Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Publié pour la première fois le 5 juin 2012

Chapitre 36

L'ennemi intime

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

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Suite au décès de sa femme, Hylden demanda un congé. Ce n'était pas qu'il devait faire son deuil, mais plutôt qu'il avait besoin de se retrouver lui-même.
Aucun membre du Conseil n'y vit d'inconvénient pour peu que le général ne parte qu'après la finalisation des derniers détails de la succession royale et revienne à temps pour le couronnement.

Ainsi, le vote du retour de Folken dans la lignée en tant que Prince héritier fut la dernière décision à laquelle il prit part avant de partir.
Il écouta les dernières explications de Luyren de façon distraite. Somme toute, ce n'était qu'une formalité, Ezgas, le seul qui aurait put semer le trouble, vota en faveur de la réintégration, donnant ainsi l'unanimité à celui qui devrait devenir le nouveau Roi de Fanelia.

Sans qu'il puisse exactement définir son sentiment, Hylden ressentait une certaine animosité envers Folken.
Cependant, comme ce dernier avait largement prouvé qu'il méritait l'honneur qu'il lui était fait, le général n'avait aucune envie de s'opposer à lui.

Ayant réglé les affaires urgentes de son armée, le jeune homme garantit son retour dans les délais impartis et confia ses responsabilités à son second.

La première étape de son voyage l'obligea à ramener le corps de son épouse dans son village natal.
Durant le trajet, les dernières paroles de Kyria ne cessèrent de résonner dans sa tête. Il avait comme l'impression que son fantôme le hantait.
Comme il le pensait, l'accueil des siens ne fut pas des plus chaleureux. Hylden était un chef respecté, cependant son attitude en tant qu'époux avait souvent été un sujet de médisance à son sujet.
Une chance pour lui ? Les parents de son épouse étaient tous deux décédés, seul le frère cadet de Kyria était là pour le fixer d'un regard accusateur.

Après les funérailles, il resta quelques jours sur place à réfléchir, passant notamment un long moment face à la sépulture de son père.
Parfois, il avait l'impression d'avoir trahi le souvenir de ce dernier par son comportement.
Après son décès, il s'était appliqué de son mieux en tant que chef de tribu, puis en général au service de ce pays, mais à côté, il avait failli...

La façon dont avait tourné son union… Il ne s'y attendait pas… Kyria semblait parfaite. Attitude simple, très jolie, il la connaissait depuis l'enfance, il n'avait pas d'attirance particulière pour elle, mais elle lui semblait avoir tout pour le rendre heureux.

Ceci dit, dès la nuit de noces, il avait compris qu'elle lui était indifférente. Il l'avait traitée avec respect, mais faire semblant alors qu'elle était toute amoureuse fut très vite au-dessus de ses forces.
Il l'avait fuit, elle lui en avait voulu. Il l'avait privé de maternité, elle lui en avait voulu.
Il était tombé fou amoureux d'une autre, là, elle l'avait haï…

On avait attendu de lui de nombreuses choses, faire semblant d'aimer fut la seule dont il fut incapable…

OoO

La vie au bordel était particulièrement reposante pour l'ancienne générale de l'armée de Défense de Fanelia.

Allongée dans le lit confortable doté d'un élégant baldaquin au voile fin que lui avait choisi Mila, Yiris passait le plus clair de son temps à dormir.
Quand elle se levait, c'était la plupart du temps pour rejoindre la méridienne rouge écarlate, couverte de coussins multicolores, et rester à y lire les quelques ouvrages simples qu'elle comprenait désormais.

En attendant d'être suffisamment valide pour se déplacer et ainsi rejoindre la forteresse d'Irini, Yiris avait appris à s'habituer à sa chambre, imprégnée du style de l'établissement où elle résidait.
Il s'agissait en fait de son ancien bureau, situé à l'entresol de l'établissement, lequel était accessible par un petit escalier de sept marches depuis le rez-de-chaussée et dépourvu de porte.

Ainsi, même si elle ne le voulait pas Yiris entendait tout ce qui se passait dans le couloir.
Cela dit, la pièce n'était pas désagréable. Réchauffée par un grand foyer en hiver, sa fenêtre offrait une vue sur la cour centrale où se trouvait un petit jardin entourant le puits, et par dessus le toit, on voyait la Lune des Illusions.

Seul détail embarrassant du panorama, en face se trouvait la chambre de Maga, une des anciennes de l'établissement.
Avec sa teinture de cheveux rouge, ses formes généreuses, et son attitude provocatrice, elle était très appréciée des clients auxquels elle offrait des prestations particulières.
Ses performances amusaient les autres filles qui l'espionnaient depuis la chambre de Yiris, au grand désespoir de cette dernière.

Parfois, la militaire à la retraite faisait quelques pas difficiles avec ses attelles et son bâton pour canne. Le petit escalier était un défi en soi, mais comme l'avait dit Mila, c'était un « exercice intéressant ».
Ceci dit, Yiris ne descendait qu'en dehors des heures d'ouverture car elle savait que quelques curieux venaient là rien que pour la voir et des rumeurs couraient comme quoi elle allait se « reconvertir ».

D'ailleurs, en se voyant dans un miroir, elle ne pouvait que constater qu'elle commençait à avoir l'allure du métier avec les vêtements ajustés et particulièrement légers que lui prêtaient la tenancière.
Ses cheveux avaient un peu repoussé, ils formaient maintenant un carré complètement hérissé mêlant blond et blanc.
Mila s'était juré d'y mettre un jour bon ordre en coupant correctement et en teignant ce bazar.

Déprimée, Yiris avait toujours aussi peu d'appétit que lorsqu'elle était à l'hôpital. Sa consommation de thé et de gâteaux n'avait plus rien à voir avec celle du temps où elle était dans l'armée. Ainsi, elle avait sensiblement maigri.
Même quand elle était arrivée sur Gaea, privée de tous ses repères, elle ne s'était pas sentie aussi abattue.

Parfois, son regard s'égarait vers sa malle. Dans cette dernière, elle avait placé les vestiges de sa vie d'avant.
Bien évidemment, il y avait son armure, mais aussi, bien cachée au fond, la boîte de sa robe de bal dans laquelle elle avait dissimulée sa tresse d'or.
Ces deux souvenirs lui posaient souvent question. Quelle étrange période ce mariage avait été…

Depuis quelques temps, elle avait une autre préoccupation, la vision qu'elle avait eu. D'ordinaire, elle n'était pas sujette à ce genre de phénomène, aussi, elle s'interrogeait aussi bien sur la prémonition que sur sa cause.
L'image de la cité n'était pas très claire, elle n'arrivait pas à identifier les lieux. Si elle avait eu un élément précis, elle aurait pu tenter de glisser mot à Haymlar en inventant une quelconque rumeur.
Mais là, une prédiction complètement vague, ça ne valait rien. Pire, elle risquait de passer pour une folle…

Les jours s'étaient écoulés et l'image n'était pas revenue… Peut-être n'était-ce qu'un cauchemar trahissant ses angoisses profondes.
Perplexe, elle se torturait l'esprit des heures durant. La solitude pouvait-elle faire perdre la raison ? Elle qui avait vécu presque quinze ans avec un sorcier fausse-personne, qui parfois ne lui décrochait pas un mot pendant des semaines, en avait pourtant l'habitude…

Enfin, sa journée n'allait pas être trop solitaire. Une voix se faisait entendre en bas. Elle la reconnut sans la moindre hésitation, c'était Hylden !
Depuis qu'elle avait déménagé, elle n'avait reçu quasi aucune visite des personnes du palais, trop concernées par leur réputation…
Seul Haymlar venait papoter discrètement, après tout, Mila était sa sœur. Il profitait de l'occasion pour faire passer à Yiris des petits cadeaux de Meinmet.

En remerciement, la jeune femme écrivait des messages basiques qu'elle passait des heures à relire afin de dissimuler le fait qu'elle était encore illettrée quelques semaines auparavant.
Mine de rien, les cours des fils d'Ezgas avaient été bien utiles. La supercherie marchait parfaitement, personne ne se douterait jamais de rien…

Plaisanterie mise à part, la visite du général de l'armée de Griffe était pour le moins surprenante…
Cela faisait un tout petit peu plus d'un mois qu'il était veuf.

Vu les circonstances, venir au bordel en premier était un geste qui n'allait pas manquer de nourrir les cancans…

Assise sur sa méridienne, Yiris se rendit compte qu'elle n'était pas vraiment en tenue pour recevoir, mais trop tard pour en changer !
La robe rouge qu'elle portait était faite de dentelles et de tulles, pire qu'aguicheuse.
Une fois de plus, elle se demandait comment, même censée rester seule, elle avait pu en arriver à enfiler un accoutrement pareil…

Enfin, il fallait donc faire avec, d'autant que Mila arrivait joyeuse en bas de l'escalier.

— Yiyi ! Tu as de la visite !

La tenancière ne monta pas, un seul bruit de pas se faisait entendre sur les marches.

Hylden apparût, le visage grave. Son ancienne collègue le trouva dans un piteux état, dégageant un profond sentiment de souffrance intérieure.
Contrairement à son habitude, il était plutôt négligé. Barbe de trois jours, veste beige et chemise blanche de toile froissée, pantalon marron râpé…
On aurait dit un ouvrier rustre qui ne prenait pas soin de son apparence.

Arrivé dans la pièce, il se tourna vers la jeune femme. Une légère éclaircie sembla réveiller son expression vide.

— Bonjour Yiris, je suis content de te voir ! Je suis venu constater comment tu allais et vérifier si tes fractures se sont bien consolidées.
— Bonjour Hylden, moi aussi ça me fait plaisir de te revoir !
— Je suis désolé, dit-il en s'approchant de la méridienne, je n'ai pas pu venir avant. Ce n'est pas très sérieux en tant que médecin.
— Ne t'en fais pas…

Ces derniers mots, Yiris les avait juste bredouillés. La façon dont le général l'observait la décontenançait. Elle avait vraiment l'impression qu'il la déshabillait du regard.
Complètement dominée par la silhouette athlétique du jeune homme, elle devait se sortir de cette situation.

— Tu as dit que tu voulais voir l'état de mes jambes… Je vais m'asseoir sur la table, ce sera plus pratique, tu n'auras pas à te pencher.

Sans se tourner vers Hylden qui lui avait pourtant tendu la main, la militaire à la retraite se releva aussi vite qu'elle le pouvait et se dirigea vers la table.
Poussant les livres en vrac, elle se dégagea un petit coin où elle se posa à la seule force de ses bras.

Ce n'était pas une position particulièrement haute, mais Yiris s'y sentait plus à l'aise. Cependant, cette impression fut de courte durée.

Prenant une chaise, le médecin se mit face à elle. Doucement, il saisit sa jambe droite et remonta le tissu de la robe.
L'air stupide, sans réfléchir, la jeune femme saisit le bas de son vêtement afin de dégager la vue de ses attelles, rassemblant la jupe en une boule sur ses cuisses.

Muet, Hylden défit les attelles d'un côté puis de l'autre avec une grande délicatesse.
Ensuite, il examina l'état des os en appuyant légèrement dessus.

Les gestes étaient encore plus doux qu'à l'ordinaire, Yiris perçut très vite que ce n'était pas une façon de faire conventionnelle.
Pour les mollets, elle ne réagit pas, mais quand il s'intéressa à la fracture haute du fémur droit, elle eut un mouvement de recul.

— Tu as mal ? Demanda-t-il toujours avec ce même regard étrange.
— Non, non… C'est juste un frisson…
— Soit rassurée, c'est en bonne voie ! Conclut-il en souriant.

Alors, il se releva et s'approcha à peine à quelques centimètres. Gênée, Yiris détourna le regard, en prenant une grande inspiration.
Et soudain, les doigts d'Hylden commencèrent à nouveau à frôler sa cuisse. Cette fois, c'était sans équivoque, il la caressait sensuellement.
Puisant dans ses forces, l'ancienne générale ne trahit aucune émotion.

Aucune résistance, le jeune homme devint plus confiant et laissa davantage remonter sa main tandis que l'autre commençait à effleurer la joue de Yiris.
Il se pencha, il était désormais contre elle… Sa respiration caressait sa peau. C'était si doux, si chaud… Elle en perdait ses forces pour simplement se laisser aller… Impossible de parler, elle ne trouvait rien à dire. Le général, lui, avait quelque chose à lui confier.

— Yiris, j'ai beaucoup réfléchi pendant mon voyage. J'ai pris une décision, j'ai gâché presque trente-cinq années de ma vie, maintenant, c'est fini ! Je tiens à ma tribu, je tiens à mon poste de général mais je sais que je suis totalement remplaçable dans les deux rôles.
Par contre, une chose dans ma vie est irremplaçable…

Sa voix trahissait son émotion, son souffle se faisait court. Il posa son front contre celui de la jeune femme, qui était au bord de l'évanouissement, tremblante.

Il y a bien longtemps, dans des circonstances semblables, elle avait éconduit son collègue.
Là, elle ne s'en sentait pas la volonté.

— Tout ce qui compte à mes yeux… C'est toi Yiris ! Quand tu seras libre, je démissionnerai de l'armée, je laisserai ma tribu à mon cousin et nous irons où tu voudras, tous les deux, là où nous serons libres d'être ensemble.
Ce que je veux plus que tout c'est vivre à tes côtés et je te promets de prendre soin de toi.

La main qui était sur la jambe vint se caler dans la cambrure des reins, celle sur le visage enveloppa la nuque et la força à relever la tête.

— Tu te rappelles de la grande fête pour finaliser la reconstruction de la ville, plus particulièrement de la danse de l'étoile ?
Tu étais là, parmi les cinq danseuses, à la surprise générale. Quand je t'ai vu virevolter au rythme de la musique… à cet instant, je suis…

Doucement, il lui passa ses doigts dans ses cheveux courts pour ensuite lui caresser le visage, dessinant délicatement les tracés de ses cicatrices.

Elle se laissait faire, les mains accrochées au rebord de la table. Il était tendre, l'odeur de sa peau était sensuelle, ses gestes passionnés…

— Yiris…

Son étreinte se fit plus insistante. Elle le fixait de son regard yeux bigarré, suspendue à ses paroles.

— Je t'aime… Murmura-t-il, approchant ses lèvres des siennes.

De concert, ils fermèrent les yeux, leurs respirations se suspendirent.

Un baiser… Un vrai, pas un bref effleurement comme ce fut le cas, il y a des années de cela.
Cette fois, Hylden savourait le goût des lèvres de celle qu'il avait tant désirée, l'instant tenait du miracle pour lui.

Yiris sentait ce qui restait de sa volonté la quitter. Après tout, c'était un homme beau, gentil, honnête, tout ce dont rêvait une femme. Par ailleurs, elle ne doutait pas de sa sincérité.
Cependant…

Un parallèle se fit dans son esprit. Ces mots « je t'aime », elle les avait déjà entendus… Mais venant d'une autre bouche, dans des circonstances surréalistes…

Un sentiment de malaise l'envahit. Et tandis que Hylden commençait à laisser divaguer ses mains, glissant sous le tissu de sa robe, elle le repoussa. Le geste n'était pas brusque, mais ferme…

— Non, s'il te plaît… Non… Même si maintenant, cela tient plus du papier qu'autre chose, je suis encore mariée ! Donc pour le moment…

Le jeune homme eut des difficultés à cacher sa frustration, mais le refus était juste provisoire… Alors, il avait de l'espoir…

— Je comprends ta position et je la respecte… Nous en reparlerons… Sinon, en attendant, tu peux essayer de marcher un peu sans attelles, mais pas trop longtemps… Sur ce, dit-il en s'éloignant, je m'en vais, mais je reviendrai vite te voir…
— D'accord… A une prochaine fois… Répondit Yiris qui avait repris un peu d'assurance.

Elle l'écouta descendre les marches, traverser le couloir… Restée assise sur la table, elle ballotait ses jambes en se mordillant les lèvres.

— C'était…différent… Dit-elle dans une réflexion à voix haute.

Hylden, pour sa part, sortit du bordel sans un mot, puis après quelques pas dans la rue, il s'arrêta dans un recoin à l'abri des regards.
En sueur, il sentit que son cœur avait frôlé de lâcher… Cependant, cette fois, il le sentait, sa patience allait être récompensée !

OoO

Plus qu'un mois… Un dernier mois d'un hiver qu'il n'avait pas vu passer, aucun grand froid, c'était presque juste un interminable automne… Dans un mois, quand le printemps reviendrait, si n'y avait aucune nouvelle information sur le sort de son frère, Folken serait Roi…
S'il n'en avait pas encore le titre, il en assumait la plupart des responsabilités.

C'était une journée plutôt douce. Comme à son habitude, le Prince travaillait depuis le lever du soleil.

Il était au courant que Luyren lui rendrait visite pour lui apporter quelques documents, mais à voir la taille du parchemin qu'apportait le général avec lui ce jour-là, le Prince se doutait qu'il ne s'agissait pas d'un banal rapport militaire.

— Bonjour à vous Luyren, que me vaut votre présence ?
— Et bien, fit le militaire avec un certain embarras, l'accord de dissolution de votre mariage est finalisé, il ne vous restera plus qu'à le relire et à le signer.
— Et Yiris n'a pas son mot à dire.
— C'est à dire que… Chez nous, les femmes n'ont pas leur mot à dire sur ce point…

Le vieux général avait pratiquement bredouillé car il était totalement conscient d'avoir mis le doigt sur un point sensible.

— Soit, mais je signerai rien sans l'accord de Yiris.
— Il sera fait selon votre souhait…

Luyren n'avait aucune envie d'insister, il allait quitter la pièce et repartir vaquer à ses occupations, quand, soudain, Haymlar déboula sans frapper, affolé.

— Il y a eu un massacre au sud, à Evakan…

OoO

Quelques minutes plus tard, le Conseil était réuni en urgence. Hylden avait à peine eu le temps de poser ses bagages chez lui.

L'heure était grave, les visages sombres. Réunis autour du Trône toujours vacant de Van, ils avaient l'impression de vivre un nouveau cauchemar.
Haymlar commença à résumer la situation.

— Ce sont des marchands qui ont fait la macabre découverte à l'aube. Evakan était notre relais de commerce du sud. La petite garnison à demeure n'a rien pu faire contre la violence de l'attaque.
En soit, la ville n'a subi aucun dégât matériel… mais… tout les habitants… ont été massacrés… Il n'y a eu aucune pitié…
Du nouveau-né au vieillard, personne n'a été épargné…

Seul le silence pouvait répondre à pareille annonce. Ezgas saisit le tas de feuilles posé sur la table et les observa soigneusement.

— Ce qui est étrange, c'est qu'ils ont pris soin de ne pas se faire remarquer, sauf sur un détail. Le rapport est accablant, pas de feu pour éviter d'être vus au loin. Apparemment un plan huilé, aucun survivant, cependant, il y a cette… mise en scène écœurante avec des restes humains cloués à un mur...

Le général fit tourner la feuille autour de la table, elle passa entre les mains de Luyren, puis d'Haymlar, d'Hylden et de Meinmet.

Ce dernier retint difficilement l'émotion qui s'empara de lui. Tremblant, il tendit la page à son neveu, lui faisant comprendre d'un signe de tête de rester silencieux.
Interloqué par l'attitude de son oncle, Folken prit le bout de papier. Quand ses yeux se posèrent dessus, un sentiment d'effroi le parcourut.

OoO

Les coups frappés sur la porte du bordel étaient inattendus. La fin de matinée était en dehors des horaires d'ouverture, et surtout, au lieu des traditionnels trois coups francs, une avalanche de petits impacts résonnaient.
Maga n'avait pas encore dessaoulé de sa nuit précédente, elle s'arrêta devant l'entrée et entrouvrit par curiosité.

Ce qu'elle vit l'incita à penser qu'elle avait vraiment dû prendre autre chose que de l'alcool. En effet, sur le seuil, se tenaient deux enfants.
Etrange face à face, une prostituée quarantenaire à peine lucide et deux petits garçons impeccables, ils se dévisagèrent un bon moment…

Dans un premier temps, ils faillirent se faire claquer la porte au nez, mais leur discours finit par convaincre Maga qui les laissa entrer et s'expliquer avec Mila.
Les visiteurs surprise étaient en fait les fils d'Ezgas, venus montrer quelque chose à Yiris.

La tenancière ne cacha pas sa surprise. Elle commença par dire que les enfants n'avaient rien à foutre dans un bordel, puis leur demanda comment ils connaissaient la générale à la retraite.
Sans divulguer le secret que les liait, Hacham et Enes donnèrent suffisamment de détails pour que Mila les croit.

Ceci dit, elle ne put pas trop continuer à questionner les enfants, car les filles débarquèrent et se mirent à couver les petits hommes qu'elles trouvaient adorables.
Ces derniers avaient perdu le sens de la parole devant l'enthousiasme de ces dames peu vêtues…
Histoire de ramener le calme dans sa maison, Mila finit par emmener les petits voir l'ancienne militaire. Après tout, ils avaient déjà fait l'essentiel de la bêtise et ils étaient toujours plus en sécurité dedans que dehors, alors autant les laisser finir ce qu'ils avaient à faire…

Quand elle les vit, Yiris fut incapable de cacher sa stupéfaction.

— Hacham ? Enes ? Mais qu'est-ce que vous faites là ?
— Bon, je vois que tu les connais effectivement ! Constata la tenancière. Je vous laisse.

Sur ces paroles, Mila quitta la pièce et renvoya les filles vaquer à leurs occupations au lieu de les laisser espionner au bas de l'escalier.

— Comment vous êtes arrivés là ? Demanda l'ancienne général, perplexe.
— Ben, on voulait vous parler … Expliqua Hacham un peu embarrassé.
— Vous auriez pu donner un message à Haymlar, cela revenait au même et c'était moins risqué !
— Non ! S'indigna Enes avec son air d'intellectuel sûr de lui. C'est quelque chose de très particulier et de très important !

Le petit bonhomme s'avança et expliqua.

— Il y a eu un massacre dans la ville d'Evakan. Aucun signe ne permet d'identifier les coupables. Enfin, aucun que nous ne comprenions…
En effet, ils ont laissé une marque macabre sur un mur de l'esplanade principale, il y avait des corps démembrés cloués et peint avec du sang mêlé à de la poix.
— C'est arrivé quand ? Bredouilla Yiris se souvenant de son cauchemar.
— Ce matin ! Reprit le cadet.
— Soit, mais pourquoi vous venez m'en parler ?
— Parce que les corps formaient comme cinq symboles. Et quand on les a vu sur la feuille de Père, on les a reconnu, ce sont ceux que vous nous avez appris.
— Des caractères comme je vous ai appris ? Montrez-moi ça !

L'aîné acquiesça de la tête et tendit une feuille pliée à la jeune femme dont le visage trahit la surprise horrifiée…
Les lettres n'étaient pas parfaitement reproduites, mais c'était en tout point ce qu'elle avait vu dans sa vision.

« Υιρισ », Yiris en grec… Et cela, seul Constantin l'aurait écrit…