Cole Stewart : Ravi que ça te plaise. Des personnages attachants ? Ils rêvent tous de s'entretuer pourtant ^^
Résumé : Maximilien correspond avec les artisans Grecs pour préparer une réunion plénière de la profession, en parallèle il doit assumer les conséquences de ses provocations à Beauxbâtons.
Maximilien et Clémence tentaient difficilement de traduire un texte rédigé en grec ancien. Le cours de runes était habituellement le plus détendu de la semaine. Clémence adorait déchiffrer de vieux parchemins, un vrai jeu, une nouvelle énigme à chaque fois. Maximilien avait lui aussi d'excellentes bases grâce à entraînement intensif de Lucien. Son grec était perfectible évidemment mais les cours qu'il avait suivi chez les Cristatos aidaient, même en passant la plupart du temps à se chamailler avec son amie Artemis Cristatos.
Seulement Maximilien n'avait pas dormi de la nuit. Il était resté au chevet de son ami Olivier. Il avait ruminé sa culpabilité, son désespoir et sa haine pour les mangemorts. Delorme avait raison finalement. En forçant les suppôts de mangemorts à réagir, ils avaient riposté plus violemment et Olivier en avait payé le prix fort. Maximilien avait donc passé plusieurs heures à imaginer les vengeances les plus douloureuses et les plus cruelles possibles afin de rendre justice aux terribles blessures de son ami.
Le médicomage l'avait tout de même traîné à l'aube au réfectoire pour prendre un petit déjeuner et Maximilien avait pu informer ses amis de la situation. Le jeune homme avait ensuite pris une douche glacée, ramassé ses affaires puis s'était rendu en cours de runes avec Clémence.
Maximilien était épuisé par sa nuit blanche et Clémence, absolument furieuse. Elle découvrait en accéléré toutes les émotions qu'avait connu Maximilien pendant la nuit, la culpabilité en moins. Ils étaient si révoltés que l'enseignante de runes dû leur ordonner de cesser leurs serments de vengeance. Leurs promesses étaient d'une telle férocité que la prof en était horrifiée.
Mlle Alba était désemparée. Elle savait bien sûr que leur ami était à l'infirmerie mais n'avait absolument aucune idée pour aider ses deux élèves préférés. A chaque cours, ils participaient activement avec de grands sourires. Clémence adorait déchiffrer ses textes. Il semblait évident que Maximilien participait plus pour faire venir l'enseignante et détailler ses courbes que pour l'amour des runes. Mais il restait mesuré et respectueux. Aujourd'hui, ils étaient différents, ils ne parvenaient pas à se concentrer. Ils parlaient entre eux. Lorsqu'elle s'était approchée, elle les avait entendus débattre. Ils n'étaient pas vraiment d'accord sur l'identité du « commanditaire » mais rivalisaient d'imagination pour se venger du « bourreau » et de du commanditaire. Ces simples mots dans la bouche d'adolescents l'avaient fait frémir. Ils n'auraient pas dû se préoccuper de telles choses mais comment leur en vouloir avec le jeune Leclere à l'infirmerie.
Depuis le petit déjeuner, toute la bande était unanime. La potion et les sortilèges venaient de Léon Féris, un obscur petit sang-mêlé passionné de magie noire. Il venait d'une famille ruinée et avait donc été ravi de se faire accepter, et même parrainer par d'Aigremont. Celui-ci lui avait donné la possibilité de faire ses preuves. Il l'encourageait à étudier et, hélas, à appliquer toutes les formes de magie. Depuis, il lui obéissait à la baguette et mettait tout son talent magique, son inventivité et sa haine au service de l'héritier d'Aigremont. Et ses compétences, Merlin qu'il en avait. Dans la bande, seuls Maximilien, Guillaume et Olivier pouvaient prétendre l'égaler en talent et créativité magique, et encore. Alexandre avait sans doute la puissance et la détermination pour le vaincre en duel. Pour l'instant ils ne s'étaient jamais retrouvés face à face.
Le vrai débat portait sur l'identité de l'autre coupable. Qui avait orchestré la seconde attaque ? En effet, aussi dangereux que soit Féris, il restait un outil, seulement un outil. Il passait le plus clair de son temps à travailler ou à agir sous les ordres du jeune d'Aigremont. Mais il était évident qu'il avait pu aussi obéir à Antigone Ombre ou à Gonzague. La première attaque sur Anthony de Monge et la seconde, sur Olivier Leclere, étaient probablement liées d'ailleurs. Mais la seconde était nettement plus violente et c'était surtout elle qui réclamait une réponse. Qui l'avait ordonnée ?
Ils s'étaient à peu près mis d'accord pour la première attaque. Baskere n'obéissait qu'à Antigone et méprisait les étudiants plus jeunes que lui. Gonzague était trop peureux pour essayer de le diriger et d'Aigremont serait passé prudemment par Antigone. Elle avait donc ordonné la « punition » d'Anthony mais sans doute pas la seconde. Elle était manipulatrice et déplaisante mais pas cruelle, pas vraiment.
Pour Féris, c'était différent. Il obéissait à d'Aigremont mais pas directement à Gonzague. Maximilien pensait en tout cas qu'il ne le ferait pas sans en référer au premier. La violence de l'attaque suggérait plutôt un ordre irréfléchi de la part de Gonzague. Avait-il devancé d'Aigremont ? Avait-il pressé Féris d'une manière ou d'une autre ? C'était l'avis d'Alexandre et de Clémence, celui de Solenne aussi. Maximilien et Hector pensaient que Gonzague ne pouvait pas avoir assez d'ascendant sur Féris. Malgré sa haine et son désir de pouvoir, Féris réfléchissait. Il aurait pu avoir un peu plus de pouvoir sous les ordres de Gonzague ou d'Antigone peut être mais c'était beaucoup plus risqué. Pour Maximilien et Hector, Féris n'aurait pas bougé sans l'aval d'Aigremont.
« Alors pourquoi Féris a fait aussi fort ? C'était sacrément plus risqué pour eux, avait avancé Alexandre au petit déjeuner.
— Parce qu'ils devaient réagir. Ils savent que personne ne pourra frapper aussi fort. D'une certaine manière, ils ont le dernier mot, ils gagnent, avait répondu Hector sans grande certitude.
— Ils veulent nous pousser à réagir quand même et à commettre des erreurs. Des erreurs qu'ils exploiteront contre nous pour nous décrédibiliser. Ils pourront rallier plus d'élèves » avait proposé Maximilien.
Voilà où ils en étaient restés et ils n'étaient guère plus avancés. Ils continuaient à en débattre en cours de runes. Maximilien était parvenu à la conclusion que le seul moyen de trancher réellement la question était de contraindre Féris à avouer le nom de son commanditaire. Clémence en avait presque éclaté de rire devant la suggestion. Faire céder Féris sans le torturer ne semblait pas possible. Il ne se laisserait pas berner, même avec du Polynectar, un filtre d'amour ou du Veritaserum. Le salaud était quand même malin et avait probablement des antidotes à portée de main.
« Il faut le pétrifier, l'enfermer dans un placard et l'affamer quelques jours, avait finalement suggéré Clémence.
— Je suis absolument pour, mais Delorme le retrouverait en moins d'une demi-journée, objecta Maximilien. Par contre, nous pouvons l'enfermer et le brutaliser un peu. Pour renforcer la douleur sans faire sonner les alarmes du professeur de défense, nous pouvons utiliser des potions pour exacerber la sensibilité.
— Un dérivé d'un aphrodisiaque ?
— Oui, je suis sûr que Solenne peut en trafiquer un facilement. En rajoutant des potions et des sortilèges d'illusions, je suis sûr qu'on peut renforcer l'impression de douleur et le faire craquer assez vite. »
C'est à peu près à ce moment-là qu'était arrivée Clélia Alba, la jolie sorcière qui enseignait les runes. Elle avait pris l'habitude d'approcher discrètement Maximilien et Clémence lorsqu'ils travaillaient. Le jeune homme sursautait, en exagérant à peine, il se retrouvait alors très proche de l'enseignante et de ses robes un peu trop serrées. Évidemment, Maximilien adorait ces situations, Clémence aussi puisqu'elle pouvait se moquer de son air béat pendant des heures. Mais en l'occurrence, elle avait entendu une partie de leur conversation sur la meilleure façon de torturer Féris. Elle avait été effarée et peut-être même apeurée. Elle avait dû les reprendre.
L'enseignante était déstabilisée. Elle appréciait les deux élèves, toujours brillants et charmants. Elle ne pouvait s'empêcher de les comprendre, Leclere était lui aussi un étudiant agréable. Elle était indignée par son agression mais plus encore d'entendre la préparation de « l'interrogatoire ». L'ambiance de la classe, qui n'était déjà pas très chaleureuse à cause de l'attaque, était carrément devenue glaciale.
Heureusement, quelqu'un frappa à la porte. Alba l'invita à entrer. La porte s'ouvrit sur Cerberus Dantdur, le concierge. Celui-ci s'effaça et dévoila Angèle de Villefort, la plus jeune tante de Maximilien. Les conversations qui animaient la salle de classe s'interrompirent instantanément. Elle entra doucement dans la salle. Tous remarquèrent les particularités de sa tenue, qui était noire, bleue et argent, les couleurs des Villefort. Une cape de cérémonie était jetée sur ses épaules, d'un bleu profond à l'intérieur, noire à l'extérieure. Le blason des Villefort était délicatement brodé sur le côté extérieur. La cape était chère mais Angèle ne portait aucun bijou. En revanche, elle avait le pantalon des combattants. A sa ceinture, pendait une petite épée sans ornement. Peu de sorciers se rappelaient qu'ils utilisaient aussi des lames au Moyen Age. En complément de la baguette ou en remplacement si le sorcier l'avait perdu. Tous les sangs-purs de la salle avaient saisi le message, Angèle de Villefort se rendait à une réunion d'état-major. Elle salua la professeure de runes, adressa un sourire aux étudiants et s'avança vers Maximilien.
« Le portoloin part dans vingt minutes, dit-elle simplement.
— Je suis presque prêt » répondit-il.
Il sortit sa baguette de sa poche et la déposa sur la table. Il déboutonna ensuite le haut de sa robe et la retira sans se préoccuper des regards. Il révéla ainsi la même tenue de combat qu'Angèle. Il se tenait prêt depuis la réception de la missive des Cristatos. Il récupéra sa baguette et se tourna vers Angèle.
« Voici l'épée et son ceinturon » annonça Angèle.
Elle sortit la lame d'une petite poche qui n'aurait jamais pu la contenir sans magie.
« Merci » marmonna l'adolescent.
Il l'attacha, la régla puis jeta sur ses épaules la même cape qu'Angèle. Il n'y a pas à dire mais l'habit donnait presque une sensation de puissance et le regard stupéfait des autres étudiants encore plus.
« Je vais essayer de vite te le ramener, souffla Angèle à Clémence avec un léger sourire.
— Je m'occupe de tes affaires, dit-elle aussitôt en voyant Maximilien regarder son sac.
— Merci, dit-il à Clémence. Madame » lança Maximilien pour saluer froidement l'enseignante.
Sans plus attendre, les Villefort et le concierge quittèrent la salle de classe. L'heure tournait et le portoloin n'attendrait pas. Angèle se mit immédiatement à marcher en tête, Maximilien se plaça à sa droite, légèrement en retrait, le concierge se positionna à gauche. Ils prirent sans hésitation la direction de la sortie, le portoloin ne pouvant s'activer qu'à l'extérieur de l'académie.
Ils croisèrent rapidement des étudiants n'ayant pas cours. Les conversations se turent sur leur passage. Les tenues menaçantes des Villefort et le concierge n'étaient guère engageants. Certains élèves s'écartèrent même prudemment de leur chemin. Le trio de sorciers les ignora et poursuivit son chemin sans se préoccuper des regards.
Ils dévalèrent les escaliers avec assurance, empruntèrent les couloirs et même quelques passages secrets. Ils arrivèrent bientôt à l'entrée du palais où patientaient trois silhouettes. La directrice Maxime, attendait les Villefort en dominant le hall d'entrée de son imposante stature de demi-géante. Immédiatement à sa droite se trouvait son adjoint le professeur Delorme. Enfin le guérisseur de Beauxbâtons était aussi présent mais se tenait sur le côté nonchalamment adossé à un mur.
« Angèle, salua Madame Maxime avec inquiétude.
— Directrice Maxime, répondit l'intéressée.
— Quand nous le ramenez-vous ?
— Ce soir ou demain matin.
— Demain matin, intervint Maximilien. Les assemblées plénières passées ne se sont pas révélées rapides. Les débats seront sans doute assez longs.
— Pourrez-vous revenir vers 7h00 du matin ? demanda le concierge. Les sécurités sont assez longues à désactiver pour rentrer et j'aurai à faire par à la suite.
— J'y serai Monsieur Dantdur, répondit Maximilien.
— Bien, j'espère que vous parviendrez à stabiliser la distribution en France et en Europe. Bonne chance, ou plutôt bon courage Maximilien, murmura-t-elle.
— Merci professeur.
— Villefort ? interpella Delorme.
— Professeur ? répondit-il.
— Quoiqu'il arrive lors de cette assemblée, réfléchissez avant d'agir... puis agissez seulement, conseilla Delorme d'un ton lugubre. Évitez de faire les mêmes erreurs plusieurs fois. »
Maximilien opina d'un hochement de la tête avant de tourner son regard vers le guérisseur qui se rapprochait de lui. Celui-ci lui tendit deux fioles de potion fortifiante. Apparemment, il avait une tête de déterré et cela faisait peine à voir. L'étudiant avala la première d'un trait et glissa la seconde dans une poche de sa cape.
Les enseignants libérèrent l'entrée pour les laisser quitter le palais. Le concierge les fit passer rapidement par les jardins au lieu d'emprunter le chemin officiel qui menait à l'école. Il les guida jusqu'à une petite porte dans le mur d'enceinte. Dantdur la déverrouilla par des sortilèges informulés puis l'ouvrit. Il leur indiqua que la barrière contre les portoloins s'étendait encore sur une dizaine de mètre. Les Villefort le remercièrent et sortirent. En se retournant, ils constatèrent que la porte était indiscernable du mur et qu'aucun chemin n'y menait. Angèle sortit une grosse clef légèrement rouillée de sa poche et la tendit à Maximilien. Ils n'eurent que le temps de réorganiser un peu leurs coiffures désordonnées et de lisser quelques plis de leurs vêtements quand le portoloin s'activa. Ils se sentirent tractés au niveau du nombril et quittèrent la France.
Ils atterrirent brutalement dans un pâturage de montagne. Les Villefort dégainèrent leurs baguettes d'un même geste en essayant de reconnaître l'endroit. Ils se trouvaient à une cinquantaine de mètres d'un ancien manoir en ruines.
« Alpes italiennes ? proposa Angèle assez indécise.
— Plutôt Slovénie, suggéra Maximilien.
— L'architecture du manoir n'est pas vraiment slave, objecta-t-elle.
— Une grande lignée de fabricants slovènes a été massacrée par Grindelwald en 1942. Je pense que c'est ce qu'il reste de leur manoir.
— Charmant mais efficace comme message si tu as raison » répondit-elle un peu perturbée.
Les deux Villefort se dirigèrent vers le manoir. Ils se retournèrent brusquement en entendant un bruit de chute. Trois autres sorciers venaient de se matérialiser. Capes vert forêt et un écusson brodé de fil d'or. La famille Zaubholz. Maximilien présenta immédiatement Angèle aux allemands. Tobias et Mickael se présentèrent avant d'introduire le troisième sorcier. Un homme grand, mince portant des cheveux mi-longs d'un blanc éclatant. C'était leur mentor, le maître-artisan Anton Zaubholz.
Les Villefort le saluèrent avec déférence. Maximilien et Angèle le connaissaient de réputation. Anton Zaubhoz avait perdu ses deux premiers apprentis et son propre mentor de la main de Grindelwald. Anton avait pris les armes aux côtés de Dumbledore. Il s'était illustré en tuant en duel l'un des terribles adjoints de Grindelwald. Il avait aussi contribué à la chute de Nurmengard. [1]
« Vous êtes le jeune homme qui nous a avertis du risque d'attaque » dit simplement le vieil homme dans un excellent français sans accent.
Maximilien ne répondit pas. Il n'y avait pas lieu. C'était un constat et non pas une question. L'allemand le jaugea magiquement mais sans chercher à forcer son esprit par légilimencie.
« Lucien et Jéor étaient d'excellents adversaires, ajouta-t-il.
— Il les respecte, souffla Maximilien à Angèle avant qu'elle ne puisse répondre. Une saine rivalité respectée et appréciée, rien à voir avec les Lagrange.
— Êtes-vous la matriarche du clan Villefort ? demanda Tobias sans relever l'intervention de Maximilien.
— Non. Je représente Victor car il serait bien trop tenté de provoquer en duel ceux qui refuseraient de combattre à nos côtés.
— Une diplomate, constata Mickael.
— Et aussi une occlumencienne, souffla Anton. Sage précaution pour assister à l'assemblée d'une telle profession. »
Sans plus attendre, il se dirigea vers le manoir avec une surprenante vivacité. Les autres lui emboîtèrent le pas. Arrivé à une dizaine de mètres de la vieille construction, il dégaina sa baguette, prononça quelques formules. Satisfait, il franchit ce qu'il restait de l'entrée.
Ce n'est qu'en pénétrant à son tour que Maximilien aperçut du mobilier en bon état. Il semblait complètement incongru au milieu de cette ruine poussiéreuse. Une table était installée en hauteur. Elle était réservée à la lignée qui sollicitait l'assemblée et aux deux qui la soutenaient. Trois autres tables étaient disposées en U et faisaient face à la première. Maximilien remarqua que les tables offraient un angle de vue parfait sur les dommages qu'avaient subis la pièce. Cinquante ans après l'attaque du manoir, les marques du combat acharné qui avait mis fin à la brillante lignée de Cerkno étaient encore visibles.
Lorsqu'ils arrivèrent, les Villefort identifièrent aussitôt les Cristatos grâce à leurs capes pourpres. Athena, qui parlait avec Gregorovitch et Kolcheck, s'interrompit brièvement. Elle les salua d'un sourire. Les Russes leur adressèrent de simples signes de tête. En revanche, les trois autres Cristatos se levèrent sans hésitation. Adam, Milos et Hippolytos vinrent saluer les Villefort et les Zaubholz et les remercièrent pour le rituel de sauvetage.
Maximilien prit le temps d'observer les mages déjà présents. Nombre d'entre eux étaient déjà installés et avaient l'air soucieux, d'autres étaient restés debout et devisaient avec des collègues. Plusieurs d'entre eux semblaient particulièrement mal-à-l'aise. Ils étaient bien habillés mais n'avaient pas la prestance que donnait la magie ancienne. Des commerçants sans aucun doute. Les Villefort saluèrent quelques têtes connues comme Schmidt, le menuisier parisien qui fabriquait des baguettes d'entrée de gamme, et Seban le commerçant lillois. Le peu de survivants français était bien venus.
L'ancien manoir se remplissait peu à peu. Marcia Otonen arriva en coup de vent. Elle fusillait la jolie Elena du regard sous le regard amusé de Seamus O'Brien et de son propre apprenti. Avec sa désorganisation chronique, elles avaient sans doute failli manquer le départ du portoloin.
Finalement Demetrios Cristatos, qui tenait le registre des arrivées, annonça que tous les conviés étaient arrivés. Il les appela à prendre place et se retira avec deux autres membres de sa famille qui devaient servir de gardes.
Les sorciers obéirent avec une rapidité qui aurait faire pâlir de jalousie n'importe quel enseignant de Beauxbâtons. Tous les regards se tournèrent vers Adam Cristatos le plus ancien artisan de sa famille. Mais de façon inattendue, ce fut Athéna qui se leva et s'introduisit comme étant la matriarche de la famille Cristatos. Adam avait renoncé à sa position au profit de la plus jeune des quatre artisans. Mais quiconque connaissait les Cristatos savait qu'elle était charismatique, intelligente et redoutable. Elle laissa retomber les murmures avant de poursuivre.
« Sorcières, sorciers, artisans, commerçants. Soyez les bienvenus dans ce qui reste du manoir de la prestigieuse lignée des artisans slovènes de Cerkno. J'ai choisi cet endroit marqué d'histoire pour réunir une session extraordinaire de la profession de fabricants de baguettes magiques et pour la première fois des commerçants qui nous sont associés. »
Elle marqua un silence et balaya la salle du regard en dévisageant attentivement l'assemblée.
« La profession se réunit de façon ordinaire au début de chaque siècle afin de réorganiser le commerce des baguettes magiques en Europe. Cette tradition a été instaurée en l'an 500 à la suite de la débâcle, des troubles et surtout de la disparition de plusieurs lignées antiques consécutivement à la disparition de l'Empire Romain occidental. A plusieurs reprises, des artisans ont enseigné et formé de nouvelles lignées. La structuration de la profession suivie du développement des moyens de locomotion sorciers ont contribué à l'émergence de la magie dite moderne. Le développement de la magie a été renforcé par la création de plusieurs écoles de sorcellerie, des structures magiques pré-ministérielles, puis de leur unification par la Confédération Internationale des Sorciers et l'adoption du Code International du secret magique. Tous ces événements sont désormais reconnus comme fondements de la société magique. C'est avec fierté que nous avons apporté une contribution solide au socle qui soutient notre société. »
De nombreux sorciers se redressèrent fièrement aux paroles de la magicienne grecque. Rares étaient les professions qui pouvaient se vanter d'avoir autant contribué au développement de la magie. Ce n'était pas tout à fait vrai, mais Maximilien mit temporairement sa modestie en veilleuse.
« Notre structuration et notre coordination sont nécessaires afin de poursuivre notre mission et d'équiper chaque sorcière et chaque sorcier de nos précieux artefacts. A plusieurs reprises, des conflits plus ou moins graves ont menacé notre profession, ce qui a nécessité de se réunir en assemblée extraordinaire. A quatre reprises seulement au cours de l'histoire, la menace a été jugée suffisamment importante pour refuser le droit fondamental de chaque sorcier à posséder une baguette. Quatre fois nous avons choisi les sorciers qui étaient dignes de recevoir une baguette. Quatre fois nous avons combattu et renoncé à notre neutralité pour survivre. »
Athéna laissa planer un nouveau silence qui plongea l'assemblée dans un certain malaise.
« La dernière fois que nous avons combattu est encore très récente. Un traumatisme qui fait partie de la mémoire de plusieurs d'entre vous. Gellert Grindelwald s'était mis en tête de traquer systématiquement les fabricants de l'époque et a provoqué la disparition de plusieurs lignées prestigieuses. Nous sommes aujourd'hui rassemblés dans la demeure d'une lignée qui a refusé de l'affronter. Le mage noir est tout de même venu. Vous pouvez encore voir les impacts des sorts qu'il a lancé ici même. Cette guerre dramatique pour la profession a entraîné de très fortes pertes. L'assemblée qui fut réunie à l'issue de la guerre, la dernière en date, décida de pallier le manque de fabricants en formant des commerçants spécialisés pour soutenir la profession, ce qui explique votre présence à nos côtés. Aujourd'hui, Tom Riddle, autoproclamé seigneur des ténèbres, a déjà fait des trous sérieux dans notre maillage d'artisans. Trois grandes lignées ont été interrompues, trois autres y ont échappé de peu. Avant d'aborder les questions politiques, je suggère de reconstruire l'approvisionnement d'Europe Centrale, celui du Royaume Uni et également celui de la France.
— La lignée Villefort a quand même survécu non ? demanda Marina Abrazo, de la lignée espagnole de Bilbao. Il faudra sans doute quelques années avant qu'ils reprennent leur place par rapport aux Lagrange mais...
— Les Lagrange ont été retrouvés morts hier matin, rectifia Gregorovitch d'une voix dure. Ils n'ont pas pris au sérieux la menace malgré les avertissements répétés des Villefort. »
Nombre de sorciers se raidirent en digérant l'information.
« Ce qui est d'autant plus préoccupant puisqu'ils ne travaillaient pas seulement sur le territoire français, expliqua O'Brien d'un ton soucieux. Ils concevaient la plupart des créations sur-mesure de Grande-Bretagne. La totalité en fait depuis la disparition d'Ollivander, à l'exception de la magie celtique qui reste mon domaine bien entendu.
— Est-ce qu'Ollivander et les Lagrange avaient des successeurs possibles dans leurs familles ? demanda un artisan néerlandais nommé Larsen.
— Pas chez les Lagrange, répondit Maximilien. Mais je comprendrai que ne me croyez pas sur parole, ajouta-t-il avec dureté.
— Nous avons anticipé ce problème, intervint Anton Zaubholz. Après vérification, plusieurs Lagrange ont d'excellentes carrières politiques, les autres n'ont absolument pas le potentiel requis. Quatre enfants et adolescents. La lignée pourra peut-être se faire aider mais dans cinq à dix ans.
— Et côté Ollivander ? grogna Larsen.
— Une seule candidate réaliste mais elle n'a que huit ou neuf ans, répondit O'Brien.
— Vous faîtes du sur-mesure celtique c'est bien ça ? Est-ce que vous seriez capable d'assurer du sur-mesure classique ? demanda Gregorovitch.
— Pas toutes les catégories et pas assez pour répondre à la demande.
— Est-ce que votre apprenti sera capable de se spécialiser un peu dans ce domaine avec l'aide d'une autre lignée ? Celle de Bilbao par exemple ? »
La question s'adressait à la fois à l'Irlandais, à son apprenti écossais et à l'Espagnole. Abrazo approuva, les celtes se concertèrent brièvement avant d'accepter.
« Ça ne suffira pas. Est-ce que nous pouvons renvoyer une partie de la demande vers la Norvège ou l'Allemagne si nécessaire ? demanda O'Brien.
— Très bien, vous organiserez les détails entre vous, trancha Athéna Cristatos. Revenons à la France. Pour le sur-mesure, que faire en attendant la prochaine génération ? La disparition de l'offre sur-mesure rabattra sans doute une partie de la clientèle vers les baguettes généralistes non ?
— Sans aucun doute, c'est ce qui s'est passé en Italie pendant la décennie post-Grindelwald. Mais pas la totalité. Est-ce que l'Allemagne et l'Italie justement peuvent suivre ? interrogea Marcia Otonen.
— Apparemment pas d'objection, commenta Athéna. Reste la question Villefort.
— Je suis enfermé un an à Beauxbâtons, ça me limite beaucoup pour travailler, précisa Maximilien.
— Et il te restait combien de temps de formation après le diplôme ? demanda Adam Cristatos.
— Jéor disait qu'un an suffirait, Lucien pensait plutôt deux parce qu'il dit que je ne travaille pas assez à son goût.
— Ils avaient parié sur la durée d'ailleurs » informa innocemment Angèle.
Cela lui attira un regard furieux de Maximilien et des regards moqueurs de toutes l'assemblée. Angèle se détourna de lui et demanda à Athéna les conditions nécessaires pour terminer sa formation chez eux. Maximilien aurait un accès illimité à la bibliothèque des Grecs, il serait placé sous la tutelle d'Adam et dans une moindre mesure d'Athéna. Angèle négocia durement mais parvint à obtenir trois mois d'apprentissage chez Gregorovitch pour concevoir des baguettes de combat et plus facilement quatre mois chez les Zaubholz pour des baguettes de guérisseur. Maximilien fut surpris par les capacités de négociation de sa tante qu'il ne soupçonnait pas.
« Bon pour en revenir à la situation actuelle. Comment fait-on pendant l'année où tu es à l'école et la suivante ? demanda Marcia avec un grognement peu engageant destiné à mettre fin aux négociations d'Angèle.
— Combien les Villefort vendent-ils de baguettes chaque année ? demanda Anton.
— Environ quatre-vingt en août pour les nouveaux élèves de Beauxbâtons et une centaine pendant l'année pour les adultes, répondit Maximilien d'une voix peu assurée.
— Une idée de combien vendaient les Lagrange ?
— Non. Je ne pense pas qu'il nous donneront ce genre d'information de toute façon.
— Correct, répondit l'Allemand. En ce qui nous concerne, nous vendons moitié moins de créations personnalisées que de créations généralistes. Quels sont vos chiffres Adam ?
— Un peu plus de sur-mesure quand même.
— Mon cas est à part, intervint le fabricant serbe quand les regards se tournèrent vers lui. Je fais surtout du sur-mesure et juste assez de généralistes pour éviter que les clients de mon secteur partent ailleurs. »
Les deux rivaux italiens, un généraliste et un personnalisé, comparèrent leurs ventes. Elles correspondaient à celles des Cristatos.
« Partons du principe qu'il en vendent une centaine et que tu hériteras de la moitié. Tu dois pouvoir assurer au maximum deux-cent cinquante baguettes, calcula Athéna.
— Impossible que j'y arrive seul, répondit Maximilien alarmé. Je peux sans doute en faire une cinquantaine à Beauxbâtons et en encore si on me fournit les ingrédients.
— Les botanistes de la famille Azan peuvent peut être s'en charger, proposa Angèle.
— Une partie seulement, il y a une bonne partie qui nécessite de la magie ancienne, objecta le jeune Villefort.
— Ça peut facilement s'arranger, contra Anton. Tobias et Mickael prélèveront plus et te fourniront pendant le reste de ta scolarité.
— Très bien mais il reste toujours le problème de la quantité.
— Tu supprimes le Quidditch et les autres idioties de ce genre » grogna Marcia.
Elle s'attira le regard courroucé de sa propre apprentie. Celle-ci ne devait pas avoir beaucoup d'activités en dehors de son métier.
« Je n'en pratique pas. J'avais cours à distance le soir avec Lucien. Donc je remplace la théorie par la pratique mais cela reste encore limité. A moins de faire sauter une matière inutile. La botanique par exemple, proposa Maximilien avec le plus grand sérieux.
— Les plantes sont très utiles pour notre métier jeune homme, objecta Adam.
— Pas le programme de dernière année. J'ai vérifié ! J'estime que le temps obtenu correspond à une vingtaine de baguettes supplémentaires.
— A reconfirmer. En attendant, partons sur deux cents baguettes à fournir depuis l'étranger » trancha Athéna.
Les autres lignées s'arrangèrent pour éviter qu'il y ait des recoupements avec les contrats du commerçant de Lille. Il devait garder ses spécificités pour maintenir sa clientèle. A partir de ce moment, là Maximilien perdit le fil. Il commença à observer les commerçants et les artisans hors-lignées, c'est-à-dire d'entrée de gamme. Ceux-ci s'impatientaient, s'estimant à juste titre, peu concernés par les débats des lignées supérieures. Certains prenaient gravement leur mal en patience, d'autres se demandaient ce qu'ils faisaient là, les derniers dévisageaient les autres avec hostilité. Maximilien ne se préoccupa guère du remplacement du hongrois Draskovitch. Sa famille avait disparue, éliminant les successeurs potentiels.
Après s'être entendus difficilement sur la question d'Europe Centrale, l'atmosphère changea. Les Grecs passèrent en revue toutes les juridictions. Ils impliquaient systématiquement les commerçants et les artisans sans lignée. Ils leur proposaient de brèves formations ciblées, recueillaient les avis et les suggestions. Ils s'assurèrent que les décisions post-Grindelwald avaient été efficaces, ils les corrigèrent et les adaptèrent au cas par cas. Maximilien haussa un sourcil et échangea un regard interrogateur avec Angèle. Ils étaient d'accord, ce n'était pas le style dirigiste d'Athéna. Cela ressemblait plus à Adam et O'Brien. Apparemment, ils avaient préparé le terrain à l'avance.
La volonté de consulter et d'impliquer les petits artisans et surtout les commerçants détonnaient avec les pratiques historiques des grandes lignées. A moins bien sûr qu'il n'y ait d'autres objectifs. Les regards hostiles s'étaient atténués grâce à l'attention portée par les Cristatos. Finalement, ça fonctionnait, les Grecs préparaient sans doute le terrain pour mener le débat sur les positions politiques de la profession. Un coup d'œil aux grandes lignées permis à Maximilien de confirmer ses soupçons. Anton Zaubholz dissimulait assez habilement sa satisfaction, Elena Ekstrom rayonnait et Kolcheck restait impassible mais ne semblait pas particulièrement surpris par la tournure des événements. Ces trois derniers s'étaient donc bien impliqués et coordonnés à l'avance avec les Cristatos. Larsen, Abrazo et l'italienne semblaient être parvenus aux mêmes conclusions mais ne soufflaient pas un mot. Contrôler et adapter la distribution étaient la principale mission des assemblées.
« Bien, j'estime que nous avons rempli la fonction historique des assemblées. Ce qui nous laisse la partie la plus politique. »
Athéna se tut et observa attentivement l'assemblée. L'atmosphère venait de se refroidir et les visages de se durcir.
« Les faits sont là, reprit-elle. L'artisan britannique Ollivander a disparu sans laisser de trace en début d'été. Les artisans Villefort ont été assassinés simultanément, ne laissant qu'un apprenti. Les artisans de Valdaï ont résisté à une attaque. Nous-mêmes, les Cristatos avons été enlevés et torturés avant d'être secourus de justesse. La famille Zaubholz a repoussé un assaut. Et enfin, il y a deux nuits les artisans Lagrange sont morts. Triste bilan pour la profession, conclut-elle avec tristesse.
— D'après le témoignage du jeune Maximilien de Villefort, ici présent, et également de plusieurs interrogatoires, tous ces artisans ont été attaqués par les terroristes dirigés par le mage noir britannique Tom Riddle. La disparition d'Ollivander semble un cas à part puisqu'elle est probablement destiné à désorganiser le Royaume Uni. Au contraire, la série d'attaques des derniers jours est une recherche d'informations particulièrement perverse. Tom Riddle a ordonné à ses chiens de trouver des baguettes magiques plus puissantes et veut des informations sur un phénomène magique peu connu, les baguettes jumelles.
— Il en ressort que les seules victimes à déplorer sont comptées parmi les lignées supérieures, les seules qui pourraient informer ces terroristes. C'est la raison pour laquelle le jeune Villefort nous a avertis en priorité. Son interprétation a été heureusement correcte et a permis de secourir plusieurs collègues.
— Les artisans issus de lignées supérieures sont donc les seuls qui sont menacés, pour le moment en tout cas. Nous avons réuni cette assemblée pour adopter une ligne politique commune car les décisions de chacun d'entre nous auront des répercussions sur les autres.
— Vous comptez nous entraîner dans votre guerre, Cristatos. Je n'ai pas exactement l'intention de risquer ma peau pour protéger la vôtre, déclara un commerçant espagnol d'une voix grave.
— Nous n'entrerons pas nécessairement en guerre ! Mais j'espère que nous le saurons en sortant d'ici, répondit-elle du tac au tac.
— Vous n'êtes pas encore sûre de riposter ?
— Notre famille n'a pas encore tranché entre la voie militaire ou restreindre l'accès aux baguettes magiques.
— Qu'entendez-vous par là ? demanda Angèle. Restreindre ? Comment ? Et par rapport à qui ?
— Ne plus recevoir les personnes qui sont affiliées à l'ennemi ou soupçonnées de l'être dans le meilleur des cas. Ou plus restrictif encore : continuer à commercialiser uniquement avec les aurors et la résistance active mais en gardant quand même les étudiants des écoles de sorcellerie.
— Vous ne pouvez pas faire ça ! Vous allez provoquer une pénurie ! S'exclama Schmidt indigné.
— Seulement en baguettes supérieures. Ça devrait permettre d'affaiblir les mangemorts sur le long terme, rétorqua Marcia Otonen.
— Vous allez affaiblir la population magique au passage et en plus ça n'aura aucun effet si Ollivander et Draskovitch sont contraints de travailler pour l'ennemi, intervint Abrazo.
— Excellente remarque ma chère, lui répondit Adam Cristatos. Mais il y a plusieurs ingrédients qui sont déjà difficiles à se procurer légalement. Pensez aux nerfs de cœur de dragon et aux plumes de phénix par exemple. Nous pouvons faire pression pour renforcer la réglementation et les contrôles ce qui devrait gêner considérablement la fabrication illégale.
— Ils pourraient sans aucun doute agresser les sorciers uniquement pour voler des baguettes alors, insista Abrazo.
— Peu de baguettes changent de propriétaire au moment du vol, objecta Gregorovitch. Ils s'affaibliraient eux-mêmes en les utilisant, ce serait contre-productif.
— Ces abrutis sont suffisamment ignorants pour essayer, rétorqua-t-elle.
— C'est probable, effectivement, approuva Elena.
— A défaut de filtrer la commercialisation de baguettes supérieures, pourquoi ne pas filtrer uniquement les baguettes destinées au combat ou qui ont une affinité avec la magie noire ? intervint Maximilien.
— C'est une part de marché importante, répondit Gregorovitch avec froideur. Pas seulement pour ma propre lignée d'ailleurs.
— Beaucoup de mes clients viennent chercher des baguettes de combat, précisa Seban. Justement parce que vous n'en créez pas beaucoup et les Lagrange ne brillent pas dans ce domaine. Ne brillaient pas, se rectifia-t-il.
— Pourtant, ça pourrait être une voie pour affaiblir l'efficacité des mangemorts sans trop impacter le reste de la population, répondit Maximilien.
— Gregorovitch a raison c'est une importante part de marché, insista-t-il.
— Qui sont ces clients ? demanda Angèle. Les policiers magiques et les aurors probablement ? L'aristocratie sorcière qui veut pratiquer le duel ? Leurs hommes de main qui sont souvent des mangemorts ? Les petits voleurs ? De la racaille qui travaille avec les mangemorts ?
— Surtout l'aristocratie et les aurors ou leurs équivalents, répondit Gregorovitch. Mais ceux que vous avez cités le sont aussi, admis le russe.
— Alors réservez ces baguettes aux combattants officiels des ministères, ainsi qu'à la résistance, éventuellement aux sorciers qui pratiquent officiellement le duel sportif. Est-ce que cela réduira vraiment le marché ? demanda-t-elle. Probablement pas autant que vous ne le pensiez mais ça réduira sûrement la puissance de combat des mangemorts.
— En parallèle avec une surveillance renforcée des ingrédients utilisés pour les baguettes militaires évidemment » rappela Abrazo.
Mais la situation s'envenimait. La majorité des commerçants étaient contre. Ils voulaient conserver une certaine neutralité pour maintenir ce marché si rentable. Gregorovitch s'était tu. Les commerçants l'apostrophaient, tentaient de le rallier. En d'autres circonstances, la lignée de Valdaï aurait fait pression pour maintenir les baguettes de combat mais plus aujourd'hui. Malgré l'attaque repoussée en Russie, les commerçants ne comprenaient pas qu'il soit prêt à faire des concessions. Maximilien n'oubliait pas par contre la fureur du sorcier russe après le combat. Il savait que Kolcheck et Gregorovitch n'auraient probablement pas survécu sans leurs visiteurs. Valdaï était prêt à sacrifier la rentabilité pour se venger.
Voyant qu'ils ne parviendraient pas à obtenir la majorité, les Grecs changèrent de sujet. Est-ce que la profession devait déclarer ouvertement la guerre ? Cette fois-ci, les commerçants et les fabricants des baguettes d'entrée de gamme s'allièrent de façon prévisible. Certains artisans en magies spécialisées qui se sentaient peu concernés les rejoignirent. Les sorciers spécialistes en magies turque et slave furent les plus virulents. Il n'y avait pas de surprise mais cette fois-ci, les lignées supérieures n'avait pas l'intention de faire combattre tout le monde. Ils expliquèrent rapidement qu'ils voulaient disparaître de la scène et résister en comptant sur les commerçants pour écouler leurs créations.
« Et si les mangemorts nous attaquent pour vous empêcher d'écouler vos baguettes ? »
La question était valable. Ils pouvaient les massacrer pour faire sortir les artisans de leurs cachettes. Ce fut Maximilien qui proposa une solution. Chaque commerçant attaqué serait remplacé par un auror qui pratiquait déjà la légilimencie. La formation serait donc très rapide, les dégâts très minimes pour la société et la menace bien pire à l'avenir du point de vue des mangemorts. Les commerçants n'étaient pas entièrement convaincus, mais cette fois-ci, il y a avait à peu près l'unanimité. La proposition était plus tentante qu'une guerre généralisée.
Comme ils étaient parvenus à un accord, un commerçant tenta de convaincre que l'entrée en guerre était suffisante et que les baguettes de combat pouvaient être laissées en vente libre. La tentative était bonne mais Marcia Otonen prit la parole.
« Nous avons peut-être un dernier argument qui vous fera changer d'avis, assena d'une voix amplifiée par magie. Elena, vas-y !
— Bien voilà. La magie viking était à l'image de son peuple, une tradition plutôt orale. Les mages viking ont donc trouvé des moyens de transmettre des messages de façon fiable sans avoir à les écrire.
— Oui et alors ? grogna un commerçant italien.
— Les messagers vikings pratiquaient un rituel de magie ancienne très avancé qui permettait de faire vivre ses souvenirs pour les présenter au destinataire. En l'occurrence, nous avons pensé que montrer ce qui nous attend tous serait plus parlant que n'importe quel discours.
— Surtout, vous allez voir comment sont utilisées nos baguettes magiques et pourquoi les lignées supérieures tiennent tant à abandonner notre chère neutralité, clama Marcia. Et avant que l'un d'entre vous n'ose l'insinuer, le rituel est construit de sorte à ce que le messager ne puisse pas présenter de faux souvenirs. L'immersion est totale et surtout très réaliste.
— Quels souvenirs voulez-vous nous montrer ? demanda Abrazo plutôt inquiète.
— On va commencer par le moins pire, ricana Marcia. Maximilien mon garçon vient un peu par ici. Ne t'en fais pas, ce n'est presque pas douloureux. »
Elena s'empressa de démentir avec un sourire rassurant. Elle avait sorti un tapis enroulé de sa poche, d'un coup de baguette, elle lui rendit sa taille normale et le déroula au sol. Le tapis était pourpre et avait été brodé de fils d'argent en prévision du rituel.
Angèle vit Elena installer Maximilien avec inquiétude. Il s'agenouilla sur le tapis de rituel, Elena prit place à son tour et entra en transe. La luminosité de la pièce baissa dangereusement. Chacun découvrit la maison de Lucien, chacun allait vivre cette fameuse nuit. Angèle fut d'autant plus horrifiée qu'elle entendait les pensées que Maximilien avait eu et surtout elle ressentait chacune de ses émotions et de ses sensations. Maximilien s'était contenté de le lui raconter mais le vivre était pire… bien pire. L'expérience magique était totale, et pour le coup, monstrueuse. La terreur et la douleur de Maximilien étaient poignante. Elena rompit le rituel juste après la fuite de Roockwood. Elle n'osait pas faire revivre à Maximilien la mort de son oncle. Le jeune Villefort et la danoise se relevèrent épuisés et en sueur mais farouchement satisfaits… Ils avaient réussi.
L'atmosphère de la salle avait changé. Un silence horrifié planait. Marcia finit par le briser pour appeler Athéna Cristatos à partager sa propre expérience. Elle avait volontairement choisi les deux attaques les plus dramatiques, celles qui s'étaient vraiment très mal terminées. Athéna s'avança avec une fausse assurance qui ne trompa personne. Cette fois-ci, le rituel fut effectué par Marcia. Toute l'assemblée plongea dans les souvenirs de la matriarche grecque. L'attaque les avait pris par surprise. Ils vécurent la terreur de ne pas pouvoir évacuer tous les enfants, les blessures endurées pendant le combat, l'enlèvement. La puissante illusion fut brisée par Athéna peu après le début de la torture, elle n'en pouvait plus. Elle ne parvint à se relever qu'avec l'aide de Kolcheck. Elle n'était plus que l'ombre d'elle-même, brisée.
D'une voix dure, Marcia rappela que de nombreux fabricants « hors lignées » et de commerçants étaient nés-moldus et sang-mêlés. Les traitements de faveur auquel ils avaient assisté étaient uniquement réservés aux sang-purs, traîtres à leur sang. Marcia demanda à passer au vote. Toute l'assemblée vota sous le choc. Le procédé manquait d'honnêteté mais ils étaient désespérés.
Les artisans de magie supérieure entraient en guerre, voté à l'unanimité. Les commerçants seraient remplacés par des aurors si nécessaire, voté à l'unanimité. La restriction des ventes de baguettes de combat ou ayant une affinité à la magie noire fut votée à la majorité. Enfin la pression pour surveiller les ingrédients sensibles, votée à l'unanimité.
Gregorovitch appela tous les artisans à prendre des apprentis car la guerre amènerait un lot de perte qu'il fallait anticiper. Voyant qu'Athéna n'était plus en mesure de clore l'assemblée, il se leva, appela à la prudence et prononça les formules consacrées pour mettre fin à cette session extraordinaire. Pour la cinquième fois depuis la chute de l'Empire Romain d'Occident, les fabricants de baguettes magiques participeraient ouvertement à un conflit armé d'envergure.
Il n'y avait plus de retour en arrière possible. C'était la guerre ! Maximilien aurait voulu se réjouir, les Villefort ne seraient pas seuls face aux mangemorts, mais le jeune homme était épuisé par le rituel. Il avait été vidé de son énergie et revivre la mort de Lucien avait été atroce. Il aurait sans doute surmonté l'épreuve si Marcia n'avait pas ajouté le cauchemar des Cristatos. Il se sentait vraiment mal. La session fut rapidement clôturée, Angèle embarqua Maximilien fermement. Ils sortirent sans perdre leur temps et sans adresser la parole à personne. Ils avaient gagné mais ils étaient incapables d'en profiter. Maximilien s'accrocha à Angèle puis se laissa évacuer par transplanage d'escorte. En deux étapes, ils se matérialisèrent au manoir Villefort.
Aglaé de Monge étant de garde ce soir, ils s'identifièrent rapidement et l'informèrent du résultat des votes. Elle rayonna et les informa que le dîner devait se terminer. Les Villefort remercièrent et se rendirent au manoir. Ils lancèrent des regards un peu partout. Ils savaient qu'Aglaé ne montait pas la garde seule mais ils ne parvinrent pas à identifier le second garde qui se tenait prêt intervenir.
Effectivement, les Villefort étaient encore attablés. Ils se levèrent d'un bond pour les accueillir. Victor, en bon chef de clan, exigea immédiatement un rapport. Maximilien laissa Angèle s'en charger et se força à manger un petit peu en essayant d'oublier les souvenirs des deux attaques. Il tenta d'avaler une bouchée et voulut recracher. Il se força à ingurgiter, la nourriture était absolument immonde.
« Mais qu'est-ce que c'est que cette horreur ? grogna-t-il.
— Kaki est en colère, dénonça Léana avec une voix caricaturant le petit elfe de maison.
— Pourquoi ? demanda Maximilien d'une voix lasse.
— Il n'est pas satisfait de ce qu'on fait. Il veut venger les nôtres et foncer dans le tas sans réfléchir, grogna Gary d'un ton acide.
— Donc il essaie de nous convaincre à sa manière ?
— Je l'ai convoqué et je lui ordonné de se calmer. Hier, c'était le ménage volontairement saboté, aujourd'hui c'est le repas. Les autres elfes ne savent pas comment le raisonner.
— Il veut agir. Très bien. Donnez-lui un but. Occupez-le utilement, répondit Maximilien.
— Ce n'est qu'un stupide elfe ! s'exclama Gary. Il ne savent rien faire à part le ménage. »
Il s'attira des regards indignés. Même Victor, qui n'appréciait pas les petites créatures, lui jeta un regard désapprobateur.
« Nihila ? » appela Maximilien.
L'elfe de Lucien apparut dans un léger claquement. Elle s'inclina aussitôt devant Maximilien jusqu'à ce que son nez touche le sol.
« Maître Maximilien m'a appelée ?
— Oui. De qui dépends-tu ? De Gary par héritage ou de moi par la fonction ?
— Nihila sert les artisans, maître Maximilien, répondit-elle.
— Mais tu n'accompagnais plus Lucien en expédition ?
— Non maître Maximilien. Maître Lucien disait que Nihila était trop vieille. Nihila pouvait seulement l'assister pour l'usinage et la préparation des ingrédients.
— Est-ce que tu serais prête à m'aider à former un autre elfe pour m'accompagner lors de mes voyages. Former celui qui sera ton successeur aux côtés des artisans ?
— Nihila fera tout ce que le maître demandera.
— Tu veux employer Kaki ? demanda Tatiana incrédule.
— Kaki n'est pas un bon elfe maître Maximilien. Il fera de mauvaises baguettes.
— Il se sent inutile Nihila. Mais en créant des baguettes avec moi, il participera à la guerre et aidera nos combattants, répondit-il à la vieille elfe. Si je le convaincs de se calmer, est-ce que vous m'autorisez à l'employer ? demanda Maximilien à Victor.
— Tout ce que tu voudras si tu nous calmes ce maudit empoisonneur !
— Alors je tenterai ma chance tout à l'heure, dit-il au patriarche. Merci Nihila, n'en parle pas à Kaki, je m'en chargerai. Tu peux disposer maintenant. »
L'elfe disparut dans un petit claquement non sans s'être inclinée jusqu'au sol. Tatiana força Maximilien à avaler une troisième potion fortifiante avant de l'autoriser à monter dans sa chambre.
Arrivé dans la chambre, il s'affala immédiatement sans la moindre grâce sur le grand lit à baldaquin bleu nuit. Enfin chez soi !
« Kaki ? » appela Maximilien à voix basse.
Le jeune elfe apparut dans un claquement sonore. Ses traits étaient durs, il venait sans doute de se prendre un savon par l'intendant ou par les autres elfes. Il fit l'effort de s'incliner jusqu'à ce que son nez pointu frôle le sol.
« Kaki, je reviens d'une réunion importante avec les fabricants de baguettes étrangers. C'était absolument épuisant, dit le jeune homme d'une voix mesurée. Quand je suis revenu, je m'attendais à pouvoir me restaurer puis me reposer. Au lieu de ça, on a tenté de m'empoisonner !
— Méchant Kaki, s 'écria l'elfe en se précipitant la tête la première contre le mur.
— Kaki, tu reviens ici et tu m'écoutes jusqu'à ce que je termine de parler, grogna Maximilien pour l'empêcher de se punir.
— Kaki est désolé. Kaki voulait dire aux maîtres qu'il faut se battre et pas se terrer au manoir.
— J'étais en train de négocier avec mes collègues pour avoir des alliés puissants contre les mangemorts ! Est-ce que tu insinues que nous ne faisons rien ?
— Nous avons tant perdu maître. Le clan des maîtres est puissant et...
— Non il ne l'est pas ! Bien au contraire Kaki, s'exclama Maximilien. Nous étions un petit clan dont la prospérité dépendait du commerce. Ça c'était avant. Maintenant que notre clan a été décimé, de puissantes maisons ennemies peuvent nous créer des problèmes commerciaux. Nous ne sommes pas un clan puissant. »
Ce n'était pas tout à fait la vérité mais l'elfe n'avait pas besoin de le savoir.
« Mais maître François et maître Victor disent que...
— François est mort. Victor rassure les gosses et essaie de se rassurer lui-même. Mais c'est faux. Nous sommes en danger. Notre déclaration de guerre est symbolique Kaki. Nous ne pouvons pas nous permettre de foncer sans nous faire exécuter jusqu'au dernier !
— Mais c'est affreux maître Maximilien.
— Je sais que tu es en indigné Kaki. Moi aussi je veux me venger mais pas en fonçant. Il y a d'autres moyens de combattre sans mener d'attaques de front. Tu as une idée de comment on peut s'y prendre quand on n'est pas le plus fort ?
— Maître Lucien disait qu'à la guerre, il faut être malin.
— Exactement. Nous devons être plus intelligents, plus malins que l'ennemi. C'est comme ça que nous allons agir toi et moi. Même si on nous l'a expressément interdit ! Nous allons utiliser notre colère, notre haine et notre créativité pour être malins, dangereux et efficaces. »
L'elfe frissonna mais approuva d'un léger signe de tête.
« Il faut exploiter les faiblesses de l'ennemi.
— Lesquelles maître ?
— Le fondement de l'idéologie rétrograde de ces consanguins. Ils se persuadent que les moldus et les créatures magiques sont inutiles, incompétents et pas menaçants. Alors les moldus, j'avoue que je ne les connais pas trop. Je les étudierai plus tard. J'ai bien l'intention d'utiliser l'arrogance des sang-purs élitistes.
— Je ne vois toujours pas maître.
— Quelles sont les capacités magiques que tu possèdes et que les sorciers n'ont pas Kaki.
— Kaki n'est pas assez puissant pour affronter de méchants sorciers maître.
— Non mais je sais que les elfes se nourrissent de la magie résiduelle sorcière donc tu peux détecter les maléfices et les pièges. Tu peux facilement introduire et guider un sorcier dans une maison sorcière. Tu peux rentrer par effraction, faire de l'espionnage, des cambriolages voire des enlèvements ou pire. Est-ce que tu peux faire ça Kaki ?
— Kaki ne sait pas. Peut-être. Mais les sorciers vont enchanter des protections contre les elfes quand ils apprendront que...
— Il n'y a que toi et moi qui sauront. Personne d'autre. Nous allons aider le clan à affronter l'ennemi dans le plus grand secret et avec la plus grande discrétion possible. Je vais m'assurer que tu sois à mon service en permanence. Est-ce que tu veux venger tes maîtres assassinés ? Et protéger ceux qui sont encore vivants ? Est-ce que tu es prêt Kaki à utiliser tout ton talent, toute ta magie et toute ta fureur pour faire des ravages en territoire ennemi sous mes ordres ? »
Une lueur déterminée s'alluma dans les yeux de la petite créature.
« Je vous servirai avec joie maître Maximilien. »
[1] Nurmengard : La prison construite par Grindelwald pour enfermer ses ennemis. Ironiquement, il y a été enfermé après sa défaite face à Dumbledore. Il y est resté jusqu'à son meurtre par Voldemort (ce qui n'est pas encore arrivé à l'époque de cette histoire du coup).
A la prochaine !
