8.
Toshiro émit un bip pour attirer l'attention de son ami.
- Un appel venant de Prian. C'est Lyame.
- Elle va bien ?
- Ce n'est pas à moi de te le dire.
- Toshy, je sais que tu as piraté son dossier médical !
- Tu devrais aller la voir, se contenta de répondre le Grand Ordinateur de l'Arcadia, affolant plus que jamais son Capitaine.
Lyame avait apporté le plateau avec son bol de potage et des tranches de pain tartiné de fromage devant la télévision.
Devant le générique de son feuilleton quotidien, elle se réjouit.
Les rideaux du salon s'agitant sous la brise de début de soirée, elle reposa sa cuillère.
- Mon bel amour !
Son cœur battant la chamade, elle se précipita dans les bras de l'homme de sa vie.
- Ma femme, sourit Albator en lui caressant doucement les joues après l'avoir embrassée passionnément. Je sais que j'aurais dû revenir plus souvent, plus tôt.
- Tu n'es pas libre de tes mouvements, quoique tu prétendes, fit-elle doucement.
- Figure-toi, ma tendre, que toute autre personne qui m'aurait dit cela dans la mer d'étoiles aurait eu mon gravity saber au travers du corps !
- Mon sanguinaire amour ! Anthie va bien.
- Je sais, on a parlé récemment.
- Et Mylon me tient aussi au courant, un peu plus qu'un Général ne devrait le faire puisqu'il est son parrain !
Albator effleura encore de ses doigts la chevelure prématurément blanchie par une vie de labeur, de la femme de sa vie.
- Tu vas mieux ? murmura-t-il à son oreille.
- Je ne voulais pas t'alarmer… avoua Lyame.
Elle se détourna.
- J'ai subi la dernière des interventions chirurgicales. Ça va. Tout est sous contrôle. J'ai reçu un nouveau rein. Je suis « en état de marche » pour cinquante ans encore !
- Je m'inquiétais tant de ce qu'on ne voulait me dire. Et tu ne répondais pas davantage à mes questions !
- Tu avais tant de préoccupations…
- Tu es ma vie, ne le sais-tu donc pas ?
Le regard de Lyame se troubla un instant.
- J'aurais dû avoir plus confiance en toi, désolée… Tu es là !
En milieu de nuit, se redressant sur un coude, le grand brun balafré posa ses lèvres sur les joues de celle qui un jour avait pris son cœur à jamais.
- Je dois déjà repartir. Quelque chose me souffle que notre enfant est plus en danger que jamais ! Je ne suis pas de taille contre ses ennemis, mais je ne suis pas sûr non plus que cet Erond ne lui fera pas plus de mal qu'autre chose ! Même si je ne peux rien, je serai avec lui ! Je voudrais tant que tu me suives, mais ici c'est le foyer stable que tu veux plus que tout lui préserver. Tes souhaits et sa stabilité, c'est tout ce qui m'importe !
Albator fit glisser ses doigts dans les boucles de sa femme.
- Même si je ne suis pas souvent là, je veille sur toi. Mylon est l'une des rares personnes en qui j'ai entière confiance, et je l'accorde très rarement ! Cette greffe de rein, tu n'aurais pas dû passer par toutes ces étapes seule !
Se levant, il alla jusqu'aux fenêtres et les ouvrant grand, pas sur ses gardes, pour une des rares fois de son existence de Pirate.
- J'étais encore jeune. Si j'avais compris, je serais peut-être resté à notre rencontre… Tout aurait été alors tellement différent. Anthénor n'aurait pas eu à être boursier, à subir les humiliations de lâches et d'arrogants comme cet Erendal Thorpe ! Je crois que j'ai eu peur et j'ai été en-dessous de tout… Dire que je l'ai récupéré presque mourant. J'espère que je me suis rattrapé depuis, d'une autre manière, d'adulte à adulte, de guerrier à guerrier.
Albator tourna la tête vers le lit où Lyame dormait toujours paisiblement.
- Tu as tellement bien élevé notre fils ! Tu es une perle, plus encore que je ne pouvais l'espérer ou que je ne peux l'imaginer avec tous les sacrifices que tu t'es imposés, au prix de ta santé – et ton organisme commence à lâcher. Quel sera ton premier souci médical ? Pourras-tu le surmonter. En parleras-tu ? Non, j'en doute, tu as autant de fierté que moi !
Admiratif, le cœur plus gonflé d'amour pour son épouse, Albator se glissa à nouveau à son côté.
- Je t'aimerai jusqu'à mon dernier souffle.
Il posa doucement la main sur la hanche de Lyame, la serrant en un vieux geste de complicité.
Entrouvrant les yeux, ayant tout entendu, Lyame ne bougea cependant pas d'un muscle, le grand brun balafré ayant pour sa part replongé dans le sommeil.
« Mon corps me lâche, effectivement. Et il se peut qu'à ton prochain passage je ne sois plus entièrement la femme de tes rêves. Et là, je ne sais pas si tu resteras… ».
Machinalement, Lyame passa la main sur ses seins puis se força à tenter de se rendormir.
