"We have calcium in our bones,
Iron in our veins,
Carbon in our souls,
And nitrogen in our brains.
93 percent stardust,
With souls made of flames,
We are all just stars
That have people names."
Chapitre 4 : Deceit and masquerade
« Oh mon Dieu, Finn, passe-moi l'eau ! »
L'homme en question ricana et lui tendit la bouteille sans grande hâte. La jeune femme s'empressa de boire une gorgée au goulot sous les yeux rieurs de son ami.
« Pourquoi est-ce que cette chose est aussi piquante ? » demanda-t-elle la bouche grande ouverte, sa main agitant l'air.
« Pour faire danser tes papilles ma chère ! » lui répondit-il le sourire en coin.
« Redis-moi comment ça s'appelle ? »
« Ce délice est un parwan. Mhh… Je pourrais en manger tous les jours si j'avais le budget pour ! »
Rey regarda Finn délecter chaque bouchée de son repas pendant que sa bouche était toujours en feu. Elle retenta avec prudence un second croque dans ce que lui a présenté Finn comme étant un plat typiquement Chandrilais et vraisemblablement très populaire. C'était en fait un assortiment de légumineuses et viandes baignant dans une sauce très piquante, le tout enrobé dans une pâte orange. Finn avait insisté sur le fait qu'il fallait le savourer comme il se devait en veillant à le tenir bien à l'horizontale pour que toute la sauce ne coule pas au fond.
Ainsi les deux acolytes mangèrent leurs parwans sur la terrasse ensoleillée du petit restaurant entre fous rires et commérages. Bien qu'elle eût l'impression que son ventre allait exploser et que ses papilles gustatives ne répondaient plus, Rey se força à finir son déjeuner, le gâchis n'étant pas envisageable. Afin de digérer toutes les calories qu'ils venaient d'ingurgiter, ils décidèrent de se mettre en chemin pour aller à la rencontre du soi-disant « as du pilotage » et ami de Finn. En route, Rey demanda des nouvelles de Rose à celui-ci. Il sembla bien mal à l'aise et Rey comprit alors que, soit il avait discuté avec Rose à propos du fait qu'il préférait entretenir une relation amicale avec elle, soit il n'avait pas eu le courage de lui parler et alors la situation continuait de le tourmenter. C'est finalement pour la première option que Finn avait opté. Malheureusement, ça ne s'était pas très bien passé puisque l'étudiante a cru que tout était sa faute : qu'elle n'était pas assez jolie pour lui, qu'elle s'y était mal prise. Alors pour la rassurer, Finn fut contraint de lui expliquer que tout ça n'avait rien à voir avec elle mais que c'était lui qui s'était amouraché de quelqu'un d'autre.
« Mais ça ne lui a pas suffi. Elle s'est énervée car je ne voulais pas lui dire qui était la personne en question. Et maintenant elle est persuadée que c'est toi… Je l'adore mais quand elle s'y met, c'est une vraie tête de wookie ! » poursuivit Finn.
« Ça ne fait rien. Le plus important c'est que vous en ayez discuté. Si tu avais attendu trop longtemps elle aurait été encore plus blessée. Laisse-lui du temps pour digérer. Tôt ou tard, elle se rendra compte qu'elle a eu tort. » le conforta-t-elle.
« J'espère bien… » lui sourit-il.
Rey était curieuse de savoir à quoi pouvait ressembler la personne qui faisait tourner la tête de Finn. Mais une fois de plus, elle réfréna son envie de le questionner : s'il n'avait pas voulu le dire à Rose, il ne voudrait à coup sûr pas se confier à elle non plus, ce n'est pas comme s'ils étaient des amis de longue date.
Elle trouvait cela tout de même absurde, qu'une histoire pareille puisse briser une amitié. Elle ne comprenait pas : aimer était une folie dans cette galaxie. Qui voudrait donner son âme à une unique personne tout en sachant qu'un jour ou l'autre, elle finirait par nous trahir pour plus grand intérêt, plus joli rivage. Mais après tout… Rey aimait ses parents. Ou plutôt était-ce l'idée d'aimer et chérir sa famille qu'elle appréciait ? Elle n'en savait guère rien et l'idée la rendit triste et monotone tout d'un coup, comme si un seau d'eau froide lui était tombé dessus. Elle regarda Finn et tenta un sourire, se demandant s'il paressait sincère ou bien illusoire.
Finalement, après une bonne demi-heure de marche, les deux compères arrivèrent enfin à destination. Et le point d'arrivée valait vraiment le coup qu'on marche plusieurs bornes pour lui. Le spatioport était un des points de chute principaux pour toutes les flottes spatiales et donc était incroyablement grand et majestueux, muni de plusieurs tours de contrôle et plusieurs blocs pour chaque type de vaisseaux. Finn menait la marche, traversant le hall où une file d'attente s'allongeait sur plusieurs mètres. À l'origine de cette attente était le contrôle très pointilleux que réalisaient les agents du spatioport afin de maintenir une haute sécurité. Les gens entassés les uns sur les autres commençaient à perdre patience, la fatigue et l'énervement se lisant sur leurs visages agglutinés. Finn et Rey contournèrent la masse de monde pour accéder à une autre entrée où seul un regard envers l'homme qui gardait le passage suffit pour passer. L'apprentie Jedi se demanda si sa tenue y était pour quelque chose ou bien si Finn était un habitué des lieux. Ils arrivèrent au bâtiment annexe qui faisait office de central de réparation pour les engins endommagés.
En entrant dans l'immense hangar, les pupilles de Rey se dilatèrent et ses yeux s'ouvrirent en grand, l'excitation grandissant fortement à mesure qu'elle observait la mécanique avoisinante. Face aux nombreux cargos et vaisseaux, elle se sentait comme une enfant qui faisait son premier vol en hyper-espace. Auparavant, elle n'avait jamais eu l'occasion de voir ce genre d'engin en si bon état, leur technologie était agréable à étudier à travers ses yeux de pilleuses. Quant à Finn, il déambulait rapidement et avec aisance entre les vaisseaux spatiaux alignés dans une parfaite symétrie, étant habitué à pavaner en ces lieux. La jeune femme fut vite à la traîne à force d'observer chaque engin avec minutie, mille questions lui traversant l'esprit. Elle dût courir pour rattraper son ami et c'est dans sa course qu'elle buta contre quelque chose par manque de vigilance. Le quelque chose en question roula un mètre plus loin en bipant avec mécontentement. Rey vit alors que c'était un droïde astromech. Ce dernier fit rouler énergiquement la petite boule qui lui servait de tête pour la remettre en place.
« Oh excuse-moi, je ne t'avais pas vu. » dit-elle en s'agenouillant face à la sphère orange et blanche. « Viens ici, ton antenne est pliée. »
Le droïde recula légèrement, hésitant à s'approcher de l'inconnu qui venait de le bousculer. Puis finalement, face à l'air doux de la jeune femme et reconnaissant la tenue propre aux Jedi, il s'approcha lentement et baissa sa tête pivotante. Pendant que Rey remettait correctement en place l'antenne du petit droïde, Finn revint accompagné d'une autre personne aux traits inconnues. C'était un homme à l'air plus mature traduisant les quelques années qu'il avait de plus qu'eux, vêtu d'une combinaison orange. À l'aide d'un chiffon, il essuyait ses mains noires de cambouis qui étaient probablement enfouies dans un moteur quelques minutes plus tôt. Ses cheveux étaient d'une couleur tout aussi sombre et bouclaient légèrement, lui donnant un air étrangement attrayant, un brin sauvage.
« C'est comme ça qu'on accueille nos invités, BB-8 ?! » gronda-t-il.
Le droïde s'insurgea aussitôt en débitant un flot d'excuses incroyablement rapide.
« Ce n'est pas sa faute mais la mienne. » répondit Rey pour défendre l'astromech en se relevant. Le droïde sembla étonné qu'elle prenne sa défense et réalisa plusieurs allers-retours entre son maître et la femme puis ajouta un petit son qui voulait sans doute dire « tu vois ! ».
Le jeune inconnu s'approcha alors de Rey et s'arrêta à quelques centimètres d'elle. Les yeux rivés sur son visage, il sembla l'étudier sagement. Elle en fit de même, réalisant que l'homme avait un certain charme avec sa barbe naissante. De lui, émanait une odeur de machines et de fioul. Ce mélange de saveurs familières le rendait davantage séduisant.
« La fille dont j'ai tant entendue parler… Aussi belle que ce que les rumeurs laissent entendre. » dit-il en baisant sa main avec délicatesse.
Déstabilisée, Rey ne sut pas quoi répondre et se laissa faire sans rien dire. Cora disait vrai, les rumeurs vont à une vitesse folle dans la cité universitaire. S'en était presque inquiétant. Même les mauvaises langues de Niima n'étaient pas aussi efficaces.
« Rey, je te présente Poe. Poe Dameron. » présenta Finn sans ménagement, ni aucune jovialité.
Rey sentait la tension monter et recula d'un pas pour briser cette lourde atmosphère. Elle voyait bien que Finn semblait gêné et en retrait, elle décida alors de se joindre à ses côtés.
« Alors comme ça c'est vous l'as du pilotage ? » demanda-t-elle presque en se moquant, le sourire au coin des lèvres.
« Le meilleur de Chandrila et peut-être même de la galaxie ! » répondit-il fièrement les mains posées sur les hanches.
Rey se tourna vers Finn, sourcil relevé, cherchant à savoir si Poe se moquait d'elle ou s'il était un brin sérieux.
« Pour la galaxie je ne sais pas mais pour Chandrila, oui, et de loin. » répliqua Finn. « L'année dernière, Poe a remporté haut la main la Course du Torf, une célèbre compétition de vaisseaux qui se déroule dans les gorges du Torf à une centaine de kilomètres d'ici. Et il a explosé l'ancien record ! La sénatrice Organa lui a même remis le titre de 'Meilleur Pilote de Chandrila' en personne ! » expliqua-t-il le regard scintillant de fierté, rivé vers Poe.
« Prestigieux palmarès. » commenta Rey. « Mais je demande à voir en vrai. » ajouta-t-elle avant de s'en aller poursuivre son exploration du hangar.
Poe ne s'attendait pas à une remarque aussi taquine de sa part. Il resta planté au sol, sans bouger, à la regarder s'éloigner, ébahît. Enfin, il tourna le regard vers Finn et souffla en se questionnant : « Normalement, elles sont toutes fascinées. ».
« Je t'avais prévenu, elle ne fait pas partie de la normalité. » répliqua Finn avant d'engager le pas dans la direction de son amie.
Les deux garçons accompagnés de BB-8 tentèrent de retrouver la jeune femme mais ils la perdirent de vue entre les immenses vaisseaux spatiaux. Seule sa voix était encore audible et leur servait de guide.
« J'aurais besoin d'un speeder bike. » Rey apparut brusquement au détour d'un croisement sans prévenir. « Tu aurais ça à me vendre ? »
« Tu pourras me faire tous les yeux doux de la galaxie, je n'en ai pas à vendre. En revanche, j'en ai un paquet à réparer mais il va te falloir un bon mécanicien car moi-même, j'y passerai un temps fou à remettre cette vieille mécanique en route. » lui répondit Poe.
« Ce n'est pas un problème. Je peux le réparer moi-même. Où sont-ils ? »
Intrigué par la remarque, Poe conduit Rey à l'entrepôt où ils stockaient tous les speeder bike hors d'usage. Plus les minutes défilaient et plus la jeune femme aiguisait la curiosité du pilote.
« Vous avez des cours de mécanique à l'Académie Jedi ? C'est nouveau ? » demanda-t-il un tantinet facétieux.
« J'aimerais bien mais non, je ne crois pas en tout cas. » réfuta-t-elle en examinant les engins à moitié démontés. « En fait, je viens de Jakku. J'ai l'habitude de travailler sur ce genre de choses. » expliqua-t-elle en relevant la tête, la mine enchantée.
Poe connaissait l'histoire de la bataille de Jakku et savait aussi que cet endroit était considéré comme une décharge à ciel ouvert. Il comprenait alors pourquoi la jeune femme avait un caractère aussi robuste et semblait totalement dépendante. Il avait d'autant plus de respect envers elle. Déjà qu'il en avait énormément pour les Jedi et ceux qui en étudiaient leurs histoires et leurs rites.
« Et bien écoute Rey, si tu arrives à réparer cet engin, il est à toi ! »
« Vraiment ? » s'exclama-t-elle, un énorme sourire s'étirant sur sa face.
« Bien sûr. Vois ça comme un cadeau de bienvenue. » lui sourit-il.
Rey ne pouvait être plus heureuse. Si un jour on lui avait dit qu'elle passerait une après-midi entière à bricoler uniquement pour le plaisir et non pour les crédits impériaux, entouré de deux garçons aussi drôles que respectueux et intelligents, elle aurait bien rigolé. Évidemment, au début, Finn avait été un peu réticent à l'idée de se salir les mains, mais les arguments de ses deux amis le convinrent rapidement. Après une heure de travail, Rey se rendit compte qu'elle allait devoir revenir à plusieurs reprises si elle voulait le remettre en état assez rapidement : à trois, ils étaient bien trop bavards pour être efficaces. Malgré tout, elle fut heureuse d'en apprendre plus sur Poe. Derrière son air de leader au sourire charmeur se cachait en fait un très bon élève qui était parvenu à intégrer la formation en pilotage et ingénierie. Bien qu'il soit leur aîné de deux ans, Poe était le plus jeune de sa promo ayant sauté quelques classes au vu de ses prouesses. Il habitait en bordure de la ville et passait clairement plus de temps en l'air que sur terre. Finn avait bafouillé quelque chose du style « c'est dans ses gênes » en évoquant sa famille. Mais à l'écouter, Rey comprit que Poe ne passait pas tout son temps non plus dans un cockpit mais appréciait aussi de s'amuser une fois la nuit tombée. Décidément, à force d'en entendre parler, Rey était vraiment curieuse de vivre une soirée pareille.
Toutes ses nouvelles rencontres, cette nouvelle vie la faisait sentir différente, comme si une partie d'elle émergeait tout doucement, de nouveaux traits de caractère qu'elle possédait sans même le savoir. Finalement, tout, dans la vie, n'est qu'une question de détermination et de désir. Tout n'est qu'une question d'opportunités, de rencontres et de chances à saisir.
Sous les coups de 17 heures, une sonnerie résonna, les coupant dans leur discussion plus que fructueuse. C'était en fait le comlink de Finn. Ce dernier s'éloigna au loin pour répondre. Visiblement, la discussion ne dura pas bien longtemps, mais Finn ne revint pas aussitôt, une mine anxieuse s'affichant sur son visage. Rey et Poe échangèrent un regard puis Poe se releva prestement pour rejoindre son ami. Après avoir arrêté de forcer le pas de vis cassé sur le speeder bike, Rey observa les deux hommes. Poe agissait d'une manière très protectrice avec Finn, par son attitude, sa façon de placer une main fraternelle sur son épaule, ainsi que le regard interrogatoire qu'il portait à son égard. Les mots n'étaient pas suffisamment éloquents pour que Rey puisse comprendre le sens des paroles qu'ils s'échangèrent. C'est lorsqu'ils revinrent à sa hauteur qu'elle comprit que l'interlocuteur n'était autre que Rose qui voulait s'excuser et accessoirement, se racheter. Finn décida alors de mettre fin à cette journée de bricolage pour aller la rejoindre. Rey en profita alors pour saluer Poe, le remerciant de son aide et retourna tranquillement chez elle. Visiblement, c'est BB-8 qui semblait le plus triste de les voir partir, ce qui amusa fortement le pilote. Malgré une première approche ambigüe, la jeune femme considérait Poe comme étant quelqu'un de bien, notamment pour ses qualités de leader né et visiblement, de forte tête.
Rey se réjouit en réalisant que le spatioport était à quelques minutes de chez elle mais aussi de l'Académie Jedi, les trois lieux formant un triangle équilatéral. Elle pourrait alors s'y rendre facilement pour poursuivre la réparation du speeder bike. Continuer à réparer et remettre en état des pièces de mécanique lui permettraient sans doute de rester en accord avec qui elle était, c'était quelque chose qu'elle savait faire et qui la mettait en confiance.
Lorsqu'elle arriva au pied de l'Omega, Rey aperçut une tornade blonde vêtue de la même tenue qu'elle, observant le hall d'entrée.
« Cora ? Qu'est-ce que tu fais ici ? »
« Rey ! Te voilà ! Tu n'imagines pas combien de temps j'ai mis pour trouver où tu habitais. Heureusement que j'ai mes sources ! Il faut vraiment que tu t'achètes un comlink parce que j'ai un tas de choses à te raconter et si je ne le dis pas sur le coup, j'oublie et ça, c'est nul, tu vois. »
Rey rigola face à l'attitude toujours vive et pétillante de sa camarade.
« Ok j'en achèterai un. Mais tu es venue ici juste pour me dire ça ? »
« Bien sûr que non. Je suis là pour t'aider à te préparer pour ce soir ! »
« Ce soir ? » demanda aussitôt Rey insouciance. Elle vit alors la mine de Cora se déconfire et se rappela immédiatement la promesse qu'elle lui avait faite. « Ah oui, oui, bien sûr. » bafouilla-t-elle.
Rey était définitivement cramée : elle avait totalement oublié qu'elle était censée rejoindre tous les apprentis Jedi pour dîner avec eux ce soir. C'est à ce moment qu'elle se rappela que Ben serait sans doute aussi présent. À cette pensée, l'anxiété vint la troubler tout comme le souvenir des paroles et des menaces qu'il avait eues à son égard quelques heures plus tôt. Peu importe, elle refoula cette réflexion le plus profondément possible et feignit un sourire, invitant Cora à monter chez elle.
Pendant ce temps, la blonde poursuivait tranquillement son monologue :
« Alors, après que je t'ai croisé ce matin, j'ai aussitôt averti Qiyn que tu viendrais avec nous et il a eu une super idée ! De base, on prévoyait de commander parwan puis finalement on a décidé de faire mieux que ça. Comme on n'a pas l'habitude des intégrations étant donné que personne n'avait jamais intégré l'Académie aussi tard, on a pensé faire une petite soirée en ton honneur, comme ça tu pourras faire la connaissance de tout le monde, ça sera beaucoup plus sympathique. »
« Une soirée ? Comme celle dont tu m'as parlé la dernière fois ? » demanda Rey avec hésitation.
« Non, ce soir c'est juste un petit truc entre nous. Une soirée digne de ce nom ne se prépare pas la veille au soir ma chère, c'est tout une organisation pour ameuter les académies ! Mais tu verras ça bien assez tôt. » Cora lui lança un clin d'œil avec malice.
« J'imagine que je n'ai pas mon mot à dire de toute façon… »
« Perspicace ! »
Une fois à l'intérieur, Cora ne perdit pas un instant, elle déposa le sac qu'elle trimbalait sur le lit et entreprit d'en sortir l'intégralité.
« Donc, comme je suis géniale et que je pense à tout, je me suis dit que tu n'aurais rien à te mettre pour ce soir. Alors je t'ai amené quelques tenues, je pense qu'on fait à peu près la même taille, ça devrait donc être parfait ! »
La jolie blonde semblait si heureuse à l'idée de pomponner Rey que cette dernière n'avait pas envie de la vexer, ni de la froisser. Elle ne sut alors pas quoi répondre et vit que son silence commençait à faire redescendre l'excitation de sa camarade.
« Alors, laquelle tu préfères ? » demanda-t-elle.
« Je… C'est très gentil Cora mais… C'est juste que je n'ai jamais porté ce genre de vêtements et je ne crois pas que ça m'aille vraiment. »
« Oh Rey, ce n'est pas grave, il y a une première à tout ! Et je suis persuadée que ça t'ira à merveille. Ces pièces font partie des toutes dernières tendances Chandrilaise ! »
La gaité de la blonde commença à surpasser l'inquiétude de la brune et en fin de compte, Rey finit par abdiquer et se laissa chouchouter. Contre toute attente, elle prit goût à jouer la princesse, bien assistée de Cora. Cette dernière lui sélectionna une longue tunique aux couleurs du désert, léger comme un voile mais recouvrant pudiquement l'intégralité de sa peau à l'exception de son dos laissé à nu. Au début, elle s'y sentit un peu à l'étroite et mal à l'aise et puis, au bout d'un moment, elle oublia. Cora ne toucha pas à sa coiffure, prétextant qu'elle adorait ces trois chignons et trouvait que cela correspondait bien à l'image que renvoyait Rey.
Lorsque Cora remarqua que les lumières aux coins des rues s'étaient allumées, elle paniqua et réalisa qu'il était plus tard qu'elle ne l'avait imaginé. Les deux jeunes femmes dévalèrent les marches dans un rire enfantin et sautèrent dans le landspeeder garé en face de l'immeuble. Sur le chemin, la vitesse à laquelle conduisait Cora était si élevée que tenter un début de conversation aurait rapidement échoué à cause du vent. Rey se plongea alors rapidement dans ses pensées en regardant les tours d'immeubles défilées à pleine allure. Elle fit le point sur sa journée et en arriva à la conclusion qu'elle s'était vite acclimatée à cet endroit, peut-être un peu trop même. Elle rencontrait un tas de personne aussi incroyable les unes que les autres et cela, étrangement, lui faisait du bien. Elle était plus sereine à l'idée que dans cette galaxie, il existait des âmes généreuses qui veillaient sur les autres. Le vent balayant ses cheveux, elle songea au fait qu'elle aimerait être ce quelqu'un, cette personne qui protège et guérit. Elle sentit les traits de son visage se tirer : elle souriait, inconsciemment. Mais le problème avec le bonheur, c'est qu'on s'y habitue vite.
Après quelques embouteillages et plusieurs manœuvres de pilotage assez imprudentes, Cora gara l'engin devant une tour bien plus luxueuse que ne pouvait être l'Omega malgré toutes ses rénovations. Dans le turbo ascenseur, Cora énuméra les noms des invités déjà arrivés aux vues des speeder bikes et landspeeders qu'elle avait vu garés. Rey supplia silencieusement sa mémoire de bien vouloir retenir tous les prénoms des gens présents.
En entrant dans l'appartement du dénommé Qiyn, elle ne sut où poser les yeux tant la pièce était grande et fastueuse. Une musique aux tons électro résonnait entre les murs faisant déjà danser quelques invités. Qiyn leur tenait la porte et les salua, complimentant leur tenue au passage. Cette simple affection suffit à Rey pour que ses joues se colorent. Elle se rappela alors que le garçon était celui qui lui avait donné un clin d'œil durant le cours de lévitation. Puis après avoir discuté avec lui, elle comprit qu'il était très blagueur et encore plus bavard que ne l'était Cora, c'est dire ! Au fil de la conversation, elle comprit que Cora et Qiyn étaient deux personnes vitales à l'unification du groupe des apprentis Jedi. Ils semblaient relier les uns aux autres, agissant comme leader et décisionnaire.
L'homme au sourire bienveillant leur offrit un verre tout comme aux invités précédents. Rey se risqua à boire une première gorgée assez généreuse et grimaça en réalisant que la boisson était plus forte qu'elle ne le pensait. Pourtant, après quelques secondes, un léger goût sucré caramélisé fit danser ses papilles et un point chaud naquit dans sa gorge.
Puis tranquillement, en compagnie de la jeune femme à la tignasse blonde, Rey fit la connaissance de chaque padawan un à par un. Ils semblaient qu'il y avait plus d'hommes que de femmes mais tous ceux à qui elle parla lui semblèrent très sympathiques, bienveillants et respectables. Certains étaient plus réservés et paressaient moins atypiques que les autres mais n'en était pas pour autant désagréables. Une poignée de personnes n'était pas des humanoïdes mais des twileks ou des falleens.
Cora avait toujours une remarque à ajouter sur chaque étudiant, soulignant les qualités et les défauts, peaufinant parfois son discours de quelques anecdotes juteuses. C'était un peu comme visiter une exposition d'œuvres d'art avec un guide qui maîtrisait son sujet sur le bout des doigts.
Puis vint le moment que Rey avait redouté dès l'instant où elle avait mis les pieds dans cet appartement : faire face à Ben Solo, prétendre ne pas le connaitre et devoir croiser son regard. Comme d'habitude, il était entouré de ses deux amis, Keris et Prio. Le commentaire de Cora l'avertit de se méfier de ces deux-là, indiquant qu'ils ne participeraient pas à sa bonne intégration. Luke les appréciait uniquement parce qu'ils ne faisaient pas d'histoires et respecter à la lettre l'enseignement qui leur était attribué.
Lorsqu'elle dût faire face au groupe des trois hommes, Rey réunit toutes ses forces pour ne pas croiser le regard tourmenté du plus grand. Or, elle finit par être obligé de feindre une salutation, ses yeux se voulant plus noirs que la nuit et son regard aussi glacial que possible. Quant à lui, il ne laissa rien paraître et lui sourit même d'un air affreusement faux ce qui eût pour résultat d'énerver encore plus la jeune femme. Excédée, et cherchant à tout prix à s'éloigner le plus loin possible, elle vida l'intégralité de son verre et prétexta qu'elle devait aller en rechercher un autre. Rey embarqua Cora loin des trois hommes avec la lourde sensation d'être pourchassée par un regard.
La soirée avança petit à petit et les groupes se formèrent par-ci par-là. À l'air frais, certains, dont Ben, s'étaient embarqués dans un long débat concernant les dernières lois décrétées par la Nouvelle République. D'autres s'étaient regroupés autour des enceintes et de la machine qui diffusait diverses musiques, accordant le brouhaha des invités aux notes des cornes hypolliopes et des tambours knarlgourd. Enfin, la majorité des étudiants s'étaient réunis autour de la grande table en métal du salon afin de jouer à un jeu propice à la situation. Qiyn, en bon maître de soirée, expliqua les règles du jeu. Debout, observant ce qui se passait, Cora et Rey écoutèrent attentivement les consignes :
« Le jeu est très simple, c'est un contre un. Vous avez ici plusieurs dés et deux contenants. Le but étant de mettre le plus de dés dans votre boîte en seulement trente secondes. Celui qui marque le plus bas score… aura le droit à un shot d'urrqal ! »
Curieuse, Rey observa les deux premiers joueurs se mettre en place face à leur boîte. Elle ne comprenait pas bien l'intérêt du jeu jusqu'à ce qu'elle voie les étudiants faire voler les dés dans l'air grâce à la Force, main levée. À la minute où Qiyn eut déclenché le chrono, la clameur des spectateurs fit monter la pression des joueurs qui tentaient d'aller le plus vite possible. Rey se laissa embarquer par l'ambiance festive et cria davantage lorsqu'elle dut encourager Cora quand celle-ci mit au défi Qiyn. Malheureusement, ce dernier semblait bien trop entraîné et la blonde se laissa avoir par la pression du chrono. En vidant d'un coup sec son verre d'alcool par un mouvement de tête vers l'arrière, Cora grimaça fortement puis ria devant l'expression mitigée de Rey.
« Tu veux jouer Rey ? » lui proposa Qiyn.
« Surtout pas. Plutôt vider mon verre aussitôt, je suis certaine de perdre. »
« Tient, je t'en prie ! » lui répondit-il en lui tendant le petit récipient qui contenait le liquide amer.
À cet instant, Rey comprit qu'elle s'était vraisemblablement mal fait comprendre. Cependant, les nombreuses paires de yeux qui étaient posées sur elle l'empêchaient de faire machine arrière. Courageuse, elle déposa le verre au bord de ses lèvres et fit glisser le liquide dans sa bouche, l'avalant sans déguster. Aussitôt, l'intégralité du trajet parcouru par l'alcool se mit à brûler et une drôle de sensation se fit sentir, comme si un feu d'artifice s'était déclenché dans sa tête.
Ainsi et contre son gré, Rey devint le sujet principal autour de la table du salon effaçant le succès du jeu des dés. Les padawans se mirent à poser plein de questions, comme si un simple shot avait suffi à délier les langues. Elle ne pouvait leur en vouloir d'être aussi curieux, son arrivée parmi eux n'était pas des plus conventionnelles. Mais les questions commencèrent rapidement à la gêner. On lui demanda d'où elle venait, elle répondit vaguement en tournant la réponse à la dérision pour ne pas rentrer dans les explications de l'horreur qu'était de vivre sur Jakku. Puis, on s'intéressa à comment Maître Luke l'avait rencontré, là aussi elle s'en tint à une histoire banale comme quoi elle serait tombée dessus par hasard alors qu'il était de passage sur sa planète. Elle s'était préparée à l'idée d'être questionné mais en pratique, c'était toujours plus compliqué. Pourtant, elle jugea qu'elle paressait plutôt convaincante jusqu'à ce que vienne des questions plus délicates :
« Qu'est-ce qu'ils font dans la vie tes parents ? »
« Au fait, tu ne nous as pas dit ton âge ? »
« Et des frères et sœurs, tu en as ? »
« On m'a dit que de nombreux vaisseaux spatiaux s'étaient échoués sur Jakku pendant la bataille entre l'Empire et la Nouvelle République, tu les as visités ? »
Elle ne pouvait plus répondre. Elle ne pouvait plus respirer. Les questions la submergèrent comme un raz-de-marée et elle n'avait pas les réponses pour remonter à la surface. Un bourdonnement infernal résonnait à ses oreilles, déclenché par la panique auquel elle faisait face. Rey ne pouvait plus arquer aucun mot.
Ses parents ? Ils jouaient aux fantômes. Des frères et sœurs ? Aucune idée. Son âge ? Un chiffre qui varie au fil du temps et de ses humeurs. Les vaisseaux de Jakku ? Oui elle les connaissait, horriblement bien, affreusement trop bien.
Merde, toutes ces questions l'avaient chamboulé. Des dizaines d'années que personne ne s'était attardée sur son cas et voilà qu'elle devait se dévoiler d ? Rey n'avait pas l'habitude d'avoir autant de monde autour d'elle. Elle voulait simplement se fondre dans la masse et disparaître à leurs yeux. Était-ce l'alcool qui faisait trembler ses mains et flouter sa vue ?
Tout d'un coup, la porte de l'appartement lui parût comme une sortie de secours qu'elle devait absolument prendre pour ne pas s'effondrer sous les regards. Leurs mots étaient devenus un étau invisible que les réponses ne pouvaient briser. Elle avait besoin qu'on la laisse tranquille, que quelqu'un vienne la sortir de là. Rey posa un regard alarmé sur Cora qui attendait silencieusement comme les autres. Mais c'est une voix bien plus virile et grave qui brisa ce moment atroce :
« Vous avez bientôt fini votre interrogatoire ? Non pas que ça me dérange mais je prendrais bien un dessert. Qiyn ? Le dessert ? »
« Euh… oui ! J'amène ça tout de suite ! »
Aussi vite que le silence était apparu, un brouhaha résonna tout d'un coup à la suite des éclats de voix des étudiants à propos des talents culinaires de Qiyn. Rey observa celui qui venait de la sortir de ce pétrin : Ben Solo, lui, ne lui accorda aucun regard. Avait-il fait ça car il n'appréciait pas que Rey soit le centre d'intérêt de ses amis. Peu importe, elle eut l'impression de pouvoir respirer à nouveau lorsque les regards se détournèrent. Elle en profita pour s'éclipser, presque en courant, et sortir à l'air frais sur le balcon tout aussi gigantesque que le salon. En s'adossant à la rambarde, elle prit une grande inspiration et ferma les yeux. L'espace d'un instant, elle s'était sentie horriblement mal, comme si sa place n'était pas parmi eux, que ces gens n'étaient pas comme elle. Mais le bruit d'une porte qui coulisse vint interrompre les tambourinements dans sa tête.
Elle réalisa alors qu'elle suffoquait presque et tenta donc de reprendre une stature droite et un souffle régulier. Une légère brise venait fendre l'obscurité de la nuit, hérissant les poils du dos nus de Rey. Sans doute était-ce Cora qui venait vérifier son état.
Ce n'est que lorsqu'une paire de bras musclés vint s'adosser à la même rembarre qu'elle un mètre plus loin, qu'elle comprit que ce n'était pas tout à fait Cora. Elle le reconnut sans même avoir besoin de tourner la tête.
Alors, elle n'osa pas le regarder et fit abstraction de sa présence. Or, ils étaient là, inertes et muets, seuls dans la nuit, et la curiosité de Rey naissait petit à petit. La tête penchée vers l'avant, elle la pivota doucement vers la droite pour étudier silencieusement les traits du garçon : ses cheveux sombres comme la nuit encadraient un visage encore jeune. Et derrière cette masse capillaire sauvage se dissimulait une paire de yeux au regard problématique. Un regard toujours en mouvement, en pleine analyse, bouleversé par d'innombrables questions impossibles à canaliser. Et malgré cela, sa façon de se tenir aussi droite et fière démontrait un calme évident. Seuls ses yeux le trahissaient, laissant entrevoir la profondeur de l'abysse au fond de l'homme.
Il glissa une main dans la poche de son pantalon et en sortie une cigarette et un briquet. Agilement, il vint placer la tige noire entre ses lèvres rosées. Avec une technique bien rodée, il l'alluma du premier coup malgré le vent qui venait faire osciller dangereusement la flamme. Le temps qu'il range son briquet, il laissa pénétrer l'arôme de sa cigarette dans ses poumons avant de relâcher la fumée d'une manière aussi élégante qu'elle pouvait l'être. Rey s'était focalisé sur l'objet glissé entre ses lèvres. C'était de la contrebande pour elle, un objet rare qui lui aurait permis d'en dégoter un sacré bon prix. À l'odeur corsée que diffusait la cigarette en consumation, Rey pensa qu'elle devait être d'excellente qualité. Ça lui donnait presque l'envie d'en inhaler un peu.
Ainsi Rey l'observait, ne prêtant même plus attention à se faire discrète. Elle sursauta à peine lorsqu'il détourna ses yeux couleur noisette rivés vers l'horizon lumineux d'une ville qui ne dors jamais pour les poser sur la fille de Jakku. Un bon mètre les séparait et pourtant, ils avaient l'étrange impression de faire face à l'autre dans la plus intime des postures. Tous deux étaient surpris : ils réagissaient à un sentiment qui les traversait. Une énergie qu'ils reconnurent dans l'autre. Puis, aussi rapide qu'un claquement de doigt, tout cela s'évanouit et disparu.
« Tu n'en avais jamais vu en vrai, n'est-ce pas ? » constata-t-il.
« Un marchand de Niima en braconnait une fois mais… » balbutia-t-elle honteusement.
« Tu n'es pas comme eux, tu ne le seras jamais. » déclara-t-il avec froideur en désignant de la tête les apprentis Jedi à l'intérieur de l'appartement avant de reprendre une bouffée de sa cigarette.
Rey resta bouche-bée. Elle se demanda s'il disait ça à cause de son incapacité à être aussi douée que les autres avec la Force, ou bien s'il faisait référence au désagréable interrogatoire qu'elle venait de passer. Elle ne savait pas vraiment mais sa réaction fut tout de même adéquate : son regard s'incendia et s'assombrit.
« Tu veux toujours me tuer. » observa-t-il. Dans sa voix se reflétait un grain de gentillesse inattendue, pas vraiment de la sympathie mais quelque chose de moins hostile que la dernière fois qu'il lui avait parlé.
« Ça arrive lorsque l'on se fait attaquer en pleine nuit par une bête masquée. » grinça-t-elle sans réfléchir. Elle le défiait toujours du regard, sachant pertinemment qu'elle aurait sans doute dû détourner les yeux ou bien partir loin de lui. Mais elle sentait la tension monter et ne pouvait s'en écarter. Elle se sentait attirée par ce sentiment instable et insatiable.
« Tôt ou tard, tu réaliseras. »
« Réaliser quoi ? » demanda-t-elle agacée en se tournant face à lui.
« Que tout n'est que mensonge et mascarade. » répondit-il sans même la regarder.
Sans s'en rendre compte, ses lèvres s'étaient entre-ouvertes dans une expression d'incompréhension. Les paroles de Ben étaient vagues et bien trop énigmatiques, portant le poids de plusieurs sens. Était-il en train de désigner la ville qu'il observait ? Ou était-ce les padawans rassemblés à l'intérieur qui étaient le sujet de sa phrase ? Rey n'en savait trop rien. Après tout, ces mots incompréhensibles collaient bien avec le personnage antithétique qu'il était. Mais malgré cela, elle ressentait l'envie de déchiffrer ces codes et d'y comprendre quelque chose. Et ça commençait par ne pas insister auprès de lui. Elle pensait qu'en l'assainissant de questions, il se refermerait comme une coquille. Alors elle laissa couler et répondit comme elle avait toujours eu l'audace de le faire :
« L'es-tu ? » Sa voix s'était calmée, redevenant douce et mélodieuse. « N'es-tu que mensonge et mascarade ? »
Il lui fit alors face, cessant son observation pointilleuse des hautes tours, le coude posé sur la rembarre. Et étonnamment, il sourit : un sourire en coin accompagné d'un léger rire ironique. Puis instantanément, il sortit le paquet de cigarettes qu'il venait préalablement de ranger. Toujours avec parfaite symétrie, il ouvrit la boîte et souleva une cigarette puis tendit le tout vers Rey.
Surprise de son geste, Rey fit des vas et viens entre son visage et le paquet puis décida finalement de saisir la cigarette qui s'érigeait en sa direction.
Elle l'attrapa délicatement comme si la fine barre entourée de feuilles noires était incroyablement fragile. Elle la plaça soigneusement entre son index et son majeur et regarda Ben sortir son briquet en argent. D'abord, elle ne réagit pas, ne sachant pas vraiment dans quel ordre s'y prendre. Un simple geste de la part du jeune homme lui suffit à comprendre qu'elle devait glisser la cigarette entre ses lèvres. Lorsqu'elle posa l'objet à sa bouche, les deux mains de Ben vinrent l'entourer, s'approchant dangereusement de son visage. Il passa son pouce contre la roulette et fit jaillir l'étincelle. Mécaniquement, Rey voulut elle aussi ériger sa main comme paravent pour éviter que la flamme ne tremble. Le bout de la cigarette rougit, elle tira dessus et sentit les saveurs d'herbes flotter dans sa poitrine. En ôtant sa main près de sa bouche, celle-ci effleura celle de Ben Solo, chaude et douce. Elle eût l'impression qu'un violent frisson traversa son être, plus que la fraîcheur d'une nuit ne pouvait la refroidir. Rey ôta la cigarette d'entre ses lèvres et toussa lourdement. Elle vit qu'un sourire moqueur traversa le visage de Ben avant que celui-ci ne se détourne à nouveau vers la ville. Ravalant sa salive, elle retenta une nouvelle inspiration et apprécia le goût unique que procuraient les copeaux d'herbes tranchés qui avaient séché durant de longs mois pour être réunis sans ajout de substances nocives. Elle avait raison en s'étant imaginé que la qualité de cette cigarette était supérieure à celles contrebandier sur Jakku. Les paquets se vendaient d'autant plus chers qu'ils avaient pour certains les vertues de contenir des extraits de plantes relaxantes plus ou moins fortes. Visiblement, celle qu'elle fumait devait valoir un prix exorbitant.
Ben Solo tira une dernière fois sur sa cigarette puis la jeta à travers la rembarre et s'en alla. Il laissa alors Rey seule, comme si elle n'avait jamais été là. Elle le regarda s'éloigner, surprise.
« Et merde. » souffla-t-elle.
Qu'avait-elle fait ? Pourquoi avait-elle accepté cette fichue cigarette, lui laissant la possibilité de s'approcher aussi près d'elle, de pouvoir même l'effleurer ? Pourquoi l'avait-elle autorisé à lui parler en premier lieu ? Elle savait ce qu'il cachait, quel genre d'homme il était. Alors pourquoi diable avait-elle jouer avec le feu avec lui ?
Un frisson la parcourut. Elle avait presque aimé se risquer à ce jeu. Bientôt, elle finira par s'y brûler songea-t-elle.
Elle apprécia les dernières essences de fumée, se hâtant à consumer la cigarette avant de l'envoyer valdinguer par-dessus la rembarre dans un geste énervé. Puis elle rentra à l'intérieur. De là, elle chercha le visage de Cora parmi les invités. Une fois retrouvée, elle lui annonça qu'elle partait, prétextant être fatiguée (ce qui n'était pas un mensonge en soi). Rey remercia Qiyn qui était aux côtés de la blonde. Comme elle s'y attendait, Cora tenta de la retenir mais Rey lui tenu tête cette fois-ci en expliquant qu'elle rentrerait à pied, et que tout irait bien.
Libérée, elle ne se rendit même pas compte qu'elle courait presque en s'éloignant du building. Le ciel était couleur zinc. Les immeubles étaient noircis à la mine de graphite. Les silhouettes minérales des platanes. Elle avait l'impression de marcher dans le vide. D'être avalée, laminée par le mouvement, la pollution et la clameur sourde de la route principale.
Elle finit par atteindre son immeuble, s'engouffra dans sa chambre, ôta sauvagement sa robe pour enfin s'écrouler sur un matelas trop mou.
Vendredi,
9h40,
Ascenseur principal de l'Académie Jedi.
Rey se moquait gentiment des cernes qui encadraient les yeux bleus de Cora, soulignant on ne peut trop les heures de sommeil qu'elle n'avait pas eu le luxe d'avoir. Même le droïde qui avait pour rôle d'emmener les gens aux bons étages avait osé regarder du coin de l'œil la jeune étudiante pour vérifier par lui-même son état. Cora pesta contre lui. Puis finalement, ils se relâchèrent dans un éclat de rire.
Les deux compères continuèrent leur chemin à pied pour rejoindre la salle du jour.
« Et encore, j'aurais pu me coucher encore plus tard si j'étais rentré chez moi. » avoua Cora.
« Tu as dormi chez Qiyn ? » demanda Rey un peu étonnée.
« Oui, je l'ai aidé à ranger car le pauvre, ses droïdes de ménage sont en réparation et ses parents n'auraient pas été heureux de retrouver l'appartement dans l'état qu'il était. »
« Alors Qiyn et toi, vous… ? » dit-elle en laissant sa phrase en suspens.
« Rey ! Je devrais avertir Maz pour qu'elle te donne un cours personnel sur les tenues que doit avoir un Jedi ! » cracha Cora presque offusquée. « Aucun sentiment n'est toléré au sein de l'ordre, je te l'ai déjà dit. L'amour est purement et simplement synonyme du côté obscur. » compléta-t-elle avec une sonorité presque robotique, comme un enfant qui répète la consigne que lui a apprise sa mère.
C'était la première fois que Cora réagissait ainsi. L'idée que Rey ait pu penser pareille chose l'avait fortement changé. En une demi-seconde, elle s'était métamorphosée telle que Rey ne la reconnaissait plus. Puis l'instant d'après, son sourire habituel était réapparu, comme si de rien n'était. C'était assez étrange et cette petite accroche rafraîchi Rey.
« Sais-tu quel est le cours du jour ? » questionna Cora avec calme.
Rey secoua négativement la tête et l'interrogea du regard.
« Trois fois par semaine, nous avons entraînement physique : deux encadrés, un libre. » expliqua-t-elle. « Je t'ai apporté la tenue pour, Maître Luke avait oublié de te la donner. Tout comme il a oublié de te dire beaucoup de choses. » conclu-elle dans un reproche.
Rey comprit enfin pourquoi elles venaient d'entrer dans ce qui semblait être un vestiaire. Elle imita Cora en posant son sac dans un casier où trois petites lettres prouvaient qu'il lui était attribué et entreprit de remplacer ses vêtements par ceux qu'on lui avait donnés. Elle fut heureuse d'y trouver une brassière adhésive, sans doute pour ne pas la gêner dans ses mouvements lors de l'effort. Rey n'avait jamais apprécié de ne pas se sentir maintenue. Accompagné d'un pantalon en toile, se trouvait un t-shirt aussi léger que l'air. Les couleurs des vêtements étaient toujours dans les tons chamois. La matière était confortable même si elle se sentait constamment un peu mise à nu sans ses bandages.
Devant le miroir, elle resserra compulsivement ses trois chignons et appréhenda de passer la porte qui menait à la salle d'entraînement. Ce qui s'était passé sur le balcon la nuit dernière repassait en boucle dans sa tête sans qu'elle le désire. C'était sans doute anodin ici, de donner une cigarette à quelqu'un, mais les mots qu'il avait prononcés, le regard qu'il avait posé sur elle et la distance qu'il avait brisée, laissant le souvenir de son parfum à l'odeur boisée embrumer ses pensées tourmentées. Et ça, ce n'était pas anodin pour elle.
« Rey, tu es prête ? » la voix de Cora empêcha Rey de partir trop loin dans ses rêveries troublées et nuageuses.
Elles furent les dernières à compléter le groupe d'élèves. La plupart s'échauffaient déjà en réalisant plusieurs allers-retours ou en répétant des séries de gammes. Ce qui étonna le plus Rey était la grandeur de la salle : elle occupait quasiment tout un étage. Et contrairement aux autres niveaux, la salle ne disposait d'aucune fenêtre, seules les lumières artificielles éclairaient les centaines de mètres carrés. L'ambiance y était plus intimiste, presque secrète et réservée. La température était plus élevée et ce fut la première fois que Rey n'eut pas l'impression d'être frigorifiée sur cette planète.
Elle fit un tour d'horizon de la salle, reconnaissant un à un les visages des apprentis Jedi, y collant un nom parfois, par chance. Une boule de nerfs naquit dans son ventre à l'instant où elle le localisa. Elle ressentait plusieurs émotions contradictoires, étant à la fois tiraillée par l'envie de le voir (et d'être vue) mais aussi agacée par sa propre réaction. Elle voulait le haïr de toutes ses forces. Merde, ce gars avait tout de même tenté de la couper en deux avec un sabre laser. Elle devrait réagir de la même manière qu'elle l'avait faite toutes ses années sur Jakku : riposter en attaquant, les dents en avant et les poings liés. Et non, elle se laissait tourmenter. Il était là, droit et pensif, vêtu d'une blouse blanche un peu trop grande et qui laissait deviner une musculature saillante. Il paressait encore plus grand que d'ordinaire mais aussi bien plus redoutable.
Rey se força à détourner le regard pour le poser sur Maître Luke. Avec difficulté, elle se reconcentra.
Il était bien évidemment présent pour encadrer le cours. Il appela les élèves à se rejoindre au centre de la pièce pour donner les consignes.
« Aujourd'hui, vous développerez votre sens du combat uniquement avec un seul instrument, et c'est le plus précieux que vous déteniez, bien plus utile que votre sabre laser : votre corps. Gardez en mémoire qu'il doit être le support de l'esprit : créatif, réactif, souple et précis. C'est ainsi que je vous demande de mettre en place plusieurs duels les uns contre les autres, sans jamais utiliser la Force, seulement vous-même. »
L'idée sembla plaire à la grande majorité qui, aussitôt les règles mises en place, formèrent les duos qui allaient s'affronter. Luke coupa rapidement les échanges en poursuivant :
« Une dernière chose. J'ai besoin que quelqu'un montre à Rey les mouvements ainsi que la base de nos entraînements. »
Le neveu de Luke Skywalker avança d'un pas et leva la main, se portant volontaire. Le Maître Jedi sembla surpris.
« Merci Ben, mais je pense qu'une femme rendrait le combat plus équitable. Cora ? »
« Oui, bien sûr, Maître. » accepta-t-elle.
Rey échangea un regard avec Ben. Les bras croisés, il ne laissait transparaître aucune émotion si ce n'est un mystère évident. Une fois encore, elle ne comprit pas sa réaction et tenta d'y faire abstraction pour ne pas être encore plus troublée qu'elle ne pouvait déjà l'être.
Elle suivit Cora vers un coin de la pièce, permettant à l'espace d'être répartie convenablement. Une pensée fit sourire Rey : marché pieds nus sur les tapis qui jonchaient le sol de la salle lui rappela le sol sablonneux de sa planète.
À son habitude, la jeune blonde prit plaisir à énumérer et à présenter les différents types de mouvements, les classant soit en attaque, soit en défensive. Rey resta silencieuse bien qu'intérieurement, elle souriait. Elle connaissait déjà ce style de combat et elle savait qu'il n'était bon que pour se défendre face à un faible.
Lorsque Cora lui demanda de répéter les gestes qu'elle réalisait, celle-ci passa rapidement au niveau supérieur, puis à celui d'après, encore et encore, jusqu'à ce qu'elle baisse définitivement les bras :
« Je n'ai rien à t'apprendre, n'est-ce pas ? Tu sais déjà te battre. » conclut-elle en un faible sourire.
« J'ai eu le temps d'intégrer quelques bases. » admit-elle malicieusement.
« Alors passons au combat ! La gagnante rencontrera celle du duo derrière nous et ainsi de suite. »
« Je n'ai qu'une question : quand sait-on qui a remporté le duel ? » demanda Rey.
« C'est ton nez collé sur le tapis qui te le fera savoir. » répondit-elle en riant, le regard taquin.
Au tout début, Rey laissa Cora venir à elle. Elle voulait voir exactement comment la jeune femme se débrouillait. La phase d'observation était vitale si l'on voulait connaître son adversaire et ainsi prévenir ses agissements. Ainsi, elle comprit rapidement que Cora valorisait la précision plutôt que la vitesse. C'est alors sur ce dernier point qu'elle mit l'accent en désorientant la jeune femme. Il lui suffit alors de la prendre par surprise et réaliser une jolie succession de mouvement pour la renverser, ventre à terre. Cora se releva difficilement, la respiration saccadée. Elle prit quelques secondes pour réoxygéner son cerveau avant de parler.
« Ok, je m'incline. » abdiqua-t-elle, une main posée sur sa cuisse, l'autre en l'air en signe de rédemption.
C'est ainsi que Rey enchaîna les combats, opérant toujours la même tactique. Elle fut heureuse de constater que ces deux jours à la ville n'avaient pas impacté sa forme olympique. Après 4 combats, elle ne ressentait toujours aucune trace de fatigue, aussi maigre soit-elle. Au contraire, elle pouvait discerner l'adrénaline monter petit à petit. Elle venait à peine de s'échauffer.
Luke passait entre les rangs, glissant quelques conseils par-ci et par-là. Lorsqu'il s'était arrêté à la hauteur de Rey contre Merrone, une falleen, il n'avait rien dit bien qu'il soit resté un long moment à étudier les faits et gestes.
Ça amusait beaucoup Rey. Ces petits combats étaient plus ludiques qu'elle ne l'aurait cru. Pourtant, au moment où elle souhaita s'attaquer à plus fort qu'elle, Luke annonça la fin du cours. Elle laissa afficher sa déception en saluant le camarade qu'elle n'avait pas eu le temps d'affronter.
Un à un, les élèves rejoignirent les vestiaires, se plaignant de n'avoir pas été assez rapide ou fort, ou bien que la séance de la dernière fois leur eût donné trop courbaturés pour que celle-ci soit efficace. Cela amusa Rey de les entendre se chercher des excuses. Luke le remarqua et ne put s'empêcher de commenter la scène :
« Un bon Jedi ne se plaint pas comme eux, voici la leçon à retenir ! » il sourit à Rey. « Tu as montré de bonne qualité aujourd'hui, j'en suis heureux. Continue ainsi Rey. »
Rey était sur le point de le remercier lorsqu'un raclement de gorge vint l'interrompre.
« Maître, si vous le permettez, j'aimerais aborder quelques points de combat avec Rey pour rattraper son retard. » dit-il avec une voix des plus courtoises.
« Je ne peux pas rester, Ben. J'ai une réunion dans vingt minutes. » répondit Luke avec froideur.
« Je refermerai la salle si c'est cela qui vous gêne. » rétorqua Ben.
Le visage de Luke se contracta. « … D'accord, mais soyez vigilant dans ce cas. » finit-il par accepter.
Rey avait assisté à la scène avec l'impression de ne pas avoir son mot à dire, alors qu'elle était pourtant la principale concernée. Impuissante, elle regarda le Maître Jedi quitter la salle par la grande porte, la laissant seule avec Ben. Elle se rappela sa détermination à ne pas se laisser prendre dans les toiles de ce menteur et décida alors de montrer son désaccord.
« Qui t'a dit que j'avais envie d'écouter tes conseils ? » cracha-t-elle poings serrés.
« Je dirais la vitesse à laquelle tu as mis out toutes les filles du groupe. » répondit-il très sérieusement.
Elle ne pouvait pas se permettre de reproduire la même erreur que la veille. Qui était-elle pour se laisser amadouer de la sorte ? Elle était bien plus forte que ça, elle lui avait prouvé et elle le referait pour qu'il comprenne définitivement qui elle était.
Peut-être avait-elle commis une erreur en ne prévenant pas Luke de ce qu'il s'était passé la nuit où il s'était introduit chez elle, un sabre couleur sang à la main. Elle n'était pas illusionnée, bien qu'elle ne connaisse pas encore sur le bout des doigts l'histoire de l'Ordre, elle était en mesure de faire la différence entre un Jedi et un Sith. Il était dorénavant clair que Ben Solo avait quelque chose dans la tête, un plan pour arriver à ses fins. Mais quelles fins ?
Elle détourna le regard et lui répondit :
« Tu as complètement tort. »
Rey tourna les talons et se dirigea de pied ferme vers la porte des vestiaires pour femme. Alors qu'elle voyait sa porte de sortie se rapprocher petit à petit, une main la saisit au bras, la forçant à se retourner. En lui faisant face, la deuxième main du jeune homme était venu se poser sur son autre épaule, la bloquant fermement, presque possessivement.
À ce moment précis, elle sût qu'elle avait déjà cessé d'y résister, c'était beaucoup trop tentant, beaucoup trop séduisant.
Elle pivota pour s'échapper de son emprise et visa de son coude sa figure. Bien sûr, il dévia son geste et tenta d'y prendre profit pour la frapper au niveau des côtes. Ainsi débuta une série d'enchaînements de mouvements, de coups et d'évitements. Il était grand et fort, elle était rapide et agile. Le combat n'en était que plus divertissant. Rey avait l'avantage de connaître déjà sa façon de déambuler devant l'adversaire. Le souci, c'était que lui aussi connaissait la sienne.
Enfin, elle pouvait dire qu'elle était essoufflée. Elle sentit le moment où ses gestes se ralentirent et hésitèrent. Elle ne savait plus vraiment par où l'attaquer, toutes ses tentatives n'ayant pas abouti complètement. Alors elle changea de tactique et le laissa venir à elle.
Ben s'approcha, feignit un crochet du droit, laissant Rey l'intercepter et riposter. C'est à cet instant qu'il leva la main, paume rivée sur le visage de la jeune femme. Elle ne pouvait plus bouger, paralysée par une force bien plus supérieure, figée dans l'espace. Le poing en avant, la position était instable et horriblement fatigante, comme si l'étau qui la maintenait dans cette posture contractait l'intégralité de ses muscles déjà endoloris. Elle détestait ne plus pouvoir bouger ainsi, être laissée en proie sans pouvoir riposter. Elle sentait qu'elle n'avait plus aucun moyen de reprendre le dessus et qu'il avait d'une certaine manière déjà gagné en la contrôlant de la sorte. À l'intérieur d'elle-même, un mot lui vint : « tricheur », laissant la peur se transformer doucement en haine.
« Je ne triche pas. Je fais juste ce dont je suis capable. » dit-il comme s'il était parvenu à entendre ce qu'elle pensait.
Soudainement et sans prévenir, la force qui la retenait la libéra. Elle tomba alors lourdement au sol sans pouvoir amorcer la chute. Aussitôt, elle releva la tête dans un mouvement rapide pour balayer les cheveux qui gênaient sa vision, un premier chignon s'étant défait dans l'action.
Elle se releva, le regard abrasif, remplie de colère. Rey commença à s'élancer vers lui, la mâchoire serrée mais à nouveau, il brandit sa main et l'éjecta au sol, trois mètres plus loin. Ce n'était pas comme être jeté dans les airs, elle avait plutôt la sensation qu'on l'empoignait comme un vulgaire jouet et qu'on la frappait contre le sol. Elle laissa échapper un cri d'effroi.
Douloureusement, elle se releva, sentant chaque partie de son corps la faire souffrir.
« Pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ? » cria-t-elle, la voix enraillée.
« Ce sabre ne t'appartient pas. Il appartient à ma famille et ce depuis toujours. Tu n'as rien à voir avec tout ça. J'étais supposé être celui qu'il le récupérerait, pas toi ! » rugit-il. « Tu n'es qu'une simple pilleuse d'épaves solitaire. »
Les mots que Rey entendit lui coupèrent le souffle. Ses yeux s'écarquillèrent et elle eût l'impression que sa mâchoire était sur le point de se décrocher. Le sentiment d'avoir été frappé en plein ventre apparut soudainement et avec force, libérant la rage qu'elle contenait. La colère purifiait, mais sans exutoire, elle devenait vite un poison.
Incontrôlable, elle s'élança vers Ben Solo et laissa une pluie de coups s'abattre. Elle n'avait jamais été aussi précise, rapide et forte. En frappant le jeune homme, elle se vengeait de beaucoup d'autres choses. En exposant sa pensée, Ben avait porté le coup de grâce. Il réalisa bien vite quelle sorte de tempête il venait de déclencher, mais il était trop tard désormais. Ses coups étaient durs et violents à encaisser, bien qu'il soit taillé dans le marbre. Il voulait l'arrêter, l'empêcher de continuer cette avalanche. Alors il leva à nouveau la main vers le visage de Rey. Mais avant qu'il ne pose ses phalanges sur la joue de la jeune femme, celle-ci l'imita plus rapidement.
« NON ! »
Ben fut dans un premier temps surpris puis impressionné. Aveuglée par la rage, Rey s'était laissé guider par quelque chose de mystique, à la fois effrayant mais aussi exaltant. Sans même le souhaiter véritablement, elle venait de suspendre Ben dans les airs, lui ôtant souffre et pouvoir. Elle réalisa son geste, affolée, elle relâcha la tension et mit fin à sa transe. Le bourdonnement dans ses oreilles s'était arrêté, elle demeurait toujours muette, horrifiée par ce qu'elle venait de faire, terrifiée par ce qu'elle était. La colère est pour l'âme une espèce de fièvre, que laisse toujours le malade plus faible que quand elle l'a pris.
Ben Solo retomba au sol comme une mouche sans que jamais ses yeux ne se détournent du regard de Rey. Il savait ce qu'il avait vu, et n'en revenait pourtant pas. C'était fascinant. Maintenant il comprenait un peu mieux, les pièces du puzzle s'assemblaient et prenaient forme. Il y avait quelque chose d'intéressant, caché à l'intérieur de cet être et l'irrésistible envie de connaître son origine naquit alors.
« Tu as raison, j'ai eu tort. » il marqua une courte pause : « Qui es-tu vraiment Rey ? »
Elle le regarda, le corps et l'âme chancelante puis s'effondra au sol. Comme sous le choc, elle ne bougeait plus, laissant une larme solitaire parcourir la courbure de sa joue avant de se jeter au sol. Ben Solo s'approcha doucement et ajouta d'une voix douce comme un baume :
« N'aie pas peur, je le sens aussi. »
Here we are,
J'espère que vous allez bien. Personnellement, je m'auto-énerve : mettre autant de temps à écrire un chapitre n'est pas dans mes habitudes. Généralement, j'écris le chapitre en une semaine puis le peaufine, alors que cette fois-ci, j'y ai passé un bon mois. Désolée pour la longue attente mais j'ai l'impression de courir après le temps en ce moment… ^^
Pour la peine, ce chapitre est un peu plus long que les précédents mais malheureusement pour moi, je n'en suis pas du tout satisfaite et compte bien me motiver grâce à vos reviews pour écrire un chapitre 5 qui j'espère sera à la hauteur de mes exigences (et des vôtres surtout !).
Officiellement on est le 1er septembre mais il fait encore nuit donc on va dire qu'on est encore le 31 et que c'est alors toujours mon anniversaire. Ça m'amusait de poster (ENFIN) ce chapitre aujourd'hui x)
J'espère que vous êtes toujours présent et que vous allez rendre fous ma boîte mail de reviews :p
Je compte sur vous pour m'inspirer pour la suite !
Merciiii
Léa
