétude.
« Que s'est-il passé au manoir ? articula-t-elle. Le sorcier réceptionniste vient de m'envoyer une note de service et...
— Prenez place s'il vous plaît. Je m'apprêtais à poser la même question à ce jeune homme et à cette jeune fille. »
Maximilien commença ainsi le récit de la plus terrible soirée de sa vie sous les regards horrifiés des deux adultes et de sa sœur. Lorsqu'il eut terminé et que l'auror eut posé quelques questions à Léana, Chassart les laissa en famille et se rendit au manoir.
Si vous trouvez des fautes d'orthographe ou si vous avez des critiques (si possible) constructives n'hésitez pas. Vous pourriez même avoir les chapitres suivants avec un peu d'avance…
A bientôt
