Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]
Publié pour la première fois le 6 décembre 2011
Chapitre 12
Les vieux amis
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
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Jamais la forteresse de Metel n'avait parue aussi lointaine aux soldats. Le convoi à destination d'Arzas n'était pas des plus joyeux.
Entre la peur d'une attaque et les disputes constantes de Mayek et Yiris, chacun aspirait au calme et à la sécurité. Seul Alexandre se prenait à rêver que le voyage ne s'arrête pas, tant il en redoutait l'issue.
Avant le départ, Meinmet avait passé une heure à le sermonner lui faisait promettre de toujours rester concentré.
Le vieil homme avait eu du mal à cacher que l'accrochage de son protégé avec Yiris lui avait probablement causé la peur de sa vie.
Ne sachant pas trop ce qui l'avait pris, tout comme lors de l'affaire du melef, Alexandre s'était contenté de promettre tout ce qu'il en pouvait, sans la moindre garantie qu'aucun incident ne se reproduise.
Assis dans la nacelle d'un buffle géant, il ne suivait que d'une oreille distraite les débats entre les généraux.
En effet, au départ, avachie face à Alexandre, Yiris n'avait pu s'empêcher de descendre régler ses comptes avec son collègue, empruntant le cheval d'un soldat qui n'y avait rien compris à ce qui lui arrivait.
Alexandre ne l'avait pas trop montré mais il avait été soulagé que ce face-à-face prenne fin. Cependant, d'un autre côté, il se retrouvait à nouveau perdu dans ses interminables réflexions.
Tous ces nouveaux visages, ces informations, il sentait qu'il avait tous les éléments, mais pourtant la vérité semblait toujours se tenir devant lui, cachée derrière un drap opaque.
Soudain, la voix désabusée du cocher de son buffle s'adressant à lui le sortit de sa méditation.
— Vous ne trouvez pas que Yiris et Mayek sont des gamins ?
— C'est un fait… On a du mal à croire que ce sont des généraux ! Constata Alexandre.
— Et à chaque fois, c'est pareil. Depuis la reformation de l'armée, ces deux là passent leur temps à se bouffer le nez… Cette fois, ils n'ont même pas pris leurs seconds, histoire de pouvoir se disputer sans être interrompus, c'est bien notre veine !
Entendant cela, le passager ne put s'empêcher de laisser échapper un petit rire.
— Là où vous êtes, reprit le cocher, vous n'entendez pas les cancans, et pourtant, je peux vous garantir que vous êtes considérée comme l'homme le plus malheureux de Fanelia !
— Ah bon ?
— Oui, évidemment, on parle pas mal de votre apparence, mais surtout tout le monde vous plaint de devoir supporter Yiris toute la journée. La rumeur de votre petit affrontement s'est répandue dans toute la ville, il n'y en a pas beaucoup qui ose lui tenir tête…
— Vous savez, je ne trouve pas qu'elle soit si terrible que ça…
En disant ces mots, Alexandre esquissa un sourire. Sa cohabitation avec la générale était loin d'être de tout repos. Elle criait, était sans gène, et surtout, ronflait à faire trembler les murs.
Et pourtant quand il la regardait dans les yeux, quelque chose d'étrange se faisait ressentir… une paradoxale forme de confiance…
— C'est vous qui le dites ! S'amusa son interlocuteur. En tout cas, sa réputation n'est plus à faire. Vous saviez qu'elle s'est bâtie un joli patrimoine avec ses duels ?
— Comment ça ?
— Avant la nomination définitive des généraux, les chefs de tribus adoraient se provoquer. Très vite, cela a dégénéré, ils ont commencé à parier des biens… C'est ainsi que Yiris a récupéré un bordel à peine ouvert. A l'époque, cela avait fait l'objet de tous les potins.
— Elle possède un bordel ? S'étonna Alexandre.
— Oui, c'est d'ailleurs la sœur de son second qui en est la tenancière. C'est un établissement bien rempli et entretenu. Il attire une bonne clientèle, enfin, sauf quand Constantin y va.
Par contre, les filles ont toutes au moins la vingtaine et pas de petites jouvencelles, que des expérimentées… Certains diront que c'est un manque. Enfin, le personnage est spécial… Sa petite liaison avec Hylden, ça a aussi mis de l'ambiance.
Un bordel, une liaison avec un homme marié, tout ça pour une femme, la première de Gaea à atteindre le rang de générale, cela faisait beaucoup.
Alexandre était de plus en plus intrigué par la personnalité de son garde du corps.
— Vous savez quoi sur cette histoire avec Hylden ?
— Honnêtement, ce que disent les rumeurs, et il y a de tout et n'importe quoi ! Répondit le cocher. A mon humble avis, ils ne font pas que parler stratégie guerrière quand ils sont ensemble… En tout cas, la femme du général, Kyria, n'a qu'un rêve, avoir la peau de la la jeune femme !
Yiris et Hylden, en voilà un couple étonnant. Alexandre avait déjà remarqué l'existence d'un lien qui allait au delà de leur travail au sein de l'armée. Cependant, si le jeune homme lançait parfois des regards équivoques à sa collègue, il n'avait jamais semblé y avoir la pareille de la part de cette dernière.
A part ça, il ne voyait rien de bien extravagant. Et de toute façon, cela ne l'intéressait pas.
Alexandre se prit à rire tout seul. La capacité de médisance des gens sur une personne qui sortait de la normalité ne l'étonnait pas, comme s'il avait connu ça…
Il réalisa alors à quel point il se sentait vide. Depuis qu'il avait ouvert les yeux dans cette forêt, un morceau de lui manquait, et sans cela, il se sentait bien incapable d'avoir des opinions.
C'était comme si, ce qui le constituait en tant que personne était incomplet.
Pendant dix ans sur Terre, il s'était contenté de se laisser balloter, de suivre le mouvement, d'obéir. Il n'avait même presque pas bronché face à l'histoire folle de Meinmet de rentrer chez lui. La colonne de lumière l'avait juste surpris.
Il semblait ne pas ressentir la peur…
D'ailleurs, que ressentait-il au juste ? Peut-être rien, à part cette tenace impression de déjà-vu depuis son arrivée sur Gaea.
Il pensait souvent à l'homme auquel il ressemblait, à ce Folken, et se cherchait des points communs avec lui, en dehors du physique, mais cela demeurait vain…
La rencontre avec cet homme-loup dont on lui avait tant parlé serait peut-être une délivrance. Réaliste, Alexandre avait aussi envisagé la possibilité d'être déclaré monstre puis purement et simplement exécuté.
Et même face à cette éventualité, il restait calme. L'envie de vivre, il ne l'avait pas…
Finalement, la chose qu'il souhaitait était que cette comédie s'arrête. Face à un Meinmet débordant d'enthousiasme malgré son âge, il trouvait son existence inutile, alors l'alternative entre y trouver un sens et mourir lui semblait la bonne.
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Une vallée se terminait, une autre allait suivre. Le passage entre les deux était une plaine à découvert sur laquelle serpentait une rivière. Pour garder ce point stratégique, au sommet d'une colline, se dressait une petite ville fortifiée, dominée par une citadelle assez imposante : Metel.
La nuit était en train de tomber, le convoi était arrivé dans les temps.
Première partie du voyage achevée sans encombre, les ennuis devaient en théorie commencer ici.
La grande porte de Metel s'ouvrit. Les tours de gardes qui l'entouraient étaient toutes vides et le mécanisme de la porte avait quelques ratés…
Quand à l'état global de la ville, il était déplorable : les maisons étaient endommagées, les routes pavées défoncées et le château dominant possédait une tour qui ne semblait plus tenir que par miracle.
Se sentant sans doute sur la sellette, le gouverneur, ventripotent, qui cachait sa calvitie sous un turban coloré, vint accueillir les arrivants avec toute la condescendance dont il était capable.
— Messeigneurs, je suis très honoré de vous recevoir en mon humble forteresse. Dit-il en s'inclinant jusqu'au sol.
— « Humble forteresse » n'est pas le mot que j'emploierais, répondit Mayek en descendant de cheval, je choisirais plutôt le terme de « ruine »…
Cette fois, plus aucun doute, l'homme rondouillard n'allait passer un très mauvais moment.
— Nous sommes tous ici pour la nuit, comme vous savez. Demain, une partie du convoi va partir rejoindre Arzas. Quand à vous et moi, nous aurons le loisir de discuter de l'état de votre forteresse. J'ai hâte d'entendre vos arguments pour justifier ce désastre !
Incapable de répondre, la tête pensante de Metel tremblait presque. Il était évident qu'un bon repas ne résoudrait pas son problème.
Néanmoins, contre mauvaise fortune bon cœur, le gouverneur se montra sirupeux avec son invité, qui, pour sa part, restait insensible à toute flatterie, attentif à tous les manquements qu'il constatait.
Quand à Yiris, elle eut cette phrase lapidaire :
— Pour une fois, je suis d'accord avec Mayek !
Ces mots eurent pour effet de faire paniquer encore davantage les soldats de la forteresse.
Les membres du convoi, eux, soufflaient. Ils allaient finalement assister à une bonne correction.
Vu la gravité des faits, Mayek ne les mettraient probablement pas à contribution pour réparer, histoire de donner une bonne leçon à la garnison des lieux.
OoO
A Fanelia, Hitomi réfléchissait. Elle s'était levée en pleine nuit, et restait immobile à regarder par la fenêtre. Ne sentant pas sa présence en se tournant dans le lit, Van se réveilla et vit sa compagne pensive devant le clair de lune.
— Quelque chose ne va pas ?
— Je ne sais pas, j'ai une étrange impression… Je sens que quelque chose va se produire, quelque chose d'important, mais je suis incapable de dire quoi…
— Je comprends… Exactement le genre de situation que tu n'avais plus envie de revivre…
— Oui, à partir du moment où j'ai rencontré Alexandre, je crois que je savais où j'allais… Notre destin n'est pas tout tracé, cependant j'en arrive à penser que certaines situations sont des épreuves imposées.
— Et à nous de prendre les bonnes décisions, c'est ça ?
— Tout à fait ! Sauf que là, je ne fais que subir, ce que je pressens est assez vague. Depuis que je suis arrivée, j'ai des sentiments confus et flous… Je n'ai eu qu'une seule vision nette, mais du passé…
— Ah ? Du passé… Et de qui donc ?
— Folken et Yiris, j'ai vu qu'ils s'étaient brièvement rencontrés dans les ruines de Fanelia et que l'épée qu'elle possède était bien celle de ton frère. Meinmet me l'avait raconté, mais je ne sais pas pourquoi, cette épée… Il y a quelque chose qu'elle symbolise, je n'arrive pas à cerner quoi.
— Yiris a accordé énormément d'importance à cette histoire. Elle, qui est froide et pas du genre impressionnable, maintient avec force avoir vu le corps de mon frère s'animer et lui sourire… Elle en tremble encore en le racontant, je la crois donc sincère.
— C'est impossible, du moins en théorie. Après sur Gaea…
— … plus rien n'est étonnant, c'est ça ?
— Oui ! Et que penses-tu de cette épée ?
— Yiris ne s'en sert jamais. Je ne sais d'ailleurs même pas si elle sait manier une lame. Et elle l'a conservée en l'état, brisée…
— Elle veille sur quelque chose… Comme si en gardant cette épée, elle gardait le souvenir de Folken…
— Peut-être… Mais quel rôle pourrait jouer cette épée là-dedans ?
— Malheureusement, je n'en sais rien… Soupira Hitomi.
Van se leva et la prit dans ses bras. Lui aussi était assailli par le doute, il attendait beaucoup de la confrontation d'Alexandre et Ruhm, mais il la redoutait tout autant.
Aussi, la question d'Hitomi le mit dans l'embarras.
— Et que comptes-tu faire d'Alexandre après tout ça ?
— Je ne sais pas, je suis totalement conditionné à ce que dira Ruhm. Il connaissait mon frère mieux que personne. Cependant, en même temps, j'ai peur qu'il ne puisse nous donner de réponses concrètes.
Ce qui est certain, c'est qu'en l'état actuel des choses, j'ai affaire à un ennemi potentiel, et son visage familier ne doit pas empêcher la vigilance, au contraire.
Hitomi ne répondit pas. Van n'avait pas tort. Ainsi son inquiétude concernant le sort d'Alexandre ne faisait que croitre.
Elle qui cernait bien les gens n'avait pas ressenti de choses obscures émanant de lui, seulement une tristesse résignée...
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De son côté, Alexandre ne dormait pas non plus. Il ne pensait qu'au lendemain, à sa rencontre avec Ruhm, à ce qui allait suivre.
Assis sur le bord de la fenêtre de sa chambre, à côté de Yiris, pas non plus disposée à dormir, il regardait le spectacle des soldats de Metel qui devaient exécuter les réparations et entretiens, même s'il faisait nuit.
Mayek avait déjà donné une pléiade d'ordres et aucun répit pour les exécuter…
Les autres membres du convoi, quant à eux, dormaient à poings fermés, même si le voyage du lendemain promettait d'être stressant.
La forêt des dragons était obscure, faite d'arbres gigantesques. Par endroit, leur feuillage cachait totalement le ciel…
Cependant, cette route était la seule permettant d'accéder à Arzas avec un lourd chargement, impossible de couper par les gorges étroites avec une armée entière.
D'ailleurs, malgré l'immense gain de temps, les soldats évitaient cette route à cause du vide vertigineux qui l'entourait. Seuls les hommes-loups, habitués à un tel environnement, l'empruntaient sans crainte.
Au lever du soleil, les hommes de Yiris se préparèrent pour la dernière partie de l'expédition.
Avant de la laisser partir, Mayek tenait à lui faire quelques dernières remarques.
— Alors, prête à tester ta technique ? Tu y crois réellement ?
— Oui, je vais déjà faire partir un groupe devant. Chacun possède une corne de brume, ils pourront donner rapidement l'alerte. Et après, en cas souci, j'ai ta grosse troupe pour faire face au danger ! A mon sens, ne pas être pris au dépourvu sera un atout… Toutefois, l'idéal serait évidemment de ne pas avoir à faire face à une attaque !
En temps ordinaire le général n'aurait pas raté l'occasion de faire une remarque cynique à sa collègue, mais, cette fois, les choses étaient différentes. Lui aussi redoutait les mystérieux commandos qui n'avaient encore laissé aucun témoin.
— Il ne me reste plus qu'à te souhaiter un bon voyage ! En espérant aussi que tu avances avec ton homme mystère.
— Merci ! J'en aurai bien besoin…
Sur ces mots, Yiris se dirigea vers le convoi et monta sur un cheval pour se mettre en tête.
Alexandre, lui, était retourné dans la nacelle d'un buffle. Il avait du mal à réprimer des tremblements d'angoisse, pas à cause des risques d'attaques, plutôt à l'idée de sa rencontre avec le chef des hommes-loups…
A nouveau, le trajet parut interminable à la troupe. Cependant, il fut finalement tranquille. Aucun incident, pas de soupçon de présence ennemie, rien à signaler.
Alors que la nuit tombait sur la forêt épaisse, la rendant encore plus angoissante, le convoi atteignit une stèle de pierre et s'arrêta.
Yiris descendit de sa monture et donna ordre à chacun de garder sa position. Elle fit quelques pas derrière la stèle et se mit à crier.
— Oyez les loups, nous sommes arrivés !
Aucune réaction, du moins en apparence, car rapidement, les membres de la troupe se sentirent encerclés et commencèrent un peu à paniquer.
Une silhouette se détacha alors de l'obscurité face à la jeune femme.
Il s'agissait d'un homme loup immense vêtu d'une toge pourpre couverte d'un manteau noir et portant un collier orné de dents acérées.
Ses yeux marrons lui donnaient un regard qui semblait transpercer l'âme.
Yiris ne fut pas déstabilisée le moins du monde.
— Bonsoir Ruhm, toujours le sens de l'accueil à ce que je vois !
— Salut à toi, Yiris ! Répondit-il d'une voix profonde et calme. Je vois que tu es toujours aussi cynique, je présume donc que tu portes bien.
— En effet, merci de t'en inquiéter. Les choses vont bien chez toi ?
— Cet endroit reculé a l'art d'être à l'abri des tempêtes du monde extérieur, même si le vent finit toujours pas ramener à nous les poussières contant les soucis du reste de Gaea.
— Et bien, tant mieux si nous pouvons faire étape tranquillement ! Le chargement est-il prêt ?
— Oui, il ne reste plus qu'à l'atteler aux buffles. En attendant, tes hommes peuvent établir leur campement aux pieds des arbres sacrés au-delà de cette stèle, les habitants viendront leur apporter de quoi manger !
— Merci à toi ! Et concernant l'autre affaire ?
— Ne t'en fais pas ! Va te reposer avec ta troupe, je m'en occupe.
Ruhm laissa Yiris et s'avança vers le buffle où attendait Alexandre. Ce dernier regarda attentivement l'homme-loup.
Il lui semblait que son regard lisait en lui, et il ressentait toujours cette impression floue de déjà-vu.
— Toi, tu viens avec moi ! Dit le chef du village en souriant.
Sans un mot, Alexandre s'exécuta et descendit de la nacelle pour suivre Ruhm. Tous deux passèrent près de Yiris. L'homme-loup marqua un arrêt.
— Je te demande de croire en moi. Tu connais le pouvoir de l'instinct, fais confiance au mien !
Dubitative, la générale les laissa s'éloigner, silencieuse, mais le cœur serré.
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Les quelques pas, puis la montée de l'échelle menant à la cabane de Ruhm parurent interminables à Alexandre.
Lorsque, à l'invitation de son hôte, il prit place sur un coussin qui faisait face à un petit foyer de briques situé au centre de l'habitation.
A cet instant, le pauvre ressentait l'envie de s'évaporer dans l'air tellement il était angoissé.
Ruhm s'assit de l'autre côté du feu, face à lui. Il dégageait une présence sereine qui tendait à rassurer le jeune homme.
D'une voix douce et calme, l'homme-loup se mit à parler.
— Tu es né le dix-septième jour de la Lune Pourpre. Le hasard a voulu que ce soit le même jour que moi. Nos pères ont fêté cela dignement. Ce lien de naissance nous a rendu proches malgré la distance.
Nous nous considérions comme des frères, très différents de par notre apparence, moi homme-loup, toi moitié humain-moitié Peuple du Dieu Dragon, portant d'ailleurs les signes distinctifs de ce peuple.
Je me rappelle ta joie, le jour où tu m'as annoncé que tu avais un petit frère, et que ce dernier avait l'air d'un humain normal, car ton apparence était un fardeau à porter.
Sans un mot, Alexandre l'écoutait, ses mots résonnaient en lui. Pas d'image, mais des sensations, et quelques voix lointaines.
Attentif au trouble de son invité, Ruhm poursuivit néanmoins son récit.
— Ton autre fardeau, c'était ton destin tout tracé de Roi. La hiérarchie guerrière de Fanelia te déplaisait profondément. Si tu appréciais de savoir manier une épée comme une distraction, le fait de devoir tuer avec te dégoûtait profondément.
Si ton père prenait le temps d'en discuter avec toi et écoutait ton avis tout en tentant, il est vrai, de te convaincre de l'importance des traditions et du besoin de savoir se défendre et se faire respecter, ce ne fut pas le cas de Balgus.
Après le décès de ton père, ce dernier s'occupa de la gestion des affaires courantes et finit de te préparer à ton futur rôle de Roi.
Le moins que l'on puisse dire est que vous ne vous entendiez pas. D'ailleurs, très vite, las de ses discours interminables auxquels tu n'adhérais pas, tu as fini par te trouver des occupations peu honorables comme profiter de la compagnie de toutes les jeunes filles qui se pâmaient devant toi…
Malgré tout, tu n'as jamais délaissé ton petit frère, essayant de lui inculquer tes valeurs et de le protéger.
Je me rappelle la dernière fois que je t'ai parlé avant ta chasse au dragon.
Tu pensais qu'une fois cette besogne accomplie, tu aurais la capacité de changer les choses, mais le destin en a décidé autrement.
Pour moi, il a toujours été évident que tu étais vivant quelque part. Je me suis posé énormément de question sur les raisons de ta disparition.
Les années ont passé, la guerre est venue, et j'ai été surpris de savoir ton nom lié à celui de l'Empire Zaibach. Je me demandais comment tu avais pu changer à ce point.
C'est en te rencontrant dans les ruines de Fanelia où j'avais pressenti ta présence, que j'ai compris que tu n'avais pas changé d'opinion, tu avais juste été tenté par des méthodes peu louables.
Je me souviens que quand je suis arrivé, tu étais en train de discuter avec Yiris, qui avait la responsabilité de la garde des ruines de la cité cette nuit-là.
Tu étais en train de souligner le paradoxe d'un guerrier juste armé d'un bâton, tout en lui disant que tu appréciais son raisonnement sur le fait que le bâton était d'origine voué à la défense alors que l'épée blessait à sang d'un simple geste. Néanmoins, tu lui as suggéré de considérer les épées autrement, lui promettant alors de lui donner ton épée quand tu n'en aurais plus besoin.
Un instant, Alexandre eut une vision nette, un flash du passé, la scène décrite lui apparut quelque secondes à l'esprit.
Là encore, Ruhm décida de continuer son monologue, malgré les tremblements compulsifs du jeune homme.
— Ce jour fut celui de notre dernière rencontre. Nous avons parlé de nombreuses choses en toute amitié malgré les circonstances. Je me rappelle vous avoir salué ton frère et toi avant de partir.
Quelques mois plus tard, un soir, mon cœur s'est serré. J'ai su plus tard que tu avais rendu ton dernier soupir à peu près à cet instant. J'ai pleuré mon ami. J'ai assisté à tes funérailles. Ton frère avait tenu à te débarrasser de ce bras métallique qui symbolisait tes erreurs pour que tu puisses reposer en paix. Tu avais l'air calme, aussi espérais-je de tout cœur que ton âme avait enfin trouvé l'apaisement.
Les propos de Yiris dont Maître Van m'avait mis dans la confidence ont énormément agité mon esprit. Et c'est alors que je me suis dit que peut-être, il subsistait une dernière injustice à réparer.
Cette fois, la voix de l'homme-loup trahissait une profonde émotion.
— Et en ce jour, te voilà devant moi, différent sur certains points, mais tellement reconnaissable. Je suis heureux de voir que les Dieux sont parfois cléments avec ceux que la vie a affligé, et j'espère que cette nouvelle chance sera enfin pour toi l'occasion de vivre selon tes idées.
Ruhm baissa la tête pour tenter de dissimuler une larme, puis la releva et regarda Alexandre droit dans les yeux.
— Bienvenue dans ton monde, Folken !
Toujours assis, figé mais tremblant, Alexandre pleurait, il ne pouvait s'en empêcher. Il connaissait tout ce qu'il venait de lui être dit, c'était évident, pourtant… Il manquait encore quelque chose, une pièce pour assembler ce puzzle, pour lever le voile sur sa vérité.
N'ajoutant rien à son récit, Ruhm offrit un bol de thé à son invité et lui suggéra de dormir. Alexandre n'y comptait pas trop, malgré tout, rapidement, il se mit à bailler.
L'homme-loup le regarda, amusé, il avait en fait mis une petite potion dans la boisson.
— Repose-toi, mon ami, tu en auras besoin !
