Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]
Publié pour la première fois le 14 août 2012
Chapitre 44
Les espoirs déçus d'un père
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
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La Terre, car seule la lune brillait dans le ciel. La nuit venait de tomber, une voiture blanche couverte d'autocollants avançait éclairant la route de ses phares jaunes.
Arrivée à destination, elle s'engouffra dans une grande propriété dont le portail de fer forgé rouillé était ouvert.
La maison était immense et offrait une vue magnifique sur la mer qu'elle dominait.
La pénombre dissimulait un peu l'état des lieux, le crépit des murs s'écaillait, le jardin ressemblait à une jungle avec, par endroit, d'inattendus petits plants potagers.
Aucune fenêtre de la demeure n'était allumée, la seule source de luminosité provenait d'un petit hangar situé à l'écart.
L'homme qui venait d'arriver sortit de sa voiture blanche et s'approcha de la pièce éclairée.
Ouvrant la porte, il vit une vieille Peugeot 205 rouge en parfait état et d'une propreté impeccable, en contraste total avec l'habitation.
Des jambes dépassaient de la carrosserie soulevée de deux crics professionnels.
Le visiteur était un homme d'une bonne quarantaine d'années, cheveux longs noirs en catogan, fin collier de barbe, une cigarette à la bouche.
Vêtu d'un costume dont la chemise était ouverte de façon négligée, il affichait un style mélangeant habilement élégance et nonchalance.
Devant le spectacle du garagiste amateur en plein travail, il eut un petit rire.
— Monsieur Aryenciapolos, vous avez encore une panne ?
— Hé, mais ne serait-ce pas la voix de ce cher Jamie ?
— Bon sang, à part vous qui m'appelle encore comme ça ?
— Moi, j'ai toujours trouvé que ça t'allait mieux ! Répondit l'homme en commençant à se glisser hors de sa voiture.
Stavos Sorkios, ça fait trop chic pour un ancien vendeur de disques devenu policier ! Enfin, pardon, commissaire !
— Arrêtez, là, j'ai les chevilles qui enflent !
L'individu qui réparait la voiture se leva. Vêtu d'un vieux t-shirt bleu gris et d'un jean troué couverts de cambouis, de fines lunettes encadrant des yeux bleus pétillants, chevelure courte poivre et sel, barbe et moustache impeccable, il avait une attitude raffinée qui contrastait avec sa tenue.
— Cette vieille voiture m'en fait voir de toutes les couleurs, j'ai des soucis avec la colonne de direction depuis quelques temps et ne parlons pas des crissements au démarrage et de vitesses laborieuses à passer…
— Vous n'avez jamais pensé à en prendre une nouvelle ? Depuis 1983, vous avez dû engloutir trois fois le prix d'une voiture neuve dans les réparations de cette bagnole !
— Bah, avec la baisse des retraites et autres effets de la crise qui commence à accabler notre pays, je suis méfiant. Tant qu'elle roule, je la garde, chaque drachme… euh non, chaque euro est précieux ! Bon sang, saleté de nouvelle monnaie, je ne m'y ferais jamais.
Six ans, et je me trompe chaque jour, sans parler des conversions avec ce taux bâtard, va !
Tout en pestant, le vieil homme s'était essuyé les mains dans un vieux chiffon et commençait à ranger ses outils.
— Votre histoire de location de parcelles marche bien en tout cas ! Constata le-dit Jamie en regardant dehors les légumes qui poussaient.
— Et oui, les gens du coin ont tous les mêmes problèmes ! J'avais un grand jardin que je n'avais plus la force d'entretenir, eux avaient besoin de terre pour faire pousser leurs légumes pour se nourrir décemment, on s'y retrouve !
Avec ce que j'ai gagné depuis le début, j'ai enfin pu m'occuper des fuites du toit ! Certes, j'ai fait faire une réparation sommaire qui ne tiendra sans doute pas longtemps, mais quel bonheur de ne plus entendre le son des gouttes dans les casseroles dès qu'il pleut !
— J'ai vu que vous aviez rajouté des pics sur le toit terrasse au dessus du jardin d'hiver. Vous fraudez ?
— Non, j'utilise les subtilités de la loi grecque ! Maison non achevée signifiant pas de taxe cadastrale, j'en ai profité, cette baraque est bien trop grande !
— Vendez-la !
— Bah, elle ne vaut plus grand chose et son état n'aide pas… Et en ces temps de récession, peu de gens peuvent s'offrir le luxe d'une maison pareille, on pourrait y loger un régiment…
Philippos Aryenciapolos, professeur d'université à la retraite, avait été toujours été d'une immense lucidité. Il faisait preuve d'un fatalisme qui étonnait tout ceux qui connaissaient son histoire.
Jamie en faisait partie et il admirait cet homme qui arrivait à sourire malgré son lourd passif.
— Et puis, tu sais, quand mes enfants rentreront, il faut qu'ils retrouvent leur chez eux. Lâcha le vieil homme en éteignant son garage.
Puis, il fit signe à son invité de lui suivre vers la maison. Passant devant la voiture blanche, il ne put s'empêcher de faire une petite remarque.
— Tu râles sur ma vieille 205, mais tu as toujours la tienne !
— Oui, mais c'est une T16, un modèle de collection, et elle bien plus récente que la vôtre. D'ailleurs, j'y pense, mon collègue Yanis va à Lyon en France pour une conférence d'Interpol le mois prochain. Je lui ai donné une liste de pièces à récupérer chez Peugeot, il vous faut des trucs ?
— Ma foi, mes courroies ne vont pas tarder à lâcher, j'aurais déjà dû les remplacer l'an dernier. J'en veux bien des neuves. J'avoue qu'un nouvel embrayage m'arrangerait aussi ! Cependant même en occasion garantie, je ne suis pas sûre de pouvoir payer…
— Ne vous en faites pas pour ça ! En les achetant en France, on les paye vachement moins chères, et puis, vous prendrez votre temps pour rembourser, vous savez, à part ma bagnole, je n'ai pas de frais.
Pas de femme, pas d'enfant, un petit appartement avec une seule chambre, je vis bien !
— N'empêche, qu'est-ce que tu avais besoin d'une voiture de rallye pour aller au bureau ?
— Je vous avoue que quand je l'avais vu en occasion dans un magazine, j'ai pensé à Yiris qui me parlait de la 205 que vous alliez acheter. Ma Golf venait de rendre l'âme, j'ai craqué… Même si, bon sang, elle en boit du carburant…
— Si tu as acheté cette voiture en pensant à Yiris, tu peux comprendre que je garde la mienne. Constantin adorait le modèle, Yiris voulait cette couleur. On parlait du jour où on allait la commander, et finalement, avant même d'avoir pu le faire, ils n'étaient plus là. En achetant cette voiture, j'ai réalisé le dernier rêve de mes enfants à l'époque… En la gardant, je prouve que je ne les oublie pas… Enfin… Rentrons, il commence à faire frais…
La maison était vaste, mais pratiquement sans meuble. Juste de vieilles bibliothèques poussiéreuses remplis de livres tout aussi poussiéreux.
Deux vieux canapés autour d'une table basse en verre, une télévision sans âge posée sur une grosse caisse en bois.
Seule gaieté, les murs étaient couverts de tableaux. Jamie aimait les regarder, il savait qu'ils avaient tous été peints de la main de Madame Aryenciapolos.
Les lieux étaient sombres. Les vieux lustres n'avaient chacun qu'une ampoule peu lumineuse. On aurait vraiment dit une maison fantôme.
— Jamie, tu veux boire quelque chose ?
— Non Monsieur ! Je bois déjà trop de café au boulot !
— Dis-moi, fit le vieil homme qui enfilait des pantoufles en soupirant sur ses rhumatismes, tu es juste venu pour les pièces ? Ou autre chose ?
— En fait, oui. En bossant au bureau des disparations relié à Interpol, je vois passer les mises à jour. Parfois, Interpol déterre de vieilles affaires non résolues et ça a été le cas hier pour la vôtre.
— Ah ? Interrogea Monsieur Aryenciapolos avec un vif intérêt.
— Oh rien de passionnant Monsieur, désolé… Il y eu de nouveaux portraits vieillis. Je les ai imprimés et je vous les ai apportés.
— Tiens donc ! Répondit l'intéressé avec un léger sourire. Suis-moi !
Ils empruntèrent l'escalier à la belle balustrade finement sculptée pour arriver sur le palier supérieur.
Fatigué, Monsieur Aryenciapolos avançait difficilement. Il s'arrêta devant une porte qu'il ouvrit, mais quand il appuya sur l'interrupteur, toutes les lumières de la maison s'éteignirent.
— Et merde ! Et voilà que ça disjoncte encore ! L'installation électrique aussi est à refaire… Je vais au compteur, attends-moi !
— Vous avez besoin d'aide ?
— Non, non, les plombs sont dans la cuisine et il y a une lampe de poche juste devant le compteur. Maintenant, j'ai l'habitude à force de vivre dans une ruine !
Tandis que son hôte partait rétablir le courant, Jamie sortit son téléphone portable pour consulter ses messages.
L'intense luminosité de l'écran éclaira les lieux et le regard du jeune homme s'attarda sur un mur couvert de cadres.
Il avait beau connaître les lieux, le policier ne pouvait rester insensible devant ce témoignage de toute la souffrance de celui qu'il était venu voir.
Sur cette cloison, figurait une superbe photo de mariage de mariage de Monsieur Aryenciapolos et sa femme. Lui, pratiquement identique à aujourd'hui, à part les cheveux bien noirs et l'air heureux, elle, superbe blonde aux yeux verts dans une robe de tulle blanche.
En dessous, on trouvait cinq jolis portraits d'enfants. Le premier cadre représentait une petite fille blonde aux cheveux blonds lisses coupés au carré, le second un petit garçon blond lui aussi l'air sérieux avec de petites lunettes, le suivant, une petite fille aux longs cheveux blonds ondulés au sourire coquin, ensuite, un petit garçon brun aussi sérieux que l'autre mais sans lunettes et enfin, une dernière petite blonde aux longues boucles ayant l'air mélancolique.
Sur ces images, ils avaient tous sept ans. Cela était le seul âge auquel il existait une photo de chacun.
Les deux premiers enfants, les jumeaux Iris et Constantin, premier du nom, avaient péri dans un accident à cet âge.
Après, il y avait Yiris, disparu à l'âge de treize ans, après Constantin, deuxième du nom, disparu en même temps que sa sœur à l'âge de sept ans et enfin, Nikaia, la seule qui était restée.
Jamie se demandait comment Philippos Aryenciapolos, qui avait enterré ses deux aînés, perdus ses cadets, puis vu sa femme partir en quelques semaines emportée par un cancer fulgurant avait trouvé la force d'avancer.
Pour sa dernière fille, il avait puisé dans le fond de ses ressources. La petite n'avait que six ans au début de l'année 1986, quand sa maman était partie.
Le policier se souvenait de l'enterrement… De la petite blonde qui demandait si sa maman était partie rejoindre ses aînés.
Maintenant, Nikaia était adulte et avait quitté la maison, et Monsieur Aryenciapolos était seul avec ses reliques de sa souffrance, mais aussi de ces jours heureux.
— Tu as raison de regarder ces photos, elles sont belles ! Dit le vieil homme interrompant la méditation de son visiteur !
— Oui… Vous avez raison…
— Allez, viens dans mon bureau que l'on regarde ces nouveaux portraits !
Monsieur Aryenciapolos entra dans la pièce dont l'interrupteur lui avait posé problème. Cette fois, aucun souci, l'ampoule au plafond s'éclaira.
Les lieux étaient encore fort obscurs, il alluma aussi de petites lampes de bureau éparses.
Au fur et à mesure qu'elle s'illuminait, la pièce révélait son étrange décor. Jusqu'au plafond, les murs étaient couverts d'articles de journaux et d'avis de recherche, ceux de Yiris et Constantin.
Au fil de divers essais de photos vieillies, on voyait les absents devenir adultes.
L'ancien professeur s'assit lourdement sur un vieux siège de bureau et montra une petite chaise à son invité.
— Montre-moi donc cela !
Le premier cliché représentait Constantin en adulte, air sérieux, cheveux bien coupés.
— Je trouve que ça correspond bien à mon fils. J'ai l'impression qu'à chaque nouvelle image, il me ressemble encore davantage…
Un instant silencieux, le père observa la feuille. Et alla même jusqu'à caresser le dessin des cheveux, avant de soupirer un grand coup.
— Voyons ce que ça donne pour Yiris ! Dit-il retenant une certaine émotion.
Coiffure courte moderne, une légère tentative de rouge à lèvres, on aurait dit une dame élégante.
— Mon Dieu, je vois qu'ils lui ont dessiné quelques rides… Ma fille, avec des rides…
Là encore, il s'attarda sur le cliché. Jamie ne dit rien, laissant l'homme dans sa rêverie. Puis, celui-ci se leva, et alla afficher les deux photos dans un espace encore libre du mur.
Avant de rasseoir à son bureau…
— Je commence à manquer de place… Philosopha-t-il.
Jamie ne put retenir un petit soupir amusé.
— Nikaia me dit que suis fou avec tout ça… Je lui réponds qu'elle a raison ! Cependant, j'en ai besoin…
— En parlant d'elle, demanda le policier, comment ça va ?
— Oh, elle reste fidèle à elle-même. Heureusement que les gens de la bibliothèque universitaire sont patients… Je sais bien qu'il la garde par pitié pour moi car avec ses absences répétées, elle aurait du être licenciée depuis longtemps… Dis-moi, elle n'est pas encore passée dans tes fichiers j'espère ?
— Non, rassurez-vous, elle n'a pas atterri au poste ces derniers temps. Et puis, je vous l'ai déjà dit, son nom est dans le fichier des « privilégiés », au moindre « souci », on me contacte et je vous appelle !
— Tu es bien gentil… Ne va pas t'attirer des ennuis pour moi !
— Ne vous en faites pas. Nikaia ne fait que finir en cellule de dégrisement, ce n'est pas bien grave…
— J'admire tout ce que tu fais pour moi…
— Je vous l'ai déjà dit. Yiris était une amie. C'était la seule personne qui ne voyait pas en moi un ado défoncé qui vendait des disques entre deux joints. Elle me disait qu'il fallait que je me réveille. Chaque semaine, quand elle passait à la boutique, elle me sermonnait.
Monsieur Aryenciapolos s'appuya sur le dossier de son fauteuil.
— Yiris avait le don de voir dans le fond des gens. Elle allait toujours plus loin que l'apparence. Malheureusement, beaucoup quand il la voyait ne percevait que la jeune fille mal élevée, mauvaise en classe et tapageuse au catéchisme qui passait ses samedis après-midi soit en retenue, soit à nettoyer l'église…
— Quand elle ne séchait pas ses punitions… N'oubliez pas qu'elle trouvait toujours moyen de venir voir les nouveautés dans ma boutique le samedi ! S'amusa Jamie.
A son tour, le vieil homme ria. Puis regardant le visiteur droit des les yeux avec un sourire malicieux, il demanda :
— Avoue, tu avais un petit béguin pour ma fille, n'est-ce pas ?
— Allons, fit l'intéressé gêné, elle avait treize ans, moi seize !
— Cela n'empêche pas de penser !
— Je reconnais… Soupira Jamie. Je me suis disais que d'ici quelques années… Cependant, en disparaissant…
— Tu es devenu flic pour elle, non ? Pour la retrouver ?
— Et oui, ça a été un électrochoc, dans ma défonce, je pensais qu'en entrant dans la police, il y aurait le miracle. Alors, j'ai arrêté les disques, j'ai arrêté d'être Jamie, mais il faut croire que la drogue restait en moi, car même clean, j'ai continué à croire que je pouvais la retrouver…
— Tu vas sans doute me prendre pour encore plus fou que je ne le suis, cependant, je sais que mes enfants sont vivants, et je veux croire qu'ils reviendront !
— Franchement, je vous l'ai déjà souvent dit, mais je vous admire… Les années n'ont aucune prise sur votre espoir…
— Tu sais, j'ai enterré mes deux aînés. J'avais deux petits corps sans vie, je savais que c'était fini, que rien ne me les rendrait.
Pour Yiris et Constantin, le second, je n'ai aucune preuve qu'ils soient vivants, ni aucune qu'ils soient morts. Alors moi qui ai connu la douleur de perdre deux enfants, tant que l'on ne m'aura pas opposé la certitude formelle que mes petits ne sont plus, je croirais !
Je croirai jusqu'à mon dernier souffle !
Prenant dans ses mains un cadre avec un cliché de sa famille au complet, lui, sa femme, leurs trois derniers enfants et une petite photo de ses deux premiers enfants coincés dans l'angle, il poursuivit son discours.
— Un jour, ils franchiront le seuil de cette porte, Yiris demandera un chocolat chaud, Constantin un thé à la menthe, ils mangeront des petits gâteaux… Ce jour arrivera… Cela fait plus de vingt-cinq ans que je l'attends et je continuerai…
— Je le répète, vous m'épatez…
— Et toi, au fond, tu n'espères pas un peu aussi ? Regarde-moi ça, tu commences à avoir quelques cheveux blancs et tu es toujours célibataire.
Passant la main dans sa chevelure avec un petit sourire embarrassé, Jamie répondit :
— Aucune femme ne me supporte plus de quelques semaines avant de claquer la porte et de me balancer mes quatre vérités. Mes parents ne me supportaient déjà pas…
Certaines personnes sont faites pour vivre seules, j'en fais partie !
Et puis, je reconnais que cette histoire avec Yiris déplaisait. Certaines de mes copines avaient découvert mon dossier et avait piqué des crises de jalousie… De toute façon, pas mal de mes collègues me trouvent déjà stupide avec ça, alors que chercher les disparus, c'est leur job…
Philippos Aryenciapolos sourit. Il savait les réactions extrêmes de gens face à ce besoin de résoudre une vieille affaire.
Malheureusement pour lui, Jamie ne se débarrasserait pas non plus de son fantôme…
Son regard passant sur un article de journal daté d'août 1982 relatant la disparation des enfants, le policier reprit la conversation.
— Vous savez, en fouillant un jour dans la base de données, j'ai trouvé un truc étrange. En 1996, au Japon, une proche d'une jeune fille, âgée d'une quinzaine d'années, qui avait disparu avait fini par déclaré, après avoir été interrogée plusieurs fois par la police, avoir vu une colonne de lumière emporter son amie, un peu comme Nikaia l'avait décrit pour Yiris et Constantin…
— Comme quoi… Les gens s'imaginent bien des choses quelque soit leur âge…
— Vous avez raison… En tout cas, la disparue est réapparue mystérieusement un an plus tard, elle a dit qu'elle ne se souvenait de rien et a repris sa vie comme si de rien n'était…
— Une fin heureuse au moins… Soupira le père.
— Oui, enfin, jusqu'à l'année dernière. Un soir, le frère de la fille l'a vue partir un peu pressée, elle n'a donné aucun signe de vie depuis…
— Je n'ose imaginer la détresse de ses parents. Ils l'ont perdu une fois, ils ont la chance de la retrouver et le perde à nouveau… La vie est parfois bien cruelle…
Encore un silence, une baisse de tension fit vaciller les lampes, mais le père de Yiris et Constantin ne vacillait pas.
A soixante et onze ans, il gardait une vraie volonté. Loin se le laisser abattre, il vivait pour espérer et espérer le faisait vivre.
— Tu sais, fit-il remarquer à Jamie, quand je regarde ces photos d'eux tels qu'ils sont censés être, ils ont l'air figé… Ils sont beaux, mais un peu trop inexpressifs à mon goût… Peu importe où ils sont en fait, ce que j'aimerai, c'est qu'ils aient le sourire aux lèvres…
Ce que Philippos Aryenciapolos ignorait c'est que son souhait n'était pas exaucé.
Dans un fortin en ruines, perdu dans une forêt sombre, cachette idéale pour qui voulait rester discret, Constantin, ivre et droguait violentait une petite pour assouvir ses pulsions.
La malheureuse avait juste eu le malheur de croiser son chemin et de lui avoir rappeler sa sœur, de part sa chevelure, blonde, ses yeux verts et son teint légèrement hâlé.
Couvertes d'entailles et de contusions, elle était à la merci des vices de son ravisseur.
Pendant ce temps, dans le sous-sol, avec la seule lumière de la Lune des Illusions par une grille, Yiris amaigrie et arborant hématomes et traces de scarifications, à l'image de la victime de son frère dont les cris et suppliques déchiraient le calme de la nuit, gisait sur le sol d'un cachot.
Le regard vide, des larmes coulaient le long de son visage.
