Chapitre 2

Retour dans le monde magique

Elle avait les yeux fixés sur la photo, la bouche légèrement entrouverte. Comment était-ce possible ? Que s'était-il passé ? Faisait-elle un cauchemar ? Elle commença à lire l'article, qui faisait la première page.

« Dolorès Ombrage nommée Première Ministre ! C'est avec peu de surprise l'ancienne médecin a été élue par la Reine. Retour sur un parcours peu habituel. Dolorès Ombrage s'est fait connaître du grand public suite à une photo d'elle secourant un enfant lors de l'écroulement de l'Elizabeth Tower, le 4 juin 1998. Cette brave femme a sauvé plusieurs vies ce jour-là, grâce à la rapidité de ses interventions. La Reine a accepté de la rencontrer, et c'est ainsi qu'une grande amitié est née. Mme La Présidente a démontré auprès du peuple sa capacité à diriger en participant à l'organisation des recherches de survivant lors de la grande inondation de Liverpool. Sa popularité n'a depuis cessé d'augmenter, notamment grâce à... »

Hermione reposa le journal, la suite de l'article ne faisait que louer les hauts faits de Dolorès Ombrage. Elle devait avoir l'air étrange, car une vieille dame s'approcha d'elle, et sourit à pleines dents en voyant l'article :

« C'est super non ? C'est la meilleure des nouvelles que nous avons eues ces derniers temps. Je suis persuadée que Mme Ombrage réussira à arranger le pays, et à empêcher ces horribles accidents d'arriver. »

Hermione se força à sourire, et la vieille dame retourna à sa lecture. C'était la première fois depuis qu'elle avait emménagé dans la montagne qu'elle avait un choc pareil. Voir ce visage si familier, et si détesté, faisait revenir les souvenirs qu'elle essayait depuis des mois d'oublier. Elle décida de rentrer immédiatement chez elle. Sur le chemin du retour, des images de Poudlard, d'Harry, de Ron, lui tournaient dans la tête. Elle se sentait si triste. Elle avait tout perdu : foyer, famille, amis, amour… Et voilà que le visage de Dolorès Ombrage réapparaissait. Elle haïssait tellement cette femme, si cruelle, si maléfique. En arrivant à la cabane, elle s'assit par terre, et pour la première fois depuis des années, elle pleura. Elle n'avait plus ressenti d'émotion aussi forte depuis des mois, tout le désespoir qu'elle avait enfoui en elle se relâcha d'un coup. Epuisée, elle s'endormit à même le sol, le visage trempé par les larmes.

Elle lisait et Harry et Ron jouaient aux échecs à côté d'elle, le feu brûlait dans la cheminée de la salle commune des Gryffondors. Ginny riait aux blagues de Fred et George, et Pattenrond ronronnait sur un coussin. Elle se tourna ensuite vers ses parents qui la serrèrent dans leur bras. Puis soudain, elle se retrouva dans un couloir du château, seule avec Ron, qui s'approcha et caressa sa joue. puis il l'embrassa.

Elle se réveilla à ce moment-là, le coeur rempli de bonheur et les joues rouges. Elle avait cessé de pleurer, et elle murmura « Moi aussi je t'aime, Ron. » Puis son sourire disparut de ses lèvres, revenant peu à peu à la réalité. Elle vivait cachée dans une vieille cabane sur une montagne éloignée de tout, Harry, Ron et Fred étaient morts, et il était possible que les autres Weasley le soit aussi. Ses parents étaient en sécurité à l'autre bout du monde, et elle ne les reverrait probablement jamais. Poudlard était à la merci des mangemorts, Rogue était mort, et le nouveau directeur devait être bien pire que lui.

Rogue. Elle n'avait plus pensé à lui depuis des mois. Elle le revoyait mourir sous ses yeux, Harry récolter ses larmes. Harry s'était dirigé seul vers le bureau de Dumbledore pour accéder à la Pensine, pendant qu'Hermione allait essayer d'annoncer la mort de Ron au reste de la famille Weasley, apprenant en même temps la mort de Fred, Tonks, Lupin et tant d'autres. Elle n'avait pas pu pleurer cette nuit-là, sa douleur allant au-delà des larmes. Elle n'avait pas craqué quand elle avait vu Olivier et Neville porter le corps sans vie de Colin Crivey, ni quand Harry lui a raconté l'histoire du maître des potions, ni quand il a dit qu'il devait mourir. Elle n'avait pas pleuré quand elle avait vu Harry, mort, dans les bras de Hagrid.

Mais apprendre que le monde moldu anglais était désormais à la merci de Ombrage, ça, ça l'avait achevé. Et surtout, Hermione s'en voulait. Elle avait fui la bataille, laissant ses

amis derrière elle, pour se terrer dans une montagne. Elle vivait une vie d'ennui, de peur, elle passait ses journées à ne rien faire.

Elle se releva, et pour la première fois depuis des mois, elle était de nouveau déterminée. Elle allait se battre.

Il fallait qu'elle agisse le plus vite possible. Elle devait se procurer un exemplaire de la « Gazette du Sorcier » datant du jour même. Hermione sortit de la cabane et se rendit chez au village où elle avait l'habitude de faire ses courses, sans même changer son apparence. D'un discret coup de baguette magique, elle prit une petite poignée de cheveu à un jeune homme d'environ 25 ans qui passait par là. Elle ne pouvait utiliser les mêmes cheveux que d'habitude, car la présence d'une adolescente seule aurait paru étrange au Chaudron Baveur au milieu de l'année scolaire. Elle retourna dans la maison de son oncle, et but un peu de polynectar avec un cheveu dérobé. Elle failli vomir tellement le goût était ignoble. Elle se sentit grandir, ses cheveux raccourcirent, et une légère barbe lui poussa sur le visage. Elle enleva ses vêtements de femme, et chercha dans le sac en perle qu'elle ne quittait jamais les anciens habits de Ron et de Harry, qu'elle n'avait pu se résoudre à jeter. Une fois vêtue, elle se regarda dans le miroir. Elle était grande, maigre, ses cheveux bruns étaient très courts et elle avait une cicatrice sur la joue droite. Parfait, elle passerait inaperçue. Elle rabattit la capuche de sa cape sur sa tête et transplana.

Elle arriva entre deux arbres dans un petit parc. Hermione y avait passé un après-midi avec ses parents, des années auparavant, après avoir fait des emplettes au Chemin de Traverse. Le parc était vide, la brume épaisse et le froid décourageant les gens de sortir de chez eux. Hermione se sentit soudain très triste, et elle fut parcouru d'un frisson. Il devait y avoir un ou deux détraqueurs dans le coin. Elle mit la main sur sa baguette pour se donner du courage, et se dirigea d'un pas ferme vers le Chaudron Baveur. Elle ne devait surtout pas avoir l'air hésitant.

Elle mit la main sur la poignée de la porte du bar, et s'y engouffra. Une odeur nauséabonde lui fit froncer le nez, une odeur qu'elle n'avait plus sentie depuis des années. Un troll. Il y avait un troll dans ce bar. Elle regarda rapidement autour d'elle. La pièce était sombre et sale. Des personnes à l'apparence douteuse étaient assis autour des tables, regardant le nouvel arrivant avec un air suspicieux. Le barman souriant, Tom, n'était pas présent, et avait apparemment été remplacé par un homme gigantesque à la peau noire et aux yeux sombres et effrayants, qui essuyait machinalement un verre en la fixant du regard. Hermione ne s'attarda pas et traversa le bar en en direction de la porte qui menait à la cour arrière. Une fois dehors, elle respira un grand coup, mais l'odeur de troll persistait. Elle comprit pourquoi quand un homme jeune et boutonneux venant du fond de la cour s'approcha d'elle, suivit par un petit troll, probablement un enfant.

« Et toi ! s'écria le jeune homme. Tu dois payer !

- Payer quoi ? Demanda Hermione, soudainement très stressée. Sa voix n'avait pas changé !

- Bah le prix d'entrée ! Faut payer maint'nant pour aller au Chemin de Traverse. Ca fait un an qu'c'est comme ça. Mais tu sors d'où ? Dit-il d'un air soupçonneux.

- Je… je rentre de voyage. Dit-elle de sa voix la plus grave possible. J'étais à l'étranger.

- Ah. Bon bah donne-moi 14 mornilles et trois noises. Hermione fouilla dans ses poches fébrilement, et remercia silencieusement Ron de toujours oublier sa monnaie dans son pantalon.

Elle donna les pièces au jeune homme, qui s'éloigna sans rien dire, accompagné du troll.

Hermione soupira, elle ne savait pas pendant encore combien de temps son coeur tiendrait !

Elle tapota certaines pierres du muret qui menait au Chemin de Traverse avec sa baguette, et s'engouffra dans le trou que laissé par les pierres qui venaient de s'écarter.

Ca y est, pour la première fois depuis un an et demi elle était de retour dans le monde sorcier !

La rue était pratiquement vide, et la plupart des magasins étaient fermés. Elle constata avec tristesse que la ménagerie magique avait fermé, et que le magasin Weasley avait brûlé. L'apothicaire et Fleury et Bott semblaient toujours ouverts. Des avis de recherche étaient placardés sur les murs, et Hermione reconnu avec joie les visages de Neville et Bill Weasley sur certaines d'entre elles. Ils étaient en vie ! Avec soulagement, elle vit que son visage n'était représenté nulle part. Elle devait donc être officiellement morte.

Mais elle commençait à s'égarer. Elle devait se procurer un exemplaire de « La Gazette du Sorcier ».

Elle se dirigea vers Fleury et Bott, et entra dans la boutique. La seule chose qui avait changé depuis la dernière fois qu'elle avait fait ses emplettes ici était les livres proposés à la vente. Elle ne reconnaissait que très peu d'ouvrage. Beaucoup de livres traitaient de la magie noire. Aucun de ces anciens livres d'école n'étaient présentés. Il n'y avait aucun client, seul le libraire était présent. Elle feuilleta un livre sur l'histoire du monde sorcier du 20e siècle. Selon la table des matières, aucun chapitre ne semblait parler de Harry Potter ! Par contre, plusieurs chapitres semblaient parler de Voldemort. Elle reposa le livre, songeuse. C'était donc ça le but des mangemorts ? Prendre définitivement le pouvoir en essayant de supprimer toute trace de la résistance ?

Sa réflexion fut interrompue par la clochette de la porte du magasin qui retentit. Elle se retourna discrètement pour savoir qui venait d'entrer. Elle failli lâcher son livre, et son coeur commença à battre à vive allure. Drago Malefoy se tenait devant elle !