Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]
Publié pour la première fois le 14 février 2012
Chapitre 20
Le concept de dignité
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
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Quand Yiris émergea de son sommeil, la première chose qu'elle remarqua était qu'elle avait quelque chose dans la main.
La jeune femme ouvrit les yeux et constata avec une certaine émotion qu'elle tenait son bâton.
Revoir ce vieux compagnon lui fit très plaisir.
Allongée sur le coté, regardant vers le mur, sentant une petite brise venue de la fenêtre sur ses épaules, elle se demandait comment son précieux bien avait atterri ici.
Force était de constater que seul Folken se serait aventuré à le déposer ainsi.
La générale s'assit dans le lit. Elle, qui était d'habitude dépourvue de pudeur, prit soin de garder sa poitrine couverte du drap.
Jetant un coup d'œil alentour, elle conclut qu'elle était seule dans l'appartement.
Se levant d'un bond, elle courut d'un pas presque furtif vers la salle d'eau où elle se hâta de se rafraichir.
L'esprit absent, Yiris resta un long moment étendue dans la barrique, fixant le plafond tandis que ses cheveux flottaient autour d'elle tels des algues clairs.
Quelques brèves images la nuit précédente, accompagnées d'un sentiment de trainées brulantes sur la peau, lui traversèrent l'esprit.
Quand elle sortir de l'eau, elle se regarda dans le miroir, se trouvant un air stupide. Non, elle n'avait pas changé !
Elle allait quitter cet appartement et aller à la caserne, comme chaque jour !
Alors, un détail embarrassant lui vint à l'esprit : une partie de ses affaires étaient dans son baluchon perdu au milieu de la forêt, une autre était à Irini…
Quand à sa robe de la veille, couverte de sang séché, Mila l'avait été expédiée à la blanchisserie.
Bref, elle n'avait rien à se mettre. Hormis son déshabillé et il était impossible de sortir avec ça sur le dos.
Soudain, son regard se porta sur un petit panier laissé à l'entrée de la salle d'eau. Elle n'y avait pas prêté attention avant mais, là, il suscita son intérêt.
Elle le ramassa et constata qu'il contenait des vêtements de femme. Dans les tons de bleu, très simple, la robe était très ample, il y avait une paire de ballerines et des sous-vêtements assortis.
Tout comme le bâton, cela n'était pas arrivé tout seul. Yiris commença à réfléchir aux agissements de son mari.
Cependant, persistant dans sa volonté d'occulter la nuit passée, elle chassa directement toute idée et s'habilla.
En serrant bien la ceinture, elle finit par ajuster la robe pour qu'elle lui atteigne le milieu des mollets.
Bien trop grande, la jeune femme flottait littéralement dedans. Cependant, c'était toujours mieux que d'être nue !
Par chance, les chaussons bleus étaient juste un peu larges, marcher ne serait donc pas trop difficile.
Somme toute satisfaite car pas trop ridicule, la générale se regarda dans la glace en nattant ses cheveux encore humides avant de se décider à quitter la pièce.
Perdue dans ses pensées, elle sursauta quand elle se trouva face à Folken à l'entrée de la chambre.
L'air bête, elle se figea son bâton à la main, incapable de bouger d'un pas ou de dire le moindre mot.
Seul signe de vie, ses joues devinrent complètement rouges.
Le Prince s'en amusa et, souriant, s'approcha d'elle.
— Je vois que tu es enfin réveillée et que tu as trouvé ce que je t'avais préparé.
Un hochement de tête mécanique lui répondit affirmativement. Il dut se retenir de ne pas éclater de rire face à l'attitude de sa femme.
— Ce matin, je me suis levé tôt et j'ai réalisé que tu n'avais aucun effet personnel avec toi. Alors, je suis allé voir pour te trouver quelque chose. Comme j'ai dû parer au plus pressé, je suis désolé, ce n'est pas la bonne taille.
Toujours hagarde, Yiris étendit les bras, on aurait dit une chauve-souris.
— C'est mieux trop grand que trop petit ! Déclara-t-elle avec un air philosophe.
Cette fois, Folken ne put s'empêcher de rire. Et au bout de quelques secondes, Yiris enchaina de bon cœur.
Dans une situation embarrassante, l'humour pouvait être une bonne échappatoire. La générale reprenait ses esprits.
Maintenant que son cerveau était à peu près en état de fonctionnement, elle n'avait qu'une envie : sortir !
Ne voulant pas l'embêter davantage, Folken fit un pas de côté pour libérer la porte, Yiris se précipita.
Alors, qu'elle allait quitter l'appartement, un peu calmée, elle arrêta son geste sur la poignée de la porte, soupira et repartit quelques pas en arrière, vers son mari.
— Merci pour tout… En particulier pour le bâton ! Fit-elle d'une petite voix timide en s'inclinant.
En l'entendant, le Prince soupira amusé. Il avait simplement voulu lui faire plaisir et la confusion qui en découlait était particulièrement drôle.
— J'y ai pensé en quittant Irini mais j'ai oublié de te le rendre avant. Ce matin, en te regardant, je me suis dit que tu serais contente de l'avoir à tes côtés à ton réveil.
Simplement, Yiris sourit, serrant fort son bon vieux bout de bois dans la main. Elle opina de la tête et quitta la pièce.
Lui resta un moment simplement à réfléchir, il s'attendait à ce qu'il n'y ait pas de miracle. Elle garderait ses distances encore longtemps.
Même si cela serait sans doute frustrant, Folken saurait être patient.
Une bonne partie de la nuit, il avait juste regardé Yiris dormir, à quelques centimètres de lui. Plusieurs fois, il avait tendu la main vers son visage, voulu lui caresser la joue mais s'en était abstenu.
Il redoutait une réaction violente alors que, ce qu'il souhaitait, c'était qu'elle vienne à lui. Si elle s'était offerte une fois avec sincérité, cela signifiait qu'il pouvait espérer.
OoO
Le monde avait-il changé en l'espace d'une nuit ? Yiris arrivait le croire. Les gens la regardaient comme une bête curieuse en lui faisant des courbettes.
Essayant de ne pas y prêter attention, elle traversa à pas rapides les couloirs vers les quartiers militaires.
Et soudain, devant elle, dressées telle une barrière, elle se trouva face à Mila, entourée des filles. Toutes arboraient un sourire malicieux.
Dans un premier temps, la générale afficha une certaine perplexité face à ce comité d'accueil particulier.
— Alors ? S'exclamèrent-elles toutes en chœur.
Quelques secondes, Yiris devint tout rouge mais secoua immédiatement la tête pour retrouver ses esprits.
Prenant une inspiration, elle avança fièrement en fendant le rang.
— Fichez-moi la paix ! Ce ne sont pas vos affaires !
Déçue par son silence, les filles persistèrent à la taquiner.
— Allez quoi, chef, on ne vous cache rien, nous !
Au bout de quelques pas, sentant bien qu'elle n'allait pas s'en sortir comme ça, Yiris se retourna.
— Libre à vous de raconter vos vies ! Moi, je ne vous demande rien !
— En tout cas, fit Maga, la grande brune doyenne de l'équipe active, à voir votre tête, je ne me fais pas trop de soucis ! C'était bien, hein ?
La générale garda difficilement son aplomb tandis que toute la joyeuse bande éclatait de rire.
— Allez bosser, bande de feignasses, je n'ai pas encore rédiger l'acte de cession à Mila, donc…
— Tu n'es pas gentille, Yiris ! S'amusa la tenancière. J'ai un joli trousseau pour toi, nous allions justement le porter à ta chambre ! Enfin, va jouer au soldat…
Avec quelques gloussements et clins d'œil, les filles, gentiment houspillées par la maquerelle, s'en allèrent, laissant leur désormais ancienne patronne tranquille.
Celle-ci lâcha un soupir de soulagement.
Poursuivant sa route, elle parvint aux quartiers de sa garnison. Au milieu des soldats qui s'entrainaient, elle se sentit directement plus à l'aise, même si elle eu droit encore à son lot de têtes baissées.
Heureusement, pour certains, les choses étaient toujours pareilles.
— Hé, bonjour chef ! Vous tombez bien, je crois que le gars des inventaires d'armes a encore merdé, il manque plein de trucs.
Yrkas avait parlé sur son ton désinvolte habituel.
En passant, Yiris lui donna un léger petit coup de bâton sur le crâne, c'était une de leurs vieilles habitudes.
— Et, au fait, vous êtes très élégante ! Ajouta-t-il, ironique.
Cette fois, la générale s'arrêta net et réalisa l'incongruité de sa tenue. Sentant le coup de bâton venir, Yrkas s'éloigna à petits pas en souriant.
Après avoir repris son souffle, Yiris se contenta de lui lancer un regard mauvais qui fit rire les soldats ayant observé la scène.
Faisant comme si de rien n'était, la jeune femme commença à observer le fameux inventaire litigieux.
— Haymlar n'avait pas vérifié les quantités ?
— Ben, ces deux derniers jours, il n'a pas fait grand chose. On est en train de prévenir les familles de ceux qui ont péri dans l'attaque convoi et de voir comment les aider. Mine de rien, pour notre seule armée, ça représente soixante-dix neuf hommes…
Les gars de Metel ont fini par retrouver d'autres survivants. Mais, sur les deux cent quarante hommes lancés, seul un peu plus de la moitié a survécu. Déjà, aucun des quarante éclaireurs qui venaient de chez nous n'a été épargné…
— En effet, un massacre… Soupira Yiris. Mais je ne désespère pas de choper un jour ces bâtards qui nous ont piégé et de les faire payer…
Le silence se fit, la jeune femme visualisait l'attaque, la troupe qui s'était lancée à sa poursuite. Leur façon de faire n'avait pas d'équivalent connu. Ils étaient bien mieux entraînés et organisés que les meilleures troupes d'élite connues.
— Enfin, je vais aller donner un coup de main à Haymlar pour organiser le soutien de veuves et orphelins. On recomptera plus tard, le matériel attend toujours…
— C'est que…
— Que ?
— Le patron n'est pas là pour le moment…
— Ah ? Et où est-il passé ?
— Ben… Fit Yrkas en se frottant l'arrière de la tête pour dissimuler son malaise. Il est au Conseil.
— Au Conseil ? Je ne savais pas qu'il y en aurait un aujourd'hui ? Et en quel honneur il me remplace ?
Cette fois, le soldat savait qu'il allait déclencher une colère monumentale qui ferait trembler les murs de la caserne.
— Sa Majesté n'a pas voulu que vous y soyez… car il serait question de votre mariage…
En l'entendant, un doute s'empara de Yiris. Courant du plus vite qu'elle pouvait, elle retourna vers le bâtiment principal.
Au pied de celui-ci, maintenant que tout le monde la savait fausse-personne, elle n'eut aucun scrupule à se projeter directement sur un balcon du troisième étage et, passant par une fenêtre du salon, entra dans les appartements de Folken.
Son arrivée surprenante arracha un cri aux servantes qui s'affairaient à faire le ménage.
— Vous avez changé les draps ? Leur demanda-t-elle.
Un hochement de tête positif collectif fut sa réponse.
— Le drap du dessous, il est où ?
— Quand nous sommes arrivées, il n'y était plus… Expliqua une des domestiques, intimidée.
Tout était clair, Yiris ouvrit la porte avec rage et traversa le couloir, haineuse. Elle savait ce qui allait se passer et voulait à tout prix l'empêcher.
Pour gagner du temps, elle sauta directement au rez-de-chaussée de la cage d'escalier, stupéfiant le personnel.
C'est au sol qu'elle réalisa la stupidité de ce qu'elle s'apprêtait à accomplir. Faire un scandale se retournerait à coup sûr contre elle.
Encaisser l'humiliation était la meilleure façon de ne plus voir cette histoire revenir sur le devant de la scène.
Lançant un regard noir à ceux qui l'observaient, elle renonça à se rendre au Conseil pour aller se calmer dans les jardins.
OoO
Cela faisait longtemps qu'il n'y avait pas eu autant de monde pour un Conseil.
Le Roi avait convié son oncle et son frère, en plus de trois généraux et d'Haymlar. A cela s'ajoutait un représentant du clergé.
L'ambiance était glaciale. Le premier à prendre la parole fut le religieux.
— Votre Majesté ! Je m'élève à nouveau contre votre décision d'hier. Cette criminelle vous a manipulé, elle ne mérite pas de vivre et encore moins de faire partie de la famille royale.
— Il me semblait m'être déjà prononcé sur cette question hier… Répondit Van.
— Certes, mais cette union de paille salit l'institution du mariage. Laisser cet individu devenir Princesse alors que chacun sait qu'elle n'a presque plus rien d'une femme, c'est honteux.
— Et pourtant, je peux vous assurer que c'est bien une femme ! Intervint Folken, avec son calme légendaire.
— Que voulez-vous dire ? Demanda le religieux, dubitatif.
— Yiris est ma femme ! Et je l'ai honorée comme telle !
Un immense malaise envahit la pièce. Si Van restait stoïque, Meinmet était gêné, Hylden ne cachait pas son désagrément. Mais surtout, les autres étaient plus que stupéfaits.
Ne leur laissant pas le temps de reprendre leurs esprits, Folken se leva et ramassa une corbeille à ses pieds.
Sous les regards incrédules de l'assistance, il étendit le drap où on distinguait nettement de petites traces de sang séché.
— Cela répond à vos doutes sur l'authenticité de ce mariage ? Ou souhaitez-vous plus de détails ? Demanda le Prince avec un certain cynisme.
Personne n'osa répondre. Et le silence se fit de nouveau. Cette fois, ce fut Van qui prit la parole.
— Bien, cette affaire étant close, nous allons pouvoir parler d'une nouvelle qui date d'il y a deux jours. Il est largement temps de nous y attarder.
— Laquelle ? Questionna Luyren qui avait à peu près remis les pieds sur terre.
— Nous avons reçu un message d'Asturia. La conférence prévue sur l'affaire des voleurs d'energist aura finalement lieu dans cinq jours. Aussi, je souhaite me rendre au plus vite à Palas, je sais que les représentants d'Egzardia sont déjà sur place et ceux de Daedalus ne sauraient tarder.
— Bien, Votre Majesté. Répondit Mayek. Ce déplacement nécessitera quand même une préparation.
Cependant, tout pourrait prêt pour après-demain ! Puis-je savoir qui vous comptez emmener pour donner un avis militaire ?
— Afin de ne pas laisser le pays en position de vulnérabilité, sachant que les voleurs étaient récemment sur nos terres, je n'emmènerai qu'un seul général, Yiris.
— Comment ? S'indigna Mayek. Mais…
— C'est l'occasion de faire d'une pierre deux coups ! Coupa Van. Yiris a vu ce groupe agir et la présenter publiquement coupera court aux rumeurs qui ne manquent déjà pas à son sujet.
— En soit, ce n'est pas une mauvaise idée, remarqua Luyren, néanmoins, Yiris n'est pas vraiment la bienvenue à Asturia depuis… son petit coup d'éclat d'il y a trois ans.
— J'en suis conscient. Sachez qu'elle aura ordre de rester vêtue en femme et de se comporter comme telle, elle se contentera d'écouter.
Le compromis semblait bon, sauf pour Mayek qui ne digérait pas ce nouvel affront.
Le religieux non plus n'était pas satisfait mais on ne pouvait rien contre la volonté du Roi.
En quittant la pièce, Van se tourna vers sa famille avec un sourire.
— Folken, Meinmet, il est évident que vous venez aussi…
Si le plus jeune des Princes garda son calme habituel tout en se réjouissant de voyager, Meinmet sauta de joie, se bloquant le dos au passage.
Croisant Constantin dans le couloir, le Roi lui annonça quelque chose qui déplut profondément au garde du corps.
— Pour ce voyage, je me passerai de tes services.
Après s'être poliment incliné, le jeune homme attendit le départ du Souverain pour pester intérieurement sur ce qu'il considérait comme une disgrâce… au profit de sa sœur.
Soudain, son regard croisa celui de Folken. Le face-à-face entre les deux hommes fut glacial.
A deux doigts de sauter à la gorge de celui qui avait sauvé sa sœur, Constantin préféra rompre l'affrontement et quitter les lieux.
OoO
Mieux que la veille, Hitomi s'était enfin levée. Assise autour d'une table ronde avec Merle, elle essayait de comprendre comment jouer à un jeu de cartes de Fanelia.
Ayant discrètement ouvert la porte, Van s'amusa à regarder la scène sans rien dire. Mais comme si elle avait senti sa présence, Hitomi s'interrompit et se tourna vers lui avec un sourire.
— Van, tu te joins à nous ?
— Je ne suis pas très doué pour les jeux. Je pense que Merle est bien meilleure camarade pour cela.
— Bah, j'ai des choses à faire, je vous laisse. Dit la jeune fille chat en se levant, comprenant qu'il était temps pour elle de s'éclipser et de laisser les amoureux tranquilles.
En sortant, elle adressa un petit sourire complice Van et fit un petit signe de la main à Hitomi.
Le jeune homme se rapprocha de son aimée, lui caressa la joue, puis se pencha pour l'embrasser.
— Tu te sens mieux ?
— Oui, Van. Tu n'as plus à t'inquiéter.
— Tant mieux, parce qu'après demain, nous partons en voyage !
— Ah ? Et où ça ?
— Nous allons en Asturia !
Asturia… Hitomi se souvint de la cité lacustre de la capitale, Palas, du palais… Puis elle pensa aux habitants. Allen, Millerna, Dryden…
Qu'étaient-ils devenus ?
— Et pour quelle occasion ?
— Une conférence sur le problème des attaques de convois d'energist doit bientôt s'y tenir.
Tu m'accompagneras, et il y aura aussi Merle, mon oncle, ainsi que Folken et Yiris. Ce sont deux des rares témoins de l'attaque encore vivants, leur avis sera précieux.
— C'est une bonne idée ! En attendant, j'espère que tu ne me cacheras plus des choses importantes à l'avenir. J'avoue t'en vouloir un peu pour la dissimulation de la vraie nature de Yiris.
— Je suis désolé, mais j'avais fait une promesse. Bien évidemment, je te fais confiance, cependant, j'avais donné ma parole, question de principe. A l'avenir, je me garderais de jurer de ne garder une information que pour moi seul. Promis !
— Soit, je te crois ! Répondit Hitomi avec un sourire. Mais, dis-moi concernant Asturia, que sont devenus Allen, Millerna et Dryden ?
— Et bien, Millerna est désormais Reine d'Asturia. Son père est décédé quelques mois après ton départ, usé par l'angoisse de la guerre. Trois ans plus tard, c'est sa sœur Eries qui a quitté ce monde, elle était en fait malade depuis son enfance, mais l'avait toujours caché et refusé la succession pour cela. Millerna sait bien gérer son pays, et Allen l'aide activement.
— Et que fait-il lui ?
— Allen est en quelque sorte… Comment dire le conseiller principal de Millerna, mais…
— Mais ?
— Autant te le dire tout de suite… Depuis qu'il est parti, Dryden ne donne plus de nouvelles, on le sait vivant car son vaisseau commerçant est vu un peu partout, mais ne reste jamais bien longtemps amarré au même port. Cependant, il a tout fait pour fuir son épouse, ne lui écrivant jamais même un petit message.
Délaissée, Millerna est tombée dans les bras d'Allen. Ils ont d'ailleurs deux fils adultérins, qui ont cinq et trois ans.
Cette révélation stupéfia Hitomi, qui se rappela de sa liaison avec le chevalier, et aussi des prédictions des cartes.
Somme toute, ce n'était pas si étonnant…
— Sache que comme tu ne l'apprécies pas, je n'ai pas fait venir Constantin. Je ne pense pas de toute façon que nous risquions quoique ce soit à Palas. Enfin, nous partirons demain matin.
Grâce au vaisseau volant, nous devrions arriver le lendemain. En attendant, je vais te laisser te reposer.
Avec un petit air malicieux, Hitomi s'accrocha au bras du Roi.
— Non, j'ai assez dormi. Maintenant, je veux être avec toi.
Souriant, Van releva la jeune femme et l'invita à le suivre vers ses appartements.
OoO
Après que Meinmet l'eut harcelé vainement des heures durant pour tenter de comprendre par quel miracle, il était revenu d'entre les morts, Folken passa la suite de la journée à errer.
Il s'amusa à aller faire un petit tour dans la ville, se rendant au passage chez Nako pour le remercier de son aide.
L'ermite érudit qui était encore en train de remettre ses précieux parchemins en ordre et le Prince l'assista dans sa tâche.
Puis, il continua sa marche, cette promenade sans but dans la ville lui rappela des souvenirs de son enfance, il avait du mal à réaliser qu'il était là, vivant, à profiter de la douceur de sa terre natale.
A la tombée de la nuit, ses pas le menèrent devant ce qui avait été sa tombe.
Il y resta un moment silencieux, puis se décida à regagner ses appartements, quand il perçut un petit craquement étrange dans un arbre.
Levant la tête, il distingua une silhouette à travers les branches. Dans un premier temps méfiant, il finit par identifier l'étrange oiseau perché.
— Tu ne vas pas quand même pas dormir là ?
Sautant à terre d'un bond, Yiris se retrouva face à lui.
— Allez savoir pourquoi, je n'ai pas trop envie de montrer mon nez au palais… Dit-elle avec un certain cynisme.
— Je suis désolé, je comprends que cela soit difficile pour toi. Mais, maintenant, soit certaine que les religieux et Mayek n'iront plus te chercher de problème.
— « Always Look on the Bright Side of Life » ! Soupira la jeune femme.
Pour le coup, Folken écarquilla les yeux, il ne comprenait pas. Yiris secoua la tête dépitée par ce qu'elle considéra comme un manque de culture pour quelqu'un qui avait vécu sur Terre.
— 1979, Monty Python, « La vie de Brian », mon père adorait ce film… C'est la chanson que chantent les crucifiés à la fin.
Je suis certaine que Meinmet doit connaître, c'est exactement le style de films qu'il a dû regarder. Bref, on arrive toujours à voir le bon côté des choses…
— Si tu le penses en plus de le dire, ça fait plaisir de l'entendre !
Puis, Folken s'approcha tout près de Yiris qui sentit ses jambes se défiler et son cœur s'accélérer.
Avant, il lui était totalement indifférent, tout juste l'énervait-il à être vraiment beaucoup plus grand qu'elle et toujours calme, mais c'était avant…
— Penche la tête s'il te plaît. Lui demanda-t-il.
Intriguée, elle s'exécuta. Elle sentit qu'il passait quelque chose dans les cheveux.
— Avec cela, tu as l'air d'une vraie Princesse !
Se redressant, la générale mit la main sur son crâne et sentit une chaîne. Sans réfléchir, elle courut vers la rivière toute proche pour se regarder dans le reflet.
Bien qu'il fasse sombre, elle remarqua qu'une jolie tresse d'or parcourait ses cheveux blonds.
Au prime abord, elle ne pût s'empêcher de sourire mais quand Folken arriva derrière elle, elle sursauta et faillit tomber dans l'eau.
— Merci…
— De rien, ce n'est pas grand chose. Je voulais juste t'offrir un petit présent, même si les circonstances sont particulières, il est d'usage ici d'offrir un cadeau à son épouse au lendemain du mariage.
Yiris resta interdite. Décidément, elle se demandait ce que son mari avait réellement dans la tête la concernant.
Personne n'avait jamais été aussi attentionné à son égard.
— Sinon, reprit-il, je ne crois pas que tu sois au courant, mais nous partons pour Asturia sous peu.
La jeune femme s'étonna et accabla Folken de questions sur les raisons du voyage tandis qu'ils regagnaient leur appartement.
La discussion se poursuivit encore le temps du repas.
Entre deux bouchées, voire carrément en mâchant, Yiris pesta sur les dirigeants qui allaient être présents à Palas.
Après avoir fini l'assiette de son dessert, elle jeta un coup d'œil inquiet vers l'emplacement de son lit de camp, désormais vide.
Elle soupira. Réaliste, elle savait qu'elle devait se faire à l'idée de partager la couche de son époux.
La générale se leva et fit quelques pas vers la chambre. Se tournant brièvement vers Folken qui n'avait pas encore fini de manger, elle murmura :
— Je vais me… rafraîchir et me changer…
Une fois dans la salle d'eau, elle éclaboussa son visage d'eau fraîche, puis pris le temps de respirer profondément face au miroir, soutenant le regard de son reflet qui semblait comme vouloir la narguer.
Avec la fatigue, elle hallucinait probablement.
Puis, elle commença à fouiller dans la corbeille offerte par Mila, s'attendant au pire au vu des goûts vestimentaires de son amie.
Heureusement, la maquerelle avait fait sobre.
Une veste de robe violette pas trop décolletée, une rouge plus osée, plusieurs robes assorties de rechange ainsi que des sous-vêtements sans trop de fioritures.
Pour la nuit, Yiris avait le choix entre plusieurs ensembles comprenant déshabillé et robe de nuit pastels, un vert, un bleu et un blanc qu'elle choisit…
Elle se prit à penser que cela tenait du miracle que Mila n'est pas mis un rose dans le lot…
Vêtue comme une dame, dans ses vêtements brodés de dentelles, elle se regarda une dernière fois dans la glace avant de se rendre dans la chambre.
Sur le seuil, elle croisa Folken qui allait se changer à son tour. Il se contenta de lui sourire.
Plusieurs minutes, elle resta assise sur le bord du lit. Après tout, elle devait quand même la vie au Prince, alors ce n'était pas cher payé s'il lui demandait encore de… se laisser faire.
Enfin, le jeune homme réapparut.
Elle tourna la tête vers lui, il la regarda, avant de s'approcher. Angoissée, elle retint son souffle.
Délicatement, il caressa sa joue et lui dit.
— Je ne t'oblige à rien… Alors, repose-toi, je crois que c'est ce dont tu as le plus besoin.
Yiris prit une nouvelle fois un air étonné. Folken était la personne la plus étrange qui lui avait été donné de rencontrer…
