Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
www .hananokaze .org
Rating / Classement [+18]
Publié pour la première fois le 27 mars 2012
Chapitre 26
Des vies brisées
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO
Trois jours de voyage pour rejoindre le front au sud de Basram, trois jours qui comptèrent pour Hylden parmi les pires de son existence.
Comme il l'avait prévu, le voyage n'avait été qu'une suite de querelles entre Yiris et Mayek, et, par ricochets entre leurs hommes.
Ainsi, l'armée de Corne devait donc jouer la carte de l'apaisement entre les belligérants.
Leur comportement puéril avait valu aux deux généraux une réprimande bien sentie de Van. Le Roi était profondément excédé par les conflits stupides entre ses hommes.
Depuis dix ans qu'ils avaient été nommés, ces deux là n'avaient jamais raté une occasion de se disputer.
Paradoxalement, les rares fois où ils avaient combattu ensemble, ils avaient été d'une efficacité redoutable. Van espérait que, lorsqu'ils arriveraient sur le front, ils se concentreraient sur leur tache, laissant de côté leur stupide rivalité.
Ils auraient grandement besoin d'être sur le qui-vive lors de la prochaine bataille. La zone des combats étant un marais bordé d'une forêt dense à l'aspect morbide.
Noyés dans un brouillard permanent, les lieux étaient toujours assez sombres. L'odeur des animaux en décomposition dans les tourbières rendait l'endroit encore plus effrayant.
Somme toute, c'était la meilleure des cachettes pour une armée secrète, personne ne venait jamais dans les environs.
Une série de détails avaient trahi la position ennemie : la forte diminution des attaques des brigands qui, d'habitude, vivaient dans ces marais ainsi qu'un étrange ballets de chariots entrant mais ne sortant jamais de cet endroit avaient fini par attirer l'intérêt des autochtones.
Les quantités d'energist volées devenant de plus en plus importantes, il était devenu très difficile pour l'armée des brumes de cacher les va-et-vient de plus en plus fréquents.
Désireux d'obtenir quelque récompenses pour améliorer l'ordinaire dans leur habitat hostile, les chefs locaux avaient rapporté les faits aux autorités de Basram, Freid et Egzardia.
Selon les informations ainsi rassemblées, les adversaires occupaient une grotte d'effondrement située dans la partie rocheuse de la zone.
Celle-ci était bordée d'une forêt épaisse.
Cependant, le lit d'un fleuve aux crues fréquentes constituait une importance zone dégagée.
Les grandes pluies de l'automne étant passées, donc le risque d'inondation écarté. Il s'agissait donc d'une période plutôt propice pour s'aventurer dans un tel endroit.
OoO
Avant tout chose, les délégations de chaque pays se réunirent sous une grande tente. Le président de Basram avait pris les choses en mains.
Dès les premières minutes, les querelles habituelles entre les frileux et les interventionnistes recommencèrent. L'exposé de la situation était interprété différemment par chacun.
Néanmoins, après des heures de palabres, un plan d'action fut mis au point. Le front ferait la largeur de la forêt, chaque pays en assurerait une portion.
De façon prévisible, la disposition des forces devint le nouveau sujet de discorde. Finalement, il fut décidé, entre autres, que Fanelia assurerait l'extrémité ouest, un poste soi-disant peu risqué.
Cela avait clairement été interprété comme une insulte par les généraux du pays, Van avait aussi mal pris l'arrangement, surtout que contrairement à l'accoutumée, Allen ne l'avait pas soutenu…
Quand vint le moment de débattre de la composition des forces de chacun, Basram insista clairement sur la nécessité d'avoir de bons pilotes de melefs et demanda directement à recaler vers l'arrière les pilotes « de second rang ».
Pour le coup, Yiris se sentit clairement désignée. Après avoir gardé son calme trop longtemps, elle explosa.
— Pour votre information, je sais piloter ! Et j'ai d'excellents pilotes avec moi ! Donc mettre mon armée sur le côté est exagéré !
— Certes, mais il faut une armée arrière, c'est tout… Répondit un général de Basram sur un ton méprisant en ne regardant même pas la jeune femme.
— D'après ce que j'ai compris, vous voulez déjà foutre Hylden à l'arrière pour assurer la coordination des infirmiers, donc ma foi, il faut bien une autre armée à Fanelia pour défendre sa zone ! Un tiers de nos effectifs employé uniquement, c'est pathétique !
— Vous avez des forces peu nombreuses, nous en avons tenu compte ! Répondit le Président de Basram.
Cette fois, ce fut Van qui se sentit agressé.
— J'ai amené ici trois de mes quatre armées, pas loin de trois mille hommes, ce n'est pas rien !
Mes hommes sont des combattants chevronnés. Ils ont notamment une grande maîtrise du combat en terrain difficile, en particulier forestier.
— Par rapport à votre pays, vos troupes sont conséquentes, c'est un fait ! Constata le président de Basram. Je ne nie pas non plus l'expérience de vos armées.
Ceci dit, il faut être vraiment en manque de soldats pour prendre une femme comme générale et la garder à votre service après tout ses excès ! Cela vaut aussi pour son frère, un individu à la vie dissolue qui prend le sabre pour un jouet !
Si Haymlar et Hylden ne l'avait pas retenue, Yiris aurait sauté à la gorge de l'arrogant. Constantin avait encaissé et Van ne cachait pas non plus sa colère.
A ce petit-jeu là, Basram était fort. Un puissant pays mobilisant d'énormes effectifs avait forcément plus de poids sur le champ de bataille.
Après une brève réflexion, le jeune Roi décida de ne pas relever la remarque, conscient que les choses auraient vite fait de s'envenimer.
— Soit, vu la portion à gérer, le fait de n'avoir qu'une armée est juste. Mais les autres resteront sur le pied de guerre.
— Sage décision, Roi de Fanelia ! Répondit le Président de Basram.
La générale bouillait intérieurement, Van s'approcha d'elle et lui murmura à l'oreille :
— Tu restes tranquillement à l'arrière, compris ?
Puis, il se tourna vers Constantin.
— Cela vaut aussi pour toi !
Pour le frère et la sœur, le désaveu était clair. Se voir ainsi mise à l'écart constituait une vraie humiliation, une première pour Yiris depuis qu'elle avait commencé sa carrière dans l'armée.
Ravalant sa fierté, elle repartit superviser la mise en place du campement.
Même si elle était consciente de la faiblesse des effectifs de Fanelia, voir son Roi, un ancien héros de guerre, traité comme un militaire de seconde zone la rendait malade.
Comment pouvait-il accepter cela ?
De son côté, après avoir assisté à la fin de la réunion d'états-majors, Van resta un moment pensif à observer ce qui allait être le champ de bataille du lendemain.
— Je suis surpris de la façon dont tu as pris la chose ! Constata Allen. Te connaissant, je pensais que tu t'énerverais à la place de ta générale.
— Tu dis cela alors que tu ne m'as pas vraiment aidé.
— Je suis réaliste…
— Tu es surtout toujours profondément malin, Allen ! Répondit le Roi sur ton ironique.
— C'est un fait ! Sourit le chevalier. Mais, dis-moi, que gagnes-tu à avoir publiquement humilié ta générale ?
— Avec un melef, Yiris ne vaut pas grand chose… Je suis comme toi, réaliste !
— Je crois surtout que tu as décidé de lui faire payer d'une façon ou d'une autre ses erreurs !
— Peut-être que oui, peut-être que non… De toute façon, l'important n'est pas là ! Tout ce que je souhaite, c'est résoudre cette affaire le plus vite possible !
— Hitomi te manque à ce point…
A entendre ces mots, le jeune Roi se mit à sourire.
— Tu n'as pas idée !
— Quel enthousiasme ! Devrais-je comprendre autre chose ?
— Eh bien, je vais devenir père bientôt.
Cette annonce stupéfia le chevalier qui resta quelques secondes complètement hébété.
— Pour une surprise, je ne penserais pas que ça irait si vite après dix ans de séparation, mais je crois que je dois avant tout te féliciter ! Je présume que tu vas aussi avoir un mariage à préparer ?
— Oui, mais ça restera quelque chose de simple. Hitomi est déjà assez mal à l'aise avec le statut de Reine qui l'attend, je ne veux pas la brusquer, surtout dans son état.
— Rassure-moi, tu vas quand même faire plus joyeux que le mariage de ton frère !
Van ne put s'empêcher de pouffer de rire. Le cas de Yiris et Folken, avec le recul, avait un amusant côté surréaliste.
— Ne t'en fais pas pour cela…
Les deux hommes restèrent un moment à discuter des événements heureux à venir, voulant au plus vite laisser l'affaire des brumes derrière eux, croyant les choses résolues d'avance…
OoO
Alors qu'ils vérifiaient les campements de leurs troupes respectives, Hylden et Yiris finirent par se retrouver face à face.
Durant les semaines précédentes, ils étaient restés à l'écart.
Le malaise était perceptible.
D'un petit signe de tête, le jeune homme invita sa collègue à s'éloigner du groupe.
Celle-ci eut une brève hésitation, mais lui emboita le pas.
Une fois à l'écart, à l'orée d'une forêt, Hylden entama la discussion :
— Tu vas bien ?
— Oui, ne t'en fais pour moi… Répondit Yiris avec une certaine gêne.
Le jeune général l'observa avec une tendresse évidente. Il devient lui demander quelque chose de délicat.
— Il n'a pas été… brusque avec toi ?
A l'entendre, Yiris baissa la tête pour dissimuler ses joues devenues rouge de confusion. A priori, la question était osée.
Cependant, elle savait que si Hylden la lui posait, c'était parce qu'il s'inquiétait pour elle.
— Non… Rassure-toi…
Le ton était sincère, juste marqué par un logique embarras, le jeune homme éprouva un certain soulagement.
Depuis les événements du procès, il faisait sans arrêt des cauchemars.
Connaissant Yiris, elle aurait été capable de jouer la comédie juste par fierté.
— Que comptes-tu faire maintenant ?
— Je crois que je n'ai pas le choix. Je dois continuer ainsi. Tu sais bien que je suis redevable à Folken Fanel, il m'a sauvé la vie. Et… comme je t'ai dit… il me traite bien…
— Tu sais ce qui s'est passé au Conseil, je présume… Quand même, il a…
— … voulu empêcher mes adversaires de riposter… Coupa-t-elle. Je comprends pourquoi il a fait cela…
Le général resta perplexe. L'indulgence dont son amie faisait preuve le surprenait.
Voyant son scepticisme, Yiris poursuivit :
— Je te l'ai dit, ne t'en fais pas ! Je suis forte, je sais encaisser et le Prince est une personne correcte… Certes, cette situation n'est pas… ce dont je rêvais… mais, au moins, je suis en vie…
Alors, la jeune femme lui adressa un regard ému qui le transperça. A cet instant, il dut prendre sur lui pour ne pas la serrer dans ses bras.
Mais Yiris avait fait une promesse, refusant de la rompre, elle s'éloigna dans un sourire mélancolique.
Plus le temps passait, plus elle avait du mal à comprendre les sentiments qu'elle éprouvait.
OoO
Le lendemain de leur arrivée, les soldats de l'armée de Défense tremblaient de peur, mais pas à cause de l'ennemi.
Haymlar et Yrkas se demandaient combien de temps allait s'écouler avant le drame.
Assise dans un coin, les yeux exorbités, enragée, Yiris triturait maladivement son bâton.
Le coup de la laisser à l'arrière, c'était une honte, un scandale ! Elle avait énormément de mal à digérer l'affront.
Et le pire, c'est que Van avait donné son accord à cette décision, la pire claque qu'il pouvait lui donner, entre ça et l'affaire du drap tâché, elle avait du mal à savoir quel était le pire moment de sa vie…
Sans un mot, étonnement philosophe, Constantin, consigné avec elle selon l'ordre du Roi, lui amenait des tasses de thé à la chaîne depuis le matin.
La conséquence s'était vite faite sentir, Yiris se levait toutes les heures pour aller se soulager, mais personne n'osait en rire.
Et systématiquement, elle repartait s'asseoir sur le point de vue qu'elle avait choisi. Un tronc abattu lui servait de banc sur une petite colline dominant le champ de bataille.
La brume n'étant pas trop épaisse, Yiris suivait un peu l'avancée. Les troupes de Basram étaient en tête et pénétraient plutôt vite dans la forêt, l'affrontement n'allait sans doute pas tarder.
Jusqu'à présent, la générale se contentait d'être une spectatrice juste énervée, mais depuis quelques minutes, un détail la tourmentait.
L'armée de Fanelia progressait en biais par rapport à la troupe principale, son rôle était de retenir une probable fuite de l'ennemi.
En théorie, une position peu risquée dans l'immédiat, même s'il y aurait quand même de la bagarre au rendez-vous.
Seulement voilà, le temps passant, le brouillard avait étrangement épaissi dans cette zone.
La longue vue qu'elle avait demandée ne servait à rien, elle distinguait de moins en moins les melefs.
Cette brume, Yiris la craignait, ce n'était pas normal qu'elle se forme à cet endroit précis. L'attaque de la forêt avait commencé comme ça.
Et si l'ennemi avait déjà pris une position de repli, s'il attaquait par derrière ?
Cette fois, impossible pour la jeune femme de rester assise à ne rien faire.
— Haymlar, fais préparer mon guymelef. Je prends avec moi Yrkas et trouve-moi d'autres pilotes chevronnés, je veux aller voir ce qui se passe !
— Mais chef…
— J'y vais point. J'ai un doute, je veux le lever. Alors, tu fais ce que je te dis…
— Oui, mais en fait…
— En fait quoi ?
— La plupart des gars, pensant qu'ils n'allaient pas combattre sont allés préparer le ravitaillement avec les hommes d'Hylden qui gère les infirmiers de la coalition, donc il faut que je rappelle du monde.
— Tu as combien de pilotes disponibles ?
— Une dizaine à tout casser…
— Je m'en contenterais. Tu restes là pour surveiller le camp, si un type de Basram, Asturia ou autre débarque pour me râler dessus, tu lui diras que je lui mettrai personnellement mon poing dans la gueule à mon retour !
Haymlar s'inclina et partit à la hâte rassembler les hommes. Yrkas, lui, était déjà en train de monter dans son guymelef, content de pouvoir utiliser son engin avec lequel il était particulièrement habile.
Yiris s'apprêtait à faire de même.
Sur le chemin, son regard croisa celui de Constantin, et ce qu'elle vit lui glaça le sang. Son frère lui offrait un sourire étrange, mesquin, sournois, limite pervers.
Elle avait envie de lui demander pourquoi ce revirement dans son attitude, mais elle ne le fit pas.
Quelques jours durant, il avait été aimable avec elle, il fallait croire que ce moment de grâce était fini et qu'il était reparti dans son délire, sans doute contrarié de voir ses talents méprisés par le Roi.
Fatalement, se disait-elle, il devait lui en imputer la responsabilité.
S'installant dans son engin, elle se souvint du bon vieux temps où elle cajolait son petit frère qui l'adorait. Plus de vingt-cinq ans avaient passé depuis ces heureux moments.
Maintenant, hormis celui du sang, elle en arrivait à se demander s'il subsistait un lien entre eux.
Oubliant ses tracas familiaux, la générale partit avec sa troupe. Elle comprise, il y avait douze melefs. Ce n'était pas beaucoup.
Cependant, cela suffisait pour une équipe de reconnaissance.
D'ordinaire, elle aurait pris quelques éclaireurs pédestres, mais vu le manque de visibilité et la difficulté à se déplacer, ils n'auraient été d'aucune utilité.
Pire, ils auraient pu être blessé par un géant d'acier qui ne les aurait pas vus.
La progression des engins n'était pas des plus simples. Le terrain instable n'était décidément pas propice et il avait fallu être particulièrement prudent pour traverser le fleuve, heureusement peu profond.
Au fur et à mesure qu'ils avançaient, le brouillard s'épaississait. Le doute devenait de plus en plus grand.
Par radio, Yrkas souligna un point important : ils n'avaient croisé personne depuis le début. Or, il devait y avoir une troupe à pieds avec notamment les infirmiers un peu en arrière.
Un silence pesant était légion jusqu'à présent. Puis, des fracas de métal lointains se firent entendre.
Au départ, la troupe avait cru que le son venait du front principal, mais, en progressant, plus aucun doute, ils étaient dans le sens de leur avancée. Le mauvais pressentiment de Yiris se confirmait.
Le bruit devenait de plus en plus proche, les melefs étaient sur le qui-vive. La générale n'était pas du tout à son aise.
Sa troupe était petite, et surtout manquait de pilotes expérimentés, elle-même n'étant pas très douée avec les machines.
Soudain, un des soldats signala une macabre découverte : un tas de cadavres, visiblement ceux des troupes arrière, très mauvais signe.
Yiris avançait rapidement. Enfin, elle se trouva face à un melef ennemi. L'engin était gris et se confondait avec la brume.
Heureusement, des étincelles qui faisaient suite à de probables dommages trahissait sa présence et aidait à le distinguer.
— Hé hé, pour une fois, je vais vous faire honneur !
Sans hésitation Yrkas le plus expérimenté de la troupe se jeta sur lui. Les autres continuant de progresser.
Ils se retrouvèrent pris dans un chaos où les ennemis étaient difficiles à distinguer, plusieurs melefs ne répondaient déjà plus.
Yiris hurlait sur la fréquence sans succès, quand soudain, une voix inespérée se fit entendre.
— Yiris, c'est toi ?
— Maître Van, vous êtes vivant !
— Oui, et je suis content que tu ais désobéi aux ordres ! Je suis en grosse difficulté. Nous avons été séparé du reste des troupes, je n'arrive plus à localiser Mayek.
— Alors, il faudra vous contenter de moi !
Avançant difficilement au milieu d'assauts surprenants, pour la plupart parés par Yrkas qui la couvrait, Yiris finit par apercevoir un guymelef blanc couverts d'inscription rouge, celui de Van. Il aussi semblait en fort mauvaise posture.
Réfléchissant à une façon de se dégager de ce pétrin, la générale s'adressa à son aide de camp.
— Dis Yrkas, tu as une idée ?
Aucune réponse.
— Yrkas, triple imbécile, je te parle. Yrkas, Yrkas…
Il ne répondit pas. Elle se tourna, mais ne vit ni Yrkas, ni aucun de ses compagnons.
Désormais, elle était seule avec Van. Aucun moyen d'appeler à l'aide. Les radios des melefs, inventions récentes prises à Zaibach, n'avaient pas une très longue portée, surtout sur les engins rudimentaires comme ceux de Fanelia.
Les troupes étant censées être très compactes, il n'avait pas été jugé utile de s'équiper d'une base longue portée…
Grave erreur !
— Votre Majesté, je crois que nous sommes mal partis…
— Je le crois aussi…
Voyant peu à peu les assaillants les encercler, Yiris et Van positionnèrent leurs machines dos-à-dos, dans une ultime volonté de se défendre.
Pour la première fois depuis qu'elle était dans l'armée, la générale ne savait plus quoi faire, aucune issue en vue.
Le Roi aussi sentait aussi que la situation était désespérée. A ce stade, il ne pouvait qu'espérer un miracle…
A de multiples reprises, ils tentèrent de communiquer avec leurs adversaires. Cependant, ceux-ci, dans leurs guymelefs gris à l'allure assez moderne, restaient muets. Ils se contentaient de se masser autour d'eux, semblant prendre plaisir à faire durer l'angoisse.
Pour des guerriers expérimentés, des personnes qui avaient vu la mort de très près, c'était une fin idiote, pathétique… Ils s'étaient fait piéger par de simples melefs, après avoir pourtant survécu à mille fois pire.
Face à leur mort imminente, tous deux restaient étrangement calmes. Quitte à mourir, autant partir dignement, sans supplier, histoire de ne pas donner le plaisir de faire comprendre leur souffrance morale à l'ennemi.
A vingt-six et trente-huit ans, ils avaient eu des vies bien remplies, et tout autant de regrets.
A ce moment, Yiris n'avait qu'une envie, que ça aille vite. L'agonie interminable, elle avait déjà donné ! Son dernier souhait était de mourir rapidement sans avoir le temps de sentir quoique ce soit.
— Tout ça pour en arriver là… A se faire coincer dans la brume… Ironisa Van. Maintenant, alors que j'avais tout pour heureux…
— Pardon, j'ai senti le coup venir… Je n'aurais pas dû partir avec si peu d'hommes… J'aurais dû attendre, aller demander l'aide d'Hylden…
— Si tu avais fait ça, tu serais arrivée trop tard de toute façon… Ceci dit, j'aurais préféré…
— Comment ça ?
— Si j'ai accepté le fait que tu restes en arrière, c'est que les melefs ne sont pas du tout ta spécialité et que je n'avais pas envie qu'il t'arrive quelque chose. Mon frère reconstruit sa vie, et, pour lui, tu dois en faire partie.
— C'est bien la première fois que vous me ménagez. En partant de ce principe, vous auriez dû rester avec votre bien-aimée et laisser cette bande de bouffons s'amuser avec leurs engins.
— J'étais perplexe face à cette intervention, je redoutais aussi le piège… Dit Van avec une grande émotion. Je vais mourir sans avoir connu mon enfant. Moi qui me réjouissait, je vais laisser Hitomi seule…
— Je suis désolée…
— Ne le sois pas, tu n'y es pour rien…
— Vous savez, tant que l'on est dans les confessions, avoua difficilement Yiris qui ne pouvait retenir ses larmes de dépit, il y a une chose que j'aurais dû dire à votre frère avant de partir…
— Et quoi donc ?
— Que je l'…
Un immense fracas de métal, elle n'eut pas le temps de finir sa phrase. Bien que se doutant de ce qui s'était passé, Van tenta un appel radio.
— Yiris ? Tu m'entends…
Pour seule réponse, il y eut des grésillements sur la fréquence.
Maintenant, il est était totalement seul.
