Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
www .hananokaze .org
Rating / Classement [+18]
Publié pour la première fois le 13 décembre 2011
Chapitre 13
Le danger venu de la brume
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO
Après une nuit relativement calme, où les soldats n'avaient pas eu envie de faire la fête du fait de l'obscurité pesante de la forêt, le matin arriva bien trop vite pour la plupart des hommes, qui n'avaient pu ni dormir, ni déjeuner.
Yiris se maudissait intérieurement. A l'évidence, elle avait surestimé l'expérience des soldats à sa disposition. Elle s'était réveillée consternée par le spectacle que lui offraient les novices, rien à voir avec ses éclaireurs qui eux, au moins, étaient ce qui ce faisait de mieux.
Enfin, elle n'était pas du genre à réfléchir sur ce qu'elle n'avait pas fait, et ferait avec « sa troupe d'élite ».
Le convoi s'apprêtait à s'ébranler dans les minutes à venir. Les hommes-loups avaient amené les chariots d'energist pendant la nuit, trois en tout, un pour chaque buffle ayant accompagné les troupes.
Yiris posta soixante-dix hommes pour le premier et le dernier chariot. Les soixante soldats restants, qui étaient en réalité tous des vétérans issus de son régiment et de celui de Mayek, furent affiliés au chariot du milieu avec pour consigne de venir en aide au chariot qui serait le plus en difficulté en cas d'attaque, ce qui, si son instinct ne la trompait pas une fois de plus, arriverait inévitablement…
Il s'agissait d'un approvisionnement très conséquent. En effet, les hommes-loups n'envoyaient qu'un chargement par an, au terme de la saison d'exploitation.
Celle-ci prenait fin juste avant la saison chaude qui rendait la carrière suffocante.
Ensuite la date de livraison dépendait de leur seule volonté et, parfois, si le peuple avait des rites à accomplir, les précieux cailloux pouvaient attendre encore un bon moment.
N'en ayant pas particulièrement besoin car le pays était en paix, Van avait toujours laissé une grande latitude à Ruhm.
Néanmoins, pour une fois, il serait content de voir son chargement arriver à destination.
Yiris supervisait les préparatifs du coin de l'œil. Son regard était fixé sur l'arbre où se trouvait la cabane de Ruhm. Soudain, elle vit enfin du mouvement. L'homme-loup descendait de son perchoir, suivi par l'humain.
Les bras croisés, la jeune femme se demandait ce que l'entrevue avait donné.
A voir les deux hommes approcher vers elle, apparemment sereins, elle ne put retenir un soupir de soulagement. Toute la nuit, elle avait redouté une intervention en catastrophe qui n'avait finalement pas eu lieu.
Cependant, toute cette inquiétude, elle l'avait cachée, bien qu'ayant ouvert bien des fois l'œil fixant l'arbre où tout se jouait.
— La rencontre fut fort instructive. Expliqua Ruhm avec un large sourire.
— Ah ? Répondit Yiris dubitative.
— Oui, tu pourras dire à Maître Van que, même si je suis incapable d'expliquer l'enchaînement à l'origine de ce miracle, Je suis persuadé qu'Alexandre est en fait Folken.
Bouche-bée, elle les dévisagea, espérant une mauvaise farce. Son esprit s'embrouillait.
— Et comment tu déduis cela ?
— Nous avons parlé et, en l'observant, mon instinct m'a donné la réponse.
— C'est assez vague comme façon de conclure !
— Selon toi, probablement, mais mon avis est fait !
Yiris soupira en dodelinant la tête, elle se demandait sérieusement comment elle allait expliquer la réponse de Ruhm au Roi…
Bref, sur ce plan là, à ses yeux, rien n'avait évolué, alors, tout en éprouvant un profond dépit face à l'inertie de la situation, elle choisit de se concentrer sur le transport…
Ainsi, elle vérifia ses troupes, s'assurant une dernière fois que ses consignes avaient bien été respectées.
Pendant ce temps, Alexandre s'apprêtait à prendre place dans la nacelle du buffle. Ruhm lui donna une tape amicale sur l'épaule.
— La vérité n'est plus très loin ! Sois en sûr, mon ami !
Septique, le jeune homme ne sut quoi répondre. L'arrivée de Yiris interrompit sa réflexion et il prit place pour le voyage.
Après un échange de politesse entre la générale et le chef des hommes-loups, Yiris monta à son tour dans la nacelle.
Visiblement satisfaite de l'agencement du convoi, elle donna le signal du départ.
OoO
Cela faisait maintenant plusieurs heures que le groupe avait quitté Arzas. La première heure avait été très tendue. Yiris avait dû, à trois reprises, réprimander des bleus, ceux-ci ayant pris le passage d'animaux sauvages comme un signe d'une attaque et donné l'alarme.
La troupe avait fait deux heures de route encadrée par un groupe d'hommes-loups qui, au moment de partir, avait dit aux trois punis de bien se méfier des lapins…
Maintenant, le convoi poursuivait sa route, seul.
Selon le concept cher à Yiris, celui-ci était entouré par quatre groupes d'éclaireurs, un devant, un derrière et un sur chaque côté. Toutes les heures, chaque groupe envoyait un homme au rapport.
Aussi, ceux-ci disposaient d'une panoplie de cornes de brume pour signaler un danger imminent et en préciser la nature.
Même si cela semblait l'agacer, la générale avait choisi de rester sur la nacelle, accompagnée d'Alexandre. Elle était avachie, l'air dépité, son armure, visiblement, la gênait pour se tenir confortablement, et ne disait pas un mot.
Alexandre, lui, semblait perdu dans ses pensée et restait tout aussi muet ce qui installa entre eux une atmosphère pesante juste entrecoupée par le bruit des sangles de la nacelle et les bavardages distants des hommes.
Yiris accueillit avec soulagement l'arrivée des éclaireurs car elle avait besoin de se changer les idées. Elle n'était pas à l'aise vis-à-vis d'Alexandre depuis la conversation avec Ruhm.
En théorie, tout aurait dû continuer comme ça jusqu'à Metel…
En théorie…
Alors que le jour commençait à décliner et qu'il ne restait plus qu'une heure de route, une brume étrange commença à apparaître.
Plusieurs soldats furent interloqués par le phénomène qui avait déjà été rapporté par les derniers éclaireurs.
Instinctivement, ils raffermirent la prise de leurs armes et le convoi se trouva au maximum de sa vigilance. Un soldat finit par monter sur la nacelle pour parler à Yiris.
— Chef, vous avez remarqué ? Cela fait plus d'une heure, et on n'a pas vu les éclaireurs au rapport…
— Je sais… Ils sont surement déjà tous morts. Nous sommes encerclés…
A ces mots, le soldat, le cocher et Alexandre écarquillèrent les yeux, effrayés.
— Je les ai senti venir… Reprit la jeune femme. Objectivement, je pense qu'ils nous suivaient de loin depuis le début. Ils sont malins, ils attendent que la nuit approche…
— Alors on fait quoi ? Demanda le soldat.
— On se tient prêts. De toute façon, on ne va pas y échapper. Objectif, résister autant que possible. Après si c'est perdu, autant fuir vers Metel en abandonnant le chargement. Cette fois, il faut des témoins, notamment pour cette brume qui, à mon avis, n'est pas naturelle…
Le soldat acquiesça et partit informer le reste du convoi. Un peu hésitant, Alexandre s'adressa à Yiris.
— Et à quoi il faut s'attendre ?
— A un massacre !
Soudain, la jeune femme se redressa, elle avait vu quelque chose bouger dans les arbres. Là, plus aucun doute n'était permis.
— A couvert, on nous attaque !
A peine eut-elle le temps de crier ces mots qu'une pluie de flèches s'abattit sur le convoi, faisant déjà de nombreuses victimes, dont le cocher.
Yiris avait cloué Alexandre au sol et se tenait au-dessus de lui de façon à le protéger. Les salves de flèches s'enchaînèrent, tandis que la brume se faisait de plus en plus épaisse.
Toujours dans la nacelle, particulièrement exposée et d'ailleurs déjà criblée de projectiles, Yiris devait prendre une décision.
Il fallait reconnaître que son plan avait échoué, cependant, il était encore temps de sauver des vies.
— Sonnez la retraite ! Hurla-t-elle.
Une corne de brume lui fit brièvement écho. Yiris eut regard vers le soldat qui l'utilisait et vit un carreau empenné de noir sortir de l'orbite gauche de l'homme.
Le signal avait été entendu et les soldats commencèrent à courir dans tous les sens, abandonnant le chargement.
Profitant du désordre qui avait arrêté le ballet morbide des flèches, Yiris dit à Alexandre de sauter hors de la nacelle. Ce dernier s'exécuta.
A terre, la générale réfléchit quelques secondes, puis prit son protégé par le bras.
— Maintenant, tu me suis, tu cours et tu ne t'arrêtes pas !
Alexandre n'eut le temps de rien dire. Yiris l'entraînait à travers la forêt, aussi vite qu'elle pouvait…
La respiration haletante, elle se retournait de temps en temps et finit par constater avec inquiétude qu'ils étaient suivis par un groupe d'hommes sautant d'arbres en arbres derrière eux.
— Et merde, ça n'a pas l'air d'être des amateurs !
— Comment ça ? Demanda Alexandre, essoufflé.
— Ben, ils…
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase, Alexandre venait de trébucher et il fallut beaucoup d'efforts à Yiris pour l'empêcher de tomber.
La générale allait lui crier dessus quand elle comprit qu'en réalité, il venait d'être touché par un carreau d'arbalète à l'épaule gauche, heureusement, très haut, juste sous la clavicule.
A première vue, elle estima qu'il n'y avait pas trop de dégâts, mais il ne faisait maintenant plus de doute que leur course ne durerait plus très longtemps.
Alexandre finit par s'effondrer. Malgré tout, elle aida le jeune homme à se relever et lui ordonna de continuer.
— Si tu n'avances pas, t'es mort ! Alors, essaie de penser à ta survie, concentre-toi sur ça. Il faut oublier que tu as mal, sinon, tu n'auras effectivement bientôt plus de douleurs, et ce pour toujours !
Difficilement, Alexandre inclina la tête pour dire qu'il avait compris. Tant bien que mal, Yiris, gênée par sa petite taille, essayait de le soutenir. Malheureusement, ils n'avançaient pas assez vite et allaient bientôt être rattrapés.
Il fallait se rendre à l'évidence, il faudrait se battre...
Bientôt de petits reflets commencèrent à apparaître entre les troncs.
— Le grand lac de l'ouest ! S'exclama Yiris. Cette fois, on n'ira pas plus loin.
Avec l'énergie du désespoir, elle continua, voyant bien qu'Alexandre commençait à ne plus pouvoir marcher. Elle avait visiblement sous-estimé sa blessure et celui-ci avait déjà perdu beaucoup de sang.
Quelques pas encore, ils atteignirent les rives du lac. Yiris remarqua tout de suite une petite presqu'île avec un arbre et se dirigea vers elle.
Doucement, elle assit Alexandre contre l'arbre, puis brisa les extrémités du carreau, sans toutefois oser le retirer au cas où il aurait touché une artère.
Puis elle dégagea sa ceinture de toile de sous son armure et tenta de nouer celle-ci en bandage de fortune. Alexandre était au bord de l'évanouissement, elle lui donna une petite tape sur la joue.
— Hé ! Surtout tu ne dors pas ! Quand on est blessé comme ça, dormir, c'est mourir ! Compris ?
Prenant sur lui, le jeune homme lui répondit d'un léger sourire. Il n'avait plus de forces et luttait pour ne pas se laisser aller.
Se retournant brièvement, Yiris constata que les assaillants, une quinzaine, s'étaient alignés le long de la rive, à quelques mètres d'elle, comme s'ils attendaient.
Plus le choix, une contre quinze. La jeune femme respira profondément. Elle regarda le fourreau qu'elle possédait et se décida à le détacher et le confier à Alexandre.
— Pour toi ! On ne sait jamais, ça peut servir !
— Oui, mais, dit-il d'une voix faible, ce n'est pas plutôt vous qui allez en avoir besoin ?
— Sache, pour ta gouverne, que je n'utilise jamais d'épée !
— Alors pourquoi vous en avez une ?
— Pour ne pas oublier de la rendre à son propriétaire. D'ailleurs, je crois que j'ai déjà trop tardé…
Sur ces mots qui laissèrent Alexandre perplexe, elle se leva, son bâton à la main, et marcha en direction des assaillants.
Ils étaient tous vêtus de noir et avaient le visage dissimulé, ne laissant transparaitre que leur regard dur, glacial et déterminé.
Elle constata que chacun avait un petit carquois et une petite arbalète, beaucoup moins encombrante qu'un arc mais plus puissant et précis. Ils portaient aussi deux couteaux à lame courbe fixés à la taille.
A cela s'ajoutait un nombre impressionnant de couteaux de lances dont une seconde lame faisait office de poignée. Pas de doute, il s'agissait d'une armée d'assassins, particulièrement bien équipée et entraînée.
La jeune femme prit vite conscience que la partie était mal engagée. A un contre un, seul Van était plus fort qu'elle, et son frère, lui, résistait. Elle avait aussi déjà gagné contre cinq épéistes. Cette fois, la situation dépassait largement ses capacités.
Pourtant, elle allait bien devoir les affronter.
A son grand étonnement, un des hommes se détacha du groupe et se mit à lui parler d'une voix glaciale.
— Tu n'es pas notre objectif. Si tu acceptes de mourir maintenant, ta mort sera douce et digne. Si tu résistes, tu périras aussi, mais dans d'atroces souffrances.
— Bah, voyez-vous, répondit Yiris sur un ton cynique, cela ne sera pas possible ! Parce que d'abord, je n'ai pas envie de mourir. Aussi, j'ai fait le serment de protéger l'homme derrière moi. Et franchement, où voyez-vous de la dignité dans la lâcheté ?
Je ne suis pas comme vous, moi j'ose affronter mon adversaire en face et non en me cachant pour balancer carreau sur carreau.
Celui qui semblait être le chef s'éloigna dans un rire glacial, empli de cruauté.
— Tu ne réussiras pas à nous énerver, femme. Je t'aime bien, cela dit, nous devons tuer ton petit protégé et toi avec.
— Pourquoi lui en particulier ?
— Les morts n'ont pas besoin de réponses.
L'homme inclina la tête, c'était le signal. Les assassins sortirent tous leurs lames courbes et s'élancèrent vers la générale, qui n'eut qu'un quart de seconde pour anticiper.
Le premier assaut fut extrêmement violent. Yiris réussit plusieurs esquives et répliqua avec précision. Cependant, avec son armure, ses mouvements étaient trop lents.
L'assaut cessa lorsqu'elle réussit enfin à mettre un de ses adversaires à terre grâce à un coup sur la tempe qui laissa l'homme inconscient.
— Putain, ils sont rapides et efficaces, se dit-elle. Il va falloir puiser dans mes réserves si je veux avoir une chance de survivre… Ils utilisent une stratégie par vagues. Cela me laisse un peu de temps pour récupérer, mais surtout, ça leur laisse le temps de se préparer à la prochaine attaque en fonction des dégâts infligés. Si je garde cette fichue armure, je vais me fatiguer plus vite à cause de son poids et, de plus, elle me ralentit trop pour pouvoir me défendre correctement. Tant pis pour la protection, je ne peux pas juste encaisser les coups.
Après quelques secondes de réflexion, elle défit ladite armure à la hâte. Elle était maintenant juste en pantalon et débardeur noirs pour affronter ses adversaires.
Histoire d'être encore plus à l'aise, elle retira aussi ses bottes.
Un vrai suicide…
— Tu aimes te battre avec légèreté ! Remarqua le chef des ennemis, amusé.
— En effet, c'est plus pratique pour bouger ! S'amusa Yiris avant de se mettre en position de combat.
Le deuxième assaut commença aussitôt. Enfin débarrassée de son fardeau, Yiris s'avéra un adversaire beaucoup plus redoutable, ce qui prit au dépourvu les assaillants qui perdirent encore trois des leurs avant de rompre l'affrontement.
L'efficacité de la jeune femme étonna le chef de la troupe, il renvoya ses hommes valides sans attendre.
Troisième assaut, cette fois, plus d'effet de surprise et le combat se prolongea quelques instants. Yiris réussit à éviter plusieurs attaques mortelles et riposta toujours avec la même précision.
Cependant, elle arborait dorénavant une belle entaille au flanc et du sang coulait à la commissure de ses lèvres.
Deux affrontements s'écoulèrent encore, Yiris résista, mais de plus en plus de blessures venaient couvrir son corps. Sentant la victoire proche, les assassins ne lui avaient laissé presque aucun moment de répit.
Ils n'étaient plus que sept contre elle. La générale avait été très efficace, même si, désormais, elle tenait à peine debout.
Sa tenue noire était maintenant détrempée par le sang, ce qui lui donnait d'étranges reflets rougeoyants.
Alexandre observait la scène avec inquiétude. Voyant qu'elle reprenait difficilement son souffle, Il était conscient qu'elle ne tiendrait plus très longtemps.
Voulant l'aider, il sortit l'épée de son fourreau et constata avec surprise qu'il en manquait un bout. Malgré de grands efforts, impossible de se lever. Il ne pouvait qu'être le spectateur de ce combat disproportionné.
La résistance de la jeune femme avait au départ plu au chef ennemi. Il avait toujours préféré quand sa proie se défendait.
Cela dit, l'hécatombe dans ses rangs lui inspirait maintenant un profond agacement.
— Ce combat n'a que trop duré ! dit-il sèchement. J'offre comme récompense à celui qui mettra cette femme au sol le droit de disposer de son corps comme bon lui semble.
Yiris trembla brièvement. Un mauvais souvenir traversa son esprit, tandis que les soldats ennemis s'était mis à parler entre eux, commentant avec intérêt la possibilité de donner « une bonne leçon virile » à une femme générale.
Encore quelques secondes de calme, ils s'élancèrent à nouveau sur elle. Puisant une nouvelle fois dans ses forces, elle résista encore mais ne réussit pas à mettre un autre adversaire à terre.
Quand, enfin, ils la laissèrent, elle vomit du sang.
— Yiris ! Cria Alexandre avec son peu de forces restantes.
Un pauvre petit sourire sur les lèvres, elle se tourna vers lui, le visage en partie caché par ses cheveux blonds maculés de sang.
Puis, debout, envers et contre tout, elle s'adressa à ses adversaires d'une voix chevrotante.
— Je vais devoir… faire… quelque chose qui me répugne… A mon grand regret, je ne peux vous tuer… Malgré cela… je peux vous donner… une bonne leçon… C'est juste la méthode à employer qui… me déplaît… Je n'aime pas faire ça…
— Je suis impatient de voir ta botte secrète ! S'exclama le chef ennemi sur ton moqueur qui fit rire ses hommes.
Yiris ne répondit pas. Elle se redressa, tenant toujours fermement son bâton, ferma les yeux et inspira profondément. Etrangement à ce moment-là, la pluie se mit à tomber, lavant les traces de sang sur son corps mutilé.
C'est alors que celui-ci se couvrit d'étranges lignes colorées, comme des tatouages. Certaines blessures superficielles se refermèrent spontanément, comme par magie.
A cette vue, Alexandre et les ennemis furent tous stupéfaits.
— Tu es une fausse-personne, c'est ça ? Osa le commandant des assaillants, déstabilisé. Il y avait bien une rumeur à ce sujet, cependant…
Le visage la jeune femme prit une expression de cauchemar, accompagnée d'un petit rire mesquin.
— Pas tout à fait… Mais ceci n'est qu'un détail…
Yiris, puis ce fut elle qui se jeta sur les guerriers encore valides. Alexandre regarda le combat, bouche bée.
La scène était irréaliste, elle bougeait aussi vite qu'une tornade, esquivant et frappant dans un même mouvement.
A aucun moment, elle n'eut les deux pieds au sol en même temps. Elle évita un coup à la gorge du chef des assassins tout en pivotant pour frapper ment le genou de l'assaillant qui s'apprêtait à la décapiter.
Un craquement sinistre retentit informant Yiris que la rotule de l'homme venait de céder.
C'est à cet instant-là que commença ce qu'Alexandre décrivit comme une danse.
Le combat s'accéléra encore, maintenant, la jeune femme se faufilait entre ses assaillants tout en continuant à les blesser.
Un second homme tomba, suivi très vite d'un troisième. Un autre attaqua avec violence, la jeune femme esquiva aisément et son agresseur tranchât l'aine d'un de ses camarades qui s'effondra en hurlant alors que sa vie s'achevait au rythme des battements de son cœur.
Le combat cessa aussitôt.
Le chef des assassins était visiblement désemparé face à ce qui venait de se passer.
Une décision s'imposait et elle était difficile à prendre. Le commandant se trouvait face à un imprévu de taille.
Les fausses-personnes possédaient une puissance importante, variable suivant les individus.
Là, son adversaire semblait figurer parmi les plus forts.
Il observa ce qui restait de ses troupes : un tiers d'inconscients, un tiers de blessés qui tenaient encore debout mais qui ne pouvaient plus se battre, un tiers de valide… et un mort.
La défaite était là, il fallait la reconnaître.
S'ils continuaient le combat, ils pouvaient tous être mis hors d'état et être faits prisonniers, ce qui était hors de question.
Le nombre de valides permettaient d'évacuer les blessés et non d'avoir à les abandonner en les égorgeant pour éviter qu'ils ne parlent puis de brûler leurs corps afin de ne pas risquer de laisser des indices.
Dans un soupir, il s'adressa à son vainqueur.
— Tu as gagné, soit ! Sache, quoique tu en penses, que mon récit sera pris au sérieux, on sait que je ne suis pas un affabulateur. La prochaine fois, nous t'opposerons des combattants à ta mesure !
Sur ce, il fit signe à ses hommes de quitter les lieux. Ceux qui tenaient debout ramassèrent les blessés graves ainsi que le cadavre de leur camarade et soutinrent les moins atteints.
En quelques secondes, plus personne…
Alexandre constata que Yiris, restée immobile avec son bâton, commençait à flancher. Soudain, le visage de la jeune femme se déforma. Il devient celui d'un loup et levant la tête, elle hurla à la mort.
Quelque part, un œil jaune s'ouvrit, on l'avait entendu.
Après cet appel, elle reprit son apparence normale, puis se tourna vers Alexandre, toujours souriante.
De sa main gauche, elle attrapa une petite bourse de tissu dissimulée dans son corsage et murmura au jeune homme.
— Pour toi !
Et elle s'effondra, bientôt entourée d'une auréole sanglante.
Voyant cela, Alexandre prit sur lui et, dans un ultime recours à ses forces, se leva, utilisant l'épée pour s'appuyer. Difficilement, il fit les quelques pas qui le séparaient de Yiris.
La pluie tombait toujours, le sol était déjà détrempé. Il progressa péniblement mais finit par s'agenouiller sur la boue auprès de la blessée.
Il lui caressa le visage, lui tapota les joues, rien à faire, elle était inconsciente et ses suppliques n'y changeraient rien.
Il voulait crier pour appeler à l'aide. Cependant il avait trop peur d'être entendu par des ennemis et de les ramener directement à eux.
Il essaya de se lever pour aller chercher du secours mais comprit que c'était impossible. Il lui avait déjà fallu plusieurs minutes pour parcourir quelques malheureux mètres…
Désespéré, transi par la pluie, ignorant quoi faire, il repensa à la petite bourse de tissu. Doucement, il desserra la main gauche de la jeune femme pour la prendre.
Il l'ouvrit.
A l'intérieur, il y avait une pointe de lame, couverte de sang séché. Instinctivement, il prit l'épée qui lui avait été confiée et rapprocha les morceaux.
A l'instant où les deux bouts se rejoignirent, formant un assemblage, parfait, le sang qui était dessus redevint liquide, et une goutte coula sur la main d'Alexandre.
Le contact figea le jeune homme. Son esprit s'emplit d'un tourbillon d'images, des années de souvenirs l'assaillaient.
Incapable de gérer cela, il s'effondra à son tour.
