Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]
Publié pour la première fois le 8 février 2012
Chapitre 19
Les noces de silence
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
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Drapée dans un déshabillé de soie blanche brodé d'or, fermé d'une épaisse ceinture rayée or et blanc nouée sur le côté, ses longs cheveux bouclés libres, Yiris arrivait encore à garder son calme.
Elle avait l'impression d'être une proie prise dans un piège…
Quoique… non… Ainsi apprêtée, elle se sentait plutôt condamnée, prête à être sacrifiée…
En effet, son sort était scellé. Tant qu'à choisir entre cela et la mort, elle était réaliste. Cela dit, sa fierté en avait pris un coup…
Pour elle qui s'était construite seule au fil des années, devoir son salut à la demande en mariage in extremis d'un Prince avait tout d'une humiliante reddition.
Elle se revoyait enchaînée, vêtue de sa robe maculée de sang…
Encore maintenant, elle était surprise que Van ait cédé face à son frère et accepté de célébrer cette union invraisemblable qui lui offrait une providentielle immunité alors qu'elle avait attenté à la vie d'Hitomi.
Pour la suite des événements, il fallait se rendre à l'évidence, l'argument de non consommation serait le premier utilisé contre elle.
Mentir était possible mais, comme l'avait mentionné à juste titre le Souverain, il fallait désormais être honnête et assumer ses actes…
Assumer ce qu'impliquait ce mariage.
Le regard perdu, plongé dans les flammes crépitantes de la cheminée, Yiris redoutait ce qui l'attendait.
Soudain, de brèves visions de la tentative de viol dont elle avait été victime à quatorze ans défilaient dans sa tête… Mais elle s'efforça de les chasser !
Folken n'était pas Dirken, elle le savait… Malgré tout, le mal-être était bien présent.
Ironique, Yiris se compara aux déesses grecques Athéna et Artémis, ainsi qu'aux amazones, sachant que ces dernières ne pouvaient goûter au plaisir de la chair qu'à la condition d'avoir déjà tué, ce qui n'était pas son cas…
A y réfléchir, elle s'était fiée à sa culture en choisissant de ne pas se laisser approcher par un homme afin de préserver son statut de guerrière.
Cette époque était révolue. Cependant, elle espérait que cela n'aurait pas trop de conséquences sur sa crédibilité auprès de ses soldats…
Pour se changer les idées, elle pensa à toutes les plaisanteries de la gérante de son bordel sur le sujet.
Les discussions osées entre la prostituée expérimentée devenue maquerelle et sa patronne encore ignorante en la matière étaient souvent très fleuries…
Quelques minutes auparavant, Mila lui faisait un grand discours sur cette étape. Avant de la quitter, elle l'avait prise dans ses bras et lui avait dit à l'oreille.
— Tu es forte, mais montre que tu peux être douce aussi. De ce que j'ai compris d'une amie qui a connu cet homme il y a longtemps, c'est une personne très correcte, pas une de ces brutes qui remplissent les caisses de notre affaire. Alors, je t'en prie, essaie de profiter, les hommes ne sont pas des barbares et, toi, tu n'es pas une victime !
Ces dernières paroles l'avaient profondément émue. Mila était précieuse à ses yeux et elle remerciait le Roi d'avoir eu la bonté de lui accorder cette présence réconfortante étant donné les circonstances.
Grâce à son amie, la jeune femme se sentait mieux, même si une angoisse d'adolescente effarouchée persistait au fond d'elle.
Une inquiétude palpable, trahie par façon nerveuse dont elle entortillait ses mèches de cheveux autour de ses doigts…
Soudain, la porte s'ouvrit et Folken apparût. Vêtu d'une tenue décontractée, un simple pantalon de toile claire, une chemise verte nouée d'une cordelette, le tout surmonté d'une longue veste beige, il lui parut d'un calme olympien. En totale contradiction avec la panique qui s'emparait d'elle.
Il s'avança vers son épouse, la fixant droit dans les yeux, avec cette étrange intensité qui le caractérisait si bien.
Terriblement mal à l'aise, elle ne put soutenir son regard.
C'est lorsqu'elle sentit sa présence au plus près d'elle, qu'elle se résigna et leva les yeux vers lui.
— Nous y voilà. Fit-il. Je ne pense pas qu'il y ait besoin de revenir sur la situation et ce que l'on attend de nous.
— Effectivement non… Répondit Yiris en détournant à nouveau la tête.
Folken soupira, la jeune femme crut déceler un léger tremblement dans sa respiration.
— Je suis désolé que l'on en soit arrivé là. Mais à l'approche du verdict, c'était la seule possibilité qui se présentait, alors je l'ai saisie.
Tu m'as sauvé la vie et tu as préservé ma mémoire, t'éviter une mort injuste était le minimum que je devais faire pour payer ma dette.
— Je sais, pas besoin de s'étaler. La fin justifie les moyens, je suis une des premières à penser de cette façon.
S'en suivit un moment de silence, entrecoupé par les crépitements du feu.
— Soit ! Fit Folken toujours aussi inébranlable. Faisons ce que nous avons à faire.
Il voulut s'approcher encore davantage mais elle recula instinctivement.
Intérieurement, elle se maudissait de se montrer si puérile, si faible…
— Parfois… Je suis stupide… Dit-elle dans un rire nerveux.
— Non… Je ne pense pas ! Lui répondit-il.
Etonnée par ces propos, Yiris releva la tête. Perplexe, elle dévisagea son mari sans rien dire. Décidemment, c'était un homme étrange.
De son côté, Folken comprit pourquoi son frère l'avait prévenu. Tout aussi forte soit-elle, son épouse était hantée par ses démons du passé.
— Ecoute, je sais ce que cet Dirken t'a fait. Il a voulu te faire payer ton refus de te soumettre. Je me doute que cela a laissé des traces…
Touchée par ces paroles, Yiris esquissa un sourire pincé.
— Oh, je ne suis pas si traumatisée que ça non plus. J'ai interrompu ce salaud avec un bon coup de poignard dans le ventre avant qu'il ne parvienne à ses fins. Et, quand même, je suis une ex-gérante de bordel, certes un hasard dû à un duel gagné, mais un fait !
— Tu dis ex-gérante ?
— En effet, j'ai cédé mon établissement à Mila, il lui revenait de droit.
— C'est dommage, il aurait été amusant de voir la réaction du clergé face à une maison close tombant dans le domaine royal...
Dans un rire bon enfant qu'elle ne pu retenir, la jeune femme continua sur un ton plus léger mettant en valeur son accent grec chantant.
— Ce n'est pas faux, j'ai toujours tendance à me projeter trop en avant, j'aurais dû attendre !
— Dommage que l'on ne t'entende pas rire de bon cœur plus souvent, tu as un rire agréable.
Troublée, Yiris revint sur la défensive, au grand dam de Folken.
— De toute façon, avec mon statut, reprit-elle, me compromettre dans une relation intime avec un homme pourrait entraîner des conséquences fâcheuses.
J'ai beau être générale, aux yeux de tous, je reste avant tout une femme. Si j'avais eu un amant, je serais devenue une pute… Sans compter les risques que je prenais si le type me trahissait et allait étaler mon intimité en détail sur la place publique.
— Tout le monde n'est pas comme ça… Fit Folken désireux d'éclaircir un point.
— Vous parlez de Hylden, je présume. Détrompez vous, je peux vous jurer que notre plus grande intimité se résume à un baiser si léger que l'on caractériserait de souffle, et cela remonte à dix ans. De toute façon, j'ai des principes, et je n'avais aucune envie de devenir la maîtresse d'un homme marié.
— Oui, mais la pensée t'a traversée l'esprit.
— Je le concède… Répondit-elle d'une voix quasi inaudible. Mais… Ajouta-t-elle en reprenant de l'assurance, je sais que dorénavant, mon attitude se doit d'être irréprochable. Par conséquent, je me garderai bien de laisser place à une quelconque ambiguïté. Je ferai ma part du marché.
— Moi aussi, rassure-toi. J'ai bien d'autres choses à faire que de courtiser les filles, j'en ai assez séduit adolescent… S'amusa Folken.
Un petit rire partagé détendit à nouveau l'atmosphère. Puis, reprenant son sérieux, le Prince posa sa main sur la joue de Yiris qui se pétrifia telle une statue de sel.
— Ne t'en fais pas, je ne salirais pas ton honneur. Tu as veillé sur mes souvenirs, je te dois bien plus que la vie !
La jeune femme acquiesça d'un signe de tête, Folken semblait être un honnête homme après tout.
Alors, elle se détendit, ferma les yeux et laissa tomber ses bras, ballants, le long de son corps.
Cette vision émut le Prince qui ressentait bien que la jeune femme avait puisé dans ses réserves pour garder son calme.
La voir telle une condamnée face à son bourreau le peinait profondément.
Il caressa ses cheveux, seules quelques tressautes nerveuses trahissaient qu'il ne touchait pas un rocher à visage humain.
Tandis que sa main commençait à effleurer l'épaule à travers le tissu du déshabillé, il vit subitement les sourcils se crisper, retenant une larme qui commençait à couler sur la joue de la jeune femme.
Yiris prenait sur elle, elle ne devait pas s'effondrer !
A cet instant, il voulut tout arrêter… Mais le problème ne s'en retrouverait que repoussé. Une fois consommé, ce mariage serait incontestable sur le plan légal.
Il fallait le faire...
Il la regardait, et plus il la détaillait, plus une étrange sensation l'envahissait. Malgré les mutilations, c'était une jolie femme, ronde ce qu'il fallait avec des traits fins, juste quelques légers plissements au bord des yeux trahissaient son âge.
Si la vie lui avait épargné toutes ces horreurs, elle serait devenue fort plaisante pour les hommes.
Soudain, il se souvint de son corps ensanglanté suite au combat du lac et du sourire qu'elle lui avait lancé avant de s'effondrer à bout de force.
Puis, il la revit lorsqu'il avait repris conscience suite au long cauchemar qui lui avait rendu son passé.
Et ce petit air tendre qu'elle avait eut à ce moment, la première chose qu'il avait vu en ouvrant les yeux…
Pour la première fois de sa vie, il ressentit un pincement au ventre, un tourment viscéral, quelque chose qui ébranlait son comportement rationnel.
Lentement, il la prit dans ses bras. La différence de taille étant si impressionnante que la tête de la jeune femme arrivait à peine au niveau de son cœur.
Etrangement, Yiris vit ses tremblements s'atténuer. Pour la toute première fois, elle sentait une douce chaleur contre son être. Indescriptible.
— Fais le vide, oublie le monde… Murmura Folken.
Alors, la générale inspira profondément et releva la tête en ouvrant ses yeux encore bouffis par les larmes retenues.
Un échange de regards et le jeune homme fit glisser sa main sur le cou de son épouse repoussant légèrement le tissu de son vêtement tandis que son autre paume enserrait celle, si étrangement menue, de Yiris.
Doucement, il se pencha vers elle. Comme ayant compris son intention, elle se mit sur la pointe des pieds et ils s'embrassèrent.
Son premier vrai baiser… Déroutant… Mais, en dépit de la situation, elle le perçut comme étonnement doux et tendre.
D'abord aussi léger qu'un effleurement, il devint un peu plus appuyé mais restant toujours à la surface des lèvres. Yiris se surprit à apprécier cet instant.
Se laissant retomber, la jeune femme afficha une mine embarrassée que le Prince trouva adorable.
Elle semblait telle une jeune adolescente déstabilisée par ses premiers émois, méconnaissable.
Folken fit abstraction des circonstances.
Ainsi, il se laissa aller un étrange désir qui l'envahissait. Spontanément, il saisit Yiris par la taille et, lui caressant le dos partant de la nuque vers le creux des reins, il savoura le dessin de la cambrure féminine du dos.
Impossible pour elle de rester stoïque, le geste la fit frissonner.
Gêné par la trop grande différence de taille entre eux, le Prince décida de soulever la jeune femme et de la porter vers le lit.
Bien que surprise, elle se laissa faire.
Le mieux était d'essayer de se détendre, de se laisser aller. Comme l'avait dit Mila, elle ne serait pas une victime qui se débattrait dans tous les sens, elle se montrerait digne.
Aussi, lorsque Folken l'allongea sur le matelas, elle demeura lascive telle qu'elle avait été déposée, le déshabillé découvrant légèrement ses cuisses musclées par des années de combat et laissant entrevoir son décolleté pulpeux.
Elle devenait soudainement encore plus désirable.
Le Prince s'assit sur le bord du lit, et lui caressa le visage avant de descendre effleurer la poitrine du bout des doigts et dénouer la ceinture.
Déstabilisée, la respiration hachée, Yiris s'efforça de se contrôler.
Le tissu soyeux glissa sur la peau, laissant apparaître en grande partie sa nudité. Délicatement, Folken se débarrassa du vêtement qui la recouvrait et le laissa tomber sur le sol.
Comme irrésistiblement attiré, il se pencha vers elle et déposa un baiser léger sur ses lèvres avant de se relever et de se dévêtir à son tour.
Yiris luttait toujours pour garder son calme. Pourtant, c'était loin d'être le premier homme nu qu'elle voyait. Soldat ou client du bordel, c'était quasi son quotidien, là, les choses étaient différentes…
Fixement, elle regardait le visage du Prince, essayant de comprendre à son expression ce qu'il pensait.
Quand il fut dévêtu, il s'étendit doucement sur le corps de son épouse dont le cœur rata deux ou trois battements tellement elle était embarrassée.
Une autre peau contre la sienne, cette sensation fut pour elle un mélange de gène et d'une douce chaleur.
Puis, le Prince commença à caresser la peau meurtrie de la jeune femme. Malgré le relief des cicatrices, celle-ci lui parut néanmoins douce.
Touché à la vue de certaines blessures qu'elle avait reçues en lui sauvant la vie, il se laissa aller à embrasser quelques balafres.
Yiris le regarda faire silencieusement, songeuse.
Elle qui pensait que l'affaire se réglerait en quelques minutes, se trouvait l'objet de marques de tendresse montrant la volonté de son partenaire de prendre son temps et de la respecter. Il voulait en profiter.
Cependant, ce qui la surprit le plus et l'émut, c'était son désir de lui faire apprécier ce moment.
Nus l'un contre l'autre, ils se regardèrent les yeux dans les yeux. Un lien semblait les unir à ce moment précis, c'était irrationnel, mais ils se laissèrent aller à le suivre.
A nouveau, ils s'embrassèrent. Ce baiser là fut différent, interminable et torride. Leurs langues s'emmêlèrent à en perdre haleine.
Comme en quête d'air, la jeune femme se cabra, ce qui attisa davantage le désir du Prince. Son regard avait changé. Il n'avait plus rien de celui de l'homme calme et posé, il trahissait une soudaine passion.
Quand à Yiris, elle se laissait enivrer par la sensualité de l'instant, oubliant, peu à peu, tous ses principes de détachement.
Sous le tourbillon de baisers qui parcourait son corps mutilé, elle ne pouvait retenir de petits gémissements. Les douces sensations procurées par ces préliminaires la dépassaient.
Un geste spontané, elle se prit à caresser les épaules de son partenaire.
Percevant ce léger effleurement, Folken détailla son épouse. Elle semblait encore un peu mal à l'aise.
Cependant, face à l'expression à la fois tendre et sensuelle qu'il affichait, sans trop savoir pourquoi, elle se sentit soudain en confiance.
Alors, elle s'enhardit et commença à parcourir le torse musclé, passant doucement ses doigts sur les sutures de la blessure de la flèche, encore fraîches, puis sur la cicatrice au niveau du cœur.
Elle réalisait à quel point cet homme était beau, grand, aux proportions harmonieuses…
Elle se surprit à esquisser un petit sourire gourmand.
De plus en plus assurée, sa main descendit et s'aventura sur les hanches de son mari. Et dans un sursaut d'audace, elle vint frôler sa virilité.
Déconcerté, un puissant frisson parcourut Folken. Cependant, il parvint à conserver son calme.
Souriant, il embrassa le front de la jeune femme avant de poser son oreille sur son cœur en lui caressant langoureusement la poitrine.
Ainsi, il apprécia le rythme des battements s'emballer, sentant davantage la respiration haletante.
Passionné, Folken fit rouler son épouse de côté et la plaça au dessus de lui.
Il en profita pour glisser ses paumes le long de sa colonne vertébrale jusqu'à la chute de ses reins tandis qu'elle reposait doucement son visage contre son torse en laissant ses mains se balader au gré des reliefs de son corps.
Toute notion de lieu et de temps avaient disparu, les deux amants semblaient même avoir oublié qui ils étaient, seule cette attirance irrésistible gouvernait leurs gestes.
Après un long échange de caresses, le Prince ressentit l'envie incontrôlable de posséder totalement son épouse.
Doucement, il l'installa sur le dos et commença à lui effleurer l'intérieur des cuisses avant de les écarter délicatement.
Brutalement, Yiris revint à la réalité. Paniquée, elle voulut se dégager par réflexe de survie. Folken para in extremis un violent coup de poing au visage mais subit un coup de genou dans le flanc.
— Oh merde ! Lâcha la jeune femme honteuse de son geste. Je ne voulais pas, je…
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase, le Prince posa son doigt sur sa bouche.
— Calme-toi. Je suis désolé, je crois que je me suis laissé emporter par ma fougue. Tu ne seras jamais en danger avec moi !
Yiris le regarda interloquée. Puis, le silence revint.
Cherchant à la rassurer, il se blottit contre elle en dégageant les immenses cheveux couleur d'or, afin qu'aucun obstacle ne s'interpose entre leurs peaux.
Alors, elle reprit confiance et son corps mutilé se détendit.
Pour la première fois depuis qu'elle était sur Gaea, elle se sentait vraiment en sécurité.
Folken reprit doucement son étreinte. Méconnaissable, il agissait malgré lui, obéissant à ses pulsions qui le poussaient à la faire sienne.
Il tenta de se frayer un chemin en elle, en vain, tant elle était contractée à l'image de ses doigts qui se crispaient sur les draps à hauteur de sa tête.
Conscient qu'il risquait de la blesser, il s'étendit sur le côté et lui prenant doucement le menton, l'incita à le regarder.
Agitée de spasmes nerveux, elle affichait une expression désemparée. C'était la deuxième fois qu'elle montrait sa part de vulnérabilité. Il reconnaissait sans peine cet étrange regard perdu qu'elle avait eu au lac avant de s'effondrer sous les coups.
Il lui répondit par un sourire emprunt de calme et de tendresse, ce qui la détendit. D'une main, il lui caressa la joue avant de descendre sur son épaule, son flanc, sa hanche…
Passant son autre bras sous son cou pour se saisir de sa nuque, il la força à l'embrasser tandis qu'il ses doigts s'aventuraient encore plus bas.
Comprenant son intention, la jeune femme ferma les yeux. Décidément, pensait-elle, elle avait vraiment affaire à un homme totalement différent des autres.
Là où n'importe quel autre aurait conclu sans se soucier de la souffrance causée, il tentait de l'apprivoiser.
Cependant, rien n'y faisait. Yiris s'arquebouta pour se dégager de son emprise et se recroquevilla sur le côté, lui tournant le dos.
Cette fois, il comprit que quoiqu'il fasse, elle resterait prisonnière de son appréhension et n'insista pas.
Basculant sur le dos, il sentit un profond trouble s'emparer de lui. Son cœur battait à s'en rompre.
Il se redressa et regarda Yiris.
Recroquevillée, les yeux rougis perdus dans le vague, son esprit semblait fuir ce qui lui apparaissait comme une torture interminable.
Lentement, il la rallongea sans qu'elle n'oppose la moindre résistance avant de s'étendre sur elle.
S'appuyant sur ses coudes, il saisit ses mains entre les siennes et entremêla ses doigts aux siens.
Sans y réfléchir, il murmura quelque chose à l'oreille de la jeune femme.
A l'entendre, son épouse ouvrit de grands yeux stupéfaits et se relâcha un peu. Pour parfaire sa détente, le Prince l'embrassa à nouveau avidement, et, tout en douceur, il s'immisça en elle.
Yiris aurait voulu garder sa douleur pour elle mais ses mains se crispaient peu à peu sur celles de Folken.
Quand sa dernière résistance céda, la générale s'efforça de retenir ses larmes. La sensation lui parut tel un coup de poignard.
Folken se redressa un peu. Observant sa femme, il eut la déstabilisante impression d'avoir affaire à un adversaire reconnaissant sa défaite.
Une certaine émotion s'empara du Prince. Tendrement, il libéra une de ses mains et caressa le front et les mèches de la chevelure blonde de sa partenaire.
Touchée par son geste, les traits de la générale s'adoucirent et, lentement, elle effleura le bras de son mari avant de lui sourire.
Il se pencha vers elle, soufflant doucement sur ses lèvres pour les inciter à s'ouvrir. Il y glissa sa langue et ils échangèrent un baiser langoureux.
Yiris ne pouvait s'empêcher de se sentir humiliée mais cette façon passionnée qu'il avait de l'embrasser faisait vaciller ses certitudes.
Et, peu à peu, faisant le vide dans son esprit, elle s'abandonna.
La voyant lâcher prise, Folken commença ses va-et-vient avant de s'allonger contre elle. Il s'acharna à garder une certaine maitrise, sentant les ongles de Yiris plantés dans sa chair.
En effet, les faibles mouvements de hanches du Prince firent éprouver à la jeune femme une douleur semblable à celle du sel sur une blessure ouverte.
Ainsi, les mouvements se firent d'abord doux et lents pour éviter de faire souffrir davantage la plaie qu'il venait d'ouvrir.
Progressivement, la douleur de Yiris s'estompa. Perdue, elle s'interrogeait sur ce qu'elle ressentait… Du plaisir ?
Sentant qu'elle se relâchait, le Prince commença à donner des coups plus rythmés et violents. Echappant à tout contrôle, il couvrit le visage et le cou de son épouse de baisers passionnés.
Yiris soupira d'aise, la souffrance initiale avait définitivement laissé la place à une agréable volupté.
Pour la première fois, un homme la faisait exister en tant que femme, une impression au combien étrange mais qu'elle se plut à savourer.
Jamais elle n'aurait cru cela possible et, dans une sorte de réflexe animal, la concupiscence l'incita à onduler ses hanches pour accompagner les mouvements du Prince.
Les coups de reins devinrent encore plus bestiaux. Yiris prit davantage d'assurance.
Comme voulant l'emprisonner de son corps, elle enlaça son mari de ses bras et enserra ses jambes autour de lui.
Sentant cette audace, il redoubla d'ardeur. Il la chercha du regard. Ses yeux couleur d'energist se noyèrent dans ceux au vert bigarré de son épouse.
Des femmes, il en avait connu, mais Yiris lui semblait unique, surpassant de loin toutes les autres.
Sans doute n'était-elle pas la plus ravissante aux yeux de la plupart de gens, mais auréolée de sa longue chevelure blonde, illuminée par un magnifique sourire, elle lui apparaissait sublime à ce moment précis.
L'espace d'un instant tout devenait clair, il voulait la conquérir, elle !
Auparavant aucune autre n'avait suscité chez lui ce désir de possession.
Libérée de toute inhibition, Yiris poussait de longs soupirs rauques. Folken en devenait fou.
Il posa une main sur le front de la jeune femme et, caressant sa chevelure en l'embrassant sensuellement, l'incita à reposer sa tête sur l'oreiller.
Ce plaisir, il voulait encore le faire durer, aussi bien pour lui-même que pour elle… Ainsi, en sueur, repoussant ses limites, il poursuivit son étreinte torride.
Dans un dernier mouvement sec du bassin, une intense bouffée de plaisir leur coupa la respiration.
Les deux corps se relâchèrent totalement. Folken s'écroula sur sa femme, et, tendrement, celle-ci passa la main dans ses cheveux.
Son souffle retrouvé, le jeune homme se dégagea et s'assit. Déconcerté, il ne s'était pas reconnu dans ses actes.
Ereintée physiquement et psychologiquement par la journée surréaliste qu'elle venait de vivre, elle commença à fermer les yeux mais s'efforça de rester attentive à la réaction de son mari.
Celui-ci se leva et constata quelques petites tâches de sang près des cuisses de son épouse, qui, une fois ses esprits retrouvés, se sentit profondément embarrassée face à cette situation.
Lui bascula alors d'un sentiment de confusion à une sorte de fierté, celle d'avoir fait sienne la jeune femme.
Touché par sa gêne, il la recouvrit en silence du drap froissé et elle lui lança un petit sourire en remerciement.
Il contourna le lit et alla s'asseoir de l'autre coté pour réfléchir.
Après quelques instants, il se tourna vers Yiris, celle-ci s'était assoupie. Détaillant la vision de l'endormie dont le flot de cheveux se répandant autour d'elle telles d'étranges vagues lumineuses, ses yeux s'attardèrent sur le galbe de la poitrine mis en valeur par les draps tendus par une main posée sur le ventre…
Il cherchait à comprendre les raisons de cette attirance folle qu'il éprouvait pour cette femme.
Lui, qui n'avait jamais aimé céder à l'empressement, venait de se surprendre à se laisser dévorer par une passion incontrôlable.
Se remémorant ces instants, il en arrivait à se demander s'il n'avait pas rêvé l'étreinte qu'il venait de vivre, et s'il lui avait réellement murmuré un « Je t'aime » passionné à l'oreille de Yiris qui, profondément touchée par cette déclaration d'amour inespérée, s'était enfin offerte à lui.
