Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Publié pour la première fois le 1er mai 2012

Chapitre 31

Un prisonnier particulier

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO

— Tu veux quoi ?

Meinmet s'était brusquement levé de sa chaise pour retomber dessus aussi sec. Il s'attendait à tout, sauf à ce que venait de demander Folken.

Luyren et Hylden étaient tout aussi perplexes. Face aux réactions, le Prince détailla son propos.

— Je souhaite juste discuter avec Adelfos, je le connais bien. Il faut que je vois avec lui quelles décisions ont été prises à Zaibach après que j'ai déserté. Je vous assure que cela pourrait nous donner un éclairage précieux sur l'ennemi, les technologies évoquées ne m'inspirent que trop.
— Soit, répondit le vieux général, je comprends votre aspiration, mais tout de même, ce genre de voyage est une prise de risques importante. Nous ne pouvons pas nous permettre de mettre en danger la vie d'un membre de la famille royale.
— Zaibach est probablement l'endroit le plus sécurisé de Gaea avec l'occupation et je connais très bien le terrain.
— Reste quand même le trajet… Soupira Hylden, lui aussi peu convaincu par l'initiative, même si le sort de Folken en tant personne était le cadet de ses soucis, il pensait à la stabilité de son pays.
— Allons, ne soyez pas paranoïaques, je vais juste survoler Asturia, l'endroit du ciel de Gaea où il a y le plus de contrôles en raison des innombrables convois commerciaux.

Un instant, les membres du Conseil restèrent sceptiques. Songeur, Meinmet tritura sa barbe. Après tout, ce que voulait son neveu n'était pas si fou que ça et potentiellement utile…

— Bon, si tu penses que cela peut permettre d'identifier l'ennemi, c'est toujours bon à prendre, mais comme l'ont dit les autres, il te faudra être prudent.
— Ne t'en fais pas, mon oncle ! Répondit le Prince, heureux d'avoir un accord.

Même s'ils restaient tous deux dubitatifs, les généraux ne formulèrent aucune opposition.

OoO

Après avoir expédié les affaires courantes qui lui restaient à régler, Folken prit place dans un petit vaisseau de transport.
Plutôt rapide, ce genre d'embarcation pouvait parcourir la route vers Zaibach en un peu plus de deux jours.

Avant de partir, il échangea quelques mots avec Meinmet.

— Puis-je te demander un service ?
— Dis toujours, du moment que ce n'est pas régler ton bordel administratif à ta place, cela doit pouvoir s'arranger ! Répondit le vieil homme avec son air nonchalant habituel.
— Pourrais-tu saluer Yiris de ma part ? Depuis qu'elle s'est réveillée, je ne suis pas retourné la voir, je sais que ce n'est pas très correct…
— Pas faux, mais je crois surtout que tu as un petit blocage… N'est-ce pas ?

Le Prince ne répondit pas immédiatement, il se remémorait la scène qui avait précédé sa décision de donner à Yiris le sang de son maître.
Face à l'état lamentable de la jeune femme, il se sentait simplement coupable.

— Honnêtement, je ne sais pas quoi lui dire…
— Crois-moi, tu peux lui parler de tout et de rien. Elle s'ennuie, alors n'importe quoi peut la distraire ! Hier, je lui ai parlé de mon projet secret, ça l'a vivement intéressée.
— Ton projet secret ? S'étonna Folken.
— Un petit cadeau pour le petit à venir d'Hitomi, je commence à bidouiller cela. On en reparlera à ton retour !

Le neveu sourit amusé et donna une accolade au vieil homme avant d'embarquer pour Zaibach.
Au fond de lui, il appréhendait le fait de retourner là-bas car la simple idée d'y remettre les pieds ravivait de douloureux souvenirs.

OoO

De la fenêtre de sa chambre, Hitomi avait assisté au départ de Folken. Elle avait eu vent de la raison de son voyage et se perdait elle-aussi dans le passé.
L'image de ce qui avait été sa dernière vision à l'époque était revenue à son esprit.

Les visions… Depuis que Van avait disparu, elle était partagée. Elle avait eu la tentation d'essayer d'utiliser ses pouvoirs pour sentir l'esprit du jeune homme, mais, de peur de connaître la vérité, elle y avait finalement renoncé.

Que penser ? Elle avait discuté avec les âmes de personnes décédées, alors, si Van n'était plus de ce monde, elle pensait qu'il aurait certainement tenté d'entrer en contact avec elle…

Cependant, quelle certitude pouvait-elle avoir… Il restait quand même la vision du petit garçon et ce qu'elle lui disait…

Des sentiments paradoxaux l'envahissaient dès que ses pensées erraient. A ces instants où elle allait éclater en sanglots, des petites vagues se faisaient sentir dans son ventre.
Le petit être qui grandissait en elle avait l'art de rappeler sa présence au moment opportun.

Sans un mot, Merle entra dans la pièce. Elle remarqua l'air mélancolique d'Hitomi et s'approcha d'elle.

— Tu ne te sens pas bien ?
— Si, si… Je réfléchissais juste au voyage de Folken.
— Bon, tu me rassures…
— Tu t'inquiètes trop Merle !
— Si je m'inquiète pour toi, c''est pour ton bien et celui du bébé. Je veux que le petit bout soit en pleine forme !

Hitomi sourit, la sollicitude de Merle lui faisait plaisir, elle savait qu'elle pouvait avoir une totale confiance en elle.

— Dis-moi, que penses-tu de ma décision concernant l'avenir de l'enfant ?
— C'est ta décision, j'avoue que je n'aurais pas su quoi faire à ta place. D'un côté, il aurait été logique que l'enfant devienne Roi si c'était un garçon, d'un autre, comme tu l'as dit, Maître Van a tant souffert des responsabilités qui pesaient sur lui dès son enfance…
Si Folken devient le nouveau Roi, ce sera une bonne chose, il saura y faire pour protéger le pays.
— A ton avis, il est au courant du plan de Luyren ?
— Il n'est pas idiot, il doit probablement s'en douter ! Mais je sais que Luyren prendra le temps de faire les choses correctement, cela lui laisse d'autant plus de temps pour se préparer à cette tâche…
— J'espère qu'il ne m'en voudra pas. En refusant le Trône pour mon enfant, je l'ai acculé…
— Maître Folken est du genre pragmatique. Il prend les choses comme elles sont. Je ne pense pas qu'il ait changé comparé aux souvenirs que j'ai de lui, il y a des années. Il sait s'adapter et a un grand sens des responsabilités. Aussi, puisque que c'est ton choix, il sera plutôt soulagé de ne pas voir son éventuel neveu devenir un enfant Roi…

La femme-chat posa sa main sur l'épaule de son amie.

— Pour s'amuser un peu, tu vas nous faire une fille ou un garçon ?

Amusée, Hitomi repensa à sa vision du petit enfant aux yeux verts et cheveux noirs.
Cette image, faute d'avoir pu en parler à Van, elle la gardait pour elle.

— Je pressens un petit homme !
— Si c'est bien un garçon, tu vas avoir du souci à te faire ! S'il hérite du caractère de Maître Van, il sera turbulent, du genre à grimper partout ! S'amusa Merle.

La remarque donna le sourire à Hitomi. Imaginer un petit turbulent, cela se rapprochait de sa prémonition. Si celle-ci se confirmait, c'était étrange de connaître le visage de son enfant avant sa naissance…
Quelque part, elle espérait que ce qu'elle avait vu se révélerait inexact et qu'elle n'entendrait jamais la phrase qui lui faisait si mal…

OoO

Comme chaque jour, Meinmet venait rendre visite à Yiris et papotait. Elle ne le disait pas, mais elle attendait cette visite avec impatience, car à part un passage de Mila et les brèves petites escapades d'Yrkas, elle restait seule la plupart du temps, à écouter ce qui se passait dans les couloirs.

— Tu dois connaître toutes les fissures du plafond à force… Commenta le vieil homme.
— Oui, et c'est comme les nuages, j'essaie d'y voir des formes… Soupira Yiris.
— Je comprends… Je suis passé devant la chambre d'Yrkas, il a l'air mieux. Il m'a dit qu'il en marre d'être surveillé, il paraît que venir te voir serait plus difficile que de s'évader d'un cachot !
— L'infirmière-chef n'est pas une rigolote, et je crois qu'elle a à cœur de le tyranniser. Lui qui espérait draguer les jolies filles, il est déçu…
— Apparemment, il ne s'en sort pas trop mal sans son bras. Comme il dit, c'est une habitude à prendre.
— Il n'a pas tort… Même moi, je m'habitue à ne pas bouger…
— Sois patiente, tu finiras par te lever !
— Hylden a dit « pas avant un mois »… Pesta Yiris en laissant tomber ses mains qu'elle soulevait difficilement.

Meinmet n'en rajouta pas, la situation était déjà assez déplaisante pour la jeune femme.

— Dites-moi, comment cela se passe en haut lieu ? Demanda-t-elle.
— On fonctionne… Luyren et Folken travaillent comme des malades, ils n'arrêtent presque pas ! C'est à se demander quand ils dorment et mangent… D'ailleurs, cela me fait penser que Folken te salue, mais il n'a pas le temps de passer…
— Je ne suis pas étonnée de le voir occupé… S'amusa Yiris avec un petit sourire. Il paraît qu'il est parti pour Zaibach ?
— Oui, il veut discuter avec Adelfos Gein, le dernier survivant de l'état-major de Zaibach. A ce qu'il dit, il pense qu'il pourrait y avoir un lien entre l'ennemi d'hier et celui d'aujourd'hui…
— Théorie intéressante…

Le regard de Yiris se perdit par la fenêtre, d'où elle entrevoyait un bout de ciel.
Songeuse, elle s'évada quelques minutes avant de reprendre.

— Par hasard, a-t-on eu des nouvelles concernant ce qu'est devenu mon abruti de frère ?
— Non, rien du tout… Désolé…
— Je soupçonne ce fumier d'avoir disparu volontairement uniquement pour me pourrir la vie…
— Il avait pourtant l'air de bonne humeur ces derniers jours, non ?
— Oui, mais quand je suis partie pour aller voir ce qu'était devenu Maître Van, il m'a lancé un de ses regards noirs dont il a le secret, à croire que la parenthèse enchantée était finie…

Meinmet n'en rajouta pas. Au fond de lui, il pensait que Constantin avait peut-être fini par se perdre dans la forêt ivre mort, ou drogué à Dieu seul sait quoi.
Quoiqu'il en soit, il était d'avis que Yiris devrait arrêter de se préoccuper de cet individu qui n'avait plus rien d'un frère et semblait avoir voué sa vie à faire de la sienne un enfer.

La jeune femme resta à nouveau silencieuse. Un autre sujet d'inquiétude occupait son esprit, et il constituait de loin son pire tourment.

— Et pour Sa Majesté ? Vous laissez vraiment tomber…
— Comme je te l'ai dit hier, l'espoir de le retrouver sur place, mort ou vif, est inexistant. Mieux vaut rapatrier nos troupes car nous sommes en position de faiblesse. Tu connais Haymlar, il a fait de son mieux. S'il n'a rien trouvé, c'est qu'il n'y a rien, avis partagé par les autres états-majors...
— Je comprends… Je me suis repassée la scène une centaine de fois dans ma tête, j'ai analysé tous les détails, mais il n'y a rien à en tirer. Tout ce que je peux affirmer, c'est que quand on m'a attaquée, il était encore vivant, je l'ai entendu par ma radio… J'ai été nulle, je n'ai pas pu protéger Mon Roi… Je ne mérite plus d'être un soldat !
— Tu es cruelle avec toi-même, tu as fait de ton mieux ! Vous avez été piégés !

La blessée soupira encore une fois. Le poids de la culpabilité était difficile à supporter. Intérieurement, elle s'était jurée de remarcher un jour, de pouvoir à nouveau se battre pour retrouver son Roi.

Son intime conviction était claire, Van était toujours vivant. La mise en scène n'avait rien d'innocent, il fallait effectivement faire planer le doute, mais Yiris tendait à penser que le Roi avait un intérêt pour les voleurs d'energist.

Et à cet instant, l'expédition de Folken à Zaibach ne faisait que renforcer son opinion.

OoO

Le trajet pour rejoindre Zaibach s'était déroulé sans encombre. Folken avait passé la plupart du temps sur le pont du vaisseau.
Le deuxième jour, il avait vu se former au loin le nuage de pollution qui caractérisait la capitale de ce qui avait été le pays le plus puissant de Gaea.

En effet, en raison de la densité des fumées des industries de la cité, les habitants vivaient en permanence sous un ciel sombre, rarement entrecoupé de quelques éclaircies.
La fin de la guerre n'avait somme toute pas changé grand chose. Les pays occupants avaient trouvés intéressant d'utiliser les usines locales, particulièrement productives, pour leurs propres besoins.
Par conséquent, l'atmosphère restait toujours aussi irrespirable.

Le vaisseau de Fanelia s'amarra à un ponton situé sur le palais impérial. Avant d'aller rencontrer Adelfos, le Prince tint à faire un pèlerinage auprès de la machine de Dornkirk.
Rien n'avait changé, la sphère du bonheur absolu était éteinte mais émettait cette étrange lueur couleur d'energist qui la caractérisait.
Le Trône de l'empereur, enfin si on pouvait parler ainsi de l'engin qui maintenait le vieillard en vie, était toujours là. Au moins, les gens avaient eu le respect d'enlever la dépouille et de nettoyer, il en allait de même pour la tâche de sang au sol…
Très mal à l'aise, Folken s'approcha du lieu où il s'était effondré, mort.

Malgré lui, il ne pouvait s'empêcher de trembler. La sensation qui l'envahissait à cet instant précis était indescriptible.
Un froid étrange semblait lui bloquer les articulations, sa respiration se faisait plus difficile, la douleur de la lame s'enfonçant dans son cœur lui revenait en mémoire, il était oppressé.
Il se rappela de ce qu'il pensait à cet instant, il se savait condamné et l'acceptait totalement. Et pourtant…

A présent quelque chose avait changé. La vie avait pris une valeur nouvelle à ses yeux.
Etre ramené d'entre les morts était une chance inespérée, et même si cet espoir était en partie gâché par les récents événements, il se devait de profiter de la grâce qui lui avait été accordée.
Et là encore, la question de la raison de sa résurrection se posait, il devait bien y avoir un sens à tout cela, mais lequel…

Soudain, il eut l'impression d'entendre comme des voix qui lui parlaient mais c'était trop confus pour saisir ce qu'elles voulaient dire.

C'est alors qu'il sentit une brulure à la poitrine, là où Yiris l'avait marqué.
Essayant de se soustraire à cela, il s'éloigna de l'endroit où il était mort, et peu à peu, il éprouva un certain soulagement.

Afin de récupérer, il resta un moment adossé à un mur, à souffler profondément.
Un soldat de Basram, chargé de la surveillance des lieux, vint à sa rencontre.

— Votre Altesse, j'ai pour ordre de vous accompagner auprès du prisonnier Adelfos Gein.
— Merci, je vous suis… Répondit Folken en soupirant pour se reprendre.
— Vous vous sentez mal Monseigneur ? Demanda le militaire, inquiet.
— Un peu de fatigue passagère, rien de grave.
— Si vous le dites… Je vous en prie, suivez-moi, je vous conduis au lieu de détention.

OoO

La prison où était retenu l'ancien général était assez particulière. Pour son alimentation en eau potable, la capitale de Zaibach possédait quatre tours réservoirs.
Il s'agissait d'immenses bâtiments d'habitation surmontés chacun d'un château d'eau.

Celui au nord de la ville avait vu ses habitants évacués avant d'être reconverti en prison.
Les militaires occupants soupçonnaient les prisonniers de guerre de connaître d'éventuels passages dans les prisons existantes et avait donc agi en conséquence.

Enfermés à plusieurs mètres du sol, il n'était pas simple de s'évader…
Pour parfaire les choses, plusieurs petits bâtiments alentour avaient été démolis. Fuir sans être vu était hautement improbable.
C'est au dernier étage de la tour réservoir qu'était retenu Adelfos. Il disposait du niveau pour lui seul. Ses conditions de détention étaient des plus correctes, sa totale collaboration à la fin du conflit lui ayant assuré certains privilèges.
L'essentiel de son temps était consacré à l'écriture de ses mémoires ainsi qu'à la lecture. Au fil des années d'emprisonnement, il avait accumulé une bibliothèque assez conséquente.
Somme toute, cette retraite assez particulière lui convenait. Compte-tenu de ce qu'il s'était passé, il avait appris à se satisfaire de la situation, même s'il aurait préféré être libre de ses mouvements et vivre dans un endroit au ciel dégagé où il aurait eu une chance de voir des étoiles la nuit.

A sa grande surprise, Folken se rendit sur les lieux dans le tramway qui parcourait la cité. Un convoi lui avait été réservé et il avait vu défiler, en passant s'en s'arrêter devant les stations, les visages, toujours aussi hagards, des habitants de la mégalopole.
Approchant de sa destination, la vue de la tour réservoir devenue prison l'étonna quelque peu. Plantée seule au milieu d'un terrain vague, elle avait l'air encore plus sordide.

Au delà des grilles, l'intérieur était fait de murs nus, on entendait les prisonniers jurer et se plaindre.
L'ascenseur conduisant au sommet était particulièrement lent, la montée parut interminable au Prince.

Sur place, deux gardiens surveillaient les portes et un autre était posté un petit peu plus loin, près de ce qui était probablement l'accès aux escaliers.

En dehors de ces trois individus, aucune surveillance supplémentaire pour ce niveau.
Folken commença à avancer dans l'immense appartement. Personne ne l'accompagna, le soldat qui l'avait guidé était redescendu…

Parcourant l'étage, il finit par trouver Adelfos. L'homme avait désormais les cheveux gris, toujours sa barbe, et portait de fines lunettes rondes. Vêtu d'une veste d'intérieur faite de velours bordeaux, il était en train de lire, assis sur un confortable fauteuil.

Ayant senti la présence de son visiteur, il finit par refermer son ouvrage et se tourna vers lui.
En le dévisageant, il n'émit aucun doute, c'était bien Folken. L'aspect improbable de la situation arracha un sourire au vieil homme.

— Quand on m'a fait savoir que vous étiez réapparu, je n'y croyais pas. Lorsque l'on m'a dit que vous alliez venir, j'y croyais encore moins. Et pourtant… Comme quoi, il n'existe plus aucune vérité en ce monde…
— Sur ce point, je partage votre analyse. Ravi de vous revoir, général Adelfos !
— Pas de titre avec moi, cela fait longtemps que je ne suis plus rien… Et je suis d'autant plus étonné de l'intérêt que vous me portez !
— En fait, je voudrais savoir si vous auriez eu vent de manœuvres… Disons « de la dernière chance » avant l'effondrement de l'Empire…
— Que voulez-vous dire par là ?
— Vous vous rappelez comme moi des sorciers, et vous savez bien qu'ils étaient du genre à envisager toutes les possibilités, pourvu que cela serve leurs intérêts !
— Paruchi, Foruma, Kuaru et surtout Garufo étaient les pires fous ayant jamais vécu en ce monde ! A côté d'eux, notre Empereur était somme toute sain d'esprit. Les derniers mois après votre désertion, je me suis beaucoup interrogé sur les agissements de ces individus, vainement. Ils savaient très bien protéger leurs travaux peu honorables.
— Autrement dit, vous n'en savez pas plus que moi… Soupira le Prince.
— Croyez-moi, je n'aurais rien contre le fait de vous aider. Au fond, j'ai toujours pensé que vous n'étiez pas un sale type comme eux… Quand j'ai fait des recherches sur votre cas, j'ai plutôt pensé que vous aviez été une de leurs victimes. Plus le temps passait, plus vous vous éloigniez d'eux pour travailler seul dans votre coin, chose qui les contrariait énormément...
— Disons que j'ai très vite eu des différents avec eux, et j'ai préféré ne plus me mêler de leurs affaires et continuer seul de mon côté.
— Vous savez probablement que deux de ces ordures ont été lynchées… Il est fort probable que les autres l'aient été aussi, mais aucun reste n'a été retrouvé…
— On me l'a dit, mais j'avoue que j'ai quelques doutes. Deux survivants ont vu les guymelefs utilisés par les voleurs d'energists, et cela faisait penser à nos engins.
— La technologie des Alseides et des Oreades est maintenant à la disposition de tous… Donc, il n'est pas étonnant de la voir utilisée.
— Certes, mais les modèles décrits ne correspondent pas précisément à ceux qui existaient et pour modifier notre technologie, il fallait bien la connaître. Sans parler des infrastructures nécessaires pour construire ces machines.
— Ce n'est pas faux… J'ai suivi cette affaire de vol d'energist, il est vrai que c'est étrange. Comme je l'ai déjà dit aux nombreuses personnes qui m'ont interrogé sur le sujet, les méthodes d'attaques employées ne m'inspirent pas.
Après, à y réfléchir, imaginer d'anciens scientifiques de Zaibach derrière cela, c'est plausible à cause de la technologie utilisée en effet. Mais je n'ai que mon avis à vous donner, désolé…
— Cela ne fait rien, je finirai bien par savoir le fin de mot de l'histoire…
— Je vous souhaite bonne chance ! Si jamais les deux sorciers disparus étaient impliqués, ce ne sera pas facile de les neutraliser…
— J'en suis conscient, cependant, je suis bien décidé à arrêter ces voleurs, quels qu'ils soient !
— Je suis au courant pour votre frère, je comprends votre colère, mais méfiez-vous. Si jamais les sorciers, en particulier Garufo, étaient mêlés à tout cela, je crois qu'ils auraient à cœur de vous attraper. Votre existence leur serait à coup sûr intolérable…
— Rassurez-vous, je m'en doute… Je me fie toujours à mon intuition !
— Dans ce cas, pourriez-vous m'accorder une petite faveur ? Demanda l'ancien général.
— Laquelle ? S'étonna le Prince.
— S'ils réapparaissent, faites-moi sortir de cette prison pour que j'aille personnellement, excusez la familiarité du langage employé, leur « casser la gueule » à ces salauds !

Adelfos avait dit cela avec un petit air amusé. Folken comprit qu'en cas de besoin, il pourrait compter sur lui.
Les deux hommes échangèrent encore un moment essentiellement des anecdotes sur les derniers jours de l'Empire, puis le Prince s'en retourna dans son pays.

Il n'avait rien appris de passionnant en soit grâce à ce voyage, pourtant, au fond de lui, il était conforté dans l'idée que des anciens de Zaibach devaient se trouver parmi les voleurs d'energist.
S'il s'agissait réellement des deux sorciers restants ou de leurs apprentis, tout devenait soudain possible.

La science de ces gens était comme leur folie, sans limite…