Laito ne savait plus quoi faire. La petite n'avait pas besoin d'être changée, elle avait eu son biberon comme les autres… Non vraiment, il ne comprenait pas ce qui pouvait bien clocher.
_Allons, soupira-t-il. Tu dois être fatiguée non ? Pourquoi tu ne dors pas ?
La petite fixait son père de ses petits yeux violet. Elle ne pleurait pas. Du moins tant que quelqu'un la tenait. Dès qu'elle voyait que Laito aller la poser, elle se mettait à crier aussi fort que ses petits poumons le lui permettaient.
La porte de la chambre s'ouvrit. S'était Shū, portant Yui dans ses bras. Elle était habillée de sa chemise de nuit et ses cheveux étaient encore un peu humides sur les pointes.
_Bitch-chan… tu tombes bien, je n'sais plus quoi faire… elle refuse de dormir !
Yui eu un sourire attendri. Voir Laito se lamenter de cette voix désespérée était… assez mignon et un peu drôle en même temps.
_Est ce que tu as essayé de lui lire une histoire ou de lui chanter une berceuse ?
Le vampire la regarda d'un air un peu surpris.
_Quoi ? demanda Yui.
_Ces trucs-là marchent vraiment ?
Elle eut peur de comprendre. Le plus triste à ses yeux était qu'elle avait sans doute deviné juste.
_Vos mère ne l'on jamais fait pour vous ?
Le roux répondit par un signe de tête. Non. Les histoires et les berceuses, aucun des six vampires n'y avaient eu droit. Maintenant, elle s'en voulait d'avoir posé la question. Shū alla la déposer sur une chaise.
_Laisse-la lui Laito. Reiji va encore s'impatienter.
Le roux hocha la tête.
_Laito-kun, je suis désolée…
_Ne t'excuse pas Bitch-chan. Ce n'est pas grave.
L'instant d'après, il ne restait plus dans la pièce que la jeune fille avec les enfants. Reportant son attention sur le bébé dans ses bras, elle se mit à chantonner doucement. Les minutes s'écoulèrent, et l'enfant ferma finalement ses paupières dans un sommeil paisible. Emportée par son propre chant, Yui se laissa elle aussi glisser dans les bras de Morphée.
Pendant que Yui s'occupait de la petite, les frères s'étaient quant à eux réuni dans le salon. Il fallait éclairer cette histoire de bagarre au plus tôt.
_Pour commencer, dit Reiji, je suis allé voir le proviseur directement après vous avoir laissé sur le toit. Les cinq filles ont été identifiée et elles sont suspendu de l'école jusqu'à nouvel ordre.
_C'est tout ?
Ayato ne décolérait pas. Lui, Subaru et Laito étaient manifestement prêts à régler les choses à leur manière : dans le sang.
_Yui-san est à nous, elles ont abîmé ce qui nous appartient. Je veux les tuer !
Calme au départ, Kanato avait presque crié à la fin de sa phrase. Ayato approuva son cadet. Dans le fond, les vampires voulaient tous obtenir réparation.
_Nous ne pouvons pas faire cela. Il ne s'agit pas d'un conflit entre vampires, nous ne pouvons pas tuer ses humaines par vengeance. Il y aurait une enquête, et toute l'école sait ce qui s'est passé. S'il leur arrivait quelque chose, nous serions les premiers suspectés. Dans le pire des cas, notre père pourrait s'en mêler.
Les arguments de Reiji eurent l'effet d'une douche froide. Évidemment, il avait entièrement raison.
_On sait au moins pourquoi elles ont fait ça ? demanda Subaru.
_Apparemment, reprit Reiji, elles vous auraient vu, toi et Yui, à la supérette hier soir. Elles en ont conclu que Yui était peut-être enceinte de l'un d'entre nous.
Plusieurs mâchoires se décrochèrent. Dans d'autre circonstance, s'en aurait était risible.
_Et donc, continua l'ébène, des rumeurs ont commençaient à circuler, selon lesquels Yui se serait servi de nous pour son plaisir. Et je préfère m'arrêter ici avec ces absurdités.
_En clair, dit Shū, tous ceci n'est qu'une grosse crise de jalousie poussée à l'extrême.
_On peut le voir sous cet angle, oui.
Un long silence suivi. Un silence d'autant plus lourd après la conversation animé qui venait d'avoir lieu. Les vampires finirent par se disperser. Il n'y avait plus rien à ajouter de toute façon.
_Jalouse… si elles savaient…
_Je sais Subaru-kun, je sais. Il ne faut plus y penser pour le moment.
Subaru et Laito retournaient à la chambre d'enfant. Le premier pour voir si Yui s'était un peu remise de ses émotions, le second pour s'assurer que les petits allaient bien.
_Et pourquoi je ne devrais plus penser à ça ?
_Pour Bitch-chan. Elle était à la limite du traumatisme quand je l'ai ramenée de l'école. Si tu ne veux pas que toute cette histoire la hante, il faut faire en sorte de ne plus la lui rappeler.
Le roux s'arrêta devant la porte. Il ouvrit doucement, glissant la tête dans l'entrebâillement. Le spectacle le fit sourire. Yui et la petite s'étaient toutes deux endormie.
_Regarde-les, comme elles sont adorables…
Laito entra silencieusement pour laisser Subaru voir la scène. Adorables, oui. C'était le mot pour décrire la jeune fille qui tenait ce bébé, toute deux paisiblement endormie.
Le regard de l'argenté s'arrêta pourtant sur la seule tâche qui gâchait ce doux tableau. Cette marque bleu-noir qui marquait la cuisse de Yui, ainsi que celle sur sa tempe. Subaru pouvait la voir là où s'arrêter la chemise de nuit de la blonde. La colère le fit trembler des pieds à la tête. Laito le vit, mais s'abstint de tout commentaire. Sa langue brûlait de taquiner son frère, mais il ne voulait pas risquer de réveiller ses enfants. Avec une grande douceur, le roux prit la petite endormie et la plaça dans son berceau. Sans perdre un instant, Subaru prit à son tour Yui dans ses bras et l'emmena. Elle dormirait bien mieux dans son lit plutôt que sur une chaise.
La lumière de cette fin d'après-midi filtrait à travers les rideaux de la chambre. Cette douce lueur dissipait à peine la pénombre de la pièce. Dans son lit, Yui dormait toujours. De temps à autre, un faible gémissement s'échappait de ses lèvres. Son sommeil devenait de plus en plus agité au fur et à mesure que le temps s'écoulait.
_Hum… Non… Non partait…
Sa voix plaintive se faisait un peu plus forte à chaque fois. Il ne fallut pas longtemps pour que l'un des vampires ne vienne voir ce qui se passait. Ses yeux d'émeraude fixés sur la jeune fille, Ayato s'avança jusqu'à ce qu'il soit devant le lit, juste à côté d'elle. Il ne se rappelait pas l'avoir déjà vue parler ainsi dans son sommeil. Sauf peut-être le soir ou elle s'était poignardée.
Il s'y revit comme s'il y était encore : elle était étendue inconsciente dans un canapé du salon, aussi pâle qu'un cadavre, une expression d'intense douleur sur le visage. Des gémissements semblables à ceux de ce soir-là s'échappèrent des lèvres de la blonde, ramenant Ayato à l'instant présent. N'y tenant plus, il passa une main sous la nuque de l'humaine.
_Oi, réveille-toi.
Tout en parlant, il lui releva doucement la tête. Les yeux de Yui s'ouvrirent d'un seul coup. Ne réalisant pas tout de suite qui la tenait, elle commença à se débattre. Trop rapidement pour qu'elle puisse la voir bouger, le vampire l'emprisonna dans ses bras, une main plaquait sur les lèvres de la blonde.
_Du calme, chichinashi. C'est moi !
Yui prit une grande inspiration pour retrouver son calme. Elle avait toujours peur de lui, mais pour une fois elle ne voulait pas qu'il la lâche. Son étreinte -bien qu'un peu trop serré- la réconfortait un peu. Tant qu'elle serait là contre lui, rien d'autre ne pouvait lui faire du mal. Ayato retira sa main de ses lèvres.
_Alors, tu es calmée ?
_Heu… Oui, ça va… Ayato-kun, pourquoi tu m'as réveillée ?
_Tu n'te rappel pas ? Tu faisais un cauchemar. C'est toi qui m'as réveillé.
_Oh… pardon, je ne voulais pas…
Elle ne finit jamais sa phrase, coupée par les crocs qui s'enfonçaient dans son cou. Elle haleta de douleur. Dans le fond, elle se doutait qu'il allait la mordre. Elle détestait ses morsures il était toujours brutal et égoïste.
Mais il y avait pire, ses frères Laito et Kanato. Laito chercher toujours à lui faire le plus de mal possible pour s'amuser, et Kanato… elle n'avait pas de mot pour le décrire lorsqu'il se nourrissait d'elle. Il la terrorisée au moins autant que Reiji. Ayato but plusieurs gorgées avant de la relâchée. Elle tomba mollement sur son lit.
_C'est ta punition pour m'avoir réveillé.
La seconde d'après, Yui était seule. Sachant qu'elle n'arriverait pas à se rendormir, elle s'assit sur son lit, prit le livre qu'elle s'était achetée deux jours auparavant, et se plongea dans sa lecture.
