Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]
Publié pour la première fois le 10 avril 2012
Chapitre 28
L'effondrement des certitudes
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
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Sur le pont du vaisseau flottant qui le ramenait à Fanelia, Hylden était irrésistiblement attiré par le vide, l'envie de disparaître lui serrait la poitrine, l'empêchant parfois presque de respirer.
Dans quelques heures, il allait devenir celui qui annonce le drame, celui qui brise les espoirs…
Quand il était parti quelques heures auparavant, il avait fait envoyer un laconique « Je rentre » à la capitale.
Que dire de plus ? Comment le dire ? Il devrait pourtant le faire.
Afin de regagner Fanelia au plus vite, il s'était vu prêter une embarcation rapide par Asturia.
L'engin n'était pas très gros par rapport à la plupart des vaisseaux, mais possédait de puissantes hélices, le temps de trajet serait donc divisé par deux.
Mais, même cette seule journée de trajet paraissait terrible à l'équipage présent car le vaisseau était avant tout une chapelle ardente. A l'intérieur, il y avait les corps d'une cinquantaine de soldats tombés dans la brume.
Au vu du pointage des effectifs, il devait y avoir encore le triple manquant à l'appel.
Si l'infanterie terrestre était quasi indemne car elle n'avait presque pas pu avancer, les pertes parmi les pilotes de melefs étaient conséquentes.
Le corps de Mayek avait été mis dans une pièce à part. Hylden s'était chargé de rendre à son vieil ennemi une apparence décente pour le rendre à sa famille.
Le vaisseau transportait aussi deux blessés, Yrkas et Yiris. Ils étaient tous deux inconscients, mais si Yrkas survivrait probablement, cela était moins sûr pour Yiris.
Régulièrement, Hylden allait s'enquérir son état. Il restait étonnement stable, sans doute grâce à la magie des fausses-personnes, mais l'état du foie au moment de l'opération ne laissait pas d'espoir.
A cet instant, il aurait juste voulu rester auprès d'elle, la tenir dans ses bras, lui parler, lui avouer ses sentiments, mais c'était impossible. Le regard des soldats présents aurait été bien trop lourd à supporter et surtout une chose dérangeait profondément le jeune homme, la tresse d'or.
Le fait que Yiris ait tenu à garder cet objet sur elle agaçait le général et réveillait en lui une sorte de jalousie. Il avait eu la tentation de prendre le temps de la détacher, mais respectant le souhait de son amie de la garder avec elle, s'en était finalement abstenu.
Bizarrement, malgré la gravité des circonstances, cet aspect de la situation prenait une importance démesurée aux yeux de Hylden.
Il avait envie de se frapper pour se punir d'avoir mis Yiris de côté, alors que la première fois qu'il l'avait vue, il avait compris tout de suite qu'il n'aimerait qu'elle.
Alors, lui revint en mémoire le souvenir de leur première rencontre, à Fanelia. Il était venu représenter la tribu de son défunt père et alors qu'il discutait calmement avec d'autres chefs, il avait entendu une bagarre.
Curieux, il s'était précipité pour voir ce qu'il se passait et avait alors eu la vision la plus étrange sa vie.
Un tout petit bout de femme tenait en joue un soldat en armure de son bâton. L'homme voulait se relever, mais le seul poids du pied posé sur lui le maintenait au sol.
Invitée à se calmer, la jeune femme avait lâché prise et Hylden avait croisé son regard.
Elle était incroyablement pimpante, à la voir sourire, on en oubliait presque l'état de son visage, l'énorme cicatrice qui le traversait et l'œil au vert étrange par rapport à l'autre.
Il avait discuté avec elle un bon moment. Yiris était unique en son genre, elle avait un aplomb et une telle assurance…
De cinq ans son aînée, sa petite taille et son attitude désinvolte lui donnait pourtant l'air d'une adolescente à l'orée de l'âge adulte.
Lors d'une fête organisée pour célébrer l'avancement des travaux de reconstruction, la jeune femme avait épaté l'assistance en montant sur une estrade aux côtés de danseuses expérimentées.
Elle s'était prêtée à une chorégraphie orientale endiablée, exploit qu'elle n'avait jamais renouvelé depuis sa nomination au poste de général, au grand regret de Hylden qui n'oublierait jamais la scène tant il avait été envoûté.
Le jeune homme se souvenait des moments qu'ils avaient passés ensemble. Et du jour où il avait tenté de lui voler un baiser, alors qu'il était marié depuis déjà sept ans.
Son épouse, il ne l'aimait pas, il la supportait. Le mariage avait mal commencé, c'était une union arrangée. Kyria avait souvent dit à son mari que la présence d'enfants rendrait leur mariage heureux, mais il ne partageait pas cet avis et avait finalement préféré ne plus toucher sa femme plutôt que se retrouver père dans un climat aussi tendu.
Las de tout cela, Hylden passait son temps en voyage pour perfectionner sa connaissance de la médecine et s'offrait du bon temps avec des filles de joie.
Avec le temps, l'indifférence avec Kyria s'était transformée en mépris, et était presque devenue de la haine à présent.
Lorsqu'il avait rencontré Yiris, elle était devenue une évidence. Des centaines de fois, il avait retourné le problème dans sa tête, et puis, un soir, alors qu'ils discutaient calmement, il avait interrompu la conversation, poussé la jeune femme contre un mur et avait appuyé ses mains sur la cloison de chaque côté de son visage.
Stupéfaite, Yiris s'était laissée faire, il s'était alors penché vers elle pour l'embrasser. Un léger effleurement, c'est tout ce qu'elle lui accorda avant de le repousser.
Le geste ne fut même pas violent, juste ferme, et ce jour-là, elle lui fit promettre de ne plus jamais recommencer car elle ne serait jamais la maîtresse d'un homme marié.
S'il avait été moins lâche, il aurait abandonné sa femme, son rang, sa tribu et aurait pris la main de Yiris pour l'emmener vivre dans un endroit tranquille.
Au fond de lui, il savait que malgré les apparences, elle ne lui aurait pas dit non…
Mais ce temps-là était révolu, il était trop tard…
Soudain, la voix affolée d'un soldat vint le sortir de sa torpeur.
— Chef, vous devriez venir. La générale ne va pas bien…
Hylden se précipita alors au chevet de Yiris. Elle avait énormément pâli. La cause en fut vite trouvée, l'hémorragie interne avait repris, le ventre était déjà entièrement recouvert d'un immense bleu.
A ce rythme là, si elle arrivait vivante à Fanelia, cela constituerait déjà un miracle.
OoO
Après encore quelques heures de voyage, la nuit était tombée. Hylden vit les lumières de Fanelia apparaître.
La piste du port avait été parsemée de centaines de torches pour faciliter l'atterrissage du vaisseau.
Avant de descendre, le jeune général respira longuement. Dans quelques minutes, même s'il restait muet, toute la ville saurait ce qui s'était passé.
Sachant qu'aucune façon de procéder ne serait la bonne, il décida de rejoindre le palais accompagné des exemples évocateurs de la déroute, la dépouille de Mayek et Yiris, mourante, Yrkas suivrait également.
Ainsi parcourut-il le chemin à cheval, suivis de trois yacks, transportant chacun un des héros de guerre.
Alors qu'il aurait dû réfléchir à ce qu'il allait dire, il préférait se souvenir du bon vieux temps, des réunions du Conseil où Yiris et Mayek était prêts à se sauter à la gorge et que lui retenait son amie tandis que Luyren faisait de même avec son ami, le tout sous le regard dépité de Van.
Ce temps-là était révolu… Il n'entendrait plus Mayek pester sur les erreurs des jeunes, il ne verrait plus Yiris se moquer de celui qu'elle appelait « le vieux con » en buvant son thé…
La montée vers le Palais fut l'étape la plus difficile. Arrivé sur l'esplanade, comme il s'y attendait, malgré l'heure tardive, il y avait foule.
Au premier rang, se trouvaient Luyren, Meinmet, Folken, Merle et Hitomi.
Arrivé face à eux, Hylden avait envie de disparaître dans le sol, des centaines de regards convergeaient vers lui, mais plus que tout, ce fut celui d'Hitomi, qui semblait encore se raccrocher à un espoir, qui le mit mal à l'aise.
Quelques pas et il se trouva face à l'épreuve.
— Messeigneurs, dit-il inclinant la tête vers Folken et Meinmet, Mademoiselle, fit-il en baissant les yeux plutôt que d'affronter le visage blême d'Hitomi, je suis porteur de mauvaises nouvelles.
Avec moi, je ramène la dépouille de Mayek, qui fut un grand homme d'état, et j'ai aussi offert à Yiris, une autre figure de notre pays, la possibilité de mourir sur la terre qu'elle a servi. Quand à Sa Majesté, nous demeurons sans nouvelles…
A l'entendre, Hitomi s'effondra à genoux en sanglot, Merle essaya vainement de la réconforter, elle-même ne pouvait retenir ses larmes…
Autour, c'était l'incrédulité, comment tout cela était-il possible ?
Difficile à dire, mais la vision de la dépouille de Mayek dans son linceul recouverte d'un drapeau à l'effigie de son armée, celle du Crâne, prouvait bien que c'était la réalité et non un sinistre cauchemar.
Folken avait écouté cela complètement hébété. Il tentait à présent de réconforter Hitomi avec son oncle et Merle.
Soudain, son regard se fixa sur le brancard de Yiris que l'on descendait délicatement du dos du yack.
D'une petite tape paternaliste, Meinmet lui fit signe d'aller au chevet de la jeune femme.
Etrangement, elle semblait presque sourire. Si elle n'avait pas été d'une pâleur morbide, on aurait juste pensé qu'elle dormait.
Bloqué avec elle dans sa couverture, il y avait son précieux bâton, peut-être était-ce cette présence qui la réconfortait malgré son état.
L'infirmier qui la veillait depuis le départ expliqua brièvement la situation au Prince.
Yiris présentait de multiples fractures ouvertes aux jambes qui avait été réduites, un enfoncement des os du bassin qui avait brisé le cartilage de la symphyse, nécessitant une contention, l'épaule gauche démise, le poignet droit cassé, une commotion cérébrale, mais surtout une hémorragie hépatique qui malgré l'intervention pratiquée par Hylden n'avait pu être enrayée.
Et c'était elle qui précipitait Yiris vers sa fin, cela faisait plusieurs heures qu'elle était en état de choc.
Avec le froid qui commençait à l'envahir, la jeune femme, dans le coma, tremblotait.
Resté à discuter avec Luyren des événements et des mesures à prendre dans l'immédiat, Hylden eut du mal à dissimuler son agacement en voyant Folken qui accompagnait Yiris vers l'hôpital militaire.
Quand à Hitomi, avec moult précautions, Meinmet et Merle l'avaient raccompagnée dans sa chambre. La future maman, complètement perdue, n'arrivait pas à réaliser. Elle s'effondra dans un coin de la pièce en pleurant les mains entourant son ventre.
La fille-chat et le vieil homme aurait voulu la réconforter, mais que pouvaient-ils bien lui dire ? Eux-mêmes étaient bouleversés…
Pour Merle, tout s'effondrait. Imaginer la vie sans Van, cela lui était purement et simplement impossible, il était tout pour elle. Depuis ce jour ils s'étaient rencontrés, tout petits, ils n'avaient jamais été longtemps séparés.
Lors de la grande guerre de Gaea, La fille-chat avait tremblé tout ce qu'elle avait pu, passé des nuits sans dormir, elle avait tant espéré que toute cette peur serait derrière elle, en vain…
Ce jour-là, elle avait tout perdu… Beaucoup de gens lui disait qu'elle aurait dû faire sa vie à elle, même Van l'avait incité à prendre un peu de distance…
Cela avait toujours été hors de question pour elle, d'autant plus qu'après le départ d'Hitomi, Van avait sombré dans une mélancolie qui ne l'avait plus quitté.
Il avait mis des années à se remettre de la perte de ses parents et de son frère, vivre sans Hitomi était un nouveau coup dur. Comme la première fois, il avait encaissé, mais au fond de lui, il était brisé…
Merle avait toujours été la seule présence réconfortante pour lui, aujourd'hui, c'était elle qui se trouvait seule face à son désespoir…
Meinmet, quand à lui, encaissait, parce qu'avec l'âge, il ne s'étonnait plus des mauvais coups du destin. Derrière son attitude de bon vivant, il dissimulait de nombreuses blessures.
La grande blessure resterait toujours de ne jamais avoir revu son frère, mais ce n'était pas la seule…
Voir son neveu, dans la fleur de l'âge, disparaître était particulièrement dur à supporter. Malheureusement, il n'y pouvait rien et c'était sans doute là le pire, subir sans pouvoir agir…
OoO
Cette nuit-là, à Fanelia, peu avaient trouvé le sommeil. L'absence du Roi était au cœur de toutes les conversations, tous redoutaient la suite des événements.
Selon les opinions, Van était mort ou alors otage. Ce qui était certain, c'est qu'il n'était plus là pour diriger le pays.
Histoire de laisser à chacun le temps de réfléchir un peu, un Conseil exceptionnel avait été prévu pour le lendemain.
Après des heures à pleurer assise par terre, Hitomi avait consenti à prendre un bain, boire une tisane apaisante et à se coucher. Veillée par Merle, elle avait fini par s'assoupir.
De son côté, Meinmet était allé prendre des nouvelles de Yiris. Il la trouva inerte, presque morte. Son visage était d'une extrême pâleur, ses yeux cernés d'une ombre violacée et ses lèvres bleues laissaient à penser que tout était déjà fini.
Et pourtant, si on la regardait bien, on voyait encore sa poitrine se soulever faiblement…
Assis à son chevet, Folken avait les coudes calés sur ses genoux, les mains posées sur ses cheveux, il fixait le sol.
Ne sachant quoi faire, le vieil homme resta un instant immobile sur le seuil de la chambre, puis, reprenant sa respiration longuement, se décida à entrer.
— Comment va-t-elle ?
L'entendant, son neveu releva la tête, il avait le visage décomposé, l'air absent.
— Elle va mourir d'ici le lever du soleil… C'est sans espoir…
— Vraiment ?
— Si elle est encore en vie, c'est grâce à la magie des fausses-personnes qui compense la gravité des blessures, mais son état empire d'heure en heure…
— Je vois… Dit le vieil homme en s'asseyant de l'autre coté du lit, face à Folken.
Ainsi, ils restèrent silencieux, à regarder Yiris partir doucement.
Soudain, un grand vacarme se fit entendre dans le couloir, les sortant de leur méditation.
Ni l'un, ni l'autre n'eut le temps de se lever pour aller voir de quoi il retournait qu'un géant traînant un petit vieux enchaîné par l'épaule débarqua.
Folken reconnut immédiatement Lekan. Par contre, le visage du prisonnier, qui ne cessait de rouspéter, lui était inconnu.
Cependant le regard de Folken s'attarda sur un élément étrange, il tenait une bouteille remplie d'un liquide rouge visqueux, de toute évidence du sang.
— Je vous apporte de quoi soigner Yiris ! Fit le géant en poussant le vieil homme vers le lit.
— Et si je ne veux pas ? Si je cassais cette fichue bouteille ? Demanda le prisonnier.
— Je te ferai subir la pire des agonies !
L'arrogance avait ses limites, le vieillard ne répliqua pas, il savait bien que ce n'était pas des paroles en l'air.
— Mais qui êtes vous ? Interrogea Meinmet désorienté.
— Je suis Lekan, c'est moi qui protège Irini en l'absence de Yiris, et cette crapule est…
— Dirken… c'est ça ? Interrompit Folken.
— Exact !
— Je m'en doutais….Il correspond à la description qu'il m'en avait été faite…
— Oh, c'est Yiyi qui vous a parlé de moi ? S'amusa le prisonnier.
Immédiatement, le vieil homme se prit un violent coup sur la tête de la part de Lekan. Folken ne releva pas le propos.
— Et quel est le but de votre visite ? Fit Meinmet, quelque peu perdu.
— J'apporte la vie de mon Maître.
— Comment ça ? Questionna le vieux prince.
— C'est la bouteille de sang de Lig Viete, n'est-ce pas ? Constata Folken.
Le géant acquiesça d'un signe de tête et donna un coup dans le dos de Dirken pour inciter celui-ci à parler.
— Ce truc bizarre, Yiris me l'a confié parce que, dixit elle-même, il fallait que ça aille à « son pire ennemi ». Résultat, je veille sur cette bouteille louche depuis plus de vingt ans.
Ce soi-disant sang ne coagule pas, mais par contre, il s'évapore ! Chaque année, il y en a de moins en moins… La magie des fausses-personnes, c'est pire que tout !
Cette dernière remarque valut un nouveau coup au prisonnier. Lekan expliqua la situation plus en détails.
— Yiris a donné des consignes précises concernant cette bouteille. Elle ne doit être donnée qu'en cas de d'urgence vitale. J'ai eu vent de ce qui c'était passé et je me suis donc hâté de venir. En la voyant, je pense, d'après ce qu'elle m'a expliqué, qu'il doit y avoir de quoi réparer les lésions les plus importantes, mais ce sera juste.
— Et vous croyez sincèrement que votre potion peut la sauver ? Demanda Meinmet, plus que dubitatif.
— C'est le pouvoir de son maître. Le sang qu'il lui a donné, c'était une sorte d'assurance-vie au cas où, mais aussi le risque de perdre sa dernière partie d'humanité. Répondit Folken.
— En effet, confirma Lekan, vous connaissez la magie des fausses-personnes à ce que je vois.
— Oui, j'ai connu un sorcier il y a longtemps. Il m'avait un peu parlé de ces principes, mais même pour lui, certains aspects demeuraient obscurs. Ceci dit, je me souviens bien d'un point, si l'amélioration de l'état est proportionnelle à la quantité de liquide ingérée, il ne faut jamais finir la fiole sous peine de perdre sa personnalité, ses souvenirs et son apparence.
— C'est exactement cela ! Fit le géant. Yiris me l'a bien expliqué, c'est le dernier recours, le tout dernier.
Interrompant la conversation, Hylden surgit dans la pièce, il venait visiblement de courir.
— Que se passe-t-il ici ? On vient de me dire qu'il y avait un problème…
— Disons plutôt que l'on nous offre une solution… Remarqua Meinmet. Ces gens ont un breuvage qui peut sauver Yiris, il devrait en avoir assez pour soigner l'hémorragie.
— La sauver ? Avec la magie des fausses-personnes ? S'indigna le jeune général. Vous ne croyez pas qu'elle a assez souffert comme ça ! Rendez-vous compte, si vous guérissez ce qui est censé la tuer, n'oubliez pas que malgré tout, elle sera détruite, ses jambes et son bassin sont brisés, elle va passer des mois au lit, et ne pourra peut-être jamais remarcher…
Alors, à moins d'avoir de quoi tout guérir, je vous en prie, laissez-là s'en aller, ne lui imposer pas la vie d'une handicapée… Vous savez qu'elle ne le supportera pas !
La remarque laissa l'assemblée pensive. Conscient de l'urgence, Lekan brisa le silence.
— La décision de donner ou non le sang n'est pas de mon ressort ! Voyez entre vous ! Mais vite !
— Je me demande ce qu'elle aurait voulu ? Soupira Meinmet.
Dirken se garda bien de donner son avis de peur d'être frappé, mais il s'amusait du malaise ambiant.
A titre personnel, l'idée de voir une Yiris diminuée souffrir le martyr à vie le réjouissait, une excellente raison de prendre finalement soin de la fiole qui lui avait été confiée.
Regardant la générale partir petit à petit, Folken était empli de doutes. D'un côte, il était d'accord avec Hylden, infliger à la jeune femme un handicap qui la priverait de tout ce qu'elle aimait était d'une immense cruauté, d'un autre, sans trop comprendre pourquoi, il ne pouvait se résoudre à la laisser partir.
— Je vais lui donner la bouteille… Dit Folken en soupirant.
— Vous êtes fou ! Je ne peux pas vous laisser faire ça ! Rétorqua le général.
— Ah oui ? Et de quel droit ? Lâcha le Prince sur un ton cinglant. La seule personne ici qui ait un quelconque droit sur Yiris, c'est moi, son mari !
L'argument était irréfutable, Hylden renonça à s'opposer.
— Soit, mais je vous laisse le soin de lui expliquer quelle sera sa vie quand elle se réveillera.
Folken opina de la tête et tendit la main vers Dirken qui lui donna la bouteille. Puis le Prince s'assit sur le lit. Il attrapa doucement Yiris et lui cala la tête au creux de son bras ; elle était froide, son souffle était à peine perceptible.
Un moment, il se contenta juste de la regarder. Le doute l'assaillait, est-ce qu'il n'agissait pas uniquement pour lui ? Juste pour cette idée égoïste de la garder pour lui seul ?
Voyant son hésitation, Meinmet lui parla doucement.
— Tu sais, il n'y a pas de bon ou de mauvais choix. Tu regretteras toujours d'avoir agi, ou de ne pas avoir agi… Mais sache que quoi que tu décides, je te soutiens.
Le Prince sourit à son oncle, il bénissait sa présence. Lekan restait quand à lui complètement stoïque, Dirken avait son petit air sournois, mais c'est surtout le fait de croiser le regard glacial de Hylden qui déstabilisait Folken.
Et c'était donc à cela que se résumait le sauvetage ou non de Yiris, à une simple rivalité entre deux hommes…
