Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Publié pour la première fois le 10 janvier 2012

Chapitre 16

Un sens à sa vie

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

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Cela faisait maintenant plus d'une heure que Hitomi était assise, le regard vide, dans la salle du Conseil de Fanelia, tandis que dans le même temps, à Irini, Yiris avait les doigts croisés devant son visage, les yeux tout autant dans le vague.

Le face-à-face arrivait à son terme. Il restait une dernière confession que la générale devait faire, après elle finirait sa besogne, mais, au moins, Hitomi comprendrait pourquoi elle avait agi ainsi.

— Ma volonté, reprit Yiris, était de retrouver mon frère, mais aussi de me venger de mon bourreau. En me ramenant près d'Irini, mon Maître m'avait montré la voie, que j'ai suivie.
Un matin, je suis arrivée au village. Des soldats ont voulu m'empêcher de passer, je les ai projetés au loin, comme s'ils avaient eu la légèreté des plumes.
M'ayant vu faire, les gens se massèrent pour observer la suite. D'autres hommes valsèrent de ma main, aucun ne put me résister plus de quelques secondes.
Soudain, une voix étonnée m'interpella par mon prénom. C'était un jeune homme brun, que je reconnus immédiatement, mon frère !
Par la grâce de Dieu, il avait survécu. Il était surpris de me voir, vivante. A cet instant, je me serais bien laissée aller à le serrer dans mes bras, cependant je n'en eu pas le temps, mon ennemi apparut.
Il avait un peu vieilli, mais avait toujours le même air sournois qu'autrefois. Après quelques hésitations, il reconnut en moi la victime dont le corps avait mystérieusement disparu. Mon improbable survie n'eut pas l'air de l'émouvoir.
Alors, je l'ai provoqué en duel, pariant le droit de disposer de ma vie contre sa tribu. La provocation d'une femme le fit d'abord rire.
Cela dit, il avait tellement envie de me faire taire et de m'humilier publiquement qu'il accepta.
Il avait son armure et son épée, je n'avais que mon bâton et mes vêtements de toile noire, et pourtant…
Je l'ai combattu, de toute mes forces. Sa puissance, je la connaissais, mon corps ne pouvait l'oublier. Me souvenant des leçons de mon Maître, je l'ai mis à terre en quelques minutes.
Conformément à ma promesse, je ne pouvais le tuer, mais je devais le neutraliser. J'ai lui ai alors arraché son épée et m'en suis servie pour couper les tendons de la main qui la tenait.
Ainsi mutilé, il n'était plus rien.
Mon exploit me valut la crainte de ses hommes qui n'osèrent s'opposer à moi et me prêtèrent immédiatement serment d'allégeance. Autant je vis la crainte dans leur regard, autant je vis l'horreur dans celui de mon frère, qui avait compris que je n'avais plus rien d'humain.

Yiris dodelina de la tête, pensive…

— Je lui ai d'ailleurs confessé mon crime d'avoir renoncé à ma condition humaine pour survivre le soir même. Il a répondu que je n'étais plus sa sœur et j'ai découvert que même s'il était resté humain, il n'était plus vraiment mon frère non plus.
C'était un alcoolique, un violeur, il prenait du plaisir à voir agoniser les gens… Il était ce que ces hommes avaient fait de lui.
Quand la rumeur de ma prise de pouvoir s'est répandue, les hommes-loups et les hommes-chats des environs sont réapparus.
Ils avaient survécu pendant dix ans refugiés dans des grottes réputées hantées situées à quelques lieux de là. Dans ces cavités où personne n'osait entrer, ils ont rencontré Lekan qui est devenu en quelques sortes leur chef, leur apprenant à vivre cachés comme lui…
Ce dernier est un hybride interdit, enfant d'un homme-loup et d'une humaine, c'est en théorie impossible, et pourtant, il est né… Paria, monstre, il vivait reclus à où nul ne viendrait l'importuner.
Allant au delà des apparences, les fuyards d'Irini se sont raccrochés à lui.
Quand Lekan m'a rencontré, il a compris ce que j'étais, et sans que je ne demande quoique ce soit, il m'a cédé le commandement du village.
Ainsi, je suis devenue le chef de la tribu d'Irini et suis partie vivre dans les grottes, là où la population était le plus en sécurité.
A peine quelques semaines après ma conquête, j'aurais dû aller me présenter au Roi à l'occasion de son couronnement, mais ce ne put être le cas, la capitale flamba…
Alors, les tribus de Fanelia se réunirent et mirent au point un pacte de non-agression précaire et prirent soin de veiller à tour de rôle sur les ruines de la cité.
C'est au cours d'un de ces tours de garde que j'ai rencontré Folken. Son guymelef avait atterri de nuit dans la cité. Je me suis retrouvée face à lui, il était amusé de voir une femme en armure, équipée de son seul bâton…
Nous avons échangé quelques mots sur les épées, instruments tranchants qui tuaient trop facilement à mon sens. Il me répondit qu'elles pouvaient avoir une autre utilité. Pour y réfléchir, il promis de me donner la sienne quand il n'en aurait plus besoin…

Hitomi prit la parole. La suite, elle la connaissait, Van lui en avait parlé…

— Et à sa mort, vous avez récupéré l'épée. Mais en quoi était-elle si importante ?

La générale sourit, elle avait presque atteint son but.

— Le corps et l'âme de Folken ont été séparés suite à sa mort. Comme si quelque chose de l'esprit était inhérent au corps qu'il habite, des bribes de la personnalité et des souvenirs du Prince existent en Alexandre.
Pour rassembler à nouveau l'âme et le corps, il fallait rassembler l'épée qui matérialisait cette scission...

C'est alors que Hitomi vit la scène où Alexandre avait rapproché les morceaux de l'épée et ce qui s'en était suivi : un état de transe qui plongeait son esprit dans les abîmes de sa véritable identité.

— Alexandre est bien Folken, c'est ça ?
— Oui, cependant, il doit exister un dernier blocage, je pense qu'il repose dans le fait que l'âme refuse le corps parce qu'elle croit que le sien existe encore…
— D'où la demande d'ouvrir la tombe ?
— Ce n'est qu'une hypothèse, mais je pense qu'elle est vide…
— Pourquoi vouloir tant résoudre cela ?
— Parce que je pense que cet homme est revenu à la vie dans un but précis, et que donc peut-être ma venue ici avait un sens…
Et si la raison était de garder la mémoire de Folken ? J'en suis arrivée à penser que je n'avais peut-être survécu que pour ça, alors je dois finir mon travail, pour enfin mourir en paix.

Les dernières paroles de son interlocutrice glacèrent Hitomi. Le fatalisme de Yiris, ajouté à l'étrange petit sourire qu'elle arborait, avait quelque chose d'effrayant.

— Pourquoi mourir maintenant ? Interrogea Hitomi, profondément mal à l'aise.
— Ce que je vais faire ne pourra être pardonné…
— Comment ça ?
— Vous le savez, Maître Van n'ouvrira jamais la tombe de son frère sur un simple doute, alors je vais devoir lui forcer la main.

Un mouvement de recul, Hitomi avait compris l'intention de Yiris. Quand celle-ci tendit la main vers elle et commença à la serrer, la jeune femme sentit son cou se collapser…

Non seulement, la générale contrôlait ses pensées à distance, mais elle pouvait faire de même avec son corps.

OoO

Dans la salle de Conseil, Hitomi sursauta. Croyant dans un premier temps qu'elle allait mieux, le groupe constata avec effroi, qu'en fait, elle suffoquait.

Un instant, elle reprit conscience, et eut assez de souffle pour parler.

— Il faut… ouvrir… la tombe… Yiris dit que… elle doit… être vide…
— Hitomi, mais qu'est-ce qu'il t'arrive ? Demanda Van, affolé.
— Fais-le… Je t'en… prie…

Elle retomba sur la chaise, sous le regard panique effrayé de l'assistance. Son cou était comme serré par une main invisible.

Seul Constantin gardait son calme olympien malgré les circonstances.

— Qu'est-ce que j'avais dit ? C'est un coup de ma sœur !
Vous n'allez quand même pas la laisser s'en tirer comme ça, Votre Majesté !

Inquiet, Van regarda à nouveau son aimée en manque d'air. La technique qu'avait choisie d'employer Yiris ne l'étonnait pas.

Elle avait su frapper où il fallait pour obtenir ce qu'elle voulait.

Cette fois, elle avait atteint le point de non-retour.

Une partie de lui pensait que la générale bluffait, une autre avait bien trop peur. Dans le doute, il savait qu'il fallait intervenir.

— Hylden !
— Oui, Votre Majesté ?
— Envoie un message à Metel. Dis à Mayek que je lui ordonne d'aller au rocher d'Irini pour arrêter Yiris. A cheval, il n'en a guère pour plus d'une heure de trajet !
— Vous êtes sûr ?
— Certain, sa magie peut être interrompue si on la déconcentre. En attendant…
— Que comptez-vous faire ? S'inquiéta le jeune général.

Van se leva et inspira profondément.

— Une heure, cela risque d'être trop long pour Hitomi. Alors, je vais faire ce que demande Yiris, je vais ouvrir la tombe de mon frère !

La stupéfaction s'empara des personnes présentes, mais n'y prêtant pas attention, Van quitta la pièce.
L'idée de devoir profaner le tombeau de Folken lui déplaisait.

Cependant, en même temps, il fallait absolument arrêter le calvaire de sa compagne.
Et puis, au fond de lui, il ressentait lui aussi le besoin viscéral de lever le doute.

— Attends-moi !

Derrière lui, Meinmet, l'air décidé.

— Mon neveu, je veux venir avec toi. C'est moi qui ait amené Alexandre ici, je dois aider à connaître la vérité.
— Soit ! Fit le jeune Roi, heureux d'avoir un allié.

OoO

Dans son esprit, Hitomi était toujours sous le joug distant de Yiris. Voyant dans le regard de son agresseur un profond dépit, elle sentait bien que la générale agissait à contrecœur.

Pendant ce temps, Van venait de faire desceller la pierre de la tombe. En fait, ce n'était pas un caveau, mais un passage menant à une grotte, qui se trouvait au bas d'un escalier de pierre.
Au bout de quelques pas, une soudaine clarté apparût au fond d'un tunnel.

Meinmet, qui ne connaissait pas les lieux, était surpris. Il avait déjà repéré d'autres petits escaliers venant visiblement des autres tombes, qui n'étaient donc que des accès.
Avançant, il fut saisi par une vision incroyable.

Par un petit puits dans le plafond de la cavité, la lumière de la Lune des Illusions s'engouffrait et se reflétait sur de multiples cristaux, éclairant les lieux de façon irréelle.
Traversant un passage sur le bord de l'immense vestibule de pierre, le vieil homme remarqua des niches contenant chacune deux caisses en bois superposées… C'était donc là que reposaient, depuis des temps reculés, les Rois de Fanelia.

S'arrêtant parfois brièvement, il reconnut, gravé sur les plaques métalliques ornant les simples caisses de bois, le nom d'un Souverain défunt.
Il fit d'ailleurs une brève pause devant l'une des bières, seule dans sa cavité. C'était celle de son « père »…

De son côté, Van avançait de façon assurée, même si au fond de son esprit, les contradictions se multipliaient.
Profaner la tombe de son frère, c'était pour lui inconcevable, mais prendre le risque que Yiris n'aille trop loin, c'était somme toute encore pire.

Et puis, il y avait ce besoin de savoir. Depuis le début, quand il avait vu Alexandre, il s'était posé la question de la tombe.
En effet, il ne pouvait s'empêcher de voir Folken à travers cet homme.
La ressemblance physique troublante, ce calme…
Il revoyait à son frère avant sa disparition, avant Zaibach.

Mais tout cela, c'était pourtant insensé, une partie de lui voulait croire au miracle, une autre redoutait une manipulation, mais de qui ?

Alors, puisqu'on le poussait à le faire, autant répondre à son interrogation une bonne fois pour toute, il allait ouvrir cette sépulture.

Sans un mot, il continua sa marche sur la corniche jusqu'à s'arrêter devant une double niche située dans un virage. Sur la partie basse, se trouvait une caisse visiblement plus usée que celle du haut.

— Nous y voilà, ici reposent mon père et mon frère…

Emu, Meinmet posa sa main sur la bière du bas, pensant à son cher frère, pendant que Van observait celle du haut, songeant au sien.

OoO

Soudain, la délivrance, Yiris lâcha prise, Hitomi reprit son souffle. Juste avant, la jeune femme était sûre d'avoir vu la générale être déconcentrée.
Et c'était le cas, à Irini, la mi-humaine, mi-fausse-personne venait de sortir de sa torpeur.

Maya et Lekan tentaient désespérément de stopper une nouvelle crise de convulsion d'Alexandre.
Affolée, Yiris se hâta de leur prêter main forte.

— Depuis combien de temps est que cela dure ? Demanda-t-elle.
— Quelques minutes déjà… Répondit la dame-chat.
— Tu ne lui donnes rien ?
— Déjà essayé ! Cela ne marche pas…

Brusquement, le corps d'Alexandre se relâcha.

— La crise s'est arrêtée ? Interrogea la générale.

Visiblement soucieuse, Maya plaça ses doigts sur la carotide du malade. Elle tâtonna quelques instants avant de rendre son verdict.

— Les convulsions se sont arrêtées, son cœur avec !

OoO

Pendant ce temps, Meinmet et Van avait descendu la bière du haut et l'avait examinée à la lumière de leurs torches. Aucune trace de profanation, ce seraient donc eux les pilleurs de tombe.
Les deux hommes se regardèrent. Un échange de signe de tête, et ils commencèrent à desceller la planche supérieure.

Au palais, Hitomi allait mieux, l'étreinte qui serrait sa gorge avait disparu. Toujours à demi consciente, elle respirait difficilement.
Désespérément, elle essayait de comprendre ce qui s'était passé.
Yiris avait déjà commis un crime en soit, un autre risquait de bientôt se produire, la jeune femme en avait la conviction.

La voyant se remettre progressivement, Merle voulut aller interrompre l'expédition de Van et Meinmet mais Hitomi saisit sa main en ouvrant enfin les yeux.

— Je t'en supplie, il faut les laisser aller jusqu'au bout…

OoO

Bref instant de confusion, Yiris regardait Alexandre. Elle avait échoué, elle n'avait pas mené sa mission à bien.
Plus que jamais, elle en était persuadée, son but sur Gaea était de rendre sa mémoire à Folken.

Non, ce n'était pas possible d'échouer ainsi. Secouant la tête, rageuse, une idée insensée lui traversa l'esprit.

— Lekan, fais sortir Maya, et que personne n'entre !
— Que veux-tu faire ? Demanda la vieille dame, inquiète.
— Sors, s'il te plaît, je ne veux pas que tu vois ça.
— Yiris, tu ne vas tout de même pas…

Un signe de tête de la jeune femme fut sa réponse. Lekan saisit Maya par le bras et dut insister pour la faire sortir.

Du couloir, elle cria à Yiris :

— Ne fais pas ça ! Ne te sers pas du pouvoir du démon ! Je t'en supplie, ne vas pas encore davantage corrompre ton âme !

Faisant abstraction de ses paroles, la générale respira profondément. Elle était prête à accomplir sa besogne particulière.

Le temps lui était compté, elle le savait. Son maître lui avait appris qu'entre l'arrêt du cœur et la séparation de l'âme et du corps, il ne s'écoulait que quelques brèves minutes.

Enlevant ses chaussures, elle monta sur le lit de camp et escalada le torse d'Alexandre.
Se mettant à cheval au dessus de lui, elle retira le bout de drap qui recouvrait sa poitrine.

Mal à l'aise, elle soupira longuement… Pas le choix, elle devait agir.

— Pardonnez-moi d'utiliser cela sur vous…

Puis, Yiris porta son poignet droit à sa bouche. Et, comme insensible à la douleur, en déchiqueta quelques vaisseaux de ses dents.
Avec le sang qui coula, elle traça un cercle sur le cœur du jeune homme, comme son Maître l'avait fait pour elle, il y a bien longtemps.

Avant d'apposer le dernier signe, elle ressentit à nouveau le besoin de s'excuser.

— Je suis… Je suis vraiment désolée…

Une ultime trace et le corps inerte d'Alexandre s'agita d'un frisson. Dans le même temps, la chair semblait comme absorber la marque de sang.

Dans le couloir, c'était la bousculade. En dépit de son immense force, Lekan avait des difficultés à contenir l'attroupement.

Profitant de la situation, Maya parvint à se faufiler dans la chambre et vint constater les faits de ses yeux.

— Non, Yiris, tu n'as pas osé… Non…

OoO

A Fanelia, Van et Meinmet s'apprêtaient à basculer le couvercle. Un ultime encouragement du regard, et ils firent glisser la plaque.

A cet instant, ils avaient tous deux fermé les yeux. Après quelques interminables secondes, ils commencèrent à les entrouvrir.
Et là, stupéfaction : il n'y avait que des vêtements, aucune trace de reste humain…

Ils se regardèrent abasourdis.

Au même moment, Alexandre eut des soubresauts. Silencieuses, Yiris et Maya n'osaient croire au miracle.
Timidement, la jeune femme passa la main devant la bouche. Elle sourit, elle sentit un léger, il respirait à nouveau.

C'est alors qu'elle observa un phénomène étrange : un peu en dessous du cœur, une cicatrice se formait, exactement à l'endroit où s'était planté le bout de lame qui avait tué Folken.
Puis, partant de ce point, la peau se mit à blanchir de façon irréelle. Une tâche violette en forme de larme apparut sous un œil.
Le visage sembla vieillir d'une dizaine d'année puis ce furent au tour des cheveux de changer de teinte, de gris, ils prirent des reflets plus verts.

Maya demanda à Yiris de descendre afin de placer le ressuscité sur le flanc pour l'aider à respirer.
La générale s'exécuta sans réfléchir, avant de se laisser tomber sur sa chaise, incrédule.

C'est alors qu'une altercation se fit entendre dans la grotte. Mayek et ses soldats venaient d'arriver pour arrêter Yiris.

Mais cette dernière était totalement indifférente aux événements. Fixement, elle regardait l'homme allongé.

Soudain, celui-ci ouvrit les yeux, ils étaient devenus de la couleur rouge rosé de l'energist.

Visiblement mal, l'homme dodelina la tête avant de poser les yeux sur sa sauveuse.

Un échange de regards, Yiris esquissa un petit sourire tendre, soulagée.
Elle avait accompli son destin, peu importait le reste maintenant.

Brusquement, Mayek et ses soldats firent irruption dans la pièce.

— Yiris, je viens t'arrêter au nom de Notre Roi.

Pas un mot, pas la moindre résistance, la générale se leva et se laissa enchaîner sans ménagement.

Bousculant les militaires, Lili réussit à obtenir le droit de lui mettre un bandage sur son poignet ensanglanté avant qu'elle ne soit trainée dans les couloirs, sans même avoir pu mettre des souliers à ses pieds.

Incrédule, celui qu'elle avait sauvé la regarda partir. Désespérément, il tenta de crier, mais n'y parvint pas.
Reprenant son souffle, il eut enfin la force de parler.

— Laissez-la, je vous en prie !
— Restez tranquille jeune homme ! Fit Maya. Vous venez de revenir d'entre les morts.
— Je sais… Et je n'aurais pas pu sans son aide. Elle a gardé mon âme pendant dix ans, on ne peut pas la traiter ainsi.

En l'entendant, ceux qui n'avaient pas suivi Yiris et ses geôliers, furent stupéfaits.
Sa tête, visiblement douloureuse entre ses mains, l'homme réussit à s'asseoir, soutenu par Maya.

— Je suis redevenu moi-même… Tous mes souvenirs sont là… Je suis Folken Lacour de Fanel.

Mais ces paroles là, Yiris ne les entendit pas…