Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]
Publié pour la première fois le 2 avril 2012
Chapitre 27
L'effondrement des certitudes
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
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Le petit garçon aux yeux verts, Hitomi rêvait de lui, à nouveau. Il était plutôt chahuteur et audacieux. Dans ses pensées, elle le voyait tenter d'escalader des meubles sans aucune crainte.
Bien que n'ayant pas l'air d'avoir plus de deux ans, il semblait très dégourdi pour son âge.
Comme la première fois qu'il lui était apparu, il s'assit sur un rebord de fenêtre et posa cette étrange question.
— Dis Maman, tu crois qu'un jour je le verrai mon Papa ?
C'est alors que Hitomi se vit, elle avait les larmes aux yeux et répondait à son fils.
— Mon petit amour, quand ton papa a quitté ce monde, tu étais encore dans mon ventre, mais je sais que de là où il est, il veillera toujours sur toi…
A cette triste image succéda une vision atroce. Du sang coulait des melefs à terre, l'un était en feu.
Horrifiée, la jeune femme reconnut celui qu'utilisait Van.
Hitomi se réveilla dans un hurlement qui fit bondir Merle, restée auprès d'elle.
— Van, il est arrivé quelque chose à Van…
La fille-chat tenta de réconforter son amie. Cependant, celle-ci ne cessait de répéter la même phrase et de pleurer comme si elle était toujours enfermée dans son cauchemar.
Démunie, Merle appela des servantes et leur demanda d'aller chercher Folken.
Celui-ci ne dormait pas. Tiré de ses pensées brutalement, il se précipita au chevet d'Hitomi.
Réveillé par l'agitation, Meinmet croisa son neveu dans un couloir et le suivit.
Après de longues minutes à lui parler calmement, Folken finit par apaiser la Hitomi. Malgré tout, celle-ci restait persuadée que quelque chose de grave s'était produit.
— Il est arrivé quelque chose à Van, je le sens… Il faut l'aider vite ! Supplia-t-elle en s'accrochant au jeune homme.
— Calme-toi, reste tranquille. Dans ton état, tu dois te reposer. Je vais aller voir pour obtenir des nouvelles afin de te rassurer, d'accord ?
— Oui, mais…
— Reste allongée, Merle sera avec toi, je reviens.
Dubitatif, le Prince quitta la chambre. Dans le couloir, Meinmet et Luyren l'attendaient.
— Honnêtement, quelles sont les dernières nouvelles ? Demanda le jeune homme.
— Elles datent de ce matin, elles annonçaient que l'armée avait bien voyagé et que les choses se mettaient tranquillement en place. Répondit le général.
— N'y a-t-il pas moyen d'en avoir de plus récentes ?
— Normalement, nous en aurons en fin de matinée, mais parfois, les transmissions peuvent ne pas passer. Observa Luyren.
Si nécessaire, je peux faire lancer un appel, il y a une station relais longue-distance au poste frontière avec Asturia. En faisant passer le message par les hommes-loups, nous aurions une réponse avant le lever du soleil…
— Alors, faites… Je ne veux pas que Hitomi se rende davantage malade. Dans son état, il est inenvisageable que quoi ce soit lui arrive. Alors même si ça peut paraître démesuré d'aller jusqu'à lancer un appel longue distance, il faut la rassurer.
— Bien je vais m'en occuper ! Fit le général en s'en allant.
Resté silencieux jusqu'à présent, Meinmet s'approcha de son neveu.
— Je te connais, tu ne fais pas ça que pour rassurer Hitomi…
— Oui, je l'avoue, j'ai un mauvais pressentiment moi aussi…
— Du genre ?
— Impossible à dire, je me sentirais mieux quand nous aurons reçu une réponse.
OoO
A la tombée de la nuit, l'armée de Basram était arrivée là où elle espérait, devant un gigantesque puits d'effondrement naturel.
A son immense regret, ce qui devait être un camp de base était en feu…
Malgré de nombreuses manœuvres d'encerclement, aucun ennemi n'avait été capturé.
Les hommes de la brume avaient eu le temps de fuir à la dernière minute, sans doute le temps d'évacuer leur précieux chargement d'energist. Mais vers où ?
Devant cet échec cuisant, des disputes éclataient déjà entre les états-majors. Basram et Egzardia étaient directement menacés, leurs généraux étaient donc particulièrement furieux.
Comme à chaque fois, les cibles principales furent les représentants de Daedalus, qui du fait de sa position isolée sur une presque-île au nord du continent, était un pays qui avait tendance à se tenir hors des conflits.
Il fut donc encore une fois question de frilosité, de lenteur d'intervention. Désespéré devant l'immuabilité des militaires présents, Allen avait renoncé à calmer les esprits et les laissaient continuer leurs veines querelles.
Le Président de Basram, présent sur le camp de base et venu constater le désastre ne mâchait pas ses mots.
Puis, après avoir déversé sa colère sur Daedalus, il s'attaqua un autre pays éloigné de la zone de conflit.
— Bon sang, ceux de Fanelia ne valent pas mieux que vous… Quand on nomme une femme générale, on est loin d'avoir toute sa tête ! Van Fanel a demandé que l'on prenne notre temps, j'espère qu'il est satisfait ! D'ailleurs où est-il ? Il a peur de reconnaître sa bêtise ?
Jusqu'à présent, personne ne s'était vraiment posé la question. Des subalternes partirent en quête de renseignements.
Quelques minutes plus tard, l'un d'eux revint, l'air embarrassé.
— En fait, les troupes de Fanelia ont un souci. J'ai vu un des hommes du général Hylden, cela fait un moment qu'ils n'ont pas eu de contact avec le groupe sur le terrain. Là, justement, ils étaient entrain de voir si ceux de Cesario, qui occupaient une position proche, avaient des nouvelles. On pense que la brume épaisse bloquerait les radios, c'est étrange.
Cette nouvelle jeta un certain froid.
Perdre le contact avec une armée entière, cela n'annonçait rien de bon.
— Je pense qu'au lieu de nous disputer, nous devrions aller aider les soldats de Fanelia à localiser leurs troupes ! Suggéra Allen sur un ton ferme.
Les autres chefs d'état major acquiescèrent et donnèrent l'ordre d'envoyer des équipes de soutien à la dernière position connue de l'armée de Fanelia.
Au fur et à mesure que la nuit était tombée, la brume avait reculé. Néanmoins, les conditions de visibilité restaient lamentables.
Hylden avait été prévenu quelques heures plus tôt, par un message d'Haymlar, du phénomène de brume anormal et du départ de Yiris.
Un relais de Cesario lui avait affirmé avoir fait le point avec la troupe du Roi peu avant, mais au bulletin suivant, plus d'information.
Ayant un mauvais pressentiment, le général avait envoyé une immense expédition aux flambeaux à la recherche de Van, Yiris et Mayek.
Lui-même s'était joint aux recherches, avec une importante équipe d'infirmiers.
Après une longue marche sans croiser aucune trace de vie, un éclaireur revint vers lui en courant !
— Général, c'est la catastrophe !
— Comment ça ?
— A l'ouest, on a trouvé des corps et des débris de melefs… Ce sont des engins de chez nous !
Le général et ses troupes se précipitèrent dans la direction indiquée. Rapidement, l'avancée permis de découvrir d'autres victimes, mais, pour tout le monde, il était déjà trop tard.
— Oh merde…
Haymlar et sa troupe s'était arrêtés devant un spectacle effrayant, une pile de melefs broyés et entassés, ceux de l'armée de Crâne, celle de Mayek.
Là encore, aucun survivant, les macabres recherches prirent un tournant dramatique quand le melef du général fut trouvé, avec son pilote sans vie à l'intérieur.
Un des quatre généraux de Fanelia était tombé au combat, un autre et le Roi étaient portés disparus, la nouvelle se répandit comme une traînée de poudre sur le champ de bataille.
Les différentes équipes des autres pays assistaient désormais les recherches.
Soudain, des flammes apparurent au travers de la brume.
— L'ennemi ? Demanda Haymlar à Hylden.
— Non, ce n'est pas leur genre de se faire remarquer. Je pense plus à un incendie, avançons !
Encadrés de troupes lourdement armées et de plusieurs melefs, le général et le second progressèrent au milieu d'épaves en feu.
Tout à coup, Haymlar se détacha du groupe en courant pour se diriger vers un engin qu'il connaissait bien.
— Putain, Yrkas, réponds-moi ! Yrkas !
Le melef de l'aide de camp était très endommagé, la partie gauche avait été durement broyée.
Cependant, à leur immense surprise, les secours trouvèrent le pilote inconscient, mais vivant. Son état était néanmoins préoccupant.
Le bras écrasé était bon à amputer et la perte sanguine importante.
Après avoir administré des soins d'urgence, Hylden dirigea le survivant vers l'arrière pour qu'il soit immédiatement opéré.
Assis au pied du melef de son ami, Haymlar prenait sur lui pour ne pas céder à la panique. Le général, de son côté, gardait son calme, difficilement.
Le reste des troupes partageaient ce sentiment de malaise.
— Yrkas est l'un des meilleurs, il est parti avec Yiris pour aller aider le Roi… S'il s'est fait choper, c'est que…
— Ne parle pas trop vite, Haymlar, s'il te plaît, on continue, et on verra…
La macabre marche continua, et ce fut dans le silence total que l'équipe fit sa pire découverte.
Un melef était effectivement en feu, et pas n'importe lequel. Aucun doute, tous reconnurent la carcasse de celui du Roi.
Face à cette désolation, de nombreux soldats tombèrent à genoux. Hylden commença à les haranguer pour qu'ils aillent chercher de l'eau afin d'éteindre les flammes.
Le choc passé, tous se mirent à la tâche profitant d'une petite mare voisine dans laquelle ils servirent de leurs casques comme seaux.
L'incendie éteint, un étonnant constat s'imposa, il n'y avait aucune trace d'un corps. Quelques soldats pensèrent que le feu avait été très puissant et donc tout détruit.
Cependant, Hylden balaya l'hypothèse d'un revers de main, la chaleur avait juste provoqué une surchauffe du circuit d'energist, le métal interne avait juste fondu, la température atteinte insuffisante pour avoir détruit des ossements.
De plus, l'armure du Roi était absente, de même que son épée…
Le jeune général demanda alors aux hommes de chercher alentour des traces de pas, mais rien de bien probant dans cette quasi-tourbière ne pouvait être repéré.
De son côté, cherchant du regard un miracle, Haymlar s'arrêta sur un autre engin, qui lui, n'était pas en proie aux flammes.
— Chef ! Hurla-t-il en courant.
Sorti de sa réflexion, Hylden comprit qu'il était question de Yiris, et il suivit le mouvement. Ce qu'il allait découvrir le terrifiait.
Des images de son amie défilaient dans son esprit, il la voyait souriante, se rappelait sa haine des melefs, et là…
— Bordel de merde, le cockpit est bloqué ! Apportez des pinces et des pieds de biche, il faut l'ouvrir ! Invectivait Haymlar. Chef, vous m'entendez, chef !
Ses appels restaient sans réponse, mais déjà une énergique équipe s'affairait à ouvrir l'engin. Hylden était dubitatif, la partie supérieure était peu endommagée, mais le bas…
Le fait que le mécanisme d'ouverture soit bloqué montrait que le broyage avait dû toucher l'intérieur du cockpit…
Après plusieurs minutes d'effort, l'armure géante s'ouvrit.
A l'intérieur, l'éclat des lumières sur la tresse d'or fut la première chose que les hommes virent.
Yiris gisait, couverte de sang, ses cheveux blonds retombant sur son visage.
Craintif de ce qu'il allait découvrir, Hylden avala sa salive avant de pousser délicatement les mèches pour découvrir ce qu'il en était.
Les yeux étaient clos, le teint très pâle. Doucement, le jeune homme fit glisser sa main sur le cou, touchant le ruban qui maintenait la croix, pour sentir la carotide.
Trop nerveux, il avait du mal à se concentrer. Enfin, il sentit de petites vibrations, un pouls !
— Bon sang, elle est vivante ! Un brancard vite !
Doucement, le général commença à dégager Yiris. Son bras gauche s'était démis dans la chute, sa main droite était brisée, mais surtout à partir du bassin son corps était comme écrasé.
Visiblement, un autre melef avait dû marcher sur le sien, causant énormément de dégâts dont le cockpit n'avait pu la protéger.
Après avoir sorti la blessée, le médecin constata la gravité de ses blessures. Les jambes étaient entachées de plusieurs fractures ouvertes.
Délicatement, il retira l'armure et constata avec horreur que le bassin avait été enfoncé, une auréole violacée sur le ventre trahissait une importante hémorragie interne.
— Comment va-t-elle ? Demanda Haymlar.
— Mal… Je vais stabiliser ce que je peux et on la dirige vers l'arrière. Il faut intervenir rapidement si on veut avoir une chance de la sauver.
— Emmenez ça avec, lui au moins, il est intact et Dieu sait qu'il lui est précieux ! Dit le second en tendant le bâton de sa chef qu'il avait retrouvé dans le cockpit.
OoO
A Fanelia, un silence pesant régnait. Cela faisait cinq heures que le message avait été transmis et toujours aucune réponse.
L'angoisse était palpable, l'absence de communication était un très mauvais signe.
Néanmoins, Luyren avait eu une idée. Il avait envoyé un second message depuis la frontalière d'Asturia, mais cette fois, à destination de Palas.
Une heure après cette transmission, des hurlements résonnèrent. L'homme-loup affecté à la réception du message n'en crut pas ses oreilles et courut vers la salle de Conseil où Hitomi, Merle, Folken, Meinmet et Luyren attendaient des nouvelles.
Sans frapper à la porte, il déboula.
— On a eu une réponse d'Asturia !
— Et que disent-ils ? Demanda Luyren, inquiet.
— Je n'ai pas de détails, mais on parle d'une situation confuse. Les messages qu'ils ont proviennent de l'arrière du front, apparemment, c'est le désordre.
— C'est tout ? Interrogea le général.
— Non, répondit l'homme-loup. Je crois que vu les circonstances, l'information est à prendre avec des pincettes, mais…
— Mais quoi ? S'énerva Hitomi. Quoi ?
— Ils parlaient de Mayek et Yiris.
A entendre ces mots, Folken et Meinmet ne purent dissimuler une certaine angoisse.
— Et que s'est-il passé ? Demanda l'époux de la jeune femme.
L'homme-loup soupira profondément avant de continuer.
— Pour Mayek, je sais qu'il est mort. Pour Yiris, ça ne devrait pas tarder… Désolé…
L'effroi parcourut la salle, et se propagea très vite à l'ensemble du palais via les domestiques qui espionnaient la conversation.
Un des généraux de Fanelia avait été tué au combat, un autre était mourant. Ces tristes nouvelles rappelaient à chacun les heures sombres de la destruction de la ville.
Meinmet était au bord des larmes. Bien que lui aussi ému, Folken se contenait…
— Qu'est-ce qui leur est arrivé ? Demanda-t-il.
— Pardon, mais je n'en sais pas davantage. Hylden devrait nous recontacter bientôt.
Cette dernière information attira l'attention d'Hitomi.
— Pourquoi Hylden, et non Van ?
— Je l'ai déjà dit, je n'en sais rien. Mais sachez que nous nous tenons sur le qui-vive en cas de nouvelle transmission.
Sur ce, l'homme-loup prit congé, laissant bien malgré lui un sentiment de mauvais augure.
Personne n'osa commenter la situation. Luyren resta muet. Le fait que Hylden semble assumer le commandement des opérations n'avait aucun sens.
Et puis, Mayek… Il venait de perdre son vieux camarade, un choc…
Assis, Meinmet se maintenait les mains sur la tête pour cacher ses sanglots. Adossé un mur de la pièce, dans l'obscurité, Folken ne put retenir une larme.
Hitomi s'était levée et regardait par une fenêtre la Lune des Illusions, Merle était appuyée contre elle, tentant de la soutenir.
Songeuse, la jeune femme posa sa main sur son ventre, espérant de tout cœur que le père de son enfant reviendrait sain et sauf.
OoO
Il faisait noir, Yiris était dans ses pensées. A cet instant, en regardant ses mains, elle se rendit compte qu'elle avait récupéré l'apparence de ses treize ans. Elle portait sa robe de communion.
Autour d'elle, flottaient des petites bulles avec, dans chacune, l'image d'un souvenir.
Certains la firent sourire. Les premiers pas de son frère, les préparations de gâteaux avec son père… Puis les bulles racontèrent sa vie sur Gaea, les mois passés chez les hommes-chats, elle avait l'air heureuse.
Arrivèrent ensuite les moments plus douloureux, mais étrangement, ne voulant pas s'y attarder, Yiris explosait les bulles concernées d'un doigt.
Avançant, elle constata que son apparence avait changé, elle portait sa tenue habituelle toute noire, et avait désormais des cicatrices.
Pensive, elle réalisait qu'elle vivait sans doute ce dont les histoires parlaient, avant de mourir, on voyait sa vie défiler devant soit. Bizarrement, elle n'avait pas vécu cela la première fois.
Les années à diriger Irini avaient somme toute été agréables, il y avait tant de bons moments…
L'avancée dans le néant continua, les bulles montraient Fanelia. Yiris flottait au milieu, désormais vêtue de ses habits de général.
Puis, elle arriva au bout d'une allée où une dernière bulle l'attendait. Bien plus importante que les autres, elle flottait, opaque. Yiris n'y voyait rien.
Intimidée, la jeune femme l'effleura du bout des doigts de peur de l'exploser avant qu'elle ne lui ait été révélée. Comme elle redoutait, la bulle se rompit au simple contact, mais libéra une aura de douceur, de paix.
Les larmes aux yeux, Yiris reconnût ce souvenir. Il était donc si précieux qu'elle l'avait gardé pour la fin…
Ce n'était pas des images, juste des sensations, mais les plus douces qu'elle avait jamais éprouvées.
Cette fois, les paupières closes, elle s'attendait à disparaître. Après tout, son âme ne tenait à son corps que par une magie démoniaque, et avec la vie qu'elle avait mené, le Paradis ne devait pas être pour elle.
La libération était proche, Yiris se laissait submerger, sans la moindre peur, parce que la dernière chose à laquelle elle pensait la comblait.
Dans la réalité, Hylden, qui avait fini de l'opérer, était très sceptique sur l'efficacité de son intervention.
Il avait remarqué l'étrange cercle qu'elle avait sur la poitrine apparaître puis commencer progressivement à s'effacer…
Un autre événement le laissait perplexe. Pas alarmant en soit, mais déconcertant : quelqu'un avait coupé les cheveux de Yiris.
Entre son sauvetage et le début de l'intervention, il n'avait pourtant quitté la jeune femme des yeux que quelques minutes.
Dans un premier temps, Hylden avait pensé qu'un infirmier avait cru bon de faire cela pour mieux vérifier s'il y avait des plaies à suturer sur le crâne, mais non… Il s'était emporté, les hommes étaient restés catégoriques.
Y regardant plus attentivement, il nota que la personne avait essayé d'arracher la tresse d'or, et avait coupé plus court d'un côté, commençant à la séparer de la chevelure.
La façon de faire était étrange. Un grand coup avait sectionné net la longueur et d'autres s'étaient attelés aux mèches près du front pour tenter de détacher la tresse…
Mais surtout, et c'est cela qui intriguait le plus le général, les cheveux coupés avaient disparu, seules subsistaient les petites mèches vainement détachées de la tresse…
Qui avait pu faire ça ? Dans quel but ? Cela n'avait aucun sens…
Pour Hylden, ce geste avait forcément une signification. Quelqu'un avait pris à Yiris une sorte de trophée.
Ayant peur qu'un espion soit infiltré, le général avait fait renforcé la surveillance autour des blessés.
Avant de sortir de la tente qui servait d'hôpital de fortune, il resta encore un bref instant auprès de Yiris.
Observant autour de lui, il se rendit compte que les infirmiers étaient trop occupés pour voir ce qu'il faisait, alors, prenant des ciseaux, il essaya de couper les mèches de manière symétrique autour du visage de sa collègue, histoire qu'elle garde au moins un peu dignité.
Ceci fait, il se leva et sortit, il se savait attendu. En effet, une grande partie des états-majors de chaque nation était présente à l'extérieur.
— Alors ? Demanda Allen.
— Pour Yiris, je crois qu'il n'y a plus rien à faire. J'ai réussi à stopper l'hémorragie hépatique. Cependant, le résultat très précaire, l'artère risque de se rompre et la science ne sait pas encore comment intervenir dans ce cas. Elle va mourir sous peu et je ne pense pas qu'elle se réveillera avant pour nous donner des informations sur Sa Majesté. Le soldat qui l'accompagnait est hors de danger. Cependant il se peut qu'il s'écoule des jours avant qu'il ne reprenne conscience…
— Donc, nous n'en savons pas davantage… Conclut Allen.
— Vos recherches n'ont pas progressé ?
— Une partie de l'armée de Mayek a été retrouvée plus loin. Ces hommes avaient avancé avec ceux de Cesario. Ils ont été séparés du groupe principal, c'est sans doute pour ça qu'ils sont encore vivants. Et comme on pouvait s'y attendre, ils n'ont rien vu… Van reste introuvable, une véritable énigme…
— Soit…
— Sans vouloir vous presser d'une quelconque façon, au vu des circonstances, vous représentez votre pays, il va falloir que vous préveniez votre capitale de la situation. Nous faisions volontairement un embargo sur les informations pour éviter de faire naître de folles rumeurs, cependant Palas me confirme avoir reçu plusieurs messages affolés de Fanelia…
— Je le comprends… Je pense que je vais déléguer la surveillance des troupes restantes à Haymlar, le second de Yiris. C'est le plus expérimenté de son grade, il saura gérer les recherches et le rapatriement des troupes. Pour ma part, je vais ramener les corps déjà retrouvés, dont celui de Mayek, et je pense qu'il est mieux que Yiris meurt sur sa terre…
— Sage décision, sachez que vous pouvez compter sur notre soutien. Nous continuons de chercher Van, nous ne l'abandonnerons pas ! Déclara Allen.
Hylden remercia d'un signe de tête et partit donner des ordres à ses troupes pour affréter un vaisseau afin de retourner à Fanelia.
Puis, il partit s'asseoir seul sur une souche d'arbre, le monde s'écroulait autour de lui… Son Roi avait disparu, et il allait devoir annoncer cela…
Mais surtout, d'ici quelques heures, Yiris ne serait plus. Il allait devoir maintenant vivre avec ce regret de ne pas avoir pu lui dire à quel point il l'aimait.
Alors qu'il était perdu dans sa réflexion, Haymlar s'avança vers lui.
— Dis Hylden, ce n'est qu'un détail mais il y a quelque chose qui me dérange…
— Quoi donc ?
— Cet imbécile de Constantin a disparu. On a cherché cet emmerdeur partout pour lui parler de sa sœur, mais c'est comme s'il s'était envolé…
