CHOCO, COSMO ET CHOSES BRISÉES
Passant l'entrée du hall de l'hôtel, j'esquissais un discret sourire amusée de l'attention qui se porta immédiatement sur mes tantes et moi alors que nos talons claquaient de concert sur le sol de marbre du Corinthia. L'art des entrées fracassante se cultivait depuis toujours dans notre famille et je calquais mon attitude sur Liv et Hildr qui avançaient vers la réception comme deux reines investissant un territoire conquit.
Quelques femmes s'agacèrent de voir leur compagnon reluquer sans vergogne le spectacle qui s'offrait à leurs yeux.
Nous étions belles, nous le savions et nous adorions en jouer. Mais derrière cette apparente beauté qui nous caractérisait se cachait quelque chose de plus dangereux que quelques rares individus parvenaient à percevoir, bien que trop tard, comme un animal pris au piège par les feux éblouissant d'une voiture.
-Paul quel plaisir de vous revoir ! J'ai l'impression que cela fait une éternité !
Sortant de ma contemplation, j'avisais le majordome venu à notre rencontre. Ce dernier dans son impeccable costume tiré à quatre épingles esquissait un salut distingué avant de répondre à Liv.
-Et pourtant vous semblez encore plus resplendissante que dans mes souvenirs madame.
Liv gloussa ravie du compliment tout en déposant ses affaires sur le chariot d'un groom que Paul avait discrètement appelé.
-Je sais, s'enorgueillit-elle sans aucune modestie avec un sourire carnassier.
J'avais réservé un soin du corps pour seize heure.
-Tout est prêt madame, souhaitez-vous vous y rendre maintenant où vous passez dans votre suite avant ?
-Je vais y aller tout de suite. J'ai vraiment besoin de me détendre après avoir passé autant de temps à... enfin peut importe. Sanna chérie tu es sûre de ne pas vouloir m'accompagner tu as une mine affreuse, ça te ferait du bien?
J'achevais de déposer mes propres affaires avant de me tourner vers Liv pour lui répondre en me retenant de lui sauter dessus pour lui ôter son petit air moqueur.
-Non je préfère aller à la chambre d'abord. J'irais faire un tour à la piscine un peu plus tard.
-Comme tu veux. Hildr, tu viens ? Hildr ? Où est-elle passée encore celle-là...
Je fis un demi-tour sur moi-même pour constater qu'en effet mon autre tante avait disparu sans qu'on s'en rende compte.
-Elle est certainement partie dévaliser les cuisines de l'hôtel, souffla Liv en levant les yeux au ciel.
Paul si ma sœur pose trop de problèmes n'hésitez pas à venir me chercher, je me ferai un plaisir de la mettre hors d'état de nuire. Et inutile de m'accompagner, je connais le chemin, termina-t-elle en s'éloignant sans plus de cérémonie en direction du grand salon sur notre droite.
-Mademoiselle Sanna, souhaitez-vous que je vous accompagne ?
Je revenais au majordome qui me souriait paisiblement en me fixant de ses yeux fauve.
J'avais un sentiment particulier pour cet homme distingué qui approchait de la soixantaine. J'avais eu l'occasion de souvent le côtoyer au cours de ma courte existence, mon chemin m'amenant régulièrement à Londres depuis toute petite.
Il avait été témoin de mes nombreuses frasques et m'avait souvent couverte me permettant d'échapper à la ''justice divine'' de ma famille. Je me demandais avec une pointe d'angoisse quand est-ce que son regard perspicace finirait par noter que moi aussi je serais'' encore plus resplendissante que dans ses souvenirs''. Je trouvais étrange que les personnes côtoyant mes tantes depuis des années ne fassent pas de remarques sur le fait qu'elles ne vieillissaient pas...
-Merci Paul mais ça ira. J'imagine que nous avons toujours la même suite ?
-En effet et j'ai fait monter un plateau ainsi qu'un chocolat dans votre chambre mademoiselle, dit-il en me tendant un passe magnétique.
Mes yeux s'éclairèrent de bonheurs en entendant cela, je n'avais rien mangé depuis ce matin, et c'est presque en courant que je me dirigeais vers les ascenseurs en le remerciant une nouvelle fois.
Quelques minutes plus tard, je me retrouvais la tête enfouie dans l'édredon molletonné qui ornait l'imposant lit de ma chambre aux murs bleutés.
Toujours avachis sur mon matelas, j'ôtais d'un mouvement approximatif du pied mes escarpins les entendants atterrir quelque part sur le parquet de bois sombre.
Soupirant de contentement, je roulais sur le dos pour fixer le plafond avec un sourire idiot scotché au visage. La matinée avait été riche en nouveautés et j'étais soulagée qu'elle se soit achevée sans problème majeur, il me faudrait envoyer un message à mes parents pour les prévenir des dernières nouvelles.
Mon père allait sûrement tirer la tête en sachant que je n'avais pas été réparti dans sa maison tandis que ma mère serait impatiente de connaître mes impressions sur le fameux Poudlard dont son conjoint n'avait eu de cesse de lui rabattre les oreilles.
Pour être honnête, le château avait beau être splendide et son côté moyenâgeux charmant, je pressentait que devoir y vivre pendant une année entière allait me sembler terriblement long. Ne serait-ce que par l'absence de tout le confort du monde moderne qui était si cher à mon cœur. J'angoissais déjà à l'idée d'être coupé d'internet et de ne plus pouvoir passer mes soirée scotchée devant des émissions débiles de télé-réalité à me moquer des candidats en compagnie de mes tantes.
C'est une nouvelle sorte de vie en communauté qui m'attendait sauf que là où j'étais habituée à vivre avec un chaos qui m'était naturel, j'allais bientôt devoir me brider pour suivre un quotidien rempli de règles toute plus strictes et ennuyantes les unes que les autres.
Tournant la tête sur le côté, j'aperçus un monticule de valises et paquets que le groom avait déposé un peu plus tôt. Grognant de frustration je m'arrachais à mon cocon chaleureux pour aller me saisir d'un des sacs et d'en extirper la fameuse tenue qui avait donnée une poussée d'urticaire à mes tantes rien qu'en posant leurs yeux dessus.
La disposant sur mon lit, je laissais mes doigts glisser délicatement sur la jupe grise un peu rêche à mon goût avant de me saisir de la cravate en soie aux couleurs de serpentard.
Mon père m'avait prévenu que ce n'était pas la plus appréciée des maisons et vu le caractère de l'homme qui en était le représentant actuel je n'avait pas de mal à le croire.
Cependant cela ne me perturbait pas plus que ça, j'en avais vu bien d'autres et le vert m'allait très bien au teint pensais-je en essayant de positiver. Il me faudrait au moins ça pour supporter le fait de devoir me vêtir de cet uniforme presque tous les jours pendant un an !
Laissant retomber le bout de tissu, je me précipitais vers l'entrée de la suite en entendant frapper.
Et c'est avec un immense sourire que j'accueillais le plateau promis un peu plus tôt.
Bénissant Paul, j'allais m'effondrer dans le sofa couleur crème qui faisait face à l'écran plat du salon et allait m'emmitoufler dans un plaid pour déguster mon chocolat chaud en regardant une émission sur un chef cuisinier qui prenait un grand plaisir à hurler des insanités et à humilier les concurrents de son concours culinaire.
-Aaah voilà un homme selon mon cœur... soupirais-je en voyant le fameux chef devenir rouge de colère et lancer des ''fuck'' à tout va.
Avec un plaisir coupable je boulottais allègrement toutes les sucreries industrielles misent à ma disposition. D'aucun aurait pu dire que c'était du gâchis de se trouver dans un lieu qui proposait des mets haut de gamme à ses clients et de leur préférer un paquet de marshmallow ou tout autre saloperie du même genre... et à cela je répondrais tout simplement... ''fuck''. Si je préférais me faire péter le bide de produits hyper caloriques et bourrés de colorants chimiques ça ne regardait que moi, j'allais pas emmerder ceux qui se nourrissait de graines de concombre soufflées au basilique de l'Himalaya moi !
Pourquoi je m'énervais toute seule mentalement au fait? Pensais-je perplexe en enfournant une poignée de m&m's dans ma bouche.
-Tu m'en passes un ?
-Waaah ! Putain Hildr ! Hurlais-je en voyant apparaître la tête de cette dernière à quelques centimètres de la mienne.
Tu pourrais évité d'apparaître et disparaître à tout bout de champ comme ça, grognais-je.
-Mmmh ce cher Gordon, toujours aussi charmant à ce que je vois, gloussa Hildr en m'ignorant totalement pour fixer la télévision.
Elle prit appui sur le dossier du sofa avant de sauter souplement par dessus pour atterrir assise à mes côtés me faisant pester alors que son mouvement m'avait fait renverser un peu de mon précieux breuvage contre ma main.
Passant outre, je lui passais le paquet de sucreries sachant qu'elle n'allait certainement pas s'arrêter à un seul. Encore un des traits commun à notre espèce, je ne connaissais pas une valkyrie capable de résister à l'appel du sucre. Thrud m'avait dit une fois que notre matérialisme et ses besoins qui nous tenaillaient sans cesse était une conséquence d'un manque qui s'ancrait chez les guerrières d'Odin pendant les temps de paix, ajoutant par la suite en riant que le jour où on ne verrait plus Hildr dévaliser le congélateur de ses pots de glace il faudrait commencer à s'inquiéter réellement.
Je n'avait jamais pu saisir la véracité de ses propos. Étant la plus jeune et étant née d'une valkyrie, je n'avais jamais connu de guerres comme mes aînées qui pour la plupart étaient de très anciennes guerrières mortelles tombées au combat et revenues à la vie en tant que fille de Freyja.
Quand je voyais la folie qui animait mes tantes et même ma mère, je peinais à reconnaître les vierges et pures guerrières qui venaient recueillir l'âme des plus braves hommes ayant périt sur le champs de bataille décrient dans les livres.
-Tu sais... commença Hildr qui regardait la télévision la bouche emplie de pop-corn.
Je me le suis tapé une fois, c'était vraiment un bon coup, dit-elle le plus sereinement du monde.
Je jetais un œil blasé sur l'écran plat qui nous montrait une séquence où le célèbre cuisinier était torse nu et enfilait sa tenue de chef.
...Vraiment je ne savais pas où les bouquins avaient pêché leur concept de vierges guerrières, pensais-je en soupirant.
Le mois d'août avait fini de s'achever tranquillement, me laissant profiter pleinement de la capitale anglaise en compagnie de mes tantes qui s'étaient fait une joie de dévaliser les boutiques sous prétexte de fêter mon anniversaire qui avait eu lieu quelques jours plus tôt.
Je me retrouvais donc dans un bazar sans nom au milieu de ma chambre, mes vêtements et autres affaires scolaire s'étalant sur toutes les surfaces disponibles.
Avec un soupir fatigué je commençais pas réduire mes manuels scolaire ainsi que la panoplie d'accessoires demandés par l'école et les rangeais dans la valise Dior vintage que m'avait fait parvenir Thrud comme cadeau de rentrée.
Je remerciais Merlin de maîtriser le sort de réduction en voyant la pile de vêtements que j'avais sélectionné pour me suivre jusqu'en écosse. J'avais beau tenter de me raisonner en en prenant le moins possible sachant que j'aurais rarement l'occasion de les porter, je me retrouvais avec la quasi intégralité de mon dressing sous les yeux. Je gloussais en constatant qu'un bon tiers de mes vêtements étaient en faite de la lingerie, Liv et Hildr m'en avaient inondé en arguant que puisque j'étais condamnée à porter un horrible uniforme je devais au moins avoir quelque chose de convenable en dessous.
-Je ne suis pas certaine que mes professeurs approuvent... pensais-je à haute voix en tenant un porte-jarretelles en dentelle du bout des doigts.
-Ça dépend desquels, ria Hildr en débarquant dans la chambre en me lançant une œillade suggestive.
-Désolée très chère tantine, mais je n'ai pas ton goût immodéré pour les relations illicites.
-Tu as tort Sannanatomie, ce sont les meilleurs, mais je suis sûre que tu m'en diras des nouvelles très bientôt, dit-elle avec un sourire mystérieux.
Je fronçais des sourcils pas certaine de savoir si je devais la prendre au sérieux. Hildr avait un don de voyance assez spécial mais comme elle passait son temps à raconter tout et n'importe quoi on avait du mal à savoir quand y faire attention.
-Mmmh je te préviendrais quand j'aurais passé le cap avec le professeur Flitwick, fis-je distraitement en réduisant mon vanity pour le mettre dans ma valise.
-Sanna je ne savais pas que tu avais ce genre d'attirance, quand je raconterais à Sva' que sa fille se débauche avec un demi-gobelin qui pourrait être son grand-père !
Je levais les yeux au ciel en voyant Liv nous rejoindre un cocktail à la main.
-Ce n'est pas moi qui me suis vautrée sur lui ou sur le directeur comme une chienne en chaleur je te signal.
-Là n'est pas la question, je suis pluricentenaire alors trouver quelqu'un de mon âge n'est pas chose aisée ma belle et ma vision de la chose est...
-Laisse tomber je veux pas le savoir, si tu pouvais juste éviter d'allumer mes professeurs, je tiens à avoir mon diplôme à la fin de l'année.
-Je ne vois vraiment pas pourquoi tu tiens à avoir ce misérable bout de papier, ça ne te servira pas à grand chose. Tu as déjà reçu une éducation magique à domicile et tu ne comptes pas poursuivre des études supérieures où travailler du côté sorcier ? Fit-elle avec dédain en buvant une gorgée de sa mixture rosée.
Je haussais les épaules face à sa question. Je n'avais jamais réfléchi à ça, dans notre coven la plupart de mes tantes possédaient des parts dans diverses industries multinationales et rares étaient celles qui avaient de véritables travailles préférant se consacrer aux obscures activités au sein du mythos, activités qui leurs permettaient de laisser parler leur nature belliqueuse la plupart du temps.
-Mon père tient à ce que je l'ai...
-Ton père est un crétin fini à la pisse de loup-garou, grogna Liv en faisant éclater son verre entre ses doigts.
Je rigolais en voyant la rage qui brûlait dans ses pupilles devenues argentées.
-Oui, oui, on le saura que s'est un abruti sans gène avec le QI d'une huître périmée qui mériterait de se faire bouffer les yeux par un feudaemon, soupirais-je blasée.
-Et de se faire arracher les testicules avec une hache chauffée à blanc pour les faire mariner dans du tabasco et du venin de scorpion et les lui faire avaler ensuite, surenchérit-elle avec passion.
-Évites de parler de l'appareil reproducteur de mon paternel devant moi s'te plaît, j'ai pas envie de faire des cauchemars grimaçais-je.
-Notre petite Sannanaconda est autant sorcière que valkyrie, c'est donc normal qu'elle cultive ses deux origines, intervint Hildr allongée sur mon lit et se contorsionnant dans d'étranges positions acrobatiques pour se vernir les ongles de pied.
Liv lui jeta un regard furieux alors qu'un violent éclair vint fendre le ciel sans nuages de Londres.
...Par Freyja que ça allait me manquer pensais-je en donnant un coup de baguette sur mon uniforme soigneusement plié.
