Précédemment…
Vendredi matin
Salle d'entraînement de l'Académie Jedi
Ben Solo retomba au sol comme un vulgaire pantin de bois sans que jamais ses yeux ne se détournent du regard de Rey. Il savait ce qu'il avait vu, et n'en revenait pourtant pas. C'était fascinant. Maintenant il comprenait un peu mieux, les pièces du puzzle s'assemblaient et prenaient forme. Il y avait quelque chose d'intéressant, caché à l'intérieur de cet être et l'irrésistible envie de connaître son origine naquit alors.
« Tu as raison, j'ai eu tort. » il marqua une courte pause : « Qui es-tu vraiment Rey ? »
Elle le regarda, le corps et l'âme chancelante puis s'effondra au sol. Comme sous le choc, elle ne bougeait plus, laissant une larme solitaire parcourir la courbure de sa joue avant de se jeter au sol. Ben Solo s'approcha doucement et ajouta d'une voix douce comme un baume :
« N'aie pas peur, je le sens aussi. »
"Show me
the most damaged
parts of your soul,
and I will show you
how it still shines like gold."
Chapitre 5 : Face and Mind
Samedi, 10h
Salle d'études, Académie Jedi
Hanna City, Chandrila
Rey se dandinait sur sa chaise, visiblement pas habituée à rester autant de temps assise. Pour la énième fois en quelques minutes, elle changea de position et colla son buste contre le dossier sans délicatesse. Une grimace fit son apparition sur son visage concentré. Les douleurs émanent de son dos par vagues de pulsations brûlantes lui rappelèrent l'entraînement d'hier, les coups, les chutes et les mots.
Elle leva les yeux du livre qu'elle tenait en main depuis bientôt 1 heure. Assise en face d'elle, Cora semblait tout autant concentrée, en pleine réflexion sur ce qu'elle rédigeait, trois livres grands ouverts autour d'elle pour l'aider. Rey, sous les conseils bienveillants de son amie, s'était engagée dans un vieux manuscrit Jedi relatant les normes sociétales que devait adopter un bon padawan. Elle le ferma bruyamment et le posa sur la table.
« Je ne comprends pas. » admit-elle en pinçant ses lèvres.
Cora releva la tête comme si elle venait de réaliser qu'elle n'était pas toute seule. Elle regarda le livre puis tourna le regard vers Rey. À cœur d'aider cette dernière à rattraper son retard au sein de l'Académie, Cora reposa sa plume et accorda toute son attention sur la jeune fille aux trois chignons :
« Qu'est-ce que tu ne comprends pas ? »
« Et bien… Toutes ces règles, ces modes de conduite sont très stricts. Mais pourtant… » elle marqua une pause. « À la soirée de Quiyn, il y a beaucoup de règles que vous avez enfreintes. » avoua-t-elle à voix basse.
L'alcool, les cigarettes, le manque de dignité envers les autres, les jeux aux finalités idiotes. Rey était perdue. Ça ne collait pas avec l'idéologie des Jedi. Hier, Cora lui avait bien fait comprendre que les plaisirs tant charnels qu'émotionnels étaient totalement proscrits. Pourquoi cela n'allait pas de pair avec le reste ?
Cora la regarda et baissa les yeux, visiblement en pleine recherche des bons mots à sélectionner pour expliquer à Rey leur mode de fonctionnement.
« Je comprends que cela ne te semble pas… linéaire. Mais ça a toujours été comme ça. Je veux dire, notre génération, on a mis en place cela avec une idéologie très précise. Nous savons pertinemment que l'attachement n'est pas une composante que l'on doit prendre en compte dans notre façon d'agir, il n'y a pas de débat qui soit. Mais rien ne stipule que nous ne devons pas nous amuser et nous détendre un peu. On sait garder les idées claires. Et Maître Luke n'est pas aveugle, il a fini par découvrir nos… petites soirées. Ça ne lui a pas plu du tout sur le coup mais on ne causait aucun dégât à notre image. Au contraire, la réputation qu'on a créée n'a jamais été si prestigieuse. Toutes les académies nous respectent ! On sait ce qu'on ne doit pas faire. Et si jamais cela tourne mal, on a nos techniques : on contraint les esprits à oublier ce qu'ils ont pu voir ou entendre. »
Rey l'écoutait attentivement en essayant de comprendre. Le tableau se formait petit à petit, et elle distinguait plus encore la solidarité qui les liait tous. Pour autant, on sentait qu'ils avaient été formés et façonnés d'une manière telle que leur obéissance pour l'ordre était inébranlable.
Cora prit une inspiration et reprit, l'air grave : « Dans deux ans, si tout va bien, la plupart d'entre nous acquerrons le statut de Jedi. On sera envoyé à l'autre bout de la galaxie pour défendre la Nouvelle République. Plus rien ne sera plus pareil. La cause qu'on servira représentera tout. » Elle planta son regard dans les pupilles de Rey et lui demanda : « Tu comprends maintenant ? »
Rey ne détourna pas le regard et hocha la tête en signe d'affirmation. Puis Cora lui sourit avec sa malice habituelle et replongea dans ses livres.
Quant à Rey, elle resta perplexe. Les mots de Ben Solo rejaillirent soudainement dans son esprit :
« Tu n'es pas comme eux, tu ne le seras jamais » avait-il déclaré froidement.
« Tôt ou tard, tu réaliseras »
Ces mots prenaient une connotation au ton grisâtre et froid. Elle les balaya d'un revers de tête, ne voulant pas les accepter. Le goût amer, elle rangea ses affaires dans sa besace. À l'intérieur, elle y retrouva le crédit Républicain dont elle avait hérité en passant le Test des 5 au cœur du Nexus de Force quelques jours plus tôt. Soudainement inerte, elle fit glisser son pouce sur la pièce, n'en comprenant toujours pas sa signification. Puis elle la reposa précieusement et se leva de sa chaise. Ses jambes la tiraillèrent, semblants heureux d'être sortis de cette position passive. Rey salua Cora et s'engouffra dans les couloirs de l'Académie.
Elle hésita à retourner parler à Luke, ayant toujours en tête, dans un recoin de son esprit, l'idée qu'elle n'était venu que dans un unique but bien précis : retrouver ses parents. Mais hélas, ce dernier lui avait déjà expliqué que s'il avait de nouvelles informations, ce serait lui qui viendrait à elle. Cependant, elle détestait rester inerte face à cela. C'était à propos d'elle, c'était sa famille. Ne rien faire était insupportable. Tout reposait sur Luke et d'une certaine manière, sa confiance pour lui était sans failles. Elle l'avait tout de suite senti, et vu, à travers le reflet bleu de ses yeux, qu'elle pouvait s'y fier. Elle comptait tellement sur lui.
Pour se changer les idées, elle prit alors la décision d'aller au spatioport, afin de poursuivre la réparation de son speeder bike. En chemin, elle s'arrêta dans une boutique pour s'acheter un comlink, se disant que Cora serait ravie de pouvoir la joindre à n'importe quelle heure de la journée pour lui expliquer ses nouveaux ragots. Il était étrange de s'acheter quelque chose d'aussi cher et surtout, avec une monnaie qu'elle n'avait pas rudement méritée. Une petite voix lui disait que quelqu'un, quelque part, avait surement plus besoin de cet argent qu'elle et cela lui fit de la peine. Mais que pouvait-elle y faire ?
Elle sortit du petit magasin et poursuivit sa route. Elle passa devant l'une des tours où logeaient les bureaux du haut conseil de la Nouvelle République. Reconnaissables parmi toutes les autres, les couleurs du gouvernement se reflétaient sur toute la ville. Au sommet de celle-ci se trouvait un grand écran lumineux où défilait les slogans politiques remplit d'espoir et d'encouragement pour l'avenir. Les habitants qui vivaient à proximité devaient connaître sur le bout des doigts ses lignes symboliques. Rey fut marqué par l'un d'entre eux :
« Chaque individu est l'enfant de la Nouvelle République, personne n'est abandonné à son sort » puis les mots passèrent sur l'autre façade de la tour.
C'était un vulgaire mensonge : aucun appui de l'ordre politique ne leur était venu en aide sur Jakku, absolument personne. Ce système avait des failles, de nombreuses failles. Peut-être qu'en devenant Jedi, elle parviendrait à les combler.
En chemin, elle eut la subtile impression que des pas la pourchassaient et qu'un regard s'était accroché à sa peau. C'était sans doute la foule et l'habitude qu'elle n'avait pas d'en être submergée. Nombreux étaient ceux qui frôlait son épaule et émerveillé était certains regards face à sa tenue si distinctive. Elle n'appréciait pas vraiment ça. Elle n'en avait pas non plus l'habitude : être regardé sans ne l'avoir autorisé.
Rey finit par arriver à destination sans même s'en apercevoir, la tête bien trop pleine de pensées, les oreilles bourdonnantes de bruits. Elle passa le contrôle de sécurité aussi facilement qu'il y a deux jours et atteignit la plateforme où son engin l'attendait patiemment.
10h40
Quartier Moona
Le soleil fit refléter les perles de sueur qui jonchaient le torse musclé du garçon encore endormi. Les cicatrices se dessinaient tout du long, comme des coups de pinceau maladroitement glissés sur sa toile de peau.
Ses paupières s'agitèrent, papillonnèrent, agressés par la clarté de la chambre baignée de lumières. Il devait déjà être tard, la nuit avait été si courte, comme les précédentes depuis plusieurs semaines d'ailleurs. Les draps étaient défaits et trempés de sueur, trahissant le sommeil chaotique du jeune homme. Il soupira en passant une main sur son visage, tentant de sortir de son état de somnolence. Il se redressa lentement et sentit ses muscles se mètrent durement en route, encore anesthésiés par l'effort et la douleur.
Après quelques secondes, il trouva la force de se lever, d'enfiler un t-shirt visiblement propre qui trainait par terre et rejoignit la cuisine.
« Mère ? » tenta-t-il.
Personne ne répondit.
Il trouva alors, sur le plan de travail, un morceau de papier porteur de quelques mots :
« Ben,
Je suis partie en mission diplomatique pour une durée incertaine.
Je t'ai laissé de l'argent.
Prends soin de toi,
Maman »
Original, songea-t-il. C'était ainsi depuis 23 ans. Un père absent. Une mère trop occupée. Des mots griffonnés sur un papier à la dernière minute. Ils lui avaient pourtant promis. Ben se souvenait de ce jour heureux où son père l'avait pris dans ses bras, un acte de tendresse qui était rare. Ce jour-là, Han l'avait regardé en lui promettant qu'il ne partirait plus aussi souvent, à bord de son vaisseau, accompagné de sa bête de poils. Il avait juré ne plus se mettre en danger en cherchant lui-même les ennuis. Et Leia lui avait emboîté le pas en admettant qu'elle passait trop de temps à jouer son rôle de Sénatrice auprès de la nation plutôt que son rôle de mère. Leur petit garçon avait besoin d'eux deux.
Mais ils mentaient. Comme toujours. Tous les préceptes moraux sont des illusions trompeuses. Même les étoiles sont des mirages. La vérité c'est l'obscurité et la seule chose qui importe c'est de produire son manifeste avant de s'y enfoncer.
Le bout de papier fut chiffonné sous les phalanges blanchies du jeune homme. Les objets qui décoraient l'étagère furent projeter en l'air et retombèrent dans un fracas glaçant au sol, accompagné d'un cri de rage. Il sentait la colère monter au creux de son estomac. Elle était plus présente que jamais.
Voilà quatre mois que son père ne donnait plus aucune nouvelle de lui et que Ben ne désirait pas en recevoir. Snoke lui avait ouvert les yeux, et la vérité était douloureuse, mais nécessaire. Ben ne faiblirait pas, il continuerait de servir son Maître et ainsi, la souffrance s'exacerbera, enfin, peut-être.
Le son de l'interphone le sortit de sa torpeur. Il s'approcha de l'écran sur le mur de l'entrée pour voir qui pouvait bien vouloir s'introduire chez lui. En un coup d'œil, il reconnut l'homme et appuya sur le bouton qui déverrouilla la porte d'entrée. Il ne fallut pas longtemps à ce dernier pour gravir les quelques étages et toquer à la porte. Ben l'ouvrit à moitié et dédaigna son interlocuteur :
« Ouch, tu devrais dormir un peu Ren, ça te ferait du bien. »
« Qu'est-ce que tu veux ? » demanda-t-il sèchement.
« Je pense qu'il serait préférable que je t'explique ça à l'intérieur. » lui répondit le rouquin avec la même intonation.
Ben serra les dents et le laissa rentrer tout en lui faisant comprendre qu'il n'était pas pour autant invité. Le jeune homme rejoignit le salon avec une aisance un peu trop marquée qui avait le don d'agacer davantage Ben. Il n'aimait pas le voir ici.
« Ne perds pas ton temps et dis-moi la raison de ta venue. » cracha Ben en croisant les bras sur son torse.
Le visiteur prit le temps de s'asseoir dans le canapé, d'adopter la position qui le rendait le plus confortable possible pour enfin commencer sa phrase. L'arrogance qu'il dégageait par chacun de ses gestes continuait à amplifier l'énervement de Ben qui avait déjà mal commencé sa journée.
« Snoke m'envoie pour te confier une mission. » finit-il par annoncer.
« Pourquoi est-ce toi l'intermédiaire ? Snoke prend soin de confier les missions lui-même, il n'a pas besoin d'un pigeon voyageur comme toi, Hux. »
« Ta mère est parti ce matin, n'est-ce pas ? Et bien Snoke fait partie du voyage lui aussi. Malheureusement, il ne connaît pas la date de son retour et m'a chargé de faire passer quelques messages. »
Ben n'aurait jamais confié pareilles missions à cet homme qu'il jugeait incapable et naïf. Il ne comprenait toujours pas l'intérêt que portait son Maître à son égard. Était-ce l'alliance avec le père d'Armitage qui le forçait à prendre le fils avec ? Mais personne ne forçait Snoke. Personne ne se plaçait à ses côtés s'il n'avait aucun avantage à y être. Tout était calculé et prémédité, ne laissant pas le hasard avoir sa place.
Hux était plus jeune de quelques années que Ben et étudiait à l'Académie Républicaine afin d'intégrer les armées. Lui aussi était un pion noir sur un échiquier blanc et c'était là, le seul point commun qui reliait les deux individus.
« Et quel est le message ? » questionna-t-il.
« Il te confit une mission d'espionnage : récolter le maximum d'informations sur une jeune femme dénommée… Raeh, je crois. » répondit Hux.
« Rey. » corrigea-t-il en se retournant vers la baie vitrée.
« Tu la connais ? » dit-il en fronçant les sourcils, visiblement intéressé. Hux n'était pas mis dans la confidence de tout ce que leur organisation tramait, d'autant plus quand cela concernait Ben et l'ordre Jedi. Armitage agissait à son échelle mais étant friand d'escalader quelques barreaux.
Ben ne répondit rien le temps d'une minute, semblant enfouis dans ses pensées. « Oui. C'était tout ce que tu avais à me dire ? »
« C'était tout. » Hux se leva et toisa l'homme face à lui. « Tâche d'être à la hauteur cette fois-ci, notre Maître n'appréciera pas une seconde défaite de ta part. » siffla-t-il comme un serpent à deux doigts d'attaquer sa proie.
Hux vit la colère s'élever dans le regard de son adversaire et sut qu'il n'était pas à la hauteur d'une altercation face à Kylo Ren. Il comprit qu'il était temps de partir et ne tarda pas à rejoindre la sortie, laissant l'homme aux cheveux noirs emplis de rage. « L'arrogance en personne » pensa Ben.
Il ne s'attendait pas vraiment à une telle mission, surtout de ce genre. Habituellement, on lui confiait les tâches ingrates, où il était nécessaire de se salir les mains. Mais l'espionnage faisait aussi partie de sa formation.
La nuit dernière, il n'était parvenu à masquer le trouble auquel il était en proie. Snoke l'avait ressenti, ses pensées l'avaient trahi. Il avait alors dû lui expliquer comment il avait réussi à pousser Rey dans ses retranchements, révélant son pouvoir : aussi puissant que brut. Un potentiel sans égal sur lequel Skywalker avait déjà misé. Ainsi, Ben avait davantage attiré la curiosité de son Maître. Ce dernier semblait intrigué et lui assura qu'il y avait une voie particulièrement intéressante qui se dessinait.
Pour satisfaire son Maître, Ben devait obtenir réponses à multiples questions qu'il se posait déjà à lui-même : pourquoi lui était-elle apparue lorsqu'il avait touché le sabre laser de son grand-père ? Pourquoi une pareille Force s'était manifestée chez elle ? Skywalker avait-il des réponses ? Pourquoi diable s'était-il comporté ainsi sur le balcon à la soirée de Qiyn ? Quel était ce crépitement qui faisait écho à l'intérieur de lui chaque fois qu'il était en sa présence ?
Dans l'objectif de trouver réponse à ces questions, Ben se rendit à l'Académie Jedi en misant sur le fait qu'elle y serait sans doute. Or, quelques mètres avant d'atteindre l'entrée principale, il reconnut la silhouette fine et rapide descendre les marches, sauter les deux dernières et se rendre vers le sud de la ville. Il la regarda un instant et à deux mains, remonta sa capuche noire sur sa tête. Il la suivit sur 800 mètres à peu près avant qu'elle ne s'arrête à un magasin. Depuis le trottoir d'en face, il la vit parler avec un Tarsunt, se laissant conseiller sur un produit. Quelques minutes plus tard, elle ressortit, un Comlink à la main, elle l'examina un instant semblant curieuse et enthousiaste. Elle le rangea dans sa besace et reprit sa route, se dirigeant toujours dans la même direction. Au début, Ben cru qu'elle se rendrait chez elle mais ce n'était pas le cas, sa résidence se situant à l'opposé.
Il l'apercevait, entrecoupé par le fourmillement d'un amas de gens en pleine matinée. Elle était là, au milieu de la foule, bousculée, minuscule, vulnérable. Elle portait sa tunique beige. Une ceinture lui serrait la taille. Avec son air sauvage, on ne remarquait qu'elle.
Après environ 45 minutes de marche, la jeune femme sembla enfin arriver à destination. Ben fut surpris de voir qu'elle se rendait au spatioport d'Hannah City. Il avait beau réfléchir à diverses hypothèses, il ne comprenait pas bien ce qu'elle pouvait y faire. S'infiltrant quelques minutes après elle, il eut le temps de voir qu'elle passa le contrôle de sécurité et qu'elle s'engouffra dans le terminal menant aux plateformes 6 à 10. Ben analysa la situation : il n'avait aucune chance pour passer les gardes, rien sur lui ne prouvait qui il était. Il aurait pu utiliser la Force mais la salle était pleine à craquer de citoyens venus embarquer, il ne pouvait risquer la moindre erreur. Il décida d'arrêter sa poursuite ici.
Quelle ne fut pas la surprise de Rey lorsqu'elle réalisa qu'elle s'était faite devancée par son ami Finn. Elle cligna des yeux plusieurs fois et finit par conclure que c'était bien lui, assis près du speeder bike, le front plissé de concentration, du cambouis plein les mains, à tenter d'accorder le moduleur au moteur. Un sourire sincère illumina le visage de Rey, attendri par la scène.
« Finn ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? » demanda-t-elle en révélant sa présence.
Ce dernier sursauta et cassa au passage l'assemblage sur lequel il travaillait. Il rouspéta à sa manière et cela fit davantage rire la jeune femme. « Rey ! Je ne savais pas que tu viendrais. Et bien comme tu peux le voir, finalement j'aime plutôt ça la mécanique, même si visiblement, c'est elle qui ne m'aime pas. » conclu-t-il en regardant les dizaines de pièces joncher le sol.
« Tu n'es pas avec Poe ? » demanda-t-elle.
« Justement, j'étais venu pour lui dire au revoir. Il a décollé ce matin à la première heure et ne sait pas quand il sera de retour. »
« Où est-il parti ? »
« Ah ça, c'est un secret confidentiel, il n'a pas pu me le dire. Tout ce que je sais, c'est que c'est une mission diplomatique de la plus haute importance. Tu l'aurais vu me dire ça avec sa tête toute fière. » Finn rigola. « Fin bref. Du coup, je me suis dit que ça t'aurait fait plaisir que la réparation du speeder avance un peu. »
Rey sentit son cœur se serrer doucement. L'intention de son ami était si belle. Une amitié pareille était précieuse, elle le savait et la chérissait.
Ainsi ils passèrent le reste de leur week-end à bricoler. Parfois, ils étaient si concentrés qu'ils ne dirent pas un seul mot pendant quelques heures et d'autres fois, leur discussion avançait bien plus vite que la réparation du speeder. Finn lui parla de Rose. Apparemment, cette dernière s'était excusée de s'être emportée et même si leur relation était un peu ambiguë, ils s'étaient mis d'accord pour rester bons amis. Rose lui en voulait toujours de ne pas lui confier le nom de la personne pour qui Finn était épris. Le pauvre semblait être à la fois tiraillé et bloqué dans une situation où il n'avait pas toutes les cartes en main. C'était pénible à entendre pour Rey mais elle se sentait tout aussi impuissante.
En deux jours, elle eût le temps de se poser une centaine de fois la même question : devait-elle expliquer à Finn tout ce qui s'était passé entre elle et Ben Solo ? Le sabre laser, la tentative de vol, le masque, les échanges de regards, la cigarette partagée, ses mots étranges, le combat au corps-à-corps. Mais elle n'en fit rien car elle avait le pré-sentiment que cette histoire était bloquée dans sa poitrine et ne pouvait être relâchée ainsi. Elle devait d'abord déchiffrer les agissements de Ben Solo, quitte à ce que cela ne tourne à l'obsession (mais ne l'était-ce déjà pas ?).
Lundi, 17h48
Académie Jedi
« L'ancienne République était une République de légende, plus grande que l'espace ou le temps. Inutile de dire où elle se situait ni d'où elle venait. Il suffisait de savoir que… c'était la République. Jadis, sous le sage gouvernement du sénat et la protection des Chevaliers Jedi, la République avait prospéré et grandi. Pourtant, comme il arrive souvent quand la richesse et la puissance dépassent l'admirable et atteignent au terrible, un jour surgissent les méchants qui ont de la capacité à revendre. Ainsi en alla-t-il avec la République à son apogée. Comme les plus grands arbres, qui sont capables de repousser les agressions venues du dehors, la République pourrit de l'intérieur bien que le danger fût resté visible. Soutenu et encouragé par… »
Lor San Tekka lisait un paragraphe issu du Journal des Whills, livre que Rey avait déjà lu. Il se trouvait au centre de la pièce, marchant avec sérénité. Les padawans eux étaient sagement assis par terre, formant un cercle silencieux autour de l'intervenant du jour. Lor San Tekka s'occupait d'assurer les cours d'Histoire Galactique à l'Académie en plus de son travail de chercheur et de gardien de l'Église. Rey ne l'écoutait qu'à demi-mots, l'esprit ailleurs, fatiguée de cette longue journée.
La tête baissée, elle osa lever lentement les yeux, observant les alentours comme un droïde scanner. Elle observa les visages concentrés sur les paroles de l'homme face à eux. Lorsque son regard se heurta au visage de Ben Solo, elle ne put s'en détourner. Ben n'était pourtant qu'à quelques mètres d'elle mais elle ressentait l'étrange envie de le regarder, d'observer chacun de ses gestes, de ses mimiques. Elle cherchait l'indice qui trahirait ses pensées. Sans vraiment savoir d'où venait cette envie irrévocable de sentir son regard posé sur elle, elle tentait de captiver la prunelle de ses yeux. C'était comme un jeu auquel elle se risquait à relancer une nouvelle partie. Néanmoins, sa conscience lui disait qu'elle ne devrait pas, que c'était déplacé et complètement stupide.
Mais cette fenêtre grande ouverte qu'était son visage faisait d'elle une espèce de voyeur de sa vie intérieure mise à nu.
Tout ce qu'elle savait, c'était qu'elle en avait envie.
Elle ne se priva pas d'observer sa posture, la taille de ses mains s'affairant à tenir le vieux livre. Sa peau si blanche était garnie de grains de beauté que la lumière de la pièce mettait en avant puis ils s'éparpillaient, tombant dans sa nuque et disparaissant dans l'encolure de sa tunique. Il gardait les yeux baissés, suivant les lignes de mots, signe d'une concentration que Rey ne parvenait à trouver. Ses lèvres étaient closes, l'une contre l'autre et leurs couleurs attestaient de la chaleur dont elles devaient disposer. Assis en tailleur, il semblait si calme et posé, mais Rey savait qu'il n'en était rien. Cet homme était un abysse de rage, elle l'avait senti plusieurs fois.
Et cette fois, c'est lui qui la senti. Il leva les yeux si rapidement que Rey n'eut pas le temps de détourner le regard pour ne pas être trahi, mais il était trop tard. Ils se regardèrent et leurs pensées, confondues dans la même angoisse, s'étreignirent étroitement, comme deux cœurs palpitants. Elle était la souris piégée dans le regard fixe et meurtrier du cobra, terrorisée mais trop fascinée pour s'enfuir.
L'orateur passa sous les yeux de Rey, continuant sa lecture. Il brisa sans le savoir le contact visuel qui s'était établi entre les deux protagonistes. Rey en profita pour laisser retomber son regard sur le livre, cachant sa gêne et ses pensées. Intérieurement, elle se haïssait d'avoir été vu, qu'allait-il en penser ? Mais plus profondément encore, elle avait aimé s'y risquer.
Quelques minutes plus tard, Lor San Tekka annonçait la fin du cours en rappelant les consignes du mémoire à rendre pour la semaine d'après.
Rey s'empressa de ranger son livre dans son sac et se leva en direction de la grande porte, soulagée d'avoir enfin terminé cette journée.
« Rey ! Attends-moi ! » lui lança Cora. Tout en fourguant ses affaires à la va-vite, elle emboita le pas précipité de Rey. « Ça te dit de venir avec nous ? On va boire un verre au Blue Moon histoire de se féliciter d'avoir survécu à cette journée interminable. »
Rey sourit face à l'excuse de la blonde. Elle se remémora la soirée chez Qiyn qui n'avait pas été vraiment plaisante. Mais d'un autre côté, elle avait vraiment envie de s'intégrer auprès des autres. Elle ne pouvait pas les blâmer d'avoir été curieux voir un poil intrusif, sa venue soudaine devait leur sembler si étrange. Et puis, ça semblait tellement faire plaisir à Cora. Une question jaillit à son esprit « Était-il convié, lui aussi ? ». À la place, elle répondit :
« Si tu veux. »
Blue Moon
19h
« Qu'est-ce que tu prends, Rey ? » demanda Cora penchée sur le bar.
« Oh, euh… comme toi. »
La salle était bondée. Chaque fois, dans ces circonstances, Rey ne percevait subitement plus rien, qu'un brouillamini de formes en mouvement, un gâchis de peintures renversées, des rayures de cravates, des touffes de cheveux, des fleurs de chemisiers, des tâches de couleurs barbouillées, des têtes et des bras sans visage, des rires, des bruits inhumains incohérents.
Les deux verres en mains, Cora mena la route pour emmener Rey au fond de la salle où se trouvaient les autres padawans, à l'écart de la cacophonie. Ils s'étaient assis près d'un petit orchestre composé de quatre Bith qui réchauffait la taverne de leur musique enivrante et mélodieuse. Une fois avachie au fond du fauteuil, Cora tendit un des deux verres à Rey pour qu'elles puissent trinquer ensemble. Rey en but une longue gorgée une fois que les contenants aient eu vibré l'un contre l'autre, et sentit immédiatement une inhabituelle source de chaleur s'écouler à travers elle, la décontractant aussitôt, comme par miracle.
Elle se laissa aller aux bavarderies et rigola plus d'une fois face aux anecdotes racontées avec prestige par ses compagnons. Le liquide vert dans son verre était peut-être un facteur favorisant qui les rendait encore plus drôles qu'à l'usuelles mais peu importe, elle tirait plaisir de ces moments spéciaux, sans penser à autre chose. Encore une fois, elle fut émerveillée de voir à quel point ils étaient complices, ayant passé quasiment toute leur vie les uns auprès des autres. Envieuse, elle les regardait s'échanger des remarques taquines, des étoiles ou bien des larmes étincelantes ses pupilles. Elle souriait sans bien même comprendre tout ce dont leur discussion témoignait.
Rey sourit, sauta sans regarder et chuta dans la prunelle irradiante de Ben Solo. C'était comme capturer une sensation, un ciel sans plafond, le coucher de soleil dans un cadre. Elle était là, seule au milieu de la foule, les joues brûlantes, la poitrine en feu, à le regarder. Elle aurait bien oublié la ville et ces murs de ciment, où va la vie passée le long du sang noir. Il était accoudé à une table avec Keris et Prio, mais aussi en charmante compagnie d'une Togruta aux courbes des plus agréables. Avec l'impression de commettre une nouvelle erreur, Rey tourna machinalement la tête, et tout retomba. C'est en reposant son verre sur la table de bois qu'elle s'aperçut qu'elle n'avait pas été la seule à notifier la présence de l'homme aux cheveux noir de jais. Visiblement, ça n'avait pas l'air de plaire aux padawans qui le regardait tous d'un mauvais œil, le temps des rigolades était passé. Rey chercha des réponses dans la prunelle noire de Cora. Celle-ci le remarqua et souffla avant d'expliquer :
« Tu te souviens quand je t'ai dit que Ben se mettait constamment dans de sales histoires ? » demanda-t-elle à Rey.
« Oui, je m'en souviens. »
« C'est de ça dont je parlais. Regarde, ils ne viennent même plus avec nous ! Dire que c'était comme des frères quand on était enfants. Je me demande ce qu'il a bien pu leur arriver. » dit Cora à la fois énervée et attristée.
« Ce qui m'agace le plus, ce sont ses conquêtes qu'il ne tente même pas de cacher. » relança Qiyn.
« Vous ne devriez pas être aussi mauvaise langue, mes amis. S'ils décident de s'éloigner de nous, c'est leur choix. Il faudra s'inquiéter le jour où ils s'éloigneront de l'Ordre Jedi. » conclût Tigo.
Les mots bienveillants de l'Anzat calmèrent tout le monde autour de la table. Si Qiyn était le plus drôle de la bande, et que Cora était la plus joviale, alors Tigo était le plus sage d'entre tous. Du même âge que Ben, soit 23 ans, il allait bientôt devenir officiellement un Jedi. Et il le méritait amplement. Il était un exemple pour tous.
Ben écoutait sans grande attention la Togruta qui leur expliquait les nouvelles rumeurs qui couraient au sein du gouvernement ces derniers jours. Elle aussi était partisane du mouvement séparatiste qui prenait de l'ampleur jour après jour, dans l'ombre. Ses informations étaient précieuses pour l'avancée de leur cause. Et pourtant, Ben ne semblait pas aussi attentif que ses deux autres amis. Il aurait pu se perdre entre ses mots pour se heurter aux reliefs de la peau marbrée de la Togruta mais ses yeux étaient attirés par une autre sculpture féminine.
21h30
Les minutes avaient l'audace de s'écouler avec une vitesse bien plus accrue quand l'espace était un bar et que la foule était des amis fêtards et heureux de vivre. Combien de verres il y avait-il sur la table ? Rey n'avait même pas la foi de les compter. Il y avait-il plus de liquide pur sur la table que dans les verres ? Certainement !
Depuis bientôt 1 heure, les padawans s'étaient lancé dans des parties de beer pong et ne semblaient pas se lasser de ce jeu. C'était au tour de Rey de viser le verre à l'autre bout de la table. La musique était si forte qu'elle n'entendait presque plus Qiyn lui crier ses encouragements à en perdre haleine. Un pied en appui, elle se positionna pour réussir le tir parfait, elle l'espérait, mais la balle ricocha sur le pourtour du contenant et préféra le bord de la table plutôt que le fond du verre pour y retomber. Rey se détourna de cette vision de défaite dans un énième soupir de déception.
Face à elle, Achira riposta avec une lancée à la trajectoire inégalable. La boule orange rentra sans broncher dans le verre de Rey. Cette dernière pesta devant l'équipe adverse victorieuse. Pour avoir perdu, Rey devait vider l'intégralité du gobelet mais elle sentait qu'il était de trop après tous les autres enchaîné.
« J'peux pas, désolée ! Je m'incline devant votre technique mais c'est un peu trop pour moi. » dit-elle le sourire de la défaite encore sur les lèvres.
« Notre jeune novice s'avoue déjà vaincu ! » lança Qiyn en la poussant amicalement.
« C'est d'accord, nous acceptons de remplacer ton gage par un autre. À la place, tu dois… » chercha Achira
« … Donner ton plus beau baiser à Cora ! » ajouta Qiyn amusé par son idée.
« Quoi ? Non ! » répondit spontanément Rey en pensant que c'était une blague.
Elle regarda Qiyn un sourcil relevé et vit que sa proposition était sérieuse malgré son état d'ébriété, que ça n'avait rien de grave. En leur présence, ce gage semblait drôle et presque alléchant. Rey se tourna vers Cora qui riait tout autant que les autres. Sans réfléchir, les deux femmes se rapprochèrent sous les cris de leurs amis. À quelques centimètres de la peau de celle face à elle, Rey prit conscience qu'elle n'avait jamais embrassé personne.
« Tu n'as jamais fait ça de ta vie, n'est-ce pas ? » chuchota Cora amusée par ce qu'elle lisait sur le visage de Rey. « Ne t'inquiète pas, laisses-toi faire. »
Elle se rapprocha plus lentement encore et la curiosité de Rey grandissait à mesure que la distance entre leurs deux visages s'amenuisait. Elle gardait ses yeux ancrés dans ceux de Cora, se laissant guider. Lorsque le souffle chaud et alcoolisé de la blonde s'écrasa sur sa peau, Rey ferma ses paupières, amenant tous ses sens à sa bouche. Bientôt, une paire de lèvres rencontra les siennes dans une tendre approche. Puis, laissée à la guise de la padawan, Rey suivit les mouvements sensuels de la bouche adverse. Une main chaude et délicate se posa dans sa nuque au moment où une langue s'insinua sans autorisation pour rencontrer la sienne. Elle s'était laissé aller à ses envies et sentait son corps se mettre à vibrer. Elle ne se rendit même pas compte que le baiser s'était terminé tant sa fin était douce et sensuelle.
Les deux femmes se regardèrent et explosèrent de rire, à la fois gênées et saoules.
De l'autre côté de la salle, les trois hommes n'avaient rien raté du spectacle. L'ambiance était d'un seul coup devenu électrique. La musique retentissait dans les poitrines rattachant les émotions aux plaisirs des sens. La gorge de Ben était asséchée, malgré les quantités de liquides ingurgités. Il avait vu les deux femmes se rapprocher dans une démarche luxuriante, à la fois timide et sauvage. Le regard enflammé, il les avait observé s'embrasser avec passion, leurs bouches parfois masquées par la crinière blonde de Cora. La paume des mains de Ben était devenue humide et sans même s'en apercevoir, l'excitation était montée en lui. Lorsque les deux femmes se séparèrent, une immense frustration s'empara de tout son être, que même la descente cul sec de son verre ne parvint pas à faire passer.
Il était tard et le vent soufflait sur la capitale prête à s'endormir. Mais Rey ne ressentait plus le froid frapper sa peau. La chaleur irradiait son corps jusqu'à l'ivresse. Elle déambulait entre les rues, certaine de n'être qu'à quelques pas de chez elle, elle l'avait juré à ses amis. Elle pouvait encore entendre les notes musicales de la taverne dans ses oreilles. Un sentiment de légèreté et de plénitude se dissipait dans ses veines. Elle marchait sur des nuages de coton, la tête en l'air vers les plus belles constellations. Le bruit d'un speeder bike vint casser le doux son du silence qu'appréciait Rey en cette fin de soirée. L'engin décéléra pour s'arrêter à la hauteur de la jeune femme.
« Monte, je te raccompagne. » dit une voix grave d'homme.
Seule au milieu de la nuit, elle n'avait pas peur, au contraire. Lassée de se faire interpeler sans l'avoir demandé, Rey tourna la tête. Si elle n'avait pas reconnu sa voix plus tôt, elle reconnut rapidement le visage torturé de Ben Solo éclairé par la lueur de la lune. Nébuleuse, elle détourna la tête et poursuivit son chemin avec comme seule réponse un « Non. » strict et précis.
Le speeder bike redémarra et suivi son rythme. « Rey. Grimpe. »
« Laisse-moi. Je n'ai pas besoin de ton aide, je suis bientôt arrivée. » répondit-elle agacée et bégayant un peu.
« À la vitesse où tu vas, tu en as encore pour 40 minutes de marche. Ne fais pas l'idiote et monte. » argumenta-t-il toujours sur le même ton.
« Quoi ? La Togruta n'a pas voulu que tu l'as raccompagne chez toi ? » lança Rey, se pensant audacieuse.
« Mais qu'est-ce que tu racontes ? » répondit-il aussitôt avant de comprendre que l'alcool avait aiguisé son caractère rebelle. « Il est tard, je veux juste te raccompagner. »
Elle s'arrêta de marcher. Ben était têtu et Rey n'avait pas la foi de débattre, et puis, elle commençait à fatiguer. Elle fit face à la machine un instant puis fit glisser sa besace dans son dos. Ben offrit sa main pour aider la jeune femme à grimper. Celle-ci glissa ses doigts fins et froids dans la main gantée noire et fit basculer habilement sa jambe de l'autre côté. Sans raison apparente, elle se mit à rire d'une voix claire.
« Qu'il y-a-t-il ? » demanda Ben en tournant la tête vers l'arrière.
« J'imagine que tu n'as pas besoin de l'adresse, n'est-ce pas ? »
Ben fit abstraction de sa remarque et tourna la poignée avec énergie, faisant ronronner le moteur.
« Tiens-toi. » prévenu-t-il au moment même où il redémarra dans un crissement de roue.
Le démarrage si brutal surprit Rey qui eut pour seul réflexe de se cramponner à la taille de Ben. Le vent fouettait son visage et l'empêchait de regarder droit devant. Elle colla machinalement sa poitrine au dos du jeune homme pour s'en cacher. La tête reposée, elle regardait la lumière jaune des lampadaires défilée à toute vitesse. Ils traversaient les immenses tours et les grandes avenues, à toute allure. Elle aimait cette sensation de rapidité, ça l'émerveillait toujours autant. Elle avait l'impression que la ville était vide et qu'elle n'appartenait qu'à eux, qu'ils étaient libres de faire ce que bon leur semblait. Ils étaient là, entre l'aube, l'ombre, le soir, l'espace et les étoiles. Était-ce un rêve ? Dormait-elle déjà ? Ses paupières étaient lourdes mais elle s'efforçait de rester éveillée pour voir ce que la cité endormit avait comme spectacle à lui offrir. Il y avait une certaine saveur de liberté, de simplicité… une certaine fascination de l'horizon sans limites, du trajet sans détour, des nuits sans toit, de la vie sans superflu.
Puis, le speeder bike ralentit et arrêta sa course devant l'Omega. Rey descendit, trébucha et manqua de tomber par terre, grisée de ses évènements. Ben tenta de l'empêcher de se vautrer sur le sol et attrapa fermement sa main. Lorsqu'elle retrouva un équilibre précaire, Rey resta figée sur la main gantée qui la retenait. C'était fascinant : cette extrême tension électrique, palpable, tremblée qui peut se créer entre un homme et une femme qui ne se connaissent guère, sans raison particulière, comme ça, simplement parce qu'ils se plaisant et luttent pour ne pas le montrer, à l'autre, à eux-mêmes.
Elle tremblait, finalement saisis par le froid. Sans jamais relever les yeux, elle dégagea sa main et avant de s'en aller, titubante, vers l'entrée, elle murmura : « Merci. »
Mardi
9h12
Académie Jedi, salle d'entraînement
Quelle chance les padawans avaient : le cours de ce matin était en fait un créneau d'entraînement libre où ils avaient le choix de travailler la discipline qu'ils souhaitaient. Cela signifiait surtout que Maître Luke n'était pas présent pour admirer les visages marqués par la fatigue et les ivresses de la veille. S'il les avait vus dans un tel état, il les aurait sûrement fait passer un mauvais quart d'heure composé tout d'abord d'une leçon de morale digne de ce nom puis d'un entraînement qui aurait marqué les mémoires pendant un bon bout de temps.
Mais, par chance, il n'était pas là. Luke Skywalker avait sur le dos une montagne de responsabilités : diplomatique, académique, politique.
Rey était arrivée quelques minutes en retard, essoufflée mais bien réveillée par sa course-poursuite après le temps.
Avec paresse, chacun des novices avait choisi une matière à travailler : certains retournèrent à la lévitation, d'autres plus en forme décidèrent de faire du combat au corps-à-corps, une petite poignet rejoignirent le simulateur de combat. Rey ne savait pas vraiment quoi faire. C'est Cora qui lui conseilla d'aller dans la salle des sabres. Là-bas, elles trouvèrent des sabres lasers d'entraînement semblables en tout point au vrai, à la seule différence qu'ils n'étaient pas létaux. La blonde prit en main une sphère Marksman-H et l'alluma, réglant le niveau de difficulté à 4 sur 10. La petite boule clignota d'une lumière bleue et s'éleva dans les airs, pivotant à la recherche d'une cible à atteindre. Cora expliqua alors que le but de l'exercice était de développer ses sens au sein de la Force. Afin de complexifier l'apprentissage, Rey devait porter un masque qui lui ôtait la vue pour qu'elle puisse se concentrer uniquement sur l'endroit où les décharges envoyées par la sphère d'entraînement tomberaient. Avant-même d'avoir fait sa première tentative, Rey trouva l'exercice bien compliqué en cette matinée. Incertaine, elle plaça le casque sur sa tête et enclencha le sabre laser qui illumina la pièce d'une lueur violette. Le pied droit en appui, elle se positionna en défensive.
« Ok Rey, surtout reste bien concentré sur la sphère, d'accord ? Tu dois rester constamment en alerte sur elle. Tu dois être en mesure de savoir où elle est, quand est-ce qu'elle va tirer et surtout, de dévier ou éviter les tirs. » expliqua Cora.
D'un signe de tête, Rey acquiesça. Sans qu'elle ne le voie, Cora activa le Marksman-H pour qu'il débute l'entraînement.
Rey l'entendit voler, à droite puis à gauche. Il mit un certain temps avant de se décider à envoyer la première décharge. Celle-ci était facile à contrer car dirigée droit vers son sabre. Ce n'était pas très rassurant pour Rey de se retrouver privée de la vue, à entendre un droïde lui tirer dessus. Elle aurait préféré avoir son bâton mais elle n'était pas certaine qu'il fasse l'affaire contre des tirs de lasers. Cependant, ce premier parage l'avait un peu rassurée.
« Tu vois, c'était facile ! » félicita Cora.
« C'était sûrement de la chance. » théorisa Rey.
« Oh mais la chance n'a rien à voir avec la Force ! Je te laisse poursuivre, je vais plutôt m'entraîner au combat pour mieux te mettre K.O la prochaine fois. » Les deux femmes rigolèrent. « Et n'oublie pas : agit par instinct. » conseilla Cora avant de disparaître.
Rey entendit les pas s'éloigner. Elle se repositionna correctement, prête à en découdre. Étouffant presque sous son casque, elle tenta de se rassurer en répétant « je peux le faire, je peux le faire, aller. ». Le second tir s'abattit directement dans son épaule gauche. Elle ne parvint à étouffer un petit râle de douleur. Mais cette erreur la renforçait dans son envie de réussir. Elle inspira, expira et parvint à parer le troisième tir de laser. Or, la sphère enchaîna plusieurs tirs qu'elle ne sût maîtriser, effaçant son sourire fugace. Au bout d'une dizaine de minutes, ses quatre membres avaient tous été touchés au moins une fois, laissant une sensation de picotement. Son ratio ne devait pas être très élevé : elle avait réussi à en éviter 4 ou 5 mais cela relevait certainement plus de la chance qu'à une réelle maîtrise de la Force. Un énième tir visa sa main manquant de lui arracher le sabre. Exténuée et énervée, elle enleva son casque et le jeta par terre. Elle jeta un œil rempli de haine vers la boule en l'air et lui ordonna de s'arrêter. Rey s'assit au sol, et croisa les genoux sous sa poitrine, le sabre dans sa main droite. Alors qu'une nuée de doute l'assaillirent, une voix s'éleva comme un cauchemar qui ne quittait pas ses nuits :
« Je crois que j'ai enfin compris quelque chose à propos de toi Rey. » constata-t-il en jouant avec le Marksman.
Rey se releva prestement, cachant sa déception passée par une façade contrariée de voir que Ben Solo la suivait partout.
« Qu'est-ce que tu fais là ? Je ne t'ai pas entendu rentrer. » demanda-t-elle tout de même.
« Preuve que tu n'étais pas vraiment présente au sein de la Force. » remarqua-t-il. « La Force semble se manifester lorsque tu laisses tes émotions te maîtriser. » poursuit-il les yeux rivés sur la boule. Rey se mua dans un silence déconcertant. « Cora t'a-t-elle dit qu'au niveau 10, les tirs étaient mortels ? »
Elle le vit faire rouler sous ses doigts la molette, augmentant la lueur bleue jusqu'à ce qu'elle ne puisse rayonner davantage. Prise d'angoisse, elle fit machinalement un pas en arrière.
« Qu'est-ce que tu fais ? » questionna-t-elle d'une voix apeurée.
« Je t'aide à comprendre. » répondit-il simplement avant que le premier tir ne parte.
Par réflexe, Rey se pencha, laissant le tir s'abattre dans le mur y laissant en renfoncement rougeâtre et quelques bouts du mur s'effritèrent. Ses yeux s'écarquillèrent devant l'impact.
« Mais tu es fou ! Désactive-le ! » cria-t-elle.
Mais il ne bougea pas. Elle sentit la peur se transformer soudainement en colère. Le regard remplit d'un mélange de haine et d'affolement, elle alluma le sabre et n'eut d'autres choix que de faire face à l'attaque. Elle opta en premier lieu par l'évitement des rafales mais sa parade ne put durer qu'à un certain temps. Il semblait que les mitraillades s'accentuaient encore et encore, la suivant dans chacun de ses déplacements. Sans vraiment le maîtriser ni le comprendre, sa rancœur se matérialisa en un cri qui s'accompagna d'un enchaînement de coups de sabre laser, faisant dévier tous les tirs. Se jetant au sol pour perturber le droïde, Rey réapparut derrière lui et étant plus rapide, le coupa en deux dans un son archaïque de sabre fendant l'air. Elle se stoppa, le souffle rude, la main serrant avec puissance la poignée du sabre. Dans le reflet de la vitre, son visage modifié par la colère la terrifia et l'enivra à la fois. Elle ne se reconnut pas, mais elle admira cette femme aux traits aiguisés, au regard étincelant de fureur.
Il ne lui fallut pas plus de quelques secondes pour se retourner vers Ben et pointer sa lame vers son cou, le regard brûlant, tremblante de rage :
« Qu'est-ce qu'il t'a pris ? » demanda-t-elle en détachant chaque syllabe.
« Tu n'en as toujours pas tiré de conclusions ? Ne vois-tu pas que seules tes émotions et ton instinct brut te permettent de manipuler la Force ? »
« Tu as essayé de me tuer ! ENCORE ! » cria Rey.
« Le niveau 10 n'était pas mortel, c'était un mensonge nécessaire. » donna-t-il comme ligne de défense.
Dans l'ombre de ses yeux, Rey y trouva les plus beaux mensonges, emmêlés comme des nœuds. Elle baissa le regard, troublée et folle de rage. C'est ce qu'il suffit à Ben Solo pour lever sa main dénudée vers le visage de Rey. Cette dernière fut violemment frappée par une vague de Force. Sans qu'elle ne le souhaite, son bras abaissa la garde et lorsqu'elle voulut se dégager, ses influx nerveux ne se transformèrent guère en mouvement. Elle puisait toute son énergie, contractant chaque masse musculaire pour se défaire d'une paralysie instantanée. Bientôt, elle se résigna et comprit que Ben était bien plus puissant qu'elle à ce jeu-là. Ce dernier se rapprocha dans une démarche bestiale jusqu'à n'être plus qu'à quelques centimètres de sa peau. Rey lut dans ses yeux une curiosité sombre qu'elle n'avait jamais remarqué auparavant.
Avec une délicatesse paradoxale, elle sentit son esprit s'ouvrir à nu. Une douleur lancinante explosa dans sa tête, comme si l'on venait de pénétrer à l'intérieur de son âme. Une lame aiguisée triturait les recoins de sa conscience à la recherche de quelque chose. Le souffle hoqueté, un gémissement s'échappa de sa bouche tremblante. Malgré la douleur, elle restait forte, rendant la tâche davantage compliquée pour Ben. Pendant qu'il investiguait sur son esprit, il parla doucement :
« Quel est ton rôle dans cette histoire ? Pourquoi Luke t'as-t-il amené ici ? »
Il sentait Rey monter en puissance sous ses doigts, terrifiée mais invulnérable.
« Tu es si seule, tellement apeurée de vivre. »
Elle ne voulait pas qu'il aille plus loin, qu'il comprenne ce qu'elle-même ne comprenait pas à propos d'elle. Elle avait l'impression dérangeante qu'il s'était infiltré dans la partie la plus intime de sa personnalité. Leur regard ne s'était lâché à aucun moment. Rey ressentait la présence de Ben et la repoussait tant bien que mal. En tentant de l'éloigner, elle s'était aventurée sur un autre terrain. Bientôt, elle ressentit une peur qui n'était pas la sienne, un sentiment d'abandon qui n'était pas le sien, une enfance détruite qui n'était pas la sienne. À cet instant, leurs rôles s'étaient échangés, elle était devenue obscurité et lui lumière. Leurs esprits avaient créé un espace où tous deux pouvaient coexister sans douleur ni lutte. Ben se sentait vulnérable, exposé et incontrôlable. Mais ses peurs provenaient d'une réaction à cette connexion, cette expérience qui transcendait sa connaissance de la Force. En s'introduisant dans les recoins de son esprit, il espérait trouver des réponses mais sans le désirer, il était tombé sur autre chose. Leurs deux âmes se mélangeaient maladroitement, ils ressentaient des émotions et des sensations qui n'étaient pas les leurs mais qui résonnaient tels qu'elles. Ben vit dans les yeux de Rey qu'elle savait, qu'elle venait de lui voler une partie de lui, de son savoir mais aussi de ses angoisses. Tout chavirait, deux océans se jetant l'un dans l'autre.
Leurs vies étaient les mêmes. Leurs vies se débattent, crient dans la nuit, hurlent et tremblent de peur. Infiniment, ils cherchent un abri. Un lieu où le vent siffle moins fort. Un endroit où aller. Et cet abri est un visage, et ce visage leur suffit.
Salut tout le monde,
Je ne sais pas trop comment vous dire désolée pour cette absence, mes études m'ont ôté pas mal de temps comparé à l'année dernière. Mais je compte bien me racheter !
J'espère juste ne pas avoir perdu trop de lecteurs… et que ceux encore présents apprécieront toujours l'histoire. J'ai ainsi tenté de réunir tous les éléments importants des précédents chapitres car j'imagine que vous avez dû en oublier une partie depuis tout ce temps. J'ai pensé raccourcir mes futurs chapitres pour poster plus régulièrement mais vu la taille de celui-ci, je ne sais pas si j'y arriverai ahah
J'ai vraiment aimé écrire ce chapitre et les idées ne manquent pas pour les prochains à venir. Au programme : un petit saut dans le temps histoire qu'on avance un peu, plus de politique et encore plus de Reylo !
Je croise mes petits doigts pour vous retrouver en review, lire vos impressions, vos critiques et vos théories me manquent tellement.
Merci à vous,
Léa
