Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]
Publié pour la première fois le 24 avril 2012
Chapitre 30
Décisions douloureuses
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
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Cinq jours… Cela faisait cinq jours que Van était porté disparu.
Comme chaque matin, Haymlar avait envoyé son rapport par une transmission longue distance, qui avait ensuite été véhiculée par les hommes-loups.
Ce matin-là, le Conseil se réunissait pour discuter du message reçu. Depuis la réunion de crise du lendemain de l'annonce, c'était la seconde fois qu'ils se retrouvaient.
Entre-temps, après quelques décisions d'urgence prises de façon collégiale, Folken et Luyren avaient paré aux affaires courantes.
Le Prince s'était emparé de toutes les tâches de gestion, le général supervisait l'armée. Pour le vieux militaire, la motivation et la force de travail du jeune homme avait été une agréable surprise. Il était impressionné par tout ce qu'il faisait et par le sérieux et l'efficacité déployés.
Il faut dire que Folken se donnait les moyens de ses ambitions, se levant souvent avant le soleil et se couchait bien après lui, ne quittant presque pas le bureau de son frère disparu.
Cette implication dans la vie du pays lui avait d'ailleurs valu une certaine réputation. On ne tarissait pas d'éloge à son sujet.
Mais tout cela lui était indifférent, il ne pensait qu'à son frère. Et en ce jour, il savait très bien ce qu'il allait se passer, et cela le faisait profondément souffrir.
Il imaginait qu'à l'époque de sa disparition, une réunion semblable avait dû se tenir.
L'ambiance était presque morbide, le silence pesant. Le Trône royal restait vide, les places de Mayek et de Yiris aussi.
En tant que membre le plus ancien du Conseil, Luyren prit la parole.
— Bonjour à tous, vous savez pourquoi nous sommes réunis ce matin. Comme chaque jour, Haymlar a transmis son rapport, l'avancée n'a permis aucune découverte concernant notre Roi.
A ce stade, il nous appartient de prendre une décision : soit nous poursuivons les recherches sur place, sachant que les autres états-majors ne sont pas partisans de continuer, soit nous rapatrions nos troupes…
Personne n'osa répondre. Le général reprit donc.
— Yiris l'a assez dit, nous avons affaire à des ennemis particulièrement malins. Deux possibilités, soit ils retiennent notre Souverain, soit ils l'ont tué et dissimulent le corps. A mon sens, dans l'une ou l'autre des possibilités, ils cherchent à nous déstabiliser.
Nul doute qu'ils connaissent l'état précaire de notre état et les problèmes de succession auxquels nous sommes confrontés, donc pour éviter de leur donner satisfaction, il nous faut prendre une décision.
Tous opinèrent de la tête, et finalement Meinmet se décida à parler.
— Comme vous le savez, à l'heure actuelle, l'héritier de Van, c'est moi. Cela dit, je ne prendrais pas la Couronne, je suis trop vieux pour cette charge, et surtout, je ne suis qu'une béquille. Il va falloir nous occuper de cela, mais dans un premier temps, nous devons prendre soin de notre neveu est quelqu'un de responsable, où qu'il soit il voudrait que nous prenions à cœur notre tâche au lieu de nous perdre en veines recherches.
— Il n'est pas faux que nous avons laissé une immense majorité de nos armées là-bas. Commenta Hylden. Nous sommes plus que vulnérables…
Resté silencieux, Folken hésitait à se prononcer. Et pourtant, il le fallait. Auparavant, il eut besoin de soupirer longuement pour évacuer la peine qui lui serrait le cœur à ce moment crucial.
— Le principal souci de Van a toujours été de protéger Fanelia, alors respectons sa volonté et rapatrions nos troupes…
— Soit, fit Luyren, nous sommes donc tous d'accord. Nous allons aussi devoir mettre en place de façon plus formelle le Conseil dans sa formation de gouvernement transitoire. La tribu de Mayek a rendu sa décision de succession, ce sera son fils Ezgas qui prendra sa place. Pour l'armée de Défense, je présume que Yiris mandera Haymlar comme représentant au retour de ce dernier. Cela vous convient-il ?
Là encore des hochements de têtes répondirent affirmativement. Ayant au moins réglé l'épineux problème, le vieux général se leva.
— Bon, il me reste à transmettre tout cela à nos soldats restés sur place.
OoO
Comme à son habitude depuis l'attaque, Yiris somnolait. Pratiquement incapable de bouger, elle restait allongée, le regard perdu dans le vide, prisonnière de son propre corps.
La notion du temps semblait lui avoir échappée.
Alors, quand elle entendit une voix joyeuse s'adresser à elle, la surprise fut donc d'autant plus grande.
— Alors chef, vous dormez ? Vous n'avez pas honte d'être aussi flemmarde ?
Sur le seuil de la chambre, se tenait Yrkas, souriant, appuyé sur une béquille. La manche gauche de sa veste flottant dans le vide trahissait l'amputation, cela n'empêchait nullement le soldat d'afficher un air jovial.
— Yrkas, ça fait plaisir de te voir. Tu peux enfin te lever ?
— J'ai déjà fait quelques pas hier. Officiellement, je n'ai pas le droit de sortir dans les couloirs, mais vous me connaissez, je suis du genre désobéissant, alors me voilà !
— Finalement, je suis contente que tu n'écoutes jamais rien ! S'amusa Yiris.
— Et je savais que vous seriez indulgente sur ce coup ! En tout cas, vous êtes bien en beauté avec cette nouvelle coiffure !
La générale ramena un peu sa main droite fracturée vers ses cheveux.
— Tu parles de ma coupe ? Hier Mila est venue me voir, elle a failli faire une attaque quand elle a vu le massacre, je crois que ça l'a même plus impressionnée que mon état !
— Pourquoi donc vous a-t-on fait ça ? Moi, on n'a pas touché mon catogan…
— Je ne me suis pas vraiment posée la question. Enfin, ça repousse, mais c'est vrai que ça me fait drôle, la dernière fois que j'ai coupé mes cheveux, je devais avoir… sept ou huit ans…
Le soldat sourit. Il savait bien que le sujet de leur conversation était presque stupide au vu des circonstances, cela lui faisait plaisir d'apporter un peu de détente.
— Et toi, comment tu t'en sors… sans ton bras ? Demanda la générale, redevenue sérieuse.
— Bah, je m'y habitue. Je cherche encore comment faire pour me servir du restant au mieux, mais dans l'ensemble, je me débrouille bien. Mon regret, c'est que les melefs et moi, c'est fini ! Je n'ai pas les moyens de me payer un appareillage de Zaibach, et j'avoue que même si j'avais le pognon, je n'ai pas envie de ressembler à une machine…
— Je suis désolée… Tout ça c'est à cause de moi…
— Ne le soyez pas, j'ai fait mon boulot. Vous avez aussi fait le vôtre, et chacun du mieux que nous le pouvions !
— Ta mère va vouloir me tuer…
— Non, ma mère était très inquiète pour vous aussi ! Bon, c'est vrai qu'elle a bien pleuré. Vous la connaissez, elle nous colle des coups de pieds dans le derrière quand on fait les cons, mes frères ou moi, mais quand ça ne va pas, c'est la reine des mamans câlines !
— Tu vas être choyé en rentrant chez toi !
— A ce sujet, j'ai une faveur à vous demander.
Pour le coup, Yiris fut intriguée, elle se demandait bien ce que son subordonné voulait, surtout que vu la situation, elle se voyait mal lui dire non.
— Vas-y, si je peux…
— Je ne veux pas retourner chez Maman, elle m'a assez « éduqué » comme ça, je ne la supporterai pas davantage… Et comme je suis foutu pour l'armée, il me faut un nouveau boulot.
— Je ne vois pas trop ce que je peux faire pour toi…
— Ben, en fait, votre petite affaire n'aurait pas besoin d'un videur ? Même avec un bras en moins, je fais peur !
— Ce n'est plus mon affaire, faudra voir avec Mila.
— Je suis sûr que vous avez encore de l'influence, chef… Dit Yrkas en clignant de l'œil.
La générale gloussa, ce genre d'affaire pourrait s'arranger et elle se doutait que son aide de camp ne demandait pas uniquement cela pour le travail.
En effet, il avait toujours eu un faible pour une des employées du bordel, la rousse Anna.
Soudain, une infirmière plutôt baraquée surgit dans la pièce, stupéfiant les deux militaires.
— Ah ben tiens, je vous trouve là, Yrkas, qui vous a autorisé à vous lever hein ?
Le sourire séducteur du soldat ne fonctionna pas, l'infirmière le saisit fermement par le bras restant, pour le ramener dans sa chambre.
— A bientôt chef !
Pour le coup, Yiris ne put s'empêcher d'éclater de rire. Son aide de camp était toujours aussi drôle, même malgré lui, et cette fois, elle appréciait particulièrement d'avoir eu droit à un peu de détente.
OoO
Hitomi vivotait… Elle se levait, s'habillait et mangeait parce qu'il le fallait. Merle n'était pas mieux, elle aussi était encore sous le choc.
Depuis l'annonce de la disparition de Van, elle passait des heures aux pieds d'Escaflowne.
Elle espérait une vision, quelque chose qui lui dirait où se trouvait Van afin de pouvoir l'aider, mais rien ne venait…
La jeune femme refusait d'envisager la mort du Roi. Il avait déjà affronté des épreuves redoutables, il y avait survécu.
Et puis, au fond d'elle, Hitomi était certaine que s'il n'était plus de ce monde, elle le saurait.
Mais garder espoir n'était pas simple. L'ambiance au palais, dans la ville, et dans tout le Royaume était ambivalente.
Certains pensaient que le Roi avait juste été enlevé et qu'une demande de rançon ne tarderait pas, d'autres étaient nettement moins optimistes.
Ce doute avait de lourdes conséquences sur Fanelia. Les forteresses avaient été mises en alerte et les va-et-vient des commerçants étaient bien plus contrôlés qu'à l'ordinaire.
Il faut dire qu'il y avait de dangereux précédents. Notamment, un peu plus d'un siècle auparavant, dans le pays de Cesario, le Roi était mort alors que le Prince héritier était en campagne militaire.
Profitant de la désorganisation, des assassins s'étaient dissimulés dans la ville et le soir où le successeur était rentré en urgence, il y avait eu un véritable massacre et la dynastie de l'époque avait failli être renversée, ce qui finalement s'était produit des années plus tard lors d'un mariage royal...
Ce genre de situation était inenvisageable à Fanelia. En effet, la particularité de cette nation par rapport aux autres de Gaea était d'avoir préservé sa lignée depuis sa fondation, il y a plus de dix-mille ans…
Ce fait donnait un certain prestige au pays.
Certes, le Royaume avait une économie essentiellement agricole, assez modeste, et son territoire était surtout forestier avec peu de villes, cela dit la stabilité exceptionnelle de sa politique forçait l'admiration quand on voyait les luttes de pouvoir qu'il avait pu y avoir ailleurs.
C'était de tout cela dont Luyren voulait se montrer garant, et plus ça allait, plus sa tâche lui paraissait insurmontable.
Après la décision prise le matin et le moment difficile de l'envoi de la transmission ordonnant le retour des troupes, il avait décidé de commencer à mettre sa stratégie pour la succession en œuvre.
Si officiellement, rien ne serait décidé avant que l'héritier de Mayek n'arrive à la capitale, son collègue était décidé à préparer au mieux le terrain.
A force de recherches, le général avait trouvé une loi estimant que le Roi n'était présumé mort que si six lunes après sa disparition, il n'avait été fait état d'aucune preuve contraire.
Le délai pouvait sembler à priori long, mais il permettrait d'entamer des investigations, même si le militaire ne savait pas trop où chercher, et surtout, ce temps serait mis à profit pour régler l'épineuse question de la succession.
Après sa conversation avec le Prince Meinmet, Luyren savait que deux possibilités étaient envisageables…
Restait à déterminer laquelle serait choisie.
La lignée principale devait être privilégiée, mais le problème d'enfant-Roi était délicat, sans parler que si Hitomi donnait le jour à une fille, la situation devenait encore plus compliquée. La petite pouvant alors transmettre la Couronne mais pas porter le titre… Quoique… Le mauvais précédent lui revenait en mémoire…
En cela, transmettre la succession à Folken apparaissait plus sûr, cependant l'avènement d'un revenant risquait de soulever bien des polémiques…
Plusieurs entrevues délicates s'annonçaient pour le vieux général, celle avec Hitomi serait la première…
OoO
Après avoir déjeuné, il profita de l'après-midi calme pour aller rendre visite à la jeune femme. Ce fut Merle qui lui ouvrit la porte, assez surprise.
— Général Luyren… Je… Il y a du nouveau ? Demanda la fille-chat, inquiète.
— Non, rien de nouveau, mais j'aimerais parler à Mademoiselle Hitomi, si c'est possible.
— Oui, oui, je vous en prie, entrez. Elle est en train de lire dans sa chambre.
Quand il entra dans la pièce, il se trouva face à une Hitomi assise près de la fenêtre. D'une pâleur irréelle, vêtue d'une robe vert d'eau et enveloppée dans un châle blanc, elle affichait un pauvre petit sourire désoeuvré.
Bien qu'il ne le montra pas, cette triste vision peina profondément le général.
— Mademoiselle Hitomi, je suis désolée de vous venir vous importuner, mais je dois absolument discuter avec vous d'un sujet important.
— Je comprends... Asseyez-vous…
Le militaire s'exécuta, et resta un moment instant silencieux. Son interlocutrice, quant à elle, réfléchissait, le regard perdu dans le ciel.
Le temps sembla se figer, Luyren hésita, mais il finit par s'exprimer.
— La rumeur doit sans doute courir dans le palais, cependant, je me dois vous confirmer personnellement l'arrêt des recherches et le retour de nos troupes.
Etrangement, la jeune femme ne réagit pas. Elle resta simplement figée, tout comme Merle.
Ce calme déstabilisa le général, il ne s'y attendait pas, mais avait l'impression que les deux jeunes femmes, elles, s'étaient préparées à l'annonce.
Il y eut à nouveau un silence pesant, et ce fut Hitomi qui reprit la conversation.
— Nous étions au courant… De toute façon, tout le monde le savait… Vous pensez que Van est mort…
A l'entendre, Merle dut puiser dans ses forces pour laisser juste échapper une larme. Etrangement, la future maman restait toujours aussi sereine, comme si elle ne réalisait pas la situation.
— Bien, fit Luyren, je ne vais donc pas passer par quatre chemins. Ma présence concerne l'enfant que vous portez.
La jeune femme haussa les épaules en soupirant, elle se doutait bien qu'il en serait question.
— Et que lui veut-on à ce petit ? Demanda-t-elle d'une voix douce.
— Des précédents dans la succession royale nous autorisent à légitimer votre enfant, même si vous n'étiez pas encore l'épouse de Sa Majesté. Ceci implique que si l'enfant est un garçon, ce sera notre prochain Roi, si c'est une fille, elle pourra transmettre la lignée. Cependant… vous avez aussi la possibilité de refuser…
— Ah… je suis étonnée… Je croyais que Fanelia ne laissait pas beaucoup de latitudes aux femmes.
— Dans le cas présent, vous êtes la seule personne responsable de cet enfant. De plus, je ne suis pas personnellement partisan de vous forcer la main, par respect pour mon Roi que j'ai fidèlement servi, d'autant qu'il existe une autre alternative.
— Laquelle ?
— Etant donné que le Prince Meinmet a refusé le Trône en raison de son âge, le titre reviendrait au Prince Folken auquel nous pouvons rendre ses droits à la succession.
— Soit, Folken serait donc le Roi, je pense que ça serait une bonne chose…
— Que dois-je comprendre ?
— Général, le père de mon enfant a été prisonnier de son titre dès son enfance. Il a grandi avec des responsabilités qu'il n'aurait pas dû avoir, a vécu des choses affreuses pour finir…
Je refuse ça pour ce petit être que je porte, je veux qu'il ou elle vive tranquillement. J'ai conscience que ma décision aura un impact sur la stabilité politique de ce pays, mais puisque Folken deviendrait Roi et que je sais qu'il fera un bon Souverain, et bien alors, qu'on laisse mon enfant à venir tranquille.
Retenant ses larmes pour garder une certaine solennité, la future maman avait déclaré cela une main appuyée sur son ventre.
Merle lui caressait doucement les épaules pour tenter de la réconforter, essayant elle-même de se retenir de s'effondrer.
Le choix d'Hitomi n'avait pas surpris Luyren. La jeune femme avait agi au mieux.
— Je vous remercie de m'avoir répondu ! Sachez toutefois que bien évidemment, nous continuerons à veiller sur vous et sur l'enfant.
— Merci à vous, général !
Sur ce, le vieux militaire quitta les appartements, réfléchissant à la prochaine discussion qu'il devrait avoir, qui s'annonçait bien plus délicate.
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Au terme de cinq jours d'investigation, Haymlar ne fut pas surpris des ordres qu'il reçu de la capitale. Toute la nuit, il avait réfléchi au discours qu'il devrait tenir le lendemain.
Après une ultime mise au point avec les états-majors des autres nations, il était temps de se rendre à l'évidence, il s'apprêtait donc à annoncer aux soldats qui l'aidaient qu'il allait clore les recherches…
Les restes du campement de l'ennemi avaient soigneusement été retournés. Il semblait que le départ n'ait pas du tout été hâtif, l'incendie avait été avant tout une diversion.
Une question subsistait, comment avaient-ils pu transporter les quantités d'energist en leur possession en ne laissant aucune trace de passage ?
Le second de l'armée de Défense avait rassemblé les soldats de Fanelia, il était temps de prendre la parole.
Perché sur un rocher qui dominait l'armée, Haymlar se sentait profondément mal à l'aise.
— Bon, les gars, je ne vais pas vous faire de mystère. Ces derniers jours, nous avons retourné ces satanés marais, et aucune trace de notre Roi. J'ai discuté avec les chefs des autres états-majors, tous s'apprêtent à lever le camp. Basram laissera juste quelques troupes, au cas peu probable où nos ennemis reviendraient. Il est donc temps pour nous de rentrer au pays…
Des voix s'élevèrent un peu partout, les avis étaient partagés. Le sous-chef décida de couper court aux bavardages.
— Cette décision a l'aval du Conseil, je vous rappelle que nous avons un pays à défendre. Notre Roi n'aimerait pas nous savoir en train de courir dans la brume au lieu de protéger les nôtres.
Aussi, et là, je m'adresse aux gars de Mayek, vous vous rappelez de votre général, il n'était pas du genre à tergiverser ! Quant à ceux de mon armée, vous savez que la chef a survécu, vous vous doutez qu'elle vous bottera tous le train un par un si vous n'obéissez pas !
Cela eu au moins le mérite de faire rire un peu les soldats. Haymlar ne rajouta rien, chacun partit faire son paquetage.
Pensif, le second de Yiris les regardait faire. Les troupes des autres pays faisaient de même, seul Basram maintiendrait une force sur place, histoire de s'assurer que les mystérieux ennemis ne reviendraient pas.
Délaissant la supervision de sa propre armée, Allen vint à la rencontre du militaire de Fanelia.
— Je suis vraiment désolé de ce qu'il vous arrive. Van était un ami, sa disparition laisse un grand vide. Nous avons traversé pas mal d'épreuves ensemble lors de la grande guerre de Gaea.
— Merci, Seigneur Schezar, chez nous, ça promet d'être des temps difficiles.
— La veille de l'affrontement, Van m'a confié qu'il allait être père. Je n'ose imaginer dans quel état doit être Hitomi, la pauvre…
— Honnêtement, je ne sais pas trop, mais je me doute de l'ambiance qui doit régner au palais. Mon seul réconfort, c'est d'avoir appris que ma chef s'en était sortie, même si à ce que l'on m'a dit, elle est dans un sale état.
— Un général en moins, un à l'hôpital, plus de Roi, votre situation est délicate.
— Nous sommes forts, notre pays a survécu à la destruction de sa capitale, il se relèvera !
— Je vous le souhaite, savez-vous qui succédera à Van ?
— Ce genre de choses protocolaires, ce n'est pas mon rayon. En théorie, je crois que c'est son vieil oncle, mais bon… A mon avis, ça sera délicat, mais je sais que Luyren, excellent juriste, va retourner les textes et trouver une solution…
— Asturia restera votre allié, vous pouvez comptez sur notre soutien.
— Merci à vous !
Sur ce, en trainant les pieds, Haymlar partit en direction des vaisseaux de Fanelia, presque prêts pour l'embarquement.
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De son côté, Folken travaillait. Les affaires courantes étaient plus accaparantes qu'il ne l'avait pensé au premier abord, mais les tracas administratifs étaient le genre de domaine où il se sentait à l'aise.
Et puis, quelque part, il appréciait de servir son pays. A la base, il aurait dû faire ce travail depuis des années. Le problème était qu'il avait perdu son cadet.
Par moment, des souvenirs de son enfance lui revenaient. Même si il y avait une grande différence d'âge entre eux, il était si heureux d'avoir eu un petit frère. Il se rappelait quand il s'occupait de lui, lui lisait des histoires…
Déjà, une première fois, il y a vingt ans, ils avaient été séparés. Les retrouvailles qui avaient suivi dix ans plus tard avaient été difficiles, mais cette fois, tout se passait bien. La peine en était d'autant plus forte.
L'aîné avait le devoir de protéger le plus jeune, mais il n'avait rien pu faire…
Le fait de travailler pratiquement toute la journée constituait une excellente échappatoire à son tourment intérieur.
Quand parfois, il se levait du bureau pour prendre une pause, un autre sujet lui revenait à l'esprit, la description des ennemis.
Depuis l'annonce des événements, il avait retourné le problème maintes fois dans sa tête. Plus il y réfléchissait, plus les méthodes usées par les mystérieux ennemis lui rappelaient quelque chose.
Luyren avait longuement parlé avec Yiris et Yrkas et avait rapporté leurs propos au Conseil.
La description faite des engins utilisés par les assaillants, la façon dont ils étaient apparus brutalement, tout cela faisait clairement penser à la technologie de Zaibach.
Aussi, avait-il pris la décision d'introduire une demande assez particulière au Conseil du lendemain.
