ALICE ÇA GLISSE
-Fred voyons!
-Oui ?
-Ah c'est toi Fred... euh, George excuse toi!
Planté devant nous je voyais le vieux patriarche Weasley rouge et essoufflé qui tentait de discipliner les deux énergumènes qui représentaient une petite partie de sa progéniture... en vain.
Arthur se confondait en excuses devant Sanna et ses tantes tout en lançant des réprimandes à ses fils sans savoir lequel était qui.
-Pardon mesdemoiselles veuillez nous pardonner. Mes fils sont assez empotés...
-Hey ! Râla un des rouquins qui aidait Sanna à se remettre sur pieds.
-... et avec la rentrée qui approche c'est de la folie ici, ça devient impossible de circuler, continua-t-il en s'essuyant le front avec un mouchoir.
-Par Freyja ça me rend toute chose de me faire appeler mademoiselle. Dites moi jeune homme vous êtes libre ce soir, je suis certaine que vous devez êtes un amant aussi flamboyant que votre magnifique crinière ?
Merlin, comment j'allais faire pour ne pas rire devant les visages du trio de rouquins qui allaient de la gêne teintée par l'ahurissement pour le paternel, au dégoût le plus total pour les jumeaux qui semblaient effarés que leur père puisse avoir des rapports sexuels... pourtant vu le nombre insensé de frères et sœur qu'ils se coltinaient...
-Mais je... enfin, je suis un homme marié.
-Ne vous en faites pas je ne suis pas jalouse.
-Mais non ! Ce n'est pas la question voyons ! Et puis vous être vraiment trop jeune pour faire ce genre de propositions, que diraient vos parents ! Se repris Arthur en montant le ton.
Je haussais un sourcils et portais le regard sur la petite valkyrie aux faux airs angéliques. Elle souriait, mutine, les petites fossettes au creux de ses joues accentuant son côté séducteur.
-J'ai mille deux cents ans... enfin à quelques décennies près. On avait pas trop le même système calendaire à mon époque alors c'est pas évident d'être exacte là-dessus, dit-elle en tapotant son index sur ses lèvres écarlates l'air de réfléchir. Quant à mes parents ils sont morts décapités lors du raid du Jarl Håkon Grjotgardsson... aah c'était le bon vieux temps... soupira-t-elle nostalgique.
Cette femme était belle et bien folle... Mais voir les Weasley bouche bée était un spectacle assez plaisant, surtout les deux suppôts de Satan qui mettaient Poudlard sans dessus dessous depuis six ans déjà.
Tapis dans l'ombre je me décidais à intervenir, la matinée avait été assez longue comme ça sans que je la prolonge inutilement à contempler les rouquins jouer les poissons rouge hors de l'eau.
-Arthur, bien que ça soit pour moi une joie immense de voir que le gène Weasley fait encore des merveilles auprès de la gente féminine, je me dois d'interrompre ce charmant moment. J'ai encore fort à faire avec ces... dames, en particulier avec miss Sanna qui, si je ne me trompe pas, est en train d'essayer d'attenter à la vie d'un de vos enfants. Terminais-je en désignant la jeune femme qui s'était éloignée du groupe en poursuivant rageusement George avec un chaussure à la main en guise d'arme.
-Serverus ? Par Merlin que fais-tu la?
Je soupirais las des questions qui allaient venir mais déjà Arthur reprenait sans me laisser le temps de répondre.
-S'il te plaît ne dit rien à Molly lors de la prochaine réunion, dit-il en chuchotant d'un air anxieux.
Le pauvre n'avait rien à se reprocher mais avait clairement peur des éventuelles représailles qui lui tomberaient dessus si Molly avait vent de cette petite mésaventure... enfin connaissant le caractère de cette dernière je pouvais le comprendre, plus jalouse et protectrice que cette femme il n'y avait pas... une vraie lionne gryffondor.
-Elle est vraiment sur les nerfs depuis le procès de Harry et avec ce qui se passe à la maison... enfin tu comprends.
Bien sûr que je comprenais, être coincé au square Grimmaurd avec l'autre clébard qui tournait en rond comme un lion en cage à se morfondre mettrait les nerfs à n'importe qui... bon je me doutais qu'il ne parlait pas vraiment de ça, mais il n'empêche que j'avais tout fait pour passer le moins de temps possible dans ce trou à rats au cours des semaines écoulées, alors je n'allais certainement pas aller traîner ma carcasse là-bas pour échanger des potins avec la plus grande commère de l'ordre.
-Tu devrais passer à l'occasion d'ailleurs, Molly va préparer un festin pour fêter l'acquittement de Harry.
Des fois je me demandais si cette famille était composée de gens infiniment gentils ou juste d'abrutis finis... dans quel monde est-ce qu'ils vivaient pour s'imaginer que ça me ferait plaisir de venir me faire exploser l'estomac dans la maison de mon pire ennemi encore en vie, entouré par une bande d'adolescents bruyants et tout aussi détestables, le tout dans une ambiance festive qui célébrait le fils de mon pire ennemi décédé.
-J'y penserais... marmonnais-je d'un ton désintéressé.
-Formidable ! Bon Fred, George assez joué, dépêchons nous ou votre mère va nous passer un sacré savon. Mesdemoiselles ce fut un plaisir. Termina Arthur, s'inclinant brièvement devant les trois femmes avant de disparaître dans la cohue qui animait le chemin de traverse.
-Qui était-ce ?
Je baissais les yeux sur ma future élève qui, pliée sur le côté, renfilait sa chaussure en observant l'endroit où avaient filé les Weasley.
-Vos futurs camarades de promotion... évitez les autant que possible vous risqueriez de vous attirer des ennuis.
-Vraiment... Voilà qui pourrait être intéressant, fit-elle avec un sourire mutin.
-À moins de vouloir passer tout votre temps libre en compagnie de notre concierge monsieur Rusard, je vous déconseille de vous engager dans cette voie jeune fille.
Je l'entendis marmonner quelque chose à propos des anglais chiants comme la pluie avant qu'elle ne s'éclipse en direction de la boutique d'à côté qui affichait dans sa vitrine une multitude de bijoux aux prix exorbitants. Sanna et ses tantes semblaient comme hypnotisées par le scintillement des pierres précieuses qui se reflétait dans leurs yeux.
Je poussais un discret soupir me faisant note de me renseigner sous peu sur ses étranges créatures. Comme si j'avais le temps de gérer un des phénomènes de foire de ce vieux fou d'Albus...
Sortant ma montre de ma poche, je me rendait compte de l'heure tardive. Il était presque deux heures de l'après-midi et j'avais encore bien à faire au château pour préparer la rentrée sans compter les activités ''extrascolaires'' qui risquaient d'occuper ma soirée.
-Qu'il soit blanc ou noir il semblerait que le lapin soit toujours en retard...
Fronçant les sourcils, j'avisais la valkyrie qui s'était glissée à mes côté sans que je m'en aperçoive, chose pour le moins troublante car il était rare que je me laisse surprendre.
Hildr me fixait de son regard nébuleux avec un demi-sourire.
-Je vais devoir prendre congé, ma tâche concernant miss Sanna étant achevée je vais rentrer au château.
Les yeux rêveurs de mon interlocutrice se portèrent sur sa nièce qui continuait de s'extasier un peu plus loin.
-Je n'aime pas les taches, elles salissent tout... mais ça vous le savez mieux que quiconque, c'est pour cela que le lapin blanc s'est paré de noir n'est-ce pas ?
-Je ne comprend pas un traître mot de ce que vous dîtes.
-Traître... voilà un terme qu'il ne faut pas utiliser à la légère... En attendant monsieur Snapin j'espère que vous prendrez bien soin de notre chère Alice, elle est encore bien jeune et il ne faudrait pas qu'elle s'égare dans le terrier du serpent blanc.
Par Merlin j'avais l'impression que mon cerveau tournait à plein régime tout en s'embourbant dans la mélasse en essayant de comprendre cette femme. Je sentait que derrière ses propos plus ridicules les uns que les autres se cachait une vérité bien plus inquiétante... Peut-être que l'autre folle de Sibylle arriverait à décoder cela.
-Poudlard est un lieu sûr, Sanna ne craint rien, répondis-je pas certain de savoir si ma réponse était adéquate.
Les yeux d'Hildr s'assombrirent en se posant sur le sol pavé, ses lèvres remuèrent sans qu'un son n'en sorte et je serrais les dents en entendant le bruit strident que produisirent ses ongles manucurés contre la porcelaine de sa théière alors que ses doigts se crispaient pareils aux serres d'un rapace.
-Je n'aime pas le mensonge, nul lieu n'est sécuritaire en ce monde votre école moins que bien d'autres. Vous ne pourrez le cacher bien longtemps, les rumeurs circulent plus vite que le vent d'est dans le mythos et les plus obscures créatures s'agitent dans l'ombre...
Nous avons longuement hésité à vous confier notre chair, mais comme vous l'avez si bien dit, Sanna ne craint rien... car une valkyrie ne doit connaître la crainte...
Ces créatures avaient l'air bien plus perspicaces qu'il n'y semblait au premier abord. Était-ce une façon détournée de nous faire comprendre qu'elles en savaient plus que le commun des sorciers sur ce qu'il se tramait depuis le retour du mage noir... J'allais avoir une sérieuse discussion avec Albus à ce sujet, il me semblait évident que le vieux bouc nous avait encore caché des choses.
-Vous ferez nos amitiés à ce cher Perceval, sourit malicieusement la valkyrie avec un clin d'œil.
-Qu'allez-vous faire en attendant la rentrée, avez-vous un endroit où loger ? Demandais-je en observant du coin de l'œil un groupe de jeunes que je savais appartenir à ma maison qui sortaient de la boutique de sports magiques.
-Serait-ce une proposition beau brun ? Gloussa Hildr avant de continuer plus sérieusement.
Nous avons pris une suite au Corinthia hotel, quant à nos occupations... j'imagine que cela ne sera rien qui puisse avoir de l'intérêt à vos yeux.
-Je ne connaît pas cet hôtel...
-Je me doute que vous ne devez pas passez beaucoup de temps dans les cinq étoiles moldus.
-En effet.
Je reportais mon attention sur Sanna qui tentait de convaincre Liv de la laissé réduire la taille de ses emplettes en sortant sa baguette.
-Tu vas les abîmer ! Ne touche pas à mes nouveaux bébés avec ta saloperie de magie ! Grogna la blonde en serrant ses paquets jalousement dans ses bras.
Je vis Sanna afficher une moue dubitative en rabaissant sa baguette le long de son flanc.
-Comme tu veux... souffla-t-elle avec une pointe de déception avant de se tourner vers nous et de retrouver son sourire en courant vers son autre tante.
Hildr tu viens avec moi voir les animaux de la ménagerie magique !
-Des animaux magiques, voilà qui promet d'être intéressant. J'espère qu'ils ont des ronflaks cornus !
-C'est quoi ça ? Questionna la brune en penchant la tête sur le côté perplexe.
-J'avoue que je ne sais pas trop, mais d'après la description que m'en a fait la jeune fille que j'ai croisé dans l'arrière boutique de madame Guipure ça m'a tout l'air d'être un animal fascinant !
Formidable, voilà une raison supplémentaire pour que je me tire de la au plus vite. Si la fille Lovegood traînait dans les parages je n'avais plus qu'à faire une réservation au service psychiatrique de sainte mangouste, cette fille me rendait dingue avec ses questions tarabiscotées et pire que tout, aucunes de mes menaces ou regards polaires ne semblaient avoir le moindre effet sur elle.
On aurait pu me taxer d'être un lâche fuyant une gamine fêlée du bulbe à peine pubère mais quiconque n'a jamais eu affaire aux questions saugrenues de Luna Lovegood sur le mode de reproduction des détraqueurs ne savait pas qu'elle menace cette petite folle aux yeux de merlan frit représentait... Merlin seul savait pourquoi elle était persuadée que j'étais le fruit de l'union d'une de ces créatures et d'une sorcière... Bon honnêtement je pouvais comprendre comment une telle théorie avait pu germer dans son esprit tordu mais ses questions pour le moins surprenantes m'avaient donné des cauchemars pendant des semaines.
-...seur ?...professeur ?
Je sortais de mes pensées pour me retrouver plongé dans deux iris azur qui me dévisageaient sans gêne.
-Quoi, grondai-je agressivement ne supportant pas cette intrusion dans mon espace vital.
-Je demandais si vous veniez avec nous ?
-J'ai autre chose à faire que de jouer les baby-sitter toute la journée. Sur ce, j'escompte bien ne plus avoir à subir votre si charmante compagnie avant la rentrée mesdames. Assénais-je en me retournant dans une envolée de capes théâtrale.
M'apprêtant à transplaner, j'eus tout juste le temps de capter la voix gloussante de Hildr avant que le décor ne se mette à tournoyer autour de moi.
-Tu as entendu Sanna, monsieur batman nous trouve charmantes !
-Albus vous ne pouvez continuer ainsi, je comprend la nécessité de dissimuler certaines informations en particulier depuis le retour de vous savez qui mais il va falloir nous éclairer un peu plus sur vos projets si vous voulez qu'on vous soit utile !
Usant l'antique tapis persan sous mes pieds, je tentais vainement de garder un minimum de self contrôle alors que le directeur de Poudlard laissait son regard pensif s'égarer sur le parc en contrebas de sa fenêtre.
Un des innombrables bibelots qui envahissaient son bureau venait crachoter des nuages de fumée violette dans sa direction, faisant s'agiter dans un mouvement régulier sa longue barbe blanche sans que cela le perturbe le moins du monde.
Je m'était toujours étonné du calme que dégageait cette pièce malgré le capharnaüm qui y régnait, même les portraits somnolents des anciens directeurs ne semblaient pas troublés par les incessants chuintements et cliquetis que produisaient la collection d'objet farfelus de Dumbledore.
Mais aujourd'hui alors que pour une fois j'allais volontairement à la rencontre du vieux fou pour obtenir des réponses, voilà que ce dernier se murait dans un silence pesant.
-Comment as-tu trouvé Harry la dernière fois que vous vous êtes rendu au Square Grimmaurd ?
Fronçant les sourcils, je me demandais pourquoi Albus me posait cette question tout à coup. On pouvait toujours compter sur le directeur pour détourner la conversation dans le sens qui lui agréait le mieux.
-Potter ? Comme toujours, il se pavane en compagnie de sa je-sais-tout de service et de son faire valoir à poil roux. Tout cela pour la plus grande joie de son cabot de parrain.
-Severus... Soupira le vieil homme en secouant la tête.
-Quoi vous m'avez demandé, fis-je de mauvaise foi.
-Et concernant Tom, as-tu noté un quelconque changement de son côté, quelque chose d'anormal ?
Avisant la lueur inquiète qui brillait dans le regard bleuté qui me dévisageait, je pris le temps de réfléchir comprenant qu'il y avait un lien entre les dernières questions d'Albus... seulement je ne voyais pas vraiment lequel.
L'autre face de serpent mégalo continuait de nous abrutir de ses discours ô combien passionnant sur sa futur suprématie suprême tout en se tapant de gros fantasmes sur le meilleur moyen de faire bouffer les pissenlits par la racine à Potter... rien de bien exceptionnel en soi... et on s'étonnait de ma consommation excessive d'alcool après !
...face de serpent... voilà qui me rappelait vaguement ma...''conversation'' avec une autre folle un peu plus tôt dans la journée, je me demande si...
-Severus ?
-Hmm ?
-Concernant Tom ?
-Rien à signaler, il continu de rassembler ses forces et de glaner des infos. Rien de spécial à signaler pour le moment, marmonnais-je en sortant de mes pensées.
-Bien...
Albus retourna à sa contemplation de monde extérieur pendant quelques secondes avant qu'un sourire ne fleurisse sur le coin de ses lèvres.
-Et dis moi Severus, qu'as-tu pensé de notre nouvelle recrue et de sa famille ?
-Elles sont... intéressantes.
-N'est-ce pas. Chaque fois je me surprend à découvrir que la nouvelle année scolaire s'annonce toujours plus intrigante que la précédente tu ne trouves pas ? Fit-il le regard pétillant.
-Je suppose... d'ailleurs à ce sujet j'ai quelques question concernant vos nouvelles... recrues comme vous dites si bien.
-Ah je suppose que je ne vais pas pouvoir y échapper cette fois ci ! S'exclama joyeusement le vieux fou avant de me tendre une bonbonnière en cristal.
Un bonbon au citron ?
