Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
www .hananokaze .org

Rating / Classement [+18]

Publié pour la première fois le 17 avril 2012

Chapitre 29

Second souffle

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Meinmet était en train de souffler dans le couloir. Les infirmières lui avaient apporté une chaise pour s'asseoir et un verre d'eau.
Se remettre de ce à quoi il venait d'assister lui prendrait du temps. Nul doute qu'il était parti pour plusieurs semaines de cauchemars…

Lorsque Folken avait laissé tomber une goutte du sang de Lig Viete au fond de la gorge de Yiris, son corps fut aussitôt pris par un besoin compulsif de boire davantage.
Dans ses yeux exorbités se reflétaient l'incompréhension et la souffrance qui torturaient son âme.

Malgré l'effrayante scène, le Prince avait su garder assez de calme pour donner une bonne partie de la bouteille. Difficilement, il l'avait arrachée à Yiris qui s'était mue un monstre assoiffé de sang.
Meinmet et Hylden étaient restés muets d'horreur face à cette violence.

Après avoir interrompu son macabre repas, Folken avait dû maintenir la jeune femme qui se débattait telle une folle furieuse, les yeux révulsés.
Conformément aux explications de Lekan, Yiris fut ensuite prise de violentes convulsions, une vision effroyable.

— Allez-vous en, il y en a pour un bon moment je pense, leur avait dit Folken. Je vais rester avec elle, ne vous imposez pas ça.

Hylden avait acquiescé et incité le pauvre Meinmet à quitter la pièce. Lekan avait quant à lui salué avant de quitter les lieux à son tour, emmenant Dirken qui ne faisait plus vraiment le malin après ce qu'il venait de voir.
Resté seul, le Prince s'était allongé à côté de la blessée, essayant de la maintenir immobile.
Il lui parlait doucement, espérant désespérément l'apaiser.

OoO

Quand Hitomi ouvrit les yeux, elle vit que Merle s'était endormie au pied de son lit, comme autrefois. La jeune fille savait qu'elle pouvait compter sur elle, et c'était un précieux réconfort.
Quelques instants, elle espéra avoir fait un mauvais rêve, mais très vite, elle réalisa que l'annonce de la veille était réelle. Van avait disparu…
Perdue, elle resta assise à réfléchir. Tout ceci était surréaliste, et pourtant…

Merle finit par émerger et fut rassurée de la voir réveillée. Elle lui proposa de lui apporter à manger au lit, la jeune femme préféra se lever.
Elle s'habilla par automatisme, l'esprit vide. Puis, elle fit quelques pas vers la fenêtre. La cour n'était pas aussi animée que d'ordinaire.
Tout le monde était sous le choc.

Une petite douleur au ventre interrompit sa méditation, elle ne put que courir vomir dans la salle d'eau devant Merle complètement paniquée.

— Hitomi, ça va aller ? Tu veux que j'appelle un médecin ?
— Non, rassure-toi. En fait, cela fait des jours que je commence la matinée ainsi, mais d'habitude, c'est après le petit déjeuner. Répondit la jeune femme en relevant la tête.
— Soit, mais si tu as quelque chose qui te gène, n'hésite pas. Tu sais, quand Maître Van reviendra, il faudra que tu ailles bien, toi et… ton enfant… Soupira Merle.

Hitomi se redressa et se rinça un peu la bouche. Brièvement, elle se regarda dans le miroir. Elle avait une apparence effrayante.
Les cernes qui entouraient ses yeux verts trahissaient aussi bien sa fatigue que les larmes qu'elle avait versées.
Si Van la voyait dans cet état, il lui sortirait sans doute une petite remarque sarcastique dont il avait le secret pour cacher son inquiétude.
A cette pensée, elle ne put s'empêcher de sourire. Merle fut intriguée.

— Tu te sens bien, tu es sûre ?
— Oui, je te promets que tout va bien, c'est juste que je pensais à…
— Maître Van, n'est-ce pas ?

La jeune fille opina de la tête. Son amie lui offrit un pauvre petit sourire et finit par éclater en sanglots.
Doucement, Hitomi la prit dans ses bras, essayant de la réconforter du mieux qu'elle pouvait, sachant que pour la fille-chat qui n'avait quasi jamais été séparée de Van depuis l'enfance, c'était son monde qui s'écroulait.

Merle n'était pas la seule à être complètement désemparée. Repensant à ses visions, Hitomi était déconcertée.
Jusqu'à présent, ses prémonitions s'étaient presque toujours révélées exactes et les rares fois où elles ne s'étaient pas accomplies, c'était parce qu'elle était intervenue juste à temps…

Là, elle n'avait eu aucun moyen d'empêcher ce qui s'était passé…

Alors, à quoi servait ce don de médium, si ce n'était à pouvoir empêcher le pire d'arriver ?

OoO

Luyren n'avait pas dormi de la nuit, il en aurait été bien incapable.

Définir la conduite à adopter suite aux derniers événements survenus accaparait son esprit.
Pour cet homme hautement droit et organisé, il fallait avant tout éviter le chaos.

Après un bref hommage à la dépouille de son collègue mort au combat, il s'était lancé dans une recherche visant à savoir quelle organisation adopter étant donné que le Roi était porté disparu.

Histoire de compléter ses données, il avait carrément envoyé une délégation chez Nako, devenu une célébrité suite à l'affaire du procès de Yiris.
Il avait espoir que ce collectionneur détienne quelques textes intéressants.

Les choses n'étaient pas simples, mais déjà, il avait trouvé comment mettre en place un gouvernement d'urgence, c'était déjà un bon début.
D'après les indications, ce Conseil se composerait donc de lui, d'Hylden, de Yiris, si elle survivait, du successeur de Mayek et des Princes Meinmet et Folken.
La présence d'un membre de l'autorité religieuse n'était pas nécessaire. Goau Fanel avait en son temps fait un ménage dans les textes, sans doute pour éviter toute vengeance sur sa femme ou ses descendants de la part de ceux qui avaient désapprouvé son mariage.

Luyren était croyant, mais avant tout un homme de loi. A son sens, mieux valait être religieux le moins possible, les choses seraient déjà assez complexes comme ça.

Le général méditait sur ses parchemins. Lui qui envisageait de prendre prochainement sa retraite savait que cela n'était absolument plus à l'ordre du jour, les prochains mois s'annonçaient particulièrement difficiles.

Si le Souverain était effectivement mort, Luyren espérait que l'on retrouve rapidement son corps, car le doute en plus du problème successoral allait envenimer la situation.

La succession… Vaste question, il ne l'avait que survolée. Ses lectures indiquaient quelques pistes, mais il préférait ne pas avoir à poursuivre plus avant sur les modalités de mise en œuvre…
Le vieux militaire était profondément triste d'en arriver à songer à cela. Il appréciait de servir le jeune Roi et avait un profond respect pour lui.
Cependant, son vécu lui avait appris à ne pas se faire de faux espoirs. Vu l'état dans lequel avait été retrouvé son melef, le jeune homme n'était certainement plus de ce monde, et malheureusement, l'ennemi s'était arrangé pour ne même pas lui accorder le droit à une sépulture digne.
Quelque soit son sentiment profond, le général se devait de penser avant tout à l'avenir de son pays.

Epuisé, il se laissa tomber sur son fauteuil dans la salle du Conseil, la tête en arrière. Il retira ses lunettes pour se frotter les yeux, il n'y voyait plus rien à force de travailler.
Un rayon de soleil vint caresser son visage, nul doute qu'il n'allait pas tarder à s'assoupir…
C'est alors que Meinmet entra dans la pièce. De son côté, le vieux Prince n'avait pas fermé l'œil non plus.
Après avoir quitté le chevet de Yiris, il avait passé un long moment à méditer près de la tombe de son frère.

— Je vois que vous n'avez pas cessé de travailler de la nuit Luyren…
— C'est mon travail, Votre Altesse, je m'y emploie du mieux que je peux.
— Et qu'est-ce que cela donne ?
— La bonne nouvelle, c'est que je sais comment faire fonctionner le pays en transition…
— Et la mauvaise ?
— Mieux vaut ne pas en parler…
— Il s'agit de la disparition de mon neveu, n'est-ce pas ? Soupira Meinmet, fataliste.
— En effet, acquiesça le vieux général, si le décès du Roi se confirme, nous allons vers une succession complexe…
— Situation prévisible… Et qui pourrait devenir le nouveau Monarque d'après vos recherches ?
— Normalement, vous ! Vous êtes le parent le plus proche dans l'ordre de succession!
— Je m'en doutais… Cependant, il est évident que je suis un peu trop vieux pour le métier, je passe mon tour pour la Couronne, je n'arrive même pas à soulever une épée !
— Je m'attendais à votre réponse, donc j'ai approfondi mes recherches. En fait, en consultant les textes, deux hypothèses se dégagent. Il nous faudra trancher en prenant en compte les avantages et inconvénients de chaque cas.
— Et qui sont les deux élus ?
— On peut faire légitimer l'enfant d'une concubine, ça c'est déjà vu… Si l'enfant est une fille, elle transmettra le sang royal à la génération suivante, donc cela ouvre des années d'instabilité. Il y a aussi possibilité que la mère soit opposée à la légitimation. Par le passé, on a toujours forcé les choses, mais je ne me vois pas faire subir cela à Mademoiselle Hitomi …
— Donc, nous partons sur cet enfant à naître, ce qui est logique, mais en même, pauvre petit, même pas né, déjà Roi… Et si c'est une fille, comme vous dites, on part sur de gros risques, voire pire…
— Je sais à qui vous pensez… Dit le général mal à l'aise. Nous n'avons pas à en parler, c'est…
— Bah… J'y pense perpétuellement… Je n'aurais jamais la force de me détacher de ce qui s'est passé. Je me demande si Goau était arrivé à surmonter ce passif…
— Pour être honnête avec vous, il n'en a sans doute jamais parlé à qui que ce soit, à part peut-être sa femme… Je pense que son aîné n'est même pas au courant de qui était son « grand-père »…
— C'est mieux ainsi… Quand je suis allé dans le caveau royal, je suis passé près de sa dépouille… Goau a bien agi, l'emplacement est l'une d'un seul isolé. Car après tout, on ne pouvait mettre son frère à côté…
— En effet…
— Au moins, Yiris aura prouvé que la folie n'était pas la seule issue dans ce genre de situation, c'était le choix de… « mon père »…

Un silence pesant s'installa. Luyren comprit qu'il fallait reprendre la conversation en changeant de sujet.

— Autre possibilité, nous restaurons Folken dans la succession… Le cas est particulier mais cela reste faisable…
— Franchement, qu'est-ce qui vous semble préférable ?
— Nous avons déjà connu le cas d'un enfant Roi, donc avec un bon Conseil, ça reste totalement gérable. Evidemment, un testament désignant un tuteur comme l'avait fait le Roi Goau aurait été mieux.
A défaut, nous fonctionnerons en transition pendant une quinzaine d'années, voire davantage si fille… Quand à Folken, c'est un individu tout ce qu'il y a de plus responsable, il ferait un bon Roi, c'est juste que le concept du ressuscité est un peu particulier et qu'il faudra sans doute « arranger » certaines choses avant tout couronnement.
— Soit, tout ceci est à réfléchir… Fit Meinmet pensif.
— D'ordinaire, je ne suis pas partisan de l'empressement, cependant je pense qu'avec ce conflit avec les voleurs d'energist qui traîne, nous ne pouvons pas nous permettre de rester instable sur le plan politique…
— Vous n'avez pas tort…
— De toute façon, j'attends le rapport définitif des troupes restées sur place, après nous aviserons. En attendant, accrochons-nous au peu d'espoir qu'il nous reste… Je prie pour avoir fait toutes ses recherches pour rien…

Cette fois, Luyren se leva. Il avait besoin de se rafraîchir, de manger un peu et surtout de se reposer. Meinmet, quand à lui, resta un petit moment à méditer dans la salle du Conseil, le regard rivé sur le Trône vide de son neveu.

OoO

Hylden avait passé la nuit à l'hôpital militaire. Il avait réopéré Yrkas dans la nuit car les chairs de son amputation n'étaient pas nettes, mais surtout, il était venu régulièrement se tenir au courant de l'état de Yiris.

Celle-ci, après d'interminables convulsions, s'était endormie. La magie des fausses-personnes agissait, le jeune général restait sceptique concernant le résultat final.
Une Yiris vivante était une chose, une Yiris valide, une autre…

Et puis, un pouvoir capable de ressusciter les morts, il avait toujours du mal à y croire.
Quand on est médecin, on sait que les miracles n'existent pas. Imaginer les fausses-personnes détenant un pouvoir pareil apparaît alors particulièrement déplaisant.

Après la révélation de la nature de son amie, Hylden s'était brièvement interrogé, mais à ses yeux, les actes prévalaient, donc son opinion à son égard n'avait pas changé. Enfin…
Un point l'avait profondément déçu, elle avait préféré lui mentir. Elle ne lui avait pas assez fait confiance pour lui révéler son secret…

A chaque fois qu'il passait devant la chambre, il guettait toute évolution, mais en vain. Il en revenait à chaque fois plus énervé, la vision de Folken endormi auprès de son épouse le contrariait profondément.

En quelques semaines, le Prince avait chamboulé son monde. Hylden était quelqu'un de raisonnable et pondéré, et l'arrivée subite de ce mystérieux survivant était le genre d'évènement inexplicable qui le contrariait au possible.
Et puis, voir Yiris se laisser faire presque sans rien dire… Il avait l'impression que Folken arrivait à manipuler tout le monde.

Quand le jour se leva, après un énième constat vain, il décida de sortir un peu se changer les idées…

OoO

« Engourdie », c'est la première chose que Yiris pensa. Mais au fur et à mesure qu'elle émergeait, elle se rendit compte que ce n'était pas de l'engourdissement, davantage une forme de douleur.

Chaque tentative pour remuer les jambes lui causait des décharges électriques jusque dans les reins.
Puisque les jambes n'obéissaient pas, vaille pour les bras. L'épaule gauche était bloquée, mais la main était mobile, du côté droit, c'était différent, quelque chose d'extérieur gênait.

La jeune femme était bougonne, jamais elle n'avait mis autant de temps pour se réveiller. Qu'est-ce qui se passait ?
De plus, elle avait du mal à respirer. Le poids qu'elle ressentait sur le bras droit était aussi présent sur sa poitrine.

Puis, y réfléchissant, les derniers événements lui revinrent en mémoire, le combat de melefs, la sensation de mourir, la douleur atroce, la même qu'au bord du lac…

Déconcertée, elle ouvrit les yeux net et fut pour le moins étonnée. De toute évidence, Folken s'était endormi la tête posée sur son cœur, elle avait ses cheveux à quelques centimètres de son visage.
L'explication de la gêne qu'elle ressentait pour respirer était là. Elle ne put s'empêcher de sourire, la situation avait un petit côté attendrissant.

Continuant à se réapproprier son corps, elle se rendit compte que son bras gauche était en écharpe. Bougeant juste l'avant-bras afin de ne pas forcer sur son épaule démise, Yiris s'amusa à caresser du bout de doigts les cheveux de son mari.

La sensation légère sur sa tête fit émerger le Prince, il tourna la tête et se trouva face à la jeune femme qui lui offrit un petit sourire amusé.

— Bonjour ! Fit-elle d'une petite voix toute faible.

Folken se redressa doucement et s'assit, l'air hagard.

— Yiris… C'est un miracle. Il n'y avait aucune chance et…
— Ben apparemment, je suis toujours là ! Répondit l'intéressée en voulant lever les mains, avant de réaliser, vexée, que sa main droite était coincée dans une attelle.

Folken resta un moment juste comme ça à la regarder. La voir vivante, cela ne pouvait être qu'un rêve et pourtant…
Peu à peu, le petit air facétieux qu'affichait la générale disparut lorsqu'elle réalisa qu'elle était purement et simplement clouée au lit.

— Comment j'en suis arrivée là ?
— Tu as été grièvement blessée sur le chant de bataille. Hylden t'a maintenue en vie jusqu'à Fanelia, tu n'aurais pas dû survivre…
— Et on a apporté mon petit secret, c'est ça ?

Folken hocha positivement la tête.

— Lekan est d'une fascinante efficacité, toujours là quand il faut ! En tout cas, mon Maître avait encore une fois raison, le vital est réparé, le reste, c'est une autre histoire…
— Je dois t'avouer une chose…
— Laquelle ?
— Compte-tenu de la gravité de ton état, le fait ou non de t'administrer la potion a fait débat. C'est moi qui ai décidé d'y avoir recours…
— Il y a un problème particulier ?
— Tu ne t'en rends peut-être pas totalement compte, mais tes jambes sont brisées en de nombreux endroits, ton bassin est gravement endommagé… Il te faudra du temps ne serait-ce que pour t'asseoir, quand à marcher…
— Mourir ou vivre handicapée… C'est un débat intéressant…
Moi-même, je crois que j'aurais eu du mal à choisir… Honnêtement, j'ai vraiment cru que c'était la fin cette fois… raté…
— Je…
— Ne dites rien, c'est inutile. Vous avez agi selon ce qui vous semblait le mieux, et dans certains cas, je pense qu'il n'y a pas de bon ou de mauvais choix… La suite m'appartient… Même s'il me faut des mois, voire même des années, qui sait, je me mettrai debout face à vous et là, je vous remercierai…

La conversation fut interrompue par l'entrée d'Hylden dans la pièce. Stupéfait, il ne pu que rester en arrêt quelques secondes devant le miracle. Yiris avait bel et bien survécu, la magie des fausses-personnes avait fonctionné.

— C'est… Bredouilla le général.
— Dingue je sais, mais ça a fonctionné. Cette fois, j'ai usé mon dernier atout. Dit Yiris, l'air philosophe.
— Comment tu te sens ?
— Coincée est le mot le plus adapté. D'après ce que m'a expliqué Folken, j'en ai pour un moment…

Toujours aussi perplexe, Hylden hocha affirmativement la tête en guise de réponse. Détailler la suite des événements à cet instant lui semblait superflu.
Puis, prenant sur lui, il se tourna vers Folken.

— Votre Altesse, il était question que le Conseil se réunisse ce matin, il serait peut-être temps d'y aller…

Le Prince acquiesça et se leva. Ils allaient tous deux quitter la pièce quand Yiris les interpella.

— Attendez, comment vont mes gars, ceux qui étaient avec moi ? Et le Roi ?

Le général et le Prince stoppèrent net et restèrent quelques secondes le dos tourné.
Quelques secondes, ils s'observèrent avant de regarder la blessée dans les yeux. De toute façon, il faudrait bien qu'elle le sache un jour.

— Je suis désolé, Yiris,… Tu as perdu tout le régiment qui t'accompagnait, à l'exception d'Yrkas. Il s'en est sorti, mais il a été gravement blessé. Expliqua Hylden.
— Comment ça ? s'inquiéta-t-elle. Il a quoi ?
— Il a perdu un bras…
— Oh non, c'est pas vrai… Bon sang… Mes soldats… C'était à moi de veiller sur eux…

Elle resta un instant à pester sur elle-même, sur le manque d'organisation de son expédition d'aide qui avait coûté des vies.

Puis, elle se ressaisit et se tourna vers ses interlocuteurs.

— Vous ne m'avez toujours pas dit pour le Roi…

Folken s'approcha d'elle et s'assit sur le bord du lit.

— Nous sommes sans nouvelle de mon frère. On a retrouvé son guymelef en feu, il n'y avait aucune trace de lui. Des recherches sont en cours sur place pour tenter de le retrouver.

La générale resta interdite. La situation était encore pire que ce qu'elle avait imaginé.

— Et les ennemis, les voleurs d'energist, on les a eu ?
— Non, répondit Hylden, quand les troupes ont atteint leur camp, ils avaient déjà tous disparu et incendié leurs traces.
— Alors, on a fait tout ça pour rien ? Soupira Yiris. C'est un cauchemar… Le Roi… Mes soldats… Tout ça pour rien…

Doucement, Le Prince caressa la joue de la jeune femme qui sanglotait, essayant de la réconforter.
Ce détail agaça encore davantage le général.

— Yiris, nous allons devoir y aller, on reviendra te voir. Tu n'y es pour rien. Repose-toi, d'accord ? Lui conseilla le militaire.
— Hylden a raison, nous avons des choses à régler. Essaie de rester calme, même si je sais que ce n'est pas simple.

Sur ces paroles, Folken se leva et quitta la pièce, il échangea un bref regard avec le général, lui faisant bien comprendre son énervement.

Restée seule, Yiris passa un long moment, les yeux dans le vague. Elle reconstituait minute par minute tout ce qui s'était passé ce jour-là, cherchant un détail qui pourrait l'éclairer sur le sort du Roi, son dernier souvenir restait le fait d'avoir été projetée au sol.
Longtemps, elle pesta sur sa bêtise, son incapacité à manier les melefs… Sur tout ce qui, selon elle, était la cause de la mort de ses hommes et de la disparition du Roi.

Puis, essayant de se changer un peu les idées, elle tenta à nouveau de bouger un peu et ne put que conclure qu'elle était complètement bloquée.
Bon point, elle sentait tout son corps, donc pas de paralysie. Cependant, elle devait maintenant être patiente, elle ne remarcherait pas avant un bon moment.
Mais ce n'était somme toute pas son plus grand problème. Avoir failli dans sa mission la rendait malade.

Pendant dix ans, elle avait servi son Souverain avec efficacité. Elle appréciait cet homme qui était droit, juste, honnête. Il connaissait son secret et l'avait gardé, jamais il ne l'avait traité différemment parce qu'elle avait du sang de fausse-personne.

Elle avait honte du piège qu'elle lui avait tendu pour obtenir l'ouverture de la tombe de Folken. Depuis, sa volonté était de se rattraper, de prouver qu'elle était un bon soldat…

Après ce qui venait de se passer, elle se sentait simplement minable.