Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]

Publié pour la première fois le 22 mai 2012

Chapitre 34

Retraite méritée

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

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Meinmet en était sûr, il avait été cambriolé ! Le problème était que tout le monde le croyait sénile quand il avait raconté avoir été victime d'un vol dans son atelier.

Histoire de ne pas se voir décrédibiliser, il avait renoncé à son enquête minutieuse, mais restait persuadé d'avoir constaté la disparition d'un pot de résine, d'une lime, de papier à poncer et d'un couteau.

Un indice trahissant l'intrusion l'assurait qu'il n'avait pas rêvé, sa table de travail avait été mise à feu et à sang…
A moins qu'il y ait eu un tremblement de terre, les choses ne tombaient pas toutes seules…

Comment pouvait-il se douter que ce larcin était l'œuvre de deux cambrioleurs précoces, mais apparemment, pas assez entraînés ?

OoO

— En tout cas, vous n'avez pas fait dans la discrétion, le vieux est dans tous ses états…
— Oui, ben, on a fait de notre mieux… Fit Hacham en secourant la tête vexée. On n'a pas vraiment les dispositions pour ça…
— Au lieu de nous sermonner, réessayez de lire la deuxième page, il vous manque la moitié des mots ! Asséna Enes avec son air sérieux.

Assise dans son lit, en train d'essayer de lire un livre pour enfants racontant l'histoire d'une petite fille qui cueillait des pommes bleues, Yiris était au plus bas dans l'échelle de la dignité.
Après avoir dûment réparé la précieuse lance, elle était à la merci de ses professeurs en herbe.
Chaque jour, pendant l'après-midi, les gamins venaient lui donner quelques leçons. Elle écoutait leurs explications d'une oreille, s'assurant de la seconde que personne ne passait dans le couloir.

A de nombreuses reprises, les petits s'étaient retrouvés cachés sous le lit et l'infâmant livre d'enfants, objet du cours, dissimulé sous l'oreiller.
A force, les efforts commençaient à porter leurs fruits. La générale connaissait désormais les caractères, elle avait juste des difficultés à déchiffrer les mots.

Pour l'écriture, ce n'était pas gagné. Elle avait passé des heures à essayer de gribouiller des signes, cependant, selon ses juges, c'était illisible. Au final, elle préférait écrire en grec juste parce que cela faisait des années qu'elle ne l'avait pas fait.

Hacham et Enes étaient intrigués par son écriture. Au final, ils lui avaient apporté un livre trouvé au bazar sur lequel ils avaient reconnu quelques uns des caractères qu'elle utilisait.
Venu de la Lune des Illusions comme parfois le font certains objets disparates, c'était un vulgaire programme télé américain de 2001, avec Shrek en couverture.

Yiris n'avait qu'un an d'anglais à son actif, et cela remontait loin, mais trop contente de tenir un livre qu'elle pouvait comprendre, elle se sentait assez à l'aise avec l'alphabet latin pour déchiffrer quelques bricoles.

Un détail lui avait plu, elle avait remarqué, dans les rediffusions d'obscures chaînes du câble, des images de films qu'elle avait beaucoup aimé, comme Grease.

Les frères furent étonnés de voir l'effet qu'avait eu leur cadeau. Même si elle ne le montrait pas vraiment, Yiris adorait les deux gamins. Quand ils lui avaient apporté cela, sans un mot, elle les avait simplement pris dans ses bras en ravalant un sanglot.
Heureusement que ces sales gosses étaient là, car à part eux…
Meinmet venait tous les jours, il racontait les derniers cancans pendant une heure maximum avant de repartir bricoler. Haymlar passait faire son rapport quotidien, ce qui prenait pas plus de dix minutes. Il y avait les visites de Hylden, mais là aussi, ça allait vite.

Ainsi, depuis le départ d'Yrkas, qui avait réussi finalement à se faire embaucher au bordel comme homme à tout faire malgré son bras en moins, Yiris était seule la plupart du temps. Les journées lui semblaient interminables.

Folken, elle ne l'avait pas revu depuis qu'il était venu lui parler de son malaise. Sans doute trop occupé ou mal à l'aise par rapport à la séparation inéluctable, il faisait juste passer des messages par son oncle et parfois quelques petits cadeaux comme des nouvelles feuilles de thés exotiques.
Les attentions étaient une chose, parler à quelqu'un était autre…

Son amie tenancière venait de temps en temps, lui apportait des gâteaux, cependant, elle était tellement démotivée qu'elle mettait des jours à les finir.
Au fil des semaines, elle avait perdu du poids car, bien que ne bougeant pas, elle ne mangeait presque rien.

L'amertume se lisait sur son visage. Il faut dire que son handicap lui pourrissait la vie. Deux mois s'étaient écoulés depuis le drame et elle ne pouvait toujours pas marcher.

Et pourtant, Hylden lui avait retiré ses plâtres depuis un moment pour les remplacer par des bandes, mais chaque effort de poussée avec ses pieds la faisait souffrir.
Déjà que s'asseoir était encore ponctuellement gênant…

Yiris réalisait que ses pouvoirs de régénération de fausse-personne avaient des limites. Elle espérait un rétablissement rapide, mais à son goût, ça traînait en longueur.
Bien qu'étant mieux lotie que le commun des mortels, elle savait que revenir à l'état antérieur serait long, très long et finalement incertain.
Aussi, avait-elle pris une décision, cependant, elle attendait de pouvoir faire quelques pas pour la mettre en œuvre.

OoO

Merle était très attentive, concentrée au possible, et enfin, elle sentit quelque chose.

— Un coup, là, je l'ai reconnu. Il a donné un coup !

C'était devenu le nouveau jeu, depuis trois jours, le bébé d'Hitomi commençait à donner de petits coups perceptibles.
D'abord, il avait gardé ses petits mouvements pour sa maman seule, mais là, il acceptait de répondre à une sollicitation extérieure. Enfin !
Il s'était fait désirer ! Merle devait avoir sa main posée sur le ventre de la future maman depuis presque une demi-heure…

— Ah, tu vois, je t'avais dit que ça valait la peine d'attendre !
— Oui, mais ce n'est pas flagrant, c'est plutôt une sorte de sensation de bulle qui explose qu'un coup…
— Tu sais, il est encore tout petit et ne pèse pas plus qu'une pelote de laine, il ne faut pas s'attendre à ce qu'il frappe fort. Je suis déjà étonnée de si bien le percevoir.
— Et il arrivera quand ?
— Pour la fin du printemps, j'ai du mal avec la notion du temps ici… Votre calendrier avec vos couleurs, vos innombrables lunes… Je comprends mieux certains aspects de décalages temporels avec la Terre… Il me semble que les années durent plus longtemps ici, je suis donc quelque part plus jeune que vous…
— Tu m'as dit que cela faisait dix ans chez toi aussi non ?
— Oui… mais pourtant, si on compte en jours, il me semble que ça fait beaucoup moins chez moi que chez vous… Je crois que je devrais arrêter de calculer, je vais attraper une migraine…
— Oui, si c'est pour te rendre malade, arrête-toi ! Et concernant le petit, on verra bien quand il viendra !

Merle avait dit cela en souriant. Hitomi ne le montrait pas, cependant, au cours de ses études de médecine, elle avait entendu parler des cas pathologiques.
Aussi, même en se raisonnant, elle ne pouvait s'empêcher de s'angoisser avec des hypothèses pessimistes.
Heureusement, pour prendre soin d'elle, Hylden lui avait présenté Gloria, une sage-femme d'une cinquantaine d'années à la verve intarissable et très sympathique. Elle avait discuté avec elle et cette dernière s'était voulue totalement rassurante, disant à la future maman qu'elle n'avait qu'à se laisser porter par les événements.

Toujours plus facile à dire qu'à faire…

Un instant, Hitomi s'évada dans ses pensées, elle songeait à Van. Qu'est-ce qu'il aurait pensé s'il avait senti ce petit mouvement de son enfant ? Il aurait sans doute sauté de joie, lui aurait parlé…

Et sa famille et de ses amis, comment réagiraient-il ? Et tout simplement, comment allaient-ils d'ailleurs ?
Passant beaucoup de temps seule, Hitomi avait plus de temps pour réfléchir. Contrairement à son premier voyage, elle se préoccupait davantage de ses proches restés sur Terre.

Là, elle se rendait compte de ce qu'elle avait leur avait infligé en disparaissant sans laisser de trace, mais paradoxalement, en rentrant, elle avait aussi fait souffrir quelqu'un… Van…

Et là maintenant, c'étaient ses parents et ses amis qui mouraient d'inquiétude. Comment allait sa mère ? Elle avait été très forte dix ans avant, serait-ce pareil là encore ? Et son père, comment avait-il réagi ?

Il y avait aussi Mamoru, Hitomi se souvenait que son frère était la dernière personne à lui avoir parlé avant qu'elle ne soit emportée sur Gaea. Pour lui, la situation devait être particulièrement délicate, on avait dû sans doute le harceler de questions…

Sans parler de Yukari et Amano, avec sa disparition à quelques jours de leur mariage, la jeune femme leur avait probablement gâché la fête sans le vouloir.

A bien y réfléchir, si Van ne revenait pas, Hitomi devrait s'interroger sur le fait de rentrer chez elle, cette fois pour de bon…

OoO

Se tenir debout, enfin… Hylden l'avait maintes fois promis, le grand jour était arrivé. Yiris n'y tenait plus.
Pour l'occasion, adieu le déshabillé noir pour passer la journée au lit, elle portait juste sa simple robe noire et blanche d'Irini, celle de son mariage, faute de pantalon, trop compliqué à enfiler avec les bandes de contention.

Quand le médecin arriva dans la chambre, il tenait un panier qui attira tout de suite l'attention de sa patiente.

— C'est quoi ça ?
— Des attelles !
— Tu te moques de moi ?
— Non, pour éviter la déformation des os et t'aider à tenir, tu devras porter ça quelques temps, et tu devras aussi utiliser des béquilles.
— Tant qu'à faire, apporte la chaise roulante ! Les attelles, ça passe encore, mais les béquilles, c'est non, je veux bien essayer avec mon bâton d'un côté et le mur de l'autre.
— Je m'en doutais… Mais tu devrais essayer d'écouter mes conseils.

La jeune femme lui servit une grimace désagréable. Il soupira.

— Je ne sais pas pourquoi je m'acharne à te raisonner… Enfin, on va commencer par placer les attelles.

Etrange impression, à se voir avec les jambes saucissonnées par des lanières de cuir, Yiris eut l'impression d'être un rôti…

Enfin les rôtis n'avaient pas de plaques de bois sur les côtés.

Au terme de la pose de son appareillage, le médecin expliqua la suite des événements.

— Comme la fracture de ton fémur gauche était basse et nette, je t'ai mis une attelle souple au genou de ce côté. De l'autre, ta jambe est raide. Tu commences comme ça, si tout se passe bien, on verra pour une attelle souple de ce côté aussi.
Maintenant, je vais te faire asseoir sur le bord du lit, et tu t'appuieras sur moi pour tenter de te lever, d'accord ?
— Compris ! Fit la général, décidée.
— N'oublie pas, si tu as trop mal, tu ne forces pas !
— Oui, oui, je connais la chanson… Tu me l'as assez sortie…

Doucement, Hylden aida Yiris à se mettre en position. Une jambe tendue, l'autre flottant dans le vide, enfin, elle allait se mettre debout, enfin…

Une profonde inspiration, elle étira les bras pour poser ses mains sur les épaules de son collègue qui s'était penché vers elle.

Elle appuya tout son corps sur lui avant que sa jambe la plus libre touche le sol. Là, elle commença à reposer dessus une partie de poids.

Comme une sensation d'une pointe qui s'enfonce sous le pied…
C'était désagréable, des sortes de décharges lui parcoururent toute la jambe, elle persista.

Puis vint le tour de l'autre jambe d'entrer en contact avec le plancher. L'appui fut encore plus difficile, mais ça y était, elle se tenait sur ses pieds, debout !

Vu les quelques douleurs ressenties, il était certain qu'elle ne resterait pas longtemps comme ça, cependant, elle ne put s'empêcher de lever la tête vers Hylden avec un large sourire triomphant.

— Tu as vu, j'y suis arrivée !
— Félicitations ! Ta patience a été récompensée, mais il va falloir encore attendre pour marcher correctement…
— C'est déjà un bon début ? Non ?

L'air satisfait de Yiris plaisait énormément au général, mais son vrai bonheur fut quand la jeune femme l'enlaça en lui murmurant d'un ton étrangement tendre.

— Merci de t'être aussi bien occupé de moi…

N'osant pas trop en faire, il passa juste ses bras autour de son dos de façon lâche. Un moment pareil, c'était inespéré.

Mais à trop forcer, la blessée finit par chanceler et le médecin dû l'aider à se rassoir sur le lit.

Après quelques recommandations, dont celle de ne pas se lever seule, Hylden s'en alla laissant une Yiris prise entre deux feux.
D'un côté, elle était heureuse de bientôt recommencer à marcher, d'un autre, il allait être temps de mettre en application la douloureuse décision qu'elle avait prise.

OoO

Par un matin froid, ce qui restait des soldats après la bataille de la forêt des brumes et tous les gradés étaient présents, mais c'était l'armée de Défense qui occupait l'esplanade.

La rumeur courrait depuis deux semaines. Le lendemain du jour où elle s'était levée, Yiris avait souhaité s'entretenir avec Luyren pour lui demander un avis, puis cela avait été au tour d'Haymlar…
Sa requête avait été votée lors d'un Conseil particulièrement morose, et là, elle devenait concrète.

Aidée de Mila et deux infirmières, Yiris avait réussi à mettre son armure. Cela avait été laborieux, surtout pour les jambes, il avait fallu trouver un pantalon large pour dissimuler les attelles.
La jeune femme avait cherché à arranger un peu sa coupe anarchique histoire de ne pas ressembler à un hérisson pour la postérité, elle avait donc noué un foulard rouge, couleur symbolique de son armée, dans ses cheveux défaisant sa tresse d'or.
La cérémonie aurait lieu dans quelques minutes, la général demanda à rester un peu seule avant d'y aller.

L'armée, c'était plus de dix ans de son existence. Et peut-être la meilleure période… Tant de souvenirs, des bons moments, des plus difficiles, mais une formidable leçon de vie.
Elle se rappelait de sa nomination, qui avait provoqué une polémique totalement folle, et de ses débuts avec une certaine nostalgie.

Ah, ses débuts, ce fut toute une histoire. Le fait qu'elle soit une femme faisait que personne ne voulait postuler à son armée, alors, il avait fallu qu'elle mette une dizaine d'aspirants à terre.

Mais quoiqu'elle fasse, ce furent essentiellement les recalés des autres armées qui vinrent vers elle. Qu'ils soient un peu trop portés sur la boisson, au passé douteux, pas forcément doués, ils formèrent les effectifs de l'armée de Défense.

Dans un premier temps, il faut le dire, c'était pathétique… Mais au combat, la joyeuse bande disparate faisait preuve d'un courage et une ténacité sans limite.
Un peu d'entrainement, beaucoup d'organisation et l'introduction du concept de discipline, et le temps passant, ils gagnèrent le respect de leurs pairs.

Dire qu'elle avait failli perdre tout ça dans l'affaire des pouvoirs de fausse-personne… Enfin, cette fois, c'était fini… pour de bon…

Là, elle aurait voulu se lever seule et marcher vers l'estrade pour s'adresser à ses hommes, mais impossible, sauf si elle avait attendu encore des semaines, luxe qu'elle ne pouvait se permettre dans l'intérêt de l'armée.

Alors qu'elle ne s'y attendait pas le moins du monde, Folken apparut devant elle.

— S'il y a bien une personne qui a l'art de surgir de nulle part par surprise, c'est bien vous… Ironisa Yiris. Remarquez, vous tombez bien !
— Ah bon ? Comme quoi…

Yiris attrapa sa tresse d'or qu'elle avait posée sur la table de nuit et désigna le placard de la chambre.

— J'ai décidé de quitter le palais. Luyren m'a dit qu'il aurait bientôt fini l'arrangement de dissolution de notre « mariage ». En attendant, ça ne lui posait pas de problème que j'aille m'installer chez Mila, même s'il m'a quand même fait remarquer, à juste titre, que ce n'était pas du meilleur goût… Enfin, vu que je ne serai bientôt plus « Princesse », je pense que je dois vous rendre les cadeaux que vous m'avez offerts à ce titre.
Voici donc la tresse, la robe utilisée à Asturia est dans son carton, les lavandières ont bien rattrapé mes bêtises et tout défroissé !
— Ces cadeaux, répondit Folken, je ne les ai pas faits à une Princesse, mais à toi en tant que personne. La robe te sied à ravir, garde-la et n'hésite pas à l'utiliser de même que la tresse.
— C'est gentil… Murmura-t-elle émue. Remarquez, vu mon physique peu académique, la robe ne pouvait être portée que par moi. Cependant, la tresse, c'est quand même une jolie quantité d'or, ça peut être refondu…
— Oui, mais on ne refond pas cela, car c'est un ouvrage d'art.
— Ah ? Demanda Yiris en regardant la tresse qui n'était à son sens qu'une simple chaîne.
— Observe les entrelacements !

Forçant un peu sa vue, la jeune femme détailla le bijou, et à plusieurs endroits, elle découvrit de minuscules gravures.
Son prénom inscrit en alphabet grec, le symbole de l'armée de Défense, le nom d'Irini et même un drapeau grec.
Elle fut émue, c'était vraiment un présent encore plus particulier qu'elle ne le pensait.

— Merci beaucoup… Dire que je n'y avais pas fait attention avant… Je la garderai précieusement !
— Je compte sur toi ! Si tu te sens plus à l'aise chez Mila plutôt qu'ici, c'est ton droit, fais comme bon te semble, mais sache que…
— Que ? Interrogea-t-elle en cherchant le regard de son interlocuteur.
— Tu vas manquer à beaucoup de monde… Soupira Folken.

Yiris haussa les épaules. Depuis son annonce, elle avait souvent entendu ces propos, parfois vraiment francs, parfois plus politiquement corrects…
Là, elle savait que c'était sincère.

— J'ai fait mon temps ! Je suis une éclopée, je pars en retraite ! Assez tôt, je le concède, mais j'ai des circonstances atténuantes.

Le Prince fixa le sol. Il hésitait à parler…

Certaines choses lui traversaient l'esprit, mais il devait les garder pour lui.

— Le plus important, c'est que tu sois heureuse…
— Merci… Répondit simplement Yiris.

Haymlar arriva un peu embarrassé, il avait l'impression de déranger.

— Chef, tout est prêt ! On n'attend plus que vous !
— Et bien allons-y !

S'appuyant de façon précaire sur son bâton, la générale se redressa. Elle voulut marcher toute seule sans aide. Malheureusement, au bout de seulement trois pas, elle chancela.
Son second ne savait pas trop quoi faire, il avait peur de la vexer.

Folken, lui, ne réfléchit pas, il la souleva du sol. Elle s'apprêtait à protester, il y coupa court.

— Je te porte juste jusqu'en bas du bâtiment et après, Haymlar te soutiendra jusqu'à l'estrade, ça ne te fera que quelques pas.
Un petit sourire, c'était un bon compromis. Et donc, ce fut ainsi que Yiris fit son dernier trajet en tant que général de l'armée de Défense de Fanelia.

Arrivée sur l'estrade, tous ses soldats étaient silencieux.
Sur un côté, elle remarqua les présences de Meinmet et Yrkas qui lui faisaient signe, et sur un balcon, Hacham et Enes étaient aussi présents.
Se tenant difficilement debout, mais souhaitant laisser une bonne dernière impression, la jeune femme prit la parole.

— Je vous remercie tous d'être présents. Vous vous doutez du pourquoi de cette convocation formelle, donc je n'irai pas par quatre chemins : je quitte le commandement de l'armée de Défense.
Je vous remercie tous pour ces formidables années passées à combattre à vos côtés. J'ai été fière d'être votre chef, j'espère que vous n'avez pas regretté votre engagement auprès de moi étant donné mon aspect particulier…

La remarque facétieuse occasionna un petit rire diffus dans l'assemblée. Souriante, la militaire reprit.

— Ma dernière bataille fut difficile. Il faut savoir être lucide, je ne pourrai plus combattre comme avant. Aussi, dans l'intérêt de vous tous, mes soldats, je me dois de vous laisser entre les mains d'un chef valide !
Ainsi, moi Yiris Aryenciapolos, chef d'Irini et jusqu'à ce jour, général de l'armée de Défense de Fanelia par la volonté du Roi Van, je cède le commandement de mes troupes à Haymlar, qui fut un fidèle second, en qui, vous le savez, j'ai toute confiance !

La jeune femme échangea une ferme poignée de mains puis une accolade avec le nouveau général, visiblement ému.
Et elle se tourna vers ceux qui furent ses hommes.

Si elle était au bord des larmes, elle n'était pas la seule. Nombre de militaires reniflaient. Aidée de son successeur, elle descendit de l'estrade difficilement.
Au bas de celle-ci, Mila vint la soutenir pour marcher.
Devant elle, les rangs de fendirent spontanément et formèrent une haie d'honneur.

Et ce fut sous les acclamations des soldats, mais aussi des nombreux civils présents, que la première femme générale de l'histoire de Gaea quitta l'armée.