Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]
Publié pour la première fois le 25 octobre 2011
Chapitre 6
Des secrets difficilement avouables
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
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La pièce était assez obscure, un garde à chaque issue, même devant les fenêtres. La salle du Conseil de Fanelia se voulait hautement solennelle.
Van siégeait en bout de table. Derrière lui se trouvait, sculpté le mur, un immense blason du pays. Le jeune homme portait un pantalon beige clair, une tunique violette fermée au côté par la traditionnelle ceinture rayée de doré.
A sa gauche, se trouvait Luyren, un vieux général au visage sérieux. Ses cheveux étaient coupés de façon courte et stricte, tout comme sa barbe blanche.
Ses petites lunettes trahissaient l'acuité visuelle perdue avec l'âge. Il portait une tunique beige, maintenue par une traditionnelle ceinture rayée alternant le vert et le doré.
C'était le doyen des généraux, héritier de la charge de l'armée de Corne car frère cadet d'Asona, décédé lors de l'attaque de Fanelia par Zaibach.
A côté de lui, était assis le général de l'armée du Crâne, nouvellement créée après la Grande Guerre de Gaea afin de mieux représenter certaines tribus qui avait défendu les frontières du pays durant cette période difficile.
Avec sa simple chemise rouge, ses yeux marrons qui allait bien avec son teint basané, son collier de barbe un peu grisonnante, Mayek, dont la carrure impressionnait plus d'un, avait tout du vétéran fier de sa longue carrière.
Face à ces deux anciens, se tenaient, sur la droite de Souverain, Yiris et Hylden.
Ce dernier était le plus jeune du groupe de militaires. Il avait récupéré le patronage de l'armée de Griffe de son père, Yurizen, ayant lui aussi perdu la vie lors de la destruction de la ville, il y a plus de dix ans de cela.
Tout le monde lui trouvait une grande ressemblance avec son père du temps de sa jeunesse. D'ailleurs, pour parfaire la filiation, le fils avait suivi des études de médecine lui aussi.
Alors qu'il aurait dû être fait le bilan de la campagne menée par Yiris et Van, la discussion aborda directement le cas d'Alexandre.
— Votre Majesté, commença Mayek avec fermeté, cet homme ne peut être qu'une création de nos ennemis, peut-être des sorciers survivants de Zaibach ! N'oubliez pas que deux de leurs chefs n'ont jamais été retrouvés.
— Il n'est pas faux, reprit Luyren d'un ton plus posé, que la ressemblance de cet homme avec Feu votre frère, le Prince Folken, incite à la méfiance. Je suggère donc de continuer à le garder sous étroite surveillance et de l'interroger afin de savoir ce qu'il nous cache… S'il cache quelque chose…
Les bras croisés, le jeune Roi écoutait le discours de ses hommes. Même après une nuit de réflexion, lui-même ne savait toujours pas trop quoi penser à propos de cet homme.
Depuis qu'il l'avait rencontré, il revoyait sans cesse son frère à travers lui. Ce n'était pas que physique, Alexandre avait indéniablement des attitudes qui rappelaient Folken avant qu'il ne soit enrôlé par Dornkirk.
En effet, le jeune homme avait un sourire charmeur, des gestes élégants et une voix douce et posée. Ces éléments caractérisaient parfaitement Folken du temps où, avant de devoir accomplir son rituel de chasse au dragon, il était celui qui faisait s'évanouir toutes les demoiselles de Fanelia d'un simple regard.
Voyant son Souverain silencieux, Mayek se permit d'insister.
— Votre Majesté, que souhaitez-vous faire ?
Van leva la tête et s'adressa à Hylden.
— Qu'en penses-tu toi ?
— Pour être tout à fait honnête, Votre Majesté, dit le jeune d'une voie douce et chantante, je ne sais pas trop quoi vous répondre. Bien sûr, la ressemblance avec le Prince Folken nous impose la prudence. Cependant, est-ce bien raisonnable de condamner un homme sur le simple fait de son apparence ?
— Tu es un rêveur, mon pauvre petit ! Tempêta Mayek. On ne peut pas ignorer la menace ! J'ai mené de nombreux affrontements avec ma tribu et l'ennemi est parfois encore plus sournois que tout ce que l'on peut imaginer !
— Dans ce cas, reprit Hylden, je ne trouve pas des plus subtils d'avoir pris cette apparence qui ne peut laisser indifférent si effectivement nous avons un ennemi en face de nous.
— Sur ce point, il n'a pas tort ! S'amusa Luyren. Depuis que cet homme est apparu, nous sommes devenus d'autant plus vigilants face à tout événement qui pourrait revêtir un caractère suspect.
— Allons, tu ne vas pas non plus te mettre à prêcher l'attentisme, Luyren ! S'indigna le général grisonnant.
— Yiris, ton avis ? Coupa Van.
Se remémorant ce qui s'était passé quelques instants auparavant avec le miroir, la jeune femme pencha la tête en arrière en soupirant avant de se redresser sur sa chaise, mettant ses poings sur la table.
— Je crois que je vais aller dans le sens de Hylden, même si je ne peux m'empêcher de me méfier de cet Alexandre. Ceci dit, pour le moment, son seul crime, c'est, en effet, le délit de faciès…
— Hylden et Yiris d'accord, je ne suis même pas surpris ! Remarqua Mayek, dédaigneux. On voit que vous manquez d'expérience de la guerre et de l'ennemi.
Le visage de Yiris s'obscurcit. Elle lança un regard noir à son interlocuteur.
— Tu sais ce que j'ai fait à mon prédécesseur à Irini, donc tu dois te douter de quoi je suis capable !
Un peu mal à l'aise, Mayek ne releva pas. Il se résigna, se sentant de toute façon en minorité.
— Soit ! Fit Van. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Yiris, vu tes talents de combattante en corps à corps et ton agilité, je te confie la surveillance d'Alexandre. Tu resteras en permanence avec un œil sur lui et, si tu ne peux l'emmener avec toi, assure-toi qu'une bonne dizaine de soldats aguerris le surveille à ta place.
L'annonce de la décision provoqua des petits rires moqueurs des autres généraux, en particulier Mayek. Yiris, abasourdie, tenta de protester.
— Mais, Votre Majesté, tout de même, je ne suis pas une sentinelle !
— Exact, mais tu es une garde du corps efficace, je profite donc de cette compétence ! Tu dois préserver la vie de cet homme à tout prix, tant que je ne t'en donne pas l'ordre contraire.
Sentant que toute réclamation serait vaine, la jeune femme se laissa retomber sur sa chaise, sous les regards amusés de ses confrères…
Et dire que dans moins d'une heure, toute ville serait au courant… Les prochains jours s'annonçaient particulièrement déplaisants !
Finalement, le Souverain se leva, les généraux firent immédiatement de même.
— Bon, l'ordre du jour étant clos, je me retire, dit-il avec un sourire, j'ai quelqu'un à aller voir !
OoO
Après la longue promenade, Hitomi était retournée dans sa chambre. Assise sur un fauteuil, elle feuilletait quelques livres qu'elle avait trouvés sur une étagère.
Certes, elle ne comprenait rien aux textes mais les gravures qui ornaient les ouvrages étaient superbes.
Au fil des pages, elle s'amusait parfois de reconnaître des choses familières, comme les engins volants, ou des endroits où elle était allée, tel le temple de Fortona à Freid.
Soudain, Van apparût à la porte de la chambre. Hitomi, surprise, ferma précipitamment son livre.
— Et bien, tu as peur de moi maintenant ?
Van vint s'asseoir face à la jeune femme, lui lançant un sourire empli de tendresse. Hitomi ne put s'empêcher de lui sourire à son tour.
— J'espère que tu te plais ici. J'avais fait préparer cet appartement un peu au hasard ne connaissant pas tes goûts. Merle m'avait affirmé que c'était très bien comme ça, j'espère qu'elle ne s'était pas trompée !
— C'est magnifique ! Répondit timidement Hitomi. Je te remercie !
— Je te dois bien ça ! S'amusa Van. La première fois, j'avais été un mauvais hôte… Là, je veux que tout soit parfait !
« Parfait », ce dernier mot troubla la jeune femme. Et, elle l'était davantage face à l'évidente affection que Van lui témoignait… Perturbée, elle resta silencieuse tandis que lui la dévorait des yeux.
— Je suis désolé de n'avoir pu venir te voir plus tôt. J'étais retenu par une affaire importante… Expliqua-t-il.
Doucement, il se pencha vers elle. Il voulait la toucher et était totalement incapable de s'en empêcher. L'attirance était trop forte.
Hitomi se figea en sentant sa main sur sa joue.
— Toi, en tout cas, tu es superbe ! Souffla-t-il dans un regard envoûté.
A cet instant, Hitomi n'avait pas peur mais éprouvait un profond malaise. Jamais il ne s'était comporté ainsi avec elle, son attitude la dépassait totalement.
Il était devenu entreprenant, posé, séduisant… Bien loin de l'adolescent impulsif et instable qu'elle avait connu.
Désemparée, la jeune femme s'efforça de relever les yeux vers lui pour ne pas le blesser.
Mais sentant qu'il devenait beaucoup plus audacieux, mourant d'envie d'aller plus loin, elle se raidit instantanément.
Elle tourna la tête brutalement, se leva aussi sec et s'éloigna de Van, totalement abasourdi par son attitude.
— Quelque chose ne va pas, Hitomi ?
Elle n'avait pas le choix, il fallait le repousser. Son cœur se serra sous la douleur des souvenirs de son premier voyage sur Gaea qui revenaient la tourmenter.
Son esprit repassa en boucle ces mois de souffrances, toutes les épreuves traversées…
La jeune femme resta crispée, inapprochable. Elle s'obstina à fixer le sol, se mordant les lèvres sous l'effet de la vive angoisse qui l'envahissait.
Van voulut s'approcher d'elle mais Hitomi eu à nouveau un violent geste de recul.
— Hitomi! Dis-moi ce qui ne va pas…
Le Roi tombait de haut. Jamais il n'aurait imaginé une telle réaction de la part de la jeune femme.
Il s'acharna à l'approcher malgré les nombreux rejets qu'elle lui témoignait. Les réticences d'Hitomi ne faisant qu'amplifier son désir de la rattraper.
Désormais appuyée contre un mur, elle n'avait plus le choix…
Alors, elle respira profondément et leva les yeux vers Van, imposant. Tremblant de tout son être, elle avoua :
— Je suis désolée…
— De quoi ? Interrogea le jeune homme, inquiet.
— Merle m'a tout expliqué, je suis vraiment désolée, mais… Je ne voulais pas revenir…
Je voulais aider Meinmet, c'est tout. J'ai été piégée dans une colonne de lumière malgré moi…
Le regard de Van s'assombrit instantanément. Sous le déchirement de ces mots, Il tourna brusquement la tête.
— Donc, tu ne voulais pas me revoir, c'est ça ?
Un long silence envahit la pièce. Hitomi sentait l'air devenir lourd, presque irrespirable.
Après quelques minutes interminables, Van se retourna et la fixa droit dans les yeux. Son regard fut si foudroyant que la jeune femme en sentit son sang se glacer d'effroi !
— Bon sang ! Mais qu'est-ce que je t'ai fait ? De quoi as-tu peur ? De moi ?
D'accord, quand nous nous sommes connus, j'étais maladroit, parfois agressif, mais j'ai évolué !
Nous sommes tombés amoureux mais je constate qu'autant, à une époque, tu étais prête à épouser Allen, autant, après tout ce que nous avions traversé ensemble, tu avais peur de vivre avec moi.
Je me suis persuadé que la nostalgie de ton monde et le traumatisme de toutes ces épreuves te maintenaient distante de moi. Cependant, j'avais espoir qu'avec le temps tout cela resterait derrière nous et qu'enfin, nous pourrions envisagé un avenir serein, ensemble.
Quand tu es partie, je n'ai pas cherché à te retenir de force, espérant qu'un jour tu me reviendrais, apaisée et confiante…
Plusieurs fois, j'ai essayé de te contacter… en vain… Je n'ai pas voulu insister, j'ai pensé qu'il te faudrait encore du temps… Je constate que je me suis voilé la face... J'ai tellement espéré que tu reviendrais que je me suis contenté d'assumer mon rôle de Roi, parce que l'homme que j'étais devenu ne pourrait jamais aimer une autre femme que toi…
Imaginer avoir attendu si longtemps… pour rien… non… ça me tue…
Acculée, Hitomi tenta de se ressaisir.
— Van, je t'ai aimé comme je ne pourrais jamais aimer.
Le passé… Elle parlait au passé… Le jeune homme ressentit un violent coup de poignard dans sa poitrine. Son expression devint glaciale.
Malgré une évidente inquiétude, Hitomi parvint à poursuivre :
— Mais ici, ce n'est pas chez moi, ma vie est sur la Lune des Illusions. Là-bas, mon existence est très différente. Je ne suis qu'une personne ordinaire, je mène une vie tranquille. Pendant toutes ces années, je me suis consacrée à mes études, espérant, oui, je l'avoue, rencontrer un jour quelqu'un qui arriverait à me faire oublier ton souvenir…
C'en était trop !
Pour lui qui n'avait jamais songé ne serait ce qu'un instant à cette éventualité, entendre ces mots le déchira.
La colère montait. Il essayait tant bien que mal de la contrôler pour ne basculer dans la folie.
— Oui, je veux mener une vie normale, travailler, avoir une famille toute simple… Continua-t-elle.
Van poussa un profond soupir d'agacement, se retenant d'exploser.
— A ce point ? Oui, je comprends que tu ais été traumatisée. La guerre ne t'a pas épargnée… Je peux aussi comprendre que ce soit difficile d'imaginer te séparer de ta famille. Moi, il ne me reste plus que Merle…
Mais, le reste, non, ça me dépasse !
La rage submergea Van. Il frappa son poing contre une cloison. Un terrible frisson traversa Hitomi. A nouveau, un pesant silence régnait.
La jeune femme reprit difficilement son souffle et répliqua :
— Van, je n'aime pas Gaea ! Ce n'est ma terre ! Je ne veux pas être Reine ! Oui, je suis très bien traitée mais… Ce n'est pas ma place !
Enragé, Van bouscula le petit guéridon, le propulsant à terre, avant de se précipiter vers Hitomi d'un pas décidé.
Celle-ci, toujours appuyée contre le mur, était pétrifiée. Van plaqua violemment ses mains de chaque côté de son visage et se pencha vers elle.
— Et si je pouvais tout quitter, tu m'aimerais de nouveau ?
Elle en resta estomaquée.
Il était là, devant elle, furieux mais, en même temps, désœuvré. Hitomi n'aurait jamais cru que, lui, aurait continué de penser à elle, de l'aimer…
La tension était palpable et l'air devenait de plus en plus étouffant.
— Hitomi, si ça ne dépendait que de moi, si je n'avais pas la responsabilité de milliers de gens, je lâcherai tout, là, tout de suite, pour te suivre sur la Lune des Illusions !
Elle vit dans ses yeux un contraste si intense, un improbable mélange de colère et de résignation.
Il était prêt à faire ce qu'elle n'a jamais eu le cran de faire : tout quitter par amour…
Alors, Hitomi sentit une puissante douleur lui serrer la poitrine. Elle ployait sous un sentiment terriblement accablant : la culpabilité.
Au bord du malaise, elle demeurait incapable de parler comme de bouger.
Dépité par son absence, Van s'apprêta à quitter la pièce.
Le sentant s'éloigner, elle revint précipitamment à la réalité
— Van, attends !
Le jeune homme s'arrêta mais ne se retourna pas.
Comme si ses jambes se dérobaient sous elle, Hitomi se laissa glisser contre le mur et s'accroupit, prostrée au sol, en larmes.
Van bascula la tête en arrière en soupirant. Prenant sur lui et ravalant sa rancœur, il s'approcha doucement d'elle.
— Hitomi, est-ce que je peux te demander une faveur ?
La jeune femme releva les yeux, interloquée.
— Laquelle ? Murmura-t-elle entre deux sanglots.
— Pendant les prochains jours, je compte me centrer sur l'enquête concernant ce mystérieux Alexandre. Toi qui as connu mon frère, tu pourras peut-être m'aider.
Aussi, je voudrais te demander de rester ici quelques temps, sans engagement, simplement pour voir s'il t'est vraiment impossible de te plaire ici.
Quelque peu rassurée par le calme dont il faisait soudainement preuve, Hitomi reprit ses esprits et l'écouta poursuivre.
— Si au terme de cette période, tu souhaites retourner chez toi, je l'accepterais… J'utiliserai ma drag-energist pour te renvoyer sur la Lune des Illusions et nous poursuivrons nos vies, chacun de notre côté…
A ce moment, le cœur de la jeune femme s'emballa. De multiples pensées contradictoires se bousculaient dans sa tête, elle ne savait plus où elle en était.
— D'accord… Répondit-elle.
Lui tendant les mains, Van l'aida à se relever et à retrouver son équilibre. Elle décela dans son regard une grande tristesse.
Puis, il se dirigea à nouveau vers la sortie et, sur le seuil, ajouta :
— Hitomi… Saches que si tu choisis de rester, je jure de faire toi la femme la plus heureuse qui soit. Il n'y en aura de plus aimée que ce soit sur Gaea ou sur la Lune des Illusions.
A travers un voile de larmes, Hitomi le vit s'en aller. Alors, elle tendit la main en murmurant son nom de façon presque inaudible, tandis que la porte se refermait derrière lui.
OoO
Meinmet découvrait avec enthousiasme l'appartement qui lui était réservé. Situé au deuxième étage du bâtiment principal qui en comptait trois, il était spacieux et lumineux.
Traversant, il permettait au vieil homme de voir ce qui se passait un peu partout, mettant sa nature curieuse au comble du bonheur.
Alexandre le regardait s'extasier quand, soudain, il reçut un coup de bâton sur l'épaule.
— Allez ! Suis moi !
C'était Yiris, visiblement furieuse. Face à cette hostilité affichée, Alexandre s'inquiétait de ce qui l'attendait. Intrigué, Meinmet vint interroger la visiteuse inattendue :
— Et où l'emmenez-vous ?
— Dans ses propres appartements ! Ne vous en faites pas, je vous le rendrai pour le repas !
Le propos était tellement sec que le vieux Prince n'osa pas en rajouter, envoyant juste un petit signe d'encouragement à son protégé qui quittait les lieux.
D'un pas pressé, Yiris se rendit vers le monte-charge et fit signe à Alexandre d'y entrer. Le jeune homme constata que la petite plate-forme était encombrée avec un bagage et un lit de camp.
— Au troisième ! Cria la générale.
— C'est parti ! Lui répondit une voix venue du sol.
Face à l'étonnement d'Alexandre, Yiris se sentit obligée d'expliquer.
— Vous n'avez pris que les escaliers jusqu'à présent, c'est ça ? Quand le palais a été reconstruit, Sa Majesté a jugé utile de le doter de monte-charges vu qu'il y a tout de même trois étages. Pour les actionner, des hommes taupes tournent des manivelles. Ils vivent dans le sous-sol du palais, bien à l'ombre et au frais, grassement payés pour se relayer sur les différentes machines.
— Des hommes taupes ? Interrogea le jeune homme, sceptique.
— Oui, tu as déjà vu Merle, la femme-chat, non ? Sur Gaea, il existe de nombreuses races d'hommes animaux : loups, chats, taupes, oiseaux, poissons… Cela a tout du bestiaire fantastique.
— Vous en parlez comme si ce n'était pas habituel pour vous… Osa Alexandre.
L'ascenseur stoppa et Yiris commença à en sortir avec le lit de camp et le sac. Le jeune homme voulut lui proposer son aide. Cependant, le regard hostile qu'elle lui lança l'en dissuada.
Elle se dirigea vers le fond du couloir et ouvrit une porte.
Celle-ci donnait sur une pièce était plutôt lumineuse. Sur la droite, une bibliothèque vide faisait l'angle, une petite table ronde se dressait et, sur la gauche, il y avait une cheminée.
L'endroit était éclairé par une immense fenêtre située près du foyer.
Avançant dans la salle, Alexandre remarqua la présence d'une chambre dont l'accès était face à la cheminée.
La pièce avait elle-aussi un âtre et, comme mobilier, juste un lit, deux chaises en guise de chevet et une commode sur laquelle était d'ailleurs posé son sac.
Au fond de l'appartement, il trouva une salle d'eau.
Revenant vers la pièce principale, il vit Yiris en train de monter son lit de camp entre la porte d'entrée et celle de la chambre.
— Voilà, annonça-t-elle, nous y sommes. Nous allons cohabiter ici ! Sa Majesté a exigé que je te surveille en permanence, donc je déménage… Je te préviens, je me servirais de la baignoire !
Alexandre ne répondit pas. Il continua à parcourir les lieux sans un mot.
Quand il sortit enfin de ses pensées, son regard s'attarda sur Yiris. Celle-ci achevait de ranger ses affaires et de faire son lit en pestant.
Au fond de lui, il s'interrogerait sur la motivation de la colère que la générale nourrissait à son égard. Yiris semblait avoir un contentieux personnel avec lui, mais lequel ?
OoO
En fin de journée, Hitomi recouvrait doucement ses esprits. Après ce qui s'était passé dans sa chambre, elle ressentait le besoin vital de sortir pour respirer.
Seule, elle errait dans les jardins, un châle posé sur les épaules pour se protéger de la fraicheur du crépuscule.
Avec émerveillement, elle découvrait les lieux. De nombreux massifs de fleurs se déployaient sous ses yeux et elle se plut à trouver de petits kiosques au détour des chemins.
L'endroit était empli de paix et de sérénité, baigné par le silence et caressé par la douceur de la brise du soir.
Tout cela était bien loin de la tourmente dans laquelle elle s'était trouvée quelques heures auparavant.
Peu à peu, elle se sentait plus légère, comme libérée. Elle avait promis à Meinmet d'aller dîner avec lui et Alexandre. Malgré cela, elle appréciait de prolonger sa balade autant que possible.
Elle savait bien que le vieux Prince viendrait la chercher tôt ou tard, alors…
Brusquement, sa petite bulle de paix éclata. Une présence angoissante se faisait ressentir.
Se retournant, elle vit Constantin assis sur une rambarde. Encore une fois tout de noir vêtu, la chemise largement ouverte, il apparaissait toujours aussi sournois.
— Bonsoir Mademoiselle Hitomi, vous vous promenez ? Demanda le jeune homme avec un petit sourire mesquin.
— Oui… Répondit-elle avec méfiance.
— Somme toute, vous n'êtes pas si malheureuse que ça ici. Je le reconnais, j'adore écouter aux portes… Il faut dire qu'en étant garde du corps de Sa Majesté, j'ai forcément les oreilles qui trainent près de lui. Même si, là, je l'avoue, il m'avait congédié.
— Que voulez-vous dire ?
— Je veux dire que Maître Van vous traite bien et que, quand même, vous êtes tombée du bon côté de la barrière sur Gaea, croyez-moi ! Cependant…
— Cependant ?
— En fait, s'il s'avère que Sa Majesté est un bon Roi, je ne peux cautionner certains de ses travers, en particulier sa vie privée.
— Comment ça ? Interrogea Hitomi, anxieuse de découvrir quelque chose qui ne lui plairait pas.
— Et bien, s'amusa Constantin en tournant autour d'Hitomi, il s'avère qu'alors qu'il vous a crié son amour il y a quelques heures, il y a fort à parier que Sa Majesté soit encore allongé, dans une position sans doute peu décente, avec sa petite féline préférée. Ce n'est un secret pour personne qu'ils sont amants depuis plusieurs années. Et je peux vous dire que ça en écœure pas mal…
En entendant ses mots, Hitomi, ulcérée, s'en retourna en courant vers le palais.
La regardant partir, Constantin fut très fier de son effet et se mit en tête de la suivre discrètement afin d'assister à la suite.
Passant près d'un arbre, il s'arrêta.
— Tu n'es qu'une enflure ! Dit Yiris, adossée au tronc.
— Je ne trouve pas, grande sœur. Je suis la voix de la raison !
— Si je suis d'accord sur le fait que Maître Van et Merle auraient dû avoir la correction d'avouer leur petit jeu à cette fille, ta méthode me donne envie de vomir.
— Et c'est toi qui dis ça… Soupira Constantin. Toi qui est un monstre qui a vendu son âme au diable…
Yiris se mit face à son frère, bras croisés, ils échangèrent un regard haineux.
— Cette fille n'a pas à payer ta frustration d'être mal tombé sur cette planète. Quand à ce que j'ai dû faire, ce sont mes affaires, et ça n'engage que moi !
Sur ces mots, elle tourna les talons et s'apprêta à regagner le bâtiment. Constantin la regardait avec dégout.
— Toi, tu me fais rire. Je sais ce que tu es. Un jour, les autres le sauront aussi et tu payeras. Le Roi est aussi tordu que toi sur ce point ! Je me demande pourquoi il te soutient alors que tout ce que tu mérites, c'est la mort !
Agacée, Yiris soupira et haussa les épaules.
— Et qu'est-ce qui t'empêches de faire justice toi-même ?
Piqué au vif, Constantin ne sut quoi répondre. En regardant sa sœur s'éloigner, son esprit s'emplit de souvenirs.
Il leva alors les yeux vers la Lune des Illusions et se rappela de la silhouette d'une petite fille blonde vêtue d'une robe blanche qui regardait le paysage depuis la pointe d'un rocher…
