J'aimeletaboul : Merci pour ta review. T'en fais pas j'écris pour me faire plaisir et je partage parce que ça peut faire plaisir à d'autres. Ta remarque m'a bien fait rire parce que le chap4 a été réécrit entièrement trois fois et le chap5 seulement deux mais même avec ça j'ai l'impression de faire un tas de répétition.

Résumé du dernier chapitre : Tatiana ramène Maximilien a Beauxbâtons, elle humilie au passage de Gonzague (un arrogant petit aristo). Maximilien enchaîne en lançant un faux sortilège de mort sur Antigone Ombre (une charmante raciste) et menace publiquement d'Aigremont, le troisième larron de la bande.

Maximilien et ses collègues sont prêts à partir en guerre ensemble ses amis font bloc avec lui. Vous trouvez que Maximilien s'en sort trop bien ? Oui moi aussi. Rassurez-vous, ça va vite changer !

Bonne lecture :)


Comme tous les matins, Maximilien descendait manger au réfectoire avec Olivier. Ils avaient attendu Clémence. Bien qu'intégré au groupe que formait les huit étudiants, Maximilien restait solitaire. Olivier et Clémence étaient probablement les seuls qui lui étaient relativement proches. Mais aujourd'hui, Clémence restait froide. Visiblement elle n'avait toujours pas digéré la fuite irréfléchie de Maximilien. Il faudrait donc patienter pour qu'elle retrouve sa bonne humeur habituelle. Le trajet fut inhabituellement silencieux, de même que le petit déjeuner.

En mangeant, tout rappelait douloureusement à Maximilien les morts de sa famille. Il buvait le café noir, fort et sans sucre, parce qu'il n'y avait rien d'autre chez Lucien. Les céréales étaient les mêmes que celle que servait sa mère au manoir. Le journal n'était pas encore arrivé mais il avait pris l'habitude de le lire à table comme le faisait François, l'ancien patriarche du clan. Olivier et Clémence sentaient qu'il n'allait pas bien. Les effluves magiques qui rayonnaient autour de lui étaient à l'image de son humeur, sombres. Les deux autres ne pratiquaient pas la magie ancienne mais ils étaient suffisamment habitués à Maximilien pour ressentir les émanations particulières de sa magie.

Les hiboux postaux entrèrent dans un tourbillon de plumes. Maximilien attendit patiemment que l'un d'eux lui apporte le quotidien L'actualité magique, il ne tarda pas. Un grand-duc lâcha le journal sans douceur et Maximilien sauva de justesse ses céréales avec un grognement agacé. Le jeune homme prit une gorgée de café et déroula le journal. Il parcourut la une et manqua de recracher le merveilleux liquide.

Charles et Alphonse Lagrange retrouvés morts !

Olivier lui arracha le quotidien en poussant une exclamation horrifiée sous le regard interrogateur de Clémence. Elle voulut intervenir mais Maximilien l'interrompit.

« Laissez-moi réfléchir ! D'Aigremont va l'utiliser contre le clan. »

La rivalité entre les familles Villefort et Lagrange était effectivement légendaire. Ils se livraient une bataille acharnée à la tête du marché français des baguettes magiques. Maximilien avait prévenu le maximum de ses collègues, incluant les Lagrange bien sûr. Mais Antigone Ombre et Richard d'Aigremont allaient certainement insinuer qu'il avait profité de la menace sur la profession pour se débarrasser de la concurrence. C'était absurde évidemment : aucun étudiant des années supérieures ne se ferait avoir, mais les plus jeunes... Ils chercheraient sans doute à retourner la méfiance des premières années vis-à-vis du clan Villefort.

« Il faut réagir tout de suite avant qu'Ombre ne le fasse, ou pire, d'Aigremont.

— Oui mais comment tu...

— Merlin, faîtes qu'Eva soit déjà descendue » murmura Maximilien en se levant d'un bond.

Il prit le journal et marcha à grands pas vers la table qu'affectionnait sa cousine. Il entendit des commentaires sur son passage, plusieurs étudiants recevaient comme lui des journaux. Il fut horrifié de voir déjà Antigone en parler avec Gonzague. Les deux pointaient un journal avec un air conspirateur. Sauvé ! Eva était bien descendue. Il faudra que je remercie ses copines pour l'avoir forcée à venir manger !

« Eva ! aboya-t-il pour attirer l'attention des étudiants qui déjeunaient.

— Quoi ? demanda-t-elle surprise et agacée.

— Dis-moi que cet imbécile de Victor m'a obéi ? »

Il connaissait la réponse mais il fallait qu'elle le confirme en public avant de connaître la mort des Lagrange.

« A quel sujet ?

— Avant de partir en Irlande, je lui ai dit d'aller prévenir les Lagrange de ce qui est arrivé au clan ! Il l'a fait ? assena-t-il.

— Oui bien sûr mais...

— Tu crois qu'il a été convainquant ? insista-t-il.

— Aucune idée. Demande à Angèle, elle y est allée avec lui mais pourquoi est-ce que tu... »

Sans attendre la fin de la question, Maximilien lui posa le journal en s'assurant que la une était bien visible. Eva déchiffra le titre, elle pâlit et comprit.

« Mais… Victor et Angèle y sont allés tous les deux pour expliquer ce qui nous est arrivé » articula-t-elle.

Elle s'abstint de préciser que Maximilien le savait déjà. Il fallait se dédouaner de la responsabilité.

« Les Lagrange ne les ont pas pris au sérieux, ils leur ont ri au nez et les ont quasiment jetés dehors. Victor a bien passé une heure à les insulter au manoir et à se plaindre que ta demande était stupide et inutile » poursuivit-elle.

Elle reprit en voyant Antigone s'approcher.

« Angèle n'était pas satisfaite alors elle y est retournée seule. Mais si j'ai bien compris, ce sont des clients des Lagrange qui ont empêché que ça dégénère en duel. »

Antigone était furieuse, elle avait finalement saisi la manœuvre de Maximilien et les Villefort s'en sortaient de justesse. Le jeune homme n'eut que le temps de jeter un regard de soulagement et de remerciement à sa cousine avant qu'Antigone lui crache son venin.

« Alors ça t'arrange bien d'être débarrassé de la concurrence ? » accusa-t-elle.

Elle avait l'air aussi joyeuse qu'une gamine à qui on avait volé sa poupée et Maximilien semblait aussi ravi que s'il la lui avait prise. Il avait remporté cette manche de justesse et par coup de chance. Elle pouvait toujours attaquer maintenant.

« Je suis ravi de ne plus avoir ces abrutis sur le dos mais je ne suis pas particulièrement comblé car je ne suis pas sûr de pouvoir assumer la demande en baguettes magiques supérieures. Surtout si les clients des Lagrange viennent me voir, rétorqua Maximilien avec mépris.

— Mais l'incapable qui te servait d'oncle t'en a laissé un bon stock, non ? » cracha-t-elle.

La salope savait comment frapper pour faire mal. En voyant le professeur de métamorphose s'approcher, Maximilien préféra inspirer profondément et résista à l'envie de dégainer sa baguette pour lui envoyer un furunculus bien senti.

« Il ne faut pas que mon stock descende trop bas sinon je ne suis pas sûr de pouvoir trouver une correspondance suffisante. L'été prochain, le stock passera dans le rouge lorsque j'équiperai les gosses de première année.

— Et vous ne pouvez pas en refaire d'ici là Villefort ? demanda le vieil enseignant avec inquiétude.

— Pas assez pendant mes études, professeur.

— Et vos collègues étrangers ? continua le professeur.

— Ils seront suffisamment occupés à maintenir sous perfusion le Royaume Uni, la Hongrie et la Roumanie en parallèle de leurs propres juridictions.

— Alors comment comptez-vous assurer la demande ?

— Je ne l'assurerai pas. Je filtrerai les demandes à la place, répondit simplement Maximilien.

— Donc tu vas faire monter les prix ? Tu as pensé à tout Villefort, insinua ironiquement Antigone.

— Taisez-vous Ombre ou je vous colle une retenue ! Sur quels critères comptez-vous filtrer ?

— Suspicion de soutien aux mangemorts tout simplement, répondit Maximilien avec un sourire rayonnant.

— Tu n'as pas le droit, il y a des lois contre la discrimination à la vente ! s'exclama Antigone furieuse.

— Autres que par une augmentation disproportionnée du prix, tu veux dire ? s'amusa Maximilien. Surprenant que tu t'inquiètes de ça quand on sait que ton cousin commence ses études l'année prochaine.

— Il ira à l'étranger trouver un meilleur fabricant que toi, s'exclama Antigone furieuse.

— Elle a raison sur un point Villefort, il y a des lois contre ces pratiques.

— Je ne suis pas sûr que le ministère accorde une dérogation de bonne volonté évidement, expliqua Maximilien. Mais en menaçant de suspendre les ventes nous devrions avoir gain de cause. Quant à l'étranger, ce n'est qu'une question d'heures avant de savoir si mes collègues appliqueront une politique semblable. Il est tout à fait possible que papa Ombre doivent expliquer à son affreux neveu pourquoi il n'aura eu qu'une baguette d'entrée de gamme pour sa rentrée à Beauxbâtons, susurra Maximilien radieux.

— Villefort ! s'exclama le professeur indigné.

— Maximilien ? Il y a une lettre qui vient d'arriver pour toi. Je n'en ai jamais vu mais c'est un épervier, non ? » lui cria Clémence.

Un épervier ? Ils n'étaient que rarement employés pour du courrier. Les sorciers n'en employaient guère que pour du courrier officiel longue distance. Les ambassadeurs s'en servaient, quelques services ministériels mais jamais, au grand jamais, ils ne délivraient des lettres à des étudiants.

Maximilien s'approcha, suivi du professeur de métamorphose et d'une Antigone furieuse mais qui ne parvenait pas à dissimuler sa curiosité. Du coin de l'œil, il vit aussi d'Aigremont se rapprocher discrètement. Tous le monde se concentra sur le volatile qui attirait les regards. C'était indubitablement un épervier, il attendait Maximilien avec majesté. Il s'approcha doucement du jeune homme et lui présenta une lettre, le parchemin n'appartenait pas non plus au répertoire de la correspondance classique. Un vieux parchemin aux reflets bleutés, inutilisé en France et à la connaissance de Maximilien, pas plus utilisé dans le reste de l'Europe. Ce fut l'enseignant qui, impressionné, brisa le silence.

« Du parchemin médiéval à usage militaire, souffla-t-il. Fabriqué à la main à partir de cuir de chèvre magique des montagnes.

— Du parchemin militaire ? demanda Clémence intriguée.

— Oui. Les chèvres utilisées sont magiques et le parchemin qui en résulte est un support magique particulier. Il permet d'ensorceler les lettres avec de puissants maléfices qui attaquent violemment ceux qui voudraient ouvrir les lettres à la place du destinataire.

— Tu connais le sceau qui le ferme Maximilien ? On dirait une sorcière avec un couteau non ? demanda Olivier.

— C'est une lamia. L'emblème des Cristatos. Les affaires reprennent !

— Mais si elle est ensorcelée, ça peut être dangereux. Comment tu vas faire pour t'identifier ? » demanda Olivier.

Tout comme Maximilien, il regardait alternativement l'épervier menaçant, la lettre sombre et le cachet qui ne semblait pas particulièrement rassurant. Il était prudent, on reconnaissait bien là, un futur briseur de sorts. De son côté, Maximilien connaissait une ancienne technique d'identification mais cela ne le rassurait pas pour autant.

Mieux valait s'abstenir de la toucher. De toute façon, l'enseignant l'en aurait empêché. Il retourna la solution dans tous les sens, plus il y pensait, plus il était convaincu que c'était la seule. Maximilien attrapa un couteau sur la table, il hésita puis il entailla sa paume. Il retint un gémissement, il y était allé trop fort. Il ignora les exclamations horrifiées qui fusaient, il contracta le poing pour faire saigner la blessure un peu plus puis arrosa la lettre d'une pluie de gouttelettes rouges.

Le professeur, désapprobateur, insista pour refermer immédiatement la plaie. Maximilien refusa son aide. Il posa le couteau sanglant, saisit sa propre baguette et referma lui-même l'entaille. Pas besoin de passer pour un incapable devant Antigone quand même ! Clémence lui annonça que des phrases venaient d'apparaître sur l'enveloppe :

« Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine, »

Clémence lut les phrases à voix haute, puis se tourna vers Maximilien interrogatrice. L'enseignant et Olivier secouèrent leurs têtes marquant également leur incompréhension mais Maximilien éclata de rire en comprenant.

« On reconnaît bien la signature d'Athéna Cristatos ! dit-il. Elle adore ce poème et elle sait que je m'en souviens et que je le déteste.

— C'est bizarre, je ne le connais pas celui-ci, murmura Antigone.

— C'est normal Ombre, répondit Maximilien avec un sourire méprisant. C'est un poème moldu. Aucune chance qu'un mangemort puisse l'ouvrir. C'est une précaution originale ! »

Clémence ne put retenir un éclat de rire devant l'air horrifié d'Antigone. Effectivement l'idée était excellente. Maximilien s'approcha de la lettre malgré l'épervier qui gardait toujours le parchemin avec un air de plus en plus menaçant. Il se contenta d'annoncer la suite du poème.

« Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. » [1]

L'épervier déploya ses ailes et s'envola avec majesté, son devoir était accompli. De son côté, la lamia du sceau déverrouilla la lettre qui s'ouvrit. Maximilien put enfin se saisir du parchemin. Il commençait à déplier le parchemin quand il vit Antigone se rapprocher pour essayer de le lire.

« C'est une correspondance privée Ombre, aboya Maximilien furieux. Je ne savais pas que la maison de l'Ombre éduquait ses rejetons aussi mal !

— Villefort. Votre langage ! Prenez connaissance de votre lettre et épargnez-nous vos remarques fielleuses. Je commence à en avoir assez d'arbitrer les deux gosses que vous êtes. Par Merlin vous êtes tous en septième année, montrez un peu l'exemple. »

Maximilien haussa les sourcils avec mépris et déplia la lettre à l'abri des regards. Il en prit connaissance rapidement, il laissa juste Clémence et Olivier la lire par-dessus son épaule. La missive brillait par sa simplicité et son efficacité. Les formules de politesse étaient minimes et le style était direct. Aucun des obscurs détours et insinuations propres à l'aristocratie n'étaient utilisés. Le manque d'implication des grandes dynasties sorcières dans l'artisanat avait parfois du bon.

Monsieur Maximilien de Villefort, du clan Villefort

Veuillez tout d'abord accepter mes condoléances pour les pertes subies par votre clan.

Je vous écris pour vous informer qu'une assemblée de la profession sera réunie en session extraordinaire dans les jours qui viennent.

Cette session est réunie à la demande d'Athéna Cristatos, matriarche de la famille Cristatos. Sa requête a été confirmée comme le veut la procédure de la profession par deux autres lignées supérieures. La lignée du plateau de Valdaï, représentée par Mykew Gregorovitch, et la lignée de Lysefjord, représentée par Marcia Otonen, ont accepté la demande de la lignée Cristatos.

Cette assemblée aura pour objet la réorganisation de la fabrication en Grande Bretagne et en Europe centrale, ainsi que décider de l'attitude à adopter face au mouvement de magie noire opérant sous les ordres de Tom Marvolo Riddle. [2]

L'heure et le lieu vous seront communiqués ultérieurement pour des raisons de sécurité. Veuillez donc vous rendre disponible pendant les deux prochaines semaines afin de pouvoir participer à cette assemblée.

Compte tenu de votre âge, il semble souhaitable que votre clan désigne un second émissaire. La lignée Villefort n'aura toujours qu'une seule voix mais ses intérêts méritent d'être correctement défendus.

Je vous prie de bien vouloir, Monsieur de Villefort, agréer en l'assurance de ma considération.

Demetrios Cristatos, intendant de la maison Cristatos

Dès qu'ils eurent terminé la lecture, Maximilien la replia, satisfait. Une fois de plus Athéna Cristatos brillait par son efficacité et on allait sans doute pouvoir profiter du réseau des fabricants pour se venger. Il demanda à ses amis de bien vouloir garder le silence à propos de ce qu'ils avaient lu. Le professeur de métamorphose s'abstint avec difficulté de demander à lire la lettre et leur indiqua qu'il était temps aller en cours. Il conseilla de partir immédiatement pour ne pas arriver après lui, c'est-à-dire en retard.

Les deux heures de métamorphose furent éprouvantes. Changer une chaise en renard n'est pas spécialement une partie de plaisir. La transformation d'inerte vers le vivant était bien souvent la pire, même en plusieurs étapes. Les exercices de concentration et de visualisation de Lucien avaient permis de hisser Maximilien et ses amis dans les meilleurs étudiants de la promotion mais l'effort mental et magique restait important. Au final, seuls Maximilien, Alexandre et Clémence maîtrisaient le sort en sortant du cours.

Une fois délivrés de cette matière, ils n'eurent plus cours de la matinée. Ils se rendirent donc à la bibliothèque de l'aile nord. Pour y travailler un peu mais surtout pour se rétablir. Après s'être assis, avec suffisamment de discrétion pour réveiller un ours en pleine hibernation, ils se calmèrent cependant juste assez pour ne pas être éjectés. Une silhouette menaçante venait effectivement d'apparaître entre deux étagères. Le bibliothécaire pouvait se révéler utile voire même à peu près fréquentable mais jamais si le niveau sonore dépassait celui du chuchotement.

Maximilien trouva le courage d'attaquer l'essai de botanique qu'il devait rendre. Une matière vraiment ignoble. Qui aime se battre en duel avec des plantes et devoir en prendre soin en même temps ? Sérieusement ? Il termina donc le plan de son essai avec l'aide de deux livres, qu'il n'avait pas ouvert, et surtout en glanant innocemment des informations à Clémence. Celle-ci était partagée entre l'exaspération et la compassion mais coopérait tout de même. Ses amis avaient rendu le devoir pendant qu'il visitait avec plaisir la Russie. Ils pouvaient donc faire un petit geste pour lui. Il lissa le parchemin, tailla sa plume, fluidifia l'encre à l'aide d'un petit sort et prit le temps d'admirer le paysage par la fenêtre. Enfin tout ce qu'il faut préparer efficacement un devoir de botanique.

Il commençait donc enfin à écrire une petite introduction quand une ombre s'interposa entre la fenêtre et lui. Le jeune homme releva la tête et croisa le regard d'Anthony de Monge. Anthony était en cinquième année et ne lui était pas particulièrement sympathique. Maximilien le connaissait depuis l'enfance car la famille de Monge était vassale des Villefort et, de ce fait, affiliée au clan Villefort. En l'observant un peu, Maximilien remarqua vite un œil au beurre noir recouvert d'un onguent orangé. Ses vêtements étaient froissés, même déchirés au niveau de la manche. Il s'assit en face de Maximilien avec un rictus de douleur. Puis il commença à observer Maximilien dans un silence indigné. Comme Anthony ne disait rien, Maximilien reprit la rédaction de son essai en attendant qu'il lui adresse la parole. On n'entendit alors que le crissement de la plume sur le parchemin.

« C'est tout ce que tu as à me demander ? engagea-t-il avec agressivité.

— Demander suppose d'avoir besoin de réponses, or j'en ai déjà à toutes les questions que je pourrais avoir à ton sujet. Je n'en ai donc pas posé, riposta Maximilien calmement.

— Tu sais qui m'a fait ça ?

— A première vue ? Baskere, le chien d'Antigone, ou Féris, celui de d'Aigremont.

— Baskere. Et c'est à cause de toi !

— Alors c'est plutôt à cause d'Antigone, non ?

— C'est à cause de ce que tu es que je me suis fait tabasser, sale con !

— Tu veux dire que c'est à cause de moi que ma famille a été décimée et qu'on a Ombre sur le dos ? Tu crois que j'ai invité Roockwood pour le café chez mon oncle peut être ? Quel hôte négligeant, j'ai oublié les petits fours, répondit Maximilien d'un ton acide.

— Je ne...

— Ne te trompe pas d'ennemi, l'interrompit Maximilien.

— Ils se vengent sur moi de ton coup d'hier soir.

— Avec ou sans la démonstration d'hier, ils nous auraient attaqués. Ils nous testent. Ils veulent savoir si le clan entier part en guerre et voir comment je vais réagir à ton agression.

— Moi aussi, je serais content de voir comment tu vas leur casser la gueule !

— On doit faire profil bas. Ordre du clan.

— Tu te fous de moi. Tu faisais quoi hier soir ? Un faux avada sur Ombre et des menaces de torture pour d'Aigremont. C'est ça un profil bas ?

— Un avertissement pour leur dire qu'on ne se laissera pas faire et du coup il y en aura beaucoup moins qui vont essayer de nous faire la peau. Mais maintenant, on doit faire profil bas, c'est-à-dire que la loi du talion est tolérée du moment que ce n'est pas en public.

— Je préfère ça. Quand est-ce qu'on va casser la gueule à Baskere ?

— Déjà pas aujourd'hui, modéra Maximilien. Il faut se préparer un minimum et on va éviter Baskere.

— Pourquoi ?

— Parce que ce n'est qu'un outil. Ce n'est pas lui qui a ordonné l'attaque. Ils ont frappé une famille vassale du clan, il faut frapper un vassal d'Antigone.

— D'Aigremont ou de Gonzague ?

— On verra ça plus tard. Remets-toi de tes blessures d'abord.

— Mais...

— Reste avec tes amis et protège ta copine aussi, elle est née-moldue non ? Ça doit aussi être une raison pour t'avoir attaqué.

— Tu sais qu'on va paraître faible si on ne réagit pas.

— Pas aux yeux d'Antigone et d'Aigremont, à mon avis ils s'inquiéteront plus d'un manque de réaction que d'un coup d'éclat stupide.

— Bon ok, on attend un peu.

— Il faut aussi qu'on veille sur Alice. »

Alice Azan appartenait à la quatrième famille du clan. En effet, le clan Villefort regroupait les deux dernières branches des Villefort, ainsi que trois familles vassales. Les familles de Monge, Tual et Azan avaient fait serment de suivre les Villefort en affaires et au combat mais ils étaient aussi en droit de réclamer une protection. Maximilien devait donc s'assurer qu'Anthony s'en sorte à peu près bien, tout comme sa cousine Eva et la petite Alice Azan, une discrète quatrième année.

« Avec mes amis, nous allons sans doute commencer à étudier quelques sortilèges offensifs et défensifs. Tu seras le bienvenu et Alice aussi, Eva refuse pour le moment.

— Ça marche. Dis Maximilien ?

— Oui ?

— Je ne suis même pas sûr qu'on fera la peau à Baskere un jour avec tes plans foireux.

— J'espère qu'on y arrivera sans se faire prendre. »

Maximilien ne lui dit pas mais il n'était pas trop chaud pour essayer d'attaquer le chien de garde d'Ombre. C'était déjà un combattant violent et sans pitié. Il aimait frapper autant qu'envoyer des maléfices et le faisait très bien.

« Tu sais que je te déteste encore plus qu'avant.

— Tiens donc en voilà une nouvelle. Je pense que tu n'es pas du tout envieux de mon statut de fabricant de baguettes. Mais pour quelles raisons du coup ? Trop hautain ? Trop froid ? Trop solitaire ?

— Ouai je pense que c'est ce que je déteste le plus. Tu as toujours refusé de te joindre à nous, Quidditch, Bavboules, bataille explosive, etc. Monsieur le fabricant supérieur préfère regarder ou retourner étudier pour devenir un maître !

— Je t'assure que ça vient plus du statut de fabricant que de mon foutu caractère.

— Comment ça ?

— Eh bien Lucien et Jéor décourageaient systématiquement les amitiés classiques donc je ne me mêlais pas trop à vous.

— Mais c'est pas sympa. »

Maximilien était plutôt d'accord avec lui. Il aurait quand aimé une enfance normale avec des rires, des jeux idiots, pas seulement du camping en forêt à la recherche de créatures magiques. Mais il passa sous silence ces regrets et se contenta d'expliquer leur code de conduite.

« En fait, c'est parce que les fabricants sont toujours en vadrouille. Ils sont en forêt et bien souvent à l'étranger six à huit mois par an. Le reste du temps est passé à l'atelier pour fabriquer ou expérimenter sauf le mois d'août pour vendre aux futurs étudiants. Donc pas de vie sociale, pas d'amis normaux.

— Mais tu en as des amis » objecta Anthony.

Il désigna Clémence et Alexandre qui s'étaient discrètement déplacés vers les tables voisines pour les laisser s'expliquer.

« Oui mais ils travaillent aussi dur que moi dans leurs domaines respectifs. Ils auront sans doute un travail aussi prenant. Ils sont indépendants et il est probable qu'ils n'auront aussi peu de temps à m'accorder que moi à leur en donner. Mais quand on se retrouve, c'est génial. Ça paraît tordu mais les amitiés standards doivent être entretenues sinon elles s'enveniment ou disparaissent.

— C'est moche tout ça.

— Je sais. Mais du coup ce n'est pas moi que tu détestes vraiment mais les règles de conduite des fabricants.

— Mais tes prédécesseurs n'ont jamais essayé de se comporter normalement ?

— Si bien sûr, justement le dernier en date était Lucien. Il voulait une vie normale, une famille normale. Au bout de quelques années, il s'est mis à négliger sa femme et l'éducation de son fils au profit de son travail. Son mariage s'est effondré alors que sa femme était géniale. Du coup Gary, son fils, le déteste. Il a même dû lui refuser un apprentissage. Gary avait un mélange d'envie, de colère et de rancune à propos de ce métier qui monopolisait son père. Enfin il n'en serait pas sorti grand-chose de bon. Évidemment tu imagines bien que Lucien est devenu un grand théoricien pour mon éducation et de mes relations avec les autres.

— Donc c'est pour ça que tu as été un sale con pendant toute notre enfance.

— En bonne partie. Tu vois, tu me détestes un peu moins. J'en suis sûr.

— Je n'en suis pas convaincu.

— Bon allez, on va faire bloc ensemble mais pas tout de suite car j'ai un foutu essai de botanique à faire. Il y a des moments où j'aimerais bien être un herboriste amoureux des plantes comme nos cher Azan mais ce n'est pas le cas malheureusement. »

Maximilien était soulagé quand Anthony partit sans faire davantage de reproches alors qu'il les méritait vraiment. Il se sentait mal à l'aise en le voyant boitiller avec difficulté vers la sortie. C'est vrai qu'il s'attendait à une réaction de la part d'Antigone mais certainement pas aussi forte ni aussi rapide.

Quelques heures plus tard, Maximilien se rendit sombrement au bureau du professeur de défense. Il devait y passer la retenue qu'il avait récolté pour le faux avada kedavra de la veille. Il arriva devant la porte à 20 heures précisément. Il demanda à l'affreuse gargouille qui servait de heurtoir de bien vouloir informer Delorme sa présence. La porte s'ouvrit toute seule et Maximilien pénétra dans le bureau. Le jeune homme n'y était jamais entré, ni par besoin, ni par contrainte. Alexandre, leur futur auror, avait au moins le début de réponse à la plupart de des questions sur les maléfices, malédictions et créatures dangereuses. Maximilien n'avait jamais été en retenu avec ce professeur donc vraiment aucune raison d'y aller. Les murs étaient couverts d'étagères en noyer, lesquelles étaient masquées par des voiles d'un bleu nuit. Les voiles étaient légèrement déformés par endroits et laissaient deviner des livres, des bocaux et d'autres formes vagues. Maximilien frissonna légèrement, le bois sombre, les voiles et les pierres noires ne rendaient pas exactement la pièce accueillante.

Après avoir détaillé la pièce, Maximilien reporta son attention sur le bureau et surtout sur l'homme qui y était installé. Delorme était fidèle à lui-même, il toisait Maximilien de sa haute taille. Son crâne chauve et son profil d'aigle ne le rendait pas spécialement rassurant. Sans un mot, il invita l'étudiant à s'installer face à lui. Il agita légèrement sa baguette pour allumer quelques chandelles supplémentaires. Maximilien s'installa en silence et attendit que l'enseignant prenne la parole.

Alexandre et surtout Hector avaient été surpris, Delorme était enseignant mais aussi directeur adjoint et responsable de la sécurité du palais, il avait donc d'autres choses à faire qu'assurer une retenue. Il se débrouillait d'ailleurs en temps normal pour les déléguer au concierge ou à ses collègues. Une chose était sûre, la retenue ne serait pas classique et rien que cela n'était pas rassurant.

« Bonsoir Villefort, dit-il finalement.

— Bonsoir Monsieur » répondit-il d'un ton aussi neutre que possible.

Il avait à la main le journal que Maximilien avait lu ce matin, il le désigna d'un geste.

« La directrice et moi-même voulions vous interroger à ce sujet ce midi, annonça-t-il. Mais vous n'êtes pas venu manger.

— Je travaillais à la bibliothèque nord et j'ai fait un détour par les cuisines avant de retourner en cours. »

Delorme fronça les sourcils. Il n'était pas interdit d'aller voir les elfes cuisiniers mais il préférait que ces étudiants mangent au réfectoire comme tout le monde.

« Dites-moi que ce n'est pas aussi grave que ça en a l'air ? demanda-t-il en désignant l'article sur l'assassinat des Lagrange avec inquiétude.

— Jusqu'à cet été, aucun changement notable. Après, je ne serai en mesure d'assurer qu'un quart de la demande actuelle en baguettes supérieures.

— Quel soutien depuis l'étranger ? demanda Delorme.

— Sûrement faible car il y a d'autres pays dont la situation est plus grave et qui nécessite approvisionnement en baguette et formations de nouveaux artisans.

— Quand connaîtrez-vous leurs intentions ?

— Voici un début de réponse à votre question, dit Maximilien en sortant la lettre des Cristatos de sa poche.

— L'épervier de ce matin ?

— Toute l'école est au courant, n'est-ce pas ?

— Ça a dû mettre une petite heure pour faire le tour de l'académie. Les cas précédents étaient rares et c'était principalement pour des professeurs qui avaient d'autres fonctions à l'extérieur.

— Pour en revenir à votre question, une assemblée plénière de la profession va se dérouler d'ici peu et cela fait partie des choses dont nous allons discuter.

— Quand ?

— Je ne sais pas et c'est aussi pour ça que je vous en parle. Je peux être convoqué à n'importe quel moment, expliqua Maximilien. J'aurai sûrement besoin de sortir vite, même si je suis en cours, précisa-t-il.

— Je vais arranger ça avec Cerbérus » annonça gravement Delorme.

Il était chef de la sécurité et pouvait donc permettre certains passe-droits de ce genre.

« Une autre chose. Les Lagrange ? Avez-vous des détails ? interrogea Maximilien.

— Pourquoi me posez-vous cette question Villefort ?

— J'ai hésité à informer les Cristatos du sort des Lagrange ce midi. Je m'en suis abstenu car je ne sais pas exactement ce qui s'est passé. Mais comme vous avez des contacts parmi les aurors...

— Qu'avez-vous besoin de savoir ?

— Est-ce que les aurors sont sûrs que c'était bien les mangemorts ?

— La marque des ténèbres a bien été authentifiée.

— Est-ce qu'il n'y a que des marques de combat ou aussi des traces qui laisserait penser à un interrogatoire ? »

Le regard du professeur se durcit.

« Pourquoi cette précision ?

— Ils cherchaient des informations, vous vous souvenez ? Lucien n'a pas cédé mais je veux savoir si les Lagrange ont pu parler.

— Le père est mort pendant le combat. Le fils semble avoir été torturé avant d'être exécuté, annonça brutalement Delorme.

— Il avait environ 25 ans, non ? Peu d'expérience encore. C'est déjà moins pire. On a peut-être des chances qu'il n'en sache pas autant que son père, dit Maximilien avec une lueur d'espoir.

— Ne vous réjouissez pas trop vite. Leur bibliothèque a été pillée.

— Savez-vous ce qui a été pris ? demanda Maximilien en pâlissant.

— Les elfes des Lagrange sont en train de faire l'inventaire à l'heure où nous parlons. Je ne me fais pas trop d'illusion. Selon les aurors, un mage hongrois de haut niveau a aussi disparu de la circulation alors vous pouvez considérer qu'entre les Lagrange et ce Draskovich je crois, les mangemorts ont obtenu ce qu'ils voulaient.

— Bien, j'avertirai les Cristatos en sortant d'ici.

— En fait, tu vas le faire maintenant car je ne sais pas si tu seras assez en forme pour rédiger cette charmante petite lettre en sortant de cette retenue, lui annonça Delorme d'un ton glaçant. »

Maximilien se raidit. Il respira doucement pour se calmer et sortit du parchemin, sa plume et un encrier. Pendant ce temps Delorme augmenta la luminosité de la pièce et agita sa baguette pour appeler un hibou de l'académie.

Monsieur Demetrios Cristatos, intendant de la maison Cristatos

J'accuse réception de votre invitation. Je vous confirme ma participation. Le choix du second représentant n'a pas encore été arrêté.

Je dois aussi vous informer de la mort des représentants de la lignée Lagrange.

Malgré deux mises en garde de la part de mon clan, les Lagrange n'ont pas pris de mesures de sécurité appropriées.

Selon mes informations, l'apprenti a été torturé et la bibliothèque de la lignée aurait été pillée. Je n'ai pas plus d'information pour le moment. Je doute d'ailleurs pouvoir en obtenir davantage compte tenu des différends qui oppose mon clan et la lignée Lagrange. Si vous avez d'autres sources d'informations, je vous suggère d'y recourir.

Il faudra également réorganiser le marché français.

Je vous prie de bien vouloir croire, Monsieur Cristatos, en l'assurance de ma considération.

Maximilien de Villefort, artisan du clan Villefort

— C'est un peu brutal non ? demanda Delorme qui avait lu à l'envers.

— Pas pour une confrérie d'artisans. Même si nous sommes très respectés, l'aristocratie sorcière est assez peu représentée chez les artisans par rapport à d'autres professions.

— Qu'entendez-vous par d'autres sources ?

— Les Cristatos ont de très bons réseaux. Alors que je ne peux compter que sur les aurors.

— C'est déjà pas mal, répondit Delorme piqué au vif.

— C'est vrai que vous êtes un auror, professeur, répondit Maximilien amusé.

— Ancien, corrigea Delorme. Bien il est peut-être temps que nous attaquions votre retenue à proprement parler. Savez-vous pourquoi je l'assure moi-même pour une fois ?

— Nous nous le sommes demandés aussi.

— Une idée ? »

Maximilien ne répondit pas tout de suite. Il plia la lettre, l'inséra dans l'enveloppe que lui tendait le professeur et attacha le tout à la patte du hibou que Delorme avait appelé. Il le laissa s'envoler avant de reprendre la parole.

« Je pense que vous vouliez me parler et me... me jauger.

— Il y a de ça.

— Je vous écoute que voulez-vous savoir ?

— Quel était le vrai but de l'illusion utilisée hier au réfectoire ?

— Annoncer que chaque attaque serait reçue avec férocité.

— Surtout Villefort ne vous foutez pas de ma gueule et n'essayez pas de me berner. Nous savions tous que personne ne vous attaquerait sans conséquences. Nous savions tous que vous résisteriez à des attaques sournoises au détour d'un couloir. Les enseignants le savaient, Ombre et d'Aigremont le savaient et la plupart des mini-mangemorts aussi. Donc pourquoi enfoncer une porte ouverte ? D'autant plus que les provocations directes sont très éloignées de votre style habituel.

« Vous avez raison professeur, ce n'est pas exactement mon style, admit l'étudiant. Le but était d'intimider la plupart des mini-mangemorts comme vous les désignez. Ceux qui restent à surveiller après sont moins d'une dizaine donc c'est plus facile.

— Je vois déjà deux failles dans votre raisonnement vascillant mais nous y reviendrons. Vous n'êtes pas l'auteur de ce plan bancal, n'est-ce pas ?

— C'est une idée de l'actuel patriarche de mon clan, Victor. Son plan a été approuvé par Tatiana.

— Je ne connais Victor que de réputation, un homme d'affaires obstiné paraît-il, et une ancienne auror. Donc vous vous êtes fié à un fonceur et à une militaire. Vous avez juste supposé que les raisonnements d'intimidation appliqués en affaires et à la guerre fonctionnaient ici ?

— Oui.

— Et donc vous n'avez pas réfléchi que la situation était différente. Là vous me décevez Maximilien, lâcha l'enseignant d'une voix lasse. Votre raisonnement suppose que vous évaluez correctement qui il faut surveiller. Si vous en oubliez un, vos adversaires s'en apercevront bien assez vite et en profiteront.

— Je les connais...

— Admettons que vous ayez un jugement assez fin en la matière. La deuxième faille est nettement plus inquiétante. Vous les avez provoqués donc pour garder la tête haute et conserver le respect, ils vont devoir frapper assez fort pour prouver leur valeur.

— Mais il y en a moins à surveiller donc...

— Laissez-moi finir Villefort, coupa Delorme. Il va y avoir certes moins d'étudiants menaçants mais ils vont devoir faire leurs preuves, très vite et fort. Vous et moi savons qu'ils ont déjà commencé.

— Anthony de Monge.

— Exactement mais votre plan est vraiment périlleux, vous exposez aussi des cibles vulnérables à des menaces plus importantes. Et c'est pour ça que vos provocations, l'avada et la menace des cachots de votre manoir étaient terriblement stupides.

— Elles ne s...

— Pas stupides ? Vous êtes sûr ? De Monge est passé à l'infirmerie ce matin. Qui sera le suivant ? Votre cousine ? La cadette de la famille Azan ? Un de vos amis ?

— Je ne veux pas que...

— Maximilien, il faut je vous dise quelque chose qui ne se trouve pas dans les manuels de stratégie. Faire un plan c'est très bien, mais mon expérience d'auror m'a appris que les plans ne se déroulent jamais comme prévu. Rappelez-moi quel était votre but en provoquant Ombre hier soir et ce matin ?

— Réduire le nombre d'agresseurs potentiels.

— Et où étiez-vous quand de Monge s'est fait agressé ?

— Je pensais qu'ils m'attaqueraient moi ou mes amis proches.

— Vous avez oublié un élément fondamental dans votre plan de merde Villefort. Les autres réfléchissent aussi ! Si vous voulez forcer une décision, montrez bien que l'alternative est pire. Là vous avez donné un coup de pied dans la ruche en promettant de réagir. Vous n'avez pas inspiré la peur, ni même la méfiance. Vous les avez obligés à réagir pour ne pas perdre la face par rapport aux autres étudiants. En plus, vous leur avez laissé tout choisir : la réaction, la méthode, la personne, l'heure et le lieu ! Qu'est-ce que qui a fait croire un seul instant que vous maîtrisiez la situation !?

— Est-ce que c'est mieux que de ne rien faire et d'attendre comme vous ? Vous contentez de dire qu'il faut respecter les autres ? Ne pas faire entrer la guerre à Beauxbâtons ? Mais quelle hypocrisie !

— Sais-tu ce qui arrivera si on renvoie les enfants de mangemorts ? interrogea Delorme en retrouvant son calme.

— On arrivera à respirer ! A aller en cours sans se faire insulter et sans risquer de se faire agresser !

— Ils seront employés comme enfants soldats, de la chair à canon, les mangemorts pourraient même les utiliser comme boucliers humains et les aurors devront les massacrer. C'est ce que tu veux ?

— Donc en attendant vous préférez que ce soit nous qui visitions l'infirmerie. Vous avez pensé j'imagine à ce que vivent les nés-moldus les plus jeunes ?

— Contrairement à ce que tu sembles le penser, nous exerçons une surveillance très poussée de ce qui se passe dans cette académie. Vous êtes tous bien plus en sécurité que tu ne le crois.

— C'est révoltant de les voir agir en toute impunité.

— Pour moi aussi. Je comprends d'autant plus ta fureur.

— Avez-vous déjà perdu des membres de votre famille à cause des mangemorts ?

— Oui, pendant la première guerre. Satisfait ? Pour l'instant, les enfants de mangemorts agissent beaucoup plus prudemment que toi. Mesure les conséquences de tes actes parce que je ne veux pas avoir à te renvoyer alors qu'ils le méritent davantage. »

Soudain un parchemin apparu dans un éclat de lumière très vif. Delorme le saisit au vol, le déroula et devint blême.

« Deuxième conséquence de tes actes, dit-il simplement. Accompagne-moi à l'infirmerie immédiatement.

— Qui ?

— Leclere.

— Olivier ?

— Tu en connais d'autres ? Hier tu as joué Maximilien et tu as perdu ! J'espère que tu t'en sortiras mieux à l'avenir.

— Qu'est-ce qu'il a ?

— Je n'en sais rien mais si le guérisseur a besoin de moi. Ton ami doit être dans un sale état. »

Delorme et Maximilien se rendirent au pas de course à l'infirmerie. Le médicomage de l'académie refusa tout d'abord de laisser entrer ce dernier mais il céda sur l'insistance de l'enseignant. Maximilien dû promettre de conserver son calme, peu importe ce qu'il verrait. En arrivant prêt du lit, il comprit pourquoi le guérisseur voulait lui en interdire l'entrée. Olivier était vraiment dans un état déplorable, chaque partie de son corps semblait tuméfiée par des impacts de sortilèges et des coups. Maximilien parvenait difficilement à maîtriser ses émotions. Les adultes ne firent aucun commentaire mais ils sentaient les effluves de magie du jeune homme, celles-ci promettaient de sinistres vengeances.

« Je n'ai pas encore eu le temps de m'occuper des détails que vous voyez en surface, annonça gravement le médicomage.

— Si ce sont des détails, qu'est-ce qui lui est arrivé de pire ? interrogea Delorme.

— Les os ont été fracturés magiquement.

— C'est impossible ! Les os sont des réceptacles de magie. C'est bien pour ça qu'il y a une branche entière de la magie noire consacrée aux os. Le niveau de magie nécessaire pour les briser auraient fait sonner des alarmes jusqu'en Russie.

— Vrai mais il y a eu aussi une potion impliquée.

— Attaque planifiée à l'avance ?

— Aucun doute là-dessus. La potion a canalisé les sortilèges et surtout renforcé leur impact sur les os. Les sorts n'avaient pas besoin d'autant de puissance pour arriver au même résultat. Ce qui explique la gravité de l'attaque mais le silence des alarmes. Et puis on voit distinctement qu'il y en a eu plusieurs. Ici, ici et là par exemple, désigna le guérisseur en montrant des impacts au ventre et sur l'épaule gauche.

— Vicieux et efficace.

— Les fractures sont bien sûr plus importantes et surtout magiques. La potion m'empêche de le soigner par des moyens magiques classiques.

— C'est un niveau très avancé, largement au-dessus du niveau des étudiants classiques, murmura Maximilien pensif.

— Correct.

— Pensez-vous qu'il aura des séquelles ? osa demander Maximilien avec un frisson.

— Il a continué à combattre malgré les blessures, ce qui a aggravé la situation. J'ai demandé aux guérisseurs de Meridiem de venir m'aider mais je ne sais pas encore s'il pourra remarcher correctement. Quoiqu'il arrive, oui, il aura des séquelles.

— Je vais avertir sa famille et la directrice. Veille-le Maximilien, veille-le toute la nuit et médite bien. Évalue ta part de responsabilité vis-à-vis de la gravité de l'attaque.

— Je ne …

— C'est toi qui me parlait d'hypocrisie Maximilien ? Ouvre les yeux et prends tes responsabilités ! »


[1] Ce sont les derniers vers du poème Le dormeur du Val de Rimbaud. Je ne pas un fan de Rimbaud mais utiliser des trucs moldus pour berner les mangemorts... Enfin je trouvais ça génial !

[2] Tom Marvolo Riddle = Tom Elvis Jedusor en français. Je préfère garder les noms originaux et mettre des notes de traduction car j'ai envie que Maximilien fasse de petites excursions en Angleterre et ce serait le bordel enfin compliqué ? inadapté ? Si des anglais employaient des traductions françaises. Vous saisissez l'idée.