Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
www .hananokaze .org

Rating / Classement [+18]

Publié pour la première fois le 8 mai 2012

Chapitre 32

L'envie de se tenir debout

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Pendant l'absence de Folken, les troupes parties en campagne étaient rentrées au pays avec les dernières dépouilles des soldats retrouvées et une quantité impressionnante d'épaves de melefs.
Plutôt que de superviser le déchargement du convoi, le premier réflexe d'Haymlar fut de se précipiter au chevet de sa générale.
S'il s'était écouté, il l'aurait serrée dans ses bras tellement il était heureux de la voir en vie. Il y eut une chose qu'il n'e parvint pas à retenir, une petite larme d'émotion.
La blessée s'en était amusée et l'avait gentiment taquiné sur le sujet.

Le second prit le temps d'expliquer les différentes investigations menées pour tenter de retrouver le Roi, décrivit le campement abandonné. Yiris posa de nombreuses questions, mais finalement, n'apprit rien de nouveau.
Brièvement, elle évoqua le cas de Constantin, là encore, elle fit chou blanc…

Après sa supérieure, le militaire alla se rendre au chevet de son collègue avec lequel il plaisanta un bon moment.
La journée se termina par une convocation devant le Conseil.

Haymlar avait toujours été en retrait, et il n'appréciait pas cette mise au premier plan.
A la base, il n'avait jamais voulu être militaire, il travaillait comme videur pour le bordel de sa sœur Mila.

C'était Yiris, après être devenue propriétaire de l'affaire, qui l'avait convaincu de se lancer dans l'armée. Fort, de part sa carrure imposante, et plutôt inspiré, il avait vite acquis une bonne réputation.

Sa carrière lui plaisait bien, cependant il n'avait jamais envisagé de se retrouver avec des responsabilités telles que celles qu'il avait eu les derniers jours.
Sa seule aspiration : le calme…

Finalement, tout le monde n'avait qu'un désir, que les choses redeviennent comme avant…

OoO

Durant le voyage du retour, Folken se réveilla à plusieurs reprises en pleine nuit avec un étrange sentiment, proche de celui qu'il avait ressenti sur le lieu de sa mort.
Après un énième sursaut brutal, alors qu'il s'apprêtait à se rendormir, une douleur atroce le prit à la poitrine, il se sentait étouffer.

Des centaines de voix semblaient s'adresser à lui, on le suppliait sans relâche. Son esprit était au bord du gouffre.
La marque sur son cœur le brûlait atrocement, il l'aurait cru en feu…

Un long moment, il lutta pour ne pas se laisser entraîner dans le tourbillon, suppliant qu'on le laisse tranquille.
La pièce était devenue encore plus sombre, des spectres flottaient dans les airs, continuant leurs litanies.
Soudain, alors qu'il croyait que son esprit allait lâcher, la délivrance survint.
Apparaissant au milieu du flot de fantômes, survint une silhouette connue, Yiris.
Le regard vide, elle lui tendit la main. Sans y réfléchir, il la saisit.

En sueur, il ouvrit les yeux, il était allongé dans son lit, tout était fini. Il reprit son souffle et but un peu d'eau.

L'expérience avait été éprouvante. Intrigué par la sensation de chaleur qui persistait, il tira sur sa chemise pour regarder sa poitrine : la marque que lui avait fait son épouse pour sceller son âme apparaissait en surface.
La magie des fausses-personnes était-elle la cause de son tourment, ou au contraire ce qui le sauvait ?

Après cela, il n'avait qu'une hâte, rentrer à Fanelia et interroger Yiris.

OoO

— Votre Altesse, il va falloir que nous parlions. Fit Luyren.
— J'ai bien peur de savoir de quoi… Soupira Folken.
— En effet, je suis là pour vous parler de la succession de votre frère.
— Déjà…
— J'ai soigneusement étudié les textes et les choses ne sont pas simples à mettre en place car nous n'avons pas de corps, donc pas de certitude réelle sur sa mort. Ceci dit…
— Plus personne n'espère de miracle, je sais… Concrètement, que va-t-il se passer ?
— Déjà, sachez que votre frère a aboli le rite de la chasse au dragon, justement en souvenir de vos paroles…

A cette remarque, le Prince sourit ému. Après un bref silence, le militaire reprit ses explications.

— Sinon, dans un premier temps, je me suis entretenu avec Mademoiselle Hitomi sur la possibilité de légitimer son enfant. Elle a refusé, estimant ne pas devoir faire subir à ce petit ce qu'avait vécu son père, si jamais c'était un garçon.
D'autres que moi auraient insisté, cependant, il existe une alternative qui me paraît plus raisonnable, et je ne suis pas le seul à penser ainsi.
— Dois-je comprendre que les gens n'ont plus peur des fantômes ? S'amusa Folken.
— Votre travail a été fortement apprécié, beaucoup louent votre sérieux, et votre oncle, qui est quand même le dernier membre de la famille royale avec vous, vous privilégie en temps qu'héritier. De plus, votre frère vous avait tacitement rendu votre titre. Quelques manœuvres administratives et vous pourriez réintégrer la succession royale et devenir notre nouveau Souverain.
— Le fait que je sois… un ressuscité ne risque-t-il pas de poser problème ? Les gens doivent être méfiants à mon égard.
— En vous reconnaissant officiellement, votre frère vous a offert un appui utile. Après, bien évidemment, votre cas divise... Ceci dit, le peuple de Fanelia est conscient de la nécessité que la couronne ne reste pas vacante longtemps
— Et finalement, les choses deviendraient ce qu'elles auraient dû être… Etrange retournement du destin, je serai finalement Roi…

Le général soupira, ce n'était pas faux, la vie jouait un étrange tour à son interlocuteur.
Aussi, il restait encore un point plus délicat à éclaircir.

— Si vous montez sur le Trône, il va falloir aussi régler une autre question.
— Laquelle ? Demanda Folken avec un certain étonnement.
— Etant donné que vous êtes le dernier de votre lignée, il est indispensable d'assurer votre descendance… Et pour cela, il vous faudrait une épouse…
— Plus jeune et apte à avoir des enfants, je présume? Coupa le Prince de façon un peu sèche.
— En effet ! Opina Luyren. Vous n'aviez de toute façon pas épousé Yiris pour cela. Et… Elle a presque quarante ans, de graves blessures… Sans compter qu'elle n'est pas vraiment… humaine…
— Moi non plus ! Remarqua Folken.
— Certes…

Un temps, le général se sentit un peu en mauvaise posture, voyant que le Prince voulait défendre son épouse.

Même si la chose lui semblait étrange, il décida de changer d'argumentation.

— De toute façon, dit-il avec un ton plus léger, Yiris ne se voyait déjà pas mariée, alors avec des enfants… A l'heure actuelle, sa seule préoccupation est de se mettre debout, cela reflète bien son caractère…

Folken ne répondit pas. Luyren continua malgré le malaise ambiant.

— Pour tout vous dire, je me suis déjà permis d'en discuter avec elle. C'est une personne tout à fait sensée, elle est consciente de l'enjeu.
Cependant, sa grande peur est de perdre son amnistie en ne faisant plus partie de la famille royale. Je lui ai donc garanti de trouver une solution dans ce sens…

Le Prince resta encore muet quelques instants.

Il regardait fixement son bureau pour dissimuler un certain agacement, l'initiative le contrariait.
Si le sujet devait être évoqué avec Yiris, c'était à lui d'en parler, pas à un tiers.

Après un long soupir, il finit par se tourner vers son interlocuteur.

— Je comprends vos préoccupations, votre raisonnement, mais vous allez trop vite…
J'aurais au moins voulu aborder moi-même ce genre de sujet avec ma femme, c'est le minimum d'honnêteté que je lui dois !

Le ton avait été agressif, Folken avait fini sa phrase en donnant un coup de poing sur la table.
Mal à l'aise, mais surtout surpris par cette réaction, le général pesa ses mots avant de répondre.

— Veuillez excusez mon attitude, je ne voulais en aucun cas vous déplaire. Au contraire, j'espérais vous éviter une conversation difficile…
— C'est bon, je n'aurais pas dû m'emporter. Vous travaillez de votre mieux et je dois vous en être reconnaissant. Dit le Prince, plus calme.
— En tout cas, Votre Altesse, sachez que j'œuvre dans l'intérêt de mon pays, et cet intérêt converge avec le vôtre. Par conséquent, je saurai à l'avenir éviter de prendre ce genre d'initiatives sans vous consulter.
— Merci…

Sur ces dernières paroles, le vieil homme quitta la pièce, soulagé d'avoir apaisé les tensions.
Il restait cependant encore dubitatif face à l'attitude inattendue de Folken, d'ordinaire si calme et posé.

Ce dernier resta un long moment à méditer. Au fond de lui, le Prince commençait à regretter la décision qu'il venait de prendre.
Folken n'arrivait pas à définir pourquoi, mais quand il pensait à Yiris, il ne pouvait s'empêcher de sourire.

OoO

Quand le Prince entra dans la chambre de son épouse, la jeune femme dormait. Il constata qu'on lui avait libéré le bras gauche de l'écharpe, mais les autres plâtres demeuraient.

Longtemps, en silence, il la regarda. Elle ne faisait pas ses quarante ans, elle avait juste quelques petites pattes d'oies au coin des yeux et quelques fines mèches blanches éparses récemment apparues se fondaient encore bien dans sa chevelure blonde désormais bien courte.

Abaissant son regard, il se souvint de la gravité de ses blessures, de son bassin brisé. Luyren n'avait pas tort sur un point, s'il succédait effectivement à son frère, ce serait un miracle si Yiris arrivait à lui donner un enfant, sans parler de ce qu'elle voulait, elle.

Au bout d'un moment, la générale émergea et commença à dodeliner de la tête pour se tourner vers Folken.
Lentement, les yeux verts s'ouvrirent et en voyant le Prince, elle sourit.

— Je vous attendais.
— Alors c'était bien toi hier ?
— Oui, j'ai senti que ça n'allait pas, alors, je suis intervenue.
— Comment as-tu pu ressentir cela ?
— Quand on pratique une scellée d'âme, on crée un lien particulier avec la personne. Je présume que cela, Maya n'a pas dû vous le dire, pour la bonne raison qu'elle ne le sait pas, je ne lui en ai pas parlé.
— Je comprends… Mais dis-moi, sais-tu ce qui m'est arrivé ?
— Mon Maître m'a expliqué longuement le processus de scellée d'âme. Et un des effets secondaires est l'état de flottement. C'est un état où l'âme se détache un peu du corps et perçoit les autres âmes qui errent en quête de paix. J'ignore par quelle magie vous avez été ressuscité.
Personnellement, il m'est déjà arrivé de me sentir partir à nouveau et de voir des choses étranges, des bouts de mon passé et des choses impossibles à définir, dont des fantômes qui suppliaient. Avec le temps, ça ne m'arrive presque plus. Le Maître disait que dans mon cas, c'était mon corps et mon esprit qui s'étaient habitués à la scellée. Dans votre cas, je crois que je suis un peu responsable de ce qu'il s'est passé.
— Je me suis effectivement senti mourir, j'ai vu les âmes errantes… Mais je ne vois pas en quoi tu serais à l'origine de cela ?
— En fait, j'ai plusieurs raisons de penser que ma scellée n'est pas parfaite. Premièrement, j'ai pratiqué le geste en n'étant pas totalement une fausse-personne et, deuxièmement, j'ai négligé un aspect qui, aux dires de mon Maître, était important pour éviter l'état de flottement, je n'ai pas fait de totem pour vous.
— Un totem ?
— Un corps ayant perdu l'âme a par la suite des difficultés à la retenir. La scellée maintient l'esprit dans l'enveloppe charnelle, cependant il est plus sensible aux tourments des âmes perdues. Cela dit, mon Maître m'a expliqué que l'on pouvait aussi créer une autre scellée, un leurre qui attire les esprits en flottement autour de la personne concernée et la préserve.
— Et tu possèdes cela ?

Yiris leva son bras, tenant fièrement son bâton. Folken sourit en voyant ce qui était somme toute une évidence.

— Voici mon totem. Les formules inscrites l'ont été avec mon sang mélangé à celui de mon Maître.
— Et donc, c'est sa proximité qui te préserve ?
— A en croire Lig Viete, cela ne joue pas vraiment, j'aurais aussi pu avoir cela sur une pierre dans un coin, l'avantage, c'est que je veille sur l'état de ma formule et la magie utilisée a créé… comment dire… une symbiose entre moi et mon arme…
— Je comprends, mais que peux-tu faire dans mon cas ?
— Approchez, venez vous mettre près de moi, du côté de la fenêtre.

Folken s'exécuta et contourna le lit pour aller s'asseoir sur le bord opposé à la porte.
Le regard de la générale se porta immédiatement sur son fourreau.

— Vous avez votre vieille épée cassée à ce que je vois… Vous devriez la faire réparer…
— Tu n'as pas tort… Depuis que tu me l'as rendue, je la garde avec moi… Je ne sais pas pourquoi, je bloque dessus…
— Vous êtes vivant, alors rendez-lui la vie à elle aussi ! Dit la militaire en souriant.
— Tu as raison…

La jeune femme tendit la main vers le Prince.

— Bon, revenons à nos moutons, entaillez-vous le doigt avec la lame.

Un peu étonné, Folken s'exécuta. Quand elle vit le sang commencer à apparaître, Yiris lui tendit son bras valide.

— Coupez-moi aussi le doigt.

Toujours aussi surpris, il n'osa pas agir, se contentant de tendre un peu la lame.
Cela suffit à la jeune femme qui entailla son index gauche avant de le frotter sur celui de son mari.

Utilisant les sangs ainsi mélangés, elle commença à inscrire des caractères sur son bâton qu'elle maintenait en équilibre précaire de sa main plâtrée.

Folken observait sans un mot, Yiris semblait visiblement très concentrée dans sa tâche. En l'accomplissant, elle murmurait des incantations presque inaudibles.

Quand elle eu terminé, le Prince ressentit une légère brulure à la poitrine, il remarqua que la jeune femme avait eu la même sensation.

Pas plus dérangée que ça, Yiris se lécha le doigt pour stopper le saignement.
Folken réalisa qu'il n'avait rien fait de son côté, le sang avait coulé le long de sa main.

— Prenez un de vieux chiffons sur la table de nuit… Soupira Yiris. Et passez m'en un au passage !

Sans réfléchir, il s'exécuta. La générale tournait son bâton, apparemment, elle était satisfaite du résultat.

— Voilà, c'est fait ! Je vous ai associé dans la formule de mon bâton, je ne dis pas que ce sera miraculeux, mais c'est ce que je peux faire de mieux. Enfin, soit cela aura un effet, soit ce sera simplement le temps qui consolidera la scellée, soit je me trompe et la cause est autre, peut-être liée à votre résurrection…
— Merci…
— De rien, je dois assurer la garantie de mon travail ! Répondit la jeune femme en souriant.

L'air joyeux céda vite la place à une expression plus sérieuse.

— Luyren est venu me voir ce matin. Il m'a demandé mes conditions pour accepter la dissolution de notre mariage…
— Je venais de l'apprendre avant de venir te voir, je n'étais pas au courant, je suis désolé…
— Vous n'avez pas à l'être. Luyren a raison… Il agit de façon prévoyante. Soyez réaliste, soupira Yiris, je ne suis pas du tout une épouse convenable. Mes antécédents sont douteux, j'ai eu de graves blessures au ventre, et ce ne sont pas mes quarante ans qui font de moi la candidate idéale pour donner un héritier à Fanelia, sans parler du fait qu'après tout, ce mariage était en désespoir de cause… Et puis moi… avec un enfant… pauvre petit…

Elle avait voulu rire, mais Folken sentit que ce n'était pas sincère. Spontanément, il lui caressa la joue et l'incita par ce geste à le regarder droit dans les yeux.
Ils s'observèrent ainsi quelques instants.

Ce petit moment de flottement fut interrompu par Hylden, qui prit soin de se montrer le plus bruyant possible.
Après avoir écouté à la porte, il frappa et entra sans attendre de réponse.
Cette nouvelle intervention pour le moins désagréable énerva Le Prince, mais là encore, il prit sur lui et salua Yiris avant de quitter les lieux.
Il n'eut en revanche aucune parole pour le général.

Sceptique après le moment qu'elle venait de passer, la jeune femme resta quelques secondes hébétée avant de s'adresser à son collègue.

— Que me vaut l'honneur de recevoir la visite du médecin-chef de l'armée ?
— Je viens voir l'état de tes fractures…
— Tu vas m'enlever mes plâtres ? Demanda Yiris, curieuse.
— Oui, mais pour t'en remettre de nouveaux ensuite. Je t'avais dit un mois d'immobilisation, il te reste encore trois semaines.
— J'aurais essayé… Dit-elle avec une grimace ironique.

Hylden commença par la fracture du poignet. Une fois libérée de son plâtre, l'articulation apparut étonnement souple.
Il fit faire quelques mouvements à Yiris, elle ne montra aucun signe de gêne.
La rapidité de rétablissement de la luxation de l'épaule de la générale l'avait déjà surpris, il avait mis cela sur le compte d'un diagnostic erroné, le déboitement devait être moindre que ce qu'il avait estimé, mais là…

La scène de la régénération par le sang de fausse-personne lui revint. Sans doute en plus d'avoir soigné la lésion mortelle, l'étrange magie avait-elle aidé les autres plaies à cicatriser, sans compter qu'apparemment la simple appartenance à cette espèce semblait offrir une capacité de régénération étonnante.
Ne sachant trop quoi penser, Hylden décida de ne pas replâtrer et de poser une bande de contention, ce qui interloqua Yiris.

— Tu me libères alors ?
— En partie… Tu as bien cicatrisé, cependant je te laisse une bande au cas où. Quoiqu'il en soit, ne force pas, on réévaluera la situation la semaine prochaine…
— Voilà qui me plaît ! Déclara la jeune femme avec entrain. Je vais pouvoir enfin manger seule ! Autonomie chérie ! Manque plus que je m'asseye.
— On va voir ça…

Doucement, assis auprès d'elle, Hylden souleva le drap découvrant une Yiris vêtu d'un de ces petits déshabillés noirs habituels.
Un peu hésitant, il défit le nœud de côté qui fermait le cache-cœur et ouvrit celui-ci. Aux nombreux pansements présents sur la peau, s'ajoutait, au-dessus de la culotte noire, une large contention de toile bloquant le bassin afin d'aider la reformation de cartilage au niveau de la symphyse.

Evitant le regard de la jeune femme, le médecin sectionna la bande de tissu. La culotte était roulée très bas faute de pouvoir l'enfiler plus haut.
Sans y toucher, il constata qu'au niveau de la jointure des os, il ne restait qu'un léger hématome. Lors de l'opération, il avait remarqué ce qu'il avait soupçonné être une fracture sur le flanc droit, il n'en restait aucune trace.

Toujours la tête penchée sur son travail, il appuya doucement sur le bas-ventre et le flanc. Aucune réaction de contracture, aucun soubresaut. L'enfoncement était resté, mais ne semblait pas douloureux.
A nouveau perplexe face à ses constatations, il se tourna vers Yiris, qui avait un peu rosi des joues.

— Tu veux essayer de t'asseoir ?
— Evidemment que oui !

Hylden retira ce qui restait de la contention, remonta doucement la culotte par les côtés et referma le déshabillé.
Puis, il passa son bras sous le dos de la jeune femme posant sa main sur la taille du côté opposé au sien et commença doucement à la soulever.

— N'oublie pas, ne t'appuies pas sur ta main droite. Et si jamais tu as mal, tu le dis et on arrête, inutile de brusquer les choses.
— D'accord ! Acquiesça la général, concentrée sur son objectif.

Il la soutint, et à son immense surprise, elle réussit à s'asseoir, esquissant juste une grimace.

— Des douleurs ?
— Oui, mais plutôt dans le bas du dos, je suis rouillée…
— Et ton bassin ?
— Honnêtement, je suis gênée, je ne resterai pas longtemps dans cette position, même si ça reste largement supportable.
— Alors, n'insiste pas, tes progrès sont déjà phénoménaux.

Tout aussi délicatement qu'il l'avait relevée, il l'aida à se rallonger, mais elle souhaita rester semi-assise.

La position pratiquement à plat, juste la tête soutenue par un oreiller lui était désormais insupportable.

— Alors, je suis forte ? Commenta-t-elle satisfaite.
— Oui, je n'avais jamais vu ça…
— Tu n'as jamais soigné de fausse-personne…

La remarque embarrassa un peu Hylden, ce point le déstabilisait décidemment toujours, il se demandait si un jour, il s'y ferait.

Faute de cela, il préféra regarder Yiris en l'ignorant.

La jeune femme le sentit et changea de sujet.

— Et mes jambes ? Tu ne me délivres pas ?
— Tes plâtres sont bien et ne te démangent pas ?
— Non…
— Dans ces cas-là, finalement, on attendra encore quelques jours. Les fractures des jambes sont plus délicates car tu vas reposer tout ton poids dessus. Ton bassin avait juste un cartilage brisé et une fêlure, mais là, c'est beaucoup plus sérieux, aussi mieux vaut être sûr que les os soient bien consolidés.

Un peu vexée, la générale grogna. Hylden se sentit obligé de négocier, de peur qu'elle ne tente quelque excentricité une fois seule.

— Ecoute, tu gardes tes plâtres encore une semaine, cela te laissera le temps de travailler pour t'asseoir. Si quand je les enlève, l'état des os est correct, tu garderas juste des bandes de contention et…
— Quand est-ce que je me mets debout ?
— Soit patiente… Normalement, j'impose un mois de plâtre minimum pour ce type de blessures. Toi, tu as eu plusieurs fractures ouvertes déplacées, et tu as un tibia en morceaux, cela nécessite une immobilisation encore plus longue, parfois trois, voire quatre mois…
— Honnêtement, tu t'attendais à me voir m'asseoir aujourd'hui ?

Le médecin soupira, sa patiente était difficile à convaincre.

— Non, mais ce serait dommage de gâcher tes progrès en voulant aller trop vite. Tu te rends toi-même compte de tes limites, la position assise est encore difficile, alors se tenir debout…
Même si tu bats des records du fait de ta… nature, tu as en encore pour des mois. Je ne vais pas te mentir, j'ai vu de multiples fractures de membres inférieurs, les gars n'ont jamais plus marcher qu'avec des béquilles même après des mois de plâtre et de rééducation, donc si tu arrives à marcher sans appui d'ici quelques semaines, ce sera le miracle !

Yiris leva la tête pour regarder le plafond. Elle était dépitée.

— Soit, on fait comme tu as dit !
— Je suis content que tu sois redevenue raisonnable.

Hylden pris la main de la jeune femme, elle se tourna vers lui. Il avait un étrange air doux, prise au dépourvu, elle lui offrit juste un sourire embarrassé.
Quand il fut parti, la générale observa à nouveau le plafond, elle devait se rendre à l'évidence, plus rien ne serait comme avant et il allait falloir aviser…