10.
- Vaisseau Pirate en approche.
Anthénor tressaillit.
- L'Arcadia ?
- Oui, identifia Lothan. Il a envoyé ses signaux de reconnaissance.
- Bien, qu'il approche, sourit le jeune homme balafré à la crinière de suie.
- Et l'option « te flinguer avant d'avoir pu dire un mot » ?
- Il le ferait, s'il n'était pas mon père !
Un Tube d'Arrimage ayant relié les deux cuirassés de guerre, Anthénor mit les pieds sur l'Arcadia.
- Permission de monter à bord, capitaine ?
- Tu es bien protocolaire, mon grand garçon. Militaire jusqu'au bout des ongles… Mais que t'est-il arrivé ? Je ne te reconnais qu'à peine… Ces fous d'Anges Déchus t'ont fait du mal ?
- Je n'ai pas vu Erendal, ni sa folle… C'est Erond qui m'a trahi. Mais j'ignore pourquoi. A la réflexion, je crois qu'il m'a fait un cadeau pour le futur, via Eternium. Mais je ne comprends pas… J'ai peur, papa, en quoi m'a-t-on transformé, est-ce pour le meilleur ou pour…
Albator étreignit les épaules de son fils qui n'avait pu se retenir de trembler.
- J'ai toute confiance en toi. Viens boire un coup de red bourbon, je régale !
- Trop généreux de ta part. Mon stock est plutôt à sec, tu peux me ravitailler ?
- Brader le red bourbon de Bob ? Uniquement pour toi, tu as de la chance d'être mon seul rejeton !
- Qui sait ce que tu as pu semer au gré de tes pérégrinations, mon généreux papa !
- Quoi qu'en disent les rumeurs, j'ai toujours été très prudent ! sourit le grand Pirate borgne et balafré. J'ai aimé bien des femmes, mais pas au point de ta mère ! D'elle seule je souhaitais un enfant.
- En ce cas, soulagé, que ce soit moi !
A l'entrée du jeune homme, Clio s'inclina en un discret signe de salutation, ayant ouvert la bouteille de red bourbon et rempli les godets, avant de se retirer.
- Ta chevelure est de nuit, ton cœur demeure d'or comme Erond, se contenta-t-elle de murmura à l'oreille d'Anthénor.
- Merci, mon amie.
Soulagé par les simples propos de la Jurassienne, Anthénor sentit un regain d'espoir, s'asseyant pour tendre la main vers son verre tandis que son père prenait place sur son habituel fauteuil de bois et de coussins écarlates.
- Merci de m'avoir rejoint, j'avais besoin d'un peu de réconfort…
- Je l'ai senti, je ne sais pas comment. Mais je devais être là !
Anthénor passa la langue sur ses lèvres, vidant d'un trait son verre avant de se resservir.
- Maman ne me reconnaîtra jamais… Je ne peux pas rentrer…
- Arrête de proférer des stupidités. Un cœur de mère ne se trompe jamais ! Rien que ta balafre, le signe héréditaire.
- Et Mylon Desteyn ?
- Il te connaît mieux que moi. Il ne se trompera jamais sur son neveu et son commandant de guerre !
- Tu me rassures. J'avais tellement peur en me découvrant… Je ne me reconnaissais pas. Et je craignais tant qu'on ne me condamne sous cette apparence…
Albator serra fort l'épaule de son fils.
- Tu as été désigné pour une mission, même si j'ignore toujours laquelle. Tu as été mon bébé, tu commandes ce cuirassé. Des Dieux t'ont choisi pour affronter des ennemis qui dépassent tout entendement ! Je suis fier et j'ai très peur pour toi.
- Je peux avoir un câlin ?
- Je crains de ne pas être très doué pour cela…
- Je l'apprécierai à sa juste façon.
En une entière complicité, les deux balafrés échangèrent en gestes affectueux tout ce que les mots ne pouvaient exprimer.
Les deux cuirassés volant bord à bord, Anthénor était retourné dans ses appartements.
- Mon père ne m'a pas renié !
- Un père ne repousse jamais ses enfants !
- Erond, tu es revenu… Je craignais de t'avoir perdu en te reprochant ma métamorphose… Changement que je ne comprends pas, et qui m'échappera toujours je le redoute… Je ne t'ai offensé ? Il semble que ce soit un cadeau de ton Eternium, mais je ne le prendrai jamais comme tel ! Tu es là ?
- Jamais je ne t'abandonnerai.
- Merci, mon Dragon d'Or !
Nez d'Humain et Museau de Dragon se touchèrent en un geste infini de confiance et d'amitié.
