Bonjour à tous !

Retour vers un style un peu plus sérieux.

Bien, voici l'un des chapitres que j'ai le plus de mal à écrire jusqu'à maintenant. Il est quand même cohérent ^^

En espérant qu'il vous plaise !


Beauxbâtons, décembre 1996

Clélia Alba adorait étudier les runes et les enseigner à Beauxbâtons. En revanche, elle n'aimait guère parader la nuit dans l'académie. Ces couloirs éclairés faiblement, cette atmosphère chargée de magie, le silence pesant. Rien n'y ferait, même les grandes fenêtres du palais, qui apportaient une douce lumière bleutée et surnaturelle, ne parvenaient à rendre la tâche moins pénible.

Elle descendit une volée d'escaliers en s'éclairant de sa baguette magique, puis arrivée au rez-de-chaussée, prit la direction du réfectoire. Soudain, elle entendit un craquement sur sa droite. La sorcière sursauta violemment et ne put retenir un petit cri de terreur. Elle braqua sa baguette sur deux yeux brillants. Un chat ! C'était juste un chat. Elle jura à voix basse et poursuivit son chemin. Alba était un rat de bibliothèque et certainement pas briseur de sort, ou pire, auror.

La jeune enseignante ouvrit doucement la porte du réfectoire. Prise d'un doute, elle jeta une demi-douzaine de sortilèges de détection pour s'assurer qu'elle était seule. Bien évidemment, elle l'était. La professeure referma délicatement la porte, puis détailla la grande salle vide. Les grandes ouvertures apportaient la lumière réconfortante de la Lune et projetaient l'ombre des tables et des chaises que les étudiants ne rangeaient jamais. Il n'y avait pas un bruit. Alba se dirigea vers la grande table des professeurs d'un pas qui se voulait assuré. Elle prit place avec un grand soupir. Elle ne s'étonna pas de découvrir deux silhouettes déjà installées autour de la table. Cette partie de la pièce était protégée par de puissantes protections. Quiconque rentrait dans le réfectoire, n'y voyait qu'une salle vide et n'entendait que l'écho de ses propres pas. Nul ne pourrait se douter qu'il s'y déroulerait ce soir une réunion d'une cellule de l'Ordre du Phénix.

« Eh bien ma chère, vous semblez toujours aussi à l'aise à l'extérieur de vos quartiers » lui murmura le professeur Ségur avec un léger sourire amusé.

Septimus Volkan, le sinistre infirmier de Beauxbâtons ne se priva pas de ricaner à la remarque du professeur de métamorphose. Alba les avadakedevrisa du regard, avant de demander où se trouvaient la directrice et son adjoint.

« Madame Maxime a un entretien à terminer avec un étudiant, Thomas est retardé au département des aurors au ministère, l'informa Ségur en recouvrant son sérieux.

— Nous commencerons sans Delorme, annonça froidement le guérisseur. J'ai deux gosses à surveiller à l'infirmerie.

— Vous n'arrêtez plus en ce moment ? » s'inquiéta gentiment la jeune enseignante.

Volkan adressa un regard agacé à celle qu'il considérait encore comme une gamine. Après tout, elle aussi avait déjà débarqué en larmes dans son infirmerie lors de sa scolarité.

« L'ampleur des tensions entre les étudiants a grimpé effectivement. J'ai deux fois plus de travail que d'habitude. Mon stock de potions et d'onguents plonge de façon alarmante. Je déteste ces gamins et leur guerre des couloirs.

— La tension est palpable jusqu'en cours, répliqua Ségur. Certains se livrent à une compétition acharnée, d'autres sont nettement moins concentrés et ils sont presque à baguettes tirées.

— J'ai de plus en plus d'insultes en cours, murmura Alba tristement.

— C'est malheureusement le reflet de la situation extérieure. Nous en sommes à quoi maintenant ? Un rythme de croisière d'un raid par semaine dans les mondes magique et moldu confondus ? Sans compter les disparitions. Et encore, nous n'en sommes pas au même stade qu'en Grande-Bretagne !

— Gonzague, Ombre et d'Aigremont ne sont pas si virulents, je suis persuadé que si Alexandre de la Dent et Hector Boisréal ne s'acharnaient pas autant nous aurions un peu plus la paix, grogna l'infirmier.

— Je pense que vous avez raison hélas, répondit Alba.

— J'ai encore engueulé Villefort hier pour qu'il raisonne un peu ces deux têtes de mules, explosa Volkan. Savez-vous ce qu'il a répondu ? Que ceux qui terminent à l'infirmerie sont plus âgés que ceux qui y étaient le mois dernier et que les gosses d'ascendance moldue y sont moins représentés. Ça se rapproche plus de la répartition réelle entre purs, mêlés et moldus. Ce qui est, à ses yeux, une excellente chose !

— Et c'est vrai ? demanda timidement l'enseignante en rune.

— Quoi donc ? L'âge oui, la répartition oui ! J'ai vérifié ce que cet abominable petit arrogant a insinué.

— Alors il n'a peut-être pas entièrement tort à ce sujet, osa Ségur.

— Sauf que les blessures, les métamorphoses ratées, les maléfices qu'ils ramassent sont plus féroces. Ils restent deux à trois fois plus longtemps à l'infirmerie.

— C'est vrai que le climat des cours et des couloirs commence à devenir pesant » se rétracta prudemment Ségur devant l'emportement du médicomage.

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Beauxbâtons, troisième étage, aile ouest

Trois silhouettes se déplaçaient dans la semi-obscurité. Les deux premières avançaient prudemment, la troisième fermait la marche en s'assurant que personne ne les suive. Les trois ombres étaient en retard. Elles avaient facilement trompé l'enseignante en runes, en revanche la petite sorcière qui donnait les cours de potions avait été plus coriace. Une diversion, deux passages secrets et de nombreux détours avaient été nécessaires pour lui échapper. L'un des étudiants s'approcha d'un miroir et traça une rune dessus. La glace devint transparente et les trois élèves s'engouffrèrent silencieusement dans le passage.

La salle dissimulée derrière le miroir était spartiate, aucun mobilier. La seule particularité de l'endroit, était sa fresque taillée dans une roche crayeuse. Elle représentait une scène médiévale animée à la mode sorcière mais personne n'y prêtait attention.

Cinq élèves étaient déjà présents. Huit coussins furent invoqués à la hâte et les étudiants prirent place sans plus attendre. Une seconde réunion, tout aussi secrète que la précédente, pouvait enfin commencer.

« Nous progressons pour les sortilèges de traçage, murmura Maximilien. Nous avons pu accélérer la cadence depuis qu'Olivier est sorti de l'infirmerie et a rattrapé ses derniers cours.

— Vos sorts sont bien temporaires ? » demanda aussitôt Alexandre.

Il imaginait déjà mille manières d'utiliser ce genre de maléfice contre les élèves qui se revendiquaient en faveur du Seigneur des Ténèbres.

« Oui, mais nous ne parvenons pas encore à contrôler la durée.

— Quel niveau de discrétion ?

— Suffisant, sauf pour les étudiants qui peuvent bénéficier des sortilèges de Léon Féris.

— Ce salaud est fort. Heureusement qu'Alexandre a détecté les sortilèges d'espionnage qu'il nous avait lancé.

— Il peut très certainement en créer d'autres avec des approches différentes. Il faut absolument rester vigilant.

— Bien. Pour en revenir aux traceurs, pouvez-vous trouver un moyen de les activer et désactiver à distance ?

— Mettre un sort en sommeil est assez simple. Pour le réactiver, il faut lui jeter un autre sort. Ça ne résoudrait pas le problème. Le mettre en sommeil pour une durée déterminée par contre, ce doit être faisable.

— De toute façon, vous nous tiendrez au courant de vos avancées. Nous avons un ordre du jour serré, ou plutôt un ordre nocturne en fait, décida Hector.

— D'autant plus que je partirai rapidement, ajouta Maximilien. J'ai de l'usinage à faire, expliqua-t-il. Navré. »

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Réfectoire de Beauxbâtons

Madame Maxime, la directrice de l'académie, entra dans le réfectoire avec une discrétion surprenante compte-tenu de sa taille imposante. Elle avança sans hésiter en direction de la table professorale et s'assit lourdement sur la seule chaise dimensionnée pour sa carrure de demi-géante. Elle soupira avec lassitude et prit la parole.

« Thomas va encore rester un moment au ministère. Je préfère que les réunions de l'Ordre du Phénix se déroulent en cellule complète. Nous ferons une exception aujourd'hui. Avez-vous un sujet que vous souhaitez aborder en priorité ?

— Il faut trouver un moyen pour calmer un peu Alexandre de la Dent et Hector Boisréal. Ils entretiennent beaucoup trop de tensions, bien plus que ceux qui sont favorables aux mangemorts.

— Oui et non. Je suis d'accord que le camp de Boisréal est devenu terriblement virulent. Mais ce ne sont plus les deux leaders officiels qui sont responsables de l'atmosphère irrespirable de l'académie.

— Et à qui doit-on cet exploit ? grogna l'infirmier. Qui donc se débrouille pour faire exploser la fréquentation de mon infirmerie ?

— Villefort ! Les observations qu'a fait Thomas correspondent aux miennes. Il est en bonne partie responsable de ce qui se déroule dans les couloirs.

— C'est impossible, un étudiant si gentil, si studieux, murmura la professeur de runes.

— Nous n'en entendons quasiment plus parler depuis son duel à la bibliothèque ! objecta le professeur de métamorphose.

— Il en est tout à fait capable, affirma le médicomage avec fureur.

— Il a toujours été discret, brillant et déterminé. C'est pour cela que nous l'apprécions tous. Mais ne vous y trompez pas. Il était hostile aux mangemorts avant le massacre de son clan bien qu'il restait neutre. Tout a changé maintenant, expliqua tristement la directrice. Oh il ne fait pas de grands discours comme Boisréal, il ne passe pas son temps à veiller sur les plus jeunes à nos côtés. Non. Il a réécrit l'échiquier de Beauxbâtons comme dirait notre professeur de défense.

— Mais comment ?

— Ça a été difficile à déceler mais il organise un réseau de renseignement en recrutant des élèves, des portraits, des statues et même quelques fantômes pour surveiller ses adversaires. Il convainc, menace et persuade dans l'ombre.

— C'est difficile à croire quand même.

— Vous l'admirez, n'est-ce pas ? Parce que rien ne le détourne des objectifs qu'il se fixe. Mais il agit. Il prépare le terrain pour les discours de Boisréal. Nous sommes persuadés qu'il est aussi lié à certaines agressions. Ce qui a l'air de faciliter un peu le travail de protection du jeune Alexandre. Nous ne pouvons évidemment rien prouver. Ce qui m'inquiète beaucoup, c'est que je ne sais pas quels sont ses objectifs. Ça ne lui ressemble pas d'agir au hasard. Maximilien a toujours su où il allait. Ce n'est pas différent aujourd'hui.

— Si vous le craignez tant. Pourquoi est-ce que Delorme lui donne des cours particuliers ? interrogea Volkan. Il n'en sera que plus dangereux.

— Thomas veut le former à ce qui l'attend après Beauxbâtons. Il espère aussi l'occuper suffisamment pour éviter qu'il ne consacre trop de temps à entretenir le feu dans les couloirs.

— Et ça marche ? demanda Ségur.

— Pas assez » soupira la directrice.

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Salle derrière le miroir, troisième étage

« Clémence, Maximilien, comment avancent vos réseaux de renseignement ? demanda Hector.

— Pas assez vite, je le crains, lui répondit Maximilien. Grâce aux sortilèges de Clémence nous avons bien progressé. Merci beaucoup d'ailleurs, ajouta-t-il pour la jeune fille. Les cinq principaux suppôts de mangemorts sont presque toujours sous surveillance. Les étudiants que je cible en priorité le sont aussi. En revanche, la surveillance est très lacunaire pour les autres.

— Il y a de nets progrès quand même, nuança Clémence. De nombreux portraits nous aident, de même que les sculptures. Nous avons en plus réussi à persuader deux elfes ménagers de nous rapporter des conversations jugées dangereuses pour les autres élèves. Les fantômes sont particuliers, certains nous aident mais la plupart renseignent Delorme.

— Je pense que Dame Séverine travaille pour Delorme et pour nous. Elle filtre les informations qu'elle nous transmet.

— C'est risqué ça ! Delorme et Maxime peuvent nous tomber dessus, intervint Alexandre.

— Ils savaient que nous ne resterions pas les bras croisés. Mieux vaut qu'ils pensent que nous nous contentons d'une surveillance préventive. Ils nous soupçonneront sans doute plus mais ils ne pourront en être sûrs.

— Mmoui. Comment avance-t-on dans l'élimination de la garde rapprochée d'Antigone, Gonzague et d'Aigremont ? demanda Hector.

— Qu'entendez-vous exactement par élimination ? interrompit Olivier désapprobateur.

— Pendant que tu étais convalescent puis que tu rattrapais tes cours, nous avons commencé à faire tomber des têtes autour de nos trois ennemis, expliqua Maximilien en souriant dangereusement.

— Comment ? interrogea durement Olivier.

— Au début avec la violence. Désormais j'aborde le problème de façon plus subtile et plus efficace, poursuivit le jeune Villefort avec satisfaction. J'ai recruté les amies de ma petite cousine Eva pour lancer des rumeurs. Détruire une réputation est bien plus efficace et durable qu'un passage à l'infirmerie. Nous avons réussi à faire croire qu'un des lieutenants d'Antigone avait des vues sur Gonzague. Aucun des deux n'est homosexuel évidemment. Mais comme ils sont racistes, ils l'ont éjecté de leur cercle sans chercher à vérifier si c'était vrai.

— Très efficace, commenta Hector en ricanant.

— Exact. J'ai une nouvelle cible. Cette fois-ci, c'est un proche de Gonzague. Il clame haut et fort à tout le monde qu'il est Sang-Pur et méprise tout ce qui moldu. Clémence, qui connaît bien les lignages, a eu des soupçons.

— Ce n'est pas encore sûr qu'il ait du sang moldu dans les veines. J'ai du mal à reconstituer son arbre, c'est tout. Il y a quelque noms étrangers qui sont peut-être Sang-Pur aussi. Le reste on verra.

— Peu importe. Si c'est nébuleux pour toi, ça le sera autant pour les autres. Il n'y a pas besoin que ce soit entièrement vrai pour lancer une rumeur et le faire désavouer par Gonzague, soutint Maximilien.

— Quel est votre objectif exactement ? demanda Guillaume. Faire le ménage autour de nos trois adversaires ?

— Parfaitement, répondit Hector. Moins ils seront entourés, moins ils seront dangereux. L'utilisation des rumeurs est parfaite pour créer des tensions chez eux. Le but ultime, serait si possible, de retourner Ombre, Gonzague et d'Aigremont entre eux.

— Par exemple en faisant croire à Gonzague que d'Aigremont veut sa place alors qu'il est de moins bonne naissance que lui.

— Pas sûr que nous puissions y arriver. Ça ne nous empêchera pas d'essayer, murmura Maximilien avec un sourire qui n'augurait rien de bon.

— Qu'en est-il des recrutements ? Des deux côtés ? interrogea Alexandre.

— Nous compliquons l'embrigadement que mène d'Aigremont à l'aide de rumeurs, entièrement vraies cette fois, qui sont parfaitement entretenues, répondit Maximilien. Les tortures que subissent les mangemorts par Vous-Savez-Qui et ses premiers cercles, ainsi que les douleurs liées à la marque des ténèbres, notamment. Nous avons aussi commencé à parler du sort qui attend les mangemorts enfermés à Noctis Arx, la citadelle de la nuit. »

Les huit étudiants frissonnèrent. Ils savaient peu de choses à propos de la terrible forteresse qui servait de prison aux sorciers français. La citadelle avait été sculptée dans un glacier alpin au XVIème siècle par un mage noir. Après avoir été conquise par les aurors, elle avait été confiée aux détraqueurs pour créer une prison sur le modèle britannique d'Azkaban. Les prisonniers qui survivaient à leur incarcération étaient dans un tel état qu'ils devaient séjourner plusieurs semaines à Meridiem pour espérer revenir à la vie civile, quand ils y parvenaient bien sûr.

« Et pour notre propre recrutement, poursuivit Clémence. Je progresse lentement. Même avec les manigances de Maximilien et les discours d'Hector, c'est très dur. Ils utilisent la peur, et je peux difficilement lutter contre ça. Il faut absolument continuer le travail pour les décrédibiliser et surtout les ridiculiser, c'est ce qui m'aide le mieux.

— C'est sans doute même plus important qu'éliminer la garde rapprochée des trois suppôts de mangemorts » songea Maximilien.

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Réfectoire de Beauxbâtons

« Puisque nous avons abordé le cas de Maximilien, je pense que nous pouvons aussi parler de ses amis. Je commence à m'inquiéter à leur sujet madame la directrice, dit Ségur.

— Pour quelles raisons ?

— Ils se désintéressent des cours, en fait je pourrais les comprendre, étant donné les circonstances…

— Aux faits, Ségur, venez-en aux faits, l'interrompit le guérisseur avec impatience.

— Ils continuent à poser des questions à me questionner sur la métamorphose mais pas celle qui est enseignée, celles qui ont des applications plus militaires.

— C'était prévisible. Les professeurs de sortilèges et de potions m'ont fait les mêmes remarques. Autre chose à leur sujet ?

— Oui. J'ai étudié les bases de la légilimencie par le passé. Je ne m'en sers pas sur les étudiants évidemment mais je ressens toujours un peu les émotions des gens, sauf la bande à Boisréal.

— Vous pensez que Maximilien a commencé à les entraîner aux arts de l'esprit ? souffla l'enseignante en runes avec un frisson.

— J'en suis persuadé. Auparavant, seuls Villefort et Boisréal évitaient de laisser leurs pensées et émotions s'égarer. Maintenant, plus rien ne filtre chez ces deux-là. J'ai eu la nette impression que les autres progressent dans le même sens.

— C'est souhaitable qu'ils maîtrisent ces techniques avant de quitter l'académie mais pas qu'ils les pratiquent même en cours ?

— Traditionnellement, l'aristocratie sorcière est formée aux bases de cette magie, intervint la directrice. Ce n'est donc pas étonnant qu'ils cherchent à dresser des barrières mentales, même ici. Ombre, d'Aigremont et Baskere ont sans doute des notions. En fait, je m'inquiète principalement au sujet de Maximilien et d'Alexandre. Plusieurs professeurs ont signalé des absences à leurs cours. Et apparemment, ils auraient même été surpris à travailler en cours mais sur d'autres matières. Delorme les soupçonne de vouloir libérer du temps pour d'autres activités moins scolaires.

— Vous pensez qu'ils s'entraînent ?

— C'est une certitude Ségur ! coupa le guérisseur. Cessez de les idéaliser.

— Je n'ai pas encore eu le temps d'informer Delorme, poursuivit la directrice. Mais ils font sortir des ouvrages inhabituels de la bibliothèque. Oh un peu de tout. Cela correspond bien souvent à leurs spécialités, pour des exposés et devoirs qu'ils proposent innocemment. Ainsi que des recherches qui n'aboutissent pas. Le bibliothécaire m'a certifié qu'ils consultent beaucoup de grimoires qu'ils n'empruntent pas. Ils sont prudents et discrets.

— Peut-être qu'ils ne veulent pas que la bande à Antigone ne détermine leurs sujets de recherches.

— Certainement mais le niveau de précaution va bien au-delà en fait. Ce qui laisse présumer que les sujets étudiés doivent être également dissimulés au corps enseignant. C'est précisément ce qui m'inquiète.

— Quels sujets travaillent-ils ? D'après les ouvrages empruntés ?

— C'est varié : médicomagie, arts politiques, arts militaires, tissage et annihilation de protections magiques, histoire judicaire, bases de la magie noire. Je voulais avoir l'avis de Thomas avec son recul. A priori ça m'évoque ce que chercherait un cambrioleur, un mage noir et politicien sans scrupules.

— Sorties de leur contexte, ces recherches sont suspectes évidemment mais ils en auront besoin. Du moment qu'ils s'en tiennent à la théorie…

— Justement, je commence à avoir des soupçons en ce sens. »

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Salle derrière le miroir, troisième étage

« Nous manquons de temps pour nos entraînements à la magie offensive. Nous sommes bien trop éloignés de nos objectifs, constata amèrement Alexandre.

— Les sorts de détection de puissance qu'a tissé Delorme nous en empêchent, autant que l'autre camp.

— Les rassemblements à trois ou quatre sont de plus en plus difficile à organiser. Nous devons échapper à la surveillance des agents d'Aigremont ainsi que ceux des enseignants. Il faut faire quelque chose.

— Nous sommes tous plus ou moins surveillés, conclut Maximilien. C'est bien pour ça que je vous ai demandé de travailler la magie mentale en classe, surtout l'occlumencie.

— Ne t'en fais pas. Nous les pratiquons dans plusieurs cours. Sauf ceux de Delorme. Bien trop risqué qu'il s'en aperçoive.

— Je n'arrive pas à saisir pourquoi il te réprime et te donne des cours de magie offensive en parallèle Maximilien, demanda Olivier.

— Il me forme à la guerre sous la forme qu'elle prend à l'extérieur. C'est une manière de m'y préparer et de m'occuper. Suffisamment pour que je ne puisse trop me consacrer aux conflits internes à l'académie. C'est d'une subtilité !

— Mais il ne peut pas te monopoliser trop longtemps. Tu es censé avoir du temps à consacrer à tes devoirs et à la création de baguettes magiques.

— Malheureusement pour moi, il a dû saisir que nous sommes plusieurs à gagner du temps sur différents cours. Je ne suis pas très satisfait d'être obligé d'en sécher. Je cherche un moyen de reprendre le contrôle au moins partiel des cours qu'il me donne.

— Et comment comptes-tu t'y prendre exactement ?

— Pour l'instant, je pense que la solution la plus efficace serait de créer des groupes de travail sur sa matière et d'y inviter Delorme, en remplacement de certains de ses cours particuliers. Je pense, mais ce n'est pas une certitude, qu'il acceptera si les objectifs de ces groupes de travail sont louables.

— Louables ? Tu n'arriveras jamais à convaincre Delorme que tu as des intentions louables qui ne risquent pas de faire exploser Beauxbâtons, s'exclama Guillaume Fabre.

— C'est un petit peu exagéré mon cher ami ! Mais ces groupes pourraient nous permettre plusieurs choses. Premièrement nous entraîner officiellement sans devoir échapper à l'attention de tout le monde.

— Nous n'aurons pas une grande marge de manœuvre pour les sujets d'études, grogna Alexandre.

— C'est un début, intervint Hector. Notamment pour les sujets les moins répréhensibles. Tu as dit plusieurs raisons ?

— En effet, je pense que c'est un moyen de recrutement plus efficace. Quel meilleur moyen pour tisser des relations que d'affronter ensemble un professeur ?

— Je ne suis pas vraiment convaincue, murmura Clémence.

— Et enfin, c'est un excellent prétexte pour entraîner au combat les enfants nés-moldus, ou de forcer gentiment ceux qui refusent d'apprendre à se battre à…

— Comme ta petite cousine sans doute ?

— Entre autres, Eva est loin d'être un cas isolé. Refuser la violence est tout à fait respectable mais l'idéalisme fait tout autant de victime que l'honneur.

— Je suis complètement d'accord avec toi, asséna Alexandre. Il faut absolument entraîner ceux qui sont ciblés, même ceux qui ne veulent pas combattre.

— Si je résume bien, tu estimes que Delorme fait trop bien son travail pour te détourner des missions que tu t'es toi-même octroyé. Afin d'y remédier, tu veux réutiliser le temps qu'il te prend pour effectuer les missions qu'il cherche justement à t'empêcher de réaliser. C'est délicieusement tordu, j'adore ! commenta Hector. Mais il est bien trop intelligent pour tomber dans un piège pareil.

— Alors non je ne veux pas faire toutes mes missions comme tu dis, mais une partie, les plus innocentes. Quant à Delorme lui-même, je suis bien conscient qu'il est intelligent. Il faudra bien préparer le terrain et réaliser la transition en douceur.

— J'imagine que la façon de présenter les choses est primordiale. Tu as l'intention de t'y prendre comment ?

— J'ai déjà commencé en fait. Je lui fais comprendre que d'autres étudiants ont besoin d'apprendre à se défendre, que la création de groupes pourrait être intéressante etc. Rassure-toi, je n'aborde quasiment pas ces idées avec lui. Je passe surtout par d'autres étudiants. Olivier a notamment exprimé devant lui, ses regrets de ne pas maîtriser assez de sortilèges de protections lorsqu'il a été attaqué par exemple. Bien sûr, Delorme a entendu cette conversation mais il n'était pas le destinataire, pas officiellement du moins.

— Je vois où tu veux en venir mais ça risque d'être très long.

— C'est pour cela qu'il va nous falloir utiliser l'actualité à notre avantage. Mais pour y parvenir, il faudra anticiper et être renseigné tôt. Avant que les journaux n'arrivent sur les tables.

— D'où tes demandes d'impliquer nos familles pour nous prévenir sans délais des coups d'éclats, conclut Clémence.

— Exact. »

Oo°oO

Réfectoire de Beauxbâtons

« Bien partons du principe qu'ils effectuent tout un tas de recherches dans des domaines plus ou moins recommandables. Ils se préparent sans aucun doute. Sur ces huit étudiants, il y en a tout de même cinq qui quitteront l'académie à la fin de l'année. Il semble normal, voire fortement souhaitable qu'ils se préparent à la guerre, argumenta Alba.

— La question n'est pas là, répondit le directrice. Qu'ils se renseignent, très bien. Qu'ils s'entraînent, pourquoi pas. La vraie question est : mettent-ils leurs nouvelles connaissances en application à Beauxbâtons ? Dans le cadre de leur conflit contre les étudiants qui se revendiquent en faveur du Seigneur des Ténèbres. Avouez que la tentation est forte. Pourquoi se priver d'armes qu'ils possèdent ?

— Ils sont suffisamment intelligents pour l'éviter, répliqua Ségur.

— Se sentent-ils suffisamment intelligents pour le faire sans être pris ? demanda le guérisseur avec suspicion.

— Ils sont très impliqués dans le conflit à l'échelle de l'académie. J'aurais tendance à penser qu'ils ne franchiront pas certaines limites, répondit Ségur avec nettement moins d'assurance.

— Mais nous n'avons aucun moyen d'en être certains, conclut madame Maxime.

— Arrêter de théoriser sur leur capacités et leurs volontés, les deux sont fortes chez ces mômes ! s'exclama Volkan. Avez-vous des raisons de penser qu'ils ont employé des formes de magie répréhensibles dans l'enceinte de l'académie.

— Nous n'avons aucune preuve, rétorqua la directrice agacée par les manières du guérisseur.

— Ce n'était pas ma question, poursuivit le médicomage sur le même ton.

— Le duel qui a eu lieu à la bibliothèque, répondit-elle.

— Celui où Maximilien a tenu tête seul à cinq élèves ?

— Oui.

— Ce n'est absolument pas un exploit en magie. Les imbéciles qui ont été assommé n'ont aucun talent magique. Combien de fois vous ais-je entendu vous lamenter sur leurs désolantes capacités, répliqua le médicomage.

— Thomas a eu des soupçons.

— Et qu'a donc trouvé Delorme ?

— Deux des étudiants lui ont affirmé ne pas avoir eu le temps de jeter un sort à Maximilien. Les autres ne sont pas sûr d'avoir eu le temps de terminer leurs sorts.

— C'est impossible ! Le bibliothécaire a utilisé un priori incantatum. Et puis Villefort ne pouvait pas prévoir leurs sorts.

— En fait si. Maximilien est légilimencien. D'après le professeur Delorme, il est bon, même très bon.

— Admettons mais pourquoi aurait-il pris ce risque ?

— Il a démontré publiquement d'une part que la bande à Boisréal est capable de frapper fort, d'autre part que les sympathisants mangemorts sont de mauvais duellistes. Beaucoup moins dangereux qu'ils n'y paraissent. Les tableaux et les statues nous ont rapporté une quantité de rumeurs qui circulent depuis cet événement. Elles sont probablement entretenues par Boisréal et Villefort.

— En admettant que ce soit vrai. Je veux bien croire à l'usage de la légilimencie, mais sa baguette démontre… Non c'est un fabricant ! Il peut faire dire ce qu'il veut à sa baguette, n'est-ce pas ?

— Avec Thomas, nous étions plutôt partis du principe qu'il avait utilisé une autre baguette de son stock et accordé le prior incantum sur sa baguette habituelle, celle qui a servi en cours de défense pour la pratique du bouclier réflecteur, expliqua la directrice.

— Vous le pensez vraiment capable d'une telle manipulation. Il aurait pris le risque de mentir au bibliothécaire, trompé les témoins du duel… Tout ça pour quoi ? Pour lancer des rumeurs ? C'est complètement absurde !

— Pas tant que ça. Il est craint par les amis d'Antigone, respecté par les autres, sans doute admiré par les plus jeunes. Il fait, hélas pour nous, son devoir de fabricant.

— Bon admettons ses possibles exploits. Vous avez d'autres preuves d'activités magiques peu recommandables ? demanda le guérisseur.

— L'incident Jacques Rodès.

— Si mes souvenir sont exacts, vous aviez demandé à vérifier où se trouvaient Villefort et toute sa bande à ce moment-là, exact ? demanda Ségur.

— En effet, ils ont tous d'excellents alibis, répondit la directrice d'une voix nettement moins assurée.

— Je dois avouer que j'ai du mal à vous suivre, répondit Ségur.

— Thomas est persuadé. Enfin, il trouve normal que quelques-uns des élèves aient des alibis. Sauf qu'ils en ont tous. A ses yeux, c'est une coïncidence si parfaite, qu'il suspecte des alibis préparés à l'avance.

— Delorme devient complétement paranoïaque. Ce sont des étudiants, pas des suspects de romans policiers ! s'exclama Alba.

— Pour une fois que je suis d'accord avec vous » assena Volkan.

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Salle derrière le miroir, troisième étage

« Cette façon de procéder en limitant la violence semble prometteuse. Il ne faut pas non-plus renoncer aux actions d'éclats, lança Alexandre. Les étudiants ont besoin de savoir que nous résistons activement.

— En tout cas, ils doivent le croire, répondit Hector.

— Nous sommes particulièrement surveillés, murmura Maximilien. Chaque coup de ce genre exige une préparation minutieuse. Nous ne pouvons guère nous permettre de frapper par nous-mêmes.

— Il est hors de question que tu utilises à nouveau ton elfe comme pour l'agression de Jacques Rodès ! s'exclama Clémence indignée.

— C'était surtout un test, dans le cadre de son entraînement militaire. De toute façon, je ne peux pas le réutiliser pour éviter d'attirer l'attention sur lui.

— Bien, nous allons devoir trouver d'autres talents pour effectuer ce genre d'opération.

— Il faut impérativement les entraîner en toute discrétion, ce qui est très difficile.

— Avec Maximilien, nous avons réfléchis à cette question. Il est plus simple de dissimuler un entraînement discret à l'intérieur d'une structure officielle qu'effectuer le même entraînement en secret.

— C'est impossible pour cela il faudrait une association, une équipe de Quiddich ou …

— Un club de duel !

— C'est une plaisanterie ? Il y en a déjà un, c'est Antigone qui le dirige et elle nous en a tous éjectés !

— Du sien mais il faut fonder le nôtre.

— Delorme et Maxime n'accepteront jamais de nous laisser former un club de duel.

— Cela dépend. Déjà il ne faut pas que ce soit un club qui enseigne le duel. Nous nous fichons bien d'apprendre à saluer selon le code de duel traditionnel et toutes ces règles inutiles. Il faut quelque chose de différent. Un club de défense par exemple. Pour apprendre à se battre et à résister en conditions réelles.

— Pas sûr que ce soit plus facile à former.

— En fait si. Il faut démontrer que des élèves qui ont été agressés auraient eu une chance de s'en sortir avec quelques sortilèges défensifs. Olivier aurait sans doute apprécié.

— Super ! s'exclama l'intéressé. Je trouve que c'est un peu tard pour exploiter mes malheurs de la sorte.

— C'est pour cela qu'il faudra être très réactifs lors de la prochaine agression, expliqua Hector.

— Cela peut être n'importe quand ! Peut-être dans deux ou trois semaines, rétorqua Alexandre.

— Eh bien, cela va probablement arriver beaucoup plus vite que nous le pensons, intervint Maximilien avec un air sombre.

— Pourquoi ?

— J'ai reçu un avertissement de la part de mon clan. »

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Beauxbâtons, hall d'entrée de l'académie

Thomas Delorme était le membre actif de l'Ordre du Phénix en charge de coordonner les efforts de Dumbledore avec ses anciens collègues, les aurors français. Plus récemment, il avait entamé des accords avec les nouvelles factions résistantes en France, comme les Villefort. Les aurors l'avaient convoqué d'urgence pour le mettre au courant de ce qui venait de se produire. L'affaire était grave. Assez pour le mettre en retard à la réunion de l'Ordre. La cellule de Beauxbâtons se réunissait une à deux fois par semaine selon les besoins. Il était plus que temps de les informer et de définir la conduite à adopter.

Delorme était le professeur de Défense contre la magie obscure et responsable de la sécurité de Beauxbâtons depuis 16 ans. Ces deux fonctions cumulées avec le statut de directeur adjoint, lui permettait de se déplacer très vite dans l'académie. Etudiants et professeurs auraient été stupéfaits de voir le flegmatique enseignant aussi pressé. Il courrait plus qu'il ne marchait, il volait plus qu'il ne gravissait les escaliers. Il empruntait des passages que peu de personnes soupçonnaient, et encore moins connaissaient.

C'est à bout de souffle, qu'il entra dans le réfectoire vide, silencieux et non-éclairé où l'attendait ses collègues. Il s'affala sur sa chaise habituelle en essayant de recouvrer son rythme cardiaque habituel et un souffle acceptable.

« Eh bien bon retour parmi nous Thomas » l'accueillit madame Maxime.

Le directeur-adjoint ne répondit pas tout de suite. Il hocha la tête, effectua plusieurs respirations abdominales, vida sa tête et accorda un sourire légèrement crispé à la directrice, aux deux autres enseignants et au guérisseur.

« Les fabricants de baguettes au grand complet ont mené une opération d'envergure en Espagne, articula-t-il.

— Enfin ! explosa le guérisseur. Il ont fait leur déclaration de guerre depuis plus d'un mois et ils se réveillent enfin.

— Pourquoi est-ce j'ai l'impression que ce n'est pas qu'une bonne nouvelle ? demanda Ségur.

— Stratégiquement c'est excellent, non ? demanda la directrice. Une partie du soutien financier, logistique et médical aux mangemorts britanniques provient d'Espagne.

— Est-ce que vous pensez que cela va apporter une bouffée d'air à Dumbledore et au ministère anglais ? »

Cette fois-ci Delorme avait repris à peu près un souffle normal. Il dévisagea ses collègues avec inquiétude.

« Sur le plan stratégique, l'Espagne est un excellent choix. Nous ne savons pas encore si cela aidera vraiment la Grande Bretagne. J'espérais aussi qu'ils passeraient à l'action rapidement. Je n'imaginais toutefois pas des attaques coordonnées d'une telle violence. Il s'agit autant d'une entrée en guerre fracassante et d'un message que d'une opération militaire. Les aurors sont persuadés, et moi aussi, que cela va avoir de graves répercussions. »

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Salle derrière le miroir, troisième étage

« Un avertissement de quel genre ?

— J'ai reçu un ravitaillement en ingrédients de la part de mon clan. La lettre qui l'accompagnait peut être interprétée comme une mise en garde. Il y a une plaisanterie de mauvais goût sur des précautions à prendre. Desmond Azan a précisé les noms des ingrédients les plus inoffensifs du lot. Je vous garantis qu'il n'a jamais eu le sens de l'humour et que jamais, au grand jamais, il ne ferait une plaisanterie de ce genre. Sa signature est authentique et c'est mon apothicaire référent. Ça ne peut être qu'une mise en garde. Mon clan prépare quelque chose et m'incite à rester attentif.

— Ils ont peur que Gonzague réagisse violemment à une opération ? demanda Clémence.

— Certainement. Les cibles les plus simples à atteindre et les plus probables seront bien évidemment les enfants de mon clan. Eva de Villefort, Alice Azan et Antony de Monge devront être protégés par nos soins en continu et surtout ne jamais circuler seuls dans l'académie.

— Quel genre d'opération pourrait mener ton clan ?

— Difficile à dire. Les aurors sont limités par le cadre réglementaire. Ce qui n'est pas le cas des agents de Dumbledore, de mon clan et autres factions résistantes comme les fabricants de baguettes magiques. Eux peuvent se concentrer sur les surveillances et les petites opérations paramilitaires légalement injustifiables.

— Ça ne sert à rien d'essayer de prévoir ce qui va arriver. De toute manière, il faut réfléchir rapidement au meilleur moyen de convaincre les enseignants d'accepter ce groupe de défense. Nous aurons besoin du témoignage d'Olivier pour les convaincre naturellement.

— Bien, je sais que nous n'avons pas terminé mais je vais devoir m'absenter pour terminer l'usinage d'une baguette. Je ne peux pas me permettre de prendre davantage de retard. Vous me tiendrez au courant de la suite. »

Maximilien se leva et abandonna à regret leur réunion de stratégie. De toute façon, les autres s'en sortiraient bien sans lui et il serait informé rapidement des décisions. Pour l'heure, Maximilien se dirigea vers sa salle d'usinage afin de faire face à ses obligations officielles.

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Réfectoire de Beauxbâtons

« Qu'ont-ils fait exactement Thomas ? » interrogea la directrice avec un regard inquiet.

Elle semblait déjà réfléchir aux conséquences sur le comportement des étudiants de l'académie.

« Les lignées de Valdaï et de Lysefjord ont pris d'assaut le ministère espagnol en plein jour. »

Les réactions furent variées autour de la table. La directrice sursauta, ce qui sembla être un bond en considération de sa taille. Les yeux du guérisseur se rétrécirent, il attendait la suite. Ségur pâlit violemment. Quant à Clélia Alba, elle voulut poser une question, elle ouvrit la bouche mais rien ne vint.

« Gregorovitch et Marcia Otonen sont entrés et ont désorganisé rapidement le ministère. Bien sûr, il y a eu de la résistance. Il y a eu des blessés, deux morts et une malédiction qui est en train de faire agoniser un sorcier. Les morts et la malédiction concernent des mangemorts, leurs marques ont toutes été authentifiées.

— Et alors, ce n'est pas si grave s'ils aident les Espagnols à faire le ménage, ricana le guérisseur.

— Ce n'était qu'une diversion mon cher. Une diversion pour permettre à leurs apprentis d'effectuer une autre mission. Elena Ekstrom et Alexéis Kolcheck ont enlevé un dignitaire au sein même du ministère.

— Qui ?

— Le duc de Cadix, président de la cour parlementaire magique espagnole. Le meneur politique du courant anti-Moldu, répondit Delorme.

— Il était soupçonné d'appartenir aux mangemorts lors de la dernière guerre, non ?

— Exact mais innocenté.

— Sauf que sa culpabilité ne fait plus aucun doute, expliqua Delorme. Les deux apprentis qui sont de puissants mages se sont taillés un chemin vers la sortie à coup de baguette, de magie ancienne, de runes et pour Kolcheck d'une Chachka.

— Qu'est-ce que c'est ?

— Un sabre traditionnel cosaque. Quelques mages russes en utilisent encore en combat. La Chachka est bien sûr renforcée par de la magie, souvent noire. La lame tranche pratiquement tout et permet d'invoquer la magie du sang à partir des blessures infligées aux ennemis. Enfin bref, avant d'emmener le duc de Cadix, Kolcheck lui a sectionné le bras en public. Sa marque a été authentifiée, elle aussi. »

Le guérisseur fut le premier à briser le silence horrifié.

« Pourquoi ? Pourquoi le mutiler avant de l'emmener ?

— Avec les aurors nous avons émis plusieurs hypothèses. D'abord pour être sûr que le Seigneur des Ténèbres ne puisse retrouver Cadix en traçant la marque. Ensuite, ils ont certainement voulu prouver sa culpabilité pour que les mangemorts n'utilisent les ressources du ministère espagnol pour lui porter secours.

— Ils n'auraient pas pu faire ça ? s'exclama Ségur.

— Le ministère espagnol est au moins aussi corrompu que celui d'Angleterre, si ce n'est plus, expliqua gravement la directrice.

— Et puis cela fait un sacré message si les fabricants peuvent frapper des mangemorts de haut rang comme Cadix. Ils pourraient même frapper en Angleterre.

— Il doit y avoir du symbolique aussi, murmura Alba.

— Comment cela ?

— D'habitude la marque des ténèbres est laissée menaçante, flottant dans le ciel après un meurtre, répondit la professeure de runes. Les fabricants la laissent au sol où chacun peut la fouler. C'est hautement symbolique. Ils montrent que les mangemorts aussi peuvent être écrasés.

— Sans doute, répondit la directrice avec dégoût. Bien, quelles répercussions cela pourrait-il avoir en France ? Et notamment à Beauxbâtons ?

— Attendez madame la directrice, coupa Delorme. J'ai parlé d'attaques coordonnées. Je n'ai même pas encore parlé des deux autres opérations qu'ils ont menées. »

Un silence funèbre retomba autour de la table.

« Pendant l'attaque du ministère à Madrid, la lignée grecque, les Cristatos ont frappé en plein cœur du quartier sorcier de Barcelone. »

Toujours un grand silence.

« Ils ont attaqué un certain Mendoza, une nouvelle fortune espagnole issue du commerce. Il sortait d'un déjeuner d'affaire du meilleur restaurant magique de la ville. Bilan, quatre morts, trois gardes et un fournisseur de Mendoza qui était virulent et surtout deux enlèvements, Mendoza et son comptable. De même que Cadix, ils ont tranché les bras gauches. »

Aucun professeur ne chercha à reprendre la parole.

« Et enfin dernière opération. Le château du comte Rafael de Benasque, un aristocrate financier, également soupçonné d'être mangemort depuis plus de vingt ans. L'attaque a été dirigée par Anton Zaubholz en personne. Apparemment les Villefort ont secondé les Zaubholz dans l'attaque. Des artisans italiens et yougoslaves auraient également participé. Seize gardes tués, trois mangemorts enlevés avec le même traitement que les autres. La défense du château de Benasque a été littéralement pulvérisée. Avant de partir, sans doute pour faire bonne mesure, ils ont abattu la plus haute tour de la forteresse. Voilà c'est tout.

— C'est tout ? murmura Ségur interloqué. Un homme politique de haut rang, une dynastie de financiers et des commerçants. Quelles vont être les conséquences ?

— Nous n'en savons absolument rien. Les fabricants agiront sans doute en fonction des informations qu'ils arracheront à leurs prisonniers. Nous ne savons guère comment les mangemorts espagnols pourront encaisser ces attaques.

— Nous ne savons même pas si l'Espagne pourra se relever d'un coup pareil.

— Apparemment l'artisan espagnole Marina Abrazo et le magister Adam Cristatos sont en train de négocier pour entrer provisoirement au gouvernement espagnol afin d'assurer la transition et passer au crible les affaires des mangemorts capturés.

— Il y a trop d'inconnues pour spéculer sur l'évolution de l'Espagne, déclara la directrice. Et encore moins sur la Grande Bretagne ou même la France. Il faudra attendre. Concentrons-nous sur ce que nous pouvons anticiper : Antigone Ombre, Arthur de Gonzague et Richard d'Aigremont.

— Ils seront certainement informés avant de recevoir les journaux » grogna Delorme fatigué.

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Salle derrière le miroir, troisième étage

« Dès qu'Antigone saura ce qui se trame, dans l'hypothèse où cela arrive, il faudra être très prudent. Elle le saura rapidement. Nous savons qu'elle a d'excellents réseaux, commenta Hector en serrant les dents.

— Quoi qu'il arrive, il faudra que nous nous déplacions en groupes, même nous, déclara Olivier. Nous ne sommes certainement pas à l'abri. Je suis bien placé pour le savoir. Ce serait bien que chacun s'en rappelle. Je me chargerai de le rappeler à Maximilien tout à l'heure.

— Idéalement il faudrait que les étudiants des années supérieures accompagnent les plus jeunes nés-moldus et les enfants dont les parents sont notoirement opposés à la cause mangemort, murmura Clémence.

— Il faudra peut-être même se coordonner avec les professeurs.

— Je nous vois mal leur proposer notre aide parce que les Villefort nous ont peut-être prévenus qu'ils vont peut-être faire un grand coup qui aura peut-être des répercussions ici.

— Dès que ce sera public alors.

— A ce moment-là Il sera sans doute déjà trop tard, Antigone l'apprendra avant que ce soit public à Beauxbâtons.

— Notre seule chance, c'est de surveiller activement Antigone, Gonzague et d'Aigremont pour savoir s'ils reçoivent du courrier urgent, déclara Hector.

— Ils peuvent pourtant faire passer du courrier par d'autres élèves, contra Alexandre.

— Il faut espérer que non. Maximilien s'emploie à maintenir un tel niveau de suspicion chez les mini-mangemorts que nous avons nos chances. Ils ont de plus en plus de mal à se faire confiance les uns les autres.

— C'est une excellente chose mais on ne peut en être sûr, insista Alexandre.

— Baskere, Féris et quelques autres ont sûrement encore la confiance de ce foutu trio, renchérit Olivier.

— Nous pouvons très bien manquer le message !

— Espérons que non, murmura Hector.

— Les seules choses que nous pouvons faire, c'est surveiller activement nos trois terreurs…

— Comme si on ne le faisait pas déjà !

— Et instaurer dès demain les règles de sécurité drastiques.

— En supposant que l'attaque des Villefort n'a pas déjà eu lieu, dit Alexandre.

— Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Olivier légèrement inquiet.

— Ce Desmond Azan, il mise sur notre prudence et notre réactivité. Il l'a peut-être envoyé avec très peu d'avance. Ça se trouve, l'attaque a déjà eu lieu. Ombre et ses sbires en ont peut-être déjà été informés.

— Nous ne pouvons pas savoir. C'est tout, trancha Hector.

— Ce que je veux souligner, c'est qu'il faut les mettre en place tout de suite. Nous sommes peut-être déjà en retard ! » conclut Alexandre avec gravité.

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Réfectoire de Beauxbâtons

« En arrivant, j'ai demandé à la gardienne des dortoirs et au concierge d'ouvrir l'œil mais de surveiller uniquement les élèves favorables à l'ennemi, informa Delorme.

— C'est un risque de ne pas tenir à l'œil les autres, rétorqua Madame Maxime.

— C'est une situation provisoire et exceptionnelle.

— Je pense que nous avons fait le tour des sujets que nous devions traiter, conclut la directrice. Je préférerais écourter cette réunion et augmenter la sécurité d'un cran pendant les prochaines 24 heures. »

Ségur allait intervenir lorsqu'un parchemin se matérialisa devant Delorme dans une lueur violette. Le professeur de défense l'attrapa au vol, le déroula et en prit connaissance. Il pâlit et se leva aussitôt.

« Que se passe-t-il ? demanda immédiatement Ségur.

— C'est Marthe, la gardienne des dortoirs, un hibou a livré un message à Antigone, c'était il y a vingt minutes.

— Déjà mais les attaques ont eu lieu i peine quatre ou cinq heures.

— Le hibou était bien amoché. Marthe a demandé à examiner le volatile, elle soupçonne un sortilège de tire-d'aile.

— Sortilège du tire-d'aile ? demanda Ségur confus.

— Un sortilège qui permet d'aider le hibou à délivrer ce message bien plus rapidement, expliqua Volkan avec un grognement méprisant. C'est peu utilisé car l'oiseau meurt souvent à l'arrivée, question de dosage, c'est un compromis entre la rapidité et la survie de l'oiseau.

— Cruel mais très utilisé en temps de guerre avant l'utilisation du message par patronus, compléta Delorme.

— Bien et c'est ce qui a été infligé au hibou ? demanda Alba.

— Marthe l'ignore. Antigone a refusé qu'une domestique, selon ses propres termes, touche à son hibou. Elle est allée demander de l'aide à d'Aigremont et Féris pour ça. »

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Deuxième étage, aile nord

Maximilien arriva à la bibliothèque. Certes, elle était fermée à une heure aussi avancée mais les étudiants pouvaient déposer les livres à tout moment par une trappe, aménagée à cet effet. Le bibliothécaire manquait de confiance pour prêter ses précieux ouvrages mais avait tout fait pour en faciliter le retour.

Il rendit le grimoire de métamorphose qui avait servi pour le devoir sur les risques associés à l'animagi, ainsi que celui sur les enchantements avancés pour protéger les maisons.

Le jeune homme repassa mentalement les bois qu'il devait usiner ce soir. Du noyer et du pin sylvestre au minimum, si possible une baguette en aubépine.

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Réfectoire de Beauxbâtons

« Antigone sait ! s'exclama la directrice.

— Nous ne pouvons pas en être certains, objecta Ségur.

— Qui sera frappé à votre avis ? intervint le guérisseur. Il faut du spectaculaire pour atténuer la victoire des fabricants.

— Il faut que ce soit symbolique ! approuva Alba.

— Olivier Leclere est né-moldu et major de promotion des sixièmes années, suggéra la directrice.

— Il sort de convalescence, il est encore faible. Une nouvelle agression n'aurait rien de spectaculaire. Au contraire, ils passeraient pour des lâches. En plus, ça manquerait d'originalité ! objecta Delorme.

— Alors Alexandre de la Dent ou Hector Boisréal, les meneurs ? proposa Ségur.

— Ce serait plus efficace de s'en prendre au clan Villefort pour amoindrir le coup d'éclat en Espagne. Qu'en pensez-vous ? demanda Alba.

— Anthony de Monge a déjà été agressé, commenta Delorme. Attaquer des enfants comme Eva de Villefort ou Alice Azan serait préjudiciable pour la politique de recrutement menée par d'Aigremont. Mais agresser un artisan, aussi virulent que Maximilien, ce serait parfait pour décrédibiliser la victoire de ses collègues étrangers.

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Deuxième étage, aile nord

Maximilien prit le second couloir, celui qui menait à sa salle d'usinage. Il sentit soudain une sensation familière, une magie qu'il pratiquait de plus en plus désormais. L'étudiant se figea. Cette magie, c'était une illusion ! Et plus précisément un sortilège de désillusion !

Le jeune homme sortit sa baguette, dissimulée dans sa manche et leva le sortilège de dissimulation. Il n'eut que le temps d'apercevoir une ombre devant lui et deux à sa droite. Le jeune artisan se jeta au sol et lança un premier maléfice.


Et voici un délicieux cliffhanger !

La suite ne viendra pas avant un moment. Navré :/

Je me concentre sur le challenge d'écriture du NaNoWriMo et je n'ai pas inclus les fanfictions dedans. Je sais déjà ce que je veux mettre dans le suivant mais il sera écrit en décembre.

A bientôt