Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]
Publié pour la première fois le 1er février 2012
Chapitre 18
Le salut dans l'alliance
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
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La fin du procès était venue, Yiris l'accueillait avec soulagement.
D'ici peu de temps, elle aurait définitivement fini de souffrir.
Après une dernière prise de paroles des juges, Van devait conclure et annoncer la sentence.
Il n'eut pas le temps de dire un mot que Folken, essoufflé, son parchemin à la main, surgit dans la salle à la stupéfaction générale.
— Attendez ! Je veux soulever une exception de grâce !
— Comment ça, mon frère ? Demanda le Roi, interloqué.
— Je veux utiliser le cas de la Princesse de sang ! Répondit Folken.
— Balivernes ! S'indigna un religieux. Ce n'est qu'une légende !
— Non, c'est une histoire vraie. Souligna l'un des juges. Le récit a été malmené par le temps et beaucoup déformé, mais ce conte se base effectivement sur un vieux procès.
Où voulez-vous en venir, Votre Altesse ?
L'assemblée ne savait plus quoi penser.
Haymlar et Hylden n'osaient croire au miracle.
Yiris était figée, elle ne s'attendait vraiment pas à une telle intervention.
— L'hérésie est un crime qui relève du droit divin, n'est-ce pas ? Interrogea Le Prince.
— Effectivement ! Acquiesça un juge.
— Donc, je peux utiliser un autre crime de droit divin pour soulever une exception, c'est exact ?
— Oui…
— Alors, j'utilise l'affaire que j'ai citée.
Une jeune femme s'est vu absoute du crime d'avoir tué son Roi parce qu'un des Princes de sang avait choisi de la prendre pour épouse, lui évitant le châtiment car personne ne pouvait se permettre de s'attaquer à une Altesse qui n'avait rien fait de mal en soi.
Selon nos traditions, l'épouse commence une nouvelle vie en se mariant, son mari endosse ses crimes, c'est une partie de son devoir de protection, la condition étant bien sûr que l'épouse ne lui cache rien.
Seuls des signes de tête aussi affirmatifs que stupéfaits des juges lui répondirent. Il décida donc de poursuivre.
— Par conséquent, moi Folken Lacour de Fanel, Prince de Fanelia, connaissant les actes de Yiris, je souhaite épouser cette femme et endosser son crime.
Il y eut d'abord un silence morbide, personne ne croyait ce qu'il avait entendu. Van avait les yeux écarquillés de stupeur.
Quand à l'accusée, toujours le regard au sol, elle croyait rêver.
Juste arrivés à l'entrée de la pièce, Meinmet, Yrkas et les soldats étaient tout aussi ébahis.
Puis, la contre-attaque commença, les religieux furent les plus véhéments.
— Allons, Votre Altesse, vos propos sont insensés ! Sans parler du fait que cette femme a utilisé sa sorcellerie sur vous !
Dubitatif, Van s'adressa aux juges :
— Est-ce que le raisonnement est juste ?
— Et bien, votre Majesté, répondit l'un des magistrats, les propos de votre frère sont rigoureux sur le plan du droit.
Dans la vieille affaire citée, après avoir épousé le Prince, il fut considéré que la jeune femme avait vécu sans avoir jamais accompli aucun crime. C'était comme si l'assassinat n'avait pas eu lieu.
— Bien ! Folken, tu as bien conscience des conséquences de ta proposition ? En épousant cette femme, tu lies ta vie à la sienne, tu devras donc assumer sa personne aussi bien que ses crimes.
— Je le sais et je l'accepte ! Répondit le Prince, déterminé.
Van croisa les bras. Sur un angle, cette issue l'arrangeait. Yiris avait montré qu'elle assumait ses erreurs, et si Hitomi avait pardonné, il le pouvait aussi en fin de compte...
En agissant de la sorte, Folken proposait le seul moyen de sauver l'accusée d'une mort certaine sans avoir à créer un dangereux précédent, c'était bon à prendre.
— Soit !
— Mais enfin, Votre Majesté, nous refusons de célébrer une telle union ! S'indigna un chef religieux.
— Et bien, je m'en chargerai moi-même ! Selon nos lois, la parole d'un Roi à la valeur de la parole divine. Je me souviens que mon père s'est d'ailleurs déclaré marié sans demander le consentement des autorités religieuses !
Pris au piège, les religieux n'avaient plus rien à répliquer. Les magistrats discutaient de la démonstration incroyable à laquelle ils venaient d'assister.
Luyren était fataliste, Mayek furieux…
— Yiris, même si je ne devrais pas te poser la question, vu que tu es ici juste une accusée, je te demande, au vu de tes états de service, ton souhait.
Veux-tu épouser mon frère ou préfères-tu la sentence ? Interrogea Van.
Il y eut un léger silence, la jeune femme crispa ses poings.
Après une hésitation perceptible, elle répondit d'une voix tremblotante sans détacher son regard du sol pour dissimuler ses larmes de dépit.
— J'accepte, Votre Majesté !
D'un côté, elle voulait vivre, d'un autre, il lui était intolérable d'être ainsi sauvée. Le mariage lui enlèverait son libre arbitre, elle qui s'était construite libre voyait tout s'effondrer…
Mais, de toute façon, sans ça, elle n'aurait pas l'occasion de se poser la question.
— Bien, lève-toi et prends la main de mon frère ! Ordonna le Roi.
Toujours gênée par ses entraves, la jeune femme frotta son visage du coude pour effacer les traces de ses larmes et commença à se relever péniblement. Folken lui tendit la main.
Un peu surprise, elle la saisit, puis leva la tête vers lui. Il la regardait intensément, avec une expression d'une grande douceur, elle ne l'avait jamais vu comme ça auparavant.
Il avait profondément changé, ce n'était effectivement plus Alexandre, mais pas plus non une personne différente.
Déstabilisée, elle esquissa un léger sourire accompagné d'un regard à la fois étonné et reconnaissant…
Comme réponse, elle sentit la main du Prince serrer un peu plus la sienne.
Quelques secondes, ils se trouvèrent comme seuls au monde. Cet étrange instant fut interrompu par les paroles du Souverain.
— En tant que Roi de Fanelia, dit Van en se levant, je déclare solennellement qu'en ce jour, mon frère Folken s'est uni à Yiris. Ils vivront donc jusqu'à la fin de leurs jours comme mari et femme.
Les nouveaux époux acquiescèrent chacun d'un signe de tête, puis le Monarque reprit son discours.
— Sachant que l'utilisation de cette exception ramène à la situation antérieure au crime, Yiris, tu possèdes encore tes titres. Les connaissant, je pense que ni les habitants de ton village, ni tes hommes ne vont te rejeter.
Cependant, tu es désormais une femme mariée, et tu ne pourras agir sans le consentement de ton époux, celui-ci peut diriger ta tribu à ta place et t'interdire d'administrer une armée.
Encore un flottement, la nouvelle mariée ressentit une brève peur, qui s'envola aussi vite qu'elle était venue.
— Le seul ordre que je lui donne, c'est d'agir comme bon lui semble ! Déclara Folken, souriant.
Van apparut amusé. Il reconnaissait bien la façon de penser de son frère, mais il restait stupéfait par ce qu'il venait de faire.
— Yiris, je présume donc que tu souhaites récupérer ton armée…
— Oui… Répondit-elle timidement, ayant du mal à réaliser ce qui se passait.
— Alors, qu'il en soit ainsi ! Conclut le Roi.
La foule observait le nouveau couple. Ils avaient quelque chose de surréaliste.
Lui, immense et pâle, vêtu d'un simple pantalon de toile beige, d'une chemise blanche et d'une veste bleue foncé, et elle, toute petite, les cheveux et la peau de la couleur du soleil, portant sa robe tâchée de sang.
Ils étaient totalement différents et bien loin de l'image traditionnelle des mariés élégants et heureux.
Lorsque Van quitta la pièce, indiquant que l'audience était levée, les partisans de Yiris se précipitèrent vers elle et la serrèrent dans leur bras, tandis que ses chaînes lui étaient retirées.
La jeune femme se retrouva rapidement ensevelie sous les accolades. Elle ne pouvait s'empêcher de pleurer de joie, elle allait vivre !
Du côté de ceux qui avaient juré la perte de la générale, c'était l'incompréhension. Mayek n'en revenait pas, il avait envie de hurler.
Cependant, il retint sa rage sachant que son opposition au Souverain pourrait lui valoir de sérieux problèmes.
Soulagé autant qu'abasourdi, Hylden avait lui aussi voulu prendre Yiris dans ses bras, mais sa femme l'avait retenu dans son élan.
— Je suis désolée de voir cette pouffiasse s'en sortir. Ceci dit, j'avoue que je trouve la situation somme toute amusante…
— Et en quoi, Kyria ? Interrogea sèchement le général.
— Cette fille que tu désires tant ne sera jamais tienne. Si elle était morte, elle serait devenue ta martyre adorée, maintenant, c'est la femme d'un autre homme. Tu te rends compte, il va la posséder à ta place ! C'est d'une ironie !
— Tu es la pire des garces !
— Je pense que je peux me permettre de me réjouir de voir la situation. Depuis dix ans, tu me traites comme un meuble parce que tu ne penses qu'à elle, alors, je tiens ma vengeance ! On récolte ce que l'on sème !
Hylden ne répondit pas, il quitta la pièce, furieux.
Toujours ensevelie sous les marques d'affection, Yiris chercha du regard son ami de toujours. Le voyant partir tandis que sa femme ne cachait pas sa joie, elle s'attrista.
Quelque part, elle ne pouvait nier qu'elle l'aimait… Du moins, il lui semblait. Maintenant, tout devenait confus…
Puis, tournant la tête, son regard croisa celui de Folken, elle le trouvait étrangement doux et ne pu retenir un petit sourire timide en guise de réponse.
OoO
Après tous ces événements, Hitomi apprit les larmes aux yeux la conclusion de l'affaire de la bouche de Meinmet, venu à son chevet.
Pour la jeune femme, la solution employée ne fut pas une surprise.
Alors que se jouaient les dernières minutes du procès, sa vision s'était précisée : Yiris était assise aux pieds de Folken.
Néanmoins, il subsistait encore quelques doutes sur cette image. Déjà, les deux époux semblaient afficher une sincère complicité et ensuite, Folken était assis sur un Trône royal…
Ne sachant trop quoi penser, Hitomi décida de ne pas se focaliser sur ces détails pour le moment, si éclaircissements il devait y avoir, ils viendraient d'eux mêmes.
En attendant, elle était quelque peu fâchée vis-à-vis de Van qui lui avait caché la vérité au sujet de Yiris alors qu'elle lui avait faire part de ses doutes.
Certes, savoir n'aurait pas changé la situation, cependant sur le principe, cela l'avait vexée.
Meinmet était profondément ému de ce dénouement. Il s'était tant inquiété pour Yiris, devenue en quelque sorte la fille qu'il n'avait pas eu.
La savoir sauve, son honneur lavé était un soulagement. Et il trouvait qu'elle formait un couple assez original avec Folken, ils n'avaient rien en commun, mais son flair lui disait qu'ils étaient faits pour s'entendre.
Pour sa part, la générale était partie dans les quartiers de son armée. Quand ses hommes lui avaient demandé ce qui lui ferait plaisir pour fêter ça, elle avait simplement demandé à manger.
Ce fut chose faite. Enroulée dans un grand châle coloré prêté par l'épouse d'un des soldats qui dissimulait un peu sa robe tâchée de sang, la rescapée savourait des petits gâteaux en sirotant un thé.
Quand à Folken, il avait été convoqué par Van. Le Roi avait tenu à le recevoir dans ses appartements privés.
Le petit frère faisait les cent pas, tandis que son aîné restait debout, stoïque, puis, enfin, ce silence interminable fut rompu.
— Il n'y a aucun doute, c'est bien toi… Philosopha Van. Tu es le seul à avoir de telles idées !
— Tu avais encore des doutes ? Répondit calmement Folken.
— Non, ta tombe vide, notre conversation d'hier soir… Je suis tellement heureux de t'avoir retrouvé, même si cela échappe à mon entendement.
— Sache que je n'en sais pas davantage. Tout ce que je peux dire, c'est que je suis content d'être en vie, avec mon corps entier. Cette nouvelle chance est un précieux cadeau.
— Alors, pourquoi la gâcher en te mariant avec la première venue ?
— Yiris n'est pas la première venue ! Et, à ce moment-là, cela m'est apparu comme la seule solution pour la sauver. Elle a gardé mes souvenirs pendant dix ans alors qu'elle me connaissait à peine, m'a défendu au péril de sa vie, lui éviter la mort était le minimum que je pouvais faire en remerciement.
— Certes, mais tu te rends compte que tu as enchaîné ta vie à la sienne ?
— Tout à fait, et ça ne me pose pas de problème. J'aspire maintenant à une existence tranquille. Je pense surtout étudier calmement et profiter de mon pays. Me marier n'a jamais fait partie de mes projets, mais je m'en accommoderai. Yiris n'est pas parfaite, cependant, c'est une personne entière, et cette qualité suffit pour dire que cela me convient de l'avoir pour épouse.
— Oui, mais si un jour, tu rencontres une autre femme, une que tu aimes vraiment ? Que feras-tu ?
— Cela n'arrivera pas, j'en ai la conviction !
Folken avait dit ça avec un petit air rêveur qui avait intrigué son cadet. Néanmoins, celui-ci jugea utile de poursuivre ses reproches.
— Tu te doutes, qu'au moment où nous parlons, Mayek et les religieux cherchent par tous les moyens comment annuler ce mariage. Tu as utilisé le droit contre eux, ils vont faire de même contre toi.
— J'en suis conscient, cela dit, je ne vois pas en quoi ce mariage serait attaquable. Je n'étais pas marié avant, Yiris non plus, le fait que tu aies accepté l'union la rend valable.
— Il reste encore un argument, qui a défait bien des unions de paille, celui de la consommation !
— Et où est le problème ?
— Folken, il y a eu assez de mensonges et de manipulations de la part de Yiris, mais aussi de toi. Donc maintenant, vous allez jouer franc jeu, et vous comporter comme le couple idéal.
— Soit, et qu'est-ce que cela suppose ?
— Vous vivrez ensemble. Même si Yiris garde son armée, j'attends un comportement irréprochable de sa part en tant que Princesse. De plus, vous devez consommer ce mariage dès ce soir pour couper l'herbe sous le pied de vos adversaires !
— Cela ne me pose pas de problème.
— A toi non, mais à ta femme… Connais-tu son histoire ? Donc tu sais qu'elle a un contentieux avec les hommes sur ce point.
— Oui, cependant, je sais qu'elle n'est pas idiote !
— Si tu le dis… J'ai envoyé son amie Mila la chercher pour qu'elle la rende au moins présentable. Toi, tu n'auras qu'à prendre un bain ici en attendant de rejoindre ta femme… Bonne chance… Elle n'est pas stupide en effet, mais elle a beaucoup souffert.
Sur ce, Van quitta la pièce, laissant son frère seul. Ce dernier commençait à réaliser la portée de son acte.
Malgré tout, il restait malgré tout convaincu d'avoir choisi la bonne solution.
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Meinmet avait rejoint les réjouissances célébrant le salut de Yiris, il n'avait pu s'empêcher d'embrasser sa protégée sur le front et la jeune femme, reconnaissante, l'avait serrée dans ses bras.
L'ambiance était festive, jusqu'à l'arrivée de Mila qui vint chuchoter quelques paroles à l'oreille de son frère.
Haymlar l'écouta attentivement et prit un air dépité.
— Chef, faut que vous veniez…
Interrompue dans sa collation, Yiris fut prise d'une soudaine inquiétude.
La présence de son amie la rassura, même si un doute subsistait.
Elle se leva pour aller à sa rencontre. Haymlar laissa les deux femmes seules et invita les autres à continuer leur fête et faire comme si de rien n'était.
— Yiris, j'ai été envoyée par le Roi, il a dit que tu devais…
— Etre une bonne épouse, c'est ça ? Conclut la jeune femme qui avait senti le coup venir.
La tête haute, cachant l'angoisse qui s'était emparée d'elle, la mariée emboîta le pas à Mila.
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Enfin, Van était au chevet d'Hitomi, la jeune femme, toujours alitée, l'avait accueilli avec un grand sourire.
— Je te remercie !
— Ah bon, et pourquoi donc ? S'étonna le Roi.
— Parce que tu as dépassé ta colère. Si tu l'avais voulu, tu aurais pu t'opposer à ce mariage, tu ne l'as pas fait, au contraire…
— J'avoue avoir changé d'avis. Yiris n'a pas tenté de se trouver de fausses excuses. Ma foi, si tu lui avais accordé ton pardon, toi qui avais été sa victime, je me devais de faire preuve de mansuétude.
La jeune sourit tendrement et lui prit les mains.
— Merci quand même !
Van eut un petit air gêné. Hitomi savait lire dans ses pensées comme dans un livre ouvert.
Face à elle, il se sentait un simple homme et non un Roi.
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Allongée dans la grande barrique de la salle d'eau des appartements de son désormais mari, Yiris essayait de garder son calme.
Mila lui avait présenté la situation. Elle devait être totalement l'épouse de son mari et son amie avait pour tâche de la rendre la plus désirable possible pour cette occasion.
« Vaste programme » n'avait pu s'empêcher de remarquer la nouvelle Princesse avec cynisme.
Sentant l'eau refroidir, Yiris en sortit. Mila était aux petits soins avec elle. Elle essayait de la rendre aussi belle que possible, même si l'état du corps de sa patronne, et notamment la présence massive de points de sutures frais, la désespérait.
Alors qu'elle se battait avec les innombrables nœuds dans les longs cheveux blonds, la tenancière lança la discussion sur ce qu'elle considérait comme un véritable événement.
— Cela va être le grand soir pour toi ! Prête ?
— Oh ça va, les principes, je les connais. Cela fait longtemps que je dirige ton établissement, je crois y avoir tout vu… Et ce que je n'ai pas vu, tu ne t'es pas privée de me le raconter !
— Ce n'est pas faux ! S'amusa Mila. Mais quand il s'agit de soi-même, c'est différent…
— Je ne suis pas sotte, je sais qu'il faut séparer le corps de l'esprit dans ce genre de situation.
— C'est quand même ton mari, tu devrais essayer de faire l'effort de l'aimer un peu. Tu vas être sa Princesse jusqu'à la fin de tes jours, autant y mettre du tien pour que la cohabitation soit bonne.
Un soupir grincheux lui répondit, mais il en fallait plus pour la faire taire.
— Si on oublie tes balafres, tu n'es pas moche ! Bon, certes, un peu trop musclée, ton vice de la pâtisserie t'est un peu descendu sur les hanches mais on trouve bien pire !
D'autant plus qu'à part tes très légers plis au bord des yeux et les deux, trois cheveux blancs que j'ai aperçu en te peignant, mais que ta teinte naturelle cache habilement, tu fais très jeune. Personne ne te donnerait presque la quarantaine !
Je me rappelle que quand je t'ai vu la première fois, je t'ai prise pour une gamine plus jeune que mes débutantes !
— A t'entendre, je suis presque un bon parti… Ironisa Yiris.
— Un bon parti, je n'irais pas jusque là mais tu as un indéniable petit côté exotique ! Tu te rappelles quand tu as débarqué au bordel avec ton acte de propriété ?
— Non, ne me parle pas de ça ! Répondit, Yiris, affligée, se cachant le visage entre ses mains.
— Ah si ! Je me rappelle, les filles voulaient vérifier l'authenticité du papier, alors qu'aucune de ces gourdes ne sait lire… Je viens vérifier, et quand je leur ai certifié que c'était bon, elles ont exigé…
— Que je me plie à la règle du jeu des nouvelles venues, même si ce n'était pas pour bosser ! Je remercie encore Maga qui a lancé l'idée !
— Et bien, n'empêche que, quand tu t'es mise toute nue, tu as fait un sacré effet…
— Ô joie…
— Allez, à ce que je sais, ce n'est pas du dégoût qu'il y avait dans le regard de ton mari quand il se penchait sur toi, tout du contraire…
A ces mots, la générale haussa les épaules et soupira une nouvelle fois, agacée. Elle ne souhaitait pas relever la remarque.
D'autant qu'à y réfléchir, elle était fondée, l'expression tendre du Prince était loin de lui avoir échappé.
Cette fois, l'ancienne prostituée espérait avoir fait mouche et reprit son sermon.
— Alors, ne serait-ce que pour le remercier, fais un effort ! Mets-toi à ton avantage et montre que tu as une âme, bref que tu es un être humain, plus précisément, une femme !
Crois-en mon expérience, ce n'est pas en te comportant comme une de tes employées que ça va bien se passer…
Bien qu'ayant écouté là encore le conseil, Yiris resta muette et se contenta d'opiner légèrement de la tête en fermant les yeux.
Mila n'osa pas insister davantage, elle avait fait le tour de la question et il était clair que sa patronne était bornée et que tenter de la convaincre était vain.
Elle espérait juste que tout se passerait pour le mieux car plus que la propriétaire de son bordel, Yiris était avant tout une amie.
Dans le huis-clos de salle d'eau, il y eut un silence pesant avant que la mariée se décide à reprendre la conversation.
— En parlant de ton expérience, je pensais à une chose.
— Quoi donc ? S'étonna la tenancière.
— Comme tu le dis, je suis une Princesse maintenant, et je pense qu'il n'est pas convenable qu'une Princesse soit gérante de bordel, n'est-ce pas ?
— Oui, probablement, mais où veux-tu en venir ? Demanda Mila avec inquiétude.
— Depuis que j'ai gagné ton établissement il y a presque dix ans, je me suis contenté d'empocher ma part et t'ai laissé tout gérer, ce que tu as fait avec brio. Par conséquent, j'estime que tu mérites d'être ta propre patronne, je te cède l'affaire à titre gracieux, je te ferai l'acte dès demain !
Le visage de Mila s'illumina d'un large sourire et quelques larmes apparurent au coin de ses yeux.
— Vraiment ?
— Crois tu que je mentirais à une amie ? Répondit Yiris qui arborait elle aussi un large sourire.
— Merci, merci ! Alors n'imites pas MES employées quand tu seras avec ton mari ! S'amusa la tenancière qui ne put s'empêcher de serrer sa future ancienne patronne dans ses bras.
Et, tandis que la prostituée à la retraite se répandait en remerciements, l'esprit de la nouvelle Princesse était ailleurs.
Calmement, elle essayait de se représenter ce qui l'attendait…
