CHAPITRE XII

12.

Erendal tressaillit.

- Que viens-tu faire chez moi ? glaplit-il.

- Tu ne m'attendais donc pas ?

- Si, mais pas en ce moment. Qui t'a amené ? Question stupide, ton Dragon bien sûr !

- Qui d'autre ? rugit Erond. Mais je ne peux me mêler de combat entre Anges.

Et l'immense Dragon se coucha, paisible, en signe de non-agression, laissant le Diabolique et le Déchu face à face.

Anthénor se tourna vers son adversaire de toujours.

- Je ne t'ai jamais fait de mal. Tu m'as détesté dès que j'ai franchi les portes de l'Académie de la Flotte. J'ai accepté de poursuivre ma vie avec cette certitude. Maintenant, je crois que nous sommes à égalité des forces, pour la première fois depuis notre rencontre !

- En effet, je ne peux contester ce fait. Tes alliés. Tu es devenu affolant alors que tu aurais dû demeurer dans le ruisseau où tu es né. Mais n'oublie pas ma Protectrice, elle peut fausser le jeu et se mêler de notre engagement. La partie ne sera jamais égale !

- Je m'en fiche ! déclara le balafré à la crinière de jais. Erond ne va pas bouger, mais ça empêchera aussi ta Cyphère de s'approcher !

Les deux Anges déployant leurs ailes, ils se précipitèrent l'un vers l'autre pour un unique choc.

- Tu as triché ! se plaignit Erendal.

- Oui, c'est la seule façon de faire avec toi, gronda Anthénor, ayant un regard pour la pointe de harpon qu'il tenait dans la main.

- Tu l'avais dans ta manche.

- Au propre comme au figuré ! Je ne t'ai jamais fait aucune confiance, Erendal.

Sans qu'il s'en rende compte, la crinière du jeune balafré était redevenue claire.

- Quoi, ça se termine comme ça, si facilement ?

- Tu n'es pas important, Erendal. Les univers se passeront très bien de toi.

D'un geste rageur, Anthénor planta la pointe de son arme dans la gorge de son ennemi.

- Ce n'est pas par plaisir. C'est la seule façon de te renvoyer à tes ténèbres. Je dois te décapiter.

Erendal eut un soupir.

- Régale-toi, rebus de gouttière. Tu auras eu le dernier que Cyphère a créé. Mais la Cohorte suivra.

- Je me fous de ta Cohorte ou de n'importe quelle meute ! Qu'importe le temps, le siècle passé ou à venir. Il y aura toujours un balafré, ses Dragons, pour défendre ceux et ce qui est juste ! Je ne suis, moi aussi, qu'un pion, dans la destinée des univers. Cyphère est éternelle, mais les Dragons aussi, et ils trouvent toujours un porteur de leurs cœurs.

Ses mains de métal pourtant douces comme une véritable peau, Lothan déposa une tasse de café noir et très fort entre les mains de son jeune ami à la crinière aux reflets redevenus de cuivre.

- C'est fini ?

- Pour Erendal, oui. Pour les monstruosités surnaturelles, cela ne le sera jamais. Mais j'ai donné pour mes combats. Ma mission s'arrête.

Anthénor porta son regard vers la table la plus proche de lui.

- Erond est parti. Je n'ai plus besoin, et inversement. Je suis en pais, dans la mesure de mon boulot de Militaire devant préserver autant que possible l'ordre et la sécurité !

- Tu es sûr ?

Anthénor ne répondit pas tout de suite, le regard dans le vague.

- Dans un rêve, j'ai eu une vision. Un balafré, roux étincelant comme aux origines, le regard d'émeraude. Et il devait s'appeler Alphégor. C'était bien une projection de l'avenir. Je suis en paix. Je peux faire mon job, rentrer chez moi, en famille !

- Moi, je serai toujours là.

- Je n'en doute pas. Tu es éternel, Lothan.

- Je servirai toujours un balafré.

- Merci, Lothan.

Anthénor but sa tasse à petites gorgées.

- Où allons-nous ? reprit l'Androïde.

- D'abord une petite halte à un Metal Bloody Saloon de Bob. Quelques godets à vider avec mon père. Ensuite je laisserai les événements me guider. Je me sens libre, Lothan, comme jamais. Et je me sens bien !

Anthénor sourit, aux anges, véritablement, et à jamais.

FIN