Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]

Publié pour la première fois le 28 février 2012

Chapitre 22

Un bien étrange commerce

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

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Après les cérémonies d'accueil de la première journée, chacun fut heureux d'aller se reposer.
En hôtesse malicieuse, Millerna avait installée Hitomi dans la chambre qu'elle avait occupée lors de son premier voyage sur Gaea, et Van était juste dans celle d'à côté.

Comble du bonheur pour elle, Merle avait sa propre chambre, et pas une petite ! La seule pièce était presque aussi grande que l'appartement qu'elle occupait à Fanelia !
A part à Asturia, elle ne disposait jamais d'une chambre pour elle en voyage, le fait qu'elle soit fille-chat lui valant un grand mépris.

Meinmet aussi était ravi de ses conditions de logement. Après avoir bavardé plus que de raison, il n'avait qu'une envie : dormir.

Et il ne put s'empêcher de constater qu'Asturia avait un sens des plus aiguisés de l'hospitalité rien que pour l'immense confort de la literie où il s'affala.

De leur côté, mariage obligeant, Yiris et Folken étaient ensemble. Si le Prince s'amusait de la situation, son épouse restait bien dans son coin à grogner.

Il restait philosophe, même si elle n'était pas des plus plaisantes, la générale avait le mérite d'être toujours là.

Le Prince avait été assez seul dans sa vie pour apprécier une présence, aussi étrange soit-elle.

OoO

Le lendemain, tandis que les hommes s'étaient réunis pour discuter sérieusement de la situation, à l'exception de Meinmet qui s'était lancé dans une exploration du Palais accompagné de Merle, Yiris s'était amusée à passer par les toits pour espionner les discussions concernant les voleurs d'energist auxquelles son statut de femme l'empêchant d'assister officiellement.

Ayant envoyé ses invitées de marque faire une balade fluviale à travers la cité, Millerna avait dégagé un petit créneau pour discuter tranquillement avec Hitomi.

— Alors, si tu m'expliquais pourquoi tu es revenue… maintenant ? Demanda la jolie blonde, curieuse.
— Que voulez-vous dire ?
— Ne joue pas à la sotte avec moi ! Je te connais. Quand tu es partie, il y a dix ans, nous pensions que tu reviendrais quelques mois, voire années après, le temps de te reconstruire. En effet, il nous apparaissait évident que tu te rendrais vite compte que tu ne pouvais vivre sans Van. Finalement, ce sont bien des années qui se sont écoulées, et un certain nombre…

Voyant Hitomi les yeux fixés sur sa tasse de thé, incapable de parler, Millerna combla le silence.

— Bon, j'arrête de t'embêter. Après tout l'important, c'est que tu sois là, avec Van ! Alors quelle sera la suite des événements ?
— Honnêtement, je n'en sais rien… Répondit-elle timidement, toujours concentrée sur sa tasse.
— Tu ne peux pas rester l'amoureuse de l'ombre, il va bien falloir affronter la lumière ! Et encore, tu as de la chance, Fanelia n'est pas un pays très protocolaire, ta vie sera calme en tant que Reine…
— Reine…

En prononçant ses mots, Hitomi ressentit un certain malaise.

A chaque fois qu'elle s'imaginait l'épouse de Van, elle était partagée entre l'angoisse de ce nouveau rôle qui la confinerait sur Gaea et le fait de partager la vie de celui qu'elle aimait tant.
Laissant divaguer son esprit, la jeune femme eut une étrange vision. Un enfant, apparemment un petit garçon aux cheveux sombres, était assis sur le rebord d'une fenêtre et regardait le ciel étoilé.
Soudain, il semblait se tourner vers elle, et la fixait de ses yeux verts.

— Dis Maman, tu crois qu'un jour je le verrais mon Papa ?

Retour à la réalité, Hitomi se sentait étrangement mal. Elle avait éprouvé une certaine joie à voir cet enfant, qui, à le détailler, semblait un parfait mélange entre elle et Van, mais d'un autre, la question qu'il posait la mettait profondément mal à l'aise.

Millerna, qui avait constaté son trouble n'avait pas osé la déranger, elle ne connaissait que trop ces absences pour en avoir été témoin.

Au bout de quelques minutes, Hitomi secoua la tête comme pour bien se réveiller.
La Reine soupira de soulagement de la voir consciente à nouveau.

— Tu te sens bien ?
— Oui, oui… Répondit l'intéressée avec un sourire forcé.
— On dirait que tu as vu quelque chose ?
— Ah, oui, mais rien d'important, rassurez-vous, je vais bien…
— Si tu le dis… Je t'ai vu une fois finir le cœur arrêté...
— Je vous jure, ne vous en faites pas, je vais bien ! Toutes ces affreuses visions sont derrière moi, même si je concède que parfois j'ai des sortes de petits flashs…

Visiblement, Millerna n'était pas convaincue par les explications d'Hitomi, mais décida de ne pas insister davantage.

— Au fait, je présume que tu sais que j'ai deux adorables bambins.
— Oui, Van m'en a parlé. Votre situation ne doit pas être simple.
— Tu l'as dit… Soupira la Reine avec dépit. En jouant l'homme invisible, Dryden m'a mise dans une situation intenable. Il m'avait promis de revenir, il ne m'a jamais donné de nouvelles…
— Cela a dû être difficile…
— Avec le temps, je crois qu'il s'est résigné. Il m'aimait à sa façon...
Heureusement Allen a toujours été à mes côtés. C'est aussi mon principal conseiller, mais l'absence d'officialisation de notre situation est difficile, surtout depuis la naissance de notre aîné.
Si ma sœur n'avait pas succombé à la maladie, je crois que c'est cet état de fait qui l'aurait tuée.
— La princesse Eries était malade depuis longtemps ? C'est pour cela qu'elle avait renoncé au Trône, c'est bien ça ?
— Ma sœur a toujours été de constitution fragile. Petite, elle a attrapé une forte fièvre, notre Mère est tombée malade en même temps qu'elle, mais n'y pas survécu.
Depuis, Eries souffrait ponctuellement des poussées de fièvre qui la laissaient chaque fois plus mal, elle était lucide et savait que cela l'emporterait jeune…
Et je crois qu'entre ses fiançailles rompues et ce qui est arrivé à Marlene, elle avait été profondément dégoutée des hommes et a préféré rester seule…
— Ses fiançailles rompues ? Interrogea Hitomi, intriguée.
— C'est vrai que je ne t'en avais jamais parlé. Tu sais que quand j'étais petite, j'étais allée à Fanelia, et bien, à cette époque, mon père voulait marier Eries à Folken, après, tu sais ce qui s'est passé…
— Tout ceci est bien triste…
— Eries avait juste dit de Folken qu'il avait l'air d'être gentil, mais je crois que c'était surtout une bonne idée dans la tête de mon cher père qui a toujours cherché son intérêt partout…
Enfin, quoiqu'il en soit, il y a quelques années, ma sœur a fait une dernière crise, d'une violence inouïe, rien n'a pu faire baisser la fièvre, ell succombé…
— Je suis désolée…
— Ne le sois pas. Tu sais, j'ai beaucoup gagné en maturité. Je sais gérer mon pays et faire face aux railleries. Ce n'est pas forcément facile, mais je suis assez forte pour cela.
J'essaie de m'imposer en tant que femme, un peu comme cette Yiris, mais je n'y arrive pas aussi bien qu'elle.
— On dirait qu'elle vous intrigue.
— Je le concède, et elle a le sens du spectacle ! Je n'avais jamais eu l'occasion de lui parler avant hier, et elle s'est montrée à la hauteur de sa réputation. Sur un angle, j'envie sa liberté, moi, bien que Reine, dès que j'élève la voix pour faire entendre mon avis.
Si jamais ce n'est pas celui des mes conseillers, je me retrouve renvoyée au fait que je suis une femme et que celles-ci ne connaissent pas bien la gestion, et encore moins les armées.
Allen est particulièrement doué pour me dire les choses gentiment et, à chaque fois, je tombe dans le piège pour finir par céder…

Regardant dehors, le sourire aux lèvres, la Souveraine poursuivit.

— Au moins, Yiris, elle, sait se faire entendre ! Après tout, seules trois personnes ont réussi à gagner un duel contre Allen depuis qu'il est Caeli Knight, c'est un certain prestige qui force le respect.
— Trois personnes ?
— Oui, Van lors leur dernier affrontement en guymelef, Yiris lors d'une stupide petite provocation, et Gaddes !
— Gaddes ?

Pour le coup, Hitomi fut complètement stupéfaite. Imaginer le fidèle sergent d'Allen se battre contre lui, et qui plus est gagner, était bien étrange.

En tout cas, cette histoire faisait rire Millerna.

— C'est une affaire fort amusante en fait. Depuis qu'il l'a retrouvée, Allen a toujours beaucoup surveillé sa petite sœur Celena. Cependant, celle-ci est plutôt maline, et s'échappait souvent.
Son principal centre d'intérêt était de voir ce que faisait son frère. Ainsi, elle s'est mise à surveiller l'équipe du Crusade, et avec le temps, son regard s'est porté sur Gaddes.
Elle profitait de la moindre occasion, pour lui faire un petit signe. Peu à peu, cette attirance est devenue réciproque ainsi que de plus en plus profonde. Finalement, Allen s'en est aperçu et là…
— Que s'est-il passé ? Demanda Hitomi curieuse de connaître la suite.
— Bien, même s'il avait énormément d'estime pour son sergent, Allen ne considérait pas qu'il ferait un mari convenable pour sa sœur.
Pris à la fierté, Gaddes n'a rien trouvé de mieux que de le défier en duel sur un coup de tête. Et c'est alors que…
— Que ?
— Le Crusade Crew a eu une idée singulière, pas bien méchante. Mais grâce à un stratagème, ils ont réussi à faire gagner Gaddes, qui a ainsi pu épouser Celena.
— Comment ont-ils fait ?

Millerna n'eut pas le temps de répondre, on frappa à la porte. Surprise, la Reine autorisa la personne à rentrer.

Au grand étonnement des deux jeunes femmes, c'était Folken.

— Excusez-moi, Mesdames, mais n'auriez pas vu Yiris par hasard ?
— Non, pourquoi ? S'étonna Hitomi.
— La réunion s'est terminée, et je l'ai vu quitter rageusement sa cachette. Je me demande si elle n'est pas allée faire une bêtise, du genre qui pourrait déplaire à Van.
— Désolée de ne pouvoir vous aider ! Répondit Millerna. Elle finira bien par réapparaître. Vu son amour de la nourriture, il y a fort à parier qu'elle se montrera pour déjeuner. Je suis certaine qu'elle va à elle seule dévorer la moitié du buffet de la grande réception d'après-demain, au risque de salir sa robe…
— Encore faudrait-il qu'elle accepte de se présenter… Soupira le Prince.

Curieuse au sujet de Yiris, Millerna tenta de mieux comprendre.

— Aurait-elle quelque honte ? S'amusa la Souveraine.
— Elle sait qu'elle ne sera pas la bienvenue au milieu des dames richement parées…
— Voudriez-vous dire que vous n'avez rien à lui mettre ? Souligna la Reine avec une certaine malice.
— Je suis désolé, mais je ne suis marié que depuis trois jours, ça ne m'a pas donné le temps de lui faire confectionner un trousseau …
— Ah… Et bien, j'ai une excellente adresse, dotée une incroyable efficacité ! Vous pourrez vous y rendre cette après-midi, Hitomi pourra vous accompagner, ainsi que Merle. Cela va leur rappeler quelque chose…

OoO

— Alors ça, je ne le crois pas !

Merle était bouche-bée devant le magasin en face d'elle. Hitomi semblait tout aussi surprise, Meinmet dubitatif, Yiris méfiante, et Folken amusé.

La devanture de la boutique, située dans le centre de Palas n'était pas du tout discrète.
D'un rouge aveuglant accompagné d'une écriture dorée qui n'en ressortait que davantage, l'enseigne était affublée d'un portrait géant… de Monsieur Taupe !

Face à cette débauche de mauvais goût, une certaine perplexité régnait.

— Si c'est un fournisseur officiel de la Reine d'Asturia, c'est un mythe qui s'effondre ! Observa Meinmet.
— Je n'aurais jamais cru qu'il se reconvertisse là-dedans, et encore moins que Millerna lui fasse confiance… Poursuivit Hitomi.
— Moi, je ne suis pas du tout étonnée de le voir travailler là-dedans. Connaissant ses vices, c'était soit ça, soit la joaillerie, mais il aurait été capable de se voler lui-même ! Conclut Merle.

Une grimace de dépit au visage, Yiris se tourna vers Folken.

— J'ai accepté de vous suivre, avec la fine équipe, maintenant, je m'interroge sur le but de la manœuvre, m'humilier ?
— Millerna a eut une remarque intéressante. La grande conférence sera accompagnée d'une réception distinguée, et j'ai pensé qu'il sera plus simple pour toi d'écouter directement dans la salle. Et histoire de te fondre dans la masse, j'ai pensé t'offrir une tenue pour l'occasion ! Et c'est donc l'établissement qu'elle m'a recommandé.

Il y a des fois où l'on est incapable de répondre, ce fut le cas de Yiris. Elle se demandait si somme toute, le souhait de Millerna n'était pas simplement de la ridiculiser.
Et puis, Folken aurait beau dire, même parée comme une Reine, avec ses innombrables balafres, dont la grosse en travers du visage, elle ne passerait de toute façon pas inaperçue.

Les visiteurs n'eurent pas le temps de laisser la porte se refermer derrière eux que trois femmes-chats sculpturales et vêtues de robe courtes à la limite de l'indécence, les accueillirent avec enthousiasme.

— Bienvenue dans la boutique de mode du grand Monsieur Taupe ! Que pouvons-nous faire pour vous ?

Un silence étonné limite effrayé, puis sortant de l'arrière-boutique, Monsieur Taupe apparut. Hitomi et Merle n'eurent aucun mal à le reconnaître.

Toujours aussi bedonnant, les petites lunettes de soleil mal ajustées, il dissimulait sa calvitie sous une toque blanche brodée de fil d'or, assortie à sa veste…

Ainsi habillé, il avait presque l'air respectable, mais les deux jeunes filles reconnurent immédiatement ses mimiques vicieuses.

— Ô Mesdemoiselles Merle et Hitomi, quel bonheur de vous revoir ! Je suis heureux de vous voir dans ma modeste échoppe ! N'hésitez pas à demander, j'ai tout ce qui vous faut, à un tarif d'amies ! Dit-il en se rapprochant d'elles avec un regard insistant vers la poitrine de la jeune femme de la Lune des Illusions.
— Heu, c'est que… Fit Hitomi mal à l'aise.

Un bon coup de coude sur la tête, Merle venait d'interrompre la conversation.

— Moi vivante, je n'achèterai jamais de fringues chez toi ! Nous venons pour quelqu'un d'autre.
— Ah bon, qui ça ? Marmonna Monsieur Taupe, à moitié assommé.
— Elle ! Répondit Merle en désignant Yiris du doigt.

D'ordinaire, rien ne lui faisait peur, mais là, la générale de l'armée de Défense de Fanelia ressentait un certain stress voyant la créature hybride s'approcher d'elle et la dévisager d'un regard vicelard.

— Hé hé, bonjour Madame ! Ravie de vous rencontrer, vous habiller sera un plaisir avec vos rondeurs charnues, on peut faire des merveilles et…

Trop, c'était trop, un coup de bâton partit dans la tronche du vieux vicieux.

Etonnement, ce fut Folken qui arrêta la frappe.

Regardant le bout de bois qui avait bien failli lui éclater les dents, Monsieur Taupe leva la tête vers son sauveur.

— Et ben, ce n'était pas une blague alors ? Vous êtes vivant vous ?
— Il me semblait en effet vous avoir vu rôder parfois au palais d'Asturia.
— Et vous êtes ici en quel honneur ? Demanda le marchand, embarrassé.
— Mes amies Hitomi et Merle, mon oncle Meinmet et moi-même sommes venus vous voir sur recommandation de la Reine Millerna, pour trouver une tenue élégante pour mon épouse, la Princesse Yiris, en vue de la grande réception d'après-demain.

Paralysée par la stupidité extrême de la situation, la générale n'arriva pas à décrocher un mot, tandis que Merle, Hitomi et Meinmet affichaient des sourires crispés.
Seul Folken gardait son flegme légendaire.

Réfléchissant un bref instant, Monsieur Taupe comprit qu'il marchait sur des œufs.
Même s'il affichait un calme étonnant, le Prince revenant de Fanelia n'était pas le genre d'hommes avec l'épouse duquel on pouvait se permettre des familiarités, surtout que la dame en question n'était une cliente « ordinaire ».

— Bien, bien, Fit le commerçant, voyons voir…

Sans trop s'approcher, il tourna autour de Yiris qui tenait son bâton, prête à frapper. Il l'observa longuement.
Attendant un coup d'un instant à l'autre, tous restaient silencieux. Puis, arrêtant son analyse, Monsieur Taupe se tourna vers ses assistantes.

— Les filles, prenez des mesures !

Pas le temps de comprendre, la générale se retrouva prise dans un tourbillon de mètres de couturière.
Les femmes-chats répétaient des nombres à la volée, que Monsieur Taupe consignait de sa plume sur un parchemin.

La tempête passée, Yiris se laissa tomber… sur une chaise posée opportunément à la hâte par une des demoiselles.

Elle n'eut pas le temps de dire un mot qu'une tasse de thé lui fut servie, comme à l'ensemble des présents, tandis que Monsieur Taupe semblait en pleine réflexion.

— Bon, je vois. Il va falloir une coupe un peu large, mais retouchée à la taille et avec un bon ourlet pour la longueur.

Pas besoin de traduction, Yiris venait de se faire traiter de petite grosse par un tailleur à la manque.

Cette fois, elle allait vraiment lui faire gouter le bois de son bâton.

Alors qu'elle se levait, Folken tendit son bras devant elle, lui demandant du regard d'être encore un peu patiente, ce qu'elle consentit en ronchonnant, se promettant que, la prochaine fois, ça allait voler.

Suivant les consignes de leur patron, les vendeuses étaient parties dans la réserve, elles en revinrent chargées de robes.

— Bien maintenant, les essayages ! Annonça fièrement Monsieur Taupe.

Comme des furies, les trois filles chats arrachèrent Yiris de sa chaise, si vite qu'elle en laissa tomber son bâton.
Assis sur un confortable canapé, Meinmet, Hitomi et Merle étaient partagés entre l'amusement et une certaine peur.

Le défilé qui s'en suivit fut considéré par la générale comme le moment l'un des moments les plus affreux de sa vie.

Enfermée dans une petite cabine, elle se faisait vêtir et dévêtir à la vitesse de la lumière par les filles-chats.

A chaque tenue, elles la présentaient au public qui n'était pas convaincu tandis que se défendant en protestant vivement, Yiris pestait, estimant qu'on lui ôtait toute dignité.

Il faut dire que le choix avait de quoi laisser dubitatif.

La première partie des essayages avait été composée de robes typiques d'Asturia, des robes corsets très ajustées accompagnées d'une farandole de dentelles, serrées à l'extrême, la générale avait l'impression d'étouffer.

Puis, Monsieur Taupe s'était dirigé vers des tenues plus exotiques, des robes à froufrous d'Egzardia, les drapés de Cesario, les costumes rigides de Basram…

Face aux robes tuniques de Daedalus, les avis étaient plus favorables, mais Folken estima les modèles proposés trop ordinaire, de même pour les quelques tenues de Fanelia présentées.

Déçu de ne pouvoir satisfaire la demande, Monsieur Taupe était parti fouiller sa réserve en quête d'une solution.

Bref, des heures d'humiliation pour rien de convaincant selon Yiris qui avait obtenu de renfiler sa robe violette, offerte par Mila, seule.
A ce moment là, malgré le décolleté interminable, elle semblait parfaite comparée au reste.

Soudain, rajustant sa ceinture nouée, son regard fut attiré par un petit trou dans le mur, au travers duquel, elle vit… un œil !

Un grand fracas fit sursauter l'assemblée, la générale avait pulvérisé la cloison de la cabine pour se saisir de Monsieur Taupe par le cou.

Plaqué contre un mur, les pieds dans le vide, le vieux vicieux avait compris que cette fois, il aurait dû s'abstenir de reluquer sa cliente depuis l'arrière-boutique.

— Toi, je vais t'exploser ! Vieux vicelard !

Alors qu'elle s'apprêtait à lui coller un bon coup de poing, Folken la prit par l'épaule.

— Tu as mis sa boutique à feu et à sang, je crois qu'il a compris la leçon !

Yiris adressa un regard courroucé à son mari. Celui-ci lui attrapa son bras prêt à frapper fermement tout en gardant son éternel calme.

Ayant trop besoin de changer d'air, la générale lâcha prise, ramassa son bâton et sortit en pestant de l'échoppe sous les regards perdus de Merle, Meinmet et Hitomi.

Soudain, une trappe dans le sol s'ouvrit et une femme-taupe apparut. Plantureuse, bien habillée, cheveux en chignon et petites lunettes bien mises, elle était accompagnée d'un petit enfant taupe et suivie d'hommes-araignées, dont la vue surprit énormément Hitomi.

— Mais qu'est-ce qui s'est passé ici ? Demanda-t-elle, furieuse.
— Calme-toi, ma chérie, ce n'est rien… Répondit Monsieur Taupe, embarrassé.
— Ce n'est rien, tu te moques de moi! Rouspéta la femme en constatant l'ampleur des dégâts.
— Maman, je crois que Papa a dû encore se faire gronder par une dame qu'il a regardée…
— David, tais-toi, c'est une affaire d'adultes !

Déçu, le petit taupe se laissa tomber sur un tabouret les bras croisés.

— Pendant que les araignées et moi, on s'échine à bien travailler. Toi, tu fais n'importe quoi ! Et vous, bande de nouilles, dit-elle en se tournant vers les femmes-chats confuses, vous ne pouvez pas le surveiller ?

Monsieur Taupe resta muet, il avait peur de sa femme.

Brièvement, une femme-chat murmura quelque chose à l'oreille de sa patronne qui se tourna vers Folken.

— Ah la la, Monseigneur, que puis-je faire pour que vous acceptiez de pardonner le comportement de mon mari envers votre épouse ?
— Je crois qu'elle s'est déjà fait justice elle-même en endommageant votre boutique ! Répondit Folken resté incroyablement flegmatique.
— Certes, mais…
— Ecoutez, je garde cet incident pour moi, si vous acceptez un petit travail qui requerra l'habilité de vos hommes-araignées.
— Soit, je vous écoute ! Fit la commerçante intriguée.

Pendant quelques minutes, Hitomi, Meinmet et Merle récupèrent leurs esprits en sirotant un thé pendant que le personnel, aidé du fils des propriétaires, faisait le ménage dans l'échoppe.

Au comptoir, Folken discutait avec Monsieur et Madame Taupe qui prenaient des notes.

— N'empêche, remarqua Merle, je crois que le plus incroyable, c'est que ce vieux pervers fini marié et papa.
— En tout cas, cela ne l'a pas changé ! Poursuivit Hitomi.

Meinmet n'avait rien dit, mais il n'en pensait pas moins. Il avait vu des choses étranges dans sa vie, mais jamais un tel fournisseur officiel…

Sa conversation finie, Folken revint vers le groupe.

— L'affaire est réglée. Il ne nous reste plus qu'à retrouver Yiris.

Tous quittèrent l'échoppe, salués poliment par les employés à la fois gênés et blasés. A peine la porte fut-elle refermée, que Madame Taupe passa ses nerfs sur son mari.

Trouver Yiris s'avéra plus facile que prévu. Après avoir discuté avec des passants, le groupe arriva devant l'échoppe d'un pâtissier qui avait vendu un énorme panier de gâteaux à une « petite dame blonde et balafrée, complètement enragée ».
Cet indice permit de rapidement retrouver la piste de la jeune femme, assise sur un muret près du port en train de dévorer les friandises pour se calmer.

Folken invita son épouse à rentrer au palais, elle lui répondit d'un regard mauvais et se leva. Le trajet se fit dans un silence total, à ceci près que l'on entendait Yiris manger bruyamment en grommelant.