Résumé : Maximilien est allé prévenir d'urgence ses collègues fabricants de baguettes magiques de la menace mangemort. Il se retrouve à résister à une attaque en Russie avec plusieurs collègues et participe à un rituel pour en délivrer d'autres en Grèce.


Beauxbâtons, octobre 1996

Tatiana remontait à grands pas l'allée de gravillon blanc qui menait à l'Académie. Dans son sillage, Maximilien peinait à suivre le rythme, le concierge aussi d'ailleurs. Celui-ci lui jetait des regards furieux. Étrangement, il n'avait pas oublié la façon dont Maximilien l'avait berné. Le jeune homme avait l'impression que cela s'était déroulé des siècles auparavant. Difficile de se dire que cela s'était passé trois jours plus tôt.

Arrivée à la porte de l'école, elle se tourna vers le concierge qui arrivait essoufflé. Elle claqua la langue d'impatience. Il passa plusieurs minutes à lever les protections de la porte. Tatiana attendit. On ne plaisante pas avec la sécurité. Comme c'était l'heure du dîner, ils se dirigèrent vers l'aile est où se trouvait le réfectoire. Tatiana ouvrit la porte à la volée et pénétra dans la vaste salle.

Toute la salle se tut immédiatement. Sans hésitation, Tatiana se dirigea au pas de charge vers la table centrale, la table professorale. Elle pesta bruyamment en slalomant entre les tables. En effet, les élèves étaient installés sur de petites tables circulaires éparpillées dans la salle. Bravo pour la discrétion ! Maximilien sentit des regards sur lui, accompagnés de murmures. Victor avait exigé qu'ils conservent leurs tenues de combat, histoire de bien faire passer le message.

La directrice de l'académie se leva pour les accueillir. Maximilien chercha ses amis dans la salle mais ses yeux furent attirés par une table en particulier. Ils allaient passer à côté d'une table, celle de sympathisants aux mangemorts. Maximilien serra les points dans ses manches. Quand ils s'approchèrent, Arthur de Gonzague se leva pour se moquer d'eux et les insulter. Tatiana ne ralentit même pas le pas. Elle dégaina sa baguette avec vivacité et lui envoya un sortilège. Il fut giflé magistralement. Il perdit l'équilibre, trébucha sur sa chaise et tomba au sol. Maximilien, complètement surpris, ne put retenir un éclat de rire devant l'air choqué du jeune aristocrate et plusieurs tables accompagnèrent son hilarité.

Maximilien chercha sa baguette dans sa poche par précaution et se prépara à la dégainer au premier mouvement suspect. Lorsque de Gonzague se releva, les moqueries retombèrent. Personne n'avait jamais oser humilier le jeune homme de la sorte et tout le monde était attentif. Pendant qu'il sortait sa baguette, fou de rage, on entendit à peine « Mon père… » Sans chercher à comprendre, Maximilien invoqua un bouclier. Tatiana désarma violemment Gonzague et lui assena un sort de mutisme. Il ouvrait et fermait silencieusement la bouche, inutilement. Pendant ce temps, Tatiana attrapa sa baguette d'un geste fluide, puis continua son chemin vers la directrice.

« Tatiana, commença Mme Maxime furieuse, vous êtes…

— Dans mon droit. Oui, je sais, l'interrompit la guerrière. Je suis toujours aussi outrée que les gamins qui deviendront des mangemorts en puissance n'aient pas déjà été éjectés d'ici !

— Ce ne sont que des enfants qui ont droit à la formation académique, trancha la directrice agacée.

— Alors dressez les ! Si l'un de vos morveux m'attaque ou même m'insulte à nouveau. Je vous promets que vos petits mangemorts adorés auront droit à une formation accélérée en médicomagie, allongés à l'infirmerie. Ils ne seront plus capables de se servir de couverts pendant les deux prochaines semaines !

— Je pense qu'ils sauront se tenir, articula-t-elle difficilement. Vous nous rendez Maximilien ?

— Oui, répliqua Tatiana avec hargne.

— Plus d'évasion de ce genre ! Peu importe la raison. Nous sommes bien d'accord jeune homme ? interrogea durement la directrice.

— C'est noté Madame.

— Bon je vais vous laisser, clama Tatiana. Nous avons pas mal de têtes à faire tomber, ajouta-t-elle avec un sourire de dédain à Gonzague. J'ai failli oublier Olympe.[1] La position politique de notre clan a un peu évolué. Maximilien et Eva sont récemment devenus des cibles. Nous attendons qu'ils soient non seulement éduqués mais aussi protégés. Je suis sûr que vous me comprenez.

— Beauxbâtons est l'un des lieux les mieux protégés contre les intrusions en France, siffla la directrice Maxime en se relevant de toute sa hauteur.

— Je ne faisais pas référence à une attaque extérieure, même si c'est aussi préoccupant. Mais plutôt à de stupides écervelés qui pourraient être tentés de faire leurs preuves si vous voyez ce que je veux dire.

— Je ne me mêle pas de la politique de votre clan, alors vous éviterez d'interférer avec celle de mon académie, répondit-elle d'un ton légèrement menaçant.

— La sécurité est une préoccupation commune, j'ose espérer que vous prendrez des mesures appropriées à l'égard des menaces d'origine interne. Bonne soirée à vous. »

Elle tourna les talons et repartit à grands pas vers la porte où l'attendait le concierge. En passant elle jeta avec mépris sa baguette au jeune aristocrate en brandissant sa propre baguette sur lui. Bien que délivré du sort de mutisme, il n'ajouta pas un mot devant la baguette menaçante. Une joue cuisante et une seule humiliation suffisaient. Un claquement de cape et elle avait quitté la pièce. Les murmures reprirent lentement après sa sortie.

Maximilien allait s'installer avec ses amis quand la directrice l'arrêta. Elle lui présenta ses condoléances. Malgré les circonstances, elle n'aurait que peu l'indulgence. Il devait donc rattraper les cours des trois derniers jours. Les échéances des devoirs seraient adaptées sans plus.

« Et une dernière chose de Villefort, ajouta-t-elle.

— Je vous écoute.

— Que votre clan choisisse une voie militaire ne m'intéresse pas. Je vous interdis de faire entrer la guerre à Beauxbâtons.

— Madame que vous le vouliez ou non la guerre ne s'est pas arrêtée à nos portes, contra Maximilien froidement. Cela fait des mois que cette guerre hante nos couloirs. Elle prend sans doute des formes moins violentes qu'à l'extérieur. Elle est sans doute atténuée par la magie limitée des étudiants et surtout par l'efficacité de l'infirmerie, mais elle est bien là. La nier ou l'interdire ne vous avancera guère !

— Alors je me suis peut-être mal exprimée Villefort, dit-elle d'une voix menaçante. Beauxbâtons est un lieu dédié aux études et je vous déconseille fortement de reporter votre colère sur d'autres étudiants, peu importe leurs affiliations ou sympathies ! Est-ce que je suis parfaitement claire ?

— Limpide Madame. La diffusion des positions politiques sont proscrites mais j'imagine que les discussions sont autorisées. L'usage de la violence est proscrit. Mais comme l'a justement souligné ma tante avec beaucoup de subtilité, j'ai la chance d'avoir maintenant une magnifique cible peinte dans le dos. J'espère que vous serez tolérante envers la violence utilisée en légitime défense.

— Villefort, nous pouvons jouer sur les mots pendant un moment. Si vous voulez partir sur ce terrain, c'est votre choix. Les limites ne peuvent être fixées simplement par des mots. Les règlements ont leurs failles et certains étudiants pourraient s'arranger pour les contourner. Je vous sais assez malin pour cela. Je m'en remets donc à votre jugement. Vous estimerez vous-même les limites à ne pas franchir. Et si franchissement il y a, sachez que je n'hésiterai pas à vous renvoyer. Suis-je claire ?

— Finalement il ne s'agit que de dosage, répondit Maximilien ironique. Une dernière précision madame la directrice. Est-ce que ce magnifique discours sur la responsabilité ne s'applique qu'à moi ? Ou comme je l'espère, vous comptez responsabiliser tout étudiant susceptible d'utiliser sa baguette de façon offensive ?

— Vous êtes tous responsables et toute violence sera sanctionnée de manière appropriée ! rétorqua la directrice en dominant Maximilien de toute sa hauteur.

— Alors je suis satisfait Madame. Puis-je rejoindre mes amis maintenant s'il vous plaît ?

— Soyez très prudent Villefort. Maintenant filez !

— Un instant Madame la directrice, j'ai une question à poser à Villefort. »

Maximilien se tourna lentement vers celui qui venait d'intervenir. Il regarda avec méfiance l'enseignant en métamorphose. Edgard Segur était pourtant un homme discret, de petite taille, un peu nerveux. Son intervention était pour le moins inattendue.

« Je vous écoute, lui répondit calmement Maximilien.

— Le département de la justice nous a fait parvenir le relevé de la trace [2] qui vous concerne. Il a été demandé immédiatement quand vous avez fugué jeune homme.

— C'est en rapport avec mon usage un peu abusif de la magie ? Légitime défense. Je suis persuadé que cela va vite être régularisé. Les aurors vont faire le nécessaire surtout en ce qui concerne l'usage de la magie à l'étranger.

— Je n'ai pas de reproche à vous faire. Loin de là. En fait c'est de la curiosité. Si j'en crois le parchemin qui nous a été adressé, vous avez utilisé de la magie en Russie chez un certain Gregorovitch. Lors du combat, il y a un sort qui est étrange, qui m'a interpellé en fait. Un sort de métamorphose et qui… Enfin je ne comprends pas pourquoi vous l'avez utilisé en plein combat et ce, une dizaine de fois si je me souviens bien.

— Je crois que je commence à comprendre où vous voulez en venir. Vous voulez parler du sort qui semble servir à métamorphoser une carafe ?

— Oui c'est exactement celui-là. C'est pourtant un sortilège … comment dire ?

— Inoffensif sur les créatures et improbable dans une telle situation ? proposa Maximilien avec un sourire légèrement ironique.

— Voilà, c'est parfaitement cela. Donc pourquoi ce sort ? »

Maximilien ne répondit pas tout de suite. Que fallait-il révéler ? Que fallait-il dissimuler ? Il décida donc de prendre quelques risques. Pour cela il faudrait être prudent et jouer franc jeu avec les professeurs. Enfin presque…

« Le sort dont vous parlez est parfaitement inoffensif et inutile en duel. Mais je n'ai pas utilisé la version classique. Vous avez dû voir que ce n'était pas rigoureusement la bonne formule. Ce n'est pas une erreur de prononciation, ni de transcription d'ailleurs. C'est une variante, assez originale je dois dire et assez peu connue.

— Quelle est son utilité alors ? demanda Delorme, laissant filtrer sa curiosité.

— J'y viens. Cette variante a été inventée ici à Beauxbâtons, il y a environ deux siècles par des étudiants tout à fait brillants d'ailleurs. Enfin bon, leur invention n'a pas été au goût de tout le monde puisque le sort a été interdit trois heures après sa première utilisation. Sûrement un record !

— Mais c'est impossible, intervint Segur. La construction ne permet pas d'en modifier le sens premier d'une manière dangereuse. Enfin cela n'a pas de sens. Je suis sûr que ce sort permet de faire la métamorphose prévue. Peut-être pas de façon exacte mais tout de même.

— Cette variante permet toujours de transformer d'obtenir un colibri à partir d'une carafe. Ce sort est toujours aussi inoffensif et n'a qu'une fonction : la transformation habituelle. Si le sort est lancé sur autre chose, il n'a aucun effet. »

Laisser un silence pour renforcer la curiosité. Il faut juste espérer qu'ils mordent à l'hameçon.

« Alors pourquoi avoir créé cette variante ? clama la directrice exaspérée par les détours et les non-réponses de Maximilien.

— En fait, je suis sûr qu'une petite démonstration serait nettement plus explicite que n'importe quel discours. »

Les yeux des professeurs se rétrécirent, tout aussi menaçants. Ils ne mordront pas. Ils ne mordront pas. Ils ne mordront pas. Ils ne…

« Villefort ! Pourquoi ce sort a été interdit par l'académie ?

— Il n'y a aucun risque professeur. C'est une métamorphose inoffensive. Vous croyez que je pourrais mentir à autant de professeur. Le sort est inoffensif, sans effets secondaires. »

Ils savent qu'il y a un piège. Ils le sentent. Ils ne mordront pas. Ils ne mordront pas.

« Allez-y. Mais si vous mentez… lâcha Segur impatient.

— Madame la directrice. Ais-je votre autorisation également ? demanda Maximilien avec un sourire calculateur.

— Du moment que vous assumez » dit-elle après un silence menaçant.

Gagné ! Où se trouve la table de cette saleté d'Antigone Ombre. S'il n'y avait qu'une personne qui méritait le message, c'était bien elle. Ne pas se diriger directement vers elle surtout. Maximilien sortit sa baguette. Il slaloma entre les tables, semblant chercher une carafe appropriée au sort. Surtout ne pas formuler le sort, pour éviter qu'il ne se diffuse dans l'académie. Six, sept mètres, ce sera parfait. Comme toute la salle, Antigone se taisait et attendait intriguée.

Maximilien brandit sa baguette d'un mouvement fluide et l'abattit sur la table que la sang-pure occupait avec ses larbins. Une lueur vert émeraude apparue à l'extrémité de sa baguette sous les yeux horrifiés de toute la salle. Antigone et ses camarades se jetèrent au sol, affolés. Le sort frappa la carafe, au milieu des cris qui avaient retentis. Baskere sortit sa baguette pour riposter, mais Maximilien ne lui en laissa pas le temps. Il le stupéfixa sans hésiter et désarma Antigone sans états d'âme. Les contours de la carafe ondulèrent et se reformèrent. Un colibri apparu, chétif mais tout de même réussi. Non, ce n'était pas l'avada kedavra ! C'était parfaitement la bonne couleur mais pas du tout le terrible sortilège meurtrier, juste une petite métamorphose.

Tandis que le colibri s'envolait avec difficulté au milieu de la clameur générale, Maximilien revint d'un pas rapide vers les enseignants. Puis il leur dit avec toute la dureté dont il était capable : « Maintenant je pense que vous avez compris pourquoi j'utilisais ce sort en combat ! Inoffensif certes mais fort mal interprété. » Il observa chacun de ses enseignants avec froideur, leurs réactions allaient de mal-à-l'aise à choqué en passant par l'indignation. Delorme lui semblait pensif et la directrice tentait de maîtriser sa fureur. Antigone s'approcha, folle de rage.

« Vous n'allez pas laisser cet affront impuni, j'espère ? Villefort veut faire régner la terreur à Beauxbâtons et…

— Voyons Ombre. Il n'y avait aucun risque. Le sortilège était inoffensif. Je ne crois pas avoir menti, l'interrompit Maximilien ironique.

— Professeur ! Ce sortilège est interdit et il vous en a caché les effets !

— Ce sortilège n'a pas transformé la carafe en oiseau ? Des élèves ont été blessés ? Où sont-ils ? En plus l'interdiction a été levée le temps de la démonstration.

— Villefort, c'est la dernière fois que vous lancez ce sort ici ! mugit la directrice.

— Comme vous voudrez Madame la directrice

— Mais ce n'est…

— Villefort, cela ne vous ressemble pas, intervint Delorme. Vous vous laissez aveugler par la haine et surtout vous désobéissez même aux dernières volontés de votre oncle. Vous croyez qu'il apprécierait ? » demanda l'enseignant d'un ton glacé.

Le silence retomba sur ses paroles. Même Antigone n'osa le briser. Tout le monde attendait la réaction de l'héritier des Villefort. Maximilien tentait visiblement de maîtriser ses émotions et cherchait ses mots. Delorme avait frappé juste et là où ça faisait mal.

« Monsieur, mon oncle refuserait que j'agisse sous l'impulsion de la colère. Nous sommes d'accord sur ce point. Mais il refuserait que je devienne une cible passive contre… contre ça, clama Maximilien en désignant Antigone avec mépris. Il est bon de rappeler à ceux qui utilisent la violence et la cruauté ici même et en toute impunité, que nous ne nous laisserons pas faire. Certains résisteront et frapperont à leur tour ! Aujourd'hui Antigone Ombre aura appris une chose. Attaquer est souvent dangereux car il faut s'exposer à des gens qui sont prêts à riposter. Nous attaquer ne sera pas sans conséquences.

« Villefort, même correctement formulées, les menaces sont interdites à Beauxbâtons. Vous viendrez donc dans mon bureau demain soir en retenue, annonça Delorme d'une voix dure. Maintenant, allez vous asseoir sans faire davantage de vagues. »

Maximilien fit volte-face, furieux, sous le regard triomphant d'Antigone et ceux soulagés des autres enseignants.

L'étudiant prit la direction de la table occupée par ses amis. Il aperçut de loin leurs regards à la fois soulagés et assez menaçants. Encore des sermons. Mieux valait-il éviter une nouvelle scène ce soir. Maximilien s'arrêta et adressa un regard à ses amis. « Plus tard. » articula-t-il silencieusement. Il obliqua vers une table discrète, située à l'écart. Il y mangeait rarement, c'était celle qu'occupait sa jeune cousine Eva et ses amies. Ses propres amis attendraient et comprendraient.

Arrivé à quelques mètres de la table, Maximilien s'arrêta de nouveau. Il demanda aux quatre adolescentes l'autorisation de s'asseoir d'une voix douce. Sa cousine ne répondit pas mais sa meilleure amie lui adressa un faible sourire et l'accepta d'un geste. Maximilien attrapa une chaise et s'installa. Il observa Eva. Elle avait les yeux rougis, des cernes énormes, ces traits étaient tirés et une assiette remplie mais intacte. Ça s'annonçait bien !

« Tu es fier de toi ? demanda Eva avec agressivité en brisant le silence qui s'était installé.

— A quel propos ? Ma fugue irréfléchie ? Ou cette démonstration de magie ?

— Les deux !

— Cette démonstration découle des ordres de Victor. Il a été nommé patriarche du clan il y a trois bonnes heures, précisa Maximilien en consultant sa montre. Il a ordonné de frapper fort une fois puis d'adopter un profil bas par la suite. J'ai juste saisi l'occasion quand ils m'ont questionné sur le sort.

— Quel est l'intérêt ? demanda l'une des amies d'Eva sans cacher sa désapprobation.

— En prouvant sa détermination et sa puissance, cela décourage les agressions. Ils devaient être une bonne quarantaine à me réserver une place chaleureuse à l'infirmerie, la liste vient de se réduire à une dizaine. C'est plus facile à surveiller.

— Et le profil bas c'est pour éviter de remettre de l'huile sur le feu ? demanda-t-elle.

— Tu comptes être discret ? lui demanda franchement Eva. Sérieusement ?

— Pour le moment oui, reconnut Maximilien. Mais le problème c'est que cette attitude me met à peu près à l'abri mais ne te protège pas toi, ni tes amies d'ailleurs.

— Tu crois vraiment qu'ils vont chercher à nous attaquer ? s'inquiéta l'amie d'Eva.

— Si ça peut leur permettre de marquer des points contre nous et pour faire des démonstrations de force alors oui probablement. Compte bien sur Antigone Ombre pour nous le rappeler et pour entretenir un délicieux climat de méfiance.

— Mais sérieusement, on ne peut rien faire ?

— En fait si, répondit Maximilien. La directrice a interdit de semer la zizanie à Beauxbâtons mais elle ne peut pas nous interdire d'apprendre à nous battre.

— Hors de question ! s'exclama Eva furieuse. Je refuse de me battre, même si mon clan part en guerre.

— Je ne veux pas que tu deviennes une habituée de l'infirmerie. Et puis rien ne t'interdit de te limiter à des sortilèges défensifs. Je désapprouve parce que ça ne fera guère que limiter la casse mais bon…

— C'est non !

— Alors il y a une chose que tu peux tout de même me promettre Eva. Ne quitte plus tes amies. Plus un instant. Ça devrait déjà en décourager une bonne partie des agressions. Seule tu es vulnérable, accompagnée tu l'es un peu moins.

— Ça c'est acceptable.

— C'est un risque que tu feras courir à tes amies. Tu en es consciente ? Est-ce que tes amies le savent aussi ? »

Elles répondirent toutes par l'affirmative. C'était insuffisant, très insuffisant si Antigone les prenait pour cibles. Mais Maximilien ne pouvait pas les forcer. Il renforça sa demande auprès de l'amie née-moldue d'Eva. Elles étaient toutes les deux cibles, autant les transformer en gardiennes mutuelles. Il invita une nouvelle fois Eva et ses amies à se former à la défense pour veiller les unes sur les autres. Il essuya quatre refus catégoriques, pas vraiment surpris. Il faudrait retenter après la première agression.

« Une dernière chose Eva.

— Je t'écoute Max.

— Comment tu t'en sors avec tout ça ?

— Et tu crois qu'elle va bien espèce d'idiot ? lui reprocha l'une des filles.

— Arrête, lui souffla Eva. Il n'a pas demandé si j'allais bien. Ce n'est pas du tout la même chose. Il n'est pas assez stupide pour imaginer que je vais bien.

— Et donc ? demanda le cousin moins stupide qu'il en avait l'air.

— J'ai l'impression d'avoir perdu la moitié de mon identité et de mes repères avec tous ces… ces morts, souffla la jeune fille d'une voix brisée. Je ne sais pas du tout si ça va s'améliorer. Et de ton côté ? ajouta-t-elle. Ton masque ne parvient pas à dissimuler ta souffrance, en tout cas pour moi qui te connais bien.

— A peine mieux que toi. J'ai commencé à faire le bilan de tous mes souvenirs heureux que j'ai partagé avec eux. Selon Athena Cristatos, ça aide à faire le deuil, à accepter cette… perte et à passer à autre chose.

— Ça marche ?

— Je ne sais pas. On verra bien.

— Et Maximilien ?

— Je t'écoute.

— Ne me refais pas à un coup semblable à ta fuite. Sinon je te promets que je te tuerai. Sauf si tes amis me devancent évidemment » conclut-elle d'un ton lugubre.

Maximilien lui sourit tristement. Échapper deux fois à la mort en deux jours étaient plus radical que n'importe quelle remontrance. Merlin seul savait le nombre de mises en garde il entendait ces derniers jours.

Les reliefs des repas disparurent de la vaisselle dorée. Le repas était terminé mais ni Eva, ni Maximilien n'y avait touché. La salle se transforma en un troupeau d'élèves bruyants qui rejoignaient les dortoirs.

Maximilien sentit plusieurs présences derrière lui. Il se retourna instinctivement, juste à temps pour apercevoir son amie, Clémence des Blancs-Manteaux. Celle-ci le gifla violemment puis se jeta dans ses bras au milieu de ricanements moqueurs.

« Il faut que nous parlions de la conduite à adopter, murmura Alexandre.

— Pas ici » répondit Maximilien.

Huit silhouettes s'écartèrent discrètement du flux d'étudiants de Beauxbâtons. Elles se dirigèrent en silence vers une salle en marge des pièces couramment utilisées de l'académie. Maximilien était heureux de retrouver ses amis mais il était relativement sûr d'une chose. Il allait passer un sale quart d'heure.

« Maintenant que nous sommes tous rassemblés. Je prononce l'ouverture du procès de Maximilien » plaisanta ironiquement un étudiant.

Celui qui venait de parler s'appelait Hector Boisreal, étudiant en dernière année, lui et Alexandre dirigeaient la petite bande qui se trouvait dans la salle.

« Bien ! Passons aux choses sérieuses, intervint Alexandre. Bon retour à Beauxbâtons Maximilien. Ravis de voir que tu es encore vivant, dit-il avec une lueur de reproche mais aussi de fierté.

— Nous imaginons bien que cela fait trois jours que tout le monde te reproche d'avoir déserté comme ça. Nous allons donc supposer que c'est déjà rentré dans ta caboche bien têtue et que tu ne vas pas récidiver, annonça Hector.

— J'ai failli me faire massacrer à deux reprises ces derniers jours alors oui j'ai digéré la leçon, répondit Maximilien avec tristesse.

— Très bien nous allons aussi nous abstenir des questions stupides sur ta santé ou si tu es heureux parce que nous nous doutons que ça n'ira pas bien pendant un bon moment. Nous sommes ici pour prendre connaissance le plus tôt possible de la position de ton clan et des fabricants européens de baguettes pour adapter les nôtres en conséquence.

— Côté fabricants, rien n'est encore décidé. Plusieurs lignées supérieures vont faire pression pour rentrer en guerre mais pour l'instant… expliqua Maximilien.

— Des lignées supérieures, tu veux dire des familles ?

— Pas nécessairement. Certains fabricants préfèrent choisir leurs successeurs sur la base de leur talent uniquement. Alors que d'autres cherchent des talents à l'intérieur de la famille. Gregorovitch et Otonen sont les héritiers de longues lignées mais pas de familles d'artisans.

— Et dans ta famille comment ça se passe si personne n'est intéressé ? » demanda Olivier, le meilleur ami de Maximilien.

Une chose était sûre, Maximilien lui avait expliqué plusieurs fois mais le né-moldu n'avait pas vraiment écouté. Il était comme ça. Si ça ne concernait pas les enchantements, les protections ou les maléfices, le futur briseur de sort n'écoutait qu'à moitié et surtout ne retenait pas.

« On ne cherche pas uniquement chez les Villefort mais dans le clan étendu donc aussi parmi les familles vassales. Par exemple Jéor, le mentor de Lucien, n'était pas un Villefort mais un Tual.

— Ça arrive de ne pas trouver de volontaire quand même ? demanda Hector.

— On trouve toujours quelqu'un d'intéressé même si parfois ça saute une génération. Jéor et Lucien ne trouvaient personne de crédible dans la génération de mes parents, du coup ils ont attendu. Mais s'il y en a un ou même plusieurs par génération c'est mieux.

— Bon on s'égare un peu là, quand sauras-tu la position de tes collègues vis-à-vis des mangemorts ? demanda Alexandre.

— Les Cristatos et Gregorovitch vont rassembler une session de la confrérie des fabricants de baguettes magiques. Je pense qu'ils vont faire ça assez vite et de toutes façons j'y participerai.

— Bon et du coup pour ton clan ? Après l'entrée de Tatiana, ses menaces et ta jolie démonstration, qu'est-ce qui est prévu ?

— Le clan entre en guerre mais je suis censé rester calme et ne pas trop me faire remarquer jusqu'à la fin de mes études.

— Mais tout à l'heure ?

— Juste une petite mise au point pour décourager les intimidations., rien de plus au programme. En théorie bien sûr…

— Ça ne suffira pas pour décourager Ombre, de Gonzague, d'Aigremont et leurs chiens ! s'exclama Olivier.

— Effectivement ! Eva et moi allons être ciblés au même titre que les nés-moldus. Ainsi que probablement mes amis proches c'est-à-dire vous tous. Si d'ailleurs certains d'entre vous veulent prendre leurs distances, je comprendrai mais je vous encourage à le faire assez vite. »

Un murmure désapprobateur parcourut les autres étudiants. Alexandre vociféra que sa proposition était inacceptable. Il exigea un tour de table pour savoir qui voulait rester et soutenir Maximilien. Tous les étudiants levèrent rapidement leurs mains. Le jeune Villefort leur adressa un sourire de remerciement assez sombre mais accepta leur soutien. Il reprit tout de même la parole.

« Vous allez peut-être avoir des problèmes avec vos familles respectives en me soutenant. Certains feraient mieux de ne pas trop associer leur nom au mien.

— Ça dépendra entièrement de ce que vont entreprendre les Villefort dans le conflit et aussi de ce que tu feras ici à Beauxbâtons, intervint Hector. Qu'est-ce que tu envisages de faire et qu'est-ce que tu penses que ton clan va organiser ?

— Enfin nous y sommes Hector. C'était la question que tu voulais poser depuis le début » dit Clémence amusée.

Hector ne répondit pas. Ce n'était pas une question, juste un constat. Il garda donc le silence et attendit.

« En ce qui concerne mon clan, je ne peux le savoir par avance, surtout que je ne participe pas encore aux réunions du conseil. Ça va vite arriver rapidement puisqu'il y a une place réservée aux fabricants mais pour l'instant, je ne siège pas.

— Et donc tes impressions ? demanda Guillaume.

— Je pense qu'ils envisagent de faire du renseignement surtout. Sans doute des surveillances que les aurors ne peuvent pas faire légalement ou des gardes préventives que les aurors ne peuvent pas faire par manque d'effectifs.

— Tu penses que Tatiana a assez de liens avec ses anciens collègues pour obtenir ce genre de mission ?

— Probablement.

— D'autres choses en prévision ?

— Je pense que Tatiana et Victor veulent faire des opérations clandestines. Je ne pense pas qu'on en fera beaucoup mais bon.

— De quel genre, des raids ?

— Pas trop, des embuscades ou du chantage sur les réseaux d'approvisionnement des mangemorts, mais nous n'aurons que des moyens humains limités donc je pencherais pour une majorité de renseignement.

— Ton clan ne fera sans doute pas beaucoup de bruit alors ? demanda Hector.

— A priori, je ne pense pas.

— Tant mieux ça devrait limiter les interdictions parentales de te fréquenter, conclut Hector.

— Qui pourrait être concerné si cela se produisait ? » demanda Solenne.

Elle avait laissé Olivier et les septième année mener, mais finalement la future potionniste voulait intervenir. En ce qui la concernait, elle aussi était née-moldue donc sa famille n'interviendrait sans doute pas sur des questions de politique sorcière. Le raisonnement s'appliquait également à Olivier le futur briseur de sorts. Il n'y aurait pas de problème de la part de la famille de Guillaume, les Fabre, était une famille militaire qui comptait par tradition plusieurs aurors. Les Fabre méprisaient la magie noire. Du côté d'Alexandre, son père était un féroce adversaire politique des mangemorts donc pas d'objections. En revanche, le puissant clan des Blancs-Manteaux pouvait parfaitement ordonner à Clémence de revoir ses fréquentations. Hector Boisreal et Sophia Ardent préféraient ne pas se prononcer sur la question. Ils provenaient de petites familles sangs-mêlées. Les bénédictions des trois dernières familles n'étaient donc pas assurées et dépendraient de la virulence des Villefort.

Venant d'horizons différents, se destinant à différentes professions, ces huit étudiants partageaient un seul trait commun. La volonté de devenir des maîtres dans leurs domaines respectifs. A leurs yeux, seul le talent comptait. Certains avaient refusé d'exploiter les avantages familiaux et d'autres refusaient de se laisser restreindre par leurs situations familiales.

Les étudiants mirent fin à leur discrète réunion, il était tard et il fallait rejoindre l'internat. Maximilien s'installa avec Hector et Olivier dans les fauteuils des pièces communes. Il tenta courageusement de comprendre l'essentiel des cours qu'il avait manqués. Il pestait contre la métamorphose lorsqu'il fut interpellé depuis l'autre bout de la salle.

Maximilien serra les dents en voyant qui approchait. Richard d'Aigremont était affilié aux mangemorts. Ils étaient trois étudiants à se revendiquer ouvertement en faveurs de ces terroristes. Antigone, de la maison de l'Ombre, était à la tête de cette petite coalition. Antigone était sournoise et manipulatrice, n'hésitant pas à utiliser le chantage, l'intimidation et la menace contre les nés-moldus ou pour recruter les autres. Arthur de Gonzague était un gamin pourri gâté, stupide et influençable, ce qui arrangeait bien Maximilien. Autant, le dernier était le pire. Richard d'Aigremont était l'héritier d'une dynastie sorcière plus modeste que les maisons Ombre et Gonzague. A la différence du masque hautain des deux autres, il était agréable, poli et intelligent. Le recrutement était son domaine et la conversation son arme favorite. Maximilien le considérait du même coup bien plus dangereux que les deux premiers. Sa venue n'augurait rien de bon.

D'Aigremont se rapprochait, suivi de trois autres étudiants, des gardes. Arrivé à une dizaine de mètre de Maximilien, il ordonna à ses larbins de s'arrêter et de l'attendre.

« Je suis venu présenter les condoléances de la maison d'Aigremont » annonça-t-il calmement.

Il n'y avait pas de sourire sur son visage, pas de provocation mais pas de tristesse hypocrite non plus. C'est bien ce qui rendait d'Aigremont aussi dangereux, il était respectable et respecté.

« Au nom de mon clan, je te remercie, répondit Maximilien en se tenant prudemment aux réponses protocolaires de l'aristocratie sorcière.

— Puis-je m'asseoir ? » demanda-t-il poliment.

Maximilien serra les points dans ses manches. Il était à la fois outré par l'attitude de l'ennemi mais aussi curieux de savoir où il voulait en venir. Maximilien intima d'un regard à ses deux amis de se taire. Il ne fallait pas qu'ils commettent d'erreurs. Maximilien sentit les regards de toute la salle se tourner vers eux et le silence s'installer progressivement. Ils étaient maintenant au centre de l'attention et chacun attendait de voir la réaction du jeune Villefort. Il parvint à adresser un sourire poli à d'Aigremont.

« Sois le bienvenu à ma table, dit-il en désignant une chaise pour son ennemi.

— Je t'en remercie » répondit-il en souriant légèrement.

Un sourire bien aristocratique, ni trop marqué pour ne pas paraître roturier, ni trop peu par politesse. Maximilien répondit par le même sourire. Il laissa s'installer un silence poli et interrogateur, laissant son invité lui exposer les raisons de sa présence.

« Je suis venu pour confirmer ou infirmer certaines rumeurs qui me sont parvenues.

— J'y répondrai dans la mesure de mes connaissances, riposta le jeune Villefort, faussement détendu.

— Les événements qui se sont déroulés en Russie ont été confirmés. Mais apparemment il y a aussi eu des altercations en Grèce et Allemagne, est-ce bien exact ?

— Effectivement, répondit Maximilien sans développer par précaution.

— Impliquant systématiquement des fabricants de baguettes magiques de conceptions supérieures ?

— Ainsi que des terroristes rattachés au mouvement de l'homme qui s'est autoproclamé Lord et seigneur des ténèbres.

— Est-ce que leur implication a été prouvée ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils.

Nous y voilà. Il se renseigne pour savoir comment adapter son discours à l'avenir.

« Oui par les témoignages des fabricants et ceux des aurors de plusieurs pays. Mais également grâce à quelques prisonniers, peu nombreux je le reconnais, ajouta Maximilien avec un sourire satisfait, et surtout avec pas mal de cadavres portant un élégant tatouage sur le bras gauche.

— Merci pour ces précisions, répondit d'Aigremont avec une voix qui trahissait de l'agacement, la réponse ne l'arrangeait pas.

— Bon tu viens pour quoi exactement ? demanda Olivier d'un ton hargneux.

— Paix ! » lui assena Maximilien.

Pour l'instant, Maximilien avait fait un sans-faute et devait absolument rester crédible. Il était en public et se devait d'être irréprochable. D'autant plus que Maximilien avait vu une ombre discrète apparaître à l'intersection d'un couloir qui débouchait sur la salle. Cette ombre, il en était sûr, ressemblait furieusement au crâne chauve et la tête d'aigle du professeur de défense.

« Comment est-ce que votre situation va affecter la commercialisation de baguettes ? enchaîna d'Aigremont en ignorant Guillaume d'un air hautain.

— Normalement assez peu. Je dispose d'un stock important qui devrait suffire à répondre à la demande le temps d'achever ma formation. Je peux heureusement compter sur certains de mes collègues pour terminer mon apprentissage.

— Je croyais que la concurrence entre artisans était féroce ? » s'étonna l'autre en haussant les sourcils.

Il avait raison, la concurrence entre les Villefort et les Lagrange était légendaire. L'acharnement que mettait les deux lignées à se partager la clientèle française ne permettait aucune entente.

« Cela dépend des lignées. Mes mentors entretenaient une saine concurrence avec nombre de fabricants européens. En mémoire de leur amitié, je trouverai forcément des volontaires.

— C'est un peu risqué de former un rival non ? insinua d'Aigremont.

— La concurrence est surtout géographique, c'est pour cela que ne nous entendons guère avec la famille Lagrange. Ne t'inquiète pas de ma situation, répondit Maximilien avec un sourire narquois. En plus, comme j'ai averti et contribué à secourir plusieurs lignées, j'ai acquis un certain respect. Plusieurs de ces lignées m'ont déjà offert leur aide.

— Mais les décès de Jéor Tual et Lucien de Villefort ont sans doute occasionné la perte d'un savoir et d'une expérience précieuse non ?

— Mon clan échange des informations depuis des siècles avec plusieurs grandes lignées et notre bibliothèque est bien fournie. La moitié des ouvrages ont été rédigés par notre lignée. Leurs disparitions sont… regrettables mais surmontables, articula douloureusement Maximilien.

— Me voilà rassuré, il n'y aura donc pas vraiment de bouleversement pour permettre aux sorciers français d'acheter leurs baguettes.

— En théorie non, répondit Maximilien avec une touche d'ironie.

— Pourquoi en théorie ? demanda aussitôt d'Aigremont.

— Parce que nous avons demandé aux aurors de poursuivre la commercialisation depuis le département des aurors au ministère.

— Le ministère n'a pas pour vocation d'abriter des activités marchandes, s'exclama d'Aigremont faussement indigné.

— Exact ! Mais nous avons menacé d'interrompre l'activité et de couper l'approvisionnement. Le ministère n'était pas très enthousiasmé par cette option. Les Lagrange seraient incapables de répondre seuls à une telle demande. Les sorciers pourraient aussi se rabattre sur des baguettes d'entrée de gamme mais ils préfèrent bien souvent acquérir des baguettes de qualité supérieure.

— Donc ils ont cédé.

— Le ministère voulait nous affecter un seul auror. Une excellente plaisanterie, n'est-ce pas ? Mais nous avons obtenu l'accord du ministre en personne hier pour vendre depuis le quartier des aurors.

— Donc tout le monde n'aura pas accès à vos baguettes ?

— Ceux qui ont un casier judiciaire ou une marque des ténèbres feraient sonner tellement d'alarmes que je pense que nous ne les auront pas pour clients, ricana Maximilien. Donc en théorie rien ne change mais dans la pratique ça change un tout petit peu.

— Je vois. »

D'Aigremont laissa s'installer un silence pensif. La conversation ne tournait pas exactement à son avantage mais ils étaient en public et il ne pouvait guère l'interrompre sur l'annonce d'une victoire des Villefort, une victoire modeste certes mais une victoire tout de même.

« Plutôt que de subir un contrôle long et fastidieux par les aurors de garde, les gens pourraient être tenté d'acheter à l'étranger non ?

— Sans doute mais les événements des derniers jours vont inciter mes collègues à être nettement plus prudents.

— Mais il faut bien que les artisans vendent pour vivre non ?

— En théorie oui mais plusieurs lignées envisagent désormais de participer à la guerre.

— Mais tous ne sont pas concernés, objecta d'Aigremont.

— Pas si nous coordonnons nos positions politiques, répondit Maximilien du tac-au-tac.

— Mais ce n'est possible, pour cela il faudrait qu'il y ait une session extraordinaire de… »

Il s'interrompit brusquement d'un air sombre. Il avait compris où Maximilien voulait en venir.

« Il y a en une de prévue c'est ça ?

— Pas encore. Il n'y en aurait pas eu si les mangemorts s'en étaient tenus à Ollivander et aux Villefort. Mais ton ami Roockwood n'a pas réussi à nous extorquer les informations qu'il cherchait. Il a donc lancé sans réfléchir ses hommes sur Gregorovitch et sur les Cristatos. Dans les deux cas, il a échoué. Il a même tenté une visite chez les Zaubholz mais cette fois-ci, ils étaient préparés. Non maintenant, une assemblée extraordinaire est inévitable, expliqua Maximilien avec un sourire triomphant. Je ne sais pas comment Roockwood va sans sortir mais il doit en payer le prix sous les Doloris rageurs de son maître. Une chose est sûre, la punition va être très longue…

— Du coup, vous partez réellement en guerre, tenta d'Aigremont pour éviter que la conversation ne dérape.

— Nous allons tous partir en guerre contre ton maître et contre ce qu'il restera de Roockwood, affirma Maximilien d'un ton glacial.

— Tu ne fais vraiment rien pour avoir une vie normale Villefort ? demanda l'autre.

— Normale ? répondit-il ironique. Faire un barbecue et une partie Quidditch ? Alors non, je ne fais rien de normal. J'ai l'intention de suivre mon clan et mes collègues. Je ferai mon devoir.

— Donc tu es prêt à devenir un meurtrier pour venger ta famille ? insinua l'autre.

— Si j'ai le choix entre me débarrasser d'un mangemort ou le laisser tuer quelqu'un dont je connais les parents, les frères et sœurs ou les enfants, alors je n'hésiterai pas. »

Maximilien sut qu'il ne fallait pas aller trop loin, il vit distinctement l'ombre de son professeur sortir une baguette. Les gardes d'Aigremont était toujours à distance mais leurs mains se rapprochaient dangereusement de leurs poches. Olivier et Hector sentaient aussi la pression monter.

« Si cela peut te rassurer, notre nouveau patriarche est plus favorable à offrir l'hospitalité plutôt que des funérailles. »

Tout le monde s'immobilisa surpris. Comme d'Aigremont et les spectateurs ne comprenait pas, il poursuivit.

« Nous réhabilitons des pièces du manoir afin d'accueillir des invités. Elles sont vastes et bien équipées. Un peu fraîche et un peu spartiate peut être mais nous feront au mieux. Qui sait peut-être sera un jour, tu seras l'un de nos invités » annonça Maximilien avec un sourire à moitié détendu.

Cette fois-ci Olivier, Hector et d'Aigremont avaient compris. Victor avait ordonné la réhabilitation des geôles du manoir. En revanche peu d'étudiants de la salle avaient saisi l'insinuation. Il était certain que les menaces déguisées de Maximilien feraient le tour du palais en peu de temps.

« Je ne doute pas que les Villefort sont des hôtes merveilleux et qu'ils ont un grand sens du devoir » dit-il d'un ton dur.

Il l'avait dit avec assez de fermeté pour ne pas laisser croire au public qu'il s'était fait berner par la formulation.

« Les Villefort se souviennent » intervint Hector pour la première fois.

C'était la devise familiale. Il marquait le coup et invitait clairement Maximilien à mettre fin à la conversation pendant qu'il était encore en position de force. Le jeune Villefort compris le message. Il s'excusa, prétexta de devoir retourner étudier et pris congé. Maximilien, Hector et Olivier se levèrent sans attendre, ils avaient gagné ce soir.


[1] Olympe Maxime, la directrice pour ceux qui connaissent pas trop l'univers d'Harry Potter. Je ne pense pas que soit possible mais bon ! ^^

[2] La trace permet dans les livres d'Harry Potter de garder un œil sur l'activité magique autour des sorciers mineurs car ils ne sont pas sensé pratiquer la magie hors de l'école. On ne sait pas trop comment ça marche mais j'ai supposé que cela relevait les sorts effectués en zone moldue ou à l'étranger. Si votre interprétation est différente, n'hésitez pas.

A bientôt