Bon voilà un nouveau chapitre. Je n'avais pas publié depuis un moment mais ma soutenance de fin d'études approche... Elle se déroulera lorsque mourra le huitième mois...
Et en plus j'ai un peu retravaillé les premiers chapitres avec mon éditrice personnelle (ma sœur). Les quatre premiers sont donc plus fluides, plus compréhensibles et contiennent moins de fôtes. Merci pour son aide. Les autres seront retravaillés aussi mais plus tard.
Je ne m'étale pas davantage : lecture :)
Arthur et Sébastien se pressaient pour aller en classe. Du haut de leurs 13 ans, ils ne craignaient pas spécialement d'arriver en retard en cours, même si c'était celui du sévère professeur Delorme. Non, ils se pressaient car les autres ne les avaient pas attendus. En d'autres circonstances, il n'y aurait pas eu de problème. Mais Arthur et Sébastien étaient deux élèves nés-moldus. Cette année, avoir des parents moldus et n'être que deux dans les couloirs, c'était risqué, vraiment risqué.
Arthur se rappelait avec terreur les paroles de ce septième année. Alexandre de la Dent leur avait fait jurer de ne jamais se retrouver seuls pour circuler dans le palais. Jamais. Mais Sébastien avait voulu terminer son devoir, le recopier proprement jusqu'à la fin. Quel imbécile celui-ci là ! Arthur l'avait attendu évidemment. Et maintenant ils couraient.
Ces deux imprudents entraient seulement en troisième année. Ils savaient qu'ils étaient loin de pouvoir se mesurer aux étudiants des années supérieures. Enfin ce n'était pas trop grave, ils étaient au deuxième étage, il ne restait que cinq couloirs et une volée d'escaliers. Encore quatre. Et ce qu'ils craignaient arriva. Un mur se matérialisa soudainement devant eux et obstrua la moitié du passage. Sébastien voulut instinctivement le contourner mais se figea. Deux étudiants de sixième année venaient d'apparaître derrière une élégante tapisserie. Arthur se retourna pour constater que deux autres élèves coupaient toute retraite. Ils étaient cernés. Arthur se mit à trembler, il les connaissait de vue. Ces quatre imbéciles gravitaient autour de d'Antigone Ombre et Gonzague.
« Salut vous deux ! Où vous allez comme ça les moutards ? demanda un type avec une gueule de bouledogue.
— En cours, on a prévenu Delorme qu'on devait arriver tout de suite et...
— Ne nous mens pas satané sang-de-bourbe ! cracha la seule fille du groupe.
— Qu'est-ce qu'on va faire de ces voleurs de magie ? ricana un troisième.
— On va leur faire passer l'envie d'être en retard à nouveau. Qu'est-ce qu'ils en pensent les moutards-de-bourbe ?
— Vous n'avez pas le droit, marmonna Sébastien pas bien rassuré.
— Le droit ? Ne vient pas nous parler de droit alors que vous anéantissez notre belle civilisation bien magique » clama la fille avec morgue.
Les deux nés-moldus n'osèrent pas répondre. De toute façon, les autres n'écouteraient pas. Ils n'avaient pas le choix, ni la puissance nécessaire pour les affronter. Les quatre agresseurs étaient satisfaits. Ils jouaient déjà avec leurs baguettes en leur jetant des regards menaçants. Les gamins allaient servir d'exemple en passant quelques jours à l'infirmerie. Aucun risque qu'ils ne les dénoncent pour éviter une vengeance.
La fille allait articuler son premier sort quand la tapisserie s'ouvrit à la volée une nouvelle fois sur... sur Maximilien de Villefort.
« Ah vous voilà vous deux ? lança-t-il aux deux gamins. Toujours capables de se perdre en troisième année, ajouta-t-il amusé.
— Non, nous... répondit Arthur.
— Peu importe, l'interrompit Maximilien. Malheureusement les sixièmes années ne peuvent vous aider. Ils ont la fâcheuse habitude de se retrouver à l'infirmerie en voulant aller en cours, insinua-t-il.
— Fais attention Villefort. Tu...
— Je quoi ? provoqua Villefort sans manifester autre chose que de la joie. Tu veux leur montrer où se trouve leur salle Malkin ? Tu n'es même pas assez intelligente pour retrouver autre chose que tes kilos supplémentaires. »
Les troisièmes années comme les sixièmes étaient soufflés. A quoi il jouait seul contre quatre ? Il n'avait toujours pas sorti sa baguette en plus. Malkin, furieuse, leva la sienne.
« Non ! aboya un autre. Laisse-le s'occuper des moutards.
— Mais, ce connard de sang-mêlé...
— On s'en va, rétorqua-t-il en jetant un regard nerveux à Villefort. Les gosses. Pensez à apprendre le chemin des cours et à arriver à l'heure. On s'ra pas toujours là pour vous ramener dans le droit chemin, insinua-t-il avec la sincérité d'une hyène.
— A bientôt les amis ! » lança Maximilien toujours aussi souriant.
Il s'attira des regards menaçants de tous les belligérants mais le jeune artisan s'en fichait bien. Il les salua même de la main avec un grand sourire. Les agresseurs manqués disparurent rapidement en murmurant des insultes et de sinistres promesses de revanche. Aussitôt qu'ils furent hors de vue, Maximilien se tourna vers les gamins avec fureur.
« Vous m'expliquez ? Je croyais qu'Alexandre et Hector avaient fait le tour des nés-moldus !
— Je finissais un devoir et...
— Tu sais combien de temps tu aurais passé à l'infirmerie avec ces cons là ?
— Je...
— Ils sont incapables de faire des sorts correctement et c'est sans doute pire. Les métamorphoses ratées sont bien plus difficiles à corriger. Je tablerais sur une bonne semaine d'infirmerie, et tout ça pour un devoir à finir. On peut dire que vous avez le sens des priorités vous deux.
— Ça ne se reproduira plus, promit Arthur.
— C'est ta peau après tout, conclut Maximilien avec un sourire crispé. A quel cours devez-vous assister ?
— Défense, répondit Sébastien.
— Bien je vous accompagne.
— Pourquoi tu les as provoqués comme ça ? Ils étaient quatre quand même !
— Sur les quatre, il y en avait un moins stupide que les autres, expliqua Maximilien. Celui qui a ordonné aux autres de partir. Il a compris que nous serions tous perdants, surtout eux.
— Mais comment tu...
— Nous aurions tous sans exception terminé l'infirmerie, affirma-t-il d'une voix dure. Mais en plus les profs leur seraient tombés dessus après. Mes amis aussi d'ailleurs » conclut-il d'un air faussement joyeux.
Les deux enfants frissonnèrent. Ils en étaient pratiquement sûrs. Les fuyards n'étaient pas passés loin d'un séjour à Meridiem, l'hôpital de sorcellerie. Ils rappelèrent à Maximilien qu'ils devaient se rendre en cours.
Delorme accueillit les deux retardataires avec agacement mais se figea en voyant Maximilien. Il le dévisagea avec sévérité.
« Votre amie Clémence parlait d'un cours de runes si je ne m'abuse, siffla-t-il menaçant.
— Je ne me sentais pas particulièrement bien professeur. L'accident avec mon elfe hier soir m'a rappelé l'attaque du manoir. »
L'enseignant fronça les sourcils. L'explication était pratiquement valable et son air avachi était réaliste. Mais Delorme connaissait assez le jeune Villefort pour savoir qu'il mentait. L'enseignante de runes anciennes, par contre, avait dû se laisser berner sans problème.
« Alors rétablissez-vous, très vite. Vous devrez être au maximum de vos capacités ce soir » lui souffla-t-il avec froideur.
Maximilien n'avait pas besoin qu'on le lui rappelât. Il avait rendez-vous au ministère dans la soirée pour y vendre sa première baguette magique.
« Je serai prêt professeur. Mais finalement c'est une bonne chose que j'aie manqué ce cours de runes. J'ai pu prévenir de petits désagréments à ces deux étourdis. »
Delorme haussa un sourcil interrogateur. Maximilien baissa légèrement ses barrières mentales pour lui laisser entrevoir la scène qui venait de se dérouler. Il ne lui laissa que le temps de découvrir son arrivée plus ou moins inopinée et le sauvetage des deux inconscients. Il ne prit pas plus de risques. Les émotions ressenties, les plans et les moyens utilisés pour arriver sur-place devaient rester secrets. Il repoussa donc l'esprit du professeur fermement mais sans violence. Évidemment, Delorme interrogerait les deux gamins mais ceux-ci n'avaient pas les réponses aux questions les plus intéressantes.
Maximilien prit congé et n'ajouta pas un mot malgré l'inquiétude du professeur. Il fit un crochet par la salle d'usinage, récupéra deux ouvrages et se rendit à la bibliothèque nord. Il se dirigea sans hésitation vers le bibliothécaire et lui tendit les livres.
« Ce sont ceux qu'a emprunté Clémence des Blancs-Manteaux. Je vous les ramène sinon elle les aurait rendus en retard » prétendit Maximilien à voix basse.
Le responsable des lieux lui arracha presque les grimoires des mains avec un air menaçant. Décidément, il avait bien fait de les rendre à temps.
Maximilien effectua aussitôt un repli stratégique parmi les rayonnages. Il disparut avec autant de discrétion que possible en direction d'une petite table située à l'écart. La table était peu pratique. S'y asseoir exposait aux courants d'air. L'éclairage pour la lecture était juste affreux. Certes, on ne vous voyait pas mais vous ne pouviez pas non plus voir les gens arriver. Une place peu enviée pour quiconque avait des ennemis et Merlin savait combien le jeune homme en avait maintenant. La table n'était donc que rarement occupée.
Maximilien prit soin de se lancer un oculus feles, un vieux sort de Lucien pour acquérir une excellente vision nocturne. Ses pupilles rétrécirent immédiatement et sa vision s'adapta à la semi-obscurité. Elle était suffisante pour lire désormais. Pour détecter les importuns, c'était plus difficile. Un sortilège de catimini permettait d'arriver en silence. Quelques élèves comme Léon Féris étaient sans doute assez doués pour camoufler aussi leur aura magique. Maximilien utilisa donc un petit sort de sa propre composition pour détecter les gens grâce à leurs respirations. Elle pouvait aisément être dissimulée grâce à des sortilèges, à condition d'y penser évidemment. Pour une fois, Maximilien pariait sur la négligence de l'adversaire. Mais pour les courants d'air, rien à faire à part réchauffer ses vêtements de temps à autre. Il faudrait s'en contenter pour le moment. Clémence aurait sans doute des idées pour pallier ce manque de confort. Olivier aussi lorsqu'il sortirait enfin de son coma magique.
Maximilien se mit à travailler immédiatement puisqu'il ne pourrait le faire pendant la soirée. La vente au ministère prendrait sans doute un peu de temps à cause des précautions des aurors. Il travailla pendant une demi-heure sans interruption sur un essai concernant les métamorphoses humaines. Il allait achever la conclusion quand une silhouette fantomatique apparue à travers l'étagère la plus proche. Le jeune homme se leva et s'inclina légèrement en souriant pour saluer l'esprit.
« Dame Séverine, murmura Maximilien d'une voix douce.
— Sire Maximilien, répondit-elle d'une voix absente.
— Vos informations ont permis d'épargner à ses deux imprudents un douloureux séjour à l'infirmerie.
— Vous m'en voyez ravie jeune sire.
— Puis-je vous demander de rester attentive aux autres jeunes nés-moldus ?
— Craignez-vous une récidive contre ces jeunes sorciers spontanés ?
— Probablement pas des mêmes agresseurs. Et sûrement pas les mêmes victimes. Ceux-ci étaient tellement terrorisés qu'un sermon aurait été superflu.
— C'est une excellente chose. »
Des bruits de pas précipités forcèrent Maximilien et son informatrice à écourter leur entrevue. Une jeune fille essoufflée apparut, son visage s'éclaira quand elle arriva. Il reconnut immédiatement une amie de sa cousine Eva.
« Sauvée, tu es bien là ! Je n'étais pas sûre de t'avoir vu rentrer dans la bibliothèque.
— Que se passe t-il ?
— Des abrutis à la solde de Gonzague viennent d'entrer dans la bibliothèque...
— Et ?
— On dirait qu'ils suivent Antony de Monge. Il vient d'arriver aussi. Est-ce que tu... »
Maximilien jura et se leva d'un bond. Il lui ordonna de ramener le bibliothécaire auprès d'eux. Elle avait raison de le prévenir. Antony répondait aux provocations au quart de tour, surtout à propos de sa copine née-moldue. Ces amis avaient pourtant été chargés de désamorcer ce genre de problèmes.
Un clin d'œil suffit à Maximilien pour saisir la situation. Antony était venu étudier seul à la bibliothèque. Les autres avaient profité de l'absence de ses amis pour essayer de lui attirer des ennuis. Sans hésiter, Maximilien s'approcha et s'afficha aux côtés du jeune de Monge.
« Ah tu tombes bien, Villefort, j'étais en train de dire à de Monge qu'il avait raison d'étudier les créatures magiques, dit l'un d'eux. Ça devrait lui servir pour s'occuper correctement de sa sang-de-bourbe. »
Antony paraissait sur le point de dégainer sa baguette magique pour lui infliger une correction. Maximilien posa fermement sa main sur son bras pour l'en dissuader.
« Tu préfères passer toutes les soirées de la semaine prochaine en retenue ou à embrasser ta copine dans les jardins ? lui murmura le jeune Villefort.
— Il a raison. Soumets-toi et profite de ton animal de compagnie pendant que tu le peux. Tu ne seras jamais qu'un perdant que nous écraserons. Quant à elle...
— Parce que tu penses qu'un imbécile comme toi fera partie des vainqueurs ? demanda Maximilien d'une voix calme. Dans quelques mois tu seras à la rue à mendier parce que tu ne sauras rien faire et Antony participera à la gestion des haras du clan Villefort.
— Il sera tout juste bon à nettoyer derrière vos ridicules canassons !
— Nos abraxans et nos hippogriffes flanquent chaque année une belle dérouillée aux haras Gonzague. Mieux vaut s'occuper de nos splendides coursiers plutôt que ramper devant des mages noirs ! clama Antony avec hargne.
— C'est en léchant les bottes des Villefort que tu dis ça, rétorqua l'autre avec fureur.
— Le clan Villefort est une alliance économique et politique. Jamais nous ne demanderons à la famille de Monge de fléchir le genou, lança Villefort avec morgue. L'union de nos deux familles a permis de fonder le plus prestigieux haras magique français depuis plus d'un siècle. C'est clairement mieux que simplement les sombrals des Villefort d'un côté et les pégases des Monge de l'autre. Antony étudie pour contribuer à écraser Gonzague de la plus belle manière, par les airs !
— Je te jetterai du steak de tes sombrals quand le Seigneur des Ténèbres vous aura réduit en esclavage.
— En parlant d'esclavage, est-ce que tu connais le seul point qui me dérange avec nos haras ? demanda Maximilien en bondissant sur l'opportunité avec un sourire carnassier.
— L'odeur sûrement ?
— La façon d'afficher notre propriété sur ces créatures, rectifia le jeune Villefort. Ils ne le disent pas dans les livres de soins aux créatures magiques mais nous le savons. Pour revendiquer notre propriété nous devons les marquer au fer rouge d'un tatouage représentant nos armes. Quel effet ça fait ? Que ta plus grande ambition soit d'être marqué au bras par le feu comme du vulgaire bétail ? » asséna Maximilien.
Le visage d'Antony se tordit d'un horrible sourire satisfait alors que les aspirants mangemorts pâlirent violemment.
« On comprend que tu n'aies pas besoin d'étudier les créatures. Il n'y a que celui que tu appelles avec terreur le Maître qui en a besoin pour dresser son troupeau à coup de doloris » ajouta Maximilien.
C'en fut trop. Tous les belligérants sortirent leurs baguettes et échangèrent une volée de sortilèges. Maximilien n'eut que le temps de dévier le bras d'Antony. Il y eut un hurlement et le bibliothécaire désarma tout le monde ivre de rage. Personne n'envoyait de sort dans son temple dédié au savoir et au respect de ses précieux grimoires.
Sur les cinq provocateurs, deux seulement se relevèrent avec difficultés. Ils accusèrent Maximilien, ils n'avaient soi-disant pas eu le temps d'envoyer de sortilèges. Les trois autres avaient perdu connaissance.
« Je n'ai employé qu'un bouclier réflecteur, clama Maximilien avec froideur. Et vous voyez le résultat sur ces imbéciles.
— Il ment, ce...
— Je vous promets que celui qui me mentira le regrettera jusqu'à la fin de sa scolarité » menaça le bibliothécaire d'une voix féroce.
Maximilien frissonna, il était prêt à le croire sur parole. Il tenta le tout pour le tout.
« Utilisez le prior incantatum sur ma baguette Monsieur. Vous constaterez par vous-même le dernier sortilège que j'ai lancé. C'est la baguette en ébène. »
Le bibliothécaire hésita quand il vit une lueur ravie s'allumer dans les yeux des pro-mangemorts. Il appréciait Villefort et ne voulait pas l'incriminer. Est-ce que Maximilien bluffait ?
« Où est le problème ? Je suis sûr que vous savez lancer ce sort, contrairement à ces parodies de sorciers » reprit Maximilien en désignant les étudiants étendus au sol.
Piqué au vif, le bibliothécaire lança le sort sur la baguette de Maximilien. Un nuage fantomatique en sortit, il prit rapidement la forme d'un bouclier. Il rendit sa baguette sans un mot à Villefort et se tourna vers les autres. L'adulte fou de rage, ne s'aperçut pas qu'ils semblaient éberlués. Il parvint tout de même à articuler la sentence malgré sa fureur.
« Tous les soirs en retenues jusqu'à la fin du mois et interdiction d'entrer ici jusqu'à la fin de l'année. »
L'un d'eux ouvrit la bouche pour protester quand Maximilien fit claquer un violent sortilège de silence. Il avança d'un pas menaçant.
« Permission de sortir les poubelles ?
— Refusée » répliqua-t-il sèchement.
Il désigna deux étudiants pour les conduire à l'infirmerie. Maximilien ne dissimula pas sa déception. Puis il se reprit, il salua Antony avant de regagner la table dissimulée parmi les rayonnages et reprendre ses devoirs. En passant, il adressa un clin d'œil satisfait à la gamine qui lui avait permis d'intervenir à temps.
De retour à sa table, il allait reprendre sa plume quand la dame des jardins réapparu devant lui. Elle lui adressa une moue désapprobatrice.
« Aviez-vous réellement besoin de faire ça ?
— Soyez plus précise Dame Séverine s'il vous plaît. Avais-je besoin d'épargner une erreur à Antony de Monge ? Avais-je besoin de décrédibiliser ces insultes racistes ? Ou avais-je besoin de lever un bouclier pour m'éviter de visiter l'infirmerie ?
— Gardez ces discours cyniques pour vos enseignants jeune homme. Vous pouviez désamorcer ce conflit sans violence. Il suffisait de faire appel au bibliothécaire pour restaurer le calme.
— Il était présent dès le début de l'échange et n'a rien dit.
— Parce qu'il vous faisait confiance.
— C'est possible mais il me semblait important de réagir de la sorte.
— Et pourquoi donc ?
— Deux raisons dame Séverine. La première sera la comparaison de la situation mangemort à du bétail. Nous n'avons pas fini de l'entendre car je ne laisserai personne l'oublier dans le palais. Ce qui est une bonne chose, vous en conviendrez. La seconde, c'est bien sûr de montrer qu'ils sont tout sauf invincibles. Ils inspirent la terreur parce qu'ils agressent à plusieurs et ne reçoivent jamais de coups. Aujourd'hui, j'en ai mis cinq au sol. Demain, ils inspireront déjà moins de terreur aux étudiants de premières années, ce qui est une excellente chose également.
— Je suis persuadée que vous pouviez atteindre un résultat similaire sans recourir à la violence. Si vous les aviez défiés en duel, ils auraient été suffisamment lâches pour refuser.
— C'est probablement vrai mais tout le monde l'aurait oublié en une semaine. Cet affront, Beauxbâtons s'en souviendra un moment.
— Vous avez peut-être raison, murmura-t-elle songeuse. Mais c'est un très mauvais exemple que vous diffusez là. »
Maximilien allait lui répondre quand un petit rouleau de parchemin se matérialisa sur la table. Maximilien sortit sa baguette, jeta deux sorts d'identification et tendit une main assurée vers le parchemin. Il le déroula immédiatement et le lut sous le regard interrogateur du fantôme des jardins. Il tenta de lui dissimuler l'intense satisfaction que fit naître la lecture mais l'esprit avait une vue acérée.
« Qui vous écrit ? Quelles sont les nouvelles ?
— Mon elfe de maison progresse plus vite que je ne l'espérais. Il a nettoyé l'atelier rapidement, aiguisé les outils et réalisé tous les exercices que je lui avais demandé de faire.
— C'est tout ?
— Qu'alliez-vous imaginer ma Dame ? Vous pouvez la lire si vous le désirez.
— Non, ce n'est rien je m'étais imaginé que... Peu importe. Je vous souhaite une bonne fin de journée. Méditez mes paroles. Vous faîtes parti des étudiants qui doivent donner l'exemple pour le reste de l'académie Maximilien. »
Le jeune homme relut le parchemin envoyé par l'elfe sans dissimuler sa satisfaction cette fois. Kaki était prometteur ! Maximilien fit disparaître le message d'un léger coup de baguette magique. Il s'installa à nouveau à la table et reprit son travail.
Maximilien conclut rapidement qu'il ne parvenait pas à se concentrer. L'étudiant était un peu inquiet. Il se rendait au ministère dans la soirée pour assurer sa première vente sous bonne garde. Il serait scruté de toutes parts. Et en plus la cliente sera une adulte ! pensait-il. Les adultes étaient moins réceptifs à la légilimencie que les enfants, question de confiance. Et si la cliente était une occlumencienne ? Ou si elle désapprouvait l'utilisation des arts de l'esprit ? Et s'il ne parvenait pas à lui trouver une baguette adaptée ? Ou pire s'il se trompait et en vendait une mauvaise ?
Pour s'assurer de ne pas paniquer davantage, il entreprit de se souvenir de toute la procédure de vente. Sur le papier, ça ne paraissait pas bien difficile évidemment. Il ressassa tous les pièges, les cas d'école de Lucien. Il pria encore une fois pour que tout se passe bien. Il se leva d'un bond lorsqu'il entendit l'horloge de la bibliothèque sonner 18h00. Il ramassa ses affaires, les jeta sans ménagement dans son sac et quitta la bibliothèque.
Maximilien se rendit à la salle d'usinage pour récupérer le matériel nécessaire à la vente. Il réduisit les deux malles qui contenaient toutes les baguettes du clan et les fit rentrer dans ses poches. Il localisa ensuite le livre dans lequel Lucien enregistrait toutes les transactions. Par précaution, il attrapa une plume d'oie déjà taillée et un encrier. Il avait tout ce dont il avait besoin pour ce soir. Il était temps de se rendre au bureau du professeur de métamorphose.
Le départ avait lieu par cheminée à 18h30. Maximilien frappa à la porte du professeur Ségur avec cinq minutes d'avance. L'enseignant lui ouvrit immédiatement avec un air soulagé.
« Vous êtes à l'heure, souffla-t-il.
— Toujours professeur. L'exactitude est la politesse des Rois et le devoir de tous les gens de bien, disait un monarque moldu [1]
— Je préfère ne pas savoir dans quelle catégorie vous pensez vous situer » répliqua Ségur amusé.
Maximilien s'abstint de répondre et se contenta de lisser le pli de sa cape avec nonchalance. Il pénétra dans le bureau du professeur lorsque celui-ci l'y invita d'un geste.
« Que pouvez-vous me dire à propos de ce qui est arrivé à Jacques Rodès ?
— Il est né tout simplement et c'est déjà beaucoup croyez-moi, répondit Maximilien sans chercher à dissimuler son mépris. Il manque cruellement d'intelligence et de jugement. Depuis qu'il cherche à s'attirer les bonnes grâces d'Antigone Ombre, il nous empoisonne la vie. Mais je suis sûr que vous connaissez déjà les détails de la vie de cet étudiant insignifiant. Pourquoi cette question ?
— Je ne le porte pas exactement en haute estime non plus mais pourriez-vous me dire ce qui lui est arrivé à il y a environ une heure ?
— Il ne reste que peu de temps avant que je ne me rende au ministère. Je crains de ne pas avoir le temps de jouer à déchiffrer vos énigmes. Que lui est-il arrivé ? demanda Maximilien en haussant un sourcil interrogateur.
— Une agression. Il a été assommé puis jeté du haut des escaliers de l'aile est. Êtes-vous impliqué Maximilien ?
— Il y a une heure avez-vous dit ? J'ai un excellent alibi alors. En effet, je me battais en duel à la bibliothèque nord. Je suis certain que notre bibliothécaire préféré pourra vous le confirmer.
— Vous vous battiez en duel ? Vraiment ?
— Légitime défense ! Qu'alliez-vous imaginer ? J'ai réussi à prévenir de fâcheux ennuis à Antony de Monge. Je suis sûr que vous pourrez vérifier.
— Je n'y manquerai pas, siffla l'enseignant qui semblait au bord de l'explosion. Vous n'avez envoyé personne pour agresser Rodès à votre place, rassurez-moi ?
— C'est une grave accusation professeur. Mais les seuls élèves, en qui j'ai pleinement confiance, se trouvaient en cours à ce moment-là.
— Je l'espère. Villefort. Je l'espère sincèrement.
— A présent je vais devoir vous laisser. L'auror Chassart doit déjà m'attendre au ministère. »
Ségur lui désigna sans un mot une petite boîte posée à droite de la cheminée de marbre. Maximilien l'ouvrit délicatement et se saisit d'une pincée de poudre de cheminette. Il jeta la poudre étincelante sur les quelques braises qui restaient dans l'âtre. Le feu se réveilla immédiatement en prenant une coloration verte. Maximilien entra sans hésiter dans la cheminée et laissa les flammes lui lécher les jambes sans le brûler. Il annonça d'une voix distincte sa destination, puis se sentit tourner sur lui-même et se déplacer très rapidement. Il retint sa respiration pour éviter de respirer des cendres. Un mode de transport certes rapide, pratique mais peu confortable et salissant.
Maximilien atterrit adroitement dans l'une des cheminées du ministère français de la magie. Il libéra immédiatement sa cheminée pour laisser le passage à d'autres sorciers. Quelques discrets coups de baguette nettoyèrent ses vêtements de la suie. Lorsqu'il fut satisfait du résultat, il chercha Franck Chassart des yeux. L'auror scrutait le flot de sorciers et de créatures magiques qui circulaient dans le hall. Il n'avait pas vu Maximilien mais heureusement sa haute taille et sa tête rousse le rendaient visible de loin. En se frayant un chemin vers l'auror, Maximilien s'attira des regards surpris, l'uniforme bleu ciel de Beauxbâtons n'était pas très discret.
Lorsque Maximilien arriva à sa hauteur, le regard de Chassart s'éclaira. Ils se saluèrent brièvement puis l'auror entraîna l'étudiant vers l'une des nombreuses arches qui menaient aux différents départements du ministère.
« Vous avez l'air d'aller un peu mieux que la dernière fois, lui dit Chassart.
— Je peux difficilement aller moins bien qu'en émergeant d'un massacre, rétorqua Maximilien. Mais merci.
— Bien pensez-vous que la vente sera rapide ?
— Excellente question. Cela dépend des clients et je n'ai pas beaucoup de recul sur la question puisque je n'en ai encore jamais vendu moi-même.
— Bon ce n'est pas grave. Je vais vous emmener pour l'enregistrement de votre baguette et faire les différents contrôles de sécurité. Cela ne devrait pas être long. »
Maximilien hocha la tête mais il n'était pas tout à fait sûr de ça. Il portait sur lui quelques centaines de baguettes magiques, deux malles ensorcelées et un registre bardé de sorts. Rien de méchant mais il faudrait expliquer ça à une armée d'aurors sur les dents et attendre qu'ils examinent scrupuleusement ces objets. Cette fois-ci, Maximilien prit le temps d'examiner le hall et ses décorations dorées, d'un mauvais goût affolant.
« Alors que pensez-vous du ministère ? demanda l'auror avec ironie en observant le jeune homme qui détaillait le hall avec attention.
— Je ne mettrais pas ça chez moi ! ricana Maximilien.
— Ça fait trois bons siècles que tout le monde s'en plaint et que c'est resté à l'identique » expliqua-t-il avec un sourire amusé.
Ils arrivèrent vers l'aile du ministère qui regroupait la justice magique, les aurors, les oubliators et les briseurs de sorts. Chassart se dirigea sans hésitation vers le bureau et Maximilien le suivit. Il se présenta lorsque le sorcier-réceptionniste releva la tête.
« Franck Chassart, auror de la division des investigations. J'accompagne Maximilien de Villefort.
— Je dois aussi noter la raison de la visite Franck, répondit le sorcier.
— Vente sous protection des aurors » répondit Maximilien.
Le sorcier leva un sourcil soupçonneux en regardant l'uniforme de Beauxbâtons.
« En qualité de ?
— D'artisan.
— Spécialité ?
— Les baguettes magiques.
— Villefort, grogna le sorcier-réceptionniste. Effectivement, c'est sans doute pas une mauvaise idée de la faire ici. Bonne chance gamin. A plus tard Franck. »
Chassart continua à l'entraîner dans les couloirs du ministère jusqu'à une grande arche en fer forgé qui semblait bien menaçante.
« Bien nous allons voir si tu es effectivement toi, sourit l'auror en désignant l'arche. Et puis ne fais pas attention au service de sécurité qui vient juste après. Ces gars-là sont beaucoup moins sympas que celui de l'enregistrement. »
Maximilien passa sous l'arche en frissonnant. C'était de la magie très puissante. Comme il étudiait la magie des illusions de façon approfondie, il reconnut la sensation que provoquait sortilèges qui servaient à lever les masques et autres dissimulations. Il y avait sans doute des sortilèges contre d'autres subterfuges comme les animagi [2] et le polynectar [3]. Chassart passa juste après lui en lui jetant un regard satisfait.
L'auror guida ensuite l'étudiant jusqu'au service de sécurité où il l'annonça.
« Maximilien de Villefort, arrivée prévue à 19h00.
— Vous êtes en avance ! » aboya une sorcière qui l'examina d'un œil mauvais.
Chassart se retint de lever les yeux au ciel.
« Bien, reprit-elle. Je vais enregistrer votre baguette magique et vous la reprendrez quand vous partirez.
— Ce n'est pas ce que j'avais demandé à votre supérieur hier, objecta Chassart.
— Ce n'est pas la procédure. La baguette et ensuite vous passez aux objets magiques.
— Mais... commença Chassart.
— Laissez, intervint Maximilien. Je crois qu'elle va vite saisir pourquoi vous avez demandé une dérogation. »
Elle avait l'air satisfaite après avoir rabroué Chassart mais son expression devint menaçante après l'interruption de Maximilien. Sans s'émouvoir, celui-ci plongea une main dans sa poche, ouvrit une malle rétrécie et pris une baguette au hasard. Il la tendit sans hésiter à la sorcière méfiante.
« Bois de chêne blanc, cœur en plume de phénix, d'une longueur de 25,6 cm, inflexible. »
La sorcière nota les informations et prit la baguette avec avidité.
« J'ai une seconde baguette, dois-je vous la confier ? demanda le jeune homme avec un air innocent.
— Évidemment, s'exclama-t-elle incrédule.
— Bois de cerisier, crin de sombral, longueur 24,8 cm, légèrement flexible. »
La sorcière nota les nouvelles informations et saisit la baguette avec méfiance. Chassart, lui, rayonnait. Il semblait beaucoup s'amuser et semblait attendre la suite avec impatience.
« J'ai une troisième baguette, vous l'enregistrez ? demanda Maximilien avec le sourire d'une hyène.
— Combien est-ce que tu en as le môme ? demanda-t-elle avec fureur.
— Environ huit cent, je suis venu en vendre. Mais c'est la procédure, il faut continuer, répondit-il en retenant difficilement un éclat de rire.
— Hors de ma vue tous les deux ! » s'exclama-t-elle avec hargne.
L'examen des objets magiques fut beaucoup plus long. Les malles furent examinées rigoureusement à l'aide d'une batterie de sortilèges. Pendant ce temps, un autre sorcier examina le registre des baguettes magiques. Maximilien se retint d'attaquer le sorcier quand il suggéra à son collègue de garder le registre, qui pouvait s'avérer très utile pour les enquêtes. Maximilien se contenta de le lui arracher sans ménagement. Enfin il dû parader devant des scrutoscopes, glaces à l'ennemi et d'autres joyeusetés. La moitié se mirent à sonner quand l'adolescent passait devant et l'autre moitié ne réagit pas.
En fin de compte, il fut autorisé à s'installer en salle de conférence où il commença à attendre sa cliente. Chassart entra avec un plateau et offrit à Maximilien un café, des petits gâteaux et des chocolats.
« Cadeaux de la division des enquêteurs pour te féliciter ! Nous sommes en très mauvais terme avec le département de la sécurité. Nous nous détestons sans cordialité. Enfin bref, ton histoire a déjà fait le tour du département et voici ta récompense. »
Maximilien regarda Chassart comme si des ailes de sombral lui avait poussé dans le dos. Mais apparemment, il ne se moquait pas de lui. Le café était fort, bon et, Merlin merci, sans sucre. Maximilien eut tout le temps de goûter les gâteaux et les chocolats puisqu'ils étaient en avance et que la cliente était bien évidemment en retard.
« Dis-moi. Ta propre baguette, elle n'est pas restée à la sécurité n'est-ce pas ?
— Vous pensez que je ne respecte pas la procédure ? demanda Maximilien ironique. Vous devriez vérifier auprès des fabricants de baguettes si j'ai berné la sécurité.
— Évidemment ! répondit-il avec un grand sourire. Mais pourquoi cette comédie. Tu es chez les aurors donc les risques ne sont pas si élevés et tous les fabricants pratiquent la magie ancienne. C'est de notoriété publique.
— Qui vous dit que ma baguette n'est pas restée là-bas ?
— Parce que dans mes souvenirs, la tienne était en ébène ou en noyer. Enfin un bois sombre. Navré je ne reconnais pas plus que ça les bois.
— En ébène, admit le jeune homme.
— Et donc ?
— Je suis comme tous les sorciers. Je n'apprécie guère d'être dépouillé de ma baguette, même si je suis capable de m'en passer.
— J'ai l'impression qu'il n'y a pas que ça.
— C'est vous l'auror, répliqua l'étudiant.
— Ollivander contre Ménard ?
— Le duel de 1942 ? Je ne vois pas le rapport ?
— Mais si, mais si, ce duel est célèbre.
— Je ne connais que ce qui appartient à l'Histoire. Ménard, l'un des assassins de Grindelwald, a retrouvé la trace du jeune Garrick Ollivander en 1942 suite à une trahison. Malgré la différence de puissance magique, Ollivander s'est montré plus brillant et Ménard a été tué. Il a même réussi à lui extorquer des informations par légilimencie juste avant sa mort. Lesquelles ont permis à Dumbledore et Zaubholz de démasquer des agents ennemis.
— Exact. Nous connaissons tous les conséquences du duel mais c'est son déroulement qui m'intéresse. Ollivander a survécu parce qu'il était plus malin. Tu te souviens de la manière dont il s'y est pris ?
— Je n'ai pas la culture macabre des aurors, tout au plus celle des fabricants, insinua Maximilien.
— Bien sûr, répliqua Chassart avec un sourire amusé. Ollivander a uniquement utilisé de la magie moderne avec sa baguette pour endormir la méfiance de Ménard. Il s'est laissé dominé pendant l'échange, puis il l'a surpris et blessé avec de la magie ancienne. Il en a aussitôt profité pour aggraver la blessure et a exécuté son ennemi.
— Vous pensez vraiment que je suis capable de telles horreurs ? demanda le jeune homme d'un ton faussement indigné.
— Ça colle assez bien aux descriptions que fait Delorme à ton propos !
— Et qu'est-ce qu'il dit d'autre ?
— Que vous êtes une petite dizaine a tenter de faire éclater une guerre civile entre les murs de l'académie. Delorme a exigé d'être notifié de l'actualité mangemort en avance. Il cherche à anticiper les réactions des étudiants pour limiter les dégâts.
— Comme c'est louable mais comment en est-il venu à vous parler de moi ?
— Il nous a parlé de trois étudiants. Trois tacticiens, capables de faire ravages imprévisibles.
— A tout hasard, Richard d'Aigremont, Hector Boisréal et moi ?
— Enfin peu importe, c'est une stratégie qui semble te correspondre. Surtout que tu la connaissais déjà. »
Maximilien allait nier, quand un auror à l'allure patibulaire fit entrer une sorcière exaspérée. La cliente, madame Lescaut, était une petite sorcière, qui semblait un brin autoritaire et déjà insuportable. Chassart envoya à Maximilien un regard compatissant.
« Bonsoir madame Lescaut.
— C'est toi le gamin à qui je dois tous ces contrôles de sécurité et cette armée d'imbéciles.
— J'ai enterré mes mentors la semaine dernière et perdu mes concurrents en début de semaine. Je n'ai aucune intention de les suivre dans la tombe, même pour préserver votre petit confort, articula Maximilien les dents serrées. Si cela ne vous convient pas, vous savez où se trouve la sortie, ajouta-t-il durement.
— Je suis désolée... Je ne voulais pas... Je...
— Asseyez-vous s'il vous plaît. Nous avons tous perdu assez de temps avec le service de sécurité » trancha Maximilien.
La sorcière obéit mal-à-l'aise. Maximilien dissimula sa satisfaction, il reprenait le contrôle et la cliente n'anéantirait pas sa première vente.
« Est-il indiscret de vous demander pourquoi vous avez besoin de remplacer votre ancienne baguette ?
— Elle ne marche plus. J'imagine qu'après 30 ans de bons et loyaux services c'est normal.
— Pourriez-vous être plus précise s'il vous plaît ?
— Les sorts sont beaucoup moins puissants et parfois je dois retenter plusieurs fois avant qu'elle ne daigne lancer mes sorts.
— Je vois. Puis-je l'examiner ? C'est peut-être réversible, surtout si c'est une baguette Villefort.
— Elle a été enfermée par une espèce de vautour à l'entrée du département des aurors, s'exclama la cliente.
— Je vais l'arracher à notre mégère préférée » intervint Chassart en lançant un clin d'œil à Maximilien.
Le jeune homme lui adressa un sourire soulagé. L'auror sortit rapidement.
« Quelle est la composition de votre baguette ?
— Bois d'érable, plume d'hippogriffe.
— Une Villefort.
— Oui. »
La porte se rouvrit sur Chassart. Il apporta directement une baguette de bois clair mais terne. En voyant l'éclat de la baguette, il fronça les sourcils. Il n'y avait pas grand-chose à faire.
« Alors qu'est-ce qu'elle a ?
— Vous étiez une exploratrice, une aventurière n'est-ce pas ?
— J'étais commerciale et je voyageais beaucoup effectivement, répondit-elle d'une voix pleine de nostalgie.
— Mais vous ne l'êtes plus. Vous menez sans doute une existence routinière, ordinaire désormais.
— J'ai demandé un poste fixe pour m'occuper un peu plus de mes enfants et de mes parents ! répliqua la sorcière séchement.
— Je ne vous juge pas mais votre baguette ne s'en prive pas. Elle vous le fait comprendre à sa manière. La baguette choisit son sorcier. Celle-ci avait choisi une exploratrice, ambitieuse, avide de défis, fière comme l'hippogriffe, versatile et caractérielle.
— Donc elle ne m'obéit plus.
— Le changement n'a pas l'air récent d'après l'éclat du bois.
— Je ne sais pas, quatre ou cinq ans.
— J'imagine que le déclin a été assez lent. Gardez la pour les petites originalités et les quelques voyages que vous vous accordez. Mais je doute que ce soit réversible, le changement est trop ancien.
— Donc il faut en acheter une nouvelle.
— C'est plus simple et plus sûr.
— Faisons comme ça alors » conclut-elle avec lassitude.
Maximilien sortit les deux malles rétrécies de ses poches. Il leur rendit leurs tailles normales. Heureusement, il avait assez de détails sur le caractère et la vie de la cliente. Quelques pointes discrètes de légilimencie suffiraient amplement à compléter les informations. Il commença par proposer une baguette en bouleau.
« Ou alors une baguette en peuplier, loyale, intègre, régulière.
— Elle ne convient pas non plus.
— L'aulne ne vous conviendrait pas mais le sorbier, le bois des défenseurs. Possible. Celle-ci contient un crin de licorne. »
Lorsqu'elle toucha la baguette, un courant d'air traversa la pièce et décoiffa tout le monde. La baguette avait choisi sa sorcière.
« Bien, bois de sorbier, crin de licorne, 23,5 cm, très souple. Une excellente baguette pour tisser des enchantements protecteurs, invoquer des boucliers et pour la magie domestique. »
Maximilien et sa cliente échangèrent un regard satisfait. Pour la cliente, le sorbier avait toujours eu une excellente réputation. Pour Maximilien, lui, avait réussi sa première vente sans réelle difficulté. La sorcière perdit tout de même son sourire au moment de régler mais ne fit pas de commentaire. Le jeune homme prit juste le temps d'inscrire la transaction dans le registre familial avant de se lever.
Chassart prit le temps de les raccompagner. Ils parvinrent à extorquer les baguettes que Maximilien avait laissé à l'accueil. La sorcière le regarda d'un air mauvais. Elle ignora superbement Chassart qui rayonnait. Même la cliente parut amusée. Décidément la journée avait été sensationnelle.
[1] Louis XVIII (1755-1824)
J'adore sortir cette citation mais seulement quand je suis à l'heure ^^
Au cas où je rappelle les significations de ces deux termes, même si je pense qu'ils sont bien connus.
[2] Un animagus (pl animagi) : sorcier capable de se transformer en animal
[3] Polynectar : potion qui permet de prendre l'apparence d'une autre personne
Prochain chapitre : pas avant septembre
Merci d'avoir lu. N'hésitez pas laisser un commentaire, ça fait toujours plaisir et donne envie d'écrire. A bientôt !
