Les travaux étant enfin fini, Artyom et moi savourions une semaine de repos amplement mérité. Assis l'un contre l'autre dans le canapé, nous vaquions à nos occupations. Plongée dans mon roman, j'écoutais vaguement les bruits autour de moi. Il n'y avait que les mots qui s'étalaient sous mes yeux et formaient des scènes dans mon esprit et les doigts d'Artyom jouant avec les mèches de mes cheveux. Jusqu'à ce qu'il me les tirent pour attirer mon attention.

« Qu'est-ce qu'il y a ? grommelai-je en me retournant.
– Je te parle depuis cinq minutes. »

Ah.

« Il t'a fallut autant de temps pour te rendre compte que j'étais en pleine lecture ?
– Je m'en serais aperçu plus vite si tu ne hochais pas la tête à chacune de mes questions... Râla Artyom, blasé. »

Bon, d'accord, il pouvait me râler dessus. Je poussai un soupir, glissai une cuillère à café, propre bien sûr, entre les pages et me retournai totalement face à Artyom.

« Désolée, lui dis-je sincèrement, de quoi est-ce que tu me parlais ?
– De l'avancement du studio, dit-il, tout se passe correctement ?
– Nickel. Les villageois sont cool de m'avoir aidé à le vider et le rénover.
– Super. (il se tut un instant, soudain sérieux) Je suis désolé de ce que je vais t'annoncer, mais nous avons reçu une lettre qui ne va pas te plaire. »


Jetant une œillade par-dessus son épaule, Léna s'assura qu'aucun inopportun ne la suivait. Une fois qu'elle fut sûre d'être seule, elle descendit les escaliers quatre à quatre et déboucha dans un long couloir aux teintes fades. Tout était d'une grande sobriété, à tel point que Léna trouva cet endroit froid et non avenant. Ça ne devait pas être gaie de travailler ici tous les jours dans cet endroit, mais qu'importe. Léna devait rentrer dans les archives, s'emparer des informations dont elle avait besoin, rallier le point de rendez-vous et partir loin de cet endroit avec Ace. C'était simple et concis dans la théorie, maintenant, cela restait à voir dans la pratique.
Tendant l'oreille, Léna vérifia une dernière fois les alentours et se mit au travail. Elle se focalisa sur son index, visualisant mentalement une de ses griffes jusqu'à sentir son ongle s'étirer. Un frisson parcourut son épiderme. Léna avait du mal à se faire à cette sensation de muscle que l'on aurait oublié d'étirer après une séance de sport ou une longue journée de marche. Qui plus est, la démangeaison de son ongle était extrêmement désagréable.
Soit.
Elle s'y ferait avec la pratique. Posant sa griffe contre la porte en bois, elle l'enfonça suffisamment pour injecter son poison,- ou elle ne savait quoi – afin de tordre le battant afin qu'elle puisse s'engouffrer à l'intérieur. Le bois se contracta sur le côté, faisant sauter l'embout en métal. L'euphorie de son petit exploit lui donna envie de danser, mais elle évita. Léna se faufila à l'intérieur et referma la porte derrière elle. Elle poussa un soupir de soulagement.
Une bonne chose de faite.
Elle se retourna, son soulagement s'affaissa comme un soufflet. Les murs étaient couvert de casiers avec diverses références dessus, sans compter les caisses qui débordaient et s'entassaient encore par-dessus.
Léna ôta sa casquette et laissa son bras retomber le long de son flanc, son couvre-chef coincé entre ses doigts moites. Jamais elle n'aurait le temps de fouiller tout ça. La jeune femme s'avança vers les piles la mine dépitée. Elle déposa la casquette, frotta ses mains sur son jean noir puis sur ses joues, qu'elle remonta jusque derrière sa tête où elle entre-mêla ses doigts.
Par où allait-elle commencer ? Cette question rebouclait dans sa tête comme un disque rayé. Il y avait bien trop d'endroit où fouiller. Et toutes ces annotations à n'y rien comprendre... C'était à s'arracher les cheveux.
Trop distraite, elle n'avait pas entendu les bruits de pas s'approchant dans le couloir.

– Qu'est-ce que vous faites ici ?! Questionna un Marine.

Léna sursauta en faisant volt-face. Elle balaya l'air du revers de la main et soudain, la porte se rabattit violemment sur le soldat, l'envoyant valser dans le couloir. Un cri de surprise échappa à Léna.
Que venait-il de se passer ?
Le battant se rouvrit dans un grincement caricatural, dévoilant l'homme dans les pommes.

– Merde, merde ! Pesta Léna, pourquoi faut-il que ça arrive maintenant ?!

Elle trotta jusqu'au seuil, jeta un coup d'œil furtif dans le couloir et se précipita jusqu'au Marine inconscient. Elle claqua des doigts sous son nez pour provoquer une réaction. Rien. Pas même un sourcillement. Une nouvelle œillade par-dessus son épaule afin de se rassurer, Léna passa ses mains sous les aisselles du type inconscient et le tira jusque dans la réserve.
Une fois contre le mur, elle chercha des yeux quelque chose pour l'attacher, or, ne trouvant rien qui lui permette d'entraver l'homme, Léna se laissa tenter par une idée saugrenue.
Tendant la main gauche vers la porte, elle réitéra l'exercice de tout à l'heure et visualisa la porte entrain de se tordre et prendre la forme d'un cocon autour du Marine.
Dans un grincement organique, la porte se replia et ondula jusqu'à s'enrouler autour du soldat inerte. Elle baissa la main, coupant court à son pouvoir. Une immense fatigue s'abattit sur elle, troublant légèrement sa vue.
Elle ne s'était pas attendu à ce que son pouvoir la vide autant de son énergie. Du bout des doigts, Léna frotta ses paupières lourdes et reporta son attention sur le type inconscient.
Il pourrait l'aider.
Reste à voir si elle serait capable de le faire parler.
Ramassant sa casquette qu'elle remit sur son crâne, Léna s'agenouilla devant l'homme et se composa un visage dur et le réveilla.

– Éh, debout là-dedans ! Gronda-t-elle en claquant ses doigts sous le nez du type.

L'homme sursauta, l'expression hagarde. Ses yeux virevoltaient d'un côté à l'autre de la pièce. Sans doute tentait-il de voir où il était. Puis, il croisa le regard de la jeune femme, et toute désorientation disparue de ses yeux.

– Bien. Vous êtes enfin réveillez.
– Qu'est-ce que vous me voulez ?
– Un coup de main : que signifie toutes ces annotations sur les casiers ?
– Je ne te dirais rien ! Cracha le Marine.

Léna prit une inspiration et expira bruyamment par le nez pour signaler son mécontentement.

– J'admire ta bravoure, mais elle ne te servira à rien. Vois-tu, continua-t-elle en réfléchissant à ce que dirait une de ses héroïnes de roman, je me moque des dossiers de la Marine. La seule chose qui m'intéresse, c'est de trouver une crapule du nom de Marshall D. Teach. Je n'ai ni la patience, ni le temps de fouiller chaque cassier un à un et tu me ferais gagner un temps précieux.
– Non, refusa catégoriquement l'homme. Je n'aiderai pas une vaurienne qui salis notre uniforme !
– Vous n'avez pas besoin de moi pour salir vos couleurs, rétorqua-t-elle dédaigneusement.

Léna plia et déplia ses doigts à plusieurs reprises pour faire passer son humeur. Ce type lui faisait perdre son temps. Et ça l'énervait prodigieusement, surtout en sachant que ces informations seraient d'une aide capitale pour Ace. Ses griffes en forme d'épines sortirent en une fraction de seconde à cette pensée, ce qui fit couiner le Marine.

– Navrée, je ne contrôle pas encore mon fruit du démon, avoua Léna faussement contrite. D'ailleurs, je peine quelque peu à ne pas te broyer les os avec le battant de cette porte...

Baissant les yeux, le soldat pâlit. Léna hocha la tête et lui fit un sourire contrit.

– Ouais. Ce serait dommage que je te broie les côtes par inadvertance. Du coup, dis-moi dans quel compartiment sont rangés les infos sur le pirate dénommé Teach, ce serait cool.
– V-vous êtes quoi, à la fin ?! Une mercenaire ?!

Léna observa un silence. Elle n'avait pas vraiment réfléchis à sa condition, ni dans quelle catégorie elle se rangeait. Elle n'avait jamais réellement appréciée d'être rangée dans une case.

– Une vagabonde. Alors, quel casier ?

Le Marine crispa la mâchoire, un filet de sueur perlant sur sa tempe. Il chercha le regard de Léna, mais ne vit que la pénombre de sa visière. Il baissa les yeux en signe de défaite.

– L'avant dernier casier, tiroir du haut, dit-il dans une grimace.
– Merci, l'ami.

En se relevant, Léna fourra la casquette du Marine dans sa bouche, s'assurant de son silence et se dirigea prestement vers le casier en question. Son cœur battait à tout rompre contre ses côtes. Elle devait se dépêcher de prendre les infos nécessaire et de filer fissa. Ouvrant le tiroir en métal, Léna ne perdit pas une seconde, scrutant et faisant défiler les noms sous ses doigts.
Au bout de ce qui lui parut une éternité, elle finit par dénicher ce qu'elle cherchait.

– Bingo !

Elle ouvrit la pochette et fit glisser son contenu à l'extérieur. Elle ne put s'empêcher de grimacer lorsqu'elle ne vit qu'une malheureuse feuille de papier presque vierge de toute information. La parcourant rapidement des yeux, elle mémorisa les informations puis plia soigneusement la feuille en quatre et la rangea dans la poche arrière de son jean.
Léna remit tout à sa place et se tourna vers le soldat.

– Merci du coup de main, dit-elle, mais tu comprendras que je ne peux pas te laisser donner l'alarme.

Elle vit les yeux du soldat s'écarquiller de terreur et ensuite protester avec véhémence par de petits bruits étouffés par sa casquette.

– Tout doux, je ne vais pas te tuer, grogna Léna, mais je vais te laisser là. Y a sûrement quelqu'un qui passera par-ici.

Le Marine se ramollit de soulagement contre le mur. Satisfaite, Léna repassa la porte comme elle était venue puis remonta la longue volée d'escalier. Maintenant, elle n'avait plus qu'à prier pour que sa trouvaille aide Ace...


À la fin de la réunion, Ace s'était assit sur le rebord d'une fenêtre et avait un goût âcre dans la bouche à cause du café de la Marine. Il était tout simplement infect, à tel point qu'à la première gorgée, Ace rouvrait la bouche pour en évacuer le café. Le breuvage était si amer que sa langue en restait paralysée. Du coup, impossible de le recracher correctement et impossible aussi de ne pas tâcher son uniforme avec cette saleté.
Le point positif à tout cela, c'était que aucun Colonel ne l'avait remarqué, ce qui était non négligeable. Il espérait qu'il en soit de même pour Léna. La laisser seule ne lui plaisait pas vraiment, mais il n'avait pas d'autre choix. Ils auraient été bien trop visible ensemble. Qui plus est, c'était une grande fille. Elle saurait se débrouiller sans lui.
Reprenant une nouvelle gorgée du breuvage infect, son attention fut attirée par le défilé de soldats au pas de course qui convergeaient tous dans la même direction. Intrigué, Ace suivit le mouvement jusqu'au port.
L'un des navires de la Marine venait de prendre feu et se consumait tel un fétus de paille. Il eut un pincement d'inquiétude pour Léna: il espérait qu'elle était déjà au point de ralliement, à l'abri et bien loin de ce brasier.

– Les documents secret ! S'étrangla l'Amiral Bitter en regardant de ses yeux exorbités le bateau dévoré par les flammes.

Ace tiqua à ses mots. Les informations qu'il cherchait était peut-être là-dedans et devait se réduire comme peau de chagrin sous l'effet de la chaleur. Il ne lui en fallait pas plus pour prendre sa décision. Piquant un sprint, Ace prit son élan et sauta sur le navire accompagné par les cris médusés des soldats. La fournaise l'enveloppa de ses bras familier et brûlant. Son corps s'allégea, prit d'une combustion pour se fondre dans les flammes et ne faire qu'un avec elle. Malheureusement, ses vêtements d'emprunt n'étant pas ignifuge, ils commençaient à brûler sur sa peau. Ace ferma les yeux, sonda les environs à la recherche de ce qui l'intéressait. À travers les voix grondantes des flammes, il perçut l'écho plus ténu d'une personne inconsciente au loin. Il fronça les sourcils.
Ce type ne survivrait pas longtemps s'il ne le sortait pas rapidement de là. Pareille à une extension de son corps, Ace ordonna aux flammes de s'écarter de son chemin dans un grondement crépitant. Il s'avança d'un pas assuré jusqu'à l'homme corpulent, inerte sur le sol. Il le chargea sur son épaule, puis ses yeux buttèrent sur la malle blanche à côté de lui.
Ace arqua un sourcil moqueur.
La Marine l'épaterait toujours. Alors qu'il s'agenouillait avec son sourire narquois, il fit sauter les loquets de la petite valise où il était écrit en grand « DOSSIER TOP SECRET ». Il compulsa d'une main les différents dossiers et tomba sur deux noms. L'un qu'il espérait trouver et un autre qui lui donna un frisson. Ne souhaitant pas s'attarder là-dessus, Ace fourra le tout dans sa poche de pantalon et referma la malle dans un claquement. Il ne n'avait plus qu'à sortir de ce rafiot entrain de sombrer et de rejoindre Léna.

Dès qu'il eut donné la lettre de Moda, non sans l'avoir oublié une première fois, Ace rejoignit Léna à leur lieu de ralliement.
La jeune femme avait troqué la chemise des Marines par son tee-shirt bordeaux ample qui camouflait l'arrondit de son bas-ventre et ses poignées d'amour. Dommage. Il appréciait ses rondeurs. Bien qu'elle était plus ronde que la majorité des femmes qu'il avait croisé, Léna était sans aucun doute la plus endurante et la plus courageuse qu'il ait rencontré.
Il songea aux notes qu'il avait trouvé dans la malle. Sa poche lui semblait lourde et brûlante sous les informations qu'elle contenait. Qu'importe. Ce n'était ni le lieu, ni le moment pour eux de partager leur trouvaille. Aussi, décida-t-il d'attendre d'être revenu sur l'île afin d'en discuter.


Durant tout le trajet, Ace avait sentit la tension qui émanait de Léna par vague successive et lourde. Il aurait presque pu sentir l'odeur piquante de sa peur lui chatouiller les narines si les embruns de la mer n'étaient pas aussi prédominant. Bien qu'elle le côtoyait depuis plusieurs mois, Léna éprouvait toujours une peur panique du feu. Une peur, qui, heureusement, ne le concernait plus. N'empêche, elle avait tenu le coup. Malgré le rugissement du Striker, la chaleur qui se dégageait de lui lorsqu'il utilisait son pouvoir et l'océan à perte de vue, elle n'avait pas cédé. Bien qu'elle était pâle comme un linge et le front trempée de sueur, elle n'avait pas émit la moindre plainte. Et ça, il l'en respectait que d'avantage.
Ils décidèrent d'un commun accord de trouver un hôtel assez éloigné de la place et s'y rendirent sans tarder. Léna lui semblait à deux doigts de tourner de l'œil.
Ils trouvèrent un petit hôtel à la limite du raisonnable et louèrent une chambre pour la nuit. Sur les trois étages, Léna se traînait plus qu'elle ne marchait. Soudain, elle se plia en deux, les mains plaquées sur son ventre.

– Holà, holà, tout va bien ? S'inquiéta Ace la main sur le dos de la jeune femme. Tu as attrapé la courante ?

Léna éclata d'un rire sec sous la surprise tout en secouant la tête de droite à gauche.

– Non ! Pouffa Léna, j'ai juste la dalle et un sacré coup de pompe.
– Alors, allons tailler la croûte ! S'enjoua-t-il.

Discutant autour d'un repas improvisés, Léna et Ace échangèrent leurs informations concernant Barbe Noire,– non sans se moquer rapidement de la Marine – et supputèrent sur les intentions du renégat.

– Ce qu'il fait n'a pas de sens, nota Léna les sourcils se touchant presque. Détruire Drum et des villes simplement parce qu'elles sont sur son passage n'a aucun intérêt (elle croqua dans une fraise). Il doit forcément chercher quelque chose.
– C'est mal connaître la majorité les pirates... Teach a toujours adoré piller. Désormais qu'il est à la tête de son propre équipage, il n'est plus obligé de se cantonner aux navires ennemis. Qui plus est, avec l'acquisition de son nouveau pouvoir, Teach doit s'amuser à le tester.
– Lui aussi, c'est un utilisateur de fruit du démon ? HEP ! (elle donna une tape sur la main de Ace) Le chocolat, c'est pour moi.

Ace ouvrit grand les yeux d'étonnements et leva les mains en signe de reddition. Il reporta son attention sur la pomme rouge sous le nez de Léna et lui prit, sans que cela l'émeut et croqua bruyamment dedans. Notant dans un coin de sa tête le penchant de son amie pour les plaquettes de chocolat au lait, Ace lui répondit entre deux mastications.

– Oui. Associer à sa force surhumaine, ça fait de Teach un homme redoutable.

Léna émit un rire caustique.

– Parce qu'en plus, il était déjà balaise avant ça ? J'adore ton entourage, Ace, vraiment.

Un ricanement s'échappa de la gorge du pirate.

– Tu n'es pas obligée de- (la tête de Ace tomba soudainement en arrière, suivit d'un ronflement sonore).

Levant les yeux au ciel, Léna empila l'assiette de Ace sur la sienne avant qu'il n'y ait une catastrophe puis, se mit à son aise, croquant dans sa convoitise. C'est à grande peine qu'elle contint un gémissement de plaisir en sentant le chocolat fondre sur sa langue. Ces notes gourmandes et salvatrices lui avaient manqués. C'était le goût de la délivrance et du pêché. Elle et Artyom en partageaient souvent après les repas, comme celui qu'elle venait de prendre avec Ace. S'il y avait bien un vice sur la nourriture qu'ils avaient en commun, c'était le chocolat. Artyom l'aimait sous toutes ses formes, alors qu'elle l'aimait en accompagnement.
Ses souvenirs étreignirent douloureusement son cœur. La joie et la légèreté de ces moments heureux lui manquait terriblement. Bien que la peine et la nostalgie s'étaient atténuées et que de nouveaux souvenirs avaient été forgé, la douleur n'en été pas moins présente. Elle s'était juste atténuée, passant d'un vide hurlant à un pleur discontinu. Tout cela grâce à Ace. Elle lui en serait éternellement reconnaissante de l'avoir sauvée d'elle-même.
Baissant les yeux sur sa barre chocolaté, Léna en coupa un carré, et le déposa devant Ace.
C'était un petit rien, qui, elle espérait, lui ferait plaisir.

Baillant à s'en décrocher la mâchoire, Ace se gratta le cuir chevelu, puis baissa les yeux sur le morceau de chocolat au lait posé sur la table. Un sourire amusé courba ses lèvres. Il jeta une œillade à la jeune femme assise en tailleur sur le lit, un carnet de croquis à la main.

– J'ai droit à un morceau ?
– Oui. Je suis d'humeur généreuse, avoua Léna sans relever les yeux de son carnet. Au fait, j'ai une faveur à te demander.

Détachant le regard de son esquisse, elle vrilla son regard à celui du pirate.

– J'aimerai que tu poses pour moi.

Ace haussa ses deux sourcils si haut qu'ils en touchèrent la racine de ses cheveux.

– Tout nu ?

Rejetant la tête en arrière, Léna parti dans un éclat de rire qui lui donna les larmes aux yeux.

– J'aimerai bien ! Gloussa-t-elle, essuyant ses yeux du revers de la main. Mais non, je veux juste faire ton portrait.
– Ok. Qu'est-ce que je dois faire ? S'informa Ace en prenant place à côté d'elle.
– Ce que tu veux.
– Ce que je veux ?

Ace haussa un sourcil et fit mine de réfléchir puis d'un coup, lui tira la langue et étira ses joues à l'aide de ses index en forme de crochet. Surprise, Léna s'étrangla de rire et roula sur le lit, les bras enroulés autour de son ventre.
Amusé, Ace savoura le rire cassé de la jeune femme, apprécia le ton saccadé de son hilarité ainsi que la délicate rougeur qui teintait ses joues rondes. Il fut tenté de pincer doucement la courbure tendre du visage de la jeune femme, de la mordiller afin de s'emplir de son rire, en imprégner chaque particule de son être. À la place, il s'allongea sur le flanc à côté d'elle, appuyant sa joue contre sa main et observa Léna se remettant de ses émotions.
Ses cheveux emmêlées formaient un halo de boucles châtains sur le drap. Depuis leur dernière escale, Léna avait ôtée les quelques dreads multicolore qui ornaient sa tête. Elle n'avait conservée que ses tresses décorées de perles en bois.
Ace en fit rouler une entre ses doigts, puis enroula une mèche aux nuances caramel autour de son index. Léna avait un visage rond, de grands yeux vert-noisette ainsi qu'un nez fin surplombant une petite bouche aux lèvres pâles. Son corps était tout en rondeurs généreuses, ce qui lui plaisait énormément. Plusieurs fois, la jeune femme avait émit un avis négatif quant à son corps, mais il n'était pas d'accord avec elle. Certes, elle était plus ronde que la moyenne, moins musclée. Mais bon sang, qu'il s'en foutait ! Léna rayonnait de l'intérieur depuis qu'elle avait entamé son voyage avec lui. La volonté qu'elle dégageait, son cœur fort et sa ténacité avaient percé les barrières qu'il avait érigées autour de lui.
Léna tourna la tête vers lui.
Son palpitant buta contre sa cage thoracique. Ses grands yeux verts débordaient d'émotions tendre et...
D'amour.
Ace se retint de jurer tant cela lui fit de l'effet.
Il ne pouvait pas le lui dire. Du moins, pas encore. Si son regard venait à changer, il ne le supporterait pas. Il ne supporterait pas que ce regard tendre se mue en haine ou en dégoût. Rien qu'à cette idée, il eut le sentiment que son cœur s'asséchait dans sa poitrine. Percevant son trouble, Léna posa une main sur sa joue.

– Quelque chose ne va pas ? Demanda doucement Léna, comme si elle avait peur d'effrayer un animal blessé.

Il ne sut pas quoi lui répondre. L'ébranlement qu'il ressentait jusque dans le tréfonds de ses os lui nouait la gorge et l'empêchait de réfléchir correctement. La raison l'avait déserté aussi certainement que la mer se retirait lors d'un tsunami.

Ace détestait cette sensation de lui être infidèle. Il détestait devoir lui cacher ce qu'il était vraiment : le fils d'un démon.

Les paupières de Léna se plissèrent doucement, la ride entre ses sourcils s'accentuant sous l'inquiétude. Bon sang. Deux ans auparavant, il avait réussi à l'avouer au vieux. Pourquoi pas à elle ? Ce raisonnement insensé le stupéfiait. Léna approcha son visage du sien, appuya son front contre le sien.

– Je n'aime pas quand tu as mal, petite flamme, dit-elle d'une voix profondément grave où pointait la tristesse. Je n'aime pas ça, parce que je ne sais pas quoi faire pour te soulager.

Un sourire penaud incurva ses lèvres. Petite flamme. Elle lui offrait un surnom affectueux pour le réconforter. Il n'aimait pas qu'elle s'inquiète pour lui. Enroulant ses bras autour de sa taille, il attira Léna plus près, inspira son odeur gourmande piquée de senteur floral et cala son menton sur sa tête. Autant être franc avec elle.

– J'ai quelque chose à t'avouer, dit-il d'une voix blanche. Mais je ne sais pas comment le dire et...

J'ai peur de te faire fuir.

Voilà ce qu'il voulait dire. Mais ces mots restèrent coincé sous sa langue, incapable de se délier pour former un tout. Il sentit Léna frotter le bout de son nez contre son cou en signe d'apaisement.

– Ne me dis rien si tu ne te sens pas prêt. Je t'attendrais.

Bon sang ! Bon sang ! Bon sang !

Jamais il n'aurait cru qu'elle serait si patiente. Qu'elle ne poserait pas de questions. Et pourtant. Les Dieux seuls savaient qu'elle aurait dû.

– Il y a de fortes chances que le jour où tu apprendras qui je suis, tu m'en voudras de t'avoir laissé m'approcher.

– Je ne pense pas, non, rétorqua Léna en lui saisissant le menton entre le pouce et l'index et le forçant à la regarder droit dans les yeux. Tu es Ace aux Poings Ardents. L'homme qui m'a sauvé la vie plus souvent qu'à son tour. Je pense savoir ce qui t'inquiète, mais sache que je me moque du sang qui coule dans tes veines. Mais je t'attendrais. J'attendrais que tu me confies tes peurs et je serais là, et je ne bougerai pas. Tu es l'homme que j'aime, Ace. Et je compte te garder à mes côtés aussi longtemps que la vie me le permettra, affirma-t-elle avec tendresse, caressant du pulpe de son pouce la lèvre inférieure du pirate.

Le cœur de Ace fit une embardée monstrueuse dans sa cage thoracique. L'émoi qui le submergea lui fit resserrer son étreinte autour de la jeune femme. Il cacha son expression contre l'épaule de Léna attendit d'avoir ravalé ses larmes naissantes pour lui faire face.

Tu es l'homme que j'aime, Ace.

Il ne savait pas si ce qu'il ressentait pour elle était de l'amour. Il n'avait jamais aimé, auparavant. Et pourtant. La joie qu'il ressentait à ces simples mots l'emplissait de joie. Il ne la méritait pas. Mais bon sang, qu'il était heureux de l'avoir à ses côtés.

Dès qu'il eut reprit le contrôle de ses émotions, il plongea dans ses yeux verts saisissant d'empathie. Mû par le besoin impérieux qui le tiraillait, il l'embrassa comme un damné.

Il l'embrassait pour sa générosité.

Elle lui rendit son baiser...

Il l'embrassait pour sa force.

...noua ses bras autour de son cou.

Il l'embrassait pour la remercier.

Leurs langues s'entremêlèrent.

Il l'embrassait pour tout ce qu'elle représentait.

Sa joie. Son cœur. Sa compagne. Une revanche sur la vie.


Mot de l'autrice : Voilà le chapitre seize, version canon ! Si tu as lu mon autre chapitre seize (alternatif) tu sais déjà que ce chapitre-ci mènera à la fin canon du manga :). Tu as sans doute remarqué également que c'était essentiellement la fin de ce chapitre qui différait de l'alternatif. Du coup, à partir du prochain chapitre, il y aura plus de différences entre le canon et l'alternatif. (je ne sais pas du tout si je suis claire dans mes explications 8l). Enfin, bref, maggle.

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