Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
www .hananokaze .org

Rating / Classement [+18]

Publié pour la première fois le 15 novembre 2011

Chapitre 9

Un visiteur indésirable

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Si Fanelia était une cité neuve, reconstruite de façon bien pensée, elle comptait, comme toute métropole, son quartier louche.

Situé au sud de la ville, dans une zone qui ne voyait presque jamais le soleil du fait des falaises, il s'agissait un endroit sombre, ponctué d'établissements où l'on entendait des cris d'ivrognes mêlés aux rires des filles de joie.

Hylden et Yiris avançaient d'un pas assuré et pressé, vêtus en civil, d'un simple pantalon beige et d'une chemise blanche avec veste marron, épée au côté pour lui, et de ses habituels pantalon et débardeur rouge et noir à ceinture colorée maintenant son bâton dans le dos pour elle.

En ces lieux, on les connaissait bien, aussi pour éviter tous ennuis, les passants détournaient le regard.
Ils arrivèrent devant un petit escalier de trois marches massives dominé par une lourde porte en bois. La jeune femme y frappa plusieurs coups fermes.

— C'est Yiris ! Je suis avec Hylden !

La porte s'ouvrit et une fille à peine vêtue d'une robe transparente, les cheveux blonds en pagaille apparut, complètement paniquée.

— Oh la la, chef, je suis trop contente de vous voir ! Mila m'a demandé de garder l'entrée. Elle essaie de raisonner votre frère…
Il tient un couteau sur la gorge d'Anna et a dit qu'il allait la saigner si vous ne veniez pas. Je vous en prie, arrêtez-le…
— Calme-toi, Sacha ! Fit Yiris. Dis-moi où il se trouve.
— Dans la salle de réception avant le jardin.

Hâtive, la jeune femme traversa les couloirs dont les espaces étaient limités par des rideaux de tulle rougeoyants. Hylden la suivait.

Quelques mètres plus loin, ils se trouvèrent derrière un groupe de jeunes femmes qui se serraient les unes contre les autres, tremblantes de peur.

Face à elles, vautré dans des coussins, torse nu, tenant allongée sur lui une petite rousse paniquée qu'il maintenait en joue d'un couteau, Constantin s'amusait de son effet.

La tenancière, une grande brune âgée d'une cinquantaine d'années, aux formes rebondies mises en valeur par une robe rouge au corsage ajusté, lui parlait, tentant en vain de le calmer.
Elle gardait une certaine assurance malgré la tension ambiante. Il fallait dire que c'était la sœur d'Haymlar, ils se ressemblaient tant physiquement que de caractère.

Ecœurée par ce spectacle pathétique, Yiris écarta l'attroupement pour se frayer un chemin face à son frère.

— Constantin, tu vas me dire ce qui te prend ?
— Oh, mais ne serait-ce pas ma sœur préférée ? Plaisanta le jeune homme éméché. Et en plus, elle est venue avec son amant.

Hylden, resté en arrière, faisait des efforts pour ne pas aller mettre son poing dans la figure de l'arrogant, qui riait de voir que sa pique avait atteint sa cible.

— Plus sérieusement, j'ai failli attendre !
— Attendre quoi ? Demanda Yiris, furieuse.
— Et bien, tu me délaisses ma chère sœur, et tes petites employées, aussi mignonnes et imaginatives au lit soit-elles, ne remplacent pas ta présence…
— Tu veux quoi au juste ?
— Te permettre de savourer un petit moment de détente. Regarde, tu es libérée de ton travail, tu devrais boire un petit verre avec moi, et pourquoi pas, adopter une tenue plus détendue à l'image de ces demoiselles.
Par contre, le toubib, dit-il en s'adressant à Hylden, il dégage ! L'inceste, c'est déjà mal, avec une partie à trois en bonus, ça serait vraiment de mauvais goût.
— Tu es pire que saoul ! S'affligea Yiris. Tu as pris quoi pour sortir un délire pareil ?
— La solitude rend fou, que veux-tu… Répondit Constantin en faisant danser son couteau sur le cou de son otage.

Sentant la situation plus que délicate, Yiris comprit que la manière forte ne marcherait pas et qu'il allait falloir rentrer dans le jeu psychopathe de son frère.

Elle fit un signe de tête indiquant à Hylden de quitter la pièce avec les filles. Il s'exécuta, seule la tenancière resta juste derrière le rideau pour observer ce qui se passait.

— Je crains pour la petite… Dit-elle, tremblante, à Hylden.
— Mila, faites confiance à Yiris, elle va le calmer.
— Vous croyez ce que vous dites ou se sont des paroles censées juste me rassurer ?

Un soupir fut sa réponse.

A présent seule face à son frère, Yiris commença par défaire ses cheveux, les laissant intentionnellement retomber le long de son visage.
D'un geste lent et étudié, elle dégagea son bâton de sa ceinture avant de le poser à terre. Puis, elle se mit à quatre pattes et avança sur les coussins au niveau de son frère.

— N'est-ce pas toi qui viens de dire qu'à trois, ce n'est pas correct ? Alors, laisse partir la petite… Lui susurra-t-elle à l'oreille de sa voix chaude étrangement caressante.
— Je ne sais pas, ma chère sœur. Je sais aussi que tu désapprouves l'inceste, donc je crois que tu me tends un piège…
— Ah bon, tu ne me fais plus confiance…

Le regard de Yiris avait quelque chose de sensuel, sa gestuelle la rendait attirante.
Hylden la regardait faire, il ne savait pas si c'était du dégoût ou de la jalousie qu'il éprouvait à la voir agir ainsi avec Constantin.

Avec assurance, la générale embrassa son frère dans le cou tout en baladant sa main sur son torse. Parcouru de délicieux petits frissons, Constantin semblait apprécier.

Soudain, le regard de Yiris croisa celui de l'otage, elle lui un petit signe de la tête.

Profitant du relâchement de l'attention de son frère, Yiris lui bloqua la main tenant le couteau, et redressa le bras d'un coup sec, lui faisant lâcher son arme, permettant à l'otage se libérer.

— Salope, tu m'as piégé ! Cria Constantin, enragé.

Une bagarre commença. Yiris et Constantin réglèrent leurs comptes à coups de poings. L'altercation était violente et rythmée.
Les meubles étaient déjà tous à terre, les victuailles aussi. En quelques coups échangés, la sœur avait la lèvre en sang tandis que son frère affichait un œil tuméfié.

Après une brève pause où ils se jaugèrent du regard, la bagarre repris de plus belle. Constantin insultait sa sœur autant que possible, celle-ci ne répondait que par des coups.

Hylden voulait intervenir, mais cela ne lui semblait pas des plus évidents.
Les deux adversaires étaient d'une force supérieure à la sienne.
Et surtout, ils bougeaient trop rapidement pour lui permettre de donner un coup d'épée bien senti dans la jambe ou le bras de Constantin afin de le calmer sans risquer de blesser Yiris au passage.

Finalement, ce fut Mila qui lui apporta la solution en lui tendant une arme improvisée.

— Dans le pire des cas, si te tu trompes, tu ne feras pas trop mal à la chef… Suggéra la maquerelle.

Profitant d'une pause dans l'affrontement, Hylden s'avança derrière Constantin. Celui-ci, trop concentré sur sa sœur, ne vit pas venir le vase que le général lui brisa sur le crâne.
Enfin, c'était terminé et les prostituées soupirèrent de soulagement.

Essuyant le sang qui coulait de sa bouche, Yiris regardait avec peine son frère lamentablement étalé sur le sol. La tenancière s'approcha d'elle et la prit dans ses bras.

— Tu es la meilleure, tu le sais ! Merci !
— Je ne fais que tenter de rattraper mes erreurs… Fit Yiris avec un pauvre sourire. Mila, je te promets que cette fois, tu n'as plus à lui ouvrir, il a dépassé les bornes.
— Tu n'es pas responsable de son attitude. D'habitude, il se contente d'être le plus salace et le plus radin des clients. C'est bien la première fois que je le vois ainsi. La plupart du temps, il s'effondre saoul et vous venez le récupérer dans le calme.

Pendant qu'elles discutaient, Hylden attachait les bras de Constantin avec une corde, se méfiant trop du réveil de ce dernier.

— Il ne va pas émerger de sitôt ! Fit Mila. Venez donc boire un réconfortant tous les deux !

Les deux jeunes généraux suivirent la dame vers une petite pièce attenante où les filles de joies préparaient un petit buffet pour remercier leurs sauveurs.

Après un repos mérité, Yiris et Hylden ramassèrent Constantin et le trainèrent dans les rues jusqu'au palais.

Une fois le jeune homme couché, ils s'assirent sur un banc dehors.

— Je crois qu'il va falloir parler de tout cela à Sa Majesté. Ton frère devient incontrôlable…
— Je sais, mais…
— Mais quoi ? Il faut que tu arrêtes de le protéger ! Qui sait, un bon séjour au cachot lui remettra les idées en place !
— J'en suis consciente, cependant je ne peux pas lui faire ça.
— Enfin, pourquoi ?

Yiris se cala les coudes sur les genoux.

— Parce que s'il en est là, c'est entièrement de ma faute.

Hylden voulait poursuivre la conversation et tenter de convaincre Yiris, il n'en eut pas le temps.

— Alors on fricote ensemble ? Déclara une voix rageuse.

Face à eux, apparut une femme brune en peignoir bleu nuit et chaussons assortis, quelques luxueux bracelets aux poignets malgré l'heure tardive.

— Kyria, rentre à la maison s'il te plaît.
— Et si je n'en ai pas envie ? Et si je faisais un bon scandale en pleine nuit ?
— Tu n'as pas besoin de faire de scandale ! Répondit Hylden en tentant de garder son calme.
— Non, tu as raison, on frappe à la porte, et hop, mon mari disparaît. Et voilà que je le retrouve une odeur de bordel chevillé au corps avec sa pute bien sûr !

Se sentant évidemment visée, Yiris redressa la tête pour affronter la jolie dame du regard, puis se leva.

— Ne vous en faites pas, je m'en vais !

Et elle disparut, laissant Hylden subir les interminables reproches de son épouse.

OoO

Avant de retourner auprès d'Alexandre, Yiris fit un petit détour par son ancien appartement. Constantin dormait comme une buche sur ce qui était son lit à elle auparavant.
Ses ronflements auraient sans doute réveillé un mort…
Vérifiant, une dernière fois que l'intéressé ne pouvait pas se rendre compte de sa présence et que les environs étaient calmes, elle souleva discrètement une latte du parquet.

Avec moult précautions, elle retira un petit sac de toile de jute. Son contenu, tout ce qu'il fallait pour s'injecter de la drogue, « s'offrir un fix » comme on disait sur sa Terre natale.

A l'insu de ses parents, Yiris avait commencé la drogue tôt, d'abord la fumette avec son ami Jamie le disquaire, puis l'héroïne…

Tranquillement, elle se prépara un mélange, plus de parents pour surveiller, plus besoin de chercher à piquer dans un recoin caché…
Un bref instant, elle se laissa planer puis revint à la réalité aussi vite.

Heureusement, elle savait dissimulée ce vice, Hylden semblait se douter de quelque chose, cependant, il ne l'avait pas encore confondue…

Le seul qui savait la vérité, c'était Constantin.

Lors des rares moments qu'ils partageaient ensemble, ils ne trouvaient rien de mieux que se détruire en s'injectant ces saloperies dans les veines.

Après avoir rangé ses affaires, la grande sœur alla voir une dernière fois son petit frère. Ses bras étaient couverts de traces, il devait avoir sa propre réserve désormais vu que Yiris avait constaté que le niveau de la sienne n'avait pas bougé…

Alcoolique, drogué, la trentaine, Constantin n'irait de toute façon pas loin…

Et Yiris se savait coupable de ne pas avoir su le protéger, allant même jusqu'à faire le contraire en partageant ses addictions…

OoO

La réunion qui prenait place en ce jour dans la salle du Conseil se perdait en palabres sans fin. Les échanges vigoureux faisaient parfois trembler les murs.
Mayek et Yiris s'opposaient souvent violemment.

En effet, depuis quelques mois, un peu partout sur Gaea, un phénomène étrange posait problème : celui des vols d'energist. La fréquence et l'importance des attaques ne pouvaient plus être le fait du hasard.
Des convois entiers avaient été interceptés et, à chaque fois, aucun témoin n'avait été laissé.

Jusqu'à présent, les mines, placées sous très haute surveillance, n'avaient fait l'objet d'aucune attaque. Néanmoins, le transit de la précieuse ressource posait problème à tous les états.
A Fanelia plus particulièrement, la situation devenait intenable. La nature boisée et vallonnée du pays facilitait les guets-apens.

Trois convois commerciaux, apportant de l'energist à Asturia pour la fabrication de melefs, avaient été interceptés sur peu de temps malgré d'importantes escortes, une catastrophe.

Le plus gros convoi de l'année, en provenance d'Arzas, devait partir d'ici quelques semaines, aussi des mesures radicales devaient être envisagées.

— Votre Majesté, dit Mayek fermement, je crois que nous n'avons plus le choix. Il faut enrôler des soldats et assurer l'escorte des convois par au moins deux cents hommes à chaque fois. Nous avons perdu beaucoup trop d'energist en peu de temps. De plus, ceux qui nous pillent doivent maintenant disposer d'une force conséquente, s'ils nous attaquent, nos effectifs actuels ne suffiront certainement pas.
— On ne va pas non plus envoyer des enfants ! Pesta Yiris. Votre Majesté, les soldats enrôlés ne sont jamais très efficaces. Et quand on voit la rapidité et la violence des assauts, je crois que le nombre n'arrêtera pas nos ennemis.
Ce qu'il faut, ce sont des hommes plus aguerris. Aussi, je pense que former des troupes d'assaut qui encadreraient discrètement les convois seraient un plus !
— Toujours en train de vendre ton concept d'armée de l'ombre, Yiris ! Tes bouffons sont tout juste bons à voler une pomme quand le marchand a le dos tourné.
— Ta mauvaise foi et tes méthodes de bourrin te caractérisent bien Mayek. Tu sais pertinemment que les troupes que j'ai formé à Irini ont un grand potentiel, ils savent restés discrets et bondir.
— Bondir sur quoi, un lapin ?

Mayek et Yiris semblaient prêts à se sauter à la gorge, les deux autres généraux n'osaient pas intervenir.

Ce fut finalement Van qui trancha le débat.

— J'ai reçu un message d'Asturia. D'ici quelques temps, une conférence sur la question sera organisée à Palas avec des représentants de tous les états, même Basram devrait participer. Nous verrons quoi décider à ce moment-là. En attendant, Ruhm devrait bientôt revenir de son pèlerinage des montagnes perdues. Quand il aura regagné Arzas, il nous enverra une missive pour nous annoncer le prochain départ du convoi annuel de la grande mine. Cela me laisse le temps de réfléchir à vos propositions concernant l'encadrement à y apporter…

OoO

Les jours s'écoulaient tranquillement à Fanelia. Après plusieurs jours alité du fait de ses maux de têtes, Alexandre passait à nouveau ses journées avec Hitomi et Meinmet qui s'était créé un petit atelier pour tenter de reconstruire des inventions qui lui avaient plu sur la Lune des Illusions, notamment une bicyclette.

Bien malgré elle, Yiris se trouva désignée cobaye officiel et finit plusieurs fois aplatie au milieu d'un tas de ferrailles déglinguées sous l'hilarité générale.

En effet, s'estimant trop vieux, Meinmet ne voulait pas de tester ses engins. Il jugeait Alexandre bien trop grand, et refusait de fâcher son neveu en risquant de blesser Hitomi.

La conclusion s'imposa d'elle-même : Yiris était la seule personne sachant faire du vélo qu'il avait sous la main, car évidemment, Constantin ne se montrait que très rarement, ne semblant pas apprécier ce genre de choses qui lui rappelaient son passé.

Au bout de quelques jours, Merle, qui plébiscitait l'idée, s'était jointe à l'équipe.
Hitomi l'avait accueillie chaleureusement, comme si rien ne s'était passé.

Enthousiaste, la fille-chat s'occupait parfois des tests, mais ne comprenant pas vraiment comment tenir en équilibre, elle ne parcourait que rarement plus d'un ou deux mètres avant de s'étaler lamentablement…

Rapidement, les petites expériences connurent une certaine popularité.

Il n'était pas rare que le test d'un nouveau prototype par une Yiris dépitée de sacrifier sa dignité tout en ne cachant pas son plaisir de s'amuser comme une enfant, rassemble une bonne partie du personnel du palais.

Ces activités occupaient la plupart du temps des invités. Parfois, Van les conviait pour le dîner.
Et ils discutaient, Meinmet monopolisant la conversation, Alexandre n'osant rien dire, restant à fixer son assiette.

La saison chaude arrivait à son apogée et les moissons se préparaient. Une grande fête conclurait cette période de travail.
Hitomi assistait avec ravissement aux préparatifs. Les maisons s'ornaient de guirlandes colorées agrémentées d'épis de blés, et les cuisiniers s'affairent à préparer les pains les plus originaux et délicieux.

Comme à son habitude, Meinmet passait des heures à raconter ses souvenirs, ce qui lui valait souvent des petites piques de la part de Merle qui le trouvait incroyablement égocentrique.

Le vieil homme était heureux d'être rentré dans son pays. Bizarrement, lui qui était plutôt du genre à gesticuler dans tous les sens se laissait parfois aller, comme si maintenant qu'il était à la maison, il s'autorisait à vieillir.
Ceci dit, son idée de reconstituer sur Gaea quelques-unes des inventions les plus intéressantes de la Terre lui rajeunissait l'esprit, sans compter que, lui qui était né second, rôle appréciait d'être le centre d'intérêt des curieux.

Somme toute, Meinmet, Yiris, Alexandre, Hitomi et Merle formaient un quintet qui s'entendait bien. La jeune fille-chat avait oublié la solitude qui caractérisait ses journées à attendre Van.
Pour la femme générale, la période étant calme, il était facile de déléguer et bien que pestant toujours sur son travail de surveillance, elle appréciait de se changer les idées.

Meinmet lui, ne se lassait pas de parler, et Hitomi s'amusait beaucoup à écouter ses anecdotes parfois cocasses ou à l'entendre jurer sur une de ses inventions, cela lui évitait de penser continuellement à ce qui s'était passé avec Van.
Quand à Alexandre, il avait du mal à être détendu.
Seule Yiris, qui l'avait vu s'agiter et parler dans son sommeil, se doutait que quelque chose était en train de faire surface.

De son côté, Van observait tout cela, pensif. Aucune conversation avec Hitomi depuis l'incident, il ne savait pas quoi lui dire. Tout juste échangeaient-ils parfois de brefs regards gênés.
Merle avait expliqué au Roi que la jeune fille était encore sous le choc, qu'il faudrait du temps pour qu'elle accepte et puisse pardonner.

Du temps… Il l'avait attendu dix ans. D'un côté, un peu plus, ça ne faisait pas de différence, d'un autre, cela devenait une torture. Parfois, son esprit divaguait, il mourrait d'envie de serrer Hitomi dans ses bras, de l'embrasser…
Mais même s'il avait de plus en plus de mal à contenir son désir, il savait que se résigner à patienter encore était sa seule chance, tout aussi difficile soit-il.

OoO

La nuit était tombée sur l'avant dernier jour des moissons, les ouvriers se reposaient pour leur ultime journée de récoltes. Demain, à la même heure, la fête battrait sont plein.

Supportant mal la chaleur qui accentuait ses maux de têtes, Alexandre s'était déjà endormi, et Yiris, de son côté, avait profité de l'occasion pour emprunter sa salle de bain et se relaxer dans un peu d'eau tiède.
Le reste du palais était aussi calme, ceux qui n'arrivaient pas à dormir n'avaient qu'au mieux la force de regarder par la fenêtre tant le vent sec et brûlant les accablait.

Dans ces conditions et vu le calme des dernières semaines, il savait qu'il fallait saisir l'opportunité qui se présentait.
Du sommet d'un arbre de la forêt surplombant la ville, il attendait le bon moment, qui ne devait plus beaucoup tarder…

Quelques instants s'écoulèrent, le moment fatidique était venu. Sautant de branche en branche avec l'agilité d'un félin, il passa sans difficulté les gardes de l'orée de la forêt qui ne sentirent de son passage qu'une petite brise éphémère dans les feuilles des arbres.

Enfin, il était face à son objectif. Encore quelques mètres à découvert et c'était bon. Là encore, aucune difficulté, il bondit de l'arbre pour s'élancer sans difficulté sur le balcon, pourtant à plus de cinq mètres du sol.

Sa cible était devant lui, cela allait être vraiment un travail simple, il était presque déçu. Les assassins fausses-personnes aimaient les défis.

Il s'avança d'un pas, un bâton lui passa devant le cou.

— Stop ! Tu n'iras pas plus loin.

Visiblement sortie à la va-vite de son bain, Yiris se tenait sur sa droite. Vêtue d'un petit peignoir de couleur noire noué à la va-vite d'une épaisse ceinture rouge, ses cheveux étaient maintenus en chignon improvisé par un bout de bois.

— Tu sauras que j'ai horreur que l'on m'empêche de faire trempette tranquillement !

L'assassin se mit à glousser, mais il restait d'un calme olympien.

— On m'avait dit qu'il y avait un risque de tomber sur toi. J'avoue que la facilité de cette expédition m'avait profondément déçu, enfin un défi intéressant à relever, celui de la fameuse femme générale dont on dit tant de choses.
— Ah ? Et que raconte-t-on ? Demanda Yiris amusée.
— Que tu es le diable en personne, un véritable monstre.
— Ce n'est pas nouveau, les gens manqueraient-ils à ce point d'imagination ?

Sans bouger leurs corps, en position de combat figée, ils tournèrent la tête pour se regarder.

— Je suggère d'aller poursuivre cette discussion sur le toit. Il s'avère que ce pauvre jeune homme, dit Yiris penchant la tête vers Alexandre toujours assoupi, a rarement la chance de dormir sans migraine. Ce serait dommage de le réveiller avec nos petites explications.

Le fausse-personne sourit et s'élança vers la toiture d'un seul bond. A sa grande surprise, Yiris fit le même mouvement pour le rejoindre.
C'est alors que commença l'affrontement, l'intrus disparaissait dans les tuiles du toit. Cependant, sa tactique de combat était systématiquement mise à mal par Yiris qui frappait où il fallait.

Malgré tout, au grand désespoir de cette dernière, les coups finissaient la plupart du temps dans le vide, l'adversaire esquivant facilement même juste après avoir été localisé.

Néanmoins, puisqu'il ne pouvait se dissimuler et piéger son ennemie par surprise, le fausse-personne dut se résoudre à changer de stratégie et à combattre son adversaire de front.
Armé d'une petite dague, il lança ses attaques, toutes esquivées. Yiris était aussi aérienne et rapide que lui, mais surtout, elle maîtrisait parfaitement le combat à découvert, de sorte que, rapidement, il dut se contenter de se défendre.

Le calme de la nuit au clair de lune était troublé par les deux ombres qui se battaient à une vitesse presque furtive.

Agacé de ne pouvoir prendre l'avantage, l'assassin décida encore d'utiliser une tactique de son peuple. Il s'éloigna de son adversaire et commença à prononcer une incantation magique.

Rien… Aucun effet. L'assassin ne put que constater que son attaque n'avait eu aucune conséquence. Yiris, dont les cheveux étaient maintenant défaits et ressemblaient à des vagues lumineuses sous les rayons de la Lune, s'amusait à taper son bâton sur le sol, en souriant, visiblement satisfaite de la déconvenue du fausse-personne.

— Je vois ! Fit ce dernier. L'autre légende que j'avais entendue serait donc vraie, je ne voulais pas y croire et pourtant…
— Finalement, tu me rassures sur l'imagination des gens ! Plaisanta Yiris. Alors, dis-moi, qui t'envoie ?
— Vous comprendrez que je ne peux vous répondre.
— Je peux te forcer la main.

Le fausse-personne opina d'un signe de tête, puis commença à s'éloigner.

— Vous savez bien que ce serait contraire à notre nature.

Et il disparut dans la nuit. Yiris resta pensive dans le clair de lune. Alors qu'elle s'apprêtait à regagner sa chambre, une voix l'interpella.

— Bravo, bravo, joli combat ! S'exclama Constantin marchant sur les tuiles en applaudissant d'un air goguenard.
— Qu'est-ce que tu fais ?
— Et bien, je prenais l'air, et c'st alors que j'ai remarqué d'intéressantes gesticulations sur le toit, après, la curiosité… Je n'ai pas été déçu de m'être déplacé, c'est rare de te voir aussi peu vêtue… Mais plus sérieusement, qui était ton camarade de jeu ?
— Laisse tomber, l'important, c'est qu'il soit parti ! Répondit sèchement Yiris en retournant surveiller Alexandre.

Constantin n'en rajouta pas, il regarda sa sœur partir avec un petit sourire mesquin…

— Echec prévisible…

Et il s'en retourna lui aussi à l'intérieur…