Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]

Publié pour la première fois le 19 juin 2012

Chapitre 38

Quelque chose de précieux

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

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Plutôt que de retourner à Fanelia forcer Yiris à affronter le regard des autres et les innombrables questions qui lui serait posées, le Prince avait choisi de faire un détour par la cité troglodyte.
Il s'était juste contenté d'envoyer un message rassurant à la cité par la voie de Lekan et ses amis hommes-loups.

Après avoir pris un bain et s'être changé, Folken raconta l'horreur du massacre d'Evakan aux membres de la tribu.
Beaucoup n'arrivaient pas à concevoir que Constantin, qu'ils avaient si longtemps côtoyé puisse en être l'instigateur.

Maya et Lekan étaient moins émus. Pour eux, cette horreur n'avait rien d'étonnant.
Ils s'étaient toujours méfiés du frère de leur chef, homme imprévisible, capable d'une extrême violence, même si elle demeurait rare.

Pour eux, sa sœur était devenue le catalyseur de toute sa haine. Un jour, ils devraient s'affronter, et personne ne pourrait empêcher Yiris d'aller régler personnellement son compte avec Constantin.
Cependant, de part son serment de ne jamais tuer de sa main, avait-elle la moindre chance de survivre à l'affrontement ?

Après cette discussion, Folken se rendit auprès de Yiris. Le feu éclairait la grotte qui lui servait de chambre, le lieu même où le Prince s'était réveillé avec sa mémoire retrouvée.
La pièce était très simple : une table ronde et deux chaises devant la fenêtre obturée d'un rideau, un matelas surmonté d'une couverture bariolée posé sur une marche rocheuse servant de lit et une malle contre le mur du fond.
Assise sur un tapis devant le foyer, à l'endroit où se tenait le lit de camp qui avait servi à Folken après le combat du lac, la jeune femme avait toujours du mal à se réchauffer.
Vêtue d'une simple robe de nuit blanche fermée par un cordon noué qui en resserrait l'encolure, une veste cache-cœur noire par dessus, elle s'était enveloppée dans un châle multicolore.
Son poignet gauche solidement bandé, elle tremblait toujours autant qu'à Evakan.

Indifférente à son visiteur, triturant sa croix en pendentif d'une main, son bâton posé près d'elle, elle guettait le premier signe d'ébullition de l'eau qu'elle avait mis à chauffer près de la cheminée.
Sans doute espérait-elle qu'un thé aurait raison du froid qui la possédait.

Folken vint s'asseoir auprès de celle qui ne serait plus son épouse dans quelques jours. Il restait les derniers arrangements à finaliser, et ce mariage ne serait plus qu'un souvenir.

C'était probablement la dernière fois qu'ils seraient seuls tous les deux. Elle allait enfin reprendre sa liberté, et lui allait devenir ce qu'il devait être, Roi de Fanelia, la liste de ses épouses potentielles lui laisserait une grande liberté de choix.
Et cette fois, il aurait peut-être la chance de connaître un amour réciproque.

S'il ne l'avait déjà connu…

L'air absent, Yiris se servit enfin. L'eau chaude prit une jolie couleur ambrée au contact des feuilles de thé.
Satisfaite, la jeune femme savoura sa boisson qui apaisa la sensation de froid.

A boire trop goulument, un peu de liquide coula de la commissure de ses lèvres pour se perdre sur son menton, puis son cou.

Folken était hypnotisé par le trajet de la goutte. Avant que celle-ci n'atteigne l'épaule, il l'interrompit d'un baiser.

Surprise, Yiris retint difficilement son bol. Elle parvint à le poser, cependant le reste de son corps resta figé.
Doucement, le Prince lui caressa la joue, elle tressauta. Il lui sourit, elle le regarda brièvement avant de baisser la tête, visiblement embarrassée.

A cet instant, il y avait quelque chose de fragile en elle. Cessant de réfléchir, Folken se rapprocha.
Sûr de lui, il l'enlaça d'un bras autour de la taille une main derrière le cou. De prime abord, elle resta de marbre, mais sentant le regard du jeune homme sur elle et ses doigts jouant dans ses cheveux, elle frissonna, pas du fait du froid cette fois.

Lentement, Le Prince se pencha vers son cou pour remonter avec de petits baisers légers le chemin de la goutte dont il avait interrompu la course. Pour mieux se laisser faire, la jeune femme renversa la tête en arrière.
Lorsqu'il eut achevé ce parcours sensuel, il l'embrassa. Comme une statue à laquelle on insufflerait la vie, elle se détendit.
Entrouvrant ses lèvres, elle laissa la langue du jeune homme jouer avec la sienne, tandis qu'elle passait ses bras autour de lui.

Après ce baiser délicieusement long, Folken regarda sa femme droit dans les yeux, se détachant légèrement d'elle :

— C'est vraiment ce que tu veux ?

Pendant quelques secondes qui lui parurent interminables, il s'interrogea sur sa réponse.
Tant de nuits, il avait rêvé de la posséder à nouveau, mais il s'était toujours juré qu'il ne ferait rien sans qu'elle le souhaite aussi et, là, il avait déjà largement franchi la limite.
Il la sentait hésitante, puis, peu à peu, elle appuya ses mains plus fermement sur son dos et son regard prit une certaine intensité.

— Oui ! Lui répondit-elle avec une certaine assurance.

Il soupira… La façon dont elle commençait à le caresser des yeux ne faisait que faire croître son désir.
Alors, il la souleva du sol avant de la porter sur le lit sur lequel, repoussant l'épaisse couverture colorée, il l'allongea délicatement.
Ensuite, il s'assit près d'elle, comme il l'avait fait le soir de leurs noces. Mais cette fois, la notion de contrainte avait disparu…

Tout était différent, ils se redécouvraient…

Lentement, Folken défit le nœud du cache-cœur, puis desserra le cordon de sa robe, dégageant le cou. Se penchant, il prit le temps de sentir le parfum de la peau de la jeune femme.
Aucun tremblement, aucun mouvement de recul, elle se laissait aller. Contrairement à la première fois, elle était sereine.
Le Prince resta un moment pensif. Fermant les yeux, il se souvint des moments qu'il avait passé seul avec son épouse.

Cette nuit où le temps avait cessé d'exister… Ces derniers mois, Le Prince était arrivé à penser que cela n'avait été qu'un rêve, comme le baiser devant la fontaine à Asturia…
Et là, la chaleur qui l'envahissait, cette sensation que son cœur allait exploser lui prouvait qu'il s'agissait bien d'une réalité.

Elle était là, tout à lui… Il l'avait fuit pendant des jours et des jours parce qu'il le savait, elle était son point faible.
Face à elle, il était incapable de garder ce calme qui le caractérisait tant.
En son for intérieur, il débordait d'ardeur, mais il ne voulut pas brusquer les choses. Lentement, il déshabilla son épouse avant de se dévêtir à son tour.

Handicapée par les séquelles de ses blessures, elle était contrainte de rester allongée. Sa souplesse légendaire n'était plus qu'un lointain souvenir. Devenue aussi raide que son cher bâton, elle profita cependant de la présence d'une parcelle de peau de son mari à portée pour y poser ses lèvres.

De son côté, Folken se plaisait à sentir les petites marques de tendresse de sa femme, et notamment les petits effleurements de ses doigts fins qui dessinaient d'étranges arabesques sur sa peau.

Après avoir longuement parcouru le corps de son épouse de caresses et de baisers,
Le Prince s'étendit sur le côté et fit doucement pivoter Yiris sur le flanc pour qu'elle lui fit face et l'enlaça de ses bras protecteurs.

Ils restèrent longuement ainsi. Le simple fait d'être contre cet homme apportait une sorte de paix à la jeune femme. Le sentiment de la bulle qu'elle avait vu en dernier alors que son esprit était au bord de la mort l'envahissait à nouveau.

Folken écoutait la respiration de son épouse. Quand il la sentit totalement apaisée, avec une infinie douceur, il entreprit de soulever délicatement une jambe de la jeune femme pour glisser la sienne en dessous.
Ainsi, après quelques tâtonnements, il trouva comment se frayer un chemin.
Le sentant entrer en elle, Yiris se cabra. Elle aurait cru que l'effort sur son bassin fracturé l'aurait fait souffrir, ce fut l'exact contraire, elle y prit du plaisir.

Au fil d'ondulations parfois lascives, parfois plus brutales, ils savourèrent leur union. Leurs regards se croisaient régulièrement, trahissant la passion qui les liait.
Quand leur désir fut soulagé, ils passèrent un long moment à reprendre leur souffle, sans un mot.
Folken se perdait dans ses yeux bigarrés de Yiris. L'instant était irréel, elle aussi le fixait. Puis, de concert, dans une parfaite synchronisation, ils s'embrassèrent.

Dans la sensualité de ce moment, la jeune femme aurait voulu mourir, simplement parce qu'elle savait que ce n'était qu'une parenthèse enchantée.

Le lendemain, elle redeviendrait le rebus, juste un cœur qui bat, mais pour rien…

Finalement, elle avait bel et bien tout perdu… Y compris son frère ou du moins ce qu'elle s'était obstinée à croire qu'il en restait.
Son souhait ne s'exauça pas. Aussi fataliste, elle préféra plutôt savourer cet instant et finit par s'endormir blottie contre le Prince qui la garda un long moment contre lui.
En proie à des sentiments totalement contradictoires, ce dernier était incapable de trouver le repos.

Les paroles de son oncle lui revinrent à l'esprit.

— Il faut savoir ce qui est précieux et faire tout pour le garder…

Ce qui est précieux…C'est une chose, mais quand en face il y a des responsabilités… Peut-on se permettre de privilégier son bonheur personnel face à celui de milliers d'individus ?

Il observa le poignet bandé de Yiris, conscient que cette dernière était à la merci de son frère, capable de l'atteindre sans même s'approcher d'elle.
Constantin, le traître, dont il était maintenant quasi certain qu'il soit mêlé à la disparition de Van… Il fallait le trouver pour l'empêcher de nuire une bonne fois pour toutes…

Ayant besoin de s'aérer pour mieux réfléchir, Folken se leva, prenant garde à ne pas réveiller son épouse.
Un peu bousculée, elle se contenta de soupirer avant de se recroqueviller comme si elle avait un peu froid malgré la couverture.

De son côté, il se rhabilla et quitta la chambre, la laissant se reposer.

OoO

Le sommet du rocher qui servait de forteresse à Irini offrait un point de vue fascinant sur les environs, des kilomètres de vue dégagée dont on pouvait passer des heures à profiter.

Sans bien connaître les lieux, l'errance de ses pas avait conduit Folken à cet endroit. Il s'était assis et observait le paysage en tenant de faire le vide dans son esprit.
Même si on ne voyait pas encore les lueurs de l'aube, le temps avait bien passé et la nuit devait toucher à sa fin.

La solitude du Prince fut brisée d'une façon inattendue.

— Enfin, je vous trouve, vous m'en aurez donné du fil à retordre !

Se retournant, il vit Yiris, debout, sans ses attelles, s'appuyant juste son bâton.
Visiblement, le trajet pour arriver là avait dû être éprouvant, elle était essoufflée, cependant semblait afficher une humeur joyeuse en contraste total avec l'abattement mélancolique dans lequel elle était quelques heures auparavant.

Soulevant son arme du sol, elle fit quelques pas sur ses seules jambes en écartant largement les bras comme une équilibriste.

— Vous vous souvenez ? Je vous avais promis qu'un jour, je me tiendrais debout sur mes pieds, et que je vous remercierais, et bien, ce jour est arrivé ! Alors, merci !

Folken se leva stupéfait. Décidément, la détermination de Yiris était incroyable. Son rétablissement rapide ne pouvait être seulement mis sur le compte de la capacité de régénération des fausses-personnes. Pour en arriver là, elle avait fait preuve d'une ténacité sans limite.

Après ce qui s'était passé, il ne pensait pas qu'elle viendrait le voir et encore moins pour lui montrer cet exploit inespéré.
De ce fait, il resta muet.

— Quel enthousiasme… Vous me vexez… Fit Yiris dépitée.

A part la fixer d'un air hagard, Folken fut incapable de faire quoique ce soit. La jeune femme finit par perdre son sourire triomphant.

— Après tout, quand on réfléchit, pour des gens comme vous qui savez voler, les petits humains qui sont content de se tenir debout, ça doit être risible…

La remarque étonna le Prince. C'était la première fois que Yiris faisait référence à son appartenance à la race du peuple du Dieu Dragon.

— Pourquoi penses-tu cela ? Demanda-t-il, intrigué.
— A la base, je ne connaissais pas trop cette légende. On m'a expliqué que notre Roi avait pour mère une descendante du peuple du Dieu Dragon. Il a fallu que j'apprenne à lire et que je dévore de vieux livres de légendes pour mieux comprendre… Quand on peut voler, on est largement plus libre que les autres qui ne peuvent que marcher…
— C'est faux ! Répondit calmement Folken. Voler n'a rien d'extraordinaire… Les humains sont faits pour marcher sur le sol. La preuve, c'est que nos ailes font de nous des monstres. Le désir de nos ancêtres de se dépasser en volant était une erreur…
— Vous, vous pouvez comparer, pas moi ! Attention, je ne dis pas qu'être comme vous est une chance, mais j'avoue que, comme chaque humain je pense, j'aurais bien aimé, ne serait-ce qu'une fois, pouvoir voler comme un oiseau et voir ce que ça fait de se libérer de la gravité qui nous retient sur terre.

En disant cela, Yiris avait regardé le ciel, songeuse. Soudain, elle finit par s'appuyer de nouveau sur son bâton.

La grimace qu'elle esquissa montrait que sa volonté de se tenir droite commençait à devenir douloureuse.

Conscient qu'il avait sans doute réagi de façon trop froide face à son exploit, Folken ne réfléchit pas plus avant et voulut lui faire plaisir.

— Tu veux que je te montre ce que c'est que de voler ?

A ces paroles, la jeune femme écarquilla les yeux, elle ne s'attendait pas à une telle offre.

— Je sais que pour vous, ces ailes sont taboues, alors, je ne vous demande rien.
— Tu ne demandes rien, c'est moi qui propose !

Perplexe, Yiris jaugea la situation. Voler, c'était encore un de ces trucs fous qui n'était possible que sur Gaea, mais quelque part, ça lui faisait un peu peur…
Ceci dit, consciente qu'elle n'aurait peut-être pas d'autre opportunité, elle finit par accepter.

— D'accord, je veux bien essayer ! Dit-elle avec un petit air malicieux.

Folken sourit et commença à retirer sa veste et sa chemise qu'il tendit à Yiris.

La scène qui suivit fut pour la jeune femme la chose la plus incroyable qui lui avait été donnée de voir.
Sous ses yeux incrédules, le Prince déploya ses ailes. Bien trop grandes pour être dissimulées dans le corps, elles semblaient sortir de nulle part, apparaître comme par magie.
Immenses et blanches comme dans les légendes qu'elle avait lues, elle était fascinée. Alors, c'était vrai, les anges existaient.

Spontanément, elle tendit la main pour les toucher et effleura les plumes toutes douces avant de se raviser, trouvant son comportement puéril. Folken sourit.

— Ainsi donc, cela ne te fait pas peur ?
— Non, au contraire, c'est beau… Vous savez, dans nos croyances sur Terre, les anges sont plutôt des êtres bénéfiques. C'est sur Gaea que cela est mal vu…

Il s'approcha tout près de Yiris, elle resta immobile, juste à le regarder avec ses ailes, c'était tellement surréaliste et surtout beau !
Doucement, il la souleva du sol, un bras sous les genoux, un dans le dos. D'une main, Yiris tenait la chemise et la veste du Prince, de l'autre, elle gardait son bâton fermement.

Sans un mot, il décolla du sol. Apeurée, La jeune femme ferma d'abord les yeux en se recroquevillant sur elle-même.
Sentant l'air son visage, elle réalisa qu'elle était vraiment dans le ciel. Alors, elle ouvrit un œil, puis le deuxième pour regarder le monde d'en haut.

Que c'était beau… L'impossible devenait possible, elle volait, et pas dans une machine, c'était fou…
Pour la première fois de sa vie, impossible d'être blasée.
Elle profita un moment du paysage, puis se tourna vers le Prince.

— Merci…

Doucement, elle se détendit et appuya sa tête contre son cœur. La sentir agir ainsi émut Folken, il en profita sans une parole.
Ils volèrent encore quelques minutes avant de repartir vers Irini. Une fois revenu sur le sol, Folken déposa délicatement Yiris qui chancela, encore décontenancée par son expérience.

Muette, elle le vit faire disparaître ses ailes. Elle en arrivait à penser que c'était une illusion qui devenait, un temps, réelle.
Gaea était vraiment un monde créé par les rêves.

Ne quittant pas le Prince des yeux, elle lui tendit ses vêtements. Il se rhabilla dans le silence. Il n'osait pas le dire, mais l'effet qu'il avait produit l'amusait profondément.
La réaction enfantine de Yiris lui rappelait celle de Naria et Eriya il y a bien longtemps.

Depuis sa résurrection, il n'avait jamais osé déployer ses ailes, de peur qu'elles soient encore noires. Leur blancheur présente était la preuve qu'il avait été comme pardonné.

C'était bien une seconde chance, mais quel en était le sens ? Avec la disparition de Van, il se demandait si ce n'était pas finalement une nouvelle malédiction…

Les premières lueurs de l'aube apparaissaient à l'est. Il les observa pensif, puis se tourna vers Yiris.

— J'ai une question à te poser…
— Ah… laquelle ?
— Tout ce que je te demande, c'est d'être honnête. Ne pense pas aux conséquences de ce que tu répondras. Je sais que tu es quelqu'un de franc, je souhaite que tu le sois aussi sur ce point !
— Soit… Répondit Yiris en opinant de la tête avec une certaine inquiétude.

Folken soupira, il était à environ deux mètres d'elle, il la regardait droit dans les yeux. La jeune femme, bien qu'un peu intimidée, le fixait également. Elle redoutait ce qu'il allait dire…

— Yiris, est-ce que tu m'aimes ?

L'ancienne générale eut du mal à rester droite. La question était loin d'être hors contexte, mais elle lui fit un étrange effet…

Un instant de réflexion, elle fuit le regard du Prince, et se mordit les lèvres en croisant nerveusement ses bras, et en triturant entre ses doigts le tissu de ses manches… Un certain point la préoccupait

Une longue inspiration, un coup de bâton sur le sol pour décharger la tension, elle se tourna vers Folken avec cet air ferme et décidé qui la caractérisait tant.

— J'ai appris pas mal de choses à votre sujet. Apparemment, récupérer les animaux blessés et en faire quelque chose de potable semble être l'un de vos passe-temps. Or, je refuse d'être une petite chose abîmée que l'on répare.
Alors, moi, je vous demande, vous ressentez de la pitié pour moi ?

Le Prince comprenait de quoi elle parlait. La crainte de Yiris était logique connaissant son histoire.
Ils se fixèrent les yeux dans les yeux quelques instants.

Puis, calmement, il s'approcha de la jeune femme. Immobile, elle se contenta de relever mécaniquement la tête pour ne pas perdre son regard.
Doucement, il lui caressa la joue, puis l'épaule, comme il l'avait fait devant le foyer de leur appartement à Fanelia le soir de leurs noces si particulières.

— A ton avis, demanda-t-il de sa voix si calme et posée, les deux nuits que nous avons partagé, c'était de la pitié ?

Aucun mot ne franchit les lèvres de Yiris, son visage parla pour elle, elle s'attendrit à la pensée de ces moments si particuliers.
Le Prince la rapprocha de lui en l'enlaçant par la taille. De l'autre main, il parcourut délicatement le dessin de la grande cicatrice de son visage.

Il se pencha vers elle, elle avança sa main pour la poser doucement sur son cou, et dans cette aube, ils s'embrassèrent.
Leur amour était évident, mais tellement irréaliste pour eux qu'ils n'arrivaient pas à l'exprimer par les mots.

— Yiris, je te ne demanderai jamais de changer. Ce que je souhaite, c'est que tu rentres avec moi à Fanelia. J'ai besoin de toi à mes côtés. Ils veulent me faire Roi, alors ce sera toi ma Reine.

La jeune femme lui offrit un regard un peu interloqué, elle croyait rêver éveillée.

— En faisait de moi une Reine, dit-t-elle d'une petite voix tout douce, vous allez provoquer quelques malaises. Je connais certaines personnes qui ne pourraient imaginer pire cauchemar…
Ma foi… Je serais heureuse d'être à vos côtés, mais je ne pense pas être celle qu'il vous faut… Dans un pays comme Fanelia, où il n'y a plus d'héritier, il faut une jeune femme en bonne santé pour faire des enfants, pas une presque quarantenaire mutilée de guerre…
— Ne t'inquiète pas pour cela. Ceux qui ne supportent pas l'idée devront apprendre à s'y faire ! Quant au problème de la descendance, essayons avant de nous déclarer vaincus !

Tout ceci était complètement fou et pourtant… Un souffle de vent ébouriffa encore davantage les cheveux de la jeune femme.
Elle souriait, se croyant rajeunir de vingt ans.
En fait, elle avait l'impression de connaître ce que devait être la légèreté de l'esprit d'une adolescente amoureuse qui ne voyait que le côté positif de ce qui l'attendait, sous-estimant les difficultés.

— Alors soit ! Mais avant de partir mettre Fanelia sans dessus dessous, il y a une chose que je dois dire…

Ne laissant pas le temps au Prince de comprendre quoique ce soit, la jeune femme se mit brièvement sur la pointe des pieds et lui vola un baiser.

— Je t'aime Folken Fanel !

Il eut un petit sourire amusé. Puis dans un élan spontané, il saisit Yiris par la taille, la soulevant du sol, et la fit tournoyer comme dans une valse.
Stupéfaite, elle en lâcha son bâton et se mit en rire aux éclats, Folken fit de même.

La reposant sur le sol, Le Prince posa son front contre celui de son épouse, caressant sa joue.

— Je t'aime Yiris Aryenciapolos !

Personne ne sut ce qui s'était passé ce matin-là, et pourtant, le sort d'un pays allait s'en trouver bouleversé.

Avec Folken et Yiris à sa tête, Fanelia s'apprêtait à changer.