Résumé : Maximilien a été convoqué à une réunion d'urgence rassemblant tous les fabricants européens. Par conséquent, les baguettes de combat ne sont plus en vente libre et les plus grands artisans rentrent en résistance active. Maximilien retourne à Beauxbâtons et doit commencer à usiner des baguettes. Il profite de son passage au manoir familial pour recruter son premier agent, un elfe de maison avide de vengeance.

Un chapitre moins sérieux que les précédents et avec quelques petits clins d'œil au canon. Vous verrez.

Bonne lecture :)


Maximilien se dirigeait vers le bureau du professeur de défense en réfléchissant. Celui-ci lui avait fait parvenir une note le matin même. Le concierge la lui avait tendue dès son retour lorsqu'il avait ouvert la grille de l'académie. Delorme estimait que la colle n'avait pas été effectuée, elle avait été repoussée à cause de l'attaque menée contre Olivier et de ses « obligations extérieures ». Il était donc de nouveau convoqué le soir même.

Lors de la dernière retenue, Delorme voulait le remettre à sa place pour avoir jeté de l'huile sur le feu avec Antigone et d'Aigremont. Le message était pourtant bien reçu avec les deux agressions. Tout d'abord celle d'Anthony de Monge pour son affiliation au clan Villefort. Mais surtout depuis l'attaque méthodique contre son meilleur ami Olivier Leclere. Maximilien se souvint que Delorme avait aussi admis qu'il voulait jauger ses intentions. Le jeune Villefort fut soudain inquiet. Est-ce que jauger impliquait un recours à la légilimencie ? C'était évidemment interdit mais est-ce qu'il oserait passer outre pour s'assurer que le calme règne à Beauxbâtons ?

Toujours ce même heurtoir immonde ! Maximilien lui demanda d'avertir Delorme qu'il était bien présent pour sa retenue. Le heurtoir remua et lui ouvrit la porte sans attendre. Le jeune homme pénétra dans le bureau avec appréhension.

« Entrez Villefort, ne faites pas votre timide » lui lança la voix du professeur Delorme.

Maximilien obéit avec raideur. Il remarqua que la pièce était plus lumineuse que lors de son dernier passage. Delorme ne voulait plus vraiment l'impressionner. C'était une bonne nouvelle. Maximilien se dirigea vers la même chaise que la dernière fois et s'assit lorsque l'enseignant l'y invita.

« Bien, je devais vous dire que la directrice a accepté votre requête. Celle que vous lui avez adressée ce matin, précisa-t-il. Nous avons commencé à réhabiliter une salle abandonnée pour vous permettre d'usiner vos baguettes. Elle se trouve du côté de la bibliothèque nord, pas très loin de la salle où sont enseignées les runes.

— Très bien. Pouvez-vous la protéger efficacement ? Je compte y entreposer des baguettes, des ingrédients, mais surtout du matériel spécifique et des grimoires provenant de la bibliothèque familiale. Vous comprenez, je n'ai pas vraiment envie qu'elle soit visitée, qu'il y ait des dégradations ou pire des vols.

— Je comprends. Je comptais seulement utiliser un portrait avec un mot de passe mais je vais réfléchir à des alarmes et à quelques protections supplémentaires. Vous devriez avoir la salle demain soir.

— Je vous remercie.

— Vous êtes resté étonnement silencieux sur le résultat de cette assemblée. J'ai lu le communiqué que les Cristatos ont adressé aux principaux journaux européens mais est-ce que la situation est aussi stable qu'ils l'affirment? Est-ce que vous recevrez assez de soutien de la part des mages étrangers ? Ils sont tout de même entrés en résistance en parallèle de leur activité artisanale.

— Normalement cela devrait suffire. En tout cas, je l'espère professeur. »

Delorme laissa s'installer un silence songeur. Visiblement, il n'était pas convaincu. Il sembla réfléchir avant de reprendre la parole.

« Et ils vous ont juste demandé de concevoir quelques baguettes ? Sans plus ?

— Ils me laissent en paix jusqu'à la fin de mes études à Beauxbâtons si c'est ce que vous demandez. Les missions plus militaires seront confiées à mon clan puisqu'il est lui aussi entré en guerre.

— Vous êtes donc un combattant dormant si je puis dire ?

— En quelque sorte. Pour l'instant, je dois poursuivre mon apprentissage d'artisan en autonomie, tout en commençant la fabrication des baguettes.

— Comment ? Avec votre bibliothèque personnelle ?

— Celle de Lucien oui.

— Donc la vôtre désormais.

— Oui, souffla Maximilien mal à l'aise. J'attends aussi une liste de sujets à étudier de la part d'Adam Cristatos.

— Le fameux magister grec ?

— C'est lui qui va prendre en charge mon apprentissage, celui d'un artisan bulgare et de plusieurs commerçants. C'est surtout pour ça qu'il a renoncé à ses fonctions de patriarche de sa famille.

— Je vois. Pas d'autres missions ?

— Précisez vos pensées, répondit Maximilien avec un petit sourire.

— Ici même à Beauxbâtons. Vous avez d'autres missions ? De la part des Villefort ou de vos collègues ?

— Rien de plus qu'observer l'orientation politique des étudiants des années supérieures et un peu de saine propagande, professeur, admit Maximilien avec un sourire provoquant.

— Je ne sais pas jusqu'où porte votre saine propagande jeune Villefort. J'ose cependant espérer que vos obligations professionnelles sauront vous retenir et que vous avez appris de votre regrettable erreur de jugement. »

Maximilien se raidit en pensant à son ami Olivier toujours hospitalisé à l'infirmerie.

« Notre guérisseur s'est d'ailleurs plaint avec son tact habituel. Il nous a fait comprendre ce qu'il pensait des assauts répétés de vos amis contre son temple dédié aux soins et au repos.

— Il refuse de nous informer de l'évolution de son état.

— Il est toujours plongé artificiellement dans un coma magique avec peu d'évolution. Difficile à dire s'il pourra quitter l'infirmerie avant la fin du mois. Enfin il y a un détail rassurant. L'un des guérisseurs de Meridiem a pu identifier un sort assez inattendu. Bien que les os soient brisés très gravement, un sort les maintient ensemble. Ils ne peuvent pas se déplacer dans le corps, ni faire des dégâts ailleurs ou perforer les tissus. Aucun risque de perforation des organes en particulier.

— Mais ça n'en est pas moins...

— Grave ? Non, la guérison restera lente, difficile et douloureuse mais au moins celui qui a fait ça s'est assuré que ce ne soit pas mortel.

— J'espère que vous n'en serez pas plus indulgent face à celui qui a mené cette agression. C'est une manière de ne pas porter l'affaire jusqu'aux aurors en cas de dénonciation mais ça reste une attaque particulièrement perverse et cruelle.

— Les guérisseurs de Meridiem sont de ton avis. Ils ne parviennent pas à imaginer que des étudiants aient pu lancer une telle malédiction dans l'académie. Ils voulaient faire remonter l'affaire à la justice magique.

— Vous les en avez dissuadés n'est-ce pas ?

— Exactement.

— Vous êtes conscient que ce sortilège de précaution n'atténue guère la gravité de l'attaque.

— Entièrement conscient jeune homme, répondit l'enseignant d'une voix dure.

— C'est aussi quasiment une preuve que le lanceur est aussi le créateur de la méthode.

— Je sais. Il est très difficile d'insérer des sortilèges ou de modifier une combinaison aussi complexe. La procédure complète a donc bien été construite entièrement par le lanceur, c'est-à-dire par un étudiant de l'académie.

— En refusant de faire remonter ce crime aux aurors, vous êtes très proche de l'autoriser, asséna Maximilien d'un ton glacial.

— Nous partons du principe que tout étudiant qui n'a pas terminé ses études peut encore choisir son camp. Il pourra encore tourner le dos aux mangemorts.

— Vous savez aussi bien que moi qu'un mage ayant assez de talent et de réflexion pour construire un tel piège est tout à fait capable de choisir un camp et de mesurer les conséquences de cette décision.

— La présence de cette précaution m'a interrogé. J'ai justement l'impression que l'étudiant auquel nous pensons tous les deux, hésite encore. Il serait ainsi assuré de pouvoir limiter les dégâts.

— Je ne suis pas d'accord avec vous. Il a déjà choisi en toute connaissance de cause. Il ne pourra de toute façon plus revenir en arrière.

— Pensez-vous que ceux qui ont organisé l'attaque ont été informés de cette précaution ?

— Probablement pas. Il passerait au mieux pour un faible, au pire pour un traître.

— Nous sommes bien d'accord sur ce point. Vous comprenez pourquoi, je ne veux pas le démasquer pour le moment ?

— Je comprends mais je désapprouve. En tolérant une attaque de cette violence, vous leur montrez qu'ils peuvent recommencer s'ils l'estiment nécessaire. Vous exposez potentiellement les étudiants à d'autres graves accidents, répondit Maximilien en insistant sur le dernier mot.

— Ça dépend aussi et surtout du niveau de provocation qu'il y a en face.

— Nous y voilà !

— Eh oui bien sûr ! Plus vous les provoquerez, plus ils vont causer des complications.

— Imaginons que nous ne répondons rien, que nous nous écrasions devant eux. Évidemment, ça vous arrange parce qu'il y aura un peu moins de problèmes à Beauxbâtons mais que faites-vous des enfants de Moldus ? Les plus jeunes notamment ? Mieux vaut subir quelques gentilles attaques et humiliations. Fais un peu attention en allant à ton prochain cours et ça devrait aller ! C'est le discours que vous comptez tenir aux petits nés-moldus ?

— C'est toujours intéressant de parler avec vous Maximilien car vous savez toujours exactement quel sujet aborder.

— Épargnez-moi vos flatteries !

— Mais vous avez raison. L'espoir et la peur des plus jeunes dépendent avant tout de ce que font les grands. Mais je ne suis sans doute pas exprimé clairement. Je le croyais pourtant. Voici ce que je vous demande. Ne les provoquez pas trop pour éviter des attaques graves. Résistez, mais avec votre tête et non avec vos émotions.

— Doser ?

— Exactement.

— Serait-ce de l'incitation au crime professeur ?

— Presque. Peu importe ce que je vous dirai, vous allez résister. Je le sais. Mais je vous en conjure, ne devenez pas comme eux. Ne devenez pas ce que vous critiquez.

— Très bien mais pourquoi me mettre en garde moi ? Alexandre et Hector dirigent notre groupe alors pourquoi moi ?

— N'est-ce pas évident ?

— Je ne supporte pas que l'on réponde à une de mes questions par une autre !

— Alors je vais être direct. Ton clan vient d'être massacré et tu ne raisonnes plus comme avant. Ensuite, tu as des allégeances extérieures. Auprès de ton clan, qui est en guerre, et probablement des accords qui te lient à tes collègues, également en guerre. Enfin, tu es intelligent et tu peux être redoutable. Tu es tout à fait capable de consacrer une bonne partie de ton talent à faire des horreurs dignes des pires mangemorts. Dois-je vraiment continuer ?

— Je comprends vos craintes, répondit Maximilien en grimaçant.

— Je vais être franc, j'ai peur que tu deviennes pire que Baskere et Féris réunis.

— Et vous avez peur que les conséquences retombent sur d'autres étudiants. Des dommages collatéraux.

— Je ne parle même pas de la pénurie de baguettes magiques que tu risques de provoquer.

— Vous oubliez quelques détails.

— Lesquels ?

— Les fabricants de baguettes sont toujours indépendants, donc ces allégeances extérieures sont limitées. Je ne suis le chien de personne. Enfin, ce n'est pas mon style. Je n'apprécie que modérément la violence, vous n'allez pas vous retrouver avec un second Baskere.

— Pas d'attaques tous les deux ou trois jours ?

— Vous pensez vraiment que quelqu'un vous répondrait oui ?

— Je ne sais pas si je dois être rassuré Villefort.

— Vous verrez bien professeur. »

L'enseignant ne répondit pas. Il n'était pas sûr d'avoir réussi à le convaincre. Il estima qu'il n'avait plus grand-chose à ajouter. Il changea de sujet.

« Je vous ai aussi fait venir pour une dernière raison Villefort.

— Je vous écoute professeur.

— Vous ne vous destinez pas vers les métiers d'aurors, de tisseurs et briseurs de sorts. Vous ne suivez pas de cours de défense avancée contre les forces obscures pendant cette dernière année.

— Et vous me proposez de les suivre ?

— J'ai vérifié. Ils ne rentreraient pas dans votre emploi du temps, mais je veux bien vous en quelques-uns pour que vous ayez des notions.

— Vous me proposez un entraînement au combat après avoir tenté de me dissuader de mettre Beauxbâtons à feu et à sang ? Je dois vous avouer que j'ai du mal à suivre votre logique professeur.

— Je vois un peu plus loin que cette année d'études Villefort. Votre statut de fabricant va faire de vous à la fois une cible et un combattant. Il me semble donc approprié de vous proposer cette spécialisation.

— Alors non, trancha l'étudiant.

— Pourquoi ? demanda aussitôt l'enseignant.

— Même si en théorie, ces cours préparent aux trois professions, ils sont principalement destinés aux futurs aurors. Ce qui ne m'intéresse guère malgré les risques auxquels je serai exposé.

— Est-ce la seule raison ?

— Les aurors s'entraînent tous de la même manière. Nombre de mangemorts sont entraînés spécifiquement contre eux en fonction de cet entraînement. Je ne vais donc pas perdre mon temps à être aussi prévisible que vous.

— Je ne suis plus auror, rectifia Delorme.

— Est-il indiscret de vous demander ce qui vous a poussé à les quitter d'ailleurs ?

— Très sincèrement oui, trancha brutalement l'enseignant.

— Les rumeurs de couloirs disent que l'accès à la section qui couvre les missions particulières vous a été refusé au profit d'un gosse de riche. »

Delorme serra les dents devant l'audace du gamin. Il inspira profondément pour éviter de perdre le contrôle de ses émotions.

« Dois-je vous rappeler que vous êtes en colle Villefort ?

— Dois-je vous rappeler que vous déléguez systématiquement les retenues ? Si je suis ici, ce n'est pas pour être puni. En tout cas, pas au sens classique du terme. Je sais que ces rumeurs sont fausses. Vous n'avez pas quitté les aurors sur un coup de tête comme la plupart des sorciers le croient.

— Exposez moi votre théorie fumeuse dans ce cas.

— Parfait, alors voilà. Pendant la dernière guerre, les aurors étaient inquiets pour Beauxbâtons. Ils ne pouvaient pas vraiment jauger de la situation entre ses murs, la protection des étudiants contre eux-mêmes, lesquels étaient susceptibles de passer à l'ennemi en quittant l'académie et comment réagir en cas d'attaque. Bref, ils avaient besoin d'un agent à l'intérieur.

— Intéressante théorie, répondit-il avec un regard menaçant.

— Le vieux professeur de défense de l'époque recevait des menaces contre sa famille de plus en plus souvent. Un agent de la section particulière aurait été parfait pour le remplacer, sauf que le ministère ne pouvait se permettre un scandale d'ingérence avec l'académie. Un auror prometteur qui démissionne parce qu'une promotion lui passe sous le nez. La coïncidence est un peu énorme, non ?

— J'admire votre imagination Villefort mais je trouve déjà une belle faille dans vos suppositions.

— On pourrait se permettre de douter d'une théorie pareille évidemment. Sauf que vous étiez connu chez les aurors pour deux spécialités très inhabituelles.

— Qui sont ? Demanda Delorme avec un grand sourire menaçant.

— L'interrogatoire, ce qui est parfait pour asseoir la discipline et faire parler des étudiants. Vous avez sans doute dû vous habituer à le faire sans en avoir l'air, mais passons. Mais surtout vous étiez aussi et surtout réputé pour être brillant dans une discipline de combat très dangereuse. Le combat en espace confiné. Autrement dit, vous êtes excellent pour affronter des combattants dans les maisons sorcières ou même dans cette école. Très utile pour défendre des élèves et lutter contre les attaques depuis l'intérieur.

— Maximilien est-ce que vous êtes conscient des ravages que pourraient faire certaines personnes si votre histoire parvenait à leurs oreilles.

— Parfaitement conscient monsieur.

— Votre histoire, bien que plausible, a tout de même une lacune importante. A l'époque, ça aurait été quasiment réaliste. Mais pourquoi serais-je resté en poste à Beauxbâtons pendant ces quatorze années de paix ?

— Je n'ai pas encore de réponse à cette question monsieur.

— Je vois, ricana le professeur avec un sourire satisfait. Pour en revenir à ma proposition, êtes-vous sûr de refuser ?

— Je ne veux pas me cantonner au manuel du parfait petit auror. Cependant je suis intéressé si vous acceptez de me faire approfondir certaines disciplines qui sortent des sentiers battus.

— Du moment que cela ne touche pas trop à la magie noire. A quoi pensez-vous ?

— Je n'ai pas encore une liste précise en tête mais je pensais aux arts de l'esprit, c'est-à-dire légilimencie et occlumencie, et certaines formes de magie des illusions. Je m'intéresse d'ailleurs à croiser les deux disciplines. Croyez-vous que cela soit possible ? »

Maximilien fit mine de ne pas voir la réticence de son professeur. Il s'était déjà raidi à la mention de légilimencie, mais davantage lorsqu'il avait parlé d'illusions.

« J'imagine que l'opinion publique vis-à-vis de ces pratiques ne vous arrêtera pas.

— Effectivement.

— En ce qui concerne l'occlumencie, il n'y a pas de problème c'est assez courant chez les combattants d'ailleurs. La légilimencie est beaucoup moins répandue, mais je comprends que vous vouliez approfondir et adapter un domaine que vous maîtrisez déjà.

— Pas de façon militaire professeur.

— Je sais. La version des fabricants de baguettes magiques s'approche plutôt de celle des médicomages, en tout cas les rares qui s'y intéressent. Quant aux illusions c'est non.

— Ce n'est pas de la magie noire pourtant.

— Certaines formes s'en rapprochent beaucoup trop. La séduction, les illusions et l'imperium sont les trois faces de la même magie.

— Ce n'est...

— Vous ne trouverez pas cette conclusion dans les manuels disponibles à la bibliothèque ! C'est pourtant juste. Même si je me doute bien que vous ne voulez pas vous en servir pour séduire et abuser de certaines de vos camarades.

— Je veux pouvoir berner mes ennemis en combat et, si possible, à l'intérieur même de leurs têtes.

— Je comprends mais je refuse. Il faut que vous sachiez une chose à propos de la magie noire. Je ne peux pas décemment le dire en cours aux étudiants classiques. La magie noire, c'est un chemin que l'on emprunte petit à petit. Chaque pas vers ces magies est plus simple et plus attirant que le précédent. Les mages passent rapidement un cap de non-retour et le plus souvent sans même s'en apercevoir. Ils deviennent alors des mages noirs. Parmi le peu qui ont souhaité revenir, seule une poignée y est parvenue. Aucun n'a réussi cet exploit seul d'ailleurs. Est-ce que cela en vaut vraiment le risque Villefort ? »

Il se tut pour permettre à Maximilien d'assimiler ses paroles

« Arts de l'esprit uniquement, reprit-il. Je vous laisse y réfléchir. Demandez tout de même à votre ami Alexandre ce qu'il pense de mes cours d'approfondissement en défense.

— Bien professeur.

— Votre retenue est terminée Villefort. Bonne soirée.

— Bonne soirée professeur. »

Le lendemain matin, Maximilien reçut un hibou de la part de Victor. Une sorcière l'avait contacté au sujet de sa baguette magique. Celle-ci effectuait ses sortilèges de plus en plus difficilement et elle souhaitait en racheter une nouvelle. Victor lui avait apparemment répondu que Maximilien se chargerait de lui en vendre une. Il avait organisé le rendez-vous avec elle au département des aurors, le vendredi suivant.

Maximilien devait donc s'assurer de pouvoir s'y rendre. « L'arsenal du parfait fabricant » allait lui être fourni dans le courant de la semaine. Comme si je n'avais rien d'autre à faire, songea Maximilien. Il aurait cours avec Delorme en fin de matinée. C'était heureusement facile de placer un message discret dans le devoir qu'il devait lui rendre.

La classe de Maximilien arriva en cours de défense. Les étudiants posèrent leurs devoirs sur le bureau du professeur pendant que celui-ci repoussait les tables contre les murs. Ils allaient faire des travaux pratiques cette fois-ci. Ils allaient commencer à travailler le reflecto, un bouclier dangereux mais efficace. Le professeur dû interrompre ses explications lorsqu'on frappa à la porte.

Delorme vint l'ouvrir et la gardienne des dortoirs pénétra dans la pièce.

« Maximilien, voulez-vous m'accompagner chez la directrice s'il vous plaît ?

— Puis-je savoir pour quelle raison ?

— Votre patriarche est ici, ainsi que le magister Cristatos et le maître-artisan Zaubholz. Ça a l'air assez important, répondit-elle avec une hésitation.

— Bien, je vous suis. »

Maximilien prit le temps de saluer l'enseignant, sourit à Clémence, Guillaume et Hector, saisit son sac et quitta la pièce. Il marcha en silence au côté de la vieille gardienne. Il rompit soudain le silence. Il s'excusa pour son attitude lors de sa fuite. Elle lui adressa juste un sourire triste. Elle, au moins, avait compris et lui avait pardonné. Ils empruntèrent de nombreux couloirs, plusieurs volées d'escaliers avant d'atteindre l'imposante porte en merisier. La gardienne frappa sans hésitation et la porte s'ouvrit.

Maximilien pénétra dans le bureau. Cinq regards se tournèrent vers lui. Il salua donc dans l'ordre qu'imposait la tradition : selon le sexe et la hiérarchie sociale. Il commença par la directrice, puis Tatiana, le magister, le maître-artisan et enfin son propre patriarche.

« Navré de t'arracher à tes cours mon garçon, commença le magister.

— Il rattrapera. Ce n'est qu'un détail magister, intervint Victor d'un ton agacé. Nous sommes ici pour t'apporter ton matériel et ta bibliothèque, expliqua-t-il en désignant six lourdes malles disposées sur le sol. Ainsi que du travail, en désignant Adam Cristatos, et une mauvaise nouvelle » termina-t-il en regardant Anton Zaubholz.

La directrice ne cachait pas sa désapprobation face au style de Victor, trop direct, trop fonceur à son goût.

« La salle de travail pour usiner les baguettes est terminée Maximilien, lui-dit-elle.

— Merci, Madame la Directrice.

— Apparemment tes bonnes relations avec les elfes de l'académie ont accéléré les travaux.

— J'irai les remercier aussi.

— Tout est arrangé pour la vente de vendredi. Départ par cheminée depuis le bureau du professeur Ségur à 18h30. Réception et enregistrement au ministère de la magie avec l'auror Chassart. Être en retard sera inacceptable, suis-je clair ? lui lança Victor.

— Parfaitement clair Patriarche, répondit doucement Maximilien en appuyant volontairement le titre. Je vous remercie. »

Le jeune homme se tourna vers le mage grec pour l'inviter à intervenir.

« J'ai sélectionné quelques livres de ta bibliothèque, jeune homme. En conversant avec ta directrice, tu auras également accès à des livres qui sont, si j'ai bien compris, en accès limité.

— La bibliothèque de l'aile est du palais est réservée aux enseignants, expliqua madame Maxime. Ainsi qu'aux chercheurs qui viennent parfois se renseigner sur certaines formes de magies inhabituelles ou dangereuses. Plus rarement à des étudiants pour des projets particuliers. En l'occurrence, tu pourras exceptionnellement consulter quelques ouvrages pour compléter ta formation d'artisan.

— Puis-je en avoir la liste s'il vous plaît ?

— La voici, lui tendit le Grec. Et voici la liste des sujets que tu devras étudier d'ici la fin de l'année, dit-il en lui tendant un second parchemin. Nous les poursuivrons et les approfondirons lorsque tu viendras terminer ta formation à mes côtés. »

Maximilien saisit les deux rouleaux de parchemins, les déroula et parcouru rapidement les annotations. Il se redressa assez surpris.

« Je ne voudrais pas paraître prétentieux mais la liste des sujets à étudier me semble relativement courte pour une année complète » annonça-t-il prudemment.

Le mage grec haussa un sourcil amusé. La directrice eut un regard choqué. Tatiana claqua la langue pour lui donner un avertissement menaçant.

« C'est directement lié à la mauvaise nouvelle que je dois t'annoncer » intervint Anton Zaubolz en reprenant ironiquement l'expression de Victor.

Maximilien frissonna en se tournant vers l'Allemand. Celui-ci avait parlé d'une voix neutre mais ses émanations de magie ancienne étaient menaçantes.

« Nous avons obtenu le livre des ventes de la lignée Lagrange, enfin exigé pour être plus exact. Ils en vendaient beaucoup plus que nous ne le pensions. Nous avons refait nos estimations et il s'avère que nous ne pourrons pas fournir assez de baguettes magiques à la France.

— Donc je vais devoir en fabriquer davantage, conclut simplement Maximilien.

— D'où ton planning allégé, termina Adam Cristatos.

— Combien ?

— Cent cinquante, deux cents si c'est possible » annonça Zaubolz.

Maximilien déglutit avec difficulté. C'était clairement impossible à moins de ne pas dormir la nuit. Ou de lui fournir un retourneur de temps mais aucune personne sensée ne laisserait un adolescent en posséder un.

« C'est à ce moment nous sommes souvenus de ta mémorable tentative pour te débarrasser d'une matière que tu n'aimes pas, annonça Adam avec un grand sourire.

— Si les circonstances avaient été différentes, nous n'aurions jamais céder à un caprice aussi ridicule, asséna Tatiana.

— Cela dit, nous avons examiné avec ta directrice le programme de botanique et nous avons effectivement constaté qu'il ne te sera pas très utile à l'avenir, nuança Adam.

— Les plantes sont absolument nécessaires pour pouvoir se soigner en temps de guerre ! s'exclama Tatiana.

— Nous sommes d'accord mais nous fermerons les yeux sur cette lacune, trancha madame Maxime. Êtes-vous bien certains qu'il soit nécessaire de lui supprimer une seconde matière pour libérer son temps.

— Malheureusement, je crains que oui, s'excusa le Grec.

— Et laquelle cette fois-ci, si je puis me permettre ? demanda Maximilien. Toutes les autres sont plus ou moins utiles.

— Défense contre la magie noire ! cracha Tatiana outrée.

— Quoi, mais ce n'est pas possible ? On est en guerre. Je vais devoir me balader pour récolter et acheter des ingrédients dès l'année prochaine.

— Bien gamin. Ça rentre finalement un peu dans ta caboche. Vigilance constante, comme dirait un vieil ami à moi, poursuivit-elle.

— Encore une fois nous avons consulté le programme Maximilien, murmura Adam. La septième année semble plutôt reprendre les précédentes pour préparer les examens finaux.

— Pourtant il y a des nouveautés très utiles. Aujourd'hui je devais d'ailleurs travailler le bouclier réflecteur, objecta Maximilien.

— Tes collègues ont fait valoir des arguments justes, intervint la directrice. La défense en septième année est véritablement orientée examens. Les nouveautés sont essentiellement théoriques. Les anciennes notions sont revues et sont développées en parallèle de la magie informulée. Or tu as beaucoup d'avance dans ce domaine grâce à la magie ancienne. Le professeur Delorme t'avait proposé des cours supplémentaires. Même si tu les as refusés hier soir avec des arguments plus que douteux, tu les suivras. Nous te supprimons la théorie et les devoirs de cette matière. Tu ne travailleras plus que la pratique des nouveaux sorts.

— Bien, souffla Maximilien indécis.

— En ce qui concerne l'acquisition des ingrédients, précisa Anton, tu te serviras des réserves de Beauxbâtons. Ton clan remboursera l'académie. Les botanistes de ton clan et ma famille te fourniront le reste. Tu as déjà un peu d'avance dans les malles.

— Merci maître-artisan, répondit Maximilien.

— Une dernière chose à ajouter ? demanda la directrice qui semblait pressée de terminer l'entrevue.

— Oui, répondit Maximilien. Si j'en crois mes informations, et je sais qu'elles sont justes, vous êtes arrivés, il y a deux bonnes heures. Si à l'avenir vous avez besoin de prétextes pour couvrir des réunions, n'hésitez pas à me demander. Je serai ravi d'apporter ma contribution à la coopération du mouvement d'Albus Dumbledore, de mon clan et de notre profession. »

Maximilien leur adressa un petit salut ironique. Il appela Kaki pour évacuer les malles vers la salle d'usinage. Il prit le temps de saluer les adultes dans l'ordre puis quitta la pièce satisfait. Qu'on se servît de lui soit, mais on ne le prendrait certainement pas pour un imbécile.

Maximilien retourna assister à la fin du cours. En fin d'après-midi, il se rendit à la bibliothèque pour travailler avec Clémence et Hector. Il allait enfin pouvoir parler discrètement de la précaution qu'avait pris Féris lors de l'attaque contre Olivier. Aussitôt arrivée, Clémence emprunta un livre de potion pour préparer leur devoir sur les propriétés curatives de l'hellébore.

« Je peux comprendre pourquoi il a évité de rendre l'attaque mortelle. Je comprends qu'il puisse vouloir ne pas aller trop loin pour se protéger mais c'est plutôt l'attitude de Delorme que je ne saisis pas. Pourquoi est-ce qu'il nous a avertis ? demandait Hector.

— Peut-être juste pour nous rassurer à propos d'Olivier, supposa Clémence peu convaincue.

— Non, il pourrait juste nous dire qu'il n'y a pas eu de dégâts, répondit Hector. C'est très risqué de nous avoir avertis de ce petit sort de prévention. Il sait très bien que nous pouvons nous en servir contre Féris.

— Pourquoi donc ?

— Je pense que ça n'a pas de valeur à ses yeux, mais il espère peut-être que nous pourrons l'exploiter à l'avenir.

— Comment ? Tu penses qu'il veut qu'on s'en serve pour le retourner ?

— Impossible. On peut le décrédibiliser à la rigueur. Le faire chanter est très dangereux. Le retourner est impossible. Il a trop besoin de faire ses preuves et d'exister aux yeux d'Ombre et d'Aigremont.

— Est-ce que tu crois qu'il veut nous montrer qu'il n'est pas aussi terrible qu'on le croit ? demanda Clémence. Qu'on puisse simplement envisager de lui tendre la main s'il veut changer de camp.

— Tu veux dire à la place de croire immédiatement à un piège ? demanda Maximilien. Il est trop fier pour retourner sa veste de toute manière.

— Ça ressemblerait à la directrice Maxime. C'est peut-être elle qui a demandé à Delorme de nous en informer.

— Ou alors, les professeurs veulent nous montrer que les mini-mangemorts ne frappent pas aussi fort que nous le pensons et que, du coup, nous n'avons pas besoin de riposter aussi fort que le désire Alexandre et surtout toi Maximilien, proposa Hector.

— Oui ça doit être ça » répondit Maximilien moyennement convaincu.

Finalement, ils abandonnèrent leurs débats pour se consacrer aux recherches en potions. Comme Maximilien avait fini sa prise de notes sur le sujet, il remit l'écriture au propre du devoir à plus tard. La bibliothèque était ouverte, il fallait en profiter. Il revint donc rapidement avec un vieil ouvrage poussiéreux que personne n'avait ouvert depuis des décennies. Clémence lu le titre à l'envers. Pratique de la magie des illusions par les mages noirs de la Renaissance. Elle lui jeta un regard désapprobateur mais ne put lui faire de reproches. Elle se trouvait à la bibliothèque et n'avait aucune envie de s'en faire éjecter pour avoir élevé la voix.

On n'entendit bientôt plus que des crissements de plumes sur les parchemins, de temps à autre accompagnés par le bruit des pages de grimoires. Il y eut soudain de légers gloussements. Clémence allait se tourner pour faire taire les filles qui venaient d'arriver. Elle n'eut pas le temps de prononcer un mot que l'une d'elles se dirigea vers Maximilien. Elle lui demanda avec un sourire enjôleur s'il pouvait lui expliquer des notions de sortilèges. Une chose était certaine, Maximilien ne connaissait pas cette fille. Elle était en quoi ? Cinquième année ? Sixième ? Peu importe. Maximilien la dévisagea en silence, ainsi que ses amies pour les déstabiliser. Il lui souffla fort peu gentiment qu'elle ferait mieux d'aller voir Conrad, le major de promotion en sortilèges. Il le désigna aux filles car il se trouvait à quelques tables d'ici.

Elles fuirent sans demander leur reste. Aussitôt qu'elles furent parties, Guillaume arriva. Il pointa les filles du pouce et demanda ce qu'elles voulaient.

« Aucune idée, répondit Maximilien aussitôt. Sans doute des gamines qui imaginent qu'un septième année recevant du courrier comme un ambassadeur et qui en relation avec un maître-artisan et un magister est un bon parti, ajouta-t-il avec mépris.

— Tu oublies héros de guerre qui est parti risquer sa vie en prévenant et sauvant des collègues, commenta Hector avec un sourire ironique.

— Franchement Maximilien, trouve-toi une copine pour éviter que ça ne se reproduise, lui conseilla Clémence.

— Une que je déteste alors, répondit-il du tac au tac. Puisqu'elle va immédiatement devenir la cible favorite d'Antigone.

— Toi, tu n'as toujours pas digéré d'avoir été largué au bout de trois heures par Gabrielle Delacourt. Passe à autre chose, lui assena-t-elle au milieu des ricanements.

— Tu n'étais pas venu les chercher pour aller en potions Guillaume ? tenta Maximilien désespéré.

— Si bien sûr mais il nous reste un peu de temps pour continuer à te torturer un peu » s'esclaffa-t-il sans la moindre pitié.

Ils se levèrent finalement pour aller en cours. Maximilien rappela Hector et poussa deux livres dans sa direction.

« Tu as oublié ces livres que tu voulais emprunter. »

Hector fronça les sourcils mais les prit sans un mot. Puis Maximilien se tourna vers Clémence.

« J'ai trouvé ce livre qui pourrait peut-être t'intéresser.

— Potions de grands pouvoirs ? lut-elle sans comprendre.

— Il y a des passages que nous devrions étudier. »

La jeune fille ne parut pas entièrement convaincue mais prit le livre et se dirigea vers le bibliothécaire pour l'emprunter.

Maximilien resta seul car il n'avait plus de cours. Il termina de lire un chapitre de son obscur livre sur la magie des illusions. Il prit quelques notes supplémentaires puis le rapporta dans le rayon sans l'emprunter.

Il rassembla ses affaires rapidement et quitta la pièce. Il s'assura que sa baguette était facile à sortir. Par les temps qui couraient, il n'était guère prudent de se déplacer seul dans les couloirs. Il se dirigea vers la salle de runes mais s'arrêta un peu avant devant un tableau.

Le vieil homme peint sur le tableau resta assis sur sa chaise et tourna un regard impérieux vers Maximilien.

« Si l'esclavage n'est pas mauvais, rien n'est mauvais » souffla le jeune homme. [1]

Le vieil homme ne répondit pas, il adressa à Maximilien un sourire qui ressemblait à une grimace, à moins que ce ne fut une grimace qui ressemblait à un sourire. Il se contenta de faire claquer sa canne et le tableau pivota en dévoilant une porte étroite.

Le jeune homme fit jouer la poignée et pénétra dans sa salle d'usinage.

La pièce était vaste et lumineuse. Les elfes avaient prévu deux tables en chêne pour travailler, quelques chaises à dos droit et plusieurs étagères, pour le moment vides. Les malles apportées par Victor étaient là. Le tour à bois [2] était déjà monté, donc Nihila était venue. Maximilien était satisfait mais il restait du travail pour s'installer.

« Kaki » appela Maximilien doucement.

L'elfe apparut avec un pop sonore et s'inclina.

« Maître, répondit-il.

— Nous devons nous installer Kaki » dit-il simplement.

L'humain et l'elfe réorganisèrent le mobilier. Ils rangèrent les livres sur les étagères, puis firent l'inventaire des outils pour travailler le bois, celui des ingrédients pour les potions. Maximilien en profita pour interroger l'elfe sur son entraînement. La petite créature avait commencé à renforcer son corps avec de la natation, du sprint et de l'escalade dans les arbres qui entouraient le manoir Villefort. Il avait aussi commencé sa préparation magique en faisant léviter jusqu'à l'épuisement de lourdes chaises.

« Nihila se doute que les exercices de Kaki ne sont pas communs, maître.

— Que lui as-tu dis ?

— Kaki doit pouvoir échapper aux créatures dangereuses et secourir son maître si celui-ci est blessé.

— Compte tenu des circonstances, c'est réaliste. L'as-tu convaincue ?

— Oui, répondit l'elfe fièrement. Mais elle insiste pour me préparer aux vraies missions d'un elfe-artisan.

— Nos deux missions sont importantes Kaki. Tu es écarté des combats par ta race et moi par le clan et mes professeurs. Nous nous entraînerons discrètement et nous agirons toujours dans l'ombre. Mais la fabrication de baguettes magiques est primordiale aussi Kaki. Je veux que tu suives attentivement les cours et les conseils de Nihila. Ne les attends pas, demande-lui. Son expérience sera utile.

— Bien maître. »

Maximilien commença à expliquer et montra à l'elfe comment affûter les gouges [3], les scies et les couteaux. Il lui expliqua comment Lucien et Jéor choisissaient les prochaines baguettes à usiner. Au bout d'une heure de rangement et d'explications, Maximilien décida de laisser la suite pour le lendemain. Il jugea qu'il devait retrouver ses réflexes d'usinage.

Il choisit une branche de cèdre légèrement incurvée, moins facile à usiner qu'une branche droite. Il s'approcha du tour à bois sous le regard fasciné de l'elfe. D'un petit coup de baguette magique, les mandrins verrouillèrent la branche de cèdre. Maximilien choisit une gouge large mais peu aiguisée. Elle servirait juste à débarrasser la branche de l'écorce.

Le jeune homme se jeta un sort pour se protéger des éclats de bois et lança le même à l'elfe. Il activa le tour à bois d'un coup de baguette. La branche se mit à tourner très vite. En utilisant le support et la gouge, le jeune artisan fit voler des éclats d'écorces de la branche, puis bientôt des copeaux de bois tout chauds.

Il arrêta rapidement le tour malgré l'air déçu du petit elfe. Il changea juste la branche de sens. Comme elle était un peu incurvée, il fallait la travailler selon deux axes. Il reprit l'usinage avec attention. Maximilien changea deux fois de gouges, de plus en plus fines et de plus en plus aiguisées. Il utilisa la vitesse du tour pour poncer légèrement la future baguette. Il la fit tourner dans de la sciure pour la rendre plus douce au toucher. Enfin il utilisa un couteau pour détacher délicatement la baguette et recommença l'opération de l'autre côté. Il reprit le ponçage manuellement au niveau de la courbe. Elle était difficilement accessible pendant la rotation.

Lorsque le jeune homme fut satisfait il mesura la baguette et nota ses caractéristiques. Cèdre. 26,4 cm. Maniable mais rigide.

En utilisant le planning qu'avait prévu Lucien, il choisit une plume d'hippogriffe. Il s'assura avec une batterie de sorts et de la magie ancienne que les deux ingrédients convenaient. Il permit à Kaki d'en pratiquer car il fallait maîtriser ces sorts pour tenir l'inventaire des ingrédients.

Maximilien commença alors le travail le plus fastidieux des fabricants de baguettes. Il analysa la combinaison entre le cèdre et la plume et nota toutes les incompatibilités et les propriétés émergentes. Il devait maintenant créer une potion et un rituel pour minimiser les premières et renforcer les secondes. C'était une énigme difficile car les ingrédients pouvaient eux aussi réagir entre eux. Maximilien n'associa guère Kaki à sa réflexion, il l'envoya plutôt reprendre les sorts d'affûtage et de contrôle qu'ils avaient pratiqués.

Maximilien était bien avancé. Il revérifia plusieurs fois la conception de la potion et celle plus simple du rituel. Le jeune homme rappela Kaki afin qu'il aide à élaborer la potion. Celle-ci contribuait à fusionner le bois et le cœur. L'elfe remarqua que c'était l'heure du repas vers la fin de la préparation. Maximilien voulut terminer son travail et choisit de rendre visite aux elfes-cuisiniers plus tard dans la soirée.

Ils terminèrent la potion et tracèrent avec satisfaction les runes du rituel sur le plancher de la salle. Ils allaient enfin terminer la baguette. La potion avait été versée dans un bol en terre cuite, le bois de cèdre se trouvait au centre du rituel, le bol à sa droite et la plume était plongée dedans. Maximilien relut attentivement les incantations latines qu'il avait préparé. Il activa le rituel de fusion des éléments et commença l'enchantement.

Le rituel s'illumina d'une lueur rougeoyante quand soudain la branche de cèdre s'enflamma et explosa. Le bol de potion se brisa et déversa la potion. Kaki tenta de l'éviter d'un bond mais ne fut pas assez rapide. L'elfe poussa un hurlement aigu lorsque ses vêtements s'enflammèrent. Maximilien réagit immédiatement et arracha les vêtements de l'elfe par magie. Il lui lança deux sorts de protection et un de guérison en jurant. Que s'était-il passé ?

Puis il comprit. Il avait oublié l'incompatibilité entre le cèdre et le jus de mandragore.

Il s'excusa auprès de l'elfe et l'emmena sans plus attendre à l'infirmerie.

Il passa son temps à grommeler sur le chemin. Son apprentissage était loin d'être terminé !


Navré pour cette fin peu glorieuse. Maximilien est fort, il est malin et déterminé mais il est loin d'être parfait... Vous l'aurez remarqué.

[1] Citation d'Abraham Lincoln, meneur politique moldu que vous connaissez peut-être ^^ C'est une référence que les sangs-purs n'ont donc aucune chance d'avoir.

[2] Ce genre d'instrument existe réellement. Le tournage sur bois est toujours un métier d'art, aujourd'hui il est surtout pratiqué en amateur. Ce qu'on peut réaliser par cette façon d'usiner est fascinant, allez regarder des vidéos sur youtube. J'avoue que c'est aussi pour ça que je créé cette histoire de fabricants de baguettes. Car il y a des gens qui tournent des baguettes magiques en vrai ! :)

[3] outils utilisés en tournage sur bois