Un chapitre très long mais que je ne pouvais pas trop couper puisqu'il introduit beaucoup de personnages qui interviendront souvent. Bonne lecture
Maximilien et Angèle étaient dans la salle de réunion des aurors depuis plus d'une heure. Ils avaient péniblement réussi à endormir Léana mais ne parvenaient pas à fermer l'œil. Ils avaient tenté plusieurs fois de parler, de se rassurer mutuellement mais le cœur n'y était pas. Ils étaient tous les deux malades d'inquiétude. Ils ignoraient même qui se trouvait exactement au manoir lors de l'attaque. Léana n'avait pas été d'une grande aide car elle n'avait pas fait très attention. Les Villefort étaient rarement tous réunis. Ils attendaient donc d'avoir des nouvelles.
La porte s'ouvrit enfin sur quatre personnes. Chassart, Delorme et deux autres aurors. Léana se réveilla, Léo également. Ils s'installèrent sur les chaises en comprenant que l'attaque et la fuite du manoir avaient bel et bien eu lieu. Il ne s'agissait pas juste d'horribles cauchemars. Chassart indiqua qu'il revenait du manoir et il était passé par Meridiem l'hôpital des sorciers avant d'en revenir avec le professeur Delorme, légèrement blessé. Il introduisit Suzanne Ferré, la directrice des aurors, et Henri Brasier, le chef de la division des enquêteurs. Les deux avaient déjà rencontré Angèle dans les couloirs du ministère. Maximilien ne les avait jamais croisés. Il les connaissait seulement de réputation. Les deux s'étaient distingués lors de la Grande Guerre contre Vous-savez-qui.
Selon Chassart, les Villefort étaient quatorze à table la veille, onze adultes et les trois enfants. Le bilan humain de l'attaque était lourd. François, le patriarche du clan, était mort. Son fils Dimitri également, c'était le père d'Éva, Léo et Maxine. Camille, la mère de Maximilien et Léana, venait de succomber à l'hôpital. Les médicomages avaient tout tenté mais s'étaient révélés impuissants. Victor, l'oncle de Maximilien, avait perdu sa fiancée. Enfin, les deux doyens du clan, Dolorès et Jéor s'étaient sacrifiés au combat à l'aide d'explosions magiques peu avant l'arrivée des aurors et de Delorme. Ce fut un coup terrible pour les enfants. Léana et Léo étaient inconsolables, les pleurs réveillèrent Maxine qui les accompagna. Angèle ne put retenir ses larmes. Seul Maximilien restait tétanisé. Il réussit à prendre sa sœur dans ses bras mais ce fut tout. La famille, et en conséquence le clan, avait été complètement décimé et même décapité avec François.
Ceux qui étaient absents du manoir revinrent de l'hôpital pour voir les enfants. Tatiana, la sœur de François fut accueillie avec respect par les aurors. C'était une ancienne légende du service qui avait survécu à 70 ans de combats au sein du département des aurors. Elle avait finalement pris sa retraite une décennie auparavant. Lucie, la mère de Léo et Maxine revint de l'hôpital avec un bras bandé pour s'occuper de ses enfants. Elle était soutenue par Gary, le fils de Lucien, qui avait été absent du manoir. Jérôme, le père de Maximilien, vint lui aussi. Il était revenu d'urgence d'un déplacement d'affaires. Brisé par la nouvelle, il tentait de faire bonne figure devant ses enfants, en vain. Même Vivien fit le chemin, prévenu par Tatiana. Vivien était cracmol, c'est-à-dire né sans pouvoirs magiques. Préférant vivre parmi les Moldus, il ne voyait que rarement sa famille, il était pourtant venu soutenir les siens.
Durant la journée, les blessés sortirent un par un de l'hôpital sauf Violette, la femme de François, et Gérard, le grand père de Maximilien. Ils y resteraient pendant quelques jours sous bonne garde. À la demande de Victor, Vivien loua une maison moldue pour deux semaines quelques part en Bourgogne. Victor et Tatiana s'y rendirent pour y tisser de nombreux sortilèges protecteurs. Victor y réalisa même le rituel du fidelitas. Dès lors, Victor en était le gardien du secret. Lui seul pouvait désormais y guider quelqu'un. Éva fut retirée provisoirement de Beauxbâtons par Tatiana. Presque tous les survivants Villefort se réunir pour faire le bilan de la situation, se réorganiser et définir la nouvelle ligne politique du clan des Villefort.
Le soir même se réunit l'assemblée des survivants. Ils étaient neuf autour de la table à porter le nom de Villefort. Il manquait toujours Gérard et Violette, encore hospitalisés. Irina, la sœur de Victor et du père de Maximilien, était venue avec son mari et son fils. Quatre représentants des familles vassales des Villefort étaient également présents. À la demande de Victor, Perceval de Villefort, le fantôme centenaire de la famille s'était déplacé lui aussi. Il flottait paresseusement au-dessus de la table, attendant qu'on ait besoin de lui. Les enfants avaient été confiés à Natti et Nihila, les elfes de maison. Maximilien se retrouva donc le plus jeune membre de cette triste assemblée.
Après s'être installés, les seize convives et le spectre se recueillirent rapidement à la mémoire des sept tués. Ce fut Victor qui rompit finalement le silence. « Comme je vous l'ai dit, je vous ai réuni ici pour comprendre exactement ce qui est arrivé la nuit dernière. Nous allons aussi devoir nous réorganiser rapidement pour faire face aux conséquences de ce douloureux désastre. » Il y eut des hochements de tête approbateurs partout de la table, même le fantôme revint un peu à la réalité et se concentra sur Victor. « Ce qui nous est arrivé est dû à l'une de nos spécialités : la fabrication de baguettes magiques. Nous allons laisser la parole à Maximilien, notre dernier artisan. Il va nous conter la conversation surréaliste qu'il a eu avec un mangemort. » Tous les regards convergèrent vers le jeune homme qui se leva lentement. Avant même de commencer, il fut devancé par Angèle.
« Avant que Maximilien ne prenne la parole. Je voudrais vous rappeler que les fabricants de baguettes magiques ne sont pas responsables de ce... De ce qui nous est arrivé. Les mangemorts sont responsables, pas les fabricants. Surtout ne nous trompons pas d'ennemi.
— Les fabricants de baguettes ont toujours eu une place respectée au sein du clan et ils l'auront toujours, murmura Irina en adressant un sourire rassurant à son neveu. Des hochements de tête approbateurs et de pâles sourires encourageants fleurirent autour de la table.
— Merci, balbutia Maximilien. Comme certain d'entre vous le savent déjà, j'étais en cours avec Lucien lorsqu'il a été attaqué. Nous utilisions nos miroirs à double-sens, ajouta-t-il précipitamment. Et je n'ai pas trop réfléchi, j'ai foncé pour essayer d'aller l'aider.
— Comme ça ? Que comptais-tu faire jeune homme ? demanda Tatiana d'un air menaçant. Jouer à l'auror et au mage noir ? Terriblement stupide. Tu étais en sécurité à Beauxbâtons et il a fallu que tu ailles risquer ta vie aussi !
— Rétrospectivement, je suis bien conscient que ce n'était pas la conduite la plus appropriée, tenta Maximilien en baissant la tête. J'aurais dû laisser agir vos collègues.
— Si nous en revenions aux faits ? proposa Angèle. Je pense pouvoir affirmer que Maximilien a eu bien assez peur hier soir pour ne plus jamais tenter à nouveau une attaque comme il l'a fait. N'est-ce pas ? lui demanda-t-elle d'un air qui n'autorisait qu'une réponse positive.
— Continue Maximilien, ordonna Victor, voyant la vieille guerrière grommeler, prête à continuer sa leçon au jeune homme.
— J'ai fui Beauxbâtons en balai et avec un portoloin. Illégal bien sûr. Je suis arrivé chez Lucien, accéléra le jeune homme en voyant que son père allait intervenir. J'ai réussi à avoir trois des mangemorts sur les cinq qui restaient du combat de Lucien.
— Par hasard ou par coup de chance ? explosa Tatiana.
— En utilisant l'effet de surprise et la magie ancienne, osa l'adolescent pour se défendre.
— Les fabricants de baguette ont toujours été plein de ressources, souffla le fantôme de sa voix caverneuse.
— Ça n'a pas surpris celui qui les dirigeait. C'est bien ça qui a failli me coûter la vie, dit-il en jetant un regard en biais à l'irascible vieille sorcière.
— Qui était-ce ? demanda Victor, avec la voix de celui qui connaît déjà la réponse mais voulait garder le contrôle de la conversation.
— Augustus Rookwood » répondit simplement Maximilien.
Des sifflements effrayés et un frissonnement parcoururent l'assemblée. Le mage noir n'était pas totalement inconnu. Irina demanda de qui il s'agissait. Ce fut Tatiana qui lui répondit. « Une ordure d'espion anglais. Il a travaillé pendant des années dans leur département des mystères. C'est l'équivalent britannique du département expérimental. Ils étudient beaucoup de forme de magie et la plupart de leurs recherches sont tenues secrètes bien sûr. Il a renseigné son maître pendant des années. Il s'est fait balancer après la chute de Vous-savez-qui et il est resté à Azkaban jusqu'en janvier dernier où il a fait partie de l'évasion massive. Les aurors le soupçonnent d'avoir participé dans plusieurs meurtres et expériences de magie noire pour son salaud de maître. » Tatiana termina sa tirade pleine de mépris.
« Charmant personnage, commenta Victor. Qu'est-ce qu'il voulait ?
— Des informations sur les cœurs jumeaux de baguette et sur de puissantes baguettes, répondit Maximilien sans hésiter.
— Des cœurs jumeaux ? demanda son père. Qu'est-ce que c'est ?
— Le cœur d'une baguette sert à catalyser la magie et l'enveloppe à la canaliser...
— Épargne-nous les détails techniques tu veux, grommela Tatiana.
— Heu d'accord. Bon, on utilise des parties de créatures magiques pour fabriquer le cœur d'une baguette. Et il arrive qu'une créature fournisse deux cœurs à deux baguettes différentes. Seulement lorsque les deux baguettes se retrouvent face-à-face en duel, il arrive des choses surprenantes. C'est un phénomène très rare et très mal connu. Je ne crois pas qu'il y ait vraiment eu des études sur ce genre de cas. Nous sommes encore loin de tout savoir sur les baguettes et on vient de faire un sacré bond en arrière avec la perte de Lucien et Jéor.
— Avec la bibliothèque et peut être un coup de pouce d'un autre fabricant tu devrais t'en sortir, affirma sans hésiter Victor. Pourquoi ça intéresse Tu-sais-qui ? »
Maximilien hésita, il n'était pas sûr. Il demanda à l'assemblée s'ils se souvenaient de l'interview qu'avait accordée Harry Potter à propos du retour du seigneur des ténèbres. Elle avait été traduite en français très rapidement après sa parution au Royaume Uni. En le lisant, Lucien avait été fortement intrigué à propos du phénomène qui s'était produit lors du duel. Les baguettes avaient refusé le combat et avaient eu justement des réactions étranges. Lucien s'était demandé s'il pouvait s'agir de baguettes jumelles. Il avait dit qu'il contacterait son ami Ollivander mais Maximilien n'avait jamais su le fin mot de l'histoire.
« Donc Tu-sais-qui et Harry Potter ont des baguettes sœurs et il veut trouver un moyen différent pour le tuer ? repris Tatiana.
— Possible, admis Maximilien.
— Tu as aussi dit que ce mage noir cherchait des baguettes puissantes. Est-ce que cela pourrait être lié ? Ou s'agit-il simplement de mieux armer ses alliés ? demanda le fantôme.
— Je... je ne sais pas monsieur, balbutia Maximilien intimidé par le regard du fantôme.
— J'ai encore une question. Ce Rookwood, a-t-il eu les réponses qu'il cherchait ?
— Non, monsieur. Lucien, en agonisant nous a dit qu'il n'avait pas eu le temps de céder. De toute façon, je ne pense pas qu'il aurait pu donner beaucoup d'information. Je ne crois pas que les cœurs jumeaux aient déjà été vraiment étudiés, enfin pas de manière approfondie. Quant aux très puissantes baguettes, ça n'existe pas.
— Pourtant nombreuses sont les légendes qui parlent de puissantes baguettes qui passeraient de mains en mains. Je pense au vieux conte de la baguette de la destinée. Elle serait la plus puissante des baguettes, la plus convoitée aussi. Conquise dans le sang et perdue dans le sang, murmura le fantôme dans le plus grand silence.
— Je... je ne crois pas vraiment à tous ces contes, monsieur. Une baguette peut être de bonne qualité mais elle n'est pas vraiment puissante par elle-même. C'est le sorcier qui l'emploie qui est puissant, la baguette catalyse et canalise le flux. Il y a bien effectivement des histoires de ce genre comme la baguette de sureau dans le conte des trois frères mais je ne suis pas sûr que ce soit pertinent.
— La magie est souvent surprenante. Mais tu maîtrises mieux ce sujet que n'importe qui autour de cette table » répondit le spectre dans un souffle.
La conversation se tourna vers les décisions à prendre pour pérenniser la fabrication de baguettes. Trois décisions furent prises à l'unanimité. Le stock de baguettes, le matériel de Lucien et sa bibliothèque seraient déplacés dans un endroit tenu secret jusqu'à ce que Maximilien en prenne réellement possession. Maximilien retournerait à Beauxbâtons où il serait bien plus en sécurité mais en sortirait de temps en temps pour assurer les ventes. « Sur rendez-vous et protégé » imposa Tatiana. Enfin, la famille commencerait à contacter les fabricants de baguettes étrangers pour terminer l'apprentissage du jeune homme. Un étranger évidemment car l'autre famille de fabricants français étaient des concurrents beaucoup trop hargneux. Les relations avec la famille Lagrange étaient bien trop tendues pour seulement envisager d'y confier l'étudiant.
La conversation allait passer sur un autre sujet quand Maximilien voulut intervenir. Il y avait un point qui n'avait pas été abordé, les dernières volontés de Lucien. Maximilien se leva pour prendre la parole et Victor finit par la lui céder.
« Hors de question ! s'exclama Tatiana.
— Pourquoi ? Il me l'a demandé quand même !
— Parce que c'est trop dangereux ! répliqua son père, arrachant un sourire approbateur à Tatiana. Je t'interdis de rencontrer en personne les autres fabricants de baguettes pour les prévenir.
— Ce salaud de Rookwood n'a pas obtenu ce qu'il voulait, intervint Tatiana. Je parie qu'il va aller interroger d'autres fabricants. Alors sois mignon et fais-nous une liste des principaux artisans qui pourraient recevoir sa visite. On leur enverra des hiboux !
— Lucien me l'a demandé pour qu'ils puissent vivre le souvenir de cette maudite soirée par légilimencie. De cette manière, ils prendront au sérieux la menace, surtout après la disparition d'Ollivander cet été. Et en plus, nous pouvons aller bien plus vite que des hiboux.
— La menace est réelle ! trancha Victor. Nous avons eu bien assez de morts comme ça pour te perdre toi aussi...
— Seulement parce que vous pensez que je veux y aller seul, coupa Maximilien. Cette fois-ci, j'irai accompagné de Tatiana et de toutes les personnes que vous jugerez nécessaire. Faites votre choix. Je suis d'accord, c'est risqué et mais il faut les prendre de vitesse. »
Le spectre descendit pour la première fois au niveau de la table. Il voulait prendre la parole. Même Victor n'osa l'interrompre.
« Nous sommes tous d'accord sur un point. Nul n'attaque notre clan sans en payer les conséquences. Hier soir, ces mages noirs n'ont pas obtenu satisfaction. Si nous avons bien compris la situation, ils ne doivent en aucun cas l'obtenir. Certes, visiter les autres artisans est risqué mais je pense que c'est nécessaire. Il faut être efficace. De plus, les fabricants de baguettes magiques sont pour la plupart des mages talentueux et puissants, or nous allons avoir besoin d'alliés à l'avenir. Pour la guerre que nous allons rejoindre et pour former notre jeune fabricant. Nous ne les avertirons certainement pas par un simple courrier. Nous enverrons l'enfant, escorté, prévenir ses futurs collègues. »
Le silence retomba sur l'assemblée. Jamais Maximilien n'avait entendu Perceval de Villefort débiter autant de parole à la fois. Chacun réfléchit aux arguments proposés par la mémoire du clan et progressivement, un par un, les membres du conseil approuvèrent.
« Nous n'irons pas en fanfare, siffla Tatiana. J'irai seule avec le gosse. Nous irons discrètement et aussi vite que possible. Quant à toi, dit-elle à Maximilien. Tu m'obéiras quoiqu'il arrive. Nous sommes bien clairs mon garçon, ordonna-t-elle d'une voix pleine de menaces.
— Très clairs ma tante, répondit précipitamment le jeune homme.
— Bien ! A moins que quelqu'un ait quelque chose à ajouter, je pense que cette question est réglée. Maximilien, fais-nous une liste des fabricants à visiter. Uniquement ceux qui sont assez talentueux pour recevoir la visite de l'ennemi. »
Maximilien opina. Il fit venir à lui une plume d'oie, solide et efficace, ainsi qu'un encrier et un rouleau de parchemin. Il écouta d'une oreille distraite la conversation des adultes sur la réorganisation du clan. Qui prendrait en charge quelle activité. Quand sera élu le prochain chef de clan. Comment rassurer les partenaires financiers et commerciaux. Les nouvelles mesures de sécurité.
Pendant ce temps, l'adolescent commença à lister les fabricants et les vendeurs de baguettes qu'il connaissait. On pouvait les regrouper en quatre catégories. Les fabricants de baguettes de qualité supérieure, de baguettes spécialisées, de baguettes de qualité standard et enfin les commerçants qui achetaient aux trois précédents pour les revendre. Seules les deux premières catégories pouvaient intéresser les mangemorts. Les fabricants supérieurs utilisent généralement un stock de baguettes et les font essayer une par une aux clients jusqu'à ce qu'une baguette daigne choisir son sorcier. Les Villefort comme les Ollivander appartenaient à cette catégorie. En revanche, certains fabricants concevaient leurs baguettes sur-mesure pour une utilisation ou une magie particulière. Maximilien inscrivit sans hésitation Seamus O'Brien, le mage irlandais, spécialiste de la magie celtique mais il hésita longuement avant d'ajouter la famille Lagrange à sa liste. La famille Lagrange était en effet la famille rivale des Villefort. Leurs baguettes étaient fabriquées sur-mesure. Les deux familles dominaient le marché français des baguettes, chacune vantant les mérites de ses créations et dénigrant l'autre. Il ajouta de nombreux noms et en raya d'autres. Il essaya de se rappeler des longues discutions de Lucien et de Jéor sur leurs collègues mais Maximilien était sûr d'en oublier certains et d'en rajouter d'autres inutilement.
Le lendemain, Maximilien fut réveillé sans douceur par Tatiana à 5h00 précises. Elle lui laissait une heure pour se préparer, ce qui était très largement suffisant selon ses critères. Elle l'avait exigé la veille d'avoir la liste des sorciers à visiter et avait grogner lorsque l'adolescent lui avait dit que la liste et donc l'itinéraire étaient susceptibles d'évoluer un peu. Il y en avait pour le moment une vingtaine. A 6h00, Maximilien arriva dans une glissade dans le salon où Tatiana faisait déjà les cent pas en grommelant.
« Enfin prêt ! lui aboya-t-elle. Bon on commence par ton irlandais.
— Heu et les Lagrange ? demanda timidement l'adolescent.
— Ils nous jetteront dehors de toutes manières, lui répondit la vieille guerrière.
— Mais...
— Victor et Angèle iront les voir dans la matinée. Nous avions dit efficace et nous ne perdrons pas notre temps à nous battre en duel avec ces imbéciles ! J'espère que ton irlandais lui est correct.
— Il est très sympathique et vraiment brillant. Il a juste une descente un peu exagérée selon les critères de Lucien, dit Maximilien. Mais il nous aidera pour réduire la liste » ajouta-t-il précipitamment en voyant l'air de Tatiana.
Le jeune homme et la vieille auror sortirent ensemble de la maison et s'éloignèrent assez pour franchir les barrières magiques qui avaient été dressées la veille. Maximilien agrippa le bras que lui tendit sa tante et ils transplanèrent. La sensation de compression était toujours aussi pénible, la journée promettait d'être longue. Ils se retrouvèrent dans un pré à la campagne, l'adolescent allait demander où ils étaient mais ils disparurent à nouveau pour réapparaître sur les plages normandes. Tatiana lui expliqua qu'en théorie, ils étaient censés demander l'autorisation d'entrer sur le territoire anglais mais qu'ils allaient s'en passer. Ils seraient détectés bien sûr mais seraient déjà passés en Irlande avant de recevoir de la visite. En effet, ils n'y restèrent que quelques minutes.
Arrivés en Irlande, ni Maximilien, ni Tatiana ne connaissait le village où le fabricant habitait. Ils durent transplaner à l'aide d'une carte, ce qui ne permettait que de choisir la direction. Il leur fallut plusieurs fois relever la position du soleil pour estimer leur position, puis recommencer. Après plusieurs tentatives, ils atteignirent le village où O'Brien habitait. D'un commun accord, ils poursuivirent à pied. Cela leur éviterait de continuer à transplaner par tâtonnement.
Juste avant de pénétrer dans le village, Tatiana métamorphosa leurs vêtements pour ressembler à des Moldus. Le résultat fut plutôt réussi pour une sorcière, ils étaient désormais vêtus de tenues chics, assez pour aller à un bal. Maximilien espéra de tout son cœur ne croiser personne. Heureusement qu'il était très tôt. Il desserra la cravate qui l'étouffait à moitié puis il ouvrit son esprit à la magie ancienne. Il fallait détecter des traces de magie ancienne pour repérer la maison du sorcier irlandais. Tatiana ne l'avait pas attendu et il dut courir pour la rattraper. En vingt minutes, ils atteignirent un petit cottage fleuri. Pourvu qu'il soit bien chez lui, pensa le jeune homme. Maximilien ressentit les puissantes protections du cottage et sut qu'ils avaient déjà été détectés. La porte s'ouvrit à la volée sur un homme roux au crâne dégarni qui brandissait une baguette magique.
« Early for a visit, dit-il sans sourire. Who are you? And what are you looking for?
— Tatiana de Villefort and his nephew, Maximilien, Lucien's apprentice. We want to meet Seamus O'Brien the celtic wand maker, répondit Tatiana, prête à dégainer sa baguette.
— Si tu es bien l'apprenti de Lucien, où est-il ? demanda l'irlandais, méfiant avec un fort accent britannique.
— Il est mort monsieur, tué par les mangemorts et je suis venu vous prévenir que vous pourriez être le prochain. »
Le mage pâlit et abaissa légèrement sa baguette, avant de la relever aussitôt. Il demanda à Maximilien d'une voix menaçante pourquoi le dragon et le poirier forment une combinaison proscrite. Le jeune homme comprit qu'il voulait vérifier son identité par ses connaissances. Il répondit sans hésitation que le poirier donnait un caractère trop pacifique et le dragon trop colérique. La combinaison refuse d'envoyer des sorts ou provoque des explosions. Il enchaîna sur le bois des étagères utilisées par Lucien pour exposer ses baguettes. Merisier, wild cherry tree, traduisit-il en voyant l'hésitation de l'irlandais. Enfin il lui demanda de détailler les deux techniques pour incorporer le crin de licorne selon le bois. Lorsque le fabricant parut satisfait, Tatiana explosa. « Vous avez l'intention de nous faire poireauter dehors pendant longtemps ? C'est un coup à se faire avoir par les mangemorts ça ! » L'irlandais désactiva deux protections magiques d'un murmure et d'un geste de sa baguette. Il fit signe aux français d'entrer, puis il rétablit aussitôt les barrières.
Ils rentrèrent dans le cottage. O'Brien leur présenta sa femme, qui était encore attablée mais la baguette tirée. Celui-ci la rassura d'un sourire, puis il dessina quelques arabesques dans le vide à l'aide de sa baguette. Il invita les français s'asseoir et donna l'exemple. Il ouvrit la bouche mais Tatiana fut plus rapide.
« Comment se fait-il que vous parliez si bien le français ? »
Il leur expliqua qu'une partie de ses clients habitait la Bretagne française. La magie celtique y était encore fortement pratiquée par les descendants des druides.
« Ton oncle est, enfin était, aussi un excellent ami qui nous a enseigné le français »
Maximilien allait demander qui d'autre désignait le « nous » quand l'acre de la cheminée s'embrasa de flammes vert émeraude. Une silhouette s'y matérialisa. Un jeune homme qui semblait n'avoir que quelques années de plus Maximilien sortit de la cheminée et épousseta la suie qui couvrait sa robe de sorcier.
« Je vous présente Adrian, mon apprenti, un foutu écossais, s'exclama O'Brien aux français.
— They are from the clan Villefort, dit-il à son apprenti. They are coming from France to see us and to warn us. Now back to french !
— Merci, murmura Maximilien mal-à-l'aise avec l'anglais.
— C'est un privilège de vous rencontrer, articula difficilement l'écossais.
— Qu'est-ce qui s'est-il passé ?
— Rookwood ! Un de vos foutus mangemorts s'est introduit chez Lucien pour lui extorquer des informations et pendant ce temps d'autres mangemorts ont tenté d'enlever Jéor en attaquant notre manoir. Les deux sont morts ainsi que pas mal de membres de notre famille, expliqua sèchement Tatiana.
— Avant de mourir, Lucien a pu me demander de prévenir les autres fabricants qui pourraient intéresser nos ennemis, ajouta Maximilien.
— La disparition d'Ollivander puis l'attaque de notre clan. Si j'étais vous, je prendrais cette menace au sérieux, siffla la vieille auror.
— Il faut renforcer nos protections, Seamus, murmura la femme dans un français hésitant. Ils ont raison. Habituellement la neutralité des wand makers est respectée. Pour la première fois depuis Grindelwald une menace plane sur vous.
— Je suis d'accord, hélas, répondit son mari. Tu avais parlé d'une liste de fabricants à visiter, c'est bien cela mon garçon ? demanda-t-il à Maximilien.
— Oui. Tous les fabricants de baguette de qualité supérieure. Généralistes, sur-mesure ou magies particulières, répondit aussitôt Maximilien en sortant de sa poche le parchemin
— I see. Tu en as écris vraiment beaucoup. Ils ont pourtant seulement attaqué Garrick Ollivander, Lucien et Jéor. Ils ne s'en prendront qu'aux fabricants généralistes les plus réputés, je ne pense même pas vraiment être menacé.
— Foutaises ! grogna Tatiana. Vous allez vous faire tuer et facilement encore !
— I think she's right darling, we should consider... tenta l'irlandaise.
— Bien sûr que nous allons renforcer nos précautions, la rassura aussitôt O'Brien. Mais je voulais juste dire que nous pouvons sans aucun doute réduire cette liste à seulement quelques noms.
— Alors barrez des noms tout de suite. Plus vite nous aurons terminé ce petit voyage chez des cibles potentielles, mieux ce sera ! » ordonna Tatiana pleine de tact.
L'irlandais tendit la main vers le parchemin et se mit à parcourir des yeux la liste des fabricants. Il attrapa une plume d'aigle et se mit à rayer des noms. Il discuta à plusieurs reprise la pertinence de tel ou tel nom avec son apprenti. L'anglais était beaucoup trop rapide pour être compréhensible par les Français, ce qui exaspéra rapidement Tatiana. Lorsqu'il lui rendit le parchemin, la moitié des noms était rayés mais il en avait aussi rajouté. Il proposa d'en visiter lui aussi quelque uns qu'il connaissait. Tatiana annonça immédiatement qu'ils étaient d'accord mais Maximilien protesta. Si nécessaire, il pouvait montrer ses souvenirs pour convaincre ses interlocuteurs.
« Montre-les-moi alors. Si tu m'autorises à utiliser la légilimencie. De toutes façons, c'est comme ça que tu voulais convaincre du risque en dernier recours non ? » demanda O'Brien.
Maximilien bien que réticent, abaissa ses barrières mentales pour permettre à l'irlandais de revivre la soirée de la veille encore une fois. Il revécu chaque scène en accéléré, chacune de ses émotions. La colère, la peur et surtout la douleur. Quand le mage irlandais se retira enfin, il réussit à articuler « Tu as assisté à tout ça ! Je suis vraiment désolé. Tu arrives à tenir le coup. » Maximilien hocha la tête mais visiblement O'Brien n'était pas convaincu.
« Nous ferons notre deuil plus tard, trancha Tatiana. Lesquels devons-nous visiter ?
— Lesquels connais-tu déjà Maximilien ? demanda l'irlandais en désignant la liste. Lesquels te feront confiance ?
— J'ai déjà rencontré la norvégienne Marcia Otonen et son apprentie Elena Ekstrom, répondit-il en rougissant légèrement. Lucien connaissait bien la lignée germanique des Zaubholz mais je ne les ai jamais vus. En revanche, je connais bien les Cristatos. Ce sont des amis proches de Lucien et nous sommes allés plusieurs fois les voir en Grèce.
— Bien. Je vais aller prévenir Marina Abrazo en Espagne, Larsen à Bruges. Je peux m'arrêter chez les Lagrange même si ce sont vos ennemis jurés, il faut les prévenir.
— Nous avons déjà envoyé deux personnes les avertir de ce qui s'est passé, coupa Tatiana. Ne perdez pas votre temps avec ces gens-là !
— Ok, répondit-il d'un ton peu convaincu. J'irai aussi voir les italiens, je ne les ai jamais rencontrés mais bon. Et je visiterai ce brillant fabricant serbe. De votre côté, vous irez chez Tobias et Mickael Zaubholz, puis Marcia Otonen et la belle Elena, dit-il en adressant un sourire entendu à Maximilien. Ensuite Gregorovitch. Je crois qu'il y a un excellent artisan en Hongrie mais je ne connais pas son nom. Vous demanderez à Gregorovitch et enfin nous nous retrouvons chez les Cristatos pour faire le point. Et Adrian, tu vas résumer ça au professeur Dumbledore immédiatement.
— Parfait ! Avec la liste qu'il avait faite nous en aurions eu pour plus d'une semaine. Merci, dit Tatiana en se levant pour partir.
— Merci à vous de vous déplacer pour tous nous avertir » répondit l'apprenti d'O'Brien.
Maximilien observa l'irlandais porter sa baguette à sa tempe et en retirer un fluide argenté, un souvenir, puis un second. Il invoqua deux fioles et y placer les souvenirs. Il les donnait à son apprenti quand Tatiana le traîna dehors sans ménagement.
Les Français reprirent leurs transplanages à destination de l'Allemagne. Ils arrivèrent à l'entrée du petit village sorcier situé en cœur de la Forêt Noire. Maximilien connaissait les Zaubholz de réputation, ils étaient ébénistes, luthiers et fabricants de baguettes. Toutes leurs créations étaient uniques et de grande qualité, Lucien possédait plusieurs meubles provenant de ces artisans. Les Zaubholz étaient à la fois fabricants généralistes et si nécessaire de matériels sur-mesure. Les Zaubholz évitaient de rentrer dans le débat comme celui qui opposait les Villefort et les Lagrange, le choix revenait au client.
Maximilien demanda le chemin dans un allemand maladroit à des passants. Ils leur indiquèrent la sortie sud du village. En effet, ils parvinrent vers un petit magasin situé à l'écart qui exposait une baguette sur un coussin vert. Maximilien et sa tante entrèrent dans l'échoppe sur leurs gardes. Ils ressentirent immédiatement les protections magiques de la boutique, de la magie ancienne très puissante, la maison toute entière pouvait sans doute réagir en cas de danger. Une clochette tinta, avertissant les propriétaires de leur présence. Bientôt un homme d'une trentaine d'années apparut et les salua en souriant.
« Guten Morgen !
— Guten Morgen, Herr Zaubholz, mein Name ist Maximilien de Villefort und meine Tante Tatiana de Villefort. Können wir mit Ihrem Bruder und Ihr bitte sprechen ?
— Bien sûr que tu peux nous parler, jeune Villefort. Est-ce que tu viens de la part de Lucien ? demanda-t-il en agitant la main.
— Oui, c'est à peu près ça » répondit douloureusement le jeune Français.
Maximilien sentit la magie de la maison changer de façon imperceptible, une manière bien étrange d'appeler son frère. Tatiana l'avait senti aussi. Si un combat devait éclater dans cette maison elle serait largement désavantagée, ce qui la rendait nerveuse. Sur l'invitation du mage allemand, ils s'installèrent dans deux confortables fauteuils. Avant de s'asseoir, Tatiana traîna le sien de manière à garder la porte, la fenêtre et l'Allemand dans son champs de vision. Le germanique haussa un sourcil interrogateur mais ne fit pas de commentaire.
Un second mage, approchant de la quarantaine, finit par entrer. « Mon frère Tobias » introduisit celui qui devait être Mickael. Celui-ci s'installa également et Maximilien attaqua immédiatement ses explications. Les Allemands perdirent rapidement le sourire et présentèrent leurs condoléances aux deux Villefort. Ils se montrèrent assez inquiets. Ils étaient en effet des cibles probables après le double assaut chez les Villefort. Ils décidèrent d'évacuer l'atelier et leur bibliothèque le plus tôt possible et ne reviendraient dans leur boutique que pour assurer la vente de baguettes. Ils discutèrent également des autres fabricants à avertir. Tous deux consultèrent et approuvèrent la liste corrigée par O'Brien.
Tobias Zaubholz demanda franchement aux Villefort les intentions de leur clan. Ils expliquèrent que la nouvelle orientation politique n'était pas encore définie. Toutefois ils indiquèrent que l'affront réclamait vengeance et qu'ils allaient sans doute entrer activement en opposition contre l'armée des ténèbres.
« Ollivander, puis maintenant vous. La tradition de neutralité des fabricants de baguette n'avait pas été brisée depuis Grindelwald, conclut Tobias avec tristesse.
— Nous ne sommes pas responsables des attaques ! accusa Maximilien. Nous sommes les victimes ici.
— Je le sais bien jeune homme, répondit calmement l'Allemand. Mais la neutralité, bien que difficile à conserver lors des conflits, est une tradition que je respecte profondément. Nous équipons tous les belligérants sans distinction. Nous allons devoir rassembler notre famille ce soir et je vais leur exposer la situation. Au minimum nous devrons nous retrancher pour rester neutre et au maximum nous prendrons les armes à vos côtés. Je ne peux rien te promettre, Maximilien.
— Alors mesurez bien le risque que vous allez prendre en cherchant à rester planqués ! Ils veulent ces informations et si vous restez neutres, ils viendront vous torturez comme mon oncle !
— Silence gamin ! Nous ne sommes que des messagers. S'ils sont prêts à mourir au nom de leur confortable neutralité. Laisse ! Tu as fait ton devoir et même bien plus, coupa Tatiana.
— Tu ne m'as pas laissé terminer Maximilien. J'ai l'intention de proposer à ma famille de prendre votre parti. Cette voie est dangereuse pour nous mais la neutralité l'est sans doute davantage. Je ne peux pas te garantir une décision en votre faveur mais j'avais déjà l'intention d'argumenter contre les mangemorts.
— Il n'y a vraiment aucune voie sûre quand on affronte la magie noire, commenta Tatiana d'un ton acerbe.
— Je suis d'accord, murmura Mickael.
— Dans tous les cas, nous aurons besoin d'être informés sur les intentions des autres fabricants. Je vais organiser notre retraite, annonça Tobias à Mickael. Quant à toi, tu vas nous servir d'ambassadeur auprès des autres artisans. Mickael va vous accompagner, dit-il aux Français. C'est un excellent combattant et c'est justement à ce titre qu'il connaît l'apprenti de Gregorovitch.
— Alors mettons-nous d'accord sur le champ, grogna Tatiana. On avertit mais on ne perd pas notre temps à vouloir convaincre indéfiniment. S'il y a le moindre de danger, on ne cherche pas le combat, on fuit et on continue à suivre cette maudite liste. Je me fous de savoir que tu sois un bon duelliste, si tu n'acceptes pas ce que je viens de dire, tu restes ici.
— Je suis d'accord ! clama Tobias à la place de son frère. Tes scrupules et tes principes ne m'intéressent pas, tu restes vivant. C'est non négociable.
— Bien, bien faisons comme ça. Pas de temps perdu et pas de combat volontaire » confirma Mickael avec difficulté.
Mickael se leva pour préparer quelques affaires et partir en Norvège. Resté seul avec les Français, Tobias interrogea Maximilien sur l'avancement de son apprentissage. Le jeune homme ne savait pas vraiment comment il s'organiserait à la sortie de l'académie. L'Allemand le rassura : « Si nos familles prennent la même direction, combat ou pas, nous pourrons achever ta formation. C'est bien l'une des seules choses que nous pouvons faire à la mémoire de notre amitié avec Lucien et Jéor. » Maximilien eut tout juste le temps de le remercier, quand Mickael déboula dans la pièce, essoufflé. Tatiana se leva immédiatement, prête à partir. Tobias se dirigea vers son frère et lui ordonna d'être prudent. Maximilien sentit que l'échange entre les deux frères n'était pas seulement verbal mais aussi magique et émotionnel. Ils utilisaient la magie ancienne pour communiquer, tout comme le faisaient Lucien, Jéor et François.
Mickael quitta la boutique avec les Français. Après quelques pas, il projeta mentalement une image à Maximilien et Tatiana. C'était une petite maison de bois, celle où vivaient Marcia Otonen et son apprentie Elena. Le jeune fabricant fut reconnaissant, il ne se souvenait pas de la destination avec autant de clarté. Tatiana demanda à Mickael le nombre d'étapes nécessaires pour atteindre la maison des fabricantes scandinaves. Trois suffisaient selon lui. Il projeta de la même manière trois images. La vieille combattante s'arrêta net.
« Non ! Il ne faut pas s'arrêter dans les villages, trop de risque d'être reconnu. »
L'allemand hésita mais s'inclina. Il suggéra trois autres destinations plus isolées. Cette fois-ci, elle approuva au grand soulagement de Maximilien. Elle lui tendit son bras pour transplaner. Les trois voyageurs disparurent avec de légers claquements.
Ils réapparurent puis transplanèrent deux autres fois avant d'arriver à une trentaine de mètres de l'habitation. Maximilien frissonna, la température avait baissé de quelques degrés. Il observa le village situé légèrement en contrebas. L'endroit devait être tranquille. Il ignora sa tante qui grommelait sur les risques d'habiter trop à l'écart. Il observa à nouveau la maison. Plus élégante que dans ses souvenirs, plus fleurie aussi. L'enseigne située au-dessus de la porte n'était pas encore visible mais Maximilien se rappelait qu'une unique baguette y était gravée.
Sans hésiter, il s'avança vers l'entrée. Tatiana l'en dissuada d'un sifflement assourdi. « Je ne t'ai donc rien appris ? » grogna-t-elle. Maximilien s'immobilisa aussitôt, un peu penaud. Mickael ne chercha pas à dissimuler son sourire moqueur mais il dégaina tout de même sa propre baguette en bois d'érable. Les trois sorciers s'avancèrent prudemment vers la lourde porte en chêne.
« Elles n'utilisent aucune protection ? demanda Maximilien en chuchotant. Je ne sens aucune barrière.
— Je ne dirais pas ça, lui répondit Mickael, concentre-toi mieux. »
Maximilien obéit et se focalisa sur les traces de magie. Effectivement il perçut des sorts très légers, diffus, presque imperceptibles. Même Tatiana était déstabilisée, les sortilèges étaient très discrets et difficiles à identifier donc difficiles à affronter. Un style très différent de celui des Villefort et des Zaubholz.
La porte s'ouvrit sur une jolie brune d'environ vingt-cinq ans, vêtue d'une élégante robe rouge vif. Elle reconnut tout de suite l'Allemand et lui accorda un chaleureux « Willkommen ». Elle tourna ensuite le regard vers les Français. Elle mit un peu plus de temps à reconnaître le jeune homme qu'elle n'avait vu depuis plusieurs années. « Salut Maximilien » un peu hésitante. Elle reçut un simple sourire timide comme réponse. Elle haussa un sourcil. Qu'est-ce qui amenait deux lignées de fabricants à visiter une troisième ? Elle se tourna enfin vers Tatiana qu'elle ne connaissait pas et la salua timidement en français.
« Bonjour, pouvons-nous parler à l'intérieur ? Est-ce que Otonen est là aussi ? répondit la guerrière.
— Bien sûr, entrez donc » s'empressa Elena, en s'effaçant pour les laisser entrer.
Elle appela Marcia Otonen sans même élever la voix mais Maximilien sentit la magie dans son souffle. Bientôt une petite femme apparut, elle était coiffée d'un chignon serré. Ses traits étaient aussi sévères que ceux de son apprentie étaient détendus. Elle était vêtue d'une robe sombre contrastant avec celle de son apprentie.
« Marcia Otonen, s'annonça-t-elle sans préambule.
— Madame, dit Mickael en français et en s'inclinant légèrement.
— Maximilien et Tatiana de Villefort, annonça brutalement la vieille française.
— Le gamin de Lucien non ? Qu'est-ce qui peut bien m'amener une pareille délégation ? demanda la Norvégienne avec le même tact.
— Je te laisse faire » dit l'Allemand à Maximilien.
Tous les regards convergèrent vers le jeune homme qui bafouilla. Mais il parvint à expliquer qu'il venait sur ordre de son défunt mentor pour prévenir les artisans de la menace. Quand il en vint à la mort de son oncle, Maximilien eut les larmes aux yeux, le sourire Elena s'effaça et les yeux de Marcia s'allumèrent de fureur. Elle lâcha un juron dans une langue que Maximilien ne comprit pas. Pour terminer son histoire, il leur proposa de « vivre » ses souvenirs. Les deux sorcières acceptèrent gênées puis se plongèrent dans son esprit, elles en ressortirent secouées.
« Les mangemorts ont franchi un cap. Notre neutralité a été violée, siffla la vieille fabricante.
— Nous réclamons vengeance, annonça simplement Tatiana. Et les Zaubholz vont peut-être nous suivre.
— Qu'allons-nous faire ? demanda Elena à Marcia.
— Attendre ou fuir puis se faire tuer. Ou prendre les devants et tenter de survivre. J'ai toujours pensé que cette foutue neutralité servait à s'enrichir en vendant à tous ceux qui s'entretuent !
— Mais c'est très risqué… objecta Elena.
— Regarde où mène la neutralité : Ollivander, les Villefort. J'ai perdu trois amis et moi-aussi je réclame vengeance. Fais-ton choix Elena parce que le mien est déjà fait, lui répondit Marcia.
— Je n'ai pas vraiment le choix, n'est pas ?
— Personne ne l'a, murmura Mickael. Je te connais assez pour savoir que tu n'abandonneras pas la profession.
— Sûrement pas » frissonna-t-elle horrifiée.
Marcia trouva l'idée d'avoir un ambassadeur très utile. Elle ordonna à Elena d'accompagner ses visiteurs chez Gregorovitch, chez le Hongrois puis chez les Cristatos. Elena insista pour envoyer un hibou à sa famille avant de partir, ce qui lui fut accordé de mauvaise grâce par Tatiana. Marcia s'absenta pendant qu'elle rédigeait son rouleau de parchemin, elle revint avec un sac de cuir contenant des rechanges et des vivres. Elena la remercia, offrit sa missive à sa chouette puis se décida à quitter la demeure Otonen, un peu inquiète.
A nouveau, Mickael proposa un itinéraire prudent à destination de la Russie. Le transplanage était un moyen de déplacement rapide et efficace mais désagréable et fatigant. Ils firent donc plusieurs haltes pour se reposer et se restaurer. Maximilien en profita pour demander à l'Allemand comment il connaissait l'apprenti de Gregorovitch. Celui-ci lui expliqua qu'ils pratiquaient régulièrement le duel et s'étaient affrontés plusieurs fois lors de tournois inter-école. Il ajouta qu'Alexéis Kolcheck avait été le champion de Durmstrang pendant ses deux dernières années d'études. Ce statut lui avait permis d'approcher Gregorovitch. Maximilien se rappela effectivement que le fabricant russe était certes généraliste mais aussi spécialiste en baguettes destinées à la magie du combat.
Arrivés en Russie, les voyageurs durent recourir à des sortilèges pour se réchauffer un peu. En milieu d'après-midi, ils atteignirent enfin le village qu'habitait Gregorovitch et son apprenti. Ils remontèrent la rue principale d'un pas vif. Observés de toutes parts avec suspicion, les étrangers ne s'attardèrent pas. Ils suivirent Mickael qui se dirigea sans hésitation vers une butte surplombée par une bâtisse peu engageante en pierres grises. Arrivés à proximité, la butte se révéla être plutôt être un véritable roc, noir et glacé. L'Allemand s'arrêta au pied d'un escalier taillé dans la roche, puis il tendit la main vers une petite cloche en bronze. Celle-ci était gravée d'une baguette et d'une épée entrecroisées. « Rassurant » souffla Maximilien avec un sourire crispé. Elena lui adressa un sourire amusé, elle n'en pensait pas moins. La cloche teinta doucement et Mickael annonça d'une voix distincte son nom et celui de chacun de ses compagnons.
Les visiteurs durent patienter. Pour passer le temps, Maximilien ouvrit son esprit à la magie et tenta d'analyser les premières protections de la demeure de Gregorovitch. C'était curieux, les protections semblaient réagir et évoluer à mesure que le jeune Français tentait de les discerner. Elles semblaient aussi avoir plusieurs failles. Mais Maximilien se corrigea immédiatement, Gregorovitch et son apprenti étaient des maîtres en magie du combat. Des failles étaient hautement improbables, mais des pièges et de mauvais sorts, nettement plus.
Un trentenaire aux cheveux pâles descendit l'escalier calmement, dévisageant et analysant les visiteurs. Lorsqu'il s'approcha, Maximilien constata qu'il avait des traits durs, anguleux et des yeux d'un gris glaçant. Le jeune homme frissonna. « Ne surtout pas le provoquer » se murmura-t-il. Il était sûr qu'il n'avait pu l'entendre mais le slave tourna pourtant son regard vers lui et sa bouche se tordit en quelque chose qui ressemblait à un sourire ironique. Il ramena son attention vers Mickael, à qui il sourit avec plus de franchise. Il le salua en allemand, prit brièvement de ses nouvelles puis évoqua le souvenir d'un duel qui les avait opposés. Alexéis dut faire une erreur puisque l'Allemand le reprit sur le détail d'un sortilège. Le sourire du champion de Durmstrang s'étendit, il franchit les derniers pas qui le séparait de l'Allemand et lui serra la main. Maximilien comprit qu'il s'agissait d'un test d'identité déguisé. Enfin il s'adressa aux autres. « Good afternoon my ladies, sir. May I ask why three different wandmaker lines are visiting us? » Tatiana ne laissa personne répondre et lui répliqua qu'ils pourraient en discuter à l'intérieur en sécurité et en présence de son mentor. « Please » ajouta Elena avec un regard de reproche à la vieille guerrière. Alexéis fit signe de le suivre dans l'escalier. Maximilien l'entendit marmonner et faire de légers signes avec les doigts pendant l'ascension. Il devait désactiver puis réactiver certaines protections pour les laisser passer.
Il les fit rentrer dans la demeure mais Maximilien n'en fut pas plus rassuré. Ils entrèrent dans une vaste salle froide, le mobilier était simple, une dizaine d'étagères remplie de fines boîtes, une table et des chaises. Sur l'une d'elle trônait un vieillard qui les scrutait avec un regard inquisiteur, Gregorovitch. Le slave s'adressa au vieil homme dans une langue inconnue de Maximilien, sûrement en russe.
« Parlons en français, je suis sûr que nous le parlons tous, commanda Tatiana d'un ton peu engageant.
— C'est exact, répondit Gregorovitch. Mon apprenti m'expliquait qu'il avait pu confirmer l'identité de son ami allemand mais pas les vôtres.
— Je confirme leur identité, annonça Mickael au vieillard méfiant.
— Ce n'est pas suffisant mais installez-vous et expliquez-vous. Je suis pourtant certain qu'aucune assemblée des fabricants de baguette n'a été organisée aujourd'hui.
— Eh bien cela va probablement être une nécessité, répondit l'Allemand du tac-au-tac.
— Et qu'est-ce qui peut bien justifier une telle convocation ? demanda aussitôt Alexéis.
— Des attaques coordonnées contre plusieurs artisans de haut niveau, répondit Elena avec douceur. Tout d'abord l'enlèvement d'Ollivander, il y a quelques mois. Puis deux attaques contre les Villefort hier. Je te laisse continuer, dit-elle à Maximilien.
— La disparition d'Ollivander est tragique mais l'implication des mangemorts relève de la spéculation, interrompit Gregorovitch.
— Eh bien cette fois-ci, cela ne fait pas le moindre doute, siffla Tatiana. A moins que vous contestiez la validité du jugement d'une demi-douzaine de survivants de notre clan et de plusieurs aurors.
— Plus un enseignant de Beauxbâtons et j'ai mes souvenirs à l'appui si nécessaire, compléta Maximilien avec un air de défi.
— Alors nous t'écoutons mon garçon. »
Pour la énième fois, Maximilien dut réexpliquer son histoire. Gregorovitch demanda quelques précisions mais admit l'implication des mangemorts dès que Roockwood fut mentionné. L'apprenti commenta que la recherche de puissantes baguettes conduirait fatalement jusqu'à eux, les spécialistes de la magie offensive. De toutes évidences, Gregorovitch avait tenu le même raisonnement. Il annonça à ses visiteurs que ses protections avaient été analysées la veille par des inconnus.
« Et c'est maintenant que vous le dîtes ! » explosa Tatiana.
Alexéis la rassura, les barrières, les pièges et autres joyeusetés avaient été modifiés et renforcés immédiatement. Tatiana se leva.
« Nous partons tout de suite, vous prendrez votre décision. Maximilien et moi ne… »
Elle s'interrompit en voyant une bouffée de fumée rouge apparaître devant Gregorovitch et la même devant son apprenti.
« Qu'est…
— Une alarme, l'interrompit Alexéis. Nous avons de la visite ! dit-il en dégainant sa baguette. Mais ceux-ci n'ont pas sonné. Ils attaquent notre première ligne de défense ! »
Je sais que je coupe au meilleur moment ^^
Pour celles et ceux qui sont intéressé(e)s par la structure du clan, je vous donne un petit aperçu des liens familiaux des Villefort. Ces liens sont plutôt secondaires dans l'histoire, mais si cela peut aider à l'appréhender. J'ai souligné ceux qui sont morts. Un conseil, prenez un stylo et une feuille…
La famille Villefort se compose de deux branches. Commençons par la première. Lucien et François sont frères. Lucien n'a qu'un fils, Gary. François (marié à Violette) a quatre enfants, Dorian, Dimitri, Vivien et Angèle. Dimitri est marié à Lucie, ils sont les parents d'Eva, Léo et Maxine.
Du côté de la seconde branche, Dolorès est la mère de Tatiana et Gérard, lequel en a trois, Victor, Jérôme et Irina. Jérôme a épousé Camille, ils sont les parents de Maximilien et Léana. Irina n'est techniquement plus une Villefort puisqu'elle s'est mariée.
Si vous avez vérifié, je n'ai pas oublié Jéor. Il appartient bien au clan mais pas en tant que Villefort. Vous ne comprendrez pas dès le prochain chapitre mais dans le suivant je crois.
Je l'aurais bien mis sur le profil mais j'évite d'annoncer la mort de Lucien avant même que Maximilien quitte Beauxbâtons. Vous comprenez, laissons les nouveaux lecteurs espérer qu'il va peut-être survivre. Qu'il est bon d'être méchant ! ^^
A bientôt pour le chapitre suivant « le rituel des enfants perdus »
