Bonjour tout le monde.
Je me suis dis que comme ce chapitre était prêt, autant vous le partager aujourd'hui.
Et puis je l'avoue j'avais juste envie de dire : pas de nouveau chapitre avant l'année prochaine, je suis désolée, il va falloir être patient.
Bon par contre, je suis un peu prise par le temps, alors je vais tous vous remercier pour vos adorables reviews et vos fav et tout simplement le fait que vous me lisiez.
Et j'ai une super résolution pour l'année prochaine, plus de réponse aux reviews en retard, on va voir ensemble si je m'y tiens.
Je vous souhaite à tous un très bon réveillon de la Saint Sylvestre, où que vous soyez, quoi que vous fassiez.
Bonne année (et bonne lecture)
Erik entra dans les vestiaires de la salle d'entraînement en claquant la porte. Il venait de parler avec Shaw et dire que la conversation ne s'était pas bien passée était un euphémisme.
Sa mission officielle avançait lentement mais sûrement. Mais celle que son patron lui avait confiée ne fournissait pas résultats escomptés.
Il savait que le moyen le plus rapide de quitter cet endroit était de la terminer mais il ne pouvait s'y résoudre. Et il ne comprenait pas pourquoi. Ce n'était pas comme si le sort de l'humanité - le sien compris - lui importait. Le monde pouvait bien brûler, tant que les monstres qui lui avaient arraché sa famille périssaient dans les flammes.
Si elles daignaient l'emporter également, il les accueillerait avec soulagement. Elles ne pourraient jamais être plus brûlantes et douloureuses que la colère et la haine qui l'habitaient depuis des années.
Et pourtant, Erik n'arrivait pas à terminer sa mission. Il lui suffisait de faire capoter le programme scientifique de cette base et il pourrait se lancer à la poursuite de sa prochaine proie. Il ne comprenait pas pourquoi il ne l'avait pas déjà menée à bien.
Tromper ce Charles Xavier aurait été tellement simple. Malgré sa télépathie et son intelligence, le jeune homme ne voyait que le bon dans chacune des personnes qu'il croisait. Il avait accueilli Azazel, Emma et Erik les bras ouverts et n'avait jamais cherché à leur cacher quoi que ce soit.
Cet idiot d'optimiste était d'ailleurs en train de l'observer depuis l'autre côté du vestiaire, déjà changé. Il l'attendait pour leur entraînement quotidien. Il ouvrit la bouche mais la referma bien vite lorsqu'il vit Erik approcher, le pas rapide et le corps tendu par la colère.
C'était décidé. Il allait profiter de ce moment seul avec Charles afin de faire avancer son projet. Ce ne serait pas compliqué de le convaincre. Il lui montrerait les prototypes de connexion qui soutenaient le pont neuronal. Son pouvoir lui permettrait ensuite de les modifier sans que personne ne s'en aperçoive.
Shaw serait content et Erik pourrait continuer sa vengeance.
Mais pour ça, il devait se montrer un peu plus abordable, un peu plus sociable. Avant toute chose, il devait se détendre. Il dénoua chacun de ses muscles et laissa ses épaules descendre légèrement.
Pendant qu'il récupérait ses affaires dans son casier, Erik tenta d'adoucir ses traits et pensa même à sourire. Il savait par expérience que son sourire avait tendance à mettre les gens mal à l'aise. Il se contenta donc de ne pas fusiller du regard Charles quand enfin il se tourna vers lui.
Ce dernier l'observait calmement depuis l'autre côté de la pièce. Il était comme toujours, parfaitement habillé et composé. Parfois, Erik lui enviait ce calme et cette sérénité. Quelque chose en lui voulait briser cette image, il voulait voir Charles perdre ses moyens. Il était certain que ce serait un tableau à garder en mémoire : Charles en colère, les joues rouges et les yeux brûlants. Entendre autre chose que ses mots posés, son léger accent, sortir d'entre ses lèvres.
À son grand désespoir, il n'avait pas encore trouvé de moyen de réussir cet exploit.
Quelques soient ses propres paroles, agressives la plupart du temps, souvent insultantes.
Quelques soient ses efforts lorsqu'ils s'entraînaient, il n'avait jamais réussi qu'à faire accélérer la respiration de l'autre homme. Il obtenait parfois un regard déçu, accompagné d'un "J'attends mieux de toi, Erik." qui faisait naître une boule de honte dans le bas de son ventre alors même que la colère lui brûlait les veines.
Charles n'avait toujours pas bougé. Erik se rendit compte qu'il l'observait depuis bien trop longtemps. Il cacha sa gêne sous sa brusquerie habituelle :
"Tu attends quoi ? Je n'ai pas toute la journée."
Son ton ne gêna pas le moins du monde le télépathe et Charles répondit, toujours aussi poli :
"Je t'attendais." Il ouvrit la porte qui menait au dojo et montra le chemin de la main "Après toi, mon ami."
Erik passa devant lui en sifflant :
"Je ne suis pas ton ami."
"Ce n'est pas à toi de décider de la manière dont je veux définir notre relation."
La porte se referma doucement derrière eux. Erik se dirigea d'un côté des tatamis. Il se tourna ensuite vers Charles qui n'avait pas le moins du monde l'air troublé par ses mots durs.
Si c'était comme ça.
Il pouvait faire pire.
"S'accrocher aux personnes alors qu'il est évident qu'elles ne partagent pas tes sentiments est pathétique."
Charles avait atteint sa propre place et il eut le culot de sourire :
"Je peux vivre en étant pathétique. C'est mille fois mieux que l'alternative."
"Qui est ?"
"La solitude."
Cette remarque était pour lui. Il refusa de réagir. Il plissa les yeux et se mit en position de combat. Il était hors de question d'avoir cette discussion. D'autant plus avec ce jeune idiot qui ne savait rien de la vie et de ses souffrances.
Mais Charles n'avait pas l'air d'en avoir fini, car il ajouta :
"Rien ne t'oblige à t'y enfermer."
"Je n'ai pas besoin de tes conseils, ma vie me convient parfaitement. Comme je te l'ai dit, tu n'es pas mon ami. Rien ne m'oblige à t'écouter déblatérer tes idioties."
Il vit Charles soupirer de l'autre côté des tatamis. Il se mit lui aussi en position avant d'ajouter :
"Je ne vois pas de quoi tu as si peur, Erik."
Leurs bâtons entrèrent en contact moins de deux secondes après. Erik ignorait comment le sien était arrivé là.
Tout ce qu'il ressentait était de la colère.
Contre tous ceux qui l'avaient trahis, blessés.
Contre tous ceux qui s'étaient servis de lui.
Contre tous ceux qui lui avaient arrachés les petits bouts de bonheur qu'il avait réussi à grappiller, à garder.
Contre Charles. Qui ne savait rien du tout. Qui avait toujours vécu entouré d'amour et dans le confort.
Il n'avait pas peur. De rien.
Il avait juste décidé de ne plus faire l'effort. À quoi bon chercher à se lier à d'autres êtres humains, ils ne feront que te trahir. Ou on te les arrachera. Et il ne te restera plus rien. Absolument rien. Que de la douleur.
Son coup suivant résonna dans la pièce vide. Et celui d'après. Et le suivant. En encore. Et encore.
La rage propulsait chacun de ses mouvements. Il sentait le métal tout autour de lui. Il vibrait à l'unisson de son pouvoir, prêt à réagir à ses ordres. Il était tenté de l'arracher au béton et au plâtre qui les entourait et à les ensevelir sous un tas de débris. Plus de peine, plus de douleur, plus de haine. Juste le néant.
Il luttait contre cette envie quand il sentit le sol se dérober sous ses pieds.
Il atterrit lourdement sur le dos, toute sa colère disparut en même temps que l'air dans ses poumons. Ses yeux papillonnèrent quelques secondes avant de se focaliser sur le plafond. Qu'est-ce qui s'était passé ? Le visage de Charles apparut dans son champs de vision. Le télépathe avait un sourire en coin qui ne lui plaisait absolument pas.
"Tout va bien, Erik ? Je ne t'ai pas fait mal au moins ?"
Erik se releva et se retint de grogner quand le mouvement réveilla la douleur dans son dos. La colère et son pouvoir lui avait fait perdre sa concentration et son adversaire en avait profité pour passer à l'offensive.
Charles s'approcha de lui, le sourire vite remplacé par de l'inquiétude sur son visage. Erik l'arrêta d'un geste brusque de la main. Il ne voulait pas de sa pitié, ni de son inquiétude et encore moins de sa sollicitude.
"Tout va bien. Il en faut plus pour me blesser, tu es à des lieux de faire le poids."
Et parce que Charles s'approchait toujours, il ajouta :
"Il va encore falloir que tu t'entraînes si tu veux me blesser."
"Pourquoi est-ce que je voudrais faire mal à un ami ?"
Encore cette connerie.
Comme Erik restait silencieux, Charles ajouta :
"Tu es tombé violemment sur le dos. Je préférais faire vérifier que tu n'as rien par le médecin de la base."
"Je vais bien. Continuons."
"Je ne me battrais plus contre toi aujourd'hui. Je respecterai ton choix de ne pas aller à l'infirmerie, mais je refuse de prendre le risque que tu te blesses encore plus."
Erik serra la mâchoire. Cet homme était exaspérant.
Au lieu d'avoir peur lorsqu'il fut fusillé du regard, Charles sourit.
"On pourrait profiter de ce petit répit pour faire un peu plus connaissance. Et si tu veux j'irai te chercher un café pendant que tu vois le médecin. Celui de la machine du bureau de Striker, pas le jus de chaussette qu'ils servent à la cantine."
Le télépathe l'observait avec espoir. Refuser signifiait voir apparaître la déception dans ces magnifiques yeux bleus et, à cet instant, Erik fut incapable de s'y résoudre.
Pour la première fois depuis des années, il fit passer les besoins d'un autre avant les siens. Mais il était hors de question que Charles s'imagine avoir la moindre emprise sur lui.
"Ajoute un peu de son bourbon au café et je pense pouvoir rester le temps que ces incapables de l'infirmerie fassent les vérifications nécessaires."
Le sourire de Charles devint tout simplement radieux.
"Parfait. Je t'accompagne là-bas et je vais le chercher immédiatement après."
Il fit demi-tour et se dirigea vers la porte sans attendre. Erik l'observa en se demandant encore ce qui l'avait poussé à accepter. Ce ne fut qu'arrivé à destination que Charles se rendit compte qu'Erik ne l'avait pas suivi.
Il se retourna vers lui :
"Tu viens ?"
Ha oui. Ce sourire. Il était prêt à faire des efforts si Charles Xavier continuait à sourire ainsi.
ooOoo
Il put, durant les semaines qui suivirent, profiter plusieurs fois des ces sourires. Ce n'était pas bien compliqué, l'homme les distribuait librement.
À n'importe qui.
À la serveuse de la cafétéria quand elle lui tendait son repas.
Aux techniciens qui les aidaient à enfiler leurs combinaisons de dérive.
Aux gens qui faisaient le ménage dans les couloirs.
À la secrétaire de Striker.
À son aide de camp également.
Tout le monde avait le droit à ses sourires et peu à peu, Erik chercha à les provoquer. Il aimait spécialement voir les lèvres de Charles s'étirer parce que lui-même avait sortit un trait d'humour ou lui avait tout simplement fait plaisir.
Comme chaque matin, Erik se promit qu'aujourd'hui, il résisterait. Il ne tenterait pas d'obtenir un de ses petits rayons de soleil. Pendant que la lame de son rasoir glissait sur sa peau, il savait qu'il ne réussirait certainement pas. Comme il avait échoué la veille. Et l'avant-veille. Et le jour d'avant.
Il y avait quelque chose d'addictif chez Charles. Et malgré toute sa volonté, Erik recherchait de plus en plus sa présence. Ça avait des conséquences positives sur leur compatibilité à la dérive, mais avait également plusieurs effets secondaires dont il se serait bien débarrassés.
Le premier - et le plus pénible - était les moqueries incessantes d'Emma et Azazel. Heureusement, ils se limitaient à faire leurs remarques quand ils étaient seuls et Erik pouvait les ignorer comme il voulait. Il ne faudrait pas que Charles les entende et s'imagine qu'Erik l'apprécie.
Le second était qu'en réalité, il l'appréciait. De plus en plus. Charles était drôle, cultivé, intelligent, attentif. Et, s'il devait être honnête, diablement séduisant.
Ce qui entraînait le troisième effet secondaire. Celui qu'Erik refusait d'admettre. Même dans le secret de son propre esprit. Avec deux télépathes autour de lui, il ne serait jamais assez prudent.
Il attrapa une serviette et essuya ce qu'il restait de mousse à raser sur son cou et ses joues. Il quitta la salle de bain et entra dans sa chambre. Il commençait à s'habiller lorsqu'une alarme retentit soudainement.
Un Kaiju.
Deux secondes plus tard, son téléphone se mit à sonner. Il décrocha. C'était Hank.
"Un Kaiju de catégorie deux vient de sortir de la faille. Il se dirige vers nous. Vous êtes déployés. Charles est déjà là. tu as cinq minutes."
"Compris."
Hank raccrocha.
Erik sortit immédiatement de sa chambre et se dirigea vers le laboratoire. Comme le scientifique lui avait annoncé, son co-pilote était déjà présent et il s'était équipé.
Il accueillit Erik avec un immense sourire. Ce dernier sentit son cœur rater un battement ou deux avant de se ressaisir et d'aller s'installer sur son propre promontoire. Les techniciens s'affairèrent immédiatement autour de lui. Il les laissa l'habiller et se concentra plutôt sur ce que lui disait Charles :
"J'étais en train de faire des tests sur l'interface neuronale quand la faille s'est ouverte. J'ai insisté auprès de Striker afin qu'il nous laisse sortir. Nous sommes prêts. Je rêve de me battre à tes côtés depuis des semaines."
Le cerveau d'Erik choisit ce moment pour lui rappeler qu'il avait lui-même rêvé de faire quelque chose avec son équipier. Et ce n'était pas se battre. Il repoussa bien vite cette pensée et balbutia :
"Moi aussi."
Charles sourit à nouveau.
Erik l'observa pendant qu'il s'éloignait.
Vraiment super, Lehnsherr. Heureusement qu'Azazel et Emma ne sont pas là.
Il cacha son malaise en aboyant après les techniciens qui le changeaient. Voilà qu'il parlait comme cet idiot. Le télépathe avait du lui faire quelque chose au cerveau, ce n'était pas possible autrement.
Mais même dans la solitude de son propre esprit, il savait que cette idée était idiote. Jamais Charles ne se servirait de ses pouvoirs afin d'influencer les gens. Il était bien trop droit pour ça.
A peine équipé, il se dirigea avec son co-pilote vers le cockpit du Jaeger. Charles avait insisté qu'ils utilisent le sien, Cerebro, quitte à y faire quelques modifications pour Erik.
Les techniciens avaient travaillé d'arrache-pied afin de placer différents métaux derrières les plaques d'acier qui recouvraient l'ensemble du robot. Elles permettaient à Erik de détecter plus facilement les différents éléments qui composaient le Jaeger et lui faisait gagner en vitesse de réaction.
Ils avaient piloté en tandem plusieurs fois et Erik ne fut pas surpris de la facilité à laquelle lui et Charles entrèrent dans le pont neuronal, puis dans la dérive. Il ne fut pas plus surpris quand ils réussirent à éliminer l' énorme Kaiju en moins de cinq minutes.
Il devait bien avouer qu'ils formaient une très bonne équipe. Même sans sa télépathie, Charles arrivait à le comprendre comme jamais personne ne l'avait fait avant, même pas sa défunte femme. Son empathie paraissait sans limite et il savait très exactement comment agir quand il était près de lui. Il avait suffit à Erik ne plus se rebeller à chaque fois que l'autre homme faisait un pas vers lui pour que la magie opère.
Pour la première fois depuis qu'il pilotait un Jaeger, il participa à la petite fête qui avait lieu après chaque combat gagné. Rester enfermé dans sa chambre, avec sa colère et sa haine, alors que Charles était rayonnant de joie dans la cafétéria minable du complexe, n'avait absolument aucun attrait.
