Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Publié pour la première fois le 26 juin 2012

Chapitre 39

Le couronnement de l'ère du changement

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

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Trois semaines avant, Folken avait laissé Yiris aux portes de la ville. Se dissimulant dans un recoin, ils s'étaient embrassés avant de se séparer.

Ce jour-là, il avançait vers son destin. Au petit matin, il était allé se recueillir sur la tombe de son père, près d'Escaflowne. Toutes ses pensées allaient vers son cadet.
Sans doute était-ce parce qu'il le croyait encore vivant quelque part qu'il n'avait pas encore fait graver quoique ce soit sur la pierre…

De toute façon, quelle valeur avait cette gravure ? Son propre nom avait été martelé au ciseau car il était revenu d'entre les morts…

En acceptant d'être couronné Roi, il protégeait le bien de son pays, tout en gardant toujours à cœur de résoudre le mystère de la disparition de Van.

Pour l'occasion, il avait en partie satisfait à la tradition en portant l'armure traditionnelle royale, à l'exception du casque.
Refusant de s'abaisser devant un membre du clergé dont il gardait le souvenir de ces derniers lui jetant des regards désapprobateurs à lui et à sa mère, il avait reçu le sacrement debout.
Une nouvelle épée avait été forgée à partir de celle de Van, retrouvée dans l'épave de son melef.

Etant donnée la fraîcheur du temps de cette fin d'hiver, la cérémonie s'était tenue à l'intérieur.
La salle du Trône était comble, les couloirs bondés.

Ainsi, un ressuscité devenait Roi.

Certaines personnes appréhendaient l'événement…

Assise dans une confortable chaise, Merle debout auprès d'elle, Hitomi assistait, émue, à la cérémonie, se souvenant du couronnement de Van, bien plus formel et imbibé d'esprit militaire.

Enceinte de huit mois, elle avait tenue à être présente pour afficher son soutien à Folken, qu'elle appréciait énormément.
Meinmet et lui avaient toujours veillé à ce qu'elle ne manque de rien, elle leur en était profondément reconnaissante.

A côté justement, se trouvait le vieux Prince, lui aussi bien assis. Il affichait une certaine curiosité, son neveu lui ayant promis une petite « surprise », sans en dévoiler plus.
Face à tant de mystère, il lui était difficile de contenir son impatience.

Plus loin, près de l'estrade, Luyren était pensif. Le matin-même, sans un mot, le futur Roi lui avait remis le fameux parchemin entérinant la dissolution de son mariage soigneusement roulé et scellé, un formalisme surprenant aux yeux du général.

Près de son homologue, Hylden affichait un air contrarié. Il savait ce qui allait se passer, et ne le supportait pas.
S'il était là, c'était parce que Yiris le lui avait demandé. Le lendemain de son retour, il était allé lui parler. Elle l'avait reçu dans sa chambre.

Quand il l'avait vue, il avait tout de suite compris. Elle était débout, une main posée sur la table.
Vêtue de la robe violette avec laquelle elle avait voyagé en Asturia, sa tresse d'or à nouveau nouée dans ses cheveux.
Ce détail voulait tout dire pour le général. Ce qu'elle lui avait dit, il ne l'oublierait jamais.

— Hylden, ce que je vais t'expliquer ne doit pas quitter les murs de cette maison, mais à toi, je dois la vérité. Je vais rester avec mon mari, je sais que c'est un choix qui te paraîtra irrationnel, mais je l'aime… Je refuse de te mentir et de te faire croire le contraire. Quand nous nous sommes vus la dernière fois, j'avais des doutes, ce n'est plus le cas maintenant, je suis désolée… Je t'en prie, ne gâche pas ta carrière à cause de moi, tu es brillant, Fanelia a besoin de toi ! Et, aussi, tu es un homme qui mérite d'être heureux, oublie-moi. Quelqu'un pour toi, qui fera ton bonheur existe en ce monde !

A sa façon de le dire… Il avait senti l'affection qu'elle portait à Folken. Depuis, en dépit des paroles de la jeune femme, comme s'il portait une sorte de deuil, le militaire avait décidé de ne plus se raser.
Il affichait maintenant une barbe qui durcirait ses traits, semblant le vieillir d'une bonne dizaine d'années.

Sans cesse, il se demandait s'il avait été le premier à Evakan, si c'était lui qui avait porté secours à Yiris, peut-être que tout aurait été différent…
L'ordre de Folken, bien que confirmé par Meinmet, et approuvé par Luyren, rien à faire ! Il avait usé de toutes à presque s'en rompre les os pour se défaire d'Haymlar qui l'avait maintenu au sol pendant cette heure interminable.
Au début, il avait hurlé puis puisé dans toute la rage qu'il ressentait, cette rage qui n'avait d'égal que son amour pour Yiris.
Il avait sans doute dû montrer un visage immonde car pendant toute sa durée d'immobilisation, le couloir avait été interdit d'accès, pareil lorsqu'il s'était relevé, personne sur son chemin de larmes et de fierté ravalées.
Il avait atrocement mal au dos depuis, mais ce n'était rien à côté de ce qui lui tiraillait les entrailles…

Lorsque Yiris lui avait parlé, il se doutait bien de ce qu'elle allait dire… Il n'arrivait pas à lui en vouloir.
S'il avait voulu sortir du chemin, abandonner sa femme, elle aurait été à lui, et des années plus tôt, elle l'avait repoussé par Honneur, lui aussi, avait juste agit en fonction de cette saleté d'Honneur…

Pourtant, quand le regard vert allait vers lui, il était plein de confusions et de doutes, cependant il respectait la parole.
Il sentait que, quelque part, elle se était tiraillée entre lui et celui qui était son ennemi à mort, mais néanmoins, par respect pour Yiris, et non plus par Honneur, jamais il ne ferait quoique ce soit contre lui…

Sauf qu'à la moindre erreur envers Yiris, s'il échouait à la protéger aussi bien d'elle-même que de son frère, il le tuerait sans pitié en le fixant droit dans les yeux et peu importe ce que l'on ferait de lui après.

En attendant, Hylden essayait de fuir cette réalité, parfois lors de soirées solitaires à vider des bouteilles le soir, veillant à éviter de finir trop saoul pour être d'aplomb le lendemain, et même depuis peu, vu que cela ne faisait rien, en se piquant diverses drogues, qu'il pouvait se procurer facilement, à des endroits discrets pour cacher toute trace d'une sortie du droit chemin…
Cependant, ce jour-là, la réalité, il allait l'affronter en pleine face…

L'ambiance était solennelle dans la salle du Trône, mais le personnel du palais était plutôt joyeux. En préparant les festivités de son couronnement, Folken s'était démarqué de son prédécesseur.

En effet, au traditionnel tournoi qui succédait au couronnement et au repas servi aux convives d'Honneur, le futur Roi avait privilégié un grand banquet qui serait donné dans la salle d'entrainement.
Un espace serait prévu pour danser, mais surtout, les domestiques étaient invités à s'amuser eux-aussi.
Cette idée était très populaire. D'ordinaire, les buffets festifs étaient juste réservés à la population de la ville basse.
Là, tout le monde profiterait des réjouissances.

A distance de la cérémonie, bien en retrait dans un couloir, Yiris, accompagnée de Mila, Yrkas et de quelques-unes des filles, attendait, écoutant amusée les propos enthousiastes des serviteurs.
Enveloppée dans un manteau sombre, dont la capuche dissimulait ses cheveux, sa présence avait été à peine remarquée.

Patiemment, elle attendait le grand moment…

Au terme du sacre, Folken se tint debout sur l'estrade et commença son premier discours en tant que Roi. Hitomi, Merle et Meinmet l'encourageaient du regard.

— Je vous remercie tous de votre présence ici. Aujourd'hui, j'espère offrir un nouveau départ à Fanelia et que chacun y coule des jours heureux. Je n'oublie pas mon frère, l'immense travail qu'il a accompli pour reconstruire notre pays. Mon souhait est de continuer son œuvre et de préserver notre contrée.
J'aspire aussi à lui donner un nouvel élan. Notre pays possède énormément de matières premières, et je pense qu'il serait intéressant de lancer nos propres industries pour nous rendre moins dépendants et aussi favoriser notre commerce.
Ceci dit, ma première décision de Souverain ne portera pas sur ce projet. Je suis conscient de la situation précaire de ma dynastie, dont je suis le dernier. Cependant, je souhaite aussi pouvoir accomplir ma tâche avec, à mes côtés, une personne dont je connais les capacités, et qui est aussi importante pour moi.

Les dernières paroles de Folken semèrent un certain trouble dans l'assistance. On chuchotait sur ce qu'il s'apprêtait à annoncer, qui semblait de toute évidence être assez surprenant.

Après une brève hésitation trahie par une respiration profonde, le Roi reprit.

— Que l'on apporte un fauteuil !

Un fauteuil ? Pour quoi faire ? Les domestiques se regardèrent un instant, hébétés, puis, poussé par le grand chambellan Ozlek, l'un d'eux courut satisfaire l'exigence royale.
Le reste des présents affichaient une certaine perplexité.

Dans le couloir, on était aux aguets, les gens se montaient presque les uns sur les autres pour voir ce qui se passait dans la salle du Trône.

Rapidement, le serviteur arriva avec le fauteuil demandé. Sur le conseil de son supérieur, il avait pris l'un des plus luxueux, réservés aux personnalités importantes

— Placez-le à côté de mon Trône.

Le domestique s'exécuta. A cet instant, Meinmet commença à comprendre ce qu'allait faire son neveu et afficha un sourire amusé.
Hitomi aussi avait quelques doutes.

Seul Hylden savait vraiment ce qui allait se passer et restait fataliste. Haymlar était intrigué par son attitude, mais ne disait rien.

— Bien, maintenant, je voudrais appeler à moi mon épouse, Yiris Aryenciapolos de Fanel.

La stupeur était totale. Ezgas, bouche-bée, se tourna vers Luyren, censé avoir reçu la preuve de dissolution du mariage.

Le vieux général demanda à son second de lui rapporter le parchemin scellé. Le soldat le fit à la vitesse de l'éclair.
A la hâte, Luyren brisa le sceau et dévoila une feuille vierge…

Dans le couloir, ayant entendu son nom, Yiris défit le cordon qui retenait son vêtement tandis que tous les regards convergeaient vers elle.

Son éternel bâton à la main, elle s'avança. La foule, encore sous le choc, se fendait sur son chemin.
Quand elle apparut sur le seuil de la salle du Trône, tous les regards convergèrent vers elle.

Quelques mois auparavant, elle était entrée par cette même porte, enchaînée dans une robe tâchée de sang, et là, elle apparaissait simplement superbe.

Habillée d'une robe blanche à la coupe incroyablement simple, décolleté arrondi et manches trois-quarts, aucune découpe, aucune ceinture, juste un tissu finement brodé.

Dans ses cheveux dont les mèches grisonnantes avaient été teintes, se dessinait sa tresse d'or et à son cou, brillait sa croix, exceptionnellement tenue par un ruban assorti à sa tenue.
La voyant, Hitomi se figura une mariée occidentale qui s'avançait vers l'autel et surtout se souvint de sa vision le jour du procès de l'ancienne générale, lorsque qu'elle l'avait vu auprès de Folken, assis sur le Trône royal.
Ainsi, ce qui arrivait devenait une logique continuité…

Contrairement à sa remontée aussi inattendue que triomphale en Asturia, Yiris souriait.
Ceux qui la connaissaient étaient surpris, elle n'avait jamais eu une expression aussi heureuse.

Yiris, la blasée, Yiris la cynique semblait avoir disparu. Si à Palas, elle ne s'était pas du tout souciée de son effet, concentrée sur la leçon qu'elle voulait donner à ceux qu'elle considérait comme des militaires d'opérette, là, elle était fière.

Cependant, davantage que les dizaines de paires d'yeux rivés sur elle, seul le regard de son mari lui importait.
Encore une fois, ils avaient été longuement séparés.
Sa fierté l'empêcherait d'en parler à qui que ce soit, mais Yiris n'avait pas dormi pendant tout ce temps.
Cet instant aux accents de rêve, elle l'avait tant espéré…

Elle ne pouvait oublier l'expression figée qu'avaient affichée Mila, Yrkas et les filles quand elle avait parlé du plan que Folken avait élaboré.

Histoire d'annoncer la couleur, à savoir qu'il entendait agir selon sa conscience et non selon ce que l'on lui imposerait.
Le nouveau Roi voulait marquer les esprits le jour de son couronnement en annonçant en premier une décision qui allait faire des remous : garder son épouse, en dépit de ses « antécédents » et de son âge.

Une véritable provocation !

L'effet escompté était là. Le jour du couronnement de Folken Fanel resterait longtemps dans les mémoires.
Quand son épouse fut arrivée à mi-chemin du Trône, le Roi s'avança vers elle. Il lui saisit la main pour l'accompagner jusqu'à l'estrade où il l'invita à s'installer sur le fauteuil qu'il avait demandé pour elle puis il s'assit à son tour.

A ce moment-là, spontanément, Haymlar lança les acclamations, reprises dans un premier temps par ses soldats, les serviteurs, ainsi que Meinmet, Hitomi et Merle.

— Vive le Roi, vive la Reine !

Rapidement, l'enthousiasme gagna le reste du palais et la cité entière. Sa surprise passée, Luyren partagea la joie générale, seuls Hylden et Ezgas restèrent muets.
De leur côté, visiblement heureux, les nouveaux Souverains n'avaient d'yeux que l'un pour l'autre.
Tendrement, Folken embrassa le dos de la main de sa désormais Reine.

Pour ceux qui avaient vu le geste au milieu de l'ambiance festive, il était évident que ces deux-là s'aimaient sincèrement envers et contre tout.

OoO

La fête fut exceptionnelle. Cela faisait bien longtemps que Fanelia n'avait pas été le théâtre d'une telle liesse.

Buffet, danse, chant, chacun trouva un moyen de s'amuser, et les réjouissances se prolongèrent jusque tard dans la nuit, malgré le froid atténué par de nombreux braseros.

Hitomi fut parmi les premiers à aller se reposer. L'agitation ambiante suffisait à la fatiguer, et comme lui avait dit Gloria, elle avait intérêt à faire des provisions de sommeil avant l'arrivée de son enfant.
Consciente de la pertinence du conseil donné, la future maman s'attela à le respecter et s'endormit moins d'une minute après s'être couchée.

Merle, lui avait emboîté le pas. Après s'être assurée que son amie se soit endormie paisiblement, la femme-chat s'en alla marcher seule dans la forêt.
Cette fois, elle avait l'impression que tout le monde, ou presque, avait d'une certaine manière enterré Van.
A ses yeux, tant que l'on ne lui en aurait pas fourni la preuve, il y aurait toujours un espoir auquel personne ne pourrait la dissuader de se raccrocher.

Meinmet, lui, était bien loin d'une quelconque réflexion. Il était avant tout heureux pour son pays, mais particulièrement pour son neveu qui avait finalement suivi son conseil et pensé un peu à lui.
Il était aussi content pour Yiris. Elle avait elle-aussi largement mérité un peu de bonheur, et il serait ravi de pouvoir à nouveau papoter avec celle qui était somme toute un peu la fille qu'il n'avait pas eu.

Ezgas, quant à lui, était bien moins à la fête. Si Luyren avait finalement souri de la subtilité de la manœuvre de Folken, son collègue l'avait en travers de la gorge.
Et le fait de voir ses deux fils sauter de joie dans tous les sens ajoutait encore davantage à sa colère.

Quand il avait su que ses enfants étaient devenus amis avec Yiris, il les avait copieusement rabroué avant que sa femme Amalia n'intervienne, expliquant qu'à son sens, il n'y avait aucune faute à devenir ami avec quelqu'un de droit, même si on pouvait le juger quelque peu excentrique.
Il était un fait pour Ezgas que son plus redoutable adversaire restait sa femme. Devant elle, il déposait systématiquement les armes…

Hylden avait assuré le service minimum. Il avait assisté à la fête, cependant, son esprit était ailleurs. Une partie de lui était heureuse pour Yiris, l'autre mettrait du temps à digérer les événements, enfin non, il ne pourrait jamais vivre sans y penser...
Certes, il était conscient que finalement il n'avait eu que ce qu'il méritait à avoir voulu rester avec sa femme, cela dit, le sentiment de jalousie qu'il éprouvait restait incontrôlable.

Un autre problème le tourmentait. Sans cesse, il entendait les paroles de Kyria. Qui était son amant ? Quelles étaient ses intentions ?
Interrogeant ses servantes, il n'avait obtenu aucun indice. D'après elles, hormis sa récente amitié avec Amalia, sa femme avait passé les dix dernières années en grande partie seule, enfermée dans ses appartements.

S'il en croyait l'ultime menace qu'il avait reçu. L'ennemi ne devrait pas tarder à s'attaquer à lui… Cependant, hormis l'infâme provocation de Constantin, il n'y avait rien eu de particulier.

Constantin… L'hypothèse avait fini par lui effleurer l'esprit. Après tout, il avait un point commun évident avec la défunte : sa haine de Yiris. Même si les choses étaient plausibles, il avait vraiment du mal à y croire tant sa femme aimait le raffinement et que Constantin incarnait la négligence…

En tout cas, maintenant, quel qu'en soit le responsable, il était seul. Et finalement, c'était mieux ainsi, il ne souhaitait pas refaire sa vie.
Le bonheur, il était simplement passé à côté. Désormais, il lui resterait juste un souvenir particulier, celui de la seule fois où elle avait été assez près de lui pour qu'il sente sa seule respiration comme une caresse.

OoO

De leur côté, Yiris et Folken s'étaient discrètement éclipsés. Dans un premier temps, ils s'étaient simplement promenés ensemble, admirant notamment la ville basse joyeusement illuminée par les guirlandes de lampions.
Si on avait demandé à la jeune femme ce qu'elle pensait, elle aurait dit qu'elle vivait un conte de fées à marcher dans le cadre enchanteur de cette nuit, simplement appuyée sur le bras de son mari.
Puis, ils regagnèrent l'appartement du Roi. Yiris redécouvrit l'endroit avec un certain amusement. Maintenant, elle allait devoir s'y faire, c'était sa maison…
Elle erra un bon moment dans le salon, profitant d'un providentiel panier rempli de pâtisseries pour satisfaire une petite faim.

Folken l'avait regardée faire, amusé, puis s'était dirigé vers la chambre pour enfin se débarrasser de son armure.

A son grand étonnement, Yiris vint spontanément le rejoindre et voyant qu'il manquait sans doute d'habitude, l'aida à défaire les sangles.

— Autrefois, dit-elle avec une certaine nostalgie, c'était mon armure que je défaisais. J'ai un certain coup de main.
— Tu remettras un jour une armure si tu le souhaites ! Répondit le Roi. Je n'ai pas l'intention de t'enfermer au palais, tes compétences sur le plan militaire sont un trésor précieux.

La jeune femme laissa échapper un petit rire, avant de reprendre avec un sourire malicieux.

— Une Reine qui joue aux soldats, diantre ! Il va falloir que tu arrêtes avec tes idées loufoques sinon tu risques de décimer une grande partie du Royaume à force de provoquer des arrêts cardiaques aux vieux conservateurs…
— S'ils ne peuvent pas s'adapter, tant pis pour eux ! S'amusa Folken.

Il enlaça sa femme avec une certaine passion. Elle leva les yeux vers lui, ses joues étaient teintées d'une jolie nuance rosée et son visage était illuminé d'un sourire mutin.

— Sinon, pendant que j'étais à me morfondre seule, je me suis souvenue d'une vieille histoire que j'ai lu dans un livre de mon père. Cela concernait des danseuses d'un pays d'Asie, la Thaïlande.
Ces dernières portent des tenues moulantes parfaitement ajustées car les coutures ont été bâties à même le corps.
Moi qui ne suis pourtant pas une amatrice de mode, j'ai néanmoins trouvé amusant de me servir de ce principe. Bien évidemment, ma robe est un peu évasée, mais la partie supérieure est cousue à la façon de celles des danseuses, donc pour l'enlever, le seul moyen est de la défaire par la fermeture… Cependant, plutôt que de la mettre au milieu du dos comme d'ordinaire, j'ai eu encore une inspiration originale. Il eut été trop dommage de couper net les belles broderies de ce tissu, alors le laçage est… bien caché…
— Et bien, moi qui ne sais pas enlever une armure, cela promet d'être un défi intéressant !

Et tandis que les derniers fêtards s'effondraient de fatigue, eux profitèrent de leur première véritable nuit en tant que mari et femme.
Peu à peu, le calme gagna Fanelia et chacun trouva un repos mérité après une journée chargée.

OoO

Un rêve bien étrange envahissait l'esprit de Folken. Il avançait dans des couloirs superbes et grandioses.
Cela semblait être un palais de marbre. L'architecture était de type gréco-romaine et la végétation était omniprésente.
Il faisait nuit, mais de mystérieuses plantes servaient de lanternes, dégageant une apaisante lumière bleutée.

Sûr de lui, il progressait jusqu'à une porte de bois à l'étonnante forme arrondie, finement sculptée de dessins rappelant la forme des branches environnantes.

L'ayant ouverte, il entra dans une superbe chambre immense. Un côté était occupé par le lit, orné d'un baldaquin de voile brodé de décorations florales.
Il y avait un petit coin salon avec d'élégants fauteuils entourant une table toute de verre. Sur un mur, se dressait une imposante bibliothèque. L'appartement semblait disposé de pièces annexes à voir les ouvertures dans le mur occultées d'un voilage.

Face à lui, une immense fenêtre à la forme arrondie s'ouvrait sur un grand balcon.
Une silhouette féminine aux longs cheveux blonds était appuyée à la balustrade observant le ciel nocturne.

Il se dirigea vers elle. Quand il n'en fut qu'à quelques mètres, elle se tourna ayant comme perçu sa présence.

C'était Yiris, mais pas celle qu'il connaissait. Sa peau était exempte de cicatrices, deux superbes yeux verts le regardaient tendrement.
La robe blanche, faite de tulle lui donnait une légèreté et une grâce irréelle. Ainsi, elle était simplement belle.

Lentement, la jeune femme au doux sourire s'approcha de lui. Tendant la main, elle lui caressa la joue, puis se redressant sur la pointe des pieds, elle releva son visage et lui murmura à l'oreille.

— Au fond de toi, ce n'est pas ce que tu veux…

Folken se réveilla brutalement. Il pensa un instant que c'était la scellée d'âme qui posait à nouveau problème tellement ce rêve était immersif.
Apparemment, la solution de Yiris était aussi précaire qu'elle le pensait…

Soupirant pour remettre ses idées en place, il regarda par la fenêtre un moment, puis s'attarda sur une vision fort plaisante. Son épouse était endormie blottie au creux de son bras, près de son cœur.

A la regarder, il était évident que son sommeil n'avait point été troublé.
Le Prince caressa ses mèches couleur de miel du bout des doigts, ainsi que la peau hors des draps. Paisible, il sentait qu'il allait vite se rendormir, mais restait perturbé.

Pourquoi son esprit avait-il imaginé une Yiris « parfaite ». Il n'avait jamais tenté de se la représenter ainsi.
Et que voulait-elle lui dire en parlant du fait que ce n'était pas son souhait…

OoO

L'endroit était particulièrement sombre, la pièce circulaire comportait plusieurs ouvertures sans porte. Entre elles, des sortes d'aquariums violacés apportaient une étrange lumière.

Les deux hommes dissimulés dans cette semi-obscurité étaient assis chacun d'un côté d'une petite table ronde.

— Je dois dire que je suis toute de même sceptique… Folken prend trop d'importance à mon goût… Commenta le premier dont un reflet venu des bassins trahissait qu'il portait de petites lunettes.
— Tu te méfies trop cher ami. Là où il est, il ne représente pas de danger, et il a largement assez à faire avec son pays pour ne pas venir déranger nos travaux.
— L'idéal eut été que nos assassins réussissent à nous en débarrasser, mais c'était sans compter l'autre hybride. A croire que tout ce qui vient de la Lune des Illusions pose problème…
— Maintenant s'attaquer à nouveau à sa vie serait une mauvaise idée. La tension baisse, nous allons enfin pouvoir évacuer ce qui restait d'energist du pillage à Fanelia afin de finir le dernier quart de la barrière, ce n'est pas le moment de renoncer à la vigilance… Et puis, Folken est une mauvaise herbe tenace. La mort n'a pas eu raison de lui la première fois, alors je pense que c'est une perte de temps !
— Oui, mais s'il trouve notre piste… Il est quand même allé jusqu'à enquêter à Zaibach !
— Et il n'a rien trouvé…

L'homme aux lunettes soupira, son collègue n'avait pas tort. Sans doute accordait-il trop d'importance au nouveau Roi de Fanelia.

— Il faut voir le positif, reprit l'autre individu, le système avance bien. Nos commanditaires sont confiants. Au rythme où vont les choses, leurs exigences seront satisfaites, il reste encore quelques détails, mais nous devrons rapidement les arranger. Il nous suffit d'être patients.
— Et les dernières frasques de Constantin ?
— Il joue juste avec sa sœur, c'est sa seule demande, alors laissons-le faire… De plus, il détourne l'attention vers une fausse piste. De toute façon, tout est bien cloisonné. Et l'élément perturbateur est sous-contrôle… Grâce à lui, nous avons obtenu un objet fort utile…
— Il y a un risque qu'il interagisse avec la fille de la Lune des Illusions, j'ai des doutes sur le système annexe…
— C'était un gros investissement, mais personnellement, j'en suis satisfait. Il vaut notre barrière. Laissons les pièces du puzzle s'assembler, la première phase du projet est presque achevée...
— Je pense que le prisonnier aurait dû être éliminé… Je ne suis pas tranquille avec l'existence d'une barrière annexe, cela pourrait être dangereux si c'était découvert
— Non voyons, le Dragon est un spécimen intéressant. Gardons-le en vie pour le moment. Si vraiment il s'avère inutile, nous avons quelqu'un qui sera ravi de l'avoir comme récompense… Et en cas d'attaque, il y a l'autodestruction…