Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Publié pour la première fois le 1er novembre 2011

Chapitre 7

Les autres exilés

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Révoltée par les paroles de Constantin, Hitomi regagna le palais d'un pas rageur.
Croisant un domestique, elle lui demanda sèchement où se trouvaient les appartements de Van.

L'homme lui indiqua le premier étage mais ne put ajouter un mot de plus, la jeune femme gravissait déjà furieusement les escaliers.

Arrivée sur le palier, elle traversa le couloir principal et, passant devant son propre appartement, remarqua au fond une porte gardée par deux sentinelles.
Elle s'y précipita.

— C'est ici la chambre du Roi ? Demanda Hitomi.
— Oui, Mademoiselle ! Répondit un des soldats. Mais…
— Laissez-moi entrer ! Hurla-t-elle en les bousculant.
— Mademoiselle… Attendez que l'on vous annonce ! Mademoiselle…

Craignant de la blesser et ainsi d'encourir les foudres du Roi, ils se résignèrent à la laisser passer. Ouvrant brusquement la porte, la jeune femme entra dans une antichambre et cria.

— Van, c'est vrai ce que l'on raconte sur toi et Merle ?

Quelques secondes plus tard, Van apparut sur le seuil d'une porte, vêtu d'une veste largement ouverte, l'air visiblement ensommeillé. Il y avait fort à parier qu'il somnolait encore l'instant d'avant.

Les sentinelles s'excusèrent comme elles purent de l'intrusion brutale. Le Souverain leur fit signe de dégager avant de s'adresser à Hitomi.

— De quoi parles-tu ? Demanda-t-il, encore un peu énervé par la précédente dispute.
— Ne joue pas à ça avec moi ! Tu sais très bien ce que je veux dire !

Van détourna brutalement le regard et soupira avant de se reprendre.

— Merle, quitte les lieux, je préfère.

Au bout de quelques secondes qui parurent étonnamment longues, la jeune femme-chat apparut derrière lui, honteuse.
Elle le contourna et sortit de la pièce en courant, la tête basse, fuyant le regard glacial de celle qui était, jusque là, son amie.

Lorsque la porte se referma, la colère d'Hitomi explosa.

— Alors, c'est bien vrai ? Constata-t-elle, indignée.
— Nous n'avons été totalement honnêtes... Concéda Van en secouant la tête.
— Tu me dégoutes ! Quand je repense à ton grand discours sur l'attente...

Prise d'un violent élan de rage, Hitomi s'approcha de Van.

— Menteur ! Cria-t-elle en le giflant de toutes ses forces.

L'impact résonna dans la pièce. Van avait presque perdu l'équilibre sous la violence du geste.

S'en suivit un silence affreusement pesant. Hitomi avait du mal à se reprendre.

Les yeux rivés sur le sol, elle avait envie de pleurer mais se contrôla pour rester digne.
De son côté, Van avait encaissé le coup en gardant son sang-froid.

— Sache que maintenant que tu es revenue, Merle reste simplement avec moi pour dormir comme nous le faisons depuis plus de vingt ans. Là, nous venions de dîner et nous n'allions pas tarder à…
— Arrête, ça suffit ! Coupa Hitomi, furieuse. Ne commence pas avec les justifications ! Merle, c'est un peu ta sœur et tu as une liaison avec elle ! C'est …de l'inceste ! Sans parler du fait qu'elle… enfin, c'est une fille-chat…

Agacé, le Souverain leva les yeux au plafond.

L'ambiance était explosive, il lui devenait difficile de se maîtriser.

— Les gens tenaient le même discours sur mon père, humain, et ma mère, descendante du Peuple du Dieu Dragon… Et de ce que je sais, nous sommes loin d'être les seuls dans ce cas…
Quand à notre lien, je conçois que tu le prennes mal mais, entre Merle et moi, je ne vois pas de mots pour décrire ce qui nous rattache. Oui, c'est un peu une sœur sans l'être…

A l'écouter, il semblait presque nonchalant, Hitomi était déconcertée. Cette façon de penser dépassait complètement ses principes et sa conception de la morale…

— Je ne comprends pas ! Comment as tu pu en arriver là ? Comment avez-vous pu en arriver là…
— Essaie de te calmer et écoutes-moi !

Face au ton sec et tranchant qu'il employa, la jeune femme ne répliqua pas. De son côté, Van s'assit sur le fauteuil le plus proche.

S'efforçant de ravaler sa rancœur, il respira profondément, cherchant les mots pour tenter d'expliquer ses actes.

— Hitomi, quand nous nous sommes rencontrés, je venais à peine d'avoir quinze ans. Soyons réaliste, j'étais un gamin chétif... Je ne faisais même pas mon âge.
Mais les années ont passé, j'ai changé. J'ai grandi, je suis devenu un homme et, là, je me suis mis à ressentir un manque... physique qui m'a vite dépassé…

Comprenant l'allusion, Hitomi se crispa, embarrassée.

— Dans ma tête, poursuivit Van, il était clair que tu allais revenir, je ne voulais pas te trahir… Le temps passait, tu ne revenais toujours pas, tu ne me répondais pas...
Merle a toujours été auprès de moi. Sa présence, son soutien m'ont permis d'avancer, d'assumer mes devoirs en tant que Souverain. Mais surtout, j'avais quelqu'un d'attentionné à qui me confier.
Merle aussi avait grandi... Voir une jeune femme aussi proche de moi, débordante d'affection à mon égard... J'ai basculé sans pouvoir arrêter cet engrenage… Mais ça, c'est le passé !

Après une brève pause, il conclut :

— Hitomi, la seule chose que je peux te jurer, c'est que c'est terminé!

L'intéressée ne réagit pas. Trop de sentiments contradictoires se bousculaient dans son esprit.

Lui lançant un dernier regard, vide, elle s'éloigna en silence et sortit de la pièce.

Une fois seule, Van laissa tomber sa tête dans ses mains. Les sept dernières années le rattrapaient.

OoO

Le lendemain, Fanelia était en ébullition, la rumeur de l'incident de la veille s'était répandue comme une trainée de poudre au palais, puis dans le reste de la ville.
Même si personne ne savait vraiment ce qui s'était passé, chacun y allait de son commentaire, faisant naître les rumeurs les plus folles…

Depuis son explication avec Van, Hitomi refusait obstinément de quitter sa chambre et de parler à qui que ce soit.
Ceci ne manquait pas d'inquiéter Meinmet et Alexandre.

Le matin, les deux hommes avaient tenté un bon moment de convaincre la jeune femme de leur ouvrir la porte, en vain.
Hitomi restait camper sur sa position et les avaient congédié poliment, mais sèchement, à travers la porte.

Faute de pouvoir en faire davantage, ils s'étaient décidés à prendre leur déjeuner, sous la surveillance de Yiris, debout, appuyée sur un mur un peu en retrait

Curieux par nature et perplexe face au comportement d'Hitomi, Meinmet restait contrarié et mangeait sans savourer mais pas sans parler !

— Et bien, les choses sont compliquées ici, je ne m'attendais pas à tout cela…
— Je ne sais pas trop quoi penser, tout cela m'est inconnu... Expliqua Alexandre, dubitatif. Néanmoins, j'espère que Hitomi va aller vite mieux.
— Ah ça… J'espère aussi… Je crois que le voyage sur Gaea l'a mise dans une position délicate…
— Délicate, pff… Soupira la générale de l'armée de Défense.

Intrigué par le propos, le vieux Prince se tourna vers Yiris l'interrogea.

— Vous ne trouvez pas que c'est difficile de se trouver loin de ses repères, vous ?

Faisant quelques pas dans sa direction, la générale lui fit face. Un étrange sourire flottait sur ses lèvres. Son expression avait un petit côté mélancolique.

— Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je l'envie !
— Comment ça ? Demandèrent de concert Meinmet et Alexandre, stupéfaits.
— En fait, moi aussi, je viens de la Lune des Illusions, de Grèce, plus précisément.

Un certain étonnement succéda à cette révélation. Après un bref silence, le vieux Prince reprit la conversation.

— Ah… surprenant… Et c'est de là que vous tenez votre drôle d'accent ?

La jeune femme haussa les épaules. Sa façon de parler attirait toujours la curiosité, contrairement à son frère, qui, lui, avait perdu cette petite spécificité trahissant ses origines.

— Constantin et moi-même avons été entraînés ici alors que nous n'avions que sept et treize ans. Expliqua-t-elle. Cela s'est produit le jour de ma communion…
— Une communion ? Les orthodoxes ne font pas cela, il me semble ? Souligna le vieil homme qui avait visité les pays d'Europe de l'est.
— En effet ! Mais il existe des traditions locales approchantes. Ma grand-mère maternelle était à l'origine une yougoslave catholique. Et, en souvenir de cela, elle appréciait particulièrement la tradition de la messe suivie d'une fête que l'on célébrait l'année des treize ans des adolescents du village de la région des Météores où elle vivait depuis son mariage. Elle appelait cela la « communion ».
Mes oncles, mes tantes et ma maman y sont passés, ainsi que quelques uns de mes cousins et cousines avant moi…
Ce 10 août 1982 devait être un jour festif, c'est devenu celui du début du cauchemar…

Alors, Yiris se mit à serrer une petite croix orthodoxe en or qu'elle portait sur un ruban noir serré autour de son cou.

— Alors, cela fait presque vingt-cinq ans que vous vivez ici ? Interrogea Meinmet.
— Oui, répondit Yiris, ça doit bien faire ça, je n'ai plus trop la notion du temps en fait… Je sais que je suis née le 4 août 1969. Je pense que je dois avoir dans les trente-cinq à quarante ans…
— Et bien, nous sommes en 2007 sur la Lune des Illusions, au mois de juillet pour être plus précis, donc vous sur vos trente-huit ans…

A ces mots, la générale eut un petit soupir amusé.

— Trente-huit ans… Trente-huit ans… Je me sens vieille tout à coup ! C'est la première fois depuis longtemps que je me situe concrètement dans le temps…
Ainsi, je réalise que, vraiment non, je ne suis pas dans un cauchemar et que je ne me réveillerai pas dans mon lit tranquillement chez moi en ayant oublié tout ça…
— Et comment avez-vous atterri ici ? Demanda le vieil homme avec une certaine curiosité.
— Ah ça… C'était donc le jour de ma communion, nous étions aux Météores, au nord de la Grèce. Avec mon frère, nous voulions suivre un match de foot, alors nous avons pris une radio et nous étions installés au bord d'une falaise pour bien capter car il y avait pas mal de parasites dans les ondes, bizarrement…
Puis, brusquement, le ciel s'est obscurci. Le temps est devenu orageux. Un vent fort s'est levé. Et, alors, mon frère et moi avons cru voir la foudre, étonnamment verticale, tomber dans une rivière en contrebas. Une lumière étrange persistait dans l'eau à l'endroit de l'impact. Là, je ne sais toujours pas ce qui nous a pris.
Constantin et moi sommes allés voir, accompagnés de notre petite sœur de deux ans tout juste. Malgré le terrain raide et accidenté, nous avancions à pas rapides, comme irrésistiblement attirés.
Ma pauvre Nikaia avait du mal à suivre, elle trébuchait souvent mais, en transe, on se contentait de la relever et de continuer…

Progressivement, le visage de Yiris commençait à s'agiter de petits soubresauts nerveux. On la sentait au bord des larmes.
Surpris par cette soudaine fragilité qu'elle affichait, Meinmet et Alexandre restèrent silencieux.

Au bout de quelques instants de silence, la jeune femme poursuivit son récit.

— Enfin, nous avons atteint la rivière. Et, bien que de nombreuses minutes se soient écoulées, la lueur semblait encore plus forte et, surtout, elle était clairement rose. Je me souviens avoir dit à Nikaia de rester sur la rive tandis que, Constantin et moi, commencions à avancer dans l'eau, sans même enlever nos chaussures.
Je me rappelle des pleurs de ma sœur. Elle serrait fort sa poupée de chiffon contre son cœur et nous disait qu'elle avait peur, qu'elle voulait que l'on retourne vers nos parents…
Mais nous n'écoutions pas…
Dans l'eau, nous avons vite repéré une grosse pierre rosée brillante. Celle-ci semblait comme nous appeler, j'ai voulu la soulever. Impossible. Constantin a voulu m'aider et là…

Cette fois, Yiris tremblait de tout son corps, son malaise était visible. Le regard dans le vague, elle arrivait encore à parler, malgré une voix clairement dépourvue de son assurance ordinaire.

— Un cercle de lumière nous a entouré… Immédiatement, nous sommes revenus à la réalité et avons compris notre erreur… Notre petite sœur hurlait. Nous la supplions de ne surtout pas s'approcher. Nous voulions fuir ce cercle mais nos pieds restaient collées au sol…
C'est alors qu'une colonne de lumière est partie de la terre vers le ciel. Soudain, nous avons décollés du sol. Nous avons crié, supplié que ça s'arrête, nous nous agitions… Rien n'y faisait…
Nikaia était de plus en plus paniquée. Ignorant nos mises en garde, elle voulait nous aider, elle commençait à rentrer dans l'eau. Une dernière fois, nous lui avons hurlé de ne pas le faire et, alors, nous avons été comme projetés vers le ciel…

Après ce passage difficile, la générale marqua une pause, le temps de se ressaisir en reprenant calmement son souffle.

— Nous avons atterri dans un lac. Et là, la situation a pris une tournure encore plus délirante ! C'est un homme-chat qui nous a repêchés ! Lorsque nous nous sommes retrouvés retrouver sur la berge, nous avons vu la Terre et la lune briller dans le ciel…
Les gens ont été gentils avec nous. Ils nous ont accueilli dans leur village, offert un foyer. Cependant, c'était fini, nous n'étions plus chez nous et nous n'avions aucun moyen de faire rentrer.

Alors, Yiris se dirigea vers une fenêtre pour regarder son monde d'origine avec un sourire emprunt de nostalgie.

Désireux d'en savoir davantage, Meinmet osa une question que lui-même jugea mal venue aussitôt après l'avoir posée.

— Et comment êtes vous devenue générale ?

Comme si elle n'avait rien entendu, Yiris garda, quelques instants, le regard perdu vers le ciel.

Puis sentant qu'il valait mieux parler que laisser spéculer, elle soupira avant de s'expliquer.

— C'est long et compliqué… Disons que la vie quotidienne de l'exilée que j'étais ne fut pas tous les jours rose… J'ai dû apprendre à me battre et il s'est avéré que j'étais plutôt douée pour cela. J'ai conquis une tribu puis mes petits faits d'armes m'ont valu d'être nommée à ce poste par Sa Majesté.
Il faut savoir que le Roi a décidé de créer une nouvelle armée pour mieux représenter le pays et que son patronage et celui de l'armée de Défense dont le chef n'avait pas de parents furent décidés par le Souverain en son âme et conscience.
— Je comprends, fit Meinmet, mais, quand même, vous avez dû participer à de sacrées batailles pour finir dans cet…

Le vieil homme ne finit pas sa phrase, Alexandre venait de lui donner un violent coup de coude dans le flanc et son regard désapprobateur le convint d'arrêter la discussion là.

Se sentant lui même gêné, Meinmet murmura :

— Désolé…

Yiris parût étonnée de cette interruption brutale de la conversation mais avant tout soulagée. Elle revint directement à son état normal, ironique.

— Allez les hommes, finissez vos assiettes ! J'ai quelque chose à faire et je dois traîner mon fantôme. Seigneur Meinmet, si le cœur vous en dit, vous pouvez venir, c'est du bricolage sur melefs.

Le mot « melefs » avait directement plut au vieil homme qui semblait enthousiaste à l'idée de se rendre dans un atelier.

— La mécanique, voilà qui me parle ! Dit-il avec un grand sourire.

Alexandre, lui, resta muet. Il était encore question de quelque chose d'inconnu pour lui.
Il se leva pour suivre Meinmet, impatient d'aller voir les engins.

C'est alors que le regard de Yiris croisa le sien.

Il crut y voir un remerciement.

OoO

Sur le chemin qui les menait à l'atelier, Meinmet et Yiris commencèrent à sympathiser malgré l'extrême tension de leur précédent échange.

D'abord, ils discutèrent des technologies de Gaea en les comparant avec celle de la Terre, puis se découvrirent un amour commun des bicyclettes, des chansons de Boney M et des glaces à la pistache.

Et tout cela se déroulait sous le regard médusé d'Alexandre, qui n'en revenait pas de la direction surréaliste qu'avait pris la conversation.

L'arrivée à l'atelier le surprit encore plus. Ebahi, il détailla les impressionnantes machines qui ressemblaient à d'immenses armures assises sur des trônes.

Les arrivants furent accueillis par un gigantesque soldat à la barbe noire, un autre plus gringalet avec juste une moustache et un petit homme à lunettes ayant de multiples outils attachés un peu partout sur sa tenue de travail.

— Et bien, chef, vous voilà enfin ! Fit le soldat baraqué.
— Ah ne m'en parle pas Haymlar. Depuis que je fais la sentinelle, j'ai du mal à gérer mon temps.
— Hé hé, c'est une mission très spéciale qui vous incombe, chef ! Remarqua le militaire maigre avec un air facétieux.
— Yrkas, n'en rajoute pas, je ne suis pas d'humeur patiente ! Répondit Yiris.

Sur ces paroles, elle se dirigea vers un melef noir avec des dessins rouges de défenses entrecroisées sur ce que l'on pouvait considérer comme étant ses bras.

Tapant du pied au sol avec un agacement visible, elle ronchonnait. N'osant pas l'énerver davantage, personne ne parla jusqu'à ce qu'elle rompit elle-même le silence.

— Amelk, ton diagnostic ?

Complètement vouté sous le poids de son équipement de mécanicien, le petit homme à lunettes s'avança vers la générale.

— Une panne dans le système de conduction du bras gauche. Le problème continue de m''échapper… Les transmissions mécaniques sont bonnes, cela doit venir de l'approvisionnement en énergie.
— Et concrètement, ce sera réparé quand ?
— Hum, pas tout de suite, chef. J'ai juste reçu ce matin les plans du fabricant, il va me falloir étudier les circuits… Expliqua Amelk en se dirigeant vers une table recouverte de papiers.
— Les melefs sont des saloperies ! Constata Yiris en le suivant. Ils coutent une fortune et ne sont même pas fiables. Encore heureux que je n'en ai pas besoin pour le moment !
— Vous devriez changer le vôtre ! Rigola Haymlar.

En l'entendant, son camarade Yrkas lui écrasa le pied pour lui signifier qu'il allait provoquer une tempête. Et ce fut, le cas, Yiris s'emporta.

— Bougre d'andouille, ce modèle est le seul que j'arrive à utiliser. En plus, pour le payer, j'ai saigné deux ans de solde. De toute façon, je hais les melefs, c'est impossible à manier…
— C'est parce que vous êtes trop petite pour les apprécier ! Observa Haymlar avec un grand sourire.

Le temps s'arrêta dans l'atelier, chacun attendait une réponse cinglante après cette remarque.

Cependant, le visage de Yiris se déforma juste de tics nerveux.

Face à cette situation, Meinmet ne put s'empêcher d'éclater de rire, ce qui fit retomber directement la tension.

— Excusez-moi, dit le vieux Prince, je crois entendre mon frère, sauf que lui se plaignait que ce n'était pas fait pour les grands.
— Hé hé, reprit Amlek, dénicher le guymelef qui vous convient est difficile ! Maintenant que la plupart de la production se fait en série, trouver son modèle relève du vrai parcours initiatique !

La conversation s'installa. Meinmet apprit que les trois hommes étaient des subordonnés de Yiris, Haymlar, son second et Yrkas, son aide de camp.

Quant à Amlek, il avait la charge de la supervision des engins de l'armée de Défense et raconta de nombreuses anecdotes sur la mésentente chronique entre sa générale et les melefs.

Tandis que la petite troupe devisait gaiement, Alexandre fit le tour de la pièce, observant attentivement les melefs, comme en transe, avant de revenir aux pieds de celui de Yiris.

Amlek bouscula sa chef. Elle voulut d'abord lui crier dessus, cependant la mimique et le petit signe de la tête qu'il fit l'incitèrent à suivre son regard.

En effet, une scène inattendue était en train de se dérouler : Alexandre était dans cockpit de l'engin et semblait manipuler les branchements dans la zone en panne.

Soudain, au grand étonnement de tous, il parvint à faire démarrer le melef avant de lui faire lever le fameux bras gauche.

— Comment as-tu fait ça ? Interrogea Yiris, déstabilisée.

Le jeune homme sortit du cockpit avec un air perdu. A le voir, il semblait émerger d'un état second.

— Je… je ne sais pas…
— On ne me l'a fait pas à moi, le fantôme ! Tu as démarré ce truc et tu l'as même réparé, alors que venant de la Lune des Illusions, tu ne peux savoir faire ça ! Qui es-tu à la fin ?

Alexandre se mit debout sur l'escalier permettant d'accéder à la machine et fixa Yiris. Brusquement, le décor autour d'elle changea. Il la vit dehors, de nuit, dans des ruines.
Elle était en armure, le regardant de la même façon, à la fois perplexe et agressive.

Pris d'un violent mal de tête, il s'assit.

— Je ne sais pas, dit-il, en colère contre lui-même, non je…

Yiris ne se démonta pas. Elle s'approcha et l'invectiva.

— Suis-moi et vite !

Devant la fureur de Yiris, Meinmet voulut s'interposer. La jeune femme le repoussa poliment, mais fermement.

— Ne vous en mêlez pas, c'est entre lui et moi !

Alexandre finit par se relever et emboita le pas à Yiris. Ils quittèrent l'atelier, laissant Meinmet, inquiet, avec les soldats, dubitatifs.

A pas pressés, la général traversa les bâtiments puis les jardins avant de s'enfoncer dans la forêt. Silencieux, le jeune homme la suivait, son crâne le faisait toujours beaucoup souffrir.

Au terme de plusieurs minutes de marche, elle s'arrêta.

C'était une petite clairière, il avait plusieurs monuments imposants. L'un d'entre eux faisait face à Alexandre, qui remarqua aussi, sur le côté, un melef blanc sur lequel des plantes avaient poussé.

— Est-ce que c'est ta tombe ? Lui demanda la générale d'un ton sec, tout en le transperçant du regard.
— Ma tombe ? Bredouilla Alexandre, perturbé, en s'avançant vers la stèle.

Soudain, il fut pris de vertiges. Son crâne lui semblait comme pris dans un étau de plus en plus serré.
Des images défilaient dans son esprit, floues et furtives.

Et brusquement, il ressentit comme un coup de couteau en pleine poitrine avant de perdre connaissance.