Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
www .hananokaze .org
Rating / Classement [+18]
Publié pour la première fois le 31 janvier 2012
Chapitre 17
Le procès de la sorcière
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO
Du fond de sa geôle, Yiris restait silencieuse. Elle s'était laissée conduire enchaînée depuis Irini et s'était montrée insensible aux badauds qui l'observaient, à la rumeur qui courait.
Elle savait que son issue était proche et se préparait calmement à affronter sa mort. Seule, regardant par la fenêtre de sa cellule, elle serrait fort sa petite croix orthodoxe entre ses doigts en récitant les quelques prières dont elle se souvenait.
Ses pouvoirs de fausse-personne étaient limités : son corps était encore en grande partie humain. Elle pouvait, certes, se projeter dans les airs et faire preuve d'une force et d'une rapidité rare, cependant elle était incapable de fuir en se fondant dans le sol.
De toute façon, elle était allée au bout de sa volonté, alors maintenant, elle acceptait avec résignation ce qui allait arriver.
La majorité de ses soldats refusait de voir en elle un monstre, mais ce n'était pas un avis unanime. Plusieurs escarmouches avaient d'ailleurs éclatées entre les hommes.
Cette nuit ne serait pas aussi sereine que Yiris.
Van, lui, parcourait les appartements déserts du palais, essayant de mettre en ordre ses idées après cette journée éprouvante.
Ce soir, Hitomi dormait paisiblement, veillée par Merle. Quand le Roi était revenu du mausolée royal, elle l'avait supplié.
— Van, pardonne à Yiris, j'ai vu ce qu'elle a vécu. Ce qu'elle a fait, c'était la seule solution possible.
Elle voulait savoir pourquoi elle était sur Gaea, et pensait que Folken était la clef… Je suis certaine qu'elle a des remords de m'avoir attaquée… Je t'en prie, ne lui en veut pas !
Après ses paroles, la jeune femme s'était effondrée de fatigue. Passablement perdu, le Roi cherchait à comprendre les actes de Yiris.
Il avait toujours eu une absolue confiance en elle. Là, il venait de se trouver odieusement trahi.
Lors de leur première rencontre, il avait senti sa particularité, ils en avaient discuté seul à seul. Il connaissait son parcours, mais apparemment pas tous les détails…
Quelle souffrance avait pu la pousser à agir ainsi ? Ce qu'il considérait comme une trahison ébranlait son monde, le sentiment de sécurité qu'il avait réussi à établir dans sa vie après des années de doute.
Un autre fait le secouait encore. Il revoyait la bière vide… Aucune trace de son frère, hormis les vêtements qu'il portait pour son inhumation.
Sur ce point, il n'avait pas encore d'information précise. Un messager avait été envoyé à Irini pour savoir ce qu'il était advenu d'Alexandre et il attendait la réponse.
Soudain, Hylden, essoufflé et à la limite de la panique, déboula dans la pièce, rompant la méditation de Van.
— Votre Majesté, enfin, je vous trouve ! Il faut que vous descendiez tout de suite…
— Pourquoi donc ? S'étonna le Roi qui n'était pas habitué à voir son général le plus calme se comporter ainsi.
— Avec tout le respect que je vous dois, je n'ai pas les mots, il faut voir pour comprendre.
Décidément déstabilisé, Van suivit Hylden et arriva dans la cour. Il y avait une escorte d'hommes-chats, visiblement venue d'Irini.
Dans un premier temps, le Roi pensa à un groupe de soutien venu plaider la cause de Yiris, puis il eut une vision irréaliste.
Descendu de cheval, soutenu par l'immense Lekan, sous-chef du village, son frère apparut devant ses yeux incrédules.
Car, oui, ce n'était plus vraiment Alexandre, il avait vieilli, pâli, ses cheveux avaient changé de couleur et surtout, il lui adressa un regard heureux de ses yeux dont la nuance rouge rosé rappelait l'energist.
Ce sourire posé et doux, cette expression bienveillante, des années de souvenirs défilèrent en quelques secondes dans l'esprit du Roi.
Cela n'avait aucun sens, c'était impossible, cela défiait la raison, et pourtant, son grand frère lui était revenu.
Il ne trouva pas de mots et pour s'exprimer, il ne put que s'approcher de son aîné et le serrer fort dans ses bras, ému aux larmes.
Folken aussi était bouleversé, revivre était extraordinaire en soit, mais retrouver son cadet donnait une dimension encore plus forte à tout cela.
Meinmet, venu voir ce qui se passait, était resté en arrière et versait une petite larme devant ses retrouvailles.
Après une chaleureuse accolade, Van pris le bras de son frère par dessus son épaule et le soutint jusqu'à sa chambre.
— Je suppose que nous avons énormément de choses à nous dire… Ironisa Folken. A vrai dire, je ne sais pas par où commencer…
— Moi non plus… Mais, prends ton temps, grand frère, il faut que tu reposes. Tu as eu un grand choc et une sérieuse blessure.
— Oui, mais ce qui m'est arrivé défie totalement mon entendement. Depuis que je me suis souvenu, je cherche à comprendre en vain…
Il y a dix ans, je me suis senti mourir, puis j'ai eu ces quelques visions de la suite des événements, et soudain une voix m'a dit « Ce n'est pas encore fini pour toi », puis le vide…
Je me suis réveillé par une nuit pluvieuse en pleine forêt en Crimée, sur la Lune des illusions, rajeuni avec mon bras revenu.
J'ai rencontré Meinmet, nous avons longtemps voyagé pour finir par retrouver Hitomi, revenir sur Gaea…
Tout ceci est tellement confus, j'aimerais comprendre le pourquoi…
— A mon avis, c'est encore le genre de choses qui nous dépasse. Je suis tellement heureux de te retrouver. Tu crois que c'est ta conversation avec Ruhm qui t'a rendu la mémoire ?
— Non ! Bien sûr, cela m'a perturbé, mais je sais que la révélation, c'est Yiris qui me l'a offerte en me rendant mon épée brisée.
Sans elle, qui a veillé sur cette lame comme une relique et m'a sauvé la vie au bord du lac, je n'aurais pu redevenir moi-même. Van, je t'en prie, épargne-la…
Assis près de son frère, le Roi soupira.
— Tu sais qu'elle a aussi utilisé la magie des fausses-personnes pour attenter à la vie d'Hitomi ? Demanda le cadet, un peu énervé.
— Oui, et en cela, elle a mal agi, mais jamais elle ne l'aurait tuée, j'en suis certain. Et de toute façon, si elle en est arrivée là, c'est à cause de moi, donc si elle doit payer, moi aussi…
— Tu n'as pas à être solidaire de ses méthodes !
— Certes, mais elles m'ont été profitables. De plus, on m'a expliqué qu'elle avait utilisé un pouvoir tabou pour me maintenir en vie, donc sur un angle, simplement en étant vivant, je lui donne raison.
— Je présume qu'il s'agit de la méthode de la scellée d'âme ? Elle m'avait expliqué en avoir « bénéficié » si l'on peut le formuler ainsi… Répondit Van, perplexe.
— Oui, c'est de cela qu'il s'agit. Sans sa maîtrise de la science interdite des fausses-personnes, je n'aurais pas tenu le choc. Je t'en prie, épargne-la… Je lui dois tout ! Tu ne peux pas me priver du droit de rembourser mon immense dette envers elle.
En disant ces mots, Folken fut pris de vertiges. Visiblement, à bout de force, il se laissa tomber dans le lit avec les mains sur la tête.
— Van, ne la tue pas… Je t'en supplie…
— Repose-toi, oublie ça…
Le Souverain resta un long moment, pensif, assis auprès de son frère qui, après longuement poursuivi son plaidoyer, s'était assoupi sous le poids de la fatigue.
Quelques instants plus tard, Meinmet vint pour prendre des nouvelles et proposa à son neveu de le relayer au chevet de Folken.
Acceptant la proposition, le jeune Roi quitta la pièce laissant son frère épuisé se reposer et recommença son errance dans les couloirs.
Somme toute, il n'était pas surpris de voir Folken prendre la défense de Yiris. Tout comme Hitomi, ils estimaient qu'elle avait agi en dernier ressort et ne serait pas allée jusqu'au bout.
A ces deux voix en faveur de la criminelle, s'étaient jointes celles de Meinmet et de Hylden. Van avait bien compris qu'une grande partie de l'armée de Défense partageait également cette opinion.
Mais lui n'était pas de cet avis. Il avait toute confiance en son soldat et en s'attaquant à ce qu'il avait de plus précieux au monde, elle avait commis le pire des crimes à ses yeux.
Elle serait jugée, puis condamnée pour cela.
OoO
Alors que l'aube rosissait le ciel, Folken s'éveilla. Il eut la surprise de constater la présence de Meinmet qui s'était endormi sur une chaise.
Pensif, le jeune homme s'assit et regarda longtemps son bras droit. Le bougeant lentement, il réalisa que, non il ne rêvait pas, son corps était redevenu comme avant sa chasse au dragon.
Voulant se lever, le maigre effort sur son épaule lui provoqua un pic de douleur. Il se souvint alors de la blessure de flèche qu'il avait reçue et de tout ce qu'il s'était passé ensuite.
Un certain trouble s'empara de lui, alors il décida d'aller se rafraîchir.
Bien qu'il ait quitté son lit en silence, il eut la surprise de voir son oncle émerger de sa torpeur d'un bond.
— Le procès, bon sang, il va commencer !
Secouant la tête pour achever de se réveiller, Meinmet se redressa et se tourna vers son neveu.
— Je crois que nous avons des tonnes de choses à nous dire, mais ça attendra ! J'ai quelqu'un à sauver ! Prends soin de toi !
Le jeune homme n'eut pas le temps de répondre que le vieux Prince avait déjà quitté les lieux.
Traversant le palais en courant, Meinmet convoqua en moins d'une heure une sorte de réunion de crise.
S'il y avait un moyen de sauver Yiris, il fallait le trouver rapidement.
Hylden et Haymlar passèrent juste pour souhaiter bonne chance à l'équipe, leurs rôles respectifs de général et d'intérimaire les obligeant à assister au procès.
Heureusement, le vieux Prince était loin d'être seul. A ses côtés se trouvaient une bonne partie des hommes de la générale, dont Yrkas, son second, et Amlek, son chef-mécanicien.
Des soldats sous les ordres de Hylden qui s'étaient aussi joints au groupe.
Vint s'ajouter, plus tard, une autre présence qui fut très remarquée, celle de Folken. Malgré sa fatigue et sa blessure à l'épaule, il avait tenu à être là.
Assis dans un coin, il écoutait attentivement le discours enflammé de son oncle.
— Vous savez tous pourquoi nous sommes là aujourd'hui ! Oui, Yiris a mal agi en utilisant la magie des fausses-personnes, mais un seul acte mauvais ne doit pas effacer les bonnes actions antérieures.
Demain, il sera trop tard pour elle ! Vous le savez, la bande des religieux, ainsi que Mayek et Luyren, souhaitent la faire tomber.
Ils ont l'avantage, nous devons trouver une solution pour retourner la situation et éviter à Yiris d'être exécutée !
Rajustant ses lunettes, Amlek s'exprima :
— On l'accuse quand même d'hérésie… Ce n'est pas un petit crime… Les bruits de couloirs vont vite, la stratégie d'accusation est connue. Les prêtres ne sont pas fous, l'agression d'Hitomi n'était pas assez forte pour avoir sa peau, ils vont utiliser le fait que la technique employée soit propre aux fausses-personnes…
L'assistance acquiesça. Se servir de l'hérésie comme argument avait le pouvoir de rassembler les foules et d'émouvoir l'opinion publique qui craignait les magies mystérieuses.
Celle des fausses-personnes était parmi les plus redoutées, leurs pouvoirs étaient l'objet de légendes effrayantes.
Bref, l'optimisme n'était pas de mise…
Soudain Folken prit la parole :
— Ils vont utiliser une stratégie basée sur les fondements de notre droit. Peut-être pouvons-nous élaborer une défense sur les mêmes critères ? Trouver un précédent qui puisse jouer en faveur de Yiris…
— Bonne idée… Répondit Meinmet. Mais il va falloir en lire des textes. Je me doute que la bande des juges ne va pas nous faciliter la tâche, ce sont les grands amis de Luyren, il paraît… Donc, vu le côté formel du type, l'accès aux archives…
— En même temps, remarqua Amlek, les archives ont cramé il y a onze ans… Même si on y accédait, on n'aurait pas grand chose à se mettre sous la dent. Personnellement, je n'en vois aucun précédent depuis la reconstruction de la cité.
L'espoir était retombé aussi sec qu'il était apparu. Seul Yrkas restait concentré, il venait d'avoir un éclair de lucidité.
— Je crois que j'ai peut-être une solution. J'ai un frère auquel je ne cause pas beaucoup. C'est un rat de bibliothèque.
Sa particularité est d'avoir réussi à sauver, en les cachant dans son immense cave, les livres de son maître, qui était un juge respecté.
— Il aurait donc des textes anciens ? Questionna Meinmet.
— Pour sûr ! Notre Mère dit que ça sent « le vieux livre » chez lui…
— Alors, allons-y !
Souriant, le vieillard quitta la pièce, attrapant Yrkas par le bras. Même s'il n'y avait qu'une toute petite chance de trouver une solution, il fallait la saisir…
OoO
Dans la salle du Trône, bondée comme jamais auparavant, le procès de Yiris allait se tenir.
La pièce bien que spacieuse, aérée et donnant sur les jardins, était emplie une atmosphère étouffante du fait de la foule.
Assis, Van réfléchissait. Avant de venir siéger, il était allé voir Hitomi, toujours alitée. Encore une fois, celle-ci l'avait supplié de réfléchir et avait réaffirmé avoir donner son pardon à Yiris.
Même Merle, qui ne s'opposait jamais à lui, s'était permise d'argumenter en faveur de celle qui l'avait sauvée enfant à Irini.
Si la peur d'avoir failli perdre Hitomi lui avait donné des envies de vengeance, Van éprouvait à présent certains doutes.
Ceci dit, il était aussi pieds et poings liés, les adversaires de Yiris voulaient en faire un exemple.
Le Roi était conscient que s'il décidait de pardonner un cas d'hérésie avec utilisation de magie noire, il ouvrait la porte à de graves crises ultérieures en créant un dangereux précédent.
Il observa les juges. La plupart connaissaient Luyren, avec lequel ils conversaient d'ailleurs. Ils étaient plein de zèle et appliqueraient les textes sans réfléchir.
Etant donné l'objet du procès, les religieux avaient leur mot à dire, et tout le monde savait qu'ils étaient de connivence avec Mayek.
Selon la tradition, l'accusée devait se défendre seule. Les juges menaient l'interrogatoire. Le Roi, bien évidemment, voire d'autres membres de la famille royale, les juges, et exceptionnellement les religieux, avait également droit à la parole.
Chacun des intervenants pouvait appeler des témoins, mais Van savait que Yiris refuserait d'entraîner qui que ce soit dans sa chute.
Le Roi s'étonnait de l'absence de son oncle, il l'aurait bien vu débouler pour tenir un discours grandiloquent. Ceci dit, la petite réunion dont il avait eu vent était peut-être dans ce but, mais même le meilleur discours ne pouvait excuser le crime dont il était question.
A ce stade, en remerciement des services rendus, Yiris pourrait juste choisir les circonstances de son exécution.
Soudain, le grand chambellan Ozlek s'avança près du Roi.
— Votre Majesté, la criminelle va comparaître devant vous.
La salle fit silence.
Vêtue de sa robe noire et blanche d'Irini, encore maculée de son sang, ses longs cheveux en bataille, Yiris avançait pieds nus d'un pas presque léger malgré les chaînes qui entravaient poignets et chevilles.
Elle semblait presque absente à ce moment capital de son existence.
Arrivée à quelques mètres de Van, un soldat lui ordonna de se prosterner devant le Souverain.
Elle n'eut pas le temps de s'exécuter que l'homme lui donna un coup dans les mollets avec le manche de sa lance, la faisant tomber violemment à terre.
Le sentiment d'humiliation qui la traversa fut atroce. Mordant ses lèvres pour contenir sa rage, elle ne laissa rien paraître.
Quoiqu'il arrive, elle mourait digne.
Se redressant un peu pour se mettre à genoux, appuyée sur ses bras, elle leva légèrement la tête pour observer l'assistance.
Van la regardait d'un air froid. La plupart des gens voyaient un monstre. Mayek et les religieux ne cachaient pas leur satisfaction.
Puis, son regard croisa ceux de Haymlar et Hylden qui lui sourirent. Emue, elle leur répondit de même.
Elle n'était donc pas tout à fait seule, et cette pensée était, à cet instant, son seul réconfort.
Un des juges se détacha des autres et se plaça face à Yiris à terre.
— Accusée, avant toute chose, donne-nous ton identité !
Fixant le sol, la jeune femme reprit son souffle avant de parler d'une voix monocorde.
— Je me nomme Yiris Aryenciapolos. Je suis âgée d'environ trente-huit ans dans le temps de la Lune des Illusions où je suis née et, jusqu'à hier, j'étais chef de la tribu d'Irini et générale de l'armée de Défense de Fanelia.
— Sais-tu pourquoi tu comparais ici en ce jour ? Poursuivit le juge.
— Je suppose que c'est pour avoir utilisé la magie des fausses-personnes…
— Tu veux plutôt parler de sorcellerie ?
— Etre à moitié fausse-personne est donc un crime ? Osa la jeune femme en levant les yeux vers son accusateur.
L'arrogance du geste choqua l'assemblée. On n'avait jamais vu un condamné défier du regard ses juges.
La tradition voulait qu'ils restent les yeux rivés vers le plancher, car la soumission était le seul moyen d'obtenir un minimum de clémence, ne serait-ce que le choix de leur façon de mourir.
— Etre une fausse-personne n'est pas un crime, c'est d'avoir eu recours à leurs pouvoirs obscurs qui l'est ! Reprit le juge, quelque peu décontenancé.
Soupirant, Yiris tourna la tête vers les fenêtres, comme pour s'évader. Elle entrevit son frère qui attendait dehors, elle espérait un peu de soutien, mais le regard qu'il lui lança fut glacial.
Déçue, elle plongea à nouveau ses yeux vers le sol, écoutant en silence sa longue mise en accusation.
OoO
— Whoua ! Alors ça c'est de la collection, ou alors je ne m'y connais pas !
Meinmet, à l'image de ses camarades, était ébahi par la collection de parchemins rassemblée dans la cave, ou plutôt la grotte, de Nako, le frère d'Yrkas.
Parvenir en ces lieux avait été difficile, fâché avec son frère, l'homme avait d'abord refusé d'ouvrir.
Ainsi, il avait fallu aller chercher sa mère pour le raisonner, une vraie comédie, qui avait presque donné à Meinmet l'envie de s'arracher les cheveux.
Idée qu'il chassa vite de son esprit considérant son privilège de ne pas souffrir de calvitie malgré son âge avancé.
— Hé hé, mon Maître m'avait confié ses biens à sa mort. J'avais tellement peur qu'il leur arrive malheur que je les ai conservé ici. Ils sont aussi bien à l'abri du feu que de l'humidité ! Fit Nako en montrant des seaux de sel censés absorber humidité de l'air.
Puis, le petit homme, aussi maigre que son frère, mais engoncé dans un vieux manteau gris avec de petites lunettes sur le nez, expliqua l'agencement de sa collection.
Plus particulièrement, il insista sur les textes retraçant les procès pour hérésie, objets de la quête de ses invités.
Le tas de rouleaux était assez impressionnant, et malheureusement seuls une dizaine des soldats présents savaient lire, un handicap sévère dans les recherches.
Ne se laissant pas décourager, Meinmet, Yrkas, Amlek et Folken s'attelèrent à leur tâche. Ils purent compter sur l'assistance de Nako, trop content de voir enfin ses trésors susciter l'intérêt.
OoO
Allongée dans son lit, Hitomi commençait à se réveiller. La voyant ouvrir les yeux, Merle, soulagée, lui sourit.
— Ouf, tu émerges enfin. Je vais faire passer le mot à Maître Van, ça va le rassurer !
— Quelle heure est-il ? Demanda la jeune femme en tentant de s'asseoir dans sa son lit.
— Le temps du repas est passé, mais avec le procès, personne n'a pris le temps d'aller manger…
— Le procès de Yiris ? Oui, c'est vrai… Comment cela se présente ?
— Il se tient en ce moment-même. D'après les bruits qui m'ont été rapportés, cela se passe très mal pour elle…
— Elle m'a attaquée, oui, cependant elle ne mérite pas d'être exécutée pour cela !
— Tu n'es pas la seule à penser ainsi, je suis moi-même d'accord. Il y a aussi Meinmet qui a fédéré un petit groupe, ils sont partis chercher une éventuelle solution dans de vieilles archives.
— Est-ce que cela peut fonctionner ?
— Peu probable… Soupira la fille-chat.
Triste, Hitomi regarda par la fenêtre. La confession de Yiris l'avait bouleversée. Elle avait réalisé que, finalement, elle avait été presque chanceuse dix auparavant.
Quand elle comparait son expérience, aussi difficile fut-elle, avec l'enfer vécu par cette jeune femme qui, à la base, n'était qu'une simple adolescente de la Lune des Illusions comme elle, des frissons d'effroi la parcouraient.
Comment avait-elle trouvé la force de survivre dans de telles circonstances ? Et comment pouvait-elle en arriver à accepter la mort avec tant de fatalité, presque comme une délivrance ?
Soudainement, la vision de Yiris richement vêtue lui revint à l'esprit, mais avec un peu plus de détails : elle tenait la main d'un homme assis, mais le visage de ce dernier restait inconnu.
Face à cela, Hitomi resta perplexe. Que pouvait bien signifier cette image en pareilles circonstances ?
OoO
Parti au fond des bois derrière le palais, au-delà des tombeaux, vers un petit bassin à flanc de colline, loin de l'agitation du procès de sa sœur, Constantin profitait du calme.
Aucune envie de se saouler, de se droguer, d'aller se bagarrer ou d'aller voir les prostituées…
Ce soir, Yiris allait mourir…
Il voulait l'exécuter de ses mains.
Cela, Van le refuserait fermement et pourrait le sanctionner de façon plus ou moins direct, sans parler du fait que même s'il se foutait de sa réputation, le jeune homme n'avait pas envie de se faire railler encore davantage pour ce que beaucoup qualifieraient d'ignominie.
Pour souffrir le moins possible, l'ancienne générale demanderait la décapitation à l'épée, mais fière comme elle était, debout.
Le geste nécessitait une technique aussi parfaite que la finesse de la lame.
Mayek allait le faire, c'était quasi certain vu sa maîtrise de la lame et sa haine de Yiris.
Le spectacle serait vu du bas des remparts, les gens monteraient sur leur toit pour avoir le meilleur panorama du cadavre.
Ensuite, le corps serait mis dans une caisse la plus petite possible par un volontaire, sans doute Haymlar ou Hylden, et enfin brûlé pendant la nuit dans un endroit loin de la ville où les cendres se disperseraient.
Bref, il n'existerait plus jamais de trace de la chef de la tribu d'Irini, première femme du monde connu de Gaea à avoir obtenu le rang de générale.
Tout serait détruit, son corps, les mentions de son nom seraient remplacées par le mot « infamie »…
Même Yiris, la jeune femme qui allait avoir bientôt trente-neuf ans disparaitrait totalement, sauf pour ceux qui l'avait connu…
Et Constantin en faisait parti.
Ce dernier plongea sa main dans le bassin pour se rafraîchir le front et réalisa que, stupidement il regardait derrière, alors qu'il savait bien qu'il n'y avait personne d'autre que lui…
Pourtant, il y avait bien une personne qui adorait le faire tomber dans les bassins ou fontaines, surtout celle de leur jardin, c'était Yiris, et il ne ratait jamais une occasion de lui rendre la pareille !
Yiris, cette Yiris que l'on jugeait, de qui, quoi s'agissait-il ? Du cadavre de sa sœur manipulé par la magie ? Quelle conscience l'animait ?
Parce que oui, pour rien au monde, jamais, jamais, jamais…
Jamais Yiris ne l'aurait abandonné, elle serait venue le sauver de la troupe de Dirken…
Alors que grâce à l'alcool et autres paradis artificiels, il arrivait à oublier ce qui s'était passé avec ces individus, là, tout lui revenait en tête…
D'abord, il avait été roué de coups pour payer pour « l'insolence » de sa sœur et s'il ne voulait pas en recevoir davantage, les jambes entravés, il devait faire vite et bien tout ce qu'on lui demandait.
Ainsi, il prenait soin des chevaux, apportait la nourriture aux soldats, nettoyait leurs affaires, c'était un larbin…
Pour tout cela, on lui donnait à peine de quoi manger et il dormait sous un abri de planches qu'il s'était fabriqué avec pour seul bien une couverture qu'un vieux soldat lui avait donnée par pitié…
Les saisons s'étaient enchaînées, un jour, le voyant boiter pour marcher, Dirken accepta qu'on lui retire ses chaînes le temps d'en trouver d'autres à sa taille.
Constantin allait sur ses treize ans, il était rachitique, épuisé par six ans d'esclavage.
Alors, l'impitoyable chef du village détruit d'Irini lui proposa alors ce qu'il appela « un petit jeu ».
Si l'adolescent réussissait ce qui lui serait demandé, il pourrait vivre sans chaîne le jour et on l'entraînerait pour être un vrai mercenaire, il aura le droit à un lit de camp dans une tente.
Aux yeux de Constantin, c'était l'opportunité inespérée, une vie meilleure, même si ce n'était pas la liberté car il serait entravé chaque nuit et tué en cas de tentative de fuite.
Malgré tout, cela signifiait sortir de l'enfer pur et simple.
Dirken fit alors amener un vieil homme épuisé couvert de cicatrices et entravé. Puis, il se tourna vers le jeune garçon.
— Tue cet homme !
— Pourquoi ? Demanda l'adolescent, autant horrifié que déconcerté.
— Leçon importante si tu veux vivre, quand je te dis de faire quelque chose, tu le fais et tu ne discutes pas ! Enfin vu que tu débutes et que tu as toujours été un bon chien, contrairement à ta sœur qui a joué l'héroïne et l'a payé de sa vie, je vais t'expliquer la situation.
Vois-tu, cet individu est un vétéran de mon armée. Par tradition et respect, on nourrit toujours nos vétérans, même si ce sont des charges et que l'on a hâte qu'ils claquent.
Seulement, lui n'a pas su se contenter de ce que nous lui donnions, à savoir ce que je te promets, les chaines la nuit en moins, il a volé du pain et d'autres provisions qu'il a essayé de dissimuler… C'est un jeu risqué, et il a été pris sur le fait…
Je le nourrissais alors qu'il ne me servait plus à rien et il m'a volé… Comme tu as dû le comprendre avec le cas de ta sœur, je déteste que l'on me manque de respect, alors il doit mourir.
Le vieil homme fixait le sol, résigné, tandis que Dirken tendait sa propre épée à Constantin.
Elle était tellement lourde et les jambes de l'adolescent fragile qu'il faillit tomber en arrière.
Le chef le rattrapa dans un geste étrangement paternel.
— Tu verras, avec le temps, la lame te paraîtra moins lourde. Là, tu ne fais que commencer !
Constantin fixa l'épée, il essaya un peu de la manipuler, elle devait faire la moitié de son poids…
Puis, il se tourna vers celui qu'il devait tuer. Il ne savait plus quoi penser, plutôt pragmatique depuis l'enfance, on le disait même surdoué. Il n'avait jamais été aussi pieux que sa sœur, mais de là à tuer un ancien soldat pour un vol de nourriture…
Mais s'il refusait, qu'allait-t-il lui arriver finalement ? Ne serait-ce pas lui qui serait aussi exécuté.
Cette question, il avait bien trop peur de la poser.
Alors qu'il restait debout, paralysé près du chef, ce dernier lui tendit une coupe de vin.
— Avec ça, gamin, tout sera plus simple !
Tenant l'épée lame au sol d'une main, Constantin pris le gobelet sans réfléchir et l'avala d'une traite même s'il était très fort et amer, ce qui fit rire les soldats présents.
— Bonne descente pour une petite branche ! Tu as de l'avenir ! Allez, vas-y ! S'amusa Dirken.
Il ne fallut qu'une ou deux minutes à l'alcool pour monter à la tête de l'adolescent.
Lentement, il se dirigea vers le prisonnier. Tenant la lame à peine au-dessus du sol avec ses deux mains.
Les hommes s'étaient écartés et le silence total régnait.
Constantin commença à observer le corps de l'homme à genoux et très vite, il se focalisa sur son cou. Bien sûr, c'était le point faible !
Après s'être axé, de toutes ses forces, le jeune garçon souleva la lame qui retomba sur sa victime de son seul poids.
Une fraction de seconde, le regard de l'adolescent croisa celui de l'homme qu'il allait tuer, un instant que Constantin essayait d'enfouir au fond de lui-même.
L'épée tomba de travers sur les épaules, le corps s'était affaissé, la colonne avait dû être tranchée, mais autour les hommes applaudissaient et hurlaient :
— La tête, la tête !
Constantin regarda vers Dirken qui affichait un sourire satisfait. Alors, grisé, autant par les cris, le sang que l'alcool, Constantin donna d'innombrables coups de lames dans le cadavre au point qu'il finit par s'effondrer de fatigue !
Et là, après lui avoir jeter un seau sur la tête pour le ramener la réalité, il vit Dirken s'approcher de lui, l'air fier.
— Bravo, épreuve réussie, avec un large succès ! Pour la peine, double ration de nourriture ce soir pour toi mon gars !
— Merci ! Répondit celui qui ne réalisait pas ce qu'il s'était passé.
— Pas de quoi ! Tu nous as bien distrait ! Quel est ton nom ?
— Constantin, chef !
— Ce n'est pas du coin ça… Enfin, je m'en fous, je trouvais cela drôle de te tester… Dire que l'on a chopé ce vieux hier en allant piller sa ferme… Enfin, il fallait te motiver, tuer, c'est dur la première fois, après, ça passe tout seul.
Comme tu me semblais avoir un bon potentiel, je t'ai juste motivé en te racontant une petite histoire et en faisant trancher auparavant la langue de l'autre…
Constantin retomba lourdement sur terre… Il avait vraiment tué, par un jeu, un innocent…
Le soir, dans la tente qu'il partageait avec d'autres soldats, ceux-ci lui parlèrent un moment avant de s'endormir.
Dès que le silence régna, l'adolescent pris sur lui de ne pas vomir.
Non, c'était clair, au moindre signe de faiblesse, ce serait lui qui serait tué.
Dirken sembla se prendre au jeu de « l'initiation » de son nouveau protégé. Avant de tuer, Constantin pris l'habitude de boire un verre d'alcool fort, un moyen d'oublier ce qu'il faisait.
Et à chaque fois, on lui demandait du « spectacle », réduire les corps en lambeaux, puis commencer à les mutiler de façon plus élaborée…
Dans la tête de celui qui avait grandi innocemment sur Terre, la notion de bien et de mal commença à se noyer.
Obtenant de ne plus être enchaîné, Constantin commença à se procurer de la drogue pour tenir la tête hors de l'eau, pour devenir « insensible ».
Un jour, alors qu'il avait quinze ans, Dirken remarqua que Constantin était maigre et imberbe. Alors pour en faire en « faire un homme », le chef « offrit » une jolie gamine ligotée au jeune homme.
Elle était rousse, elle tremblait devant lui, il déchira ses vêtements, s'amusa à lui faire des entailles avec un couteau, la torture dura aussi longtemps qu'il la viola.
Et quand il sortit de la tente en tenant la tête de la gamine par les cheveux, il fut applaudi.
Néanmoins, ayant basculé dans les abîmes de la folie, Constantin commença à en faire de plus en plus, à tel point qu'il devient un vrai spécialiste en torture faisant peur à une partie de la troupe de Dirken.
Aussi, il finit par avoir sa propre tente, et ne faire que les exécutions de ceux que son chef voulait châtier de la façon la plus sadique.
Pour la plus grande satisfaction de son chef, il se spécialisa dans l'assassinat et la protection discrète.
Peu à peu, il devint une ombre, son âme, celui qu'il était avant avait fini comme par disparaître. Il était l'homme en noir, celui que l'on ne voit pas venir vous égorger… Celui qui prend un vrai plaisir dans la souffrance de ses victimes…
Alors qui était le monstre… Finalement ?
Constantin tourna la tête dans tous les sens, puis finit par plonger tout habillé dans le bassin.
Se laissant couler, l'asphyxie le mit dans un état second et sa vision du monde redevient ce qu'elle était, Yiris l'avait abandonné, elle ou la chose qui lui ressemblait devait mourir !
Il remonta alors à la surface, à nouveau sûr de lui et de ce qu'il devait faire.
OoO
Les heures défilaient autant que les rouleaux de parchemins. L'équipe de la dernière chance s'affairait, mais vainement car tous les procès d'hérésie dont ils avaient trouvé les comptes rendus s'étaient conclus par des mises à mort.
Le jour commençait à décliner, le temps était compté. L'exécution suivrait directement le verdict.
C'était une tradition à Fanelia, après un ultime morceau de pain et une pinte de bière, le condamné devait voir le soleil se coucher sur sa vie, la mort serait sa nuit.
Régulièrement, des messagers venus du palais donnaient les dernières nouvelles. Yiris ne s'était pas défendue.
A l'exception d'un sursaut en début de procès, elle s'était contentée de subir la litanie de ses accusateurs qui étaient allés jusqu'à lui reprocher la déroute du convoi comme une trahison.
Ceci dit, à un moment, le Roi avait coupé court à une discussion concernant la religion d'origine de la jeune femme, symbolisée par la croix qu'elle portait autour du cou.
Utilisant l'argument de la liberté de culte, il avait empêché les religieux d'accabler encore davantage la jeune femme, mais ce fut là son seul geste envers elle.
Rageur, Meinmet envoya valser le dernier tas de feuilles au grand désespoir de Nako, horrifié de voir ses biens ainsi traités.
— Bon sang, ce n'est pas possible ! Je refuse, je refuse que cette fille finisse comme ça ! Et merde !
Silencieux, les aides fixaient le sol, les chances de sauver Yiris étaient maintenant plus qu'infimes. Il allait falloir se résigner…
Brusquement, Folken se leva, il venait d'avoir une idée.
— Et si on changeait de méthode ? Suggéra-t-il.
— Comment ça ? S'étonna Meinmet.
— Nous avons parcouru les procès pour hérésie. Cependant, il existe des crimes considérés comme tout aussi graves !
— Exactement ! Fit Nako. L'hérésie est un crime qui porte atteinte au droit divin, il en va de même avec les crimes contre la personne du Roi !
— Un crime contre le Roi… Réfléchit Yrkas. Bizarre, ça me dit un truc…
— Moi aussi… Soupira le vieux Prince.
Tous se retournaient la tête, tandis que Nako commençait à fouiner dans ses textes. Folken vint l'assister dans sa tâche, et soudain, il tomba sur un parchemin qui attira son regard.
— La Princesse de Sang, ce n'est donc pas une légende ? Demanda le Prince.
— Non, répondit Nako, c'est un réel procès qui s'est tenu il y a quatre-cent ans !
— Mais oui, s'exclama Yrkas en tapant son poing dans son autre main, c'était à ça que je pensais ! La fille qui avait assassiné un Roi de Fanelia à la réputation cruelle et qui avait obtenu la grâce avec l'aide d'un Prince. Mais qu'est-ce que l'on peut en faire ?
Un dernier regard sur le texte et Folken quitta la pièce avec précipitation. Il avait la solution.
Malgré sa blessure à l'épaule, emportant le parchemin avec lui, il traversa Fanelia en courant de plus vite qu'il l'avait jamais fait.
Incrédule, la troupe lui emboîta le pas, laissant Nako ranger le bazar qui avait été mis dans sa bibliothèque.
