CHEMIN DE RENVERSE ET LOUBOUTIN

-Mmmh oui je vois...

Qu'est-ce que tu peux voir, t'es qu'une vielle serpillière rapiécée et sans doute pleine de poux ! Par Odin qu'on m'ôte cette chose de la tête et qu'on en finisse j'en peux plus de faire face à cette bande de sorciers bizarres qui me fixent comme s'il allait me pousser une deuxième tête... oh pitié, faites que cette horreur ne me fasse pas pousser une autre tête !

-Un peux de sérieux jeune fille, pour quelle raison vous affublerai-je d'une deuxième tête, même si ça vous servirai de leçon pour oser me traiter de serpillière, j'ai déjà bien assez de travaille à démêler ce qu'il se passe dans votre seule et unique tête !

-Me dites-pas que ce truc lit dans mes pensées ! Hurlais-je en voulant me relever du fauteuil où on m'avait installée.

La poigne solide de Liv m'incita à recoller mes fesses au fond de l'assise en velours grenat tout en fixant un regard avide sur l'artefact magique.

-En voilà une information intéressante ! Dis moi jolie chapeau, est-ce que tu peux me dire si s'est bien ma charmante et bien-aimée nièce qui a flingué mes encore plus bien-aimés escarpins Louboutin le mois dernier? Demanda ma tante avec une lueur dangereuse au fond des yeux.

Oh bouse de troll ! Je pensais qu'elle avait oublié et lâché l'affaire depuis le temps...

Pitié gentil petit chapeau sois un amour et ferme là... Bon sang je supplie vraiment trop aujourd'hui faut vraiment que je reprenne!

Si jamais tu oses dire quoi que ce soit, je jure de te gluer sur la tête du prof flippant avec les cheveux gras, menaçais-je intérieurement le couvre-chef.

Un silence pesant se fit alors pendant une minute qui me semblât durer des siècles avant que le choixpeau ne sorte de sa profonde réflexion pour me porter le coup de grâce.

-Vous voulez parler de celles en sequins rose or de la gamme So Kate ? Demanda innocemment ce traître de chapeau à la manque.

-Saloperie de...

-Je le savais ! Vengeance ! Cria Liv en tentant de m'arracher des pieds ma propre paire de Louboutin en cuir vernis que j'avais acheté spécialement pour aujourd'hui.

S'il était une chose qui était sacrée chez les valkyries s'était bien l'attachement immodérée que nous portions aux articles de luxe, aussi il était hors de question que je me laisse faire...et Liv non plus d'ailleurs... en fait, je crois qu'une lutte à mort s'annonçait...

-Mais enfin mesdemoiselles, cessez donc cette comédie. Vous ne pouvez décemment pas... Tenta d'intervenir le professeur Chourave avant d'être interrompue par mon autre tante qui l'arrêta avec sérieux.

-Laissez... Une grave faute a été commise, le prix du sang se doit d'être versé pour laver l'offense.

-Mais c'était pas ma faute ! S'est cet abruti de loup-garou à la fête de tante Siri qui a pas arrêté de me coller et qui a fini par renverser son whisky puant sur moi ! Hurlais-je pour me défendre.

-Quoi tu as noyé mes bébés dans l'alcool !

-Mais je te dis que s'est pas moi mais l'autre sac à puces de Nils qui m'a stalké non-stop en mode loup en rut !

-Attend... ce bâtard de clébard en manque a osé poser ses sales pattes crasseuses sur toi ? Gronda Liv rageusement.

Si il t'a fait du mal, je jure par Freyja que...

-T'inquiète je me suis vengée, ainsi que l'honneur bafoué de tes précieuses Louby en lui plantant leurs talons dans les parties basses, annonçais-je fièrement.

-Ouh ça s'est ma Sanna ! Viens dans les bras de tata que je te fasse un câlin. Je suis tellement fière de toi... Ma petite puce a castré son premier loup-garou, tu es une femme maintenant... dit-elle la larme à l'œil.

-J'ai dix-huit ans, ça fait longtemps que je suis plus une gamine.

Autour de nous, le reste des êtres présents dans la pièce semblaient plus où moins dubitatifs face à la scène et au changement d'humeur intempestif de ma tante, mais j'étais habitué à ce genre de réaction et gloussai en racontant à Liv l'anecdote de cette fameuse soirée.

-Oui assurément...

J'interrompais mon imitation de la tête de Nils et levais les yeux vers le haut en tentant d'avoir un aperçut du choixpeau, toujours perché sur ma tête qui venait de parler.

-Il n'y a aucun doute possible... Continua solennellement le vieux bout de tissu.

...C'est un pur produit Serpentard !

J'haussais un sourcil perplexe face à cette annonce et lançais un regard en direction des quatre directeurs de maison. Ils avaient l'air soulagé du verdict qui annonçait la fin de cette longue entrevue... Enfin tous sauf un.

Derrière son air d'impassible de croque-mort constipé, il me semblait distinguer une vague lueur de panique au fond des deux obsidiennes de mon nouveau directeur, quelque chose qui avait l'air de hurler un truc du genre « Par les couilles de Merlin pourquoi moi ! ».

Enfin, après tout, ce n'était qu'une impression, je pouvais bien me tromper. Pour montrer ma bonne foi et que je ne mordais pas... enfin pas sans raison, j'adressais un sourire enthousiaste au grand manitou des serpents... Sourire qui se fit accueillir par un regard aussi polaire que la banquise, l'antarctique pouvait être considéré comme un véritable sauna, chaud et accueillant, comparé à ce type.

-Parfait ! Maintenant que ce détail est réglé, voici la liste des fournitures, manuels et uniformes que vous pourrez vous procurez au chemin de traverse... Commença à énuméré le simili Merlin en me tendant un parchemin estampillé aux armoiries de Poudlard.

...étant donné que vous n'êtes pas très familières du monde sorcier, un professeur vous y accompagnera comme il est de coutume avec les nés-moldus. Le professeur Snape se fera un plaisir de vous guider, termina le vieux sorcier avec un immense sourire.

Je quittais un instant la liste des yeux pour reporter mon attention sur notre chaperon attitré. Pas sûr que le mot ''plaisir'' soit de rigueur en ce moment... ni a aucun autre d'ailleurs. Est-ce que cet homme était capable de ressentir quoi que ce soit de positif ? On aurai dit que tous les muscles de son visage étaient figés dans une grimace à mi chemin entre l'ennui et le mépris. J'avais vu des cadavres avec un air bien plus joyeux... ou même vivant !

Plissant les yeux pour examiner plus en détails l'étrange personnage, je me demandais s'il était vraiment ''humain'' ? À tous les coups il avait du sang vampirique en lui, peut-être même un lointain ancêtre démon. Après tout, il n'était pas rare de voir les créatures du mythos se mélanger, j'en étais la preuve vivante.

-C'est une habitude chez vous miss de fixer des inconnus avec des yeux de merlan frit ou votre cerveau est juste plus lent que la moyenne de mes cornichons d'élèves habituels?

Je haussais un sourcil devant le ton cassant. Cet homme était un véritable rayon de soleil...

Sans répondre, je me tournais vers Dumbledore.

-Dites, je peux changer de maison ? Je préfère avoir le petit professeur comme directeur il est beaucoup plus mignon...

-Non mais c'est une plaisanterie ! Sanna pitié, il est encore temps de changer d'avis et d'abandonner cette école de fous furieux !

Quelque peu indécise, j'avisais Liv qui tenait devant elle un uniforme de parfait petit serpentard avec un air passablement dégoûté.

-Non vraiment ce n'est pas possible, tu ne peux pas porter cette chose informe... en plus c'est de la laine et du coton ! Ta peau est bien trop délicate pour subir un tel traitement, allez ma chérie rentre à la maison avec nous.

Je me retins de glousser en voyant l'air agacé de madame Guipure qui nous avait vu débarquer comme des tornades dans sa boutique un peu plus tôt.

Depuis, Hildr avait disparue au fin fond du magasin tandis que Liv et moi prospections à la recherche des articles inscrits sur le parchemin.

Le professeur Snape quant à lui était parti directement s'installer dans un fauteuil près des cabines d'essayage, cela faisait une bonne heure qu'il nous accompagnait dans les différentes échoppes du chemin de traverse et il semblait qu'il approchait doucement mais sûrement de son point de rupture. Il apparaissait que faire les magasins en compagnie de trois valkyries accro au shopping ne faisait pas parti de ses passes temps préférés.

Laissant glisser mes doigts sur le tissu épais de la jupe, bien trop longue à mon goût, je restais songeuse.

-Tu peux encore t'inscrire à Beauxbâtons tu sais, au moins leurs uniformes ont plus de style... et les hommes français sont tellement canons, tenta Liv avec un air désespéré.

-Je ne suis pas certaine que mon père serait d'accord avec ça...

-Ton père est un crétin, la seule chose de bien qu'il a réussi dans la vie avec sa baguette mollassonne s'est de te mettre au monde.

-M'man serait tellement contente d'entendre ça, gloussais-je amusée devant le dédain de ma tante.

-Ta mère sait parfaitement ce que j'en pense ne t'inquiète pas, le nez de ton père est là pour le lui rappeler.

-Alors s'était toi ? P'pa n'a jamais voulu me dire ce qu'il lui était arrivé pour avoir un nez aussi tordu.

-Il est des choses que même la magie sorcière ne peut réparer, sourit fièrement Liv en plaçant l'uniforme devant moi pour avoir une idée de quoi j'aurai l'air avec.

Mmm... il va falloir me raccourcir cette jupe d'au moins cinq à dix centimètre au moins...

-Mais... mais c'est inacceptable voyons, la décence... enfin... et le règlement... professeur Snape mais dites leur ! S'offusqua la commerçante en se tournant en direction de l'homme en noir qui semblait complètement indifférent.

-Je vais prendre ceci s'il vous plaît...

J'haussais un sourcil perplexe devant la pile vertigineuse de vêtements qui s'entassaient dans les bras de Hildr qui venait de débarquer d'on sait où. Il n'y avait pas à dire, quand il s'agissait de shopping, Hildr battait toute les valkyries à plate couture.

-...et je vais prendre cette théière aussi, la mienne se sent seule en ce moment, fit-elle en désignant l'objet qui trônait sur un plateau près du comptoir.

-Mais elle n'est pas à vendre, c'est...

-Vous prenez la carte black ?

Madame Guipure ouvrit de grands yeux en voyant le petit rectangle noir qui même dans le monde magique indiquait que son possesseur avait plus que de gros moyen financier.

Dans le mythos cela restait relativement banal au vu de la proportion d'êtres quasiment immortels qui avait su se bâtir une petite fortune au cours des âges, en particulier chez les vampires et les valkyries mais chez les sorciers cela avait l'air de faire son petit effet.

Sortant ma baguette, je rétrécissais magiquement l'ensemble de nos achats avant de les ranger dans mon sac à main.

-Quelles belles finissions... mais je ne reconnais pas la matière, serait-ce de la peau de dragon ?

Je reportais mon attention sur la vendeuse qui semblait soudain fascinée par mon sac.

-Miséricorde Sanna, tu tiens vraiment à rester dans un endroit où les gens sont pas foutus de reconnaître un sac Channel !

-Votre tante à raison, vous devriez y réfléchir à deux fois, il est encore temps de vous raviser, susurra une voix dangereusement basse me faisant sursauter.

Vampire ! Clairement ce type avait des gènes de vampire en lui. C'était pas possible autrement de se glisser de cette manière dans le dos des gens... et cet air lugubre mon dieu, on dirait qu'il avait des idées suicidaires... ou de meurtres.

J'avais bien compris depuis le début que ce professeur avait autant envie de moi dans ses rangs que de se faire embrasser par un détraqueur mais franchement son obstination à tenter de me faire fuir ne faisait que m'inciter plus encore à vouloir le contrarier.

-Me raviser ? Répétais-je innocemment en battant des cils de façon ingénue.

Jamais de la vie ! Votre société est tout à fait fascinante et plus je passe de temps en votre charmante compagnie professeur, moins j'ai envie rentrer, lui dis-je avec un grand sourire hypocrite.

À ma grande surprise, je vis l'ébauche d'un sourire relever le coin de ses lèvres pincées, cela n'avait duré qu'une seconde mais je n'avais pas rêvé.

-...un pur produit serpentard alors ?... nous verrons bien, l'entendis-je murmurer pour lui même.

-Ne vend pas la peau du python avant d'avoir tes escarpin beau brun, tu pourrais y laisser quelques crocs, chantonna Hildr en s'approchant de lui.

-Votre tante souffre-t-elle d'un quelconque trouble mental ? Nous pouvons faire un crochet par Sainte Mangouste si c'est nécessaire, annonça platement le beau brun en question.

-Disons que c'est un peu le chaos dans sa tête mais ça lui convient plutôt bien, répliqua Liv habituée à ce qu'on traite sa sœur de folle.

-Le chaos est une échelle ! hurla Hildr avec un air extatique.

-Oui s'est ça, et tu regardes beaucoup trop Game of Throne chérie... soupira-t-elle.

-Car la nuit est sombre et pleine de terreur...

-Mais oui, mais oui... valar morghulis ma chérie, on sait...

-...mais Le King n'est pas mort hélas...

-Le king ? Tu veux parler d'Elvis Presley ? Je sais bien que tu aimes pas sa musique mais de là à souhaiter sa mort à nouveau...

-Nix nix, I wanna stick around a while and get my kicks.Chanta Hildr en reprenant lugubrement les paroles d'Elvis.

-Jailhouse Rock ? J'ai horreur de cette chanson...

Le pauvre professeur avait l'air perdu entre les deux sœurs et je décidais d'intervenir en sachant pertinemment que cette conversation sans queue ni tête pouvait durer encore longtemps.

-Bon et si on y allait, dis-je en poussant la porte pour sortir. Il me reste encore...

-Dis moi Sannananas, tu as déjà vu la vidéo où Ed Sheeran chante ''Hit me baby one more time'' ? M'interrompit Hildr.

-Non pourquoi ?

-Oh juste une idée qui me passe par la tête, fit-elle en souriant mystérieusement.

Je haussais des épaules ne cherchant pas plus à comprendre les propos loufoques de ma tante et m'apprêtais à reprendre ma route quand soudain une espèce de boulet de canon roux surgit de la foule et me percuta de plein fouet me faisant tomber à la renverse et atterrir le cul sur les pavés.

-Bien joué Weasley, dix points pour gryffondor, annonça Snape laconiquement en me fixant d'un air satisfait.

-Bordel Sanna ! Tes louboutin !

-Un soleil rouge se lève. Beaucoup de sang va couler cette nuit, ricana Hildr.

Pour sûr que le sang allait couler, il y avait du meurtre en perspective...


Et voili voilou un nouveau chapitre où ma foi il ne se passe pas grand chose mais où il y a quelques indices concernant ce qu'il va se passer par la suite ;).

J'espère que ça vous aura plu malgré tout, à la prochaine!