Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Publié pour la première fois le 15 mai 2012

Chapitre 33

Nouveaux arrivants

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

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Un peu plus de trois semaines après la tragédie qui avait laissé le pays sans Roi, un événement sortit Fanelia de sa léthargie : Ezgas, le fils de Mayek venait prendre ses fonctions.

Agé d'une trentaine d'années, il était blond aux yeux bleus, chose peu commune dans le pays, mais physiquement aucun doute sur la filiation.
A voir approcher sa silhouette, certains crurent voir le général défunt, tout juste était-il un peu plus grand.

Détail amusant, il était venu en famille. Son épouse, Amalia, était une jolie brune souriante, et il avait deux fils d'environ sept et dix ans.
Le grand, Hacham, était blond comme son père, le petit, Enes, brun comme sa mère avec des petites lunettes rondes.

A observer le chahut des garçons, Hitomi était très amusée. Elle avait fait remarquer à Merle que ces deux-là s'entendraient bien avec les enfants de Millerna et d'Allen.

Cependant, si la femme était souriante et les fils joyeux, le père était très rigide. A ce titre, lors de l'arrivée du nouveau général, Meinmet chuchota à Folken, lui aussi perplexe :

— Tu crois qu'il a les muscles du visage qu'il faut pour sourire ?

Luyren avait aussi été étonné par le sérieux du jeune homme. L'ambiance promettait de ne pas être à la fête pour le premier Conseil avec le nouveau général.

Dans l'impossibilité d'assister même par la fenêtre à la cérémonie d'accueil, Yiris se faisait commenter chaque détail par Yrkas qui suivait les faits.
Les premières impressions ne la rassuraient pas. Elle, qui ne s'entendait pas avec Mayek, n'allait certainement pas non plus devenir copine avec son fils…

Les opinions de chacun furent confortées par la première séance du Conseil. Les deux anciens généraux, le nouveau et Haymlar siégeaient aux côtés des deux Princes.
L'atmosphère était aussi tendue que prévue, Luyren présidait la séance et fut donc le premier à prendre la parole.

— Bien, vous voici tous réunis, nous formerons donc le Conseil de transition de Fanelia et serons chargés d'assurer le gouvernement du pays en attendant le couronnement du nouveau Roi.
— Il me semble que nous ne sommes pas au complet. Fit Ezgas. Il nous manque un général et nous devons nous contenter de son second. Enfin, déjà que c'est une femme…

La remarque eut le mérite de planter le personnage en jetant un certain froid. Hylden fut le premier à prendre la défense de son amie.

— Yiris est une militaire chevronnée, lourdement blessée au combat. Même avec toute la bonne volonté du monde, elle est dans l'incapacité de se lever.
Quand à Haymlar, son second, c'est un homme intelligent et expérimenté qui a toute la confiance de sa supérieur et la nôtre !
— Si vous le dites… Soupira le fils de Mayek, nullement déstabilisé.

Luyren sentit qu'il était de bon ton de poursuivre avant que d'autres, à commencer par Meinmet qui bouillait, ne viennent en rajouter à la tension présente.

— Sur le plan de la gestion quotidienne, nous avons maintenant un fonctionnement rodé. Le Prince Folken gère tout l'administratif courant. Quand à moi, je m'occupe de l'armée.
Après les lourdes pertes de la bataille de la forêt des brumes, il est évident que la remise en état de celle-ci va constituer un lourd chantier pour lequel j'aurai besoin d'aide.
Pour ce qui est de la question de la succession, j'ai énormément avancé sur ce point. Monseigneur Meinmet a cédé sa place dans l'ordre et Mademoiselle Hitomi ne souhaite pas que son enfant devienne l'héritier. Par…
— Vous laissez une femme décider ? Interrompit le nouveau général.

Là encore, les propos jetèrent de l'huile sur le feu. Essayant de garder un minimum de calme, ce fut Folken qui répondit.

— Ici, nous respectons tous mon frère. Et celui-ci tenait particulièrement à sa compagne et la laissait libre de ses choix.
En mémoire de Van, nous devons respecter ses principes, donc il est totalement normal que nous ayons laissé la mère de son enfant à venir prendre sa propre décision !
— Je ne suis pas étonné que vous disiez cela… Après tout, c'est à vous que ce choix va profiter… Souligna Ezgas, ironique.

Trop, c'était trop ! N'en pouvant plus, Meinmet sortit de sa réserve en fanfare.

— Bon sang, jeunot, vous n'avez pas fini de vous payer notre tête avec vos remarques à la manque ! Vous n'avez aucun respect pour les femmes, et même aucun pour les morts !
Pour qui vous prenez vous ? Vous débarquez comme ça et vous pensez que l'on va tous s'aligner sur vos idées !

L'intéressé fut assez surpris par la réaction du vieux Prince mais n'en montra rien.

Observant brièvement l'assemblée, il sentit une majorité de regards mécontents, seul le Grand Prêtre semblait satisfait de voir enfin quelqu'un bousculer les choses.

— Bien, reprit Luyren, profitant de l'accalmie, c'est en effet le Prince Folken qui est notre plus probable héritier.
Suite à l'échec de sa chasse au Dragon, il était sorti de la succession royale, sans parler de sa… disparition…
L'étude des textes m'a permis de trouver une solution pour le réintégrer à la lignée. En fait, il suffit juste à ce Conseil provisoire de voter la résolution à la majorité…
— Et il deviendra Roi ? C'est vrai que le Seigneur Van a aboli la chasse au Dragon… Plus de prestige et de bravoure, il suffit d'avoir le bon sang dans les veines, enfin… Soupira Ezgas conscient que de toute façon toute opposition était vaine.
— Pas immédiatement, il sera juste réintégré en tant que Prince héritier et prendra donc la direction de ce Conseil.
Pour un couronnement, la procédure est plus complexe. Comme le corps du Roi n'a pas été retrouvé, nous devons respecter un délai de six lunes à compter de sa disparition avant de nommer définitivement le successeur…
— Soit… Fit le nouveau général. Il serait fort intelligent de mettre à profit ce délai pour régler le problème de la succession de façon durable en trouvant une épouse décente à notre futur Roi…

Encore une pique, concernant Yiris, Folken préféra ne pas répondre, Meinmet se retint encore de bondir.
Luyren dû donc éclaircir la situation.

— Sur ce point, une procédure est en cours…
— Il faut autant de temps que ça pour répudier une moitié de femme? S'étonna le fils de Mayek.

Plutôt que de dire le fond de sa pensée, Folken préféra quitter la table sans un mot, Meinmet lui emboîta le pas, suivi de Hylden.

Après ce départ, Luyren avait envie d'expliquer plus en détail la situation à son homologue et lui faire comprendre la complexité du cas de Yiris.
Cependant, avant même qu'il n'ait pu entamer la moindre conciliation, Ezgas quitta lui aussi la pièce…

L'avenir s'annonçait plein de tempêtes. Une certaine nostalgie s'empara du vétéran. Il revoyait la pièce il y a encore quelques temps.
Mayek s'emportant, Yiris en rajoutant, Hylden et lui tentant de maintenir le calme et le Roi assis en bout de table en train de soupirer, c'était son quotidien…

Veuf depuis bien des années, il avait apprécié ses dix dernières années au service du Roi. L'ambiance à Fanelia était bien différente de celle de son village dont il avait assuré la gestion pendant longtemps tandis que c'était son aîné qui occupait le poste de général.

Au début, l'attitude fantasque de certains, notamment celle de ses collègues l'avait stupéfait, mais au fil du temps, il s'était adapté.

L'idée d'une femme générale l'avait sidéré, cependant Yiris, tout aussi folle soit-elle, était un bon soldat qui aimait son métier et s'y appliquait.
Quand à Mayek, c'était un ami. Lors de leurs jours de congés, les deux hommes passaient des heures à discuter du bon vieux temps.

Enfin, l'heure n'était pas à la nostalgie, Luyren devait encore une fois agir pour le bien de son pays. Nul doute qu'il lui faudrait user de toute sa diplomatie pour réunir les protagonistes de l'incident du Conseil.
Le caractère très tranché d'Ezgas allait probablement être à l'origine de nouvelles tensions et la tendance à l'emportement du Prince Meinmet n'aiderait pas…

OoO

De son lit, Yiris entendit parler du nouveau rapport de force avec une certaine stupéfaction.
Si la contre-attaque des religieux ne la surprenait pas plus que ça, elle s'attendait à ce que le fils de Mayek ne l'aime pas, mais peut-être pas à ce point…

Cela dit, son étonnement fut encore plus grand quand un matin, Hitomi vint lui rendre visite.

Se retrouver face à la fiancée du Roi, après ce qui s'était passé, elle ne l'avait jamais envisagé. Prise au dépourvu, elle se contenta d'une politesse de circonstance.

— Je vous en prie, Mademoiselle Hitomi, asseyez-vous. Dit-elle en désignant une chaise proche du lit.

L'air totalement neutre, la jeune femme s'exécuta. De ses grands yeux verts, elle regardait fixement la blessée.
Le silence dura un long moment avant que la future maman ne prenne la parole.

— Franchement, que s'est-il passé ?

La générale soupira et commença son récit. Elle avait raconté cette histoire de dizaines de fois, et cela devenait de plus en plus difficile.
Hitomi, impassible, écouta sans dire un mot. Ce ne fut que quand Yiris eu terminé qu'elle reprit la parole.

— Avant que vous perdiez le contact, il vous a dit quelque chose de particulier ?
— Et bien… Fit la générale, étonnée. Oui, il a dit que… son grand regret serait de partir en vous laissant seule et sans avoir connu son enfant… Vous savez, il vous aimait… à la folie… Je n'ai pas su le protéger, je n'ai rien pu faire… Je suis désolée, tellement désolée… Je vous en supplie, pardonnez mon incompétence…

Après avoir prononcé ces paroles, Yiris eut énormément de mal à ne pas éclater en sanglots.
C'était trop d'émotion pour elle, sa culpabilité était plus que jamais présente.

La jeune femme de la Lune des Illusions perçut la sincérité du propos. Aussi, elle s'adoucit.

— Vous n'êtes pas responsable, vous avez voulu l'aider… Et pour cela, je vous remercie. J'ai juste une dernière question, pensez-vous qu'il soit encore vivant ?
— Ce n'est qu'un avis, un sentiment personnel, malgré tout, je pense que oui… Mais où et dans quel état, je l'ignore…
— Soit… Merci à vous d'avoir accepté de me parler.
— Je ne veux pas vous donner de faux espoirs. Je…
— C'est ce que pense la dernière personne qui a vu Van que je veux savoir, ne vous en faites pas pour moi. Prenez plutôt soin de vous.

Hitomi se leva, elle s'apprêtait à ouvrir la porte, mais se retourna une dernière fois vers Yiris.

— Lors de funérailles de Folken, je me souviens vaguement vous avoir entre-aperçue dans la foule… Objectivement, au premier coup d'œil, j'ai cru que vous étiez un adolescent.
Maintenant, je sais qui vous êtes, et je dois dire que je suis impressionnée par tout ce que vous avez fait en venant du même monde que moi… Je n'aurais pas été capable d'en faire la moitié… et encore… Je vous souhaite un bon rétablissement.

Et elle s'en alla comme elle était venue, laissant Yiris dubitative.

Après quelques pas dans le couloir, Hitomi s'isola dans un coin pour pleurer. Le doute devenait de plus en plus difficile à supporter.
La conviction de Yiris rejoignait la sienne, mais tout comme elle, aucune piste en tête.

Plus le temps passait, plus elle se sentait isolée. Impossible de discuter avec Merle, elle la sentait dans la totale négation de la réalité, quand à Folken, il travaillait du coucher au lever du soleil…
Et puis, à quoi bon exprimer son sentiment profond. Avec un seul sentiment, on ne fait pas de miracle…

Espérer vainement en devenait épuisant… Et utiliser ses pouvoirs n'était pas envisageable.

Si jamais elle avait gardé la capacité d'influencer les choses comme autrefois, toute angoisse pouvait finir par se concrétiser ; les esprits de sa grand-mère et de Varie, la mère de Van et Folken, l'avaient prévenue.

Se sachant dans l'impossibilité de n'avoir que des pensées positives, elle préférait ne rien faire plutôt que de commettre une erreur.

OoO

Cela faisait quelques jours que Yiris avait remarqué le manège, mais elle faisait comme si de rien n'était.
Par le passage devant la fenêtre, deux petites têtes l'espionnaient.

D'après la description qu'elle en avait eu, c'était à coup sûr les gamins d'Ezgas. Elle se demandait ce qu'ils pouvaient bien lui vouloir, surtout sachant l'hostilité que leur père lui portait.

Finalement, un jour, le plus grand finit par oser laisser dépasser ses yeux du cadre de la fenêtre et s'adresser à la blessée, toujours clouée au lit, même si elle n'était plus plâtrée.

— Dites Madame, si on vous demande quelque chose, vous n'irez pas le répéter ?
— Je ne suis pas allé cafter que vous m'espionniez, alors vous pouvez parler…
— Ah, vous nous avez vu ? Demanda le petit qui montra sa frimousse en se mettant sur la pointe des pieds.
— Oui, vous n'êtes pas discrets ! J'entends vos petits pas du bout du bâtiment et vous n'arrêtez pas de chuchoter.
— Ah ? Dirent les deux frères en chœur.
— Bon, vous me connaissez apparemment. Et moi, je suppose que vous êtes les fils d'Ezgas, vrai ?
— Oui, Madame ! Fit le grand. Moi, c'est Hacham et mon frère s'appelle Enes.
— Enchantée, moi, c'est donc Yiris. Que me vaut l'honneur de votre visite ?
— Ben, en fait, fit le petit brun dont le nez, couronné des lunettes, dépassait à peine de la fenêtre, on a appris que vous vous y connaissiez en bâton, et on aurait besoin de votre aide pour en réparer un.
— Réparer un bâton ?

L'aîné se pencha pour ramasser quelque chose. Il se redressa et montra une lance dont une partie de la tige était enroulée dans une bande de contention.

— C'est un trésor de famille, la lance d'un de nos ancêtres. Expliqua Hacham. Après le déménagement, Père n'a pas eu le temps de la ranger et avec mon frère, on a voulu jouer et …
— Et vous l'avez cassée… Déduit facilement Yiris.
— C'est ça ! Répondirent les petits. Pour le moment, Père, n'a rien vu, mais s'il s'en aperçoit…

La générale soupira, elle se demandait sérieusement comment ces gamins avaient atterri là.
Enfin, ils étaient plutôt sympathiques…

— Et je présume donc que comme j'ai un bâton, vous en avez déduit que je pouvais vous réparer ça ?
— Exactement ! Fit Enes en hochant la tête. Et comme on sait que vous ne ferez pas ça gratuitement, nous vous proposons un marché !
— Un marché ? Qu'est-ce que deux gamins à peine de sortis de la jupe de leur mère peuvent me proposer ? Demanda Yiris, très perplexe.
— On s'est renseigné et on vous observe depuis plusieurs jours. Vous êtes le réparateur idéal, vous vous y connaissez en bâton et nous avons découvert votre secret ! Reprit l'aîné.
— Mon secret ?

Pour le coup, la jeune femme était inquiète. Qu'est-ce que ces espions miniatures avaient bien pu découvrir ?
Les frères sentaient qu'ils avaient frappé où il fallait. En dépit de leur jeune âge, ils étaient particulièrement malins.

— En fait, continua le blondinet, on a vu que vous vous contentiez de feuilleter les livres que l'on vous apportait.
— Je ne les trouve juste pas intéressants ! Rétorqua Yiris.
— C'est probable quand vous les commencez par la fin ! Asséna le brun à lunettes.

La générale se figea, le sourire du petit était évocateur, le grand affichait la même mimique satisfaite, ils avaient gagné.

Depuis qu'elle était arrivée sur Gaea, Yiris n'avait jamais eu l'occasion d'apprendre à lire le langage courant.

Son maître ne lui avait enseigné que des signes de magies des fausses-personnes servant aux incantations et honnêtement, elle se demandait si lui-même savait vraiment lire car elle ne l'avait jamais vu avec un ouvrage ou écrire quoique ce soit.

A Irini, cela ne lui avait jamais posé de problèmes, c'est une fois devenue générale qu'elle eut les premiers ennuis.
Sa solution, déléguer les tâches administratives. Avec le temps, elle avait saisi certains signes en rapport avec son métier, mais c'était pire que rudimentaire.
La situation lui apparaissant particulièrement honteuse, elle n'avait jamais osé demander de l'aide.
Ce que venait de découvrir les enfants risquait de se transformer en bombe qui allait lui exploser en pleine figure…

— J'ai compris l'accord, je répare votre lance, et vous m'apprenez à lire ?

Deux hochements de tête positifs confirmèrent ses propos.

— OK, je peux faire ça. Et votre marché me va, il faudra juste que vous vous montriez discrets. Et puis, je ne dis pas un mot sur votre lance cassée…
— Rassurez-vous, interrompit le grand, votre secret sera bien gardé !

Se faire piéger par des gosses, c'était peut-être ça la vraie honte pour Yiris. Mais bon, il fallait savoir s'adapter, l'ennemi peut revêtir tellement de formes inattendues…

— Bon, amenez-moi votre truc que je vois votre bêtise de près !

Hacham sauta le premier pour rentrer, Enes lui passa la lance. Puis de façon acrobatique, le grand tira son cadet à l'intérieur.
Un moment, la générale craignit qu'ils ne finissent tous les deux par s'étaler sur le sol et donc que le pot aux roses soit découvert par une infirmière, mais finalement, tout se passa bien.
Les enfants s'approchèrent de la jeune femme et lui tendirent leur bien précieux.

Soigneusement, Yiris dénoua la bande de contention pour constater l'ampleur des dégâts. Le bois était fêlé sur une dizaine de centimètres, même un peu déchiré.

Au quotidien, la générale avait l'habitude de mettre de la résine dans les coups de lame que se prenait son bâton, mais là, les dégâts étaient assez conséquents.

A vue de nez, cela lui semblait dur à réparer, cependant étant donné que la lance était juste un objet de décoration, il n'y avait pas besoin que le résultat que ce soit exceptionnellement solide.
Bref, c'était possible…

— Bon, je vais pouvoir vous arranger ça, mais il va me falloir de la résine, du papier à poncer, une lime et un couteau bien tranchant !
— Euh, on n'a pas ça avec nous ! Fit remarquer Hacham.
— Vu que vous menez vos petites enquêtes, vous devez avoir entendu parler d'un certain Meinmet ? Je vais vous expliquer comment aller chiper le nécessaire dans son atelier, ni vu, ni connu.
— Décidément, vous êtes vraiment bizarre, Madame, ça ne se fait pas d'apprendre à voler.
— Parce que ça se fait d'espionner les gens et de les faire chanter ?

Les petits ne trouvèrent rien à répondre. Yiris leur expliqua ce dont elle avait besoin et surtout où le trouver dans l'atelier de Meinmet.
Enes, qui avait avec lui un crayon et un carnet, notait tout de façon frénétique.
Vu son jeune âge contrastant avec son sérieux, la général comprenait mieux pourquoi les gamins avaient tiqué son illettrisme.

Au terme du discours, les enfants la remercièrent avant de sauter par la fenêtre pour partir en quête de ce dont ils avaient besoin.
Yiris ne put s'empêcher de sourire. S'il y avait bien une chose à laquelle elle ne s'attendait pas, c'était ça.
Non seulement, sa journée s'en trouvait égayée, mais, en plus, il y avait là une opportunité inespérée de résoudre son problème de lecture.

OoO

Depuis Asturia, Allen suivait attentivement les évolutions politiques de Fanelia. Du temps des Rois Grava et Goau, il y avait eu plusieurs périodes de tension à la frontière.
Le chevalier était fort perplexe face à la probable arrivée au Trône de Folken.
Au delà de l'inévitable question face à sa résurrection mystérieuse, la personnalité ambigüe du jeune homme le laissait dubitatif.

Du temps où il avait vécu à Palas, il avait su parfaitement retourner la situation à son avantage. Allen y avait vu un talent inné pour la manipulation.

Il avait tenté d'en parler à Van, malgré tout celui-ci lui avait clairement dit qu'il ne voulait strictement rien entendre au sujet de son frère.
D'ailleurs, pendant les mois qu'il avait passé en Asturia, le cadet n'avait jamais adressé la parole à son aîné.
Dryden, lui, appréciait d'avoir à faire à un esprit brillant et cultivé et s'intéressait davantage aux connaissances accumulées qu'à l'aspect politique.

Bref, à l'époque, le chevalier avait dû garder ses opinions pour lui, mais maintenant qu'il était devenu le principal conseiller de la Reine, il espérait se faire entendre.
Ceci dit, le contexte n'était finalement pas non plus en sa faveur. Millerna lui avait clairement dit qu'elle estimait qu'il se torturait l'esprit pour rien.

Il faut dire que la Souveraine avait son propre relais d'information sur place en la personne d'Hitomi.
Maintenant que la jeune femme de la Lune des Illusions maîtrisait la langue de son monde d'adoption de façon correcte, elle correspondait régulièrement avec la Souveraine.

La soirée était fraîche. Le chevalier observait le ciel derrière les vitres de la chambre de sa compagne, justement assise à son secrétaire en train de répondre à son amie.

— Franchement Allen, tu te tourmentes pour rien…
— Et toi, tu ne te préoccupes pas assez de la situation ! Rétorqua l'intéressé.
— Tu oublies le respect que tu dois à ta Reine… Soupira-t-elle, ironique. A croire que parce que la situation est calme, tu cherches une raison de t'inquiéter comme si c'était un besoin.
— Allons, tu sais très bien que j'ai d'autres problèmes à gérer. Celena m'a causé énormément de tracas ces temps-ci.
Souviens-toi qui pendant que j'étais sur le front, elle a disparu une semaine avant de réapparaître, sans aucun souvenir de son absence. Et, à écouter Gaddes, certains soirs, elle ne se rappelle pas de ce qu'elle a fait la journée.

La Souveraine se leva et vint s'appuyer contre le chevalier.

— Tu sais très bien qu'elle a toujours été instable, surtout sachant ce qu'elle a subi. Ayant des connaissances médicales, je sais combien son état est instable et comprends ton angoisse, mais tu ne peux pas l'enfermer dans un bocal…
— Oui, je sais que tu as raison…
— Eh bien, j'ai aussi raison pour Fanelia ! J'ai échangé avec Hitomi à ce sujet, elle dit de Folken que c'est quelqu'un de droit et sérieux, soucieux du bien de son pays et du fait de racheter ses erreurs du passé. Il fera un bon Roi !

Allen soupira, il connaissait Millerna, impossible de la faire changer d'avis quand elle avait pris une question à cœur.

Abandonnant le combat, il se tourna vers la jeune femme, saisit sa main et la porta à ses lèvres dans un baisemain peu conventionnel car emprunt d'une évidente tendresse.