Chapitre III
Nous admirâmes silencieusement le petit bateau qui nous mènerait à Tardor. Difficile à croire que ce petit bazar nous conduirait à destination. Artyom et moi échangeâmes un regard entendu: nous tenterions quand même l'expérience, après, eh bien, advienne que pourra. Nous nous hissâmes à bords. J'avais le cœur qui battait la chamade, un véritable rodéo! Je n'avais rien laissée derrière-moi, si ce n'est une lettre à l'adresse de ma famille. Évidemment, je n'avais pas menti sur notre destination, elle était bien trop évidente pour que je la cache. Pis, ils s'en doutaient depuis longtemps. Je regardai les longs cheveux d'Artyom voler au gré du vent, et lui se battre avec eux pour voir où il allait. Il capta mon regard et fit une grimace à mon encontre. Je ris alors qu'il recrachait une mèche de cheveux. Quelques minutes plus tard, on levait l'ancre. J'eus envie de hurler de joie, mais gardai un minimum de self-contrôle, tandis que je souriais d'une oreille à l'autre. Les bras familiers d'Artyom m'enlacèrent par-derrière, alors qu'il déposait un baiser dans ma nuque. Je me dévissai le cou pour lui rendre son baiser. Il sourit, me serrant plus fort contre lui. L'île qui m'avait vu naître s'éloignait, ne devenant plus qu'un minuscule point noir à l'horizon. J'étais enfin libre.
Une semaine passa et ce fut une semaine où ce fut échec sur échec pour la jeune femme. Léna n'avait pas progressé d'un iota. Cette peur était toujours là, la hantant dès qu'Ace l'appelait sur le pont. Tous les soirs sans exception. Désormais, elle oscillait entre la frustration et... et elle ne savait pas quoi d'autre. Léna savait que dans ce genre de situation, elle devait évacuer d'une manière ou d'une autre. Elle avait prit tout ce qui lui était passé sous la main, elle rêvait de se faire une tarte aux citrons et elle n'allait pas se priver de son péché mignon. Surtout que la pâte sablé, il fallait la pétrir et les doigts de la jeune femme trépignaient d'impatience de maltraiter la pâte. Étalant la farine sur le plan de travail, elle mélangea les ingrédients pour le début de sa préparation, se focalisant sur sa tâche. Elle aimait cuisiner. Durant tout un temps, elle préparait toute sorte de pâtisserie à base de chocolat. Pour Artyom. Il aimait énormément le chocolat. Elle, elle aimait ce qui était à base de fruits. Surtout le citron.
Léna aurait adorée écouter un vinyle pendant qu'elle cuisinait. Cela l'aurait encore plus détendue. Elle plaisantait souvent avec Artyom lorsqu'elle cuisinait. Il l'aidait parfois aussi, parce qu'il adorait apprendre de nouvelles choses. Non. Elle ne voulait pas se rappeler d'Artyom pour le moment. Non. Elle crut presque sentir ses mains s'enrouler autour de sa taille et ses lèvres dans sa nuque. Lorsqu'elle croisa son reflet dans la vitre, il n'y avait qu'elle. Personne d'autre. Seigneur! Elle avait tant besoin de contacts avec quelqu'un qui lui était familier. Mais à part Artyom, personne n'avait était proche d'elle auparavant. Son père était parti lorsqu'elle était gamine, sa mère ne l'écoutait pratiquement jamais, se préoccupant plus de son compagnon actuel et de sa fille plutôt que d'elle. Léna l'avait haït plus que tout pendant des années, se sentant rejetée et traitée comme une bonne à rien. Mais elle avait persévéré. Léna s'était trouvée une place dans une bonne école et avait trouvé un foyer chez les parents de Artyom. Elle l'avait connue à ses onze ans alors que lui en avait quatorze.
Personne ne l'avait regardé telle qu'elle était réellement à part lui. Léna était une enfant assez ronde à l'époque, plus qu'à l'heure actuelle. Même si ce terme n'était plus vraiment approprié. Léna et Artyom avaient grandit ensemble, leur amour grandissant en même temps. Elle était persuadée qu'elle resterait avec lui pour le restant de ses jours. Un homme lui suffisait amplement. Pas besoin d'en avoir eut dix dans sa vie pour apprendre. Pas comme sa mère lui disait « Tu veux faire ta vie avec lui? Tu vas t'ennuyer, tu sais... Rien apprendre non plus en matière de sexualité ». Léna ne voulait pas apprendre le sexe avec des tas d'hommes. Cette idée l'avait révulsée au point qu'elle avait voulu remettre sur-le-champ son repas. Artyom était le seul et l'unique digne d'elle. Il l'avait aimé, choyé et couvé du regard dès qu'il l'avait vu. Oui. Elle s'était offerte à Artyom et lui s'était offert à elle. Un des plus bels actes d'amour qu'il lui eut donné. Léna soupira. Elle ne pourrait plus jamais vivre de telles choses avec quelqu'un d'autre.
Cela faisait cinq minutes qu'Ace fixait Léna depuis le pont. Cinq minutes qu'elle ne cessait de retourner, pétrir, retourner et re-pétrir sa pâte avec de plus en plus d'énergie. Elle avait le visage fermé, les yeux assombris par ses pensées. Cette fille passait son temps à penser. Dès qu'elle faisait ou ne faisait rien, elle pensait. Tout le temps. Ne sachant pas vraiment quoi faire, Ace attendit encore un peu. Léna donnait presque des coups dans sa pâte. Il se leva, se dirigeant silencieusement vers la cuisine. Il vit plusieurs citrons sur le plan de travail, ainsi que des œufs. Les gestes de la jeune femme étaient machinaux, instinctifs. Ce n'était pas la première fois qu'elle le faisait, cela se voyait.
- Léna?
Elle releva la tête, les yeux légèrement arrondis par l'étonnement avant de redevenir neutres. Léna avait de la farine et de la pâte collées sur la joue. Un sourire étira les lèvres d'Ace.
- Viens avec moi.
- Pas tout de suite, le beurre ne s'est pas encore incorporé à la pâte, expliqua-t-elle en continuant à pétrir.
Ace franchit les quelques mètres qui les séparaient pour lui prendre le bras.
- Je pense que le beurre va s'évaporer à force que tu le pétrisse!
- Il faut la mettre au frais! Grogna Léna ayant un mouvement d'humeur. Et laisse-moi me laver les mains.
Elle emballa la pâte, la plaça dans le frigo puis se lava les mains, dardant au passage Ace d'un regard noir. Hou là, elle avait l'air d'être de sacrer humeur. Avec un peu de chance, l'entraînement au combat l'aiderait à la calmer un peu. Du moins, il l'espérait. Lorsqu'ils s'installèrent, sur le pont Léna paraissait toujours en colère, mais la peur arrivait doucement. Il le voyait.
- Aujourd'hui, on va commencer l'entraînement au combat!
Le soulagement se lu sur le visage de Léna. Ace lui fit signe de se rapprocher, ce qu'elle fit sans méfiance, ce qui étonna le jeune homme.
- Bien. On va commencer par quelques parades. Par contre, je suis désolé, ça impliquera des contacts physiques.
Léna fronça les sourcils.
- Ta phrase prête à confusion, fit-elle remarquer.
- ... Je ne tiendrai pas compte de ta remarque. Bon, approche. Là. Positionne ton bras à hauteur du visage pour toi parer. Retiens ce geste. On va d'abord y aller lentement.
Ace décrivit un mouvement lent du bras que Léna para comme il lui avait indiqué. Il rectifia la position de la jeune femme.
- Prends plus appui sur ta jambe gauche, sinon, tu perdras l'équilibre. Tu as plus de chance de remporter une victoire debout que par terre, conseilla Ace.
- Ok.
Après plusieurs essais, Ace accéléra doucement la cadence. Léna trouvait cela grisant d'apprendre à se défendre. Elle savait qu'Ace serait un bon professeur, qu'il avait assez d'expérience derrière-lui pour savoir de quoi il parlait. Sans prévenir, Ace fit un brusque mouvement vers Léna, sans crier gare. La jeune femme se pencha rapidement pour esquiver la droite du brun, mais celui-ci lui fit une prise qui la fit valser cul par-dessus tête. Léna le regarda éberluer. Il rit en voyant la tronche qu'elle faisait, mais il y avait sans doute de quoi : elle ne l'avait même pas vu bouger.
- Allez, remet-toi debout! On fait seulement que commencer, s'enjoua Ace.
La jeune femme marmonna vaguement quelque chose quant aux pirates, pis lança son sweat un peu plus loin. Elle mourait de chaud et elle sentait que ça n'aillait pas s'arranger.
Elle eut raison.
Ace la rétama plusieurs fois la laissant haletante et couverte de sueur. Le jeune homme se pencha au-dessus d'elle, sans être un tant soit peu essoufflé. Quelle était son endurance? Léna n'osait même pas se l'imaginer. Elle ne s'était pas sentit aussi honteuse depuis des lustres! La châtaine posa le revers de son avant-bras sur ses yeux pour cacher sa gêne. Un bruit sourd la fit sursauter. Elle soupira quand elle vit Ace, face contre le plancher en train de roupiller.
- Foutue narcolepsie! Ronchonna-t-elle essuyant son visage.
Elle fixa le ciel d'un œil morne, se décidant enfin à se lever. Vannée, elle se sentait vannée et assoiffée. La jeune femme ne se sentit mieux que lorsqu'elle se fut descendu deux verres remplis d'eau à ra-bord. Elle sortit sa pâte du frigo et l'étala sur le plan de travail. Elle zieuta rapidement en direction de Ace allongé sur le pont, offrant son dos tatoué aux morsures du soleil. Son sang ne fit qu'un tour.
- Imbécile! Siffla-t-elle claquant sa serviette sur la table.
Léna se dirigea rapidement vers le jeune homme. Son tatouage était sa fierté, pourquoi n'en prenait-il pas d'avantage soin? Elle lui remonterait les bretelles dès qu'il se réveillerait. Prenant son sweat, elle le posa rapidement sur le tatouage du brun, repartant rapidement dans sa cabine à la recherche de crème solaire. Cela pouvait paraître stupide, mais un tatouage perdait ses pigments à cause du soleil et en gros, l'assécher. Le tube en main, elle ressortit et rejoignit Ace qui n'avait pas bougé d'un pouce. Il émit un ronflement sonore et murmura quelque chose dans son sommeil. Léna en mit sur sa main, puis l'étala sur le dos d'Ace, appliquant généreusement sur son tatouage. Ça allait être un peu collant, mais tant pis pour lui. La jeune femme n'avait pas la force nécessaire pour le tirer à l'ombre, et si le bronzage version tartine au beurre lui plaisait, tant mieux pour lui.
Ace sentit les mains de Léna appliquer quelque chose de poisseux sur son dos. Il devina qu'elle prenait soin de son tatouage, ce qui lui arracha un sourire. Il continua de faire semblant de dormir, l'écoutant pester à son encontre.
- Andouille...l'entendit-il dire, il est tête en l'air à quel point?
Il l'entendit soupirer, puis au lieu de partir, elle resta à son côté. Ace ne savait pas si elle l'observait ou regardait tout simplement ailleurs. En tout cas, Léna ne le frôlait pas d'un poil. Elle murmura quelque chose et s'en alla en trottant vers la cuisine. Ace attendit encore un peu, puis se releva. Le soleil commençait à chauffer sa peau désagréablement.
La jeune femme sortit sa tarte du four, diffusant un agréable parfum de citron dans l'habitacle. Ace ne raffolait pas des pâtisseries, mais il devait le reconnaître: ça sentait drôlement bon.
Léna en huma les effluves, un léger sourire flottant sur ses lèvres. Elle semblait plus calme que tout à l'heure, mais c'était sans doute dû au fait qu'ils s'étaient entraîné. Ou bien, c'était juste parce que l'odeur lui semblait particulièrement appétissante.
Ace regarda la jeune femme s'occuper de la tarte. Ils devaient faire escale sur une île pendant une journée au moins. Le jeune homme ne voulait pas accoster sur une île inconnue alors que Léna n'avait pas d'armes sur elle et savait encore moins se défendre. Il ne connaissait pas son endurance, mais il ne serait pas étonné qu'elle n'en ait pas. Le brun porta son attention sur la tarte. Son estomac n'allait pas tarder à gargouiller, il le savait.
- J'peux déjà en prendre un morceau?
Léna le jugea quelques secondes avant de lui donner son assentiment, l'air de dire :
« Pourquoi tu me demandes l'autorisation? »
« Parce que politesse oblige. »
Ils avaient depuis peu des conversations muettes étant donné que Léna parlait peu, comme si cela lui coûtait. Bien évidemment, il identifiait ses expressions, comme elle déchiffrait les siennes, ils ne se parlaient pas par télépathie. Même si Ace pourrait aisément utiliser son haki de perception, mais cela ne servirait à rien. Léna était très expressive et il lisait en elle comme dans un livre ouvert. Enfin, quand elle s'autorisait à s'énerver. Il découpa un morceau de tarte assez gros pour hérisser Léna. Combien de temps cela prendrait-il encore pour que la jeune femme s'ouvre au monde qui l'entourait? Ace savait que la bousculer n'améliorait pas les choses, pis, ils n'avaient pas encore visité d'île. Il sortit, allant prendre le gouvernail d'une main, l'autre tenant le morceau de tarte dont il prit une bouchée distraitement. Diantre! Rien à dire, cette tarte était délicieuse! À tel point qu'il avala le reste goulûment sans en laisser une miette.
Léna râla dans son for intérieur en le voyant partir avec au moins 1/4 de la tarte en main. Elle comprenait pourquoi Jacques lui avait conseillé de planquer la nourriture. Ce type était un estomac sur pattes, elle n'avait jamais vu un goullafe pareil! Elle s'empressa de se couper un morceau avant qu'il ne revienne. Elle n'aimait pas partager sa nourriture, une manie qu'elle avait attrapé à cause de sa famille. Sur l'île où elle était née, elle partait pendant la semaine dans une ville opposée à la sienne pour ses études. Lorsqu'elle revenait, sa famille avait tout dilapidé en nourriture. Et sa mère, elle, claquait tout son argent en faux-semblant ; vêtements, chaussures, sac-à-main. Les choses les plus inutiles qui soit lorsqu'on devait se serrer la ceinture et manger sur le pouce. Ô, elle avait tellement haït sa mère de lui avoir ôté la plupart de ses rêves d'enfant. Au moins, elle lui avait montré ce monde sans débauche avant qu'elle ne se casse les dents dessus.
L'envie de cacher la tarte était pressente, mais Ace l'aidait en tout. Alors, elle pouvait bien le laisser manger autant qu'il le voulait, non? Elle mâchonna son pêché mignon sans grande conviction, lui laissant un arrière-goût amer en bouche. Ace l'aidait. Il n'abusait pas d'elle, ne lui demandait rien. Elle se le répéta comme un mantra jusqu'à ce que le jeune homme revienne dans la cuisine.
- Ace?
- Oui?
- Aurais-tu...
Elle se racla et caressa la gorge mal à l'aise.
- Aurais-tu une préférence pour le prochain repas? Je ne suis pas excellente en vraie cuisine, contrairement à la pâtisserie, mais...
- Wow, tu m'en poses une, là. J'aime tout en nourriture, fit-il en se grattant l'arrière du crâne. Pis, la pâtisserie, c'est de la vraie cuisine aussi, on ne peut pas savoir tout faire dans la vie.
Il appuya sa phrase par un sourire. Merde. Ça l'a perturbait de le voir sourire. Surtout de manière si encourageante, même si c'était involontaire.
- T'as pas d'idées? S'enquit-il.
- Non, mentit Léna, aucune.
Elle le lui demandait parce qu'elle s'en voulait de penser ainsi à son égard. Léna ne savait pas comment exprimer son pardon silencieux. Elle n'avait rien fait contre Ace, mais ça la taraudait de penser comme avant. Avant qu'elle ne soit avec Artyom. Ils n'avaient pas accosté d'île pour le moment. Elle devrait peut-être attendre d'être sur une île pour lui acheter quelque chose? La châtaine eut envie de se gifler. Qu'est-ce qui lui prenait à la fin? Elle ferait mieux de se remettre les pendules à l'heure!
- On peut reprendre l'entraînement, sollicita Léna enlevant son sweat.
Ace opina du chef, visiblement ravi de son entêtement. Il ne le serait sans doute pas, s'il savait se qu'il ce passait sous le crâne de la jeune femme.
Étalée de tout son long, Léna haletait, son tee-shirt lui collant désagréablement à peau ainsi qu'à ses cheveux. Elle rêvait de piquer une tête dans l'océan, mais ne sachant pas ce que les remous cachaient, elle s'en abstint, optant pour l'option du seau d'eau sur la tête. La gifle de l'eau fraîche sur sa peau brûlante la secoua d'un long frisson de satisfaction. Son estomac grondait, son palais était pâteux, comme sa langue. Léna s'avachit lourdement sur une chaise, mangeant ce qui lui passait sous la main. Ace l'avait rétamé sans qu'elle puisse faire quoique ce soit. Elle avait eut beau tenter une feinte ou deux, il lisait en elle comme dans un livre ouvert et parait tout ce qu'elle essayait d'entreprendre. Plutôt appliquer ce qu'il lui avait appris un peu plus tôt, mais sans résultat concluant. Elle se frotta du revers de la main le front, puis utilisa son tee-shirt sale pour se frotter le visage.
Elle n'avait pas souvenance d'avoir autant sué de sa vie. Exténuée, elle posa sa tête sur la table et sombra dans un profond sommeil.
Descendant une bouteille de rhum à lui seul, Ace repensa à la soirée qu'ils venaient de passer ensemble, lui et Léna. Elle avait fait preuve d'un enthousiasme qui était tout à son honneur et avait décuplé son énergie au maximum pour tenir le rythme du jeune homme. Elle avait un peu progressé. Mais d'un rien. La question de l'esquive ne se posait pas: elle esquivait très bien les premières attaques, mais une fois que la vitesse augmentait, elle ne tenait plus le rythme et se retrouvait très vite débordée par tout ses assauts. Au moins, elle persévérait et c'était la clé pour qu'elle puisse réussir. Il regarda le ciel étoilé dénué de lune. C'était étrange d'avoir de nouveau quelqu'un avec soit. Lui, le Commandant de la seconde flotte de Barbe Blanche s'était retrouvé seul pendant des mois à la recherche de Teach, un fieffé gredin ayant tué l'un des leurs.
Il en revenait de sa responsabilité de traquer ce traître et de le réduire à néant. En y repensant, Ace se dit qu'il aurait mieux fait de refuser d'emmener Léna avec lui. Elle risquait d'être prise entre deux feux à l'avenir. Si elle ne mourait pas avant. La jeune femme avait dû vivre un traumatisme assez fort pour en avoir développé une phobie. Il n'osait imaginer les horreurs qu'elle avait dû voir. Pourtant, il n'avait pu se résigner à décliner sa demande.
Je veux vivre!
Cette phrase le taraudait. Sans doute plus qu'il ne l'aurait dut. Lui aussi, il voulait vivre. Même en sachant que le sang de Roger coulait dans ses veines, le sang du démon, une petite partie de lui voulait vivre. Pleinement. Une autre lui rappelait constamment: non, tu ne peux pas, trop de gens souhaite ta mort, mon gars. Il pressa fort ses paupières, les frottant du bout du pouce et de l'index. Il haïssait son père. Plus que tout au monde. Le savoir fils du roi des pirates le rendait malade. Une douleur familière étreignit son cœur, ainsi que la colère affluant lentement dans ses veines. Non, il devait laisser ça derrière-lui. Il n'allait pas infliger à Léna sa mauvaise humeur. Là, tout ce qu'il allait faire, c'était faire son premier tour de garde. Même s'il n'avait pas l'intention de laisser la jeune femme seule quand se sera son tour.
Aux premières lueurs de l'aube, Léna battit des cils plusieurs fois, chassant les restes de son sommeil et de ses rêves sans queue ni tête. Elle s'étira longuement, totalement oblique sur sa chaise qui se balança dangereusement en arrière. Fourbue de courbatures, Léna grimaça de douleur. Elle soupçonnait en partie son soudain endormissement sur la table d'y être pour quelque chose, bien que, dormir dans un lit ne l'aurait sans doute pas aidé: elle n'aurait put en sortir. D'une démarche mal assurée, Léna se dirigea vers le pont. Pendant plus d'une semaine, elle n'avait pas vu l'ombre d'un, - plutôt la voile- d'un bateau. Que ce soit pirate ou Marine, elle n'avait vu ni l'un ni l'autre. Elle vit la silhouette massive d'Ace adossé contre le mat. Léna se dirigea à pas feutrés vers le brun, ne voulant pas perturber son sommeil. Son ronflement sonore arracha un sourire à la jeune femme. Elle partit en trottant à la cuisine, puis revint avec une assiette comportant le petit-déjeuner. L'odeur de nourriture le réveilla instantanément.
- Bonjour, marmonna Ace en humant l'assiette, c'est pour moi?
Ses yeux pétillaient, alléché par ce met.
- Non, je suis venue te torturer en te faisant sentir mes préparations, marmonna Léna faussement grognon. C'est pour toi, andouille.
- De l'humour? C'est agréable de si bon matin! S'enjoua Ace en saisissant l'assiette qu'il s'empressa d'engloutir.
L'instant d'après, il piqua du nez dans son assiette. Léna s'interposa directement entre le sol et la tête de Ace qui percuta son épaule. L'air fut expulsé des poumons de la jeune femme lorsque le poids du pirate s'étala de tout son long sur elle. La châtaine avait à peine eut le temps de rattraper l'assiette avant qu'elle ne se brise. Agenouillée, inclinée en arrière son poids reposant sur un coude, Léna sentit ses muscles trembler sous l'effort. Ace était terriblement lourd, elle ne doutait pas une seconde que cet homme dépassait les quatre-vingt-dix kilos. La tête d'Ace glissa lentement de son épaule pour se loger au creux, sa joue écrasée.
Léna émit une plainte. Ciel! Il était lourd à un point! Elle n'allait pas tenir longtemps comme ça!
Cinq minutes plus tard, Ace s'éveilla aussi soudainement qu'il s'était endormi. La jeune femme s'effondra en arrière puis roula sur elle-même en se tenant les hanches; elle avait des crampes de chaque côté qui la tenaillaient. Ace la regardait avec circonspection, puis haussa un sourcil.
- Qu'est-ce qui te prends?
Ne daignant pas lui répondre verbalement, Léna se contenta de le fusiller du regard. Il fit la moue et s'empara de l'assiette que la châtaine avait sauvé in-extremis... pour rien.
- Non, mais tu te fous de moi?! Siffla-t-elle en le voyant piquer du nez dans le plat.
L'île se dressait devant eux dans toute sa splendeur brute. Léna sentait s'immiscer la puissance qui émanait de ce paysage ; brutal et intuitif. La paroi rocheuse s'élevait à plusieurs mètres de hauteur, le point culminant de l'île était caché par une nappe de nuage opaque. Même sur les hauteurs, Léna ne parvenait pas à voir si l'île était habitée ou non. Elle crut même voir des sillons parcourir la terre, mais sans doute devait-elle halluciner. Ace prit les commandes du petit bateau, faisant le tour de l'île à la recherche d'une plage où accoster. Après plus d'une demie heure de recherche, ils accostèrent enfin. Ace sauta dans l'eau peu profonde, poussant sans difficulté le bateau de pêche sur la plage, assez loin dans le sable pour que même à marée haute, la mer ne pouvait emporter le pseudo navire.
Trépignant d'impatience intérieurement, Léna regardait l'île avec admiration. Un sentiment qui lui était inconnu mais réconfortant. L'île semblait dénuée de civilisation ; aucun embarcadère de fortune, pas de bateaux de pêche, rien. La jeune femme partagea son intuition avec Ace qui acquiesça. Celui-ci lui fit remarquer qu'elle aurait besoin d'une besace avec les stricts nécessaires dedans. En quelques minutes, Léna avait fait son sac, contenant une gourde, de la nourriture et des mouchoirs. Elle trottina derrière Ace pour arriver à sa hauteur. Ayant beau faire tous les efforts du monde pour rester à la hauteur du jeune homme, Léna fit un test ; elle décéléra la cadence et comme par hasard, Ace adopta un rythme plus lent. Elle fixa le dos du pirate durant la plupart du trajet. Curieux. Elle n'avait pas l'habitude que quelqu'un la protège de la sorte. C'était toujours elle qui passait devant, lorsque elle est Artyom voyageaient. Il était ce qu'elle avait de plus précieux.
Elle était large, contrairement à Artyom, aussi fin qu'un fil de fer. Il avait une musculature fine, pas un gramme de graisse, contrairement à Léna étant grasse. Elle n'avait pas un muscle de visible, rien. Avec ses bras et ses cuisses molles, elle n'avait pas fière allure, il n'y avait que ses mains fines qui étaient travaillées, ainsi que ses avant-bras. Léna secoua la tête, chassant ses pensées. Elle et Ace avancèrent en silence ; un silence admiratif pour la jeune femme, en tout cas. Les arbres, épais et noueux, et leur écorce auburn détonnait sur les feuillages pastis, légèrement verdâtre. L'herbe lui arrivait à la moitié des genoux, possédant la même teinte que les feuilles. Divers insectes voltèrent de-ci, de-là, produisant des crissements perpétuels. Léna avait perdu le compte du temps, émerveillée. Ils débouchèrent dans une clairière ravagée où les arbres étaient déracinés, les troncs brisés pourrissant dans l'herbe. L'air était moite et lourd plongeant Léna dans un profond malaise intérieur.
Ace continuait son avancée, sa démarche détendue, mais néanmoins, il restait attentif à son environnement. Un bruit sourd attira son attention, puis plusieurs chocs retentirent. Quelque chose percuta la nuque de la jeune femme, lui arrachant un cri de surprise, suivit d'un hurlement de terreur quand elle découvrit ce qui l'avait percuté ; un squelette. Un nombre infini de squelettes tombés du ciel sans sommation. En une fraction de seconde, Ace se retrouva près de Léna, la débarrassant des restes humains, il la souleva comme un poids plume dans ses bras, courant et évitant les chutes de squelettes comme s'il savait d'avance où ils allaient tomber. Il bondit sous les sous-bois, là où les branches trop étroitement emmêlées ne laissaient pas passer les corps. La respiration précipitée, Léna soufflait et inspirait le plus possible pour recouvrir son calme sans grand succès. La sensation de peau en putréfaction, collante et poisseuse arracha un frisson à la châtaine, peinant pour ne pas remettre son repas.
Le brun vit Léna se tortiller, tendant ses bras le plus loin possible dans son dos à la recherche de déchets organiques. C'était la première fois qu'il la voyait s'agiter de la sorte en dehors de leur entraînement. Restait à savoir si c'était un bon signe ou non. Il s'empressa de la rassurer, que rien n'avait agripper sa peau. Léna se tourna vers lui, les yeux écarquillés et les sourcils froncés. Première véritable expression de la jeune femme.
- C'était quoi ce bordel?! S'écria-t-elle en désignant du revers de la main les restes humains jonchant le sol. Depuis quand le ciel nous chie des restes humains sur le coin de la tronche?!
Ouvrant de grands yeux, Ace ne sut pas s'il devait s'amuser ou s'étrangler de ce langage peu fleurit. La peur l'avait rendue furibonde, et malgré cela, elle continuait à inspecter chaque centimètre carré de tissu visible. Un sourire amusé naquit sur ses lèvres.
- C'est pas très poli, se contenta-t-il de dire en haussant un sourcil. (il jeta une œillade par-dessus son épaule). La pluie à l'air d'avoir cessé.
Elle ouvrit la bouche pour rétorquer quelque chose, mais la referma. Son accès de colère s'estompa aussi vite qu'il était apparut. Et bon gré, mal gré, elle le suivit sans protester. Lorsqu'il s'agenouilla près d'un corps pour l'inspecter, Léna poussa le corps de la pointe du pied en grimaçant.
- C'est pas très respectueux.
- Parce qu'il a été respectueux en croyant que j'étais une piste d'atterrissage ?
Secouant la tête avec de droite à gauche avec amusement, Ace observa le squelette- ou du moins ce qu'il en restait-, prenant soin de ne pas l'amocher plus qu'il ne l'était. Le bas de la mâchoire avait été arracher et le crâne était perforé de deux trous. Les vêtements déchirés laissé apercevoir plusieurs côtes brisées. Il parcourut du regard les autres restes humains, la plupart d'entre eux présentant les mêmes séquelles.
- Il y a sans doute dû y avoir une guerre commença Ace en fronçant les sourcils. Mais vu qu'ils ont passé un petit séjour dans les cieux, ce sera difficile d'estimer depuis combien de temps ils sont morts...
Léna haussa un sourcil à son encontre.
- Il m'arrive de lire.
Cette simple réponse arracha un souffle amusé à la jeune femme qui s'avança de quelques pas, ses yeux parcourant le paysage. Ace la rejoignit et ils continuèrent leur chemin en silence, Léna ayant reprit son mutisme habituel. Le champ de cadavres loin derrière eux, Ace commençait à soupçonner cette île de cacher bien des choses et il n'était pas au bout de ses surprises. Il lui fallut quelques secondes pour constater que Léna n'était plus à ses côtés.
- Ace?
La voix de Léna était une supplique empreinte de panique. Il se retourna, prêt à combattre, mais il ne vit qu'elle, les traits tendus. Elle ne bougeait pas d'un millimètre, osant à peine respirer.
- Je- Je crois que j'ai marché sur une mine.
Et ça, ce fut une des choses dont Ace se serait bien passé.
Mot de l'auteure: Voilà le chapitre trois! J'espère qu'il t'auras plus. Je fais de mon mieux pour que Léna ne soit pas trop dépressive non plus, mais, je pense qu'on commence à sentir qu'elle remonte tout doucement la pente...! En tout cas, j'en suis plutôt contente, cette fan-fiction me motive plus que la précédente, qui d'ailleurs - je l'avoue - ne m'inspire pas ces temps-ci. Mais je vais pas l'abandonner, hein. Je déteste abandonner quelque chose. Bon, là, je vais retourner étudier littérature, ah ah, j'ai le trac. Osef. Laisse-moi ton avis et des bisous sur tes petites bajoues!
- Qu'est-ce que tu as pensé(e) de ce chapitre trois?
- Quelles sont tes attentes pour la suite?
- As-tu des questions tout cours?
