Bon. Timide réapparition après plus d'un mois d'absence. Ma seule excuse est que ce silence était pour votre bien. J'ai recruté deux supers correctrices (c'était nécessaire) pour éviter que vos yeux saignent. Si, si, c'est vrai. J'en ai profité pour retravailler tous les chapitres. Cette fic a donc une nouvelle « peau » et le résultat me plaît davantage. Merci à mes deux correctrices !

Ce chapitre est un petit peu spécial, à part. C'est une autre version (mais très différente) du précédent et dans un style humoristique. Les deux n'ont plus grand-chose en commun au final. Ce n'est pas une réécriture du chapitre précédent. Il correspond plus à sa première version en fait. Pour l'anecdote, plusieurs passages ont été écrits après avoir lu une fic de Lilisu : Zoé Nightingale, sorcière en perdition (qui est dans mes favoris).

J'étais sous son influence à ces moments-là mais j'aime bien le résultat ! ^^ Ce chapitre lui est donc dédié.

Bonne lecture


Arthur et Sébastien se pressaient pour aller en classe. Du haut de leurs 13 ans, ils ne craignaient pas spécialement d'arriver en retard en cours, même si c'était celui du sévère professeur Delorme. Non, ils se pressaient car les autres ne les avaient pas attendus. En d'autres circonstances, il n'y aurait pas eu de problème. Mais Arthur et Sébastien étaient deux élèves nés-moldus. Cette année, avoir des parents moldus et n'être que deux dans les couloirs, c'était risqué, vraiment risqué.

Arthur se rappelait avec terreur les paroles de ce septième année. Alexandre de la Dent leur avait fait jurer de ne jamais se retrouver seuls pour circuler dans le palais. Jamais ! Mais Sébastien avait voulu dévaliser les cuisines pour se faire une petite bouffe au fond de la classe de défense. Quel imbécile celui-ci là ! Arthur n'avait pas pu résister évidemment. Et maintenant ils couraient.

Ces deux imprudents entraient seulement en troisième année. Ils savaient qu'ils étaient loin de pouvoir résister au racket des étudiants des années supérieures. Enfin ce n'était pas trop grave, ils étaient au deuxième étage, il ne restait que cinq couloirs et une volée d'escaliers. Encore quatre. Et ce qu'ils craignaient arriva. Un mur se matérialisa soudainement devant eux et obstrua la moitié du passage. Sébastien voulut instinctivement le contourner mais se figea. Deux étudiants de sixième année venaient d'apparaître derrière une élégante tapisserie. Arthur se retourna pour constater que deux autres élèves coupaient toute retraite. Ils étaient cernés. Arthur se mit à trembler, il les connaissait de vue. Ces quatre imbéciles gravitaient autour d'Antigone Ombre et de Gonzague.

« Salut vous deux ! Où vous allez comme ça les moutards ? demanda un type avec une gueule de bouledogue affamé.

— En cours, on a prévenu Delorme qu'on devait arriver tout de suite et...

— Je m'en fous, vous étiez aux cuisines ! cracha la seule fille du groupe. Je sens d'ici les effluves délicats de ce que vous avez volés. Cette douce odeur de caramel !

— Qu'est-ce qu'on va faire de ces voleurs de bas étage ? ricana un troisième.

— On va prendre une petite commission. Qu'est-ce qu'ils en pensent les moutards ?

— Vous n'avez pas le droit, marmonna Sébastien pas bien rassuré.

— Le droit ? Ne viens pas nous parler de droit alors que vous pillez de délicieuses pâtisseries magiques. Chose qui nous est malheureusement interdite » clama la fille avec hargne.

Les deux nés-moldus n'osèrent pas répondre. De toute façon, les autres n'écouteraient pas. Ils n'avaient pas le choix, ni la puissance nécessaire pour les affronter. Les quatre agresseurs étaient satisfaits. Ils avaient déjà l'eau à la bouche et pourraient revendre le surplus pour un bon prix sur le marché noir de Beauxbâtons. Les gamins ne pouvaient rien faire. Aucun risque qu'ils ne les dénoncent, puisqu'ils étaient eux-mêmes en infraction.

La fille allait arracher un premier muffin quand la tapisserie s'ouvrit à la volée une nouvelle fois sur... sur Maximilien de Villefort.

« Ah vous voilà vous deux ? lança-t-il aux deux gamins. Toujours capables de se perdre en troisième année, ajouta-t-il amusé.

— Non, nous... répondit Arthur.

— Peu importe, l'interrompit Maximilien. Malheureusement les sixièmes années ne peuvent vous aider. Ils ont la fâcheuse habitude de se retrouver à l'infirmerie en voulant aller en cours, insinua-t-il.

— Fais attention Villefort. Tu...

— Je quoi ? provoqua Villefort sans manifester autre chose que de la joie. Tu veux leur montrer où se trouve leur salle Malkin ? Ou simplement t'empiffrer. Tu n'es même pas assez intelligente pour retrouver autre chose que tes kilos supplémentaires. »

Les troisièmes années comme les sixièmes étaient soufflés. A quoi jouait-il seul contre quatre ? Et pour sauver quoi ? Quelques éclairs aux chocolats ? Il n'avait toujours pas sorti sa baguette en plus. Malkin, furieuse, leva la sienne.

« Non ! aboya un autre. Laisse-lui la bouffe.

— Mais, tu rigoles là ? Je crève la dalle et...

— On s'en va, rétorqua-t-il en jetant un regard nerveux à Villefort. Les gosses. Pensez à apprendre le chemin des cours et à arriver à l'heure. On s'ra pas toujours là pour vous aider à porter toute cette nourriture, insinua-t-il avec la sincérité d'une hyène refusant un morceau de viande.

— A bientôt les bouffons ! » lança Maximilien toujours aussi souriant.

Il s'attira des regards menaçants de tous les belligérants mais le jeune artisan s'en fichait bien. Il les salua même de la main avec un grand sourire. Les ogres affamés disparurent rapidement en murmurant des insultes et de sinistres promesses d'indigestion. Aussitôt qu'ils furent hors de vue, Maximilien se tourna vers les gamins avec fureur.

« Vous m'expliquez ? Je croyais qu'on encadrait les cambriolages des cuisines !

— J'avais faim et...

— Tu sais combien de Paris-Brest auraient atteint ton estomac après le passage de ces cons-là ?

— Je...

— Ils sont incapables de savourer correctement ces délices. Tous ces risques pour engraisser des imbéciles. On peut dire que vous avez le sens des priorités vous deux.

— Ça ne se reproduira plus, promit Arthur.

— C'est ton ventre qui crie famine après tout, conclut Maximilien avec un sourire crispé. A quel cours devez-vous assister ?

— Défense, répondit Sébastien.

— Donc j'imagine que vous avez prévu le stock de choux à la crème pour corrompre Delorme.

— Évidemment, c'est bien connu que c'est la seule pâtisserie capable de le rendre gaga !

— Vous avez été bien briefés, je vous accompagne au cas où.

— Pourquoi ils nous ont attaqué pour des sucreries ! C'est quand même dingue non ?

— Moins que tu ne le penses, hélas. Les pâtisseries sont, crois-le ou non, des ressources stratégiques.

— T'es pas sérieux !?

— Si prenons un exemple. Tu connais l'école britannique de magie Hogwarts ? [1]

— Évidemment !

— Bien si tu provoques une pénurie de bonbons au citron, tu affaiblis gravement le professeur Dumbledore ! Quand il est en hypoglycémie citronnée, il devient siphonné, plus dangereux et incontrôlable qu'un loup-garou une nuit de pleine lune. Pire, si tu provoques en plus une pénurie de croquettes pour chat, tu peux supprimer la directrice adjointe de leur école. Et voilà comment décapiter la résistance britannique !

— Mais c'est super effrayant ! Et si Tu-sais-qui...

— D'après ce que j'ai compris, Dumbledore utilise des agents de confiance pour constituer des stocks de sécurité en bonbons et en croquettes.

— Ok mais c'est pas pareil ici, dis ?

— Delorme dirige la sécurité. Or même vous deux, vous savez qu'il suffit de quelques choux à la crème pour obtenir d'excellentes notes. Vous ne vous êtes jamais demandés pourquoi la directrice Maxime a réquisitionné Couky, le meilleur elfe pâtissier français ? Les maléfices sournois qui protègent la cuisine sont en fait destinés à combler l'une des failles de la sécurité du palais.

— Pas de Couky, pas de choux à la crème, murmura Maximilien.

— Pas de choux à la crème, pas de Delorme, balbutia Arthur.

— Pas de Delorme, pas de sécurité, poursuivis Sébastien.

— Pas de sécurité, pas de palais, gémit Arthur.

— Pas de palais... pas de palais, conclut Maximilien avec inquiétude.

— Bon, je vais quand même vous prendre un éclair au caramel pour la peine » reprit Maximilien.

Arthur montra les dents mais dû se résoudre, la mort dans l'âme, à laisser le septième année piocher dans son stock d'un air satisfait.

Delorme accueillit les deux retardataires avec agacement mais se figea en voyant Maximilien qui dégustait son éclair avec délectation. Il le dévisagea avec appréhension, mais il reprit rapidement contenance.

« Votre amie Clémence parlait d'un cours de runes, et non pas d'un cours de cuisine, si je ne m'abuse, siffla-t-il menaçant.

— Je ne me sentais pas particulièrement bien professeur. L'accident avec mon elfe hier soir m'a rappelé l'attaque du manoir. Vous savez bien que la thérapie par le sucre est la plus efficace. »

L'enseignant fronça les sourcils. L'explication était parfaitement valable et son air avachi était réaliste. Mais Delorme connaissait assez le jeune Villefort pour savoir que la gourmandise était une raison plus plausible. L'enseignante de runes anciennes, par contre, avait dû se laisser berner sans problème.

« Alors terminez votre thérapie et rétablissez-vous vite. Vous devrez être au maximum de vos capacités ce soir » lui souffla-t-il avec froideur.

Maximilien n'avait pas besoin qu'on le lui rappelât. Il avait rendez-vous au ministère dans la soirée pour y vendre sa première baguette magique.

« Je serai prêt professeur. Mais finalement c'est une bonne chose que j'aie manqué ce cours de runes. J'ai pu éviter d'alimenter le marché noir en pâtisseries magiques. »

Delorme haussa un sourcil inquiet. Maximilien baissa légèrement ses barrières mentales pour lui laisser entrevoir la scène qui venait de se dérouler. Il ne lui laissa que le temps de découvrir son arrivée plus ou moins inopinée et le sauvetage de la cargaison stratégique. Il ne prit pas plus de risques. Il ne fallait pas qu'il découvre le sac discrètement subtilisé aux deux gosses qui contenaient des chaussons aux pommes et des pains au chocolat [2]. Il repoussa donc l'esprit du professeur fermement mais sans violence. Évidemment, Delorme interrogerait les deux gamins mais ceux-ci ignoraient encore le vol.

Maximilien prit congé et n'ajouta pas un mot malgré l'inquiétude du professeur. Il fit un crochet par la salle d'usinage, récupéra deux ouvrages et se rendit à la bibliothèque nord. Il se dirigea sans hésitation vers le bibliothécaire et lui tendit les livres.

« Ce sont ceux qu'a emprunté Clémence des Blancs-Manteaux. Je vous les ramène sinon elle les aurait rendus en retard » prétendit Maximilien à voix basse.

Le responsable des lieux lui arracha presque les grimoires des mains avec un air menaçant. Décidément, il avait bien fait de les rendre à temps.

Maximilien effectua aussitôt un repli stratégique parmi les rayonnages. Il disparut avec autant de discrétion que possible en direction d'une petite table située à l'écart. La table était peu pratique. S'y asseoir exposait aux courants d'air. L'éclairage pour la lecture était juste affreux. Certes, on ne vous voyait pas vous empiffrer mais vous ne pouviez pas non plus voir les gens arriver. Une place peu enviée pour quiconque avait des ennemis et Merlin savait combien le jeune homme en avait maintenant. La table n'était donc que rarement occupée.

Maximilien prit soin de se lancer un oculus feles, un vieux sort de Lucien pour acquérir une excellente vision nocturne. Ses pupilles rétrécirent immédiatement et sa vision s'adapta à la semi-obscurité. Elle était suffisante pour lire désormais. Pour détecter les importuns, c'était plus difficile. Un sortilège de catimini permettait d'arriver en silence. Quelques élèves comme Léon Féris étaient sans doute assez doués pour camoufler aussi leur aura magique. Maximilien utilisa donc un petit sort de sa propre composition pour détecter les gens grâce à leur respiration. Elle pouvait aisément être dissimulée grâce à des sortilèges, à condition d'y penser évidemment. Pour une fois Maximilien pariait sur la négligence de l'adversaire. Mais pour les courants d'air, rien à faire à part réchauffer ses vêtements de temps à autre. Il faudrait s'en contenter pour le moment. Clémence aurait sans doute des idées pour pallier ce manque de confort. Olivier aussi lorsqu'il sortirait enfin de son coma magique.

Maximilien put enfin déballer son premier chausson aux pommes, à l'abri d'une armée de morfales. Il le dégusta avec délice, en fermant les yeux et en gardant la confiture de pomme sur la langue. Il en mangerait quelques-uns et laisserait les autres à ses amis, il fallait bien soutenir l'effort de guerre tout de même. Il sommeilla pendant une demi-heure -au lieu de travailler, cela va de soi- quand une silhouette fantomatique apparut à travers l'étagère la plus proche. Le jeune homme se leva et s'inclina légèrement en souriant pour saluer l'esprit.

« Dame Séverine, murmura Maximilien d'une voix douce.

— Tu as fini de me saluer comme si j'étais une vieille ?

— Ce n'est pas moi qui suis mort depuis deux cent ans, ricana le jeune homme.

— Ouais, ça fait juste deux cent ans que j'ai seize ans, c'est la classe pas vrai, dude ?

— On va dire ça ma belle. Tes informations m'ont permis d'éviter qu'une cargaison de pâtisseries serve à rendre les gamins bien réceptifs aux discours enflammés de Gonzague et d'Aigremont.

— Tu m'en vois ravie, vieux.

— Tu continueras à ouvrir tes si jolis yeux ? demanda Maximilien de son plus bôôô sourire bien enjôleur.

— Tu crains des récidives ? demanda-telle en battant des cils amoureusement.

— Sûrement. L'enjeu est trop important, pouvoir à la fois priver Delorme de crème et acheter nos alliés en même temps...

— Un cake, deux coups » conclut le fantôme avec sagesse.

Des bruits de pas précipités forcèrent Maximilien et son informatrice à écourter leur flirt. Une jeune fille essoufflée apparut, son visage s'éclaira quand elle arriva. Il reconnut immédiatement une amie de sa cousine Eva.

« Sauvée, tu es bien là ! Je n'étais pas sûre de t'avoir vu rentrer dans la bibliothèque.

— Que se passe-t-il ?

— Des abrutis à la solde de Gonzague viennent d'entrer dans la bibliothèque...

— Et ?

— On dirait qu'ils suivent Antony de Monge. Il vient d'arriver aussi. Est-ce que tu... »

Maximilien jura et se leva d'un bond. Il lui ordonna de ramener le bibliothécaire auprès d'eux. Elle avait raison de le prévenir. Antony répondait aux provocations au quart de tour, surtout à propos de sa copine née-moldue. Ses amis avaient pourtant été chargés de désamorcer ce genre de problèmes.

Un coup d'œil suffit à Maximilien pour saisir la situation. Antony était venu étudier seul à la bibliothèque. Et Les autres avaient profité de l'absence de ses amis pour essayer de lui attirer des ennuis. Sans hésiter, Maximilien s'approcha et s'afficha aux côtés du jeune de Monge.

« Ah tu tombes bien, Villefort, j'étais en train de dire à de Monge qu'il avait raison d'étudier les créatures magiques, dit l'un d'eux. Ça devrait lui servir pour s'occuper correctement de sa sang-de-bourbe. »

Antony paraissait sur le point de dégainer sa baguette magique pour lui infliger une correction. Maximilien posa fermement sa main sur son bras pour l'en dissuader.

« Tu préfères passer toutes les soirées de la semaine prochaine en retenue ou à embrasser ta copine dans les jardins avec les chaussons aux pommes que j'ai subtilisés tout à l'heure ? » lui murmura discrètement le jeune Villefort.

Le regard d'Antony s'éclaircit et il se calma immédiatement.

« Il a raison, reprit l'imbécile qui n'avait pas saisi l'échange à voix basse. Soumets-toi et profite de ton animal de compagnie pendant que tu le peux. Tu ne seras jamais qu'un perdant que nous écraserons. Quant à elle...

— Parce que tu penses qu'un imbécile comme toi fera partie des vainqueurs ? demanda Maximilien d'une voix calme. Dans quelques mois tu seras à la rue à mendier parce que tu ne sauras rien faire et Antony participera à la gestion des haras du clan Villefort.

— Il sera tout juste bon à nettoyer derrière vos ridicules canassons !

— Nos abraxans et nos hippogriffes flanquent chaque année une belle dérouillée aux haras Gonzague. Mieux vaut s'occuper de nos splendides coursiers plutôt que ramper devant des mages noirs ! clama Antony avec colère.

— C'est en léchant les bottes des Villefort que tu dis ça, rétorqua l'autre avec fureur.

— Le clan Villefort est une alliance économique, politique et culinaire. Jamais nous ne demanderons à la famille de Monge de fléchir le genou, lança Villefort avec un mépris snapien. L'union de nos deux familles a permis de fonder le plus prestigieux haras magique français depuis plus d'un siècle. C'est clairement mieux que simplement les sombrals des Villefort d'un côté et les pégases des Monge de l'autre. Antony étudie pour contribuer à écraser Gonzague de la plus belle manière, par les airs !

— Je te jetterai du steak de tes sombrals quand le seigneur des ténèbres vous aura réduit en esclavage.

— En parlant d'esclavage, est-ce que tu connais le seul point qui me dérange avec nos haras ? demanda Maximilien en bondissant sur l'opportunité avec un sourire carnassier.

— L'odeur sûrement ?

— La façon d'afficher notre propriété sur ces créatures, rectifia le jeune Villefort. Ils ne le disent pas dans les livres de soins aux créatures magiques mais nous le savons. Pour revendiquer notre propriété nous devons les marquer au fer rouge d'un tatouage représentant nos armes. Quel effet ça fait ? Que ta plus grande ambition soit d'être marqué au bras par le feu comme du vulgaire bétail ? » asséna Maximilien.

Le visage d'Antony se tordit d'un horrible sourire satisfait alors que les aspirants mangemorts pâlirent violemment.

« On comprend que tu n'aies pas besoin d'étudier les créatures. Il n'y a que celui que tu appelles avec terreur le Maître qui en a besoin pour dresser son troupeau à coup de doloris » ajouta Maximilien.

C'en fut trop. Tous les belligérants sortirent leurs baguettes et échangèrent une volée de sortilèges. Maximilien n'eut que le temps de dévier le bras d'Antony. Il y eut un hurlement et le bibliothécaire désarma tout le monde ivre de rage. Personne n'envoyait de sort dans son temple dédié au savoir et au respect de ses précieux grimoires.

Sur les cinq provocateurs, deux seulement se relevèrent avec difficultés. Ils accusèrent Maximilien, ils n'avaient soi-disant pas eu le temps d'envoyer de sortilèges. Les trois autres avaient perdu connaissance.

« Je n'ai employé qu'un bouclier réflecteur, clama Maximilien avec froideur. Et vous voyez le résultat sur ces imbéciles.

— Il ment, ce...

— Je vous promets que celui qui me mentira le regrettera jusqu'à la fin de sa scolarité » menaça le bibliothécaire d'une voix féroce.

Maximilien frissonna, il était prêt à le croire sur parole. Il tenta le tout pour le tout.

« Utilisez le prior incantatum sur ma baguette Monsieur. Vous constaterez par vous-même le dernier sortilège que j'ai lancé. C'est la baguette en ébène. »

Le bibliothécaire hésita quand il vit une lueur ravie s'allumer dans les yeux des pro-mangemorts. Il appréciait Villefort et ne voulait pas l'incriminer. Est-ce que Maximilien bluffait ?

« Où le problème ? Je suis sûr que vous savez lancer ce sort, contrairement à ces parodies de sorciers » reprit Maximilien en désignant les étudiants étendus au sol.

Piqué au vif, le bibliothécaire lança le sort sur la baguette de Maximilien. Un nuage fantomatique en sortit, il prit rapidement la forme d'un bouclier. Il rendit sa baguette sans un mot à Villefort et se tourna vers les autres. L'adulte fou de rage, ne s'aperçut pas qu'ils semblaient éberlués. Il parvint tout de même à articuler la sentence malgré sa fureur.

« Tous les soirs en retenue jusqu'à la fin du mois et interdiction d'entrer ici jusqu'à la fin de l'année. »

L'un d'eux ouvrit la bouche pour protester quand Maximilien fit claquer un violent sortilège de silence. Il avança d'un pas menaçant.

« Permission d'évacuer les ordures ?

— Refusée » répliqua-t-il sèchement.

Il désigna deux étudiants pour les conduire à l'infirmerie. Maximilien ne dissimula pas sa déception. Puis il se reprit, il invoqua une dizaine de verres à pied puis les fit voleter vers les spectateurs. Il se tourna à nouveau vers le bibliothécaire :

« Champagne alors ?

— Villefort vous... »

Sans un mot, Maximilien invoqua deux belles bouteilles. Un éclair de désir traversa les yeux de l'adulte.

« Veuve Pommery, murmura-t-il avec envie.

— Juste une coupe, Monsieur. Ce n'est pas tous les jours quand même.

— Effectivement, allez-y Villefort » céda le bibliothécaire.

Maximilien n'attendait que le signal. Les bouchons des deux bouteilles sautèrent bruyamment et les bouteilles firent le tour de l'assemblée. Le jeune homme servit l'adulte généreusement, avant de s'octroyer une quantité largement satisfaisante. Ils trinquèrent à la santé des forces du Bien. On entendit bientôt des toasts portés à Merlin, à Dumbledore, à Harry Potter, à Gwendoline la Fantasque et bien d'autres.

L'alcool l'avait agréablement détendu. Maximilien avait même oublié de stresser pour cette première vente de baguette magique. Il interrompit sa conversation bien joyeuse avec Antony lorsqu'il entendit l'horloge de la bibliothèque sonner 18h00. Il ramassa son sac et quitta la bibliothèque.

Maximilien se rendit à la salle d'usinage pour récupérer le matériel nécessaire à la vente. Il réduisit les deux malles qui contenaient toutes les baguettes du clan et les fit rentrer dans ses poches. Il localisa ensuite le livre dans lequel Lucien enregistrait toutes les transactions. Par précaution, il attrapa une plume d'oie déjà taillée et un encrier. Il avait tout ce dont il avait besoin pour ce soir. Il était temps de se rendre au bureau du professeur de métamorphose. Il attrapa une potion de sobriété et la vida d'un trait. Fallait pas déconner quand même !

Le départ avait lieu par cheminée à 18h30. Maximilien frappa à la porte du professeur Ségur avec cinq minutes d'avance. L'enseignant lui ouvrit immédiatement avec un air soulagé.

« Vous êtes à l'heure, souffla-t-il.

— Toujours professeur. L'exactitude est la politesse des Rois et le devoir de tous les gens de bien, disait un monarque moldu [3]

— Il paraît que vous servez le champagne de manière princière ces derniers temps» répliqua Ségur amusé.

Maximilien lui adressa un sourire - aussi innocent qu'un Poufsouffle - et lissa le pli de sa cape avec style. Il pénétra dans le bureau du professeur lorsque celui-ci l'y invita.

« Que pouvez-vous me dire ce qui est arrivé à Jacques Rodès ?

— Il est né tout simplement et c'est déjà beaucoup, croyez-moi, répondit Maximilien sans chercher à dissimuler son mépris. Il manque cruellement d'intelligence et de jugement. Depuis qu'il cherche à s'attirer les bonnes grâces d'Antigone Ombre, il nous empoisonne la vie. Mais je suis sûr que vous connaissez déjà les détails de la vie de cet étudiant insignifiant. Pourquoi cette question ?

— Je ne le porte pas exactement en haute estime non plus mais pourriez-vous me dire ce qui lui est arrivé à il y a environ une heure ?

— Je crains de ne pas avoir le temps de jouer à déchiffrer vos énigmes. Que lui est-il arrivé ? demanda Maximilien en haussant un sourcil interrogateur.

— Une agression. Il a été assommé puis jeté du haut des escaliers de l'aile est. Êtes-vous impliqué Maximilien ?

— Il y a une heure avez-vous dit ? J'ai un excellent alibi alors. En effet, je me battais en duel à la bibliothèque nord puis j'ai eu de longues conversations sur le sens de la vie. Je suis certain que notre bibliothécaire préféré pourra vous le confirmer.

— Le sens de la vie ? Vraiment ?

— La direction des cuisines ! Qu'alliez-vous imaginer ?

— J'en suis convaincu. Villefort. J'en suis convaincu.

— A présent, je vais devoir vous laisser. L'auror Chassart doit déjà m'attendre au ministère. »

Ségur lui désigna sans un mot une petite boîte posée à droite de la cheminée de marbre. Maximilien l'ouvrit délicatement et se saisit d'une pincée de poudre de cheminette. Il jeta la poudre étincelante sur les quelques braises qui restaient dans l'âtre. Le feu se réveilla immédiatement en prenant une coloration verte. Maximilien entra sans hésiter dans la cheminée et laissa les flammes lui lécher les jambes sans le brûler. Il annonça d'une voix distincte sa destination, puis se sentit tourner sur lui-même avant de se déplacer très rapidement. Il retint sa respiration pour éviter de respirer des cendres. Un mode de transport certes rapide, pratique mais peu confortable et salissant.

Maximilien atterrit avec la grâce d'un scroutt à pétard dans un magasin de porcelaine. Il se trouvait au ministère français de la magie. Il libéra immédiatement la cheminée pour laisser le passage à d'autres sorciers. Quelques discrets coups de baguette ne parvinrent pas à nettoyer ses vêtements. Cette fichue suie s'introduisait partout, oui partout ! Maximilien cessa de produire de grosses bulles violettes quand on le regarda de travers. Il faudrait vraiment qu'il progresse avec ces fichus sorts ménagers. Il cessa de jouer à l'elfe de maison et se mit à chercher Franck Chassart des yeux. L'auror scrutait le flot de sorciers et de créatures magiques qui circulaient dans le hall. Il n'avait pas vu Maximilien mais heureusement sa haute taille et sa tête rousse bien ridicule le rendaient visible de loin. Enfin non pas rousse. « Blond vénitien avec des reflets acajous ! » avait affirmé l'auror indigné lors de sa dernière rencontre avec Maximilien. Effectivement la nuance avait son importance ! [4]

Lorsque Maximilien arriva à sa hauteur, le regard de Chassart s'éclaira. Ils se saluèrent brièvement puis l'auror entraîna l'étudiant vers l'une des nombreuses arches qui menaient aux différents départements du ministère.

« Vous avez l'air d'aller un peu mieux que la dernière fois, lui-dit Chassart.

— La dernière fois, je sortais d'un massacre, aujourd'hui c'était plutôt chaussons aux pommes, duel et champagne, rétorqua Maximilien. C'est normal d'aller mieux, mais merci.

— Excellent alors, pensez-vous que la vente sera rapide ?

— Bonne question. Cela dépend des clients et je n'ai pas beaucoup de recul sur la question puisque je n'ai encore jamais vendu moi-même.

— Bon ce n'est pas grave. Je vais vous emmener pour l'enregistrement de votre baguette et effectuer les différents contrôles de sécurité. Cela ne devrait pas être long. »

Maximilien hocha la tête mais il n'était pas tout à fait sûr de ça. Il portait sur lui quelques centaines de baguettes magiques, deux malles ensorcelées et un registre bardé de sorts. Rien de bien méchant mais il faudrait expliquer ça à une armée d'imbéciles sur les dents et attendre qu'ils examinent scrupuleusement ces objets. Cette fois-ci, Maximilien prit le temps d'examiner le hall et ses décorations dorées, d'un mauvais goût affolant.

« Alors que pensez-vous du ministère ? demanda l'auror avec ironie en observant le jeune homme qui détaillait le hall avec attention.

— Je ne mettrais pas ça chez moi ! ricana Maximilien.

— Ça fait trois bons siècles que tout le monde se plaint de ces décorations immondes et que c'est resté à l'identique » expliqua-t-il avec un sourire amusé.

Ils arrivèrent vers l'aile du ministère qui regroupait la justice magique, les aurors, les oubliators et les briseurs de sorts. Chassart se dirigea sans hésitation vers le bureau, suivi par Maximilien. Il se présenta lorsque le sorcier-réceptionniste releva la tête.

« Franck Chassart, auror de la division des investigations. J'accompagne Maximilien de Villefort.

— Je dois aussi noter la raison de la visite Francky chéri, répondit le sorcier.

— Vente sous protection des aurors » répondit Maximilien.

Le sorcier leva un sourcil soupçonneux en regardant l'uniforme de Beauxbâtons.

« En qualité de ?

— D'artisan.

— Spécialité ?

— Les baguettes magiques.

— Villefort, grogna le sorcier-réceptionniste. T'en fais pas, il savent tous se polir la baguette ici gamin. A plus tard Francky »

Chassart continua à l'entraîner dans les couloirs du ministère jusqu'à une grande arche rose bonbon qui semblait bien menaçante.

« Bien nous allons voir si tu es effectivement toi, sourit l'auror en désignant l'arche. Et puis ne fais pas attention au service de sécurité qui vient juste après. Ces gars-là sont beaucoup moins sympas que celui de l'enregistrement. »

Maximilien passa sous l'arche en se maîtrisant difficilement. Des maléfices chatouillis bien sournois. C'était de la magie très puissante. Difficile de maintenir des métamorphoses complexes, des illusions et autres masques avec des chatouilles aussi déloyales. Il y avait probablement des sortilèges contre d'autres subterfuges comme les Animagi [5] et le Polynectar [6]. Chassart passa juste après lui en lui jetant un regard satisfait.

L'auror guida ensuite l'étudiant jusqu'au service de sécurité où il l'annonça.

« Maximilien de Villefort, arrivée prévue à 19h00.

— Vous êtes en avance ! » aboya une sorcière qui l'examina d'un œil mauvais.

Chassart leva les yeux au ciel.

« Bien, reprit-elle. Je vais enregistrer et prendre votre baguette magique, vous la récupérerez quand vous partirez.

— Ce n'est pas ce que j'avais demandé à votre supérieur hier, objecta Chassart.

— Ce n'est pas la procédure. La baguette, et ensuite vous passez aux objets magiques.

— Mais... commença Chassart.

— Laissez, intervint Maximilien. Je crois qu'elle va vite saisir pourquoi vous avez demandé une dérogation. »

Elle avait l'air satisfaite après avoir rabroué Chassart comme un gosse. Mais son expression devint menaçante après l'intervention de Maximilien. Sans s'émouvoir, celui-ci plongea une main dans sa poche, ouvrit une malle rétrécie et pris une baguette au hasard. Il la tendit sans hésiter à la sorcière méfiante.

« Bois de chêne blanc, cœur en plume de phénix, d'une longueur de 25,6 cm, inflexible. »

La sorcière nota les informations et prit la baguette avec avidité.

« J'ai une seconde baguette, dois-je vous la confier ? demanda le jeune homme avec un air innocent.

— Évidemment, s'exclama-t-elle incrédule.

— Bois de cerisier, crin de sombral, longueur 24,8 cm, légèrement flexible. »

La sorcière nota les nouvelles informations et saisit la baguette avec méfiance. Chassart, lui, rayonnait. Il semblait beaucoup s'amuser et semblait attendre la suite avec impatience.

« J'ai une troisième baguette, vous l'enregistrez ? demanda Maximilien avec le sourire délicat d'une hyène.

— Combien est-ce que tu en as, le môme ? demanda-t-elle avec fureur.

— Environ huit cents, je suis venu en vendre. Mais c'est la procédure, il faut continuer ! répondit-il en retenant difficilement un éclat de rire.

— Hors de ma vue tous les deux ! » s'exclama-t-elle avec hargne.

Chassart bondit et attrapa Maximilien pour lui éviter de recevoir les sortilèges qu'elle lançait rageusement dans tous les sens. Il lui jeta un sortilège de silence pour se débarrasser de sa voix stridente et désagréable. Sûrement du sang de banshee dans les veines !

L'examen des objets magiques fut beaucoup plus long. Les malles furent examinées rigoureusement à l'aide d'une batterie de sortilèges. Pendant ce temps, un autre sorcier examina le registre des baguettes magiques. Celui-ci parut très intéressé par l'artefact qui permettait de recenser toutes les ventes de baguettes Villefort depuis cinq générations. Il suggéra à son collègue de garder le registre, qui pouvait s'avérer très utile pour les enquêtes. Il l'envoya d'ailleurs aux archives pour trouver une vieille loi quelconque qui pourrait servir de prétexte à le garder plus ou moins légalement.

Chassart tempêtait mais Maximilien vit rouge. Le sorcier qui s'éloignait reçut un sortilège pas très réglo dans le dos. Le voleur de registre voulut dégainer sa baguette mais Chassart le désarma avec une satisfaction évidente. Comme il commençait à hurler comme un troll des montagne, Maximilien le stupéfixa pour avoir la paix. Chassart lui adressa un clin d'œil complice.

« Tu es sûr que tu ne veux pas devenir auror.

— J'y songe de plus en plus. Je prendrai une brochure en partant » ricana Maximilien.

Chassart le fit juste parader devant des scrutoscopes, glaces à l'ennemi et d'autres joyeusetés. La moitié se mirent à sonner quand l'adolescent passait devant et l'autre moitié ne réagit pas. L'auror les ignora, mais bon, c'était la procédure...

En fin de compte, il fut autorisé à s'installer en salle de conférence lugubre où il commença à attendre sa cliente. Chassart entra avec un plateau et offrit à Maximilien un café, des petits gâteaux et des chocolats.

« Cadeaux de la division des enquêteurs pour te féliciter ! Nous sommes en très mauvais terme avec le département de la sécurité. Nous nous détestons sans cordialité. Enfin bref, ton histoire a déjà fait le tour du département et voici ta récompense. »

Maximilien regarda Chassart comme si des ailes de sombral lui avait poussé dans le dos. Mais apparemment, il ne se moquait pas de lui. Le café était fort, bon et, Merlin merci, sans sucre. Maximilien eut tout le temps de goûter les gâteaux et les chocolats puisqu'ils étaient en avance et que la cliente était bien évidemment en retard. C'était définitivement une excellente journée. Il faudrait qu'il pense à adresser une petite prière à Bacchus dans la soirée.

Un auror, à l'allure patibulaire, fit entrer une sorcière exaspérée. La cliente était une petite sorcière, qui semblait un brin autoritaire et désespérément agaçante. Chassart envoya à Maximilien un regard compatissant.

« Bonsoir madame Lescaut.

— C'est toi le gamin à qui je dois tous ces contrôles de sécurité et cette armée de lutins de Cornouailles enragés.

— Non c'est au service de sécurité ! Mais c'est vrai que nous l'avons mis d'excellente humeur juste avant votre arrivée, rectifia Maximilien.

La sorcière émit un grondement menaçant avant de s'asseoir face à Maximilien. Aïe aïe aïe !


[1] Hogwarts = Poudlard en anglais

[2] Si vous voulez déclarer une guerre chocolatine/pain au chocolat dans les commentaires, ne vous en privez pas ! Ça me fera bien rire ^^

[3] Louis XVIII (1755-1824)

J'adore sortir cette citation mais seulement quand je suis à l'heure ^^

[4] Dédicace à un ami de ma sœur qui est roux. Pour gêner les filles, il leur demande assez souvent de décrire sa couleur de cheveux. Les deux meilleures réponses furent le numéro exact de sa couleur chez la coiffeuse et la citation que vous venez de lire « blond vénitien avec des reflets acajous »

Au cas où, je rappelle les significations de ces deux termes, même si je pense qu'ils sont bien connus.

[5] Un Animagus (pl Animagi) : sorcier capable de se transformer en animal

[6] Polynectar : potion qui permet de prendre l'apparence d'une autre personne


Si vous ne connaissez pas Lilisu, je vous invite à aller faire un tour sur son profil. Elle écrit de véritables délires ! Mais chose rare, elle le fait avec un scénario et sans fautes d'orthographe. Il y en a pour tous les goûts : HP, Avengers, Sherlock, Full Metal Alchemist…

Son surnom met déjà dans l'ambiance : Déesse des Lapins carnivores de Mandchourie ! :D

Si vous avez apprécié ce chapitre, vous aimerez peut-être un autre de mes projets dont la publication débutera rapidement. Une fic courte, un Harry/Pansy humoristique (avec d'autres pairing drôles) : Une crémaillère d'enfer !

Voilà voilà, un avis ? une critique ? une review ? des bonbons au citron ? Mettez tout dans les commentaires !

A bientôt