Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]
Publié pour la première fois le 31 juillet 2012
Chapitre 42
Erreur fatale
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
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Le jour tant attendu était arrivé ! Meinmet ne tenait plus en place, il allait se rendre à la foire frontalière du nord, à la limite avec Daedalus.
Plongé dans la fébrilité de ses préparatifs, le vieillard excentrique se faisait encore davantage remarquer que d'ordinaire.
Après moult résistances, Merle, Hitomi ainsi que Yiris et sa bande de filles avaient accepté de goûter les recettes, histoire d'aider le cuisinier à affiner ses recettes.
Parfois, c'était bon, parfois… beaucoup moins !
Cependant, après toutes ces expériences, le vieux Prince était galvanisé : il allait révolutionner la restauration sur Gaea !
Il partait dans de telles envolées sur l'avenir à grands coups de tirades convaincues que Hitomi se demandait si Dryden ne l'avait pas contaminé d'une façon ou d'une autre.
Enfin, un matin, il se tenait prêt, et c'est là que Folken vint tempérer son enthousiasme.
— Je suis désolé, mais nous avons eu une mauvaise surprise ce matin au montage du dernier vaisseau produit : la pierre flottante présentait une faille et le test de chauffe l'a considérablement aggravée. Elle est donc inutilisable, et par conséquent, le vaisseau aussi. Tu ne pourras pas prendre cette embarcation pour ton voyage.
— Allons, ce n'est pas un problème, les engins, ce n'est pas ce qui manque dans le port ! Je voyagerais avec un convoi ! Tempéra Meinmet en levant la main, tranquille.
— Inutile de te dire qu'après l'incident, j'ai immédiatement demandé s'il y avait des vaisseaux qui partaient vers Daedalus, ce n'est pas le cas. Trois vaisseaux amarrés sont en cours de réparation suite à la grosse tempête qu'il y a eu au sud, un autre est en cours de déchargement de denrées périssables et n'aura pas fini avant demain, et le dernier est un vieux modèle à propulsion lente, tu mettrais autant de temps à pied pour arriver sur place… Bref, aucun engin ne peut t'emmener là-bas dans le temps imparti…
— Et bien, ce n'est pas grave, j'y irais à cheval ! Bon, ce sera juste, cependant, j'ai bon espoir d'arriver pile pour l'ouverture de la foire.
— Tu es certain de ton choix ?
— Mais oui ! Avec tous tes relais et autres sécurités en tout genre que tu as mis en place, je vais voyager tranquille !
Le Roi sourit, rien n'aurait raison de l'optimisme de Meinmet sur ce point.
A peine la conversation finie, le vieil homme s'organisait une escorte pour partir directement.
Un peu plus tard, depuis l'esplanade du Palais, Yiris regardait le convoi s'éloigner dans la plaine, songeuse.
Difficile de dire pourquoi, mais elle n'était pas tranquille.
Remarquant sa méditation en revenant d'un tour dans les usines, Folken s'approcha de sa femme.
— Je trouve que depuis quelques temps, tu tends à t'isoler de plus en plus. Tu ne te sens pas bien ?
— Non, non, ne t'en fais pas, je n'ai rien… Répondit-elle en soupirant, lui tournant le dos.
— Je pense que tu me mens ! Plus les jours passent, plus tu te noies dans une profonde mélancolie. Rien que hier, j'ai croisé Mila qui m'a dit que tu l'avais sèchement congédiée alors qu'elle voulait te faire rire. Elle s'inquiète beaucoup pour toi et elle n'est pas la seule !
— Pas besoin de s'inquiéter pour moi, je crois avoir résisté à tout…
Doucement, d'un bras, il l'enlaça et la rapprocha contre lui tandis qu'elle ne quittait pas de yeux les paysages.
Spontanément, elle pencha la tête en arrière pour s'appuyer contre le torse de son mari.
— Pourquoi tu ne veux pas me dire ce qui te tourmente, Yiris ?
— Je ne suis pas tourmentée, j'ai juste mauvais caractère. Et là, l'automne ne me réussit pas. Je suis comme les vaisseaux, les grosses pluies de ces derniers jours, c'est mauvais pour moi. Je sens tous les endroits où j'ai eu des fractures l'an dernier sans aucune difficulté et avec une effroyable précision, c'est tout ! Je me fais vieille, j'ai des rhumatismes ! Ironisa-t-elle.
Le deuxième bras du Souverain vint à son tour enserrer la taille de sa femme.
— Je me doute bien qu'il n'y a pas que ça. Cependant, si tu ne veux pas m'en parler, je ne peux pas t'y forcer. Ceci dit, sache que quand tu le souhaiteras, je serais là.
L'espace d'un instant, Yiris eut la tentation de confesser ce qu'elle avait sur le cœur, ce qui était en train de la dévorer, mais elle ne le fit pas, simplement parce qu'elle savait que cela risquait de faire du mal à la personne qui tenait le plus à elle.
OoO
Décidé à être en temps et en heure à sa foire, Meinmet ne s'était accordé qu'une brève étape de repos dans un relais pour la nuit.
Avant même que le soleil ne se lève, il était déjà de retour sur son cheval. Toutefois, il avait pris la précaution de se renseigner sur la sûreté des environs. Le garde responsable lui avait dit que depuis l'installation du relais, plus aucun brigand n'avait été signalé sur la route.
C'est donc l'esprit tranquille que le Prince entama une nouvelle étape de son voyage. Au moment du départ, il transmit une missive pour la capitale disant qu'il reprendrait contact au prochain relais où il devait arriver le soir.
Alors que les premières lueurs de l'aube coloraient le ciel, que le groupe composé du vieil homme, de deux assistants et d'un dizaines de soldats, venait de croiser un autre convoi, les militaires et les assistants s'écroulèrent sous une pluie de flèches d'une mortelle précision, une pour chacun, fatale.
Incrédule devant le fait d'être le seul indemne, Meinmet leva les yeux vers les arbres.
Debout sur une branche, entouré d'un groupe d'archers masqués, se tenait Constantin.
OoO
Quand le lendemain midi, constatant qu'aucun message de son oncle ne lui était parvenu, Folken afficha une certaine inquiétude et demanda l'envoi d'une transmission sur place pour s'assurer que Meinmet avait bien fait étape.
Il avait juste parlé d'une simple précaution, se demandant si, dans sa volonté de rejoindre sa foire le plus vite possible, le vieil homme n'avait pas simplement oublié de donner des nouvelles.
Face à cela, Yiris n'était pas rassurée. Après avoir encore une bonne partie de la journée seule, à la nuit tombée, elle regagna ses appartements.
Alors qu'elle était en train de profiter de son traditionnel bain, elle perçut la présence d'un fausse-personne, mais ce fut tellement furtif, que quand elle fut sortie de l'eau, elle sentit qu'il s'était déjà éloigné.
Perturbée, elle se sécha rapidement et juste enveloppée d'un peignoir, commença à inspecter sa chambre, bâton à la main, au cas où.
De toute évidence, il n'y avait déjà plus personne, cependant une feuille pliée posée sur le lit attira son regard.
Elle l'ouvrit et reconnut immédiatement l'écriture. Dans ce grec moderne scolaire et appliqué qui le caractérisait autrefois, Constantin s'adressait à elle :
« Ma chère sœur,
Je suis désolé de n'avoir donné de nouvelles ces derniers mois, mais j'ai été, disons, « assez occupé ». Mais maintenant, j'ai du temps devant moi et nous allons enfin pouvoir nous revoir.
Au cas où tu aurais quelques réticences à venir à ma rencontre, je tiens à t'informer que je détiens le Prince Meinmet, et je pense que, vu que tu l'apprécies, cela te causerait une certaine peine qu'il lui arrive malheur.
A bientôt
Constantin ».
La suite comportait un petit plan sommaire. A cette lecture, Yiris s'écroula, genoux à terre, paralysée par la peur.
Elle était folle d'inquiétude pour Meinmet, Constantin n'aurait aucun scrupule à torturer et tuer le vieil homme, elle devait intervenir et savait tout aussi bien qu'elle devait agir seule…
Dans un geste rageur, elle déchira la lettre et en lança les lambeaux dans le feu.
Après tout, elle servait à quoi ? Bon, elle gérait bien l'armée, cela dit d'autres en seraient tout aussi capable.
En fait, ce que l'on attendait d'elle, c'était ce qu'elle était de toute évidence incapable d'accomplir : avoir un enfant.
Après six mois, elle commençait à se faire une raison, que ce soit dû à l'âge, aux blessures, ou encore au fait de ne plus être totalement humaine, elle n'y pouvait de toute façon rien.
Alors à quoi bon ?
Folken ne lui disait rien, il l'aimait sans doute trop et cet amour le rendait aveugle face à une réalité : son pays avait besoin d'un héritier.
Yiris ne s'était jamais imaginée mère, même petite, ce n'était pas une perspective qui lui tenait plus à cœur que ça. Après son vécu sur Gaea, elle en avait même oublié ne serait-ce que l'idée.
La première fois que la question l'avait effleurée, c'est quand Luyren était venu lui présenter le principe contrat de dissolution de son mariage. Elle s'était montrée réaliste.
Alors, pourquoi avait-elle accepté de rester avec son mari alors qu'elle se savait incapable de satisfaire à sa principale obligation de Reine ?
Elle avait été stupide, et il était temps de réparer cette erreur.
OoO
Le sommeil d'Hitomi était particulièrement agité. Dans ses songes, une nouvelle prémonition s'emparait d'elle : assis sur la tombe royale, Folken, visiblement désespéré et d'une maigreur effrayante, tenait le bâton de Yiris dans sa main.
Dans un sursaut, la jeune maman se leva et, oubliant même son fils endormi dans son berceau auprès d'elle, courut vers le bureau de Folken situé au palier supérieur.
Elle entra dans la pièce sans frapper, surprenant le Roi plongé dans son travail malgré l'heure tardive.
— Folken, vous savez où est Yiris ? Demanda Hitomi, essoufflée.
— Là… Elle a dû monter se coucher… Je pense… Bredouilla le jeune homme, perturbé par cette irruption soudaine.
— Il faut aller vérifier tout de suite !
— Mais pourquoi ?
— Allons-y, je vous en prie !
Voyant l'inquiétude d'Hitomi, Folken ne perdit pas davantage de temps et se leva. Suivi de la jeune femme de la Lune des Illusions, il gagna d'un pas pressé ses appartements.
Quand il entra, les lumières étaient allumées, mais il n'y avait personne. Il appela son épouse, aucune réponse.
— Elle est peut-être en bas en train de s'entraîner… Je vais aller voir… Dit-il, nerveux.
— Attendez ! L'interrompit Hitomi.
Sur le lit, elle avait remarqué la présence du bâton de Yiris. D'un regard, elle fit signe à Folken d'aller voir.
Incrédule, il avança. Non seulement, il y avait le précieux bout de bois, mais aussi la tresse d'or et même la croix orthodoxe.
Disposé à côté, un petit mot avec écrit d'une main visiblement mal assurée avec des caractères mal écrits et quelques fautes « Merci d'avoir enchanté ma vie…».
Prenant le petit mot dans sa main, le Roi resta hébété quelques instants. Hitomi ne savait pas quoi dire.
Quand elle voulut s'approcher de lui, il quitta brusquement la pièce, emportant les trois objets laissés par Yiris.
— Ce n'est pas possible, elle n'est pas partie, elle n'a pas fait ça… Hurla-t-il en courant à travers couloirs et escaliers.
Hitomi resta sur place quelques instants et finit par pleurer. Elle savait à quel point Folken tenait à sa femme et savait que sa triste vision risquait de se concrétiser.
OoO
Folken passa le reste de la nuit à convoquer tous les responsables de sécurité du palais pour savoir si quelqu'un avait vu Yiris partir, en vain.
Le jour suivant, il fut fixé sur la destination de sa femme. En fin de matinée, un groupe de cavaliers ramena Meinmet, complètement bouleversé, au palais.
Son récit, difficilement raconté entre deux sanglots, donna la raison de la disparition de Yiris.
Le vieil homme parla de l'attaque de son groupe, de sa capture par Constantin et ses soldats. Il avait attendu plusieurs heures enchaîné, son ravisseur lui expliquant que le sauveur allait venir avec un rire mesquin.
Et, elle était venue, habillé d'une tunique sans manches noires et d'un pantalon assorti, sa tenue d'entraînement.
Marquant tout de même une hésitation, elle s'était avancée vers son frère.
Meinmet lui avait hurlé de s'enfuir, elle n'en avait rien fait. Affichant la même étrange sérénité résignée que lors son jugement, elle s'était approchée.
Après que Constantin eut déposé un baiser au combien cynique et déplacé sur sa joue, Yiris avait demandé que le vieux Prince soit immédiatement relâché et lui avait dit, fataliste :
— Vous valez mieux que moi…
Dans une sorte de réflexe, le vieillard n'avait pu s'empêcher de la gifler. Elle avait encaissé sans un mot, tandis que entraîné par des sbires de Constantin, Meinmet était obligé de s'éloigner, Yiris s'était tournée vers lui.
— Je vous en prie, dites à Folken qu'il ne doit pas me regretter, je n'étais qu'un boulet à traîner, incapable de faire ce que l'on attend d'une Reine. Je sais que ce ne sera pas facile au début, mais il arrivera à avancer et à être heureux. C'est ce que je lui souhaite du plus profond de mon cœur !
Restant difficilement debout, elle se mordit les lèvres à sang pour se retenir de pleurer.
Peu à peu, sa silhouette disparut entre les troncs et le feuillage de la forêt, étrangement, la dernière image que le vieux Prince eut d'elle était un sourire mélancolique.
Plusieurs heures, il avait marché dans un dédale d'arbres qu'il ne saurait décrire, avant que les hommes de Constantin ne le laisse dans une clairière, lui expliquant de marcher vers le soleil levant.
Effrayé, Meinmet avait vu les individus masqués s'éloigner. Redoutant une ruse, qu'on l'assassine après lui avoir fait croire à sa libération, il avait courut se cacher dans les fourrés.
Puis, angoissé au possible, il avait commencé à arpenter la forêt empruntant une direction sensiblement différente de celle indiquée avant d'atterrir finalement sur la route qu'il avait suivi à distance, profitant de la protection des arbres, même s'il savait pertinemment qu'elle serait dérisoire si les ennemis avaient décidé de le retrouver.
Au terme de ce parcours éprouvant qui lui parût durer une éternité, il avait trouvé un petit poste de garde où il avait pu enfin se réfugier.
Tout le palais avait interrompu ses activités pour venir écouter son histoire.
Au premier rang, Folken était le plus attentif, mais il n'eut aucune parole de réconfort pour son oncle et partit dès la fin du récit.
Le voyant s'en aller, le vieil homme le supplia en larmes.
— Folken, je t'en prie, pardonne-moi. Je ne voulais pas qu'elle fasse ça, je suis désolé…
Le Roi quitta les lieux sans se retourner. Laissant ce parent qu'il chérissait tant en proie à une atroce culpabilité.
Hitomi, ainsi que Haymlar et Merle, restèrent un long moment à parler au vieil homme dans l'espoir, tentant, en vain, de l'apaiser.
A bout d'un moment, redoutant qu'il ne fasse un malaise, Hylden lui administra un sédatif, afin qu'il puisse se reposer un peu.
Quand Meinmet eut rejoint ses appartements, Hitomi expliqua, en aparté, en présence de Merle, Mila et des généraux, ce qu'elle avait vu.
— Le soir de la disparation de Yiris, un rêve étrange m'a réveillée brutalement. J'ai vu Folken qui tenait le bâton de son épouse. Comme cela, ça n'a l'air de rien, mais je sais la valeur de cet objet pour Yiris et il se dégageait une sorte d'aura mélancolique de ma vision.
Volontairement, elle avait gardé une partie de la vérité pour elle. Suggérant à Merle d'aller voir le petit Balgus confié aux filles de Mila, elle partit à la recherche de Folken.
Il lui fallu un long moment pour le trouver. Pour la première fois depuis son couronnement, il avait déserté son bureau.
Un temps, Hitomi avait pensé le trouver près d'Escaflowne, mais non. Il n'était pas non plus dans ses appartements.
Longtemps, la jeune femme erra de part et d'autre du palais. Cette situation l'angoissait particulièrement, à l'image du reste du personnel du palais qui lui aussi ne trouvait trace de son Souverain.
Finalement, la nuit tombée, voulant quand même aller voir comment se portait son enfant avant de repartir poursuivre ses investigations, elle eut un étrange pressentiment en passant devant les appartements de Van.
Parfois, elle venait dans ces pièces désertes en quête d'un peu de réconfort et des souvenirs des bons moments passés avec celui qu'elle aimait tant et qui lui manquait tant.
Ouvrant doucement la porte, elle entra sans un bruit. Avançant dans l'antichambre, elle vit la silhouette de Folken assis par terre contre le lit de son frère ballotant une feuille froissée d'une main.
Soulagée de l'avoir enfin trouvé, Hitomi s'approcha de lui.
— Vous savez que tout le monde s'inquiète de ne plus vous trouvez. Cela fait des heures que je vous cherche partout, j'étais morte d'inquiétude.
Le Roi ne réagit pas et resta silencieux, comme s'il n'avait rien entendu. L'observant plus attentivement, la jeune femme remarqua qu'il avait les yeux un peu gonflés et des traces brillantes sur les joues, il avait dû pleurer.
Près de lui, il y avait le bâton de Yiris et posé à côté, la croix et la tresse d'or.
Hitomi porta son attention sous le bout de papier qu'il tenait. C'était un dessin, quand elle se pencha pour essayer de mieux voir ce qu'il y avait dessus, Folken sortit soudain de son mutisme.
— Quand j'étais parti pour la chasse au dragon, dit-il d'une voix monocorde, j'avais confié ce dessin à Van. Il s'agissait d'un croquis d'artiste fait pour un projet de tableau de la famille royale. Y figure, mon père, moi âgé de dix ans et ma mère tenant Van nouveau-né dans ses bras.
Quand je suis venu ici, j'ai senti la présence de quelque chose de familier, je l'ai trouvé dans un tiroir. Ainsi, malgré le temps, malgré la haine qu'il m'a voué, mon frère avait gardé ce dessin avec lui.
Vu son état, il devait le garder dans une poche, il est délavé, on y voit des traces de sang séché, mais le crayon utilisé devait être de bonne qualité car on voit encore les traits. Maintenant, c'est la seule image qu'il reste de nos parents, tout le reste a brûlé avec la ville…
— Ce n'est pas vrai, murmura la jeune femme, il vous reste vos souvenirs. Et eux sont bien à l'abri dans votre esprit.
— Mes souvenirs… Soupira-t-il blasé. J'ai trouvé le moyen de marcher dessus avant de les oublier… Mes parents doivent avoir honte de moi, j'ai commis de nombreuses erreurs et je n'ai même pas été capable de protéger mon frère. Le bonheur présent sur ce petit dessin, je ne le retrouverai jamais !
— Vous êtes dur avec vous-même. Oui, vous avez fait des choses graves, mais vous vous êtes repenti, vous avez tenté de réparer les conséquences de vos actes. Si une nouvelle vie vous a été offerte, je suis persuadée que c'est justement parce que le pardon vous a été accordé. Pour Van, vous ne pouviez rien faire !
Moi-même, malgré mon don de prémonition, j'ai été impuissante…
Le jeune homme ne répondit pas. Ses pensées semblaient ailleurs, loin de Fanelia.
Hitomi sentait qu'une partie de son âme était comme en train de s'échapper de lui.
— Vous n'êtes pas responsable de la disparition de Van, pas plus que de celle de Yiris. Et Meinmet n'est pas coupable non plus. Il n'existe qu'un responsable : Constantin.
Si vous devez haïr quelqu'un, ce doit être lui et personne d'autre.
Ne répondant pas, Folken attrapa le bâton de son épouse de sa main libre et en détailla les étranges dessins.
— Si elle vous a laissé cela, poursuivit Hitomi, c'est pour vous montrez à quel point elle vous aime. Je ne sais pas pourquoi elle a agit ainsi seule… Cependant, je suis certaine que où qu'elle soit, Yiris ne voudrait pas vous voir dans cet état. Je vis moi-même avec la disparition de Van, je sais que j'ai la chance d'avoir mon fils pour m'aider à avancer, malgré tout cela reste quand même dur…
Un long moment encore, le silence perdura, mais cette fois, ce fut le Roi qui le brisa.
— Merci…
Il se leva, rangea le dessin là où il l'avait trouvé et ramassa ce que lui restait de Yiris avant de sortir des appartements de son frère.
Encore un peu inquiète, Hitomi le suivit, et le vit regagner son bureau. Sans doute, allait-il passer le reste de la nuit à rattraper le travail en retard…
Alors, la jeune femme s'en retourna près son enfant. Se souvenant de ce qu'elle venait de dire, elle se rendait compte à quel point elle avait besoin de lui pour avoir le courage de continuer. Mais comment Folken, qui avait perdu la personne si spéciale pour lui, allait-il trouver la force de vivre ?
Cette question ne présageait rien de bon.
