Chapitre VIII
« Nous voici à Tardor, l'île automnale de mon enfance ! M'écriai-je gaiement, écartant les bras d'un geste théâtral. »
Je me retournai vers Artyom, tout sourire et lui saisit la main, la pressant fortement dans la mienne. Il baissa les yeux sur moi, me rendant mon sourire au centuple, alors qu'il m'attirait à lui. Pivotant sur moi-même, je collai mon dos contre son torse mince, posant mes paumes sur ses bras enroulés autour de mon cou dans un geste tendre. Il pressa sa joue contre mon oreille, et y déposa un baisé sur le sommet, m'électrisant toute la colonne vertébrale. Mes pensées divaguèrent à notre nuit torride où nous n'avions pas cessé de faire l'amour.
« C'est très beau, affirma-t-il dans un murmure rompant mes réflexions, tu as eue une excellente idée en nous amenant ici.
– Aucuns regrets ? M'entendis-je lui demander la peur dans la voix.
– Aucun, Léna. »
Léna était assise dans l'herbe, contemplant la mer miroitante, s'étendant à perte de vue. Un doux frôlement la parcourut, des lèvres chaudes embrassaient sa nuque avec avidité, lui procurant un long et délicieux frisson. Les yeux clos, elle savourait ce touché si suave. Les rouvrant, elle se retourna, tombant nez à nez face à Artyom, la couvant du regard. Son coeur fit un bon dans sa poitrine, partagée entre crainte et désir, elle hésita un court instant, puis se jeta dans les bras de son compagnon, l'embrassant à en perdre haleine comme si sa vie en dépendait. Leurs dents s'entrechoquèrent, la passion et la joie de le retrouver et de sentir ses bras la maintenir fermement contre lui la faisait planer d'ivresse.
Après quelques secondes, elle dut s'éloigner de lui, prenant son visage en coupe pour l'attirer à elle, déposant un baiser rapide sur celles de son amant. Léna sentait son cœur battre à tout rompre contre sa cage thoracique avec une force telle qu'elle devait respirer profondément pour qu'il ne fracture pas ses côtes. Elle caressa le visage d'Artyom avec révérence, de peur qu'il s'évanouisse devant elle; pour rien au monde elle ne le lâcherait. Le plaisir de le revoir était intense et douloureux au point qu'elle en pleura.
Son compagnon souriait tendrement et lui redressa le visage, l'index et le pouce sous son menton en la contemplant avec compassion.
– Tu es belle, Léna, affirma-t-il de sa voix tendre.
– D-dis pas de bêtises, hoqueta-t-elle en s'essuyant le nez.
Il sourit franchement, plaquant un baiser sur ses lèvres. Léna ferma instantanément les yeux, savourant leur contact sucré. La sensation humide qu'elle éprouvait lorsqu'ils s'embrassaient disparut peu à peu, laissant place à une texture râpeuse et sèche. Ouvrant les yeux, elle recula brutalement en hurlant. Le corps d'Artyom noirci par les flammes se tenait en face d'elle, ses yeux bruns la fixant avec la même douceur que de son vivant. Plaquant ses mains sur sa bouche, elle retint un gémissement de douleur et d'horreur, refusant d'y croire. Sa peau était carbonisée à plusieurs endroits, il n'avait plus de cheveux et d'autres parties étaient à vif, dévoilant muscles et tendons encore actifs. Les larmes dévalaient sur ses joues, s'écrasant contre sa poitrine se relevant par à-coup paniqué. La peur la paralysait sur place. Ses muscles étaient tétanisés par cette scène innommable, et elle était happée par les yeux d'Artyom, bien trop vivants et vifs à son goût.
– Il est temps, Léna.
La jeune femme écarquilla les yeux et le temps d'un battement de cil, Artyom disparut en une gerbe d'étincelles rougeoyantes et crépitantes, laissant place à un autre homme : Ace. Trop effarée par cette scène, Léna ne réagit pas alors qu'il passait sa main large derrière sa nuque en un geste protecteur. Il se pencha vers elle, posant son front contre le sien. Ses prunelles d'obsidiennes la toisaient sereinement, lui transmettant sa chaleur et son assurance. Elle l'avait lui, désormais.
Se redressant brutalement, le cri de Léna resta bloqué dans sa gorge ne produisant qu'un son étouffé et rauque. Tremblotante, elle jeta un coup d'œil aux alentours obscurs : elle était sur le bateau, le clapotis des vagues sur la coque et leur balancement la rassurèrent. Plongeant une main dans ses cheveux humides, Léna cherchait encore sa respiration en se maudissant : elle était de garde cette nuit et elle s'était encore assoupie comme une gamine ! Elle se redressa sur ses jambes tremblantes, puis partie en direction de la cuisine dont la porte émit un grincement familier. Mais pas assez fort pour réveiller le pirate plus bas, elle le savait. Elle alluma la petite pièce exiguë contenant une table ronde et deux chaises. Elle se dirigea vers l'évier où elle fit couler l'eau et s'en aspergea le visage.
– Secoue-toi ma grande. Ce n'était qu'un rêve.
Tout du moins, elle voulait s'en persuader. Mais Léna savait que dans ce genre de situation, on avait beau se répéter que ce n'était pas réel, le cauchemar rôdait toujours à la frontière de notre conscience et nous empêchait de nous rendormir, quoiqu'on fasse.
– Alors, ta garde c'est bien passée ? S'enquit Ace en entrant dans la cuisine.
– Très bien, mentit Léna mastiquant un restant de tarte plus très fraîche. Tu as bien dormi ?
– Comme un loir ! Qu'est-ce qui reste ?
– Pas grand chose, avoua-t-elle en avisant le peu qu'elle avait mit sur table, j'espère que l'on trouvera rapidement une île habitée, cette fois-ci.
– Je pourrais faire un tour avec le Striker.
Elle buta sur ce mot.
– Tu parles de ta planche de surf revisité... ?
– Ouais, je l'ai mise à la cale avant notre départ de Tardor.
Haussant les sourcils, surprise, Léna se dit qu'elle devrait plus souvent jeter un coup d'œil à la cale. Voir, même y installer son matériel de tatouage. À condition que tout soit impeccable. Ou bien l'installer dans la cuisine. C'était la pièce la plus propre du navire. Elle garda cette idée sous clé et n'en parlera pas au pirate tant qu'elle n'y aurait pas d'avantage réfléchis.
– Ouais, c'est une idée. Tu penses rester loin du navire longtemps ?
Ace prit quelques instants avant de lui répondre, ses sourcils se touchant presque, les yeux fixant un point invisible. Il finit par secouer la tête en signe de dénégation.
– Pas plus d'une heure ou deux.
– Ok. Enfin, je veux pas paraître pour une couarde, mais c'est nécessaire? J'veux dire, ça tombe, on y est dans deux- trois jours, voir quelques heures.
– C'est une possibilité. Mais on ne perd rien à se que j'y aille.
Léna maugréa vaguement quelque chose et hocha la tête. Ace ne savait pas ce qu'il lui passait par la tête, lui-même n'avait pas envie de partir, de peur qu'il arrive quelque chose à la jeune femme. Après tout, il s'en était porté garant. Il était de son devoir de la protéger et de veiller sur elle. Or, tout pouvait se produire en une heure. Malgré cela, Léna était désormais détentrice d'un fruit du démon, bien que celui-ci n'ait pas décidé de se montrer. Toutefois, s'ils venaient à ne pas accoster une île d'ici peu, la jeune femme risquait de mourir de faim. Sachant que le Striker pouvait se déplacer rapidement, il estimerait plus facilement la durée du trajet. Il veillerait à ne pas rester trop loin.
La silhouette d'Ace disparaissait au loin, son Striker scindant la mer à une vitesse folle. Les flammes que cet engin crachait lui firent une peur bleue. Ne sachant trop quoi faire pendant l'absence d'Ace, Léna contempla dubitativement le bout de papier blanc que le pirate lui avait laissé. Elle avait poussée une exclamation de surprise en le voyant bouger dans sa paume animé d'une vie propre. Elle ne connaissait absolument pas les vivre card juste avant cela. Le petit bout de papier se dirigeait dans la direction d'Ace. Grâce à cela, elle pouvait garder le cap sur lui. En revanche, elle ne savait pas comment il reviendrait. Cette petite question silencieuse, lui noua la gorge, alors que ses yeux parcouraient l'immensité de l'océan autour d'elle. De l'eau à perte de vue, rien que cela. Elle se sentit misérablement minuscule, un grain de poussière dans l'univers. Surtout lorsqu'un monstre marin pointa son échine verdâtre au loin, replongeant lentement, créant une multitudes d'ondes à la surface de l'eau. Poussant un gémissement, elle pria pour que le mastodonte reste le plus loin possible d'elle.
Les minutes s'écoulèrent sans qu'il ne réapparaisse, calmant légèrement la jeune femme. Un calme de courte durée, cela dit. Du coin de l'œil, elle repéra un navire pirate, arborant leur couleur sur la grand voile. Levant le visage au ciel, les épaules voûtées elle pesta contre sa bonne étoile de l'abandonner dans un moment pareil. À l'allure où il allait, il arriverait vite à sa hauteur et à cette idée, elle se rua dans la cuisine à la recherche d'un couteau. Cela ne servirait pas à grand chose, elle le savait pertinemment, mais au moins, elle pourrait peut-être espérer en lacérer un ou deux. Avant de se faire découper en rondelles par eux.
Que devait-elle faire, désormais ? Les attendre de pied ferme ? Ou faire comme si elle ne les avait pas vue ? Elle balaya la deuxième options leur navire était un sept mats, il se voyait de loin. Carrant les épaules et prenant une grande inspiration, elle s'assit nonchalamment sur les marches de l'escalier. Prenant appuis sur la pointe de son pied droit, elle commença à faire aller nerveusement de bas en haut sa jambe, se mangeant la lèvre inférieure au même rythme effréné de son cœur.
Cinq minutes plus tard, les pirates l'accostèrent, riant à gorge déployée. Ils mettaient leurs armes bien à vu afin de lui faire peur, et c'était avec une pointe de sarcasme qu'une petite voix murmura dans son esprit qu'ils n'avaient pas besoin d'exposer leurs joujoux pour lui faire peur. Déglutissant péniblement, elle inspira lentement, profondément pour se calmer. Un homme qu'elle jugea être le capitaine vu la taille démesurée de son chapeau l'interpella de sa voix grasse et désagréable.
– Qu'avons nous-là, mes amis ? Se moqua le capitaine en désignant Léna du menton, une jeune fille perdue en pleine mer, si ce n'est pas beau !
– Je ne suis pas perdue, cher monsieur, répliqua-t-elle posément d'une inflexion légèrement hautaine, j'attends mon camarade.
– Ah ? Et où est-il ton cher ami ?
Il avait répliqué sur le même ton qu'elle, appuyant sur le « où », la faisant légèrement tiquer. Ses méninges tournaient à plein régime, sondant chaque hommes minutieusement. Son attention fut attirée par les tatouages qu'arboraient les pirates. Elle se retint de ne pas sourire à pleines dents et d'exercer une petite danse, lentement elle se releva d'une démarche qui se voulait décontractée et naturelle. Courbant doucement ses lèvres d'un sourire aimable elle s'avança jusqu'au garde-corps du bateau prenant soin que sa voix ne soit pas froide.
– Une petite retouche vous tente ?
– Hn ? De quoi tu parles ?
– De vos tatouages. Ils ont pas mal ternis à force d'être exposés au soleil.
Des exclamations surprises s'élevèrent de l'équipage pirates, les hommes s'échangeaient des regards ravis ou méfiant, toutefois, ils la toisaient avec plus d'attention. En attendant, Léna ne se départagea pas de son expression, dissimulant du mieux qu'elle le put ses grandes inspirations paniquées. Son cœur tambourinait avec force à ses tempes et semblait prêt à jaillir de sa cage thoracique afin de prendre le large. Le calme revint suite à un ordre savamment beuglé du capitaine du navire, - la faisant sursauter - dardant sur elle un regard méfiant.
– Je suppose que tu voudras quelque chose en échange... commença-t-il d'une voix menaçante.
– Vous devinez bien. Même si je vous demanderez de la nourriture plutôt que de l'or.
Son ton garda un minimum d'amabilité pour ne pas froisser le pirate. À moitié étonné, il haussa un sourcil, souriant en coin.
– De la bouffe ? Qu'est-ce qui te fais croire qu'on va accepter ?
– Rien.
Le pirate s'esclaffa bruyamment.
– Exactement ! Rien ! Que comptes-tu donc faire ?!
– Eh bien, pas grand chose jusqu'à ce que mon ami revienne, soupira-t-elle théâtralement, il sera sans doute très...
Elle laissa sa phrase en suspend, afin d'y mettre plus de poids.
– Mécontent.
– Et qu'est-ce que ça peut nous faire ?
– Votre équipage risque dans prendre un coup cher monsieur. Mon ami en question se trouve être le commandant de la seconde flotte de Barbe Blanche.
L'île ne lui était apparue qu'une bonne heure plus tard, et bien que cela le rassura, un mauvais pressentiment lui étreignait les entrailles comme un nid de vipères se tordant dans tout les sens. Mû par son instinct, il fit rebrousser chemin à son striker dans un mouvement serré. En théorie il ne devrait pas la retrouver elle n'avait pas de vivre card. Il lui avait laissé un petit bout pour la guider jusqu'à lui. En espérant que tout irait bien pour elle. L'idée qu'elle soit seule livrée à elle-même le mettait dans tout ses états intérieurement. Ce n'était pas des sentiments qu'il avait l'habitude d'éprouver, et cela lui fit peur. Ce besoin impérieux de la protéger de tout malheurs et de lui-même était pressant. Sans doute devra-t-il prendre ses distances avec elle lorsqu'elle irait mieux. Il ne se voilait pas la face: cela prendrait longtemps avant que cela n'arrive. Mais pour l'instant, il devait lui redonner goût à...
– À la vie.
Cette phrase dite à haute voix lui laissa un arrière goût amer dans la bouche, comme un médicament infâme qu'il serait incapable d'avaler. Comment apprendre cela à quelqu'un alors que lui-même ne tenait pas à la sienne ? C'était ahurissant.
Le temps s'écoula trop lentement au goût du pirate. Toutes sortes de mauvaises pensées lui traversèrent l'esprit lui dressant les poils de l'échine et assombrit son moral déjà bas. Il aurait dû lui laisser un escargophone, au moins quelque chose pour qu'elle puisse le joindre en cas de problème. Scrutant l'horizon, la silhouette d'un navire se dessinait au loin, massive. La pression qu'il éprouvait au creux de son ventre s'accentua, les scénarios tous aussi lugubres les uns que les autres défilaient dans son esprit. Il visa son chapeau sur son crâne, laissant sa main dessus. Son pouvoir coula dans ses jambes avec violence, perdant toute tangibilité.
À peine arrivé près du Clipper,- le bateau à sept mats - il le détourna, son sang ne faisant qu'un tour dans ses veines. Sa crainte se confirma. Pestant contre lui-même, Ace bondit sur la petite embarcation, ne se souciant guère du striker. Il héla Léna, essayant de contenir le stress bouillonnant en lui. Des éclats de voix lui parvinrent ainsi que des rires rauques. Sourcils froncés, il dévala les marches menant à la cale, des pulsions meurtrières battant en échos avec son cœur. Au pied de l'escalier, c'est avec stupeur qu'il découvrit les pirates agglutinés autour de Léna en... admiration ? Et était-ce le bruit de sa machine qui ronronnait ? Il s'emmêla les pieds sous l'étonnement et manqua de trébucher. Des têtes se tournèrent vers lui, attirées par le bruit, suivit d'exclamations étonnées. Celle de Léna se tourna vers lui, son sourire accueillant lui faisant l'effet d'un baume apaisant. La peur qu'il ressentait chuta drastiquement, lui arrachant un sourire en coin.
– Ace ! Tu es enfin de retour.
– Oui. Je vois que tu en as profité pour te faire de nouveaux amis, constata Ace lançant un regard circulaire autour de lui.
Elle lui décocha un sourire empreint de bonheur et se remit au travail.
C'est heureux que les pirates de Billy le Bleu repartirent les bras fraîchement tatoués, saluant vigoureusement la petite embarcation. Ace s'amusa de cette image incongrue, une pointe de fierté lui perçant le cœur à la vue de la jeune femme faisant claquer ses gants tachés d'encres. Ses yeux brillaient d'émotions, sa bouche courbée en une moue de satisfaction due au travail. Son visage était rouge, couvert de quelques éclaboussures. C'était une expression qu'il appréciait chez elle, la preuve qu'il pouvait l'aider lui redonna confiance. La preuve que lui aussi, pourrait guérir un jour, tout du moins, il l'espérait. Personne comme lui ne méritait de vivre, Léna, si.
Elle souffla bruyamment, remettant une mèche châtain derrière son oreille percée. Il ne put s'empêcher de s'attarder sur ses joues rondes lui donnant un air mutin. D'une ossature large, elle n'était pas comme la plupart des femmes qu'il avait croisé. Pas de maquillages, aucuns artefacts inutiles ou indispensables dont elle ne voulait pas se séparer. Il n'y avait que son matériel qu'elle laissait soigneusement à l'abri dans le navire, et son sac-à-dos. Le claquement de sa malle le tira de sa contemplation, clignant des yeux, il se détourna d'elle, s'en allant attacher son striker. Il ne fallut que quelques secondes à Léna pour le rejoindre, impatiente de lui narrer son exploit. Sans la regarder, il l'écouta attentivement, décelant une fierté difficilement contenue dans sa voix habituellement froide. Il sourit doucement, les paupières lourdes. La voix de Léna le calmait, la fatigue pointant derrière ses globes avec insistance. Il la vit agiter les bras tout en racontant.
Les pas de Léna s'éloignèrent en trottinant, attirant son attention. Fronçant légèrement les sourcils, il la regarda disparaître au coin de la cuisine pendant quelques secondes avant de revenir, traînant un sac de tulle sur le point de se rompre sur le pont. Une main sur la hanche, elle releva le menton, fière.
– Regarde-moi ça ! s'enorgueillit-t-elle, se fendant d'un sourire sans dents, ils m'ont refourgué la moitié de leurs victuailles dès que j'ai prononcé ton nom !
– Tu leur as dit mon nom ? S'étonna Ace sourcils haussés, c'était risqué.
Cela le remua. Était-ce une bonne ou une mauvaise chose ?
– Entre des pirates doués de « raison » et un monstre marin, mon choix était vite fait.
Son ton se voulait désinvolte.
– Et tu t'en es tiré à merveille, la complimenta Ace, sincère.
Les épaules de Léna se détendirent légèrement, sa poitrine se soulevant lentement. Ace aurait jurer la voir rougir, or, elle détourna le visage rapidement, un sourire en coin courbant ses fines lèvres. Ce sourire renforça sa détermination envers elle à la guérir. Qu'importe qu'elle le voit comme son pire cauchemar, il l'aiderait.
Quoi qu'il advienne de lui.
Pour l'heure, ils devaient reprendre l'entraînement.
Un glapissement de douleur échappa à Léna, tombant lourdement sur le sol. L'entraînement avait reprit peu de temps après que les pirates soient partit, et Ace n'y allait pas de main morte, bien qu'elle ne douta pas qu'il se contenait. Grimaçant de douleur, elle se releva, massant son épaule endolorie avec soin. La morsure n'était plus qu'une ecchymose oscillant entre le pourpre et le jaunâtre, passant par différentes strates de douleur. À peine baissa-t-elle sa garde qu'Ace fondit sur elle, son poing brandit dans sa direction. L'uppercut l'atteignit violemment au menton, lui faisant voir trente-six chandelles. Aussi tôt, il enchaîna, lui laissant à peine le temps de reprendre ses esprits. Chancelante, elle esquiva les assauts d'Ace, se tordant dans la mesure du possible afin de ne pas encaisser les coups qui l'atteignirent deux fois sur trois.
Il ne laissait aucune ouverture, agissait trop rapidement pour qu'elle suive la cadence. Tout ça à cause de son foutu bras! Grinçant des dents, elle tenta de ne plus y songer, parant de l'avant-bras le poing d'Ace. Elle dévia l'action du pirate d'à peine un millimètre, le choc se déversant sourdement jusque dans son épaule meurtrie. Un cri se logea dans sa gorge, ses mâchoires trop serrées pour le laisser passer. L'élancement lui fit l'effet d'un violent électrochoc, réanimant une part éteinte d'elle-même. Elle sentit la colère exploser dans son cœur, lui voiler la raison d'un épais voile rouge, la faisant prendre conscience de son état d'âme.
Elle haïssait ce qu'elle était devenue, elle haïssait chaque jour de la vie qu'elle menait, et plus que tout, elle haïssait le brasier qui lui avait arraché Artyom. Et il se tenait en face d'elle. Il était le feu fait de chair et d'os. Elle pouvait le toucher, le blesser et cela fit jaillir cette part de fureur en elle. Se baissant vivement, fauchant les jambes d'Ace dans un cri de rage folle, elle lui asséna une droite dès qu'il eut esquivé. Ses articulations rencontrèrent la joue saillante du pirate, fendant son visage d'un sourire mauvais : l'envie de le lacérer et de le cogner de toute ses forces, résonnait dans son être comme une litanie hurlant à la vengeance.
Une deuxième, s'abattit sur le visage d'Ace, se baissa soudainement, cueillant sa jambe à la jonction de son tibia et du pied avant de l'envoyer valser plus loin sur le pont. La terre et le ciel s'inversèrent durant une fraction de seconde avant de reprendre le place initiale, Léna accueillit le heurt avec joie, amortissant la chute en roulant sur le dos. Voyant qu'elle ne s'arrêtait pas, elle planta ses ongles dans le bois, se contre foutant de les briser. Ses jambes se plièrent durement, son corps se tassant sous l'arrêt brutal. Les mains contre le sol, elle racla le plancher de ses phalanges, enfonçant de multiples échardes dedans. Ce n'était que des chatouilles, rien qui ne mérite son attention. Elle darda ses yeux sur l'homme qui se tenait plus loin devant-elle, les bras le long du corps. Ils se jaugeaient du regard, attendant que l'un esquisse le moindre mouvement. L'expression d'Ace était sévère, ses sourcils creusant de profonds plis entre eux mais rien ne laissait transparaître sa prochaine attaque.
Respirant à plein poumon, les muscles de ses jambes se tendirent d'appréhension, attendant avec impatience le prochain assaut du pirate. Celui-ci baissa les yeux sur ses mains alors qu'une odeur âpre lui piqua les narines désagréablement. Instinctivement, elle suivit la même direction que les billes d'Ace, sa respiration se bloquant dans sa trachée : l'air empestait l'acide, le bois s'asséchant sous ses ongles difformes. Non plus des ongles, mais des griffes violâtres suintantes qu'elle porta près de son visage, le souffle coupé.
– Nom de dieu, souffla-t-elle en se laissant choir sur les fesses. Ô Nom de Dieu...
Elle plia et déplia ses articulations, la fascination et l'effroi se renvoyant la balle l'un à l'autre. Un liquide opaque jaune coulait dans ses paumes ouvertes au ciel. Cela ne lui fit rien. Le contact du liquide était chaud sur son épiderme. Elle reporta son attention sur Ace, la bouche entre ouverte, yeux ronds.
– Ace ?
Celui-ci la sonda durant quelques secondes qui lui semblèrent interminable.
– C'est ton fruit du démon.
– Je sais mais (elle s'interrompit, déglutissant peiniblement) je ne t'ai pas fait mal ?
Les yeux cernés d'Ace s'écarquillèrent, le coin de ses lèvres sursautant, il rejeta la tête en arrière dans un fou rire grave. Elle rit également, plus doucement, sentant ses joues rosirent sous l'effet de la honte. Baissant le visage vers ses genoux soudainement plus intéressant, elle avisa ses ongles se rétracter et rapetisser, reprenant leur teinte originelle. Le retour à la normal produisit un étirement sous sa peau, tel de petites crampes insidieuses difficile à chasser. Elle secoua vigoureusement ses doigts afin de faire partir cette sensation désagréable, éjectant par la même occasion les gouttelettes acides au loin. Dès qu'elle reporta son attention dessus, ses ongles étaient redevenus normaux, son attention se focalisa sur Ace qui s'était rapproché d'elle. Il s'accroupit souplement, ses genoux ne produisant aucun son, aucun craquement de protestation. Se tirant de sa réflexion, elle s'empressa de retourner à la contemplation de ses genoux à elle, gênée.
– Je ne sais absolument pas comment ça marche.
– Quels ont étaient tes émotions où tes pensées durant l'entraînement ?
Léna se mordit la lèvre inférieure. Les derniers mots d'Ace étaient implicites : ce n'était pas un entraînement, mais un combat dont elle avait ouvert les hostilités sous l'effet de la colère.
– La colère. La rage.
Et un dégoût incommensurable envers sa propre vie et le pouvoir d'Ace.
– Je ne sais pas, vraiment, murmura-t-elle les épaules prosternées ne voulant pas songer à sa dernière pensée, rien de rien.
Le pirate se contenta d'acquiescer sans mot dire, et pour cela, elle lui en était profondément reconnaissante.
Le crépuscule drapait le ciel d'une multitude de couleurs chatoyantes, dérivant lentement vers des nuances plus sombres et glacées. Les nuages cachaient lentement la voûte céleste de leur imposante présence. Ils avaient finis par accoster l'île qu'ils cherchaient si ardemment. À leur plus grand soulagement, celle-ci était habitée et fourmillante de vie. Fourbue de fatigue, Léna s'était éclipsée en un rien de temps dans la chambre, dormant certainement à poings fermés.
Ace repassa les images de l'après midi comme un film : il ne l'avait jamais vu ainsi, la rage suintant par tout les pores de sa peau l'avait frappé de plein fouet. Et ses yeux, ils ne les oublieraient jamais non plus. Remplis de haine envers lui-même et... envers elle. Une brûlure glacée embrasa ses entrailles et son cœur. Assis sur les escaliers, ses coudes reposaient contre ses genoux, mains jointes. Comment lui en vouloir, sachant quel pouvoir il détenait ?
C'était tout à fait justifié de la part de Léna. Cette force destructrice nichée au fond de son être était la perdition, le malheur de la jeune femme. Elle ne pouvait que porter préjudice à son pouvoir. La brise marine souleva ses mèches noires, faisant ondoyer la ficelle rattachée à son chapeau. On l'avait haïs, maudit pour son ascendance, et désormais, il rebutait à cause de son fruit. Bon sang, pourquoi était-il né ?
Mot de l'auteur: Salut, toi, je suis heureuse que tu sois parvenue à la fin de ce chapitre bourré de fautes . D'ailleurs, je suis entrain de mettre de la mousse à raser sur mon clavier, ça m'apprendra à pas faire gaffe (j'adore mettre de la mousse à raser à mon chéri). Ça bouge pas beaucoup dans ce chapitre, mais il me plaît beaucoup, je suis plus à l'aise dans mon récit, et là, on sent que c'est bien du angst. Un petit aperçu du fruit de Léna, parce que j'aime faire durer le suspens. Aussi, je tiens à m'excuser, j'ai mit beaucoup de temps à écrire ce chapitre, mais il y a eut quelques soucis ces derniers, ce qui fait que je n'avais absolument pas la motivation d'écrire, ni même l'envie. Ah, et comme on le sait tous, c'est bientôt la rentrée, mes loulous, personnellement, c'est le onze septembre et franchement, j'ai hâte. Le boulot sera peut-être plus conséquent, donc, le rythme de parution sera peut-être plus long. Enfin, j'abrège, merci de m'avoir lu, n'hésite pas à me faire part de ton ressenti si tu ne sais pas comment expliquer (car oui, je préfère les commentaires constructifs qui font plus de trois mots). Des bisous, et à la prochaine pour le chapitre neuf de Destinée Incandescente et le deuxième chapitres de la Sorcière Blanche ! ET J'AIME QUAND NIQUE MA PRÉSENTATION !
- Qu'est-ce que tu en as pensé?
- Que penses-tu qu'il arrivera ?
- T'aimes pas quand je te fais languir, hein ?
- Ton ressenti ?
