Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]

Publié pour la première fois le 12 juin 2012

Chapitre 37

Le pire dont est capable l'homme

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

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Mila était arrivée trop tard, elle eut beau hurler, rien n'arrêta Yiris.

Après avoir poliment renvoyé les petits en les remerciant de l'avoir prévenue, elle avait profité de l'intérêt qu'ils suscitaient auprès des filles pour quitter discrètement sa chambre.

Connaissant la bête, qu'elle avait nommé Hannibal du fait de son caractère tenace, l'ancienne général avait emmené son cheval avec elle.
Il vivait dans la cour du bordel, on lui avait aménagé un petit enclos pour s'abriter et il errait dans les quelques mètres carrés à sa disposition.
Tout comme elle, l'animal avait renoncé à sa fierté pour servir de mule à Yrkas pour le marché, sa seule occasion de se promener.
Yiris s'était demandée s'il avait compris son état et voulait attendre patiemment qu'elle soit en nouveau en état de chevaucher.

Mine de rien, elle l'aimait bien. Il lui avait été offert par Van. Ce dernier trouvait que cet animal particulièrement difficile, au pelage beige clair et la crinière blanche sous la gorge, particularité des équidés de Gaea, conviendrait parfaitement à la jeune femme.

Monter un cheval, Yiris avait eu du mal à l'apprendre à Irini. Etre petite n'était décidément pas pratique.
Là, non seulement elle n'avait toujours pas grandi, et en plus, elle était handicapée.

Vaille que vaille, elle avait réussi à monter et elle était partie, son bâton attaché à son dos. C'était le fracas de l'ouverture de la porte de la grange qui avait inquiété la tenancière.
Se rendant sur place, elle vit son amie finir de se hisser en travers de sa monture. Malgré la précarité de la position, elle donna le signal de départ.

— Pardon Mila, mais je dois y aller… C'est Constantin…

Un coup sec sur les rênes et le cheval fila dans les ruelles. Yrkas courut derrière elle quelques mètres avant de s'arrêter, comprenant que c'était inutile.

Se tournant vers les petits, la tenancière incrédule cherchait à comprendre cette brusque disparition.

— Que lui avez-vous dit pour la mettre dans cet état ?
— On lui a juste montré ce dessin. Répondit Enes en tendant la dite feuille.
— C'est l'écriture que Yiris utilise parfois il me semble… Se pourrait-il que…

OoO

En fin de journée, les membres du Conseil se réunissaient à nouveau pour discuter de la façon dont allaient être gérées les suites du massacre, à commencer par l'inhumation des corps et le nettoyage de la ville.
Tout stoppa net quand Yrkas déboula.

— Je sais, je ne devrais pas, mais je le fais quand même. Yiris a vu le truc inscrit sur le mur à Evakan et… elle est partie…
— Quoi ? Répondit Folken stupéfait.
— Deux gamins, les fils du nouveau général…
— Mes fils ? S'indigna Ezgas qui n'arrivait pas à croire ce qu'il entendait.
— Oui, reprit le grand manchot. Les petits m'ont expliqué, Yiris leur a rendu un service. Ils ont sympathisé et elle leur a expliqué les bases de son écriture. Quand les garçons ont vu ça dans vos notes, ils ont compris et sont allés voir la chef. Je ne sais pas ce que veulent dire ces gribouillis bizarres, mais ça l'a bouleversée apparemment.
Elle a réussi l'exploit de monter seule sur son cheval. On l'a vu au dernier moment, elle a parlé de Constantin et elle a filé…

Entendant cette histoire, le fils de Mayek se laissa tomber sur le dossier de sa chaise. Ses enfants étaient son exact contraire.
Il savait que c'étaient de petits excentriques malicieux comme leur mère. De là à les imaginer amis avec Yiris, et pire encore, aller la voir dans un bordel…
Non décidemment, il n'en revenait pas…

Cette fois, il allait devoir discuter avec son épouse et lui dire de mieux surveiller les garnements, même s'il se doutait qu'elle allait dédramatiser la situation d'un sourire.

De son côté, ne réfléchissant pas davantage, Folken s'était levé. Il était conscient de ce qui risquait de se produire.

Sur le seuil de la salle du Conseil, Hylden s'interposa.

— Où allez-vous ?
— Chercher Yiris !
— Vous pensez qu'elle est allée à Evakan, mais vous ne pouvez en être sûr !

Les deux hommes se jaugèrent du regard. La tension était palpable. Espérant calmer les choses, Meinmet prit la parole.

— Ce qu'il y a marqué, ces cinq symboles, c'est le prénom de Yiris dans sa langue natale.

Un froid parcourut la salle, puis le vieux Prince reprit son explication.

— J'ai étudié cette langue, je l'ai vu… et Folken aussi. Nous avions décidé d'attendre plus de détails pour évoquer ce point, cependant Yiris a été mise au courant avant que nous…
— Alors c'est Constantin qui a écrit ça n'est-ce pas ? Interrogea Hylden. Lui seul peut connaître la langue maternelle de Yiris… et la détester au point de… lui dédier un massacre… Elle l'a compris…

Hochant de la tête, Meinmet confirma ce que pensait le général.

— On ne s'est pas assez méfié de lui… Soupira Luyren. Sa disparition est passée presque inaperçue. Ceux qui s'y sont intéressés ont conclu à une probable mort suite à une mauvaise chute d'ivrogne… Alors qu'en fait, il avait tout préparé, il nous bernait… C'est peut-être… Non c'est sans doute à cause de lui que notre Roi a disparu…

Cette révélation provoqua un malaise général. Le traître était tellement proche…
Qui aurait crut que le garde de corps personnel du Souverain, un homme connu certes pour ses frasques, mais avant tout pour son efficacité, soit un ennemi ?

Tout cela, Folken l'avait déjà compris, et il était décidé à partir. Aussi, bouscula-t-il le général qui s'obstina à lui barrer le chemin.

— Laissez Yiris tranquille ! Dans quelques jours, ce ne sera même plus votre femme. Moi, je ne l'abandonnerai pas…

La scène qui suivit surprit tout le monde tellement elle était improbable, absolument irréaliste.

Le si calme Prince venait de plaquer violement le militaire contre un mur du couloir après l'avoir forcé à franchir la porte.
Les pieds de Hylden ne touchaient même pas le sol.

— J'y vais ! Et toi, tu restes là !

L'ordre avait été donné d'une voix agressive et sèche. Le visage de Folken n'était qu'à quelques centimètres de celui du général.

Personne n'osa interrompre cet instant qui, bien que ne durant que quelques secondes, sembla une éternité à tout ceux qui y assistaient.

Aussi brusquement qu'il l'avait happé, le Prince relâcha Hylden et s'en alla.

Tandis que le militaire reprenait son souffle, encore sous le choc de cette altercation dont la violence l'avait surpris, Meinmet se lança à la poursuite de son neveu.

— Folken, attend !

Entendant le vieil homme, le Prince s'arrêta, mais ne se retourna pas.

— Fais ce que tu as faire, mais crois-en mon expérience, reprit l'oncle, il faut savoir ce qui est précieux et faire tout pour le garder…

Un petit hochement de tête sembla lui répondre, puis Folken repartit en courant.
Hylden voulut se lancer à sa poursuite, mais, Luyren et Meinmet ordonnèrent de l'en empêcher avec l'appui d'Haymlar, soucieux, lui aussi de ne pas aggraver la situation.

Le jeune général eut beau hurler, se débattre de toutes ses forces, l'ancien second de Yiris, usant de son physique imposant, le maintint de forcer au sol presque une heure, de quoi donner une avance décisive à son rival.

Quand on le relâcha, Hylden n'insista pas et quitta les lieux pour aller se calmer seul, loin des regards. Maintenant, il haïssait Folken…
A ses yeux, le Prince utilisait la jeune femme comme un jouet parce qu'elle était différente des autres.

OoO

Evakan était une petite ville fortifiée située au sud de Fanelia, dans une des rares zones de plaine. Seul petit monticule à plusieurs kilomètres à la ronde, c'était un endroit tranquille réputé sûr.
A cheval, on rejoignait la capitale en moins de deux heures.

C'était le point de passage des caravanes marchandes des environs. Aussi, logiquement, ce furent des commerçants qui découvrirent un matin l'horreur dans une de ses formes les plus ignobles.
Evakan, devenue ville martyre, voyait le sang couvrir les pavés de ses rues… Il y avait tellement de corps à inhumer que la garnison proche envoyée sur place s'était avouée dépassée par la situation et s'était contentée de faire les premières constatations pour prévenir la capitale avant d'évacuer la pestilence ambiante, espérant des renforts.

L'odeur des cadavres, du sang, de la mort était quelque chose de familier pour Yiris. La sale besogne de l'enfouissement des corps, c'était presque quinze ans de sa vie.

En effet, les fausses-personnes ne craignaient pas les miasmes propagés par les chairs putréfiées.
Non seulement, ils étaient insensibles aux maladies humaines, mais en plus, ils n'avaient aucun odorat, ce qui leur facilitait largement la tache et de supporter leur propre puanteur lorsqu'ils usaient de leur véritable forme.

Malheureusement pour elle, l'humanité restante de la jeune femme lui avait aussi permis de garder ses sens.
S'habituer à cette insoutenable atmosphère avait été long et difficile, elle avait rendu son estomac des centaines de fois.
Si le nez ne percevait plus l'horreur, les années n'avaient pas rendu son regard aussi indifférent.

Sous un ciel nuageux, comme si le soleil ne voulait pas voir ce qui se passait en bas, la jeune femme enjambait les corps difficilement, appuyée sur son bâton.

Elle avait laissé son cheval à l'orée de la forêt, la pauvre bête n'avait pas à prendre le risque de contracter un miasme et, de plus, elle ne voulait pas que sa présence soit remarquée.

Déjà, rejoindre la cité avait été tout un parcours du combattant. Chevaucher couchée sur le cheval avec les jambes du même côté était une solution délicate.
Descendre de la monture s'était aussi révélé pathétique. Yiris avait fini par tomber lourdement.
Ajouté à cela le fait de marcher lentement appuyée sur sa béquille de fortune et de ne plus pouvoir se projeter, voilà qui était pénible dans ce genre de situation.
Le handicap au quotidien était déjà un poids, cependant là, il devenait encore plus insupportable. Les mois de cicatrisation arrangeraient peut-être davantage les choses… ou pas…

De toute façon, en ce moment, Yiris avançait sans trop se préoccuper de comment. Elle avait un objectif et ce but l'empêchait de trop s'attarder sur la vision effroyable des victimes.
Néanmoins, à un moment, elle y fut contrainte.

Trébuchant, elle se trouva à terre. Pour pouvoir se relever, il lui fallut dégager sa jambe la moins valide de ce qui l'avait fait tomber.
Tirant d'un coup sec sur sa robe écarlate désormais largement tâchée d'une autre nuance de rouge, elle découvrit un petit cheval de bois. Celui-ci était tenu par un petit enfant de trois ou quatre ans, on voyait une flèche plantée dans sa gorge.
Le regard de la petite victime trahissait ce qui avait dû être sa peur, sa surprise, et sa souffrance.

Désorientée, la jeune femme déplaça sa jambe, puis se pencha vers le petit.
Doucement, elle lui ferma les yeux et arracha la flèche en récitant une prière dans sa langue maternelle, au terme de laquelle elle serra fort sa croix.

Ce n'était pas la première fois qu'elle voyait un enfant mort. Durant ses quinze ans d'errance avec Lig Viete, elle avait vu les ravages des épidémies sur les plus faibles.
Là, c'était différent, c'était une main humaine qui avait donné le coup d'arrêt à cette petite vie. Yiris avait déjà vu des tueries, mais c'était des fortins ou des caravanes de marchands attaqués par des brigands.

Regardant autour d'elle, elle dut affronter l'ampleur du massacre. Des choses affreuses, elle en avait vu, mais là, cela dépassait l'entendement.
Ce n'était pas la première fois qu'elle voyait des enfants morts, cependant c'était le plus souvent le fait d'épidémie.
Bien sûr, elle avait vu des massacres de civils, mais pas de cette ampleur, une petite ville transformée en cimetière en une nuit, environ quatre à cinq cent victimes, c'était insensé.

A quel point fallait-il être froid et méthodique pour parvenir à un tel résultat ?

Après cette éprouvante interruption, se hissant sur son bâton, la jeune femme reprit sa marche.
Ses pas douloureux finirent par la conduire là où elle souhaitait.

Devant le spectacle, soudain rehaussé par la lumière rougeoyante du crépuscule échappée d'une éclaircie, Yiris ne put que tomber à genoux.
Ses jambes pliées sur le côté, dans un angle étrange du fait des attelles, tenant son bâton, son regard n'arrivait pas à se détacher de ce qu'elle voyait.

Une belle fontaine sculptée, trois figures féminines raffinées tenaient des vases d'où s'écoulait une eau teintée de sang.
Au-dessus, sur le mur de soutien de l'esplanade centrale de la ville, des bouts de corps, essentiellement des bras et des jambes cloués méthodiquement, formaient en cinq signes d'environ un mètre de haut chacun : son prénom en grec.

Il lui fallait affronter l'impensable réalité. En plus de tous les habitants d'Evakan, celui qu'elle appelait son frère était mort lui aussi ce jour-là…

OoO

Malgré la rapidité de sa chevauchée, Folken n'était parvenu à Evakan qu'à la tombée de la nuit. Rapidement, il avait découvert la cachette du cheval de Yiris.

Ayant récupéré l'animal, il le laissa avec sa monture au poste censé assurer la garde de la ville. Les soldats n'étaient pas fiers de leur manque de vigilance.
Après s'être lamentablement excusés, ils osèrent un conseil à l'attention du Prince.

— Votre Altesse, expliqua l'un d'entre eux, je vous préviens, non seulement, c'est moche à voir, mais l'odeur étoufferait n'importe qui, et encore, nous n'y sommes pas retournés, nous attendons de la chaux et des renforts ! Celaa doit être encore pire maintenant…

Folken haussa les épaules, il se doutait qu'il allait avoir à faire à quelque chose d'insoutenable, mais il y ferait face.

De l'extérieur, le vent amenait déjà le parfum morbide de la ville jusqu'à lui. Sans un mot de plus, il s'avança vers ce cimetière à ciel ouvert.

Le parcours lui donna vite des hauts le cœur, même s'il prenait soin de ne pas regarder les corps épars, se contentant de survoler des yeux son chemin pour enjamber ceux qui parsemaient la rue principale.
Le temps qu'il lui fallu pour parvenir à sa destination lui sembla interminable, mais c'était son but et lui seul qui lui permettait d'avancer dans cet enfer.

Et puis, elle apparut. Assise sur un rocher poli sous l'un des jets de la fontaine, repliée sur ses jambes fléchies, son bâton posé en travers de son ventre, elle semblait attendre de rejoindre les autres habitants du village.

Cela faisait des semaines qu'il ne l'avait pas vue. Il avait vraiment essayé de l'oublier, impossible... Parfois, il s'attendait à la voir à côté de lui comme du temps où elle le surveillait jour et nuit.
Plusieurs fois, il s'était posé la question du pourquoi de cette attirance folle qu'il avait ressenti pour elle cet étrange soir, cette façon dont il appréciait sa simple présence.
Il se souvenait avoir passé la nuit à la regarder dormir. Pourquoi ?

Son esprit était arrivé à une étrange conclusion, elle était « spéciale » à ses yeux. Quelque chose de subtil la différenciait de toutes les autres personnes.
Et cette particularité irrationnelle avait un pouvoir sur lui.

Cette théorie aurait dû être une base intéressante à étudier sur la machine Parque de Dornkirk. Une explication sur l'échec final du principe de manipulation du destin résidait peut-être dans cet aspect.

Tout ce travail finalement pour rien. Il y avait laissé son âme, et sa vie…
Cependant avec le recul, il était content d'avoir échoué. Les sentiments animant les individus devaient rester mystérieux.

Et en cet instant, ces sentiments mystérieux faisaient battre son cœur plus fort que d'ordinaire. Il fit quelques pas pour arriver au bord du bassin.

— Yiris !

Elle releva un petit peu la tête, révélant des yeux gonflés à force de pleurer. Son teint était étonnement pâle, ses yeux entourés de cernes violacés, comme quand elle était à l'agonie.

Hagarde, elle fixa l'arrivant, puis, comme si sa conscience revenait, son expression triste se teinta de certaine surprise.
Quelqu'un venir à sa rescousse lui semblait étonnant, et que ce soit Folken, là, c'était carrément improbable.

Le Prince eut du mal à la reconnaître. Affinée, les cheveux largement parsemés de mèches grisonnantes, elle apparaissait maladive.
Toute la passion qui l'animait semblait l'avoir quittée pour de bon.

Le jeune homme avait déjà remarqué cette lassitude quand elle avait quitté son poste et le palais, là, il avait l'impression que l'âme avait presque quitté le corps et que celui-ci fonctionnait pratiquement de façon automatique.

L'observant attentivement, il comprit qu'il devait arrêter de réfléchir et agir vite.
Elle avait récupéré un bout de verre et s'était déjà largement entaillé le bras gauche. Les veines au niveau du poignet suintaient de façon inquiétante.

Calmement, il enjamba le rebord de la fontaine et marcha vers la jeune femme sans la quitter des yeux. I
Il cherchait quelque chose à dire, mais il n'y avait rien à dire. La réalité des faits était là, rien ne pouvait en amoindrir l'horreur.

Alors qu'il s'approchait d'elle, Yiris se mit à hocher négativement de la tête.

— Laissez-moi… Demanda-t-elle d'une voix tremblante, quasi sans accent.
— Non, je vais te ramener, parce que cela ne sert à rien que tu restes ici !
— Savez-vous au moins pourquoi je suis là ?
— Le nom gravé est le tien. Ayant vécu sur la Lune des Illusions en m'intéressant aux civilisations, je connaissais son écriture. Souviens-toi, la gravure sur ta tresse...
— Alors vous savez qui a fait ça… Et si vous le savez, vous devez aussi comprendre qu'il continuera dans le seul but de me faire vivre l'enfer, alors autant arrêter là… Je suis responsable de la mort de ces gens, je dois partir avec eux…
— Non, tu dois rester parce que ta mort ne l'arrêtera pas et surtout que tu n'as pas à payer les conséquences de sa folie !
— Il avait sept ans quand je l'ai abandonné… Je ne peux pas lui reprocher d'avoir fait de mauvais choix…
— Maintenant, c'est un adulte, quand il a commandité ce massacre, il savait parfaitement ce qu'il faisait. Et toi, à l'époque où vous avez été séparés, tu étais également jeune et perdue dans un monde inconnu.

L'ancienne militaire soupira et sembla chanceler, la perte de sang commençait à lui faire tourner la tête.

Conscient de l'inutilité d'un quelconque discours, il vint au plus près d'elle. De là où elle était assise, elle le dominait. Sans doute plus tout à fait consciente, elle sourit bêtement face à cette situation inédite.

Le Prince était là, pour elle, de l'eau jusqu'au genou… Elle devait sans doute délirer.

Toujours aussi calme, Folken arracha la manche de sa chemise. Puis, doucement, il saisit le poignet gauche de Yiris et commença à le bander pour arrêter l'hémorragie.

Le geste surprit la jeune femme, elle leva les yeux vers lui. Il lui tendait la main. Sans réfléchir, elle lui avança la droite, lâchant par la même le bout de verre avec lequel elle s'était mutilée.

D'un geste sûr, il l'attira à lui. Elle passa son bras valide autour de son cou tandis que sa main bandée retenait difficilement son bâton.
Sans un mot, il la souleva.

Elle était complètement trempée, glacée, mais il était arrivé à temps. La tête posée sur son épaule, tremblant de tout son corps, les yeux clos du fait de la fatigue, elle ne vit pas qu'il avait laissé échapper une larme de soulagement.