Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]

Publié pour la première fois le 21 août 2012

Chapitre 45

Un lien spécial

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO

La nuit, le jour, la nuit, le jour… Yiris les voyait passer sans réellement être capable de les compter.
Enfermée, elle avait perdu la notion du temps.

Constantin avait décidé de faire durer son calvaire autant que possible…
Recluse dans un cachot souterrain avec juste une lucarne qui lui rappelait celui dans lequel elle avait agonisé adolescente, elle était surveillée en permanence par un garde, chargé de s'assurer qu'elle ne tentait pas de se suicider et se nourrissait.

A chaque tentative de rébellion, notamment quand elle refusait de manger, Constantin avait d'abord eu comme stratégie de la rouer de coups.
Puis, voyant qu'elle devenait indifférente à la souffrance, il avait décidé de sanctionner de façon plus sadique encore.

Lorsque sa sœur lui désobéissait, il faisait enlever une jeune fille qui lui ressemblait étrangement, toujours une blonde bouclée aux yeux verts, puis la violait et torturait jusqu'à lui faire rendre l'âme avant de laisser mourir auprès de Yiris.

Parfois, histoire de parfaire son sadisme, Constantin n'hésitait pas à laisser le cadavre trois voire quatre jours auprès de sa sœur.

Ce traitement faisait peu à peu perdre la raison à la Reine de Fanelia. Elle passait désormais la plupart de ses journées dans une sorte de léthargie, un semblant de sommeil, car elle ne fermait pas les yeux et ne rêvait pas.
Elle restait juste allongée par terre, le regard vide…
En fait, le simple fait de penser lui rappelait sans arrêt des images douloureuses qu'elle aimerait pouvoir oublier.
Au-delà de toutes les innocentes massacrées pour payer ses « erreurs », il y avait le comportement même de son frère.

Le jour où elle s'était rendue, après le départ de Meinmet, Constantin s'était montré étrangement aimable.
Il avait refusé que sa sœur soit enchaînée, il lui avait juste voulu lui bander les yeux pour qu'elle ne sache pas où elle allait.

D'abord une longue marche, dans la forêt, car elle voyait, à travers le bandeau noir, le feuillage des branches danser au gré du vent, s'en était suivi une chevauchée dont la rapidité et le déroulement nocturne ne lui avait pas permis de percevoir les paysages qu'elle traversait.

Sachant son frère tout près d'elle, elle n'osait pas bouger. Il était largement assez réactif pour la tuer avant qu'elle n'ait le temps d'enlever le tissu qui lui recouvrait les yeux.

Enfin, cet interminable chemin l'avait menée à sa prison. Un vieux fortin, certainement abandonné depuis belle lurette vu les plantes qui poussaient entre les pierres.
Une partie du bâtiment était ancré dans la roche, et on devinait l'existence de nombreuses pièces troglodytes.

Yiris n'avait pas eu pas le temps de se faire idée réelle des lieux qu'elle avait été entraînée par Constantin dans une pièce dont elle avait entendu qu'il fermait la porte à double tour.
Là, il s'était placé derrière elle et lui avait retiré son bandeau.

La salle était assez grande, pourvue d'un lit, d'une table et de deux chaises ainsi que d'une énorme cheminée dans un angle étrangement éclairée par des lampes à gaz au lieu d'un feu.
Elle représentait sans doute à elle seule un étage entier du bâtiment. Bref regard alentour, pas de possibilité de fuir, les fenêtres avaient toutes des barreaux.
Quand à la porte, taillée dans un bois solide, renforcé d'armatures métalliques, possédait plusieurs verrous.
Ce constat amer avait incité Yiris à soupirer de dépit, mais c'était loin d'être le pire qui l'attendait.
Son frère l'avait délaissée quelques instants pour aller récupérer quelque chose sous un des coussins de sa couche.

La vue de ce dont il s'agissait avait arraché une exclamation de peur à sa sœur.
Vainement, elle avait tenté de dissimuler son effroi en cachant sa bouche et son nez de ses mains.

Fier de son effet, Constantin s'était amusé à agiter dans le vide son bien précieux : de longs cheveux blonds bouclés, ceux de Yiris.

— Vois-tu, avait-il dit en se faisant glisser les mèches de façon à ce qu'elles lui caressent le cou puis les joues, avant de te délaisser quelques temps, j'avais besoin d'un petit souvenir pour tenir le coup sans ta présence. Quoique tu sois…

Son regard s'était fait étrange, il s'était avancé vers son aînée. D'instinct, elle avait reculé de quelques pas.
Doucement, le renégat avait laissé tomber les cheveux coupés à terre et continué sa marche.

A forcer de vouloir s'éloigner de lui, Yiris s'était trouvée dos au mur. Pétrifiée, elle n'avait eu aucune idée de quoi faire ou quoi dire.
Son frère…Ainsi…

Arrivé tout près d'elle, il avait passé sa main dans sa chevelure, dont les boucles épaisses lui atteignaient alors les omoplates d'un côté et chatouillaient la naissance des seins de l'autre.
Partant de la pointe, Constantin avait enroulé doucement une mèche autour d'un doigt.

— Maintenant, je peux toucher tes cheveux sur toi… Ils sont bien plus doux…

Portant la main à son visage, il avait humé longuement le parfum de la mèche.

— Délicieux… Avait-il commenté en se léchant le contour des lèvres.

Le souffle de Yiris s'était fait court, la peur s'emparant d'elle. Dans une tentative désespérée de fuir au moins la réalité avec son esprit, son regard s'était porté sur le sol.

Constatant le désarroi de la jeune femme, Constantin s'en était amusé.
Doucement, se penchant sur son cou, il y avait déposé quelques légers baisers avant de se mettre à lécher le trajet de la carotide pour atteindre une oreille et murmurer :

— Tu n'es pas ma sœur ! Tu es une de ces fausses-personnes ! Quand elle était mourante, tu l'as achevée et tu as volé son apparence.
— Tu sais bien que non… C'est moi ! Avait bredouillé l'intéressée.
— Oui, tu as ses cheveux, ses yeux, ses mimiques, ses intonations de voix, mais tu n'es pas elle, sinon, je ne ferais jamais cela !

Lui prenant violemment le menton, il l'avait embrassée de force sur la bouche puis fait divaguer ses mains, bloquant le moindre geste de rébellion de Yiris.

Celle-ci avait eu beau débattre, comme les derniers temps, lorsqu'elle avait essayé de s'entraîner, elle semblait dépourvue de force.
Lasse de subir la folie de son frère, souhaitant plus que tout que cela s'arrête, elle n'avait pu pourtant que sangloter.

— Ma sœur ne se serait jamais comportée comme toi ! Elle était honnête, elle n'aurait pas vécu avec des putes, ne serait jamais rentrée dans mes petits jeux malsains. Elle aurait préféré mourir que se faire baiser par un hydride d'humain, et surtout…

Difficilement, il s'était ressaisit et avait enfin lâché ce qui lui pesait sur le cœur.

— Et surtout, elle ne m'aurait jamais abandonné !
— Je suis revenue te chercher… Tard, je sais, mais je suis revenue…

Plaquant brutalement sa prisonnière au mur et cette fois, la fixant droit dans les yeux, il lui avait crié :

— Non, non, et non… Si elle avait survécu, ma sœur, la vraie Yiris serait revenue aussi vite qu'elle aurait pu pour me délivrer.
— Je suis désolée, mon Maître ne me laissait pas de liberté. J'étais obligée de le suivre… Pardon…
— Aucune excuse, aucune, aucune ! Avait martelé Constantin en frappant le mur de son poing juste à côté de la tête de sa sœur.
— Pardon, pardon… Avait continué Yiris en pleurant.

Alors qu'elle fondait en larmes, se souvenant de ce qui s'est passé, des circonstances dans lesquelles elle avait été séparée de son frère, ce dernier avait continué ses gestes déplacés.

Accablée par la culpabilité, se sentant responsable de ce qu'elle avait laisser son cadet subir, la volonté même de se débattre lui avait fait défaut et elle avait déposé les armes.
Il l'avait touchée, l'avait déshabillée, lui-même avait retiré sa tunique… Il avait pris du plaisir à ce qu'elle vivait comme une torture interminable.

Sur le plafond, figurait une vieille fresque, pratiquement effacée, représentant la Lune des Illusions.
Cherchant une source de réconfort, Yiris s'était raccroché à cette image et peu importait ce qu'elle subissait, elle n'avait pas lâché pas le dessin bleuté des yeux.

Alors qu'elle percevait la peau de Constantin contre la sienne, elle s'était sentit basculer. Fixant encore et toujours son repère, elle avait essayé de faire fit du fait d'être allongée sur le lit.
Le renégat avait semblé un peu déçu que sa proie se laissa aussi facilement neutraliser.
Cela n'avait eu aucune prise sur son souhait de posséder l'objet de son obsession.

Au fil des caresses et des baisers incestueux qu'elle s'évertuait à ignorer, Yiris avait perdu peu à peu conscience.

Cependant, pas totalement, à son grand regret.

Elle savait depuis bien longtemps que ses relations avec son frère avaient pris un tournant dangereux et qu'en voulant fuir le problème, elle avait joué avec le feu laissant apparaître une ambiguïté malsaine.
Et surtout, au fond d'elle, la jeune femme ne pouvait ignorer qu'elle se doutait que ça finirait mal.
Ainsi, elle allait payer ce qu'elle s'était toujours reprocher, de ne pas s'être opposée à Lig Viete pour aller sauver son frère.

Dernier souhait, sachant que son frère, ou du moins, celui qui l'était, irait jusqu'au bout, elle avait espéré être exécutée juste après.

Elle avait tenté de faire le vide dans son esprit, de ne surtout pas mêler un souvenir agréable à l'horreur qu'elle subissait.

Tandis que Constantin assouvissait ses pulsions en arrivant finalement à lui écarter les cuisses, la jeune femme, les yeux rivés au plafond avait commencé à chantonner dans un état second :

— Il était un petit homme… Pirouette cacahuète, il était un petit homme… Qui avait une drôle de maison… Qui avait une drôle de maison…

Cette comptine… Constantin la connaissait. Une foule d'images défila alors dans son esprit. Il s'était revu, tout petit, dans les bras de sa sœur qui le réconfortait en lui fredonnant cette comptine apprise par sa grand-mère ayant vécu en France.

Perturbé, il avait relevé la tête et observé sa prisonnière qui continuait à murmurer tandis que des larmes lui coulaient aux coins des yeux.

Le visage balafré s'était superposé sur celui de la Yiris de ses souvenirs.
Pris d'un violent mal de tête, il avait porté les mains sur son crâne.

— Non, non, tu n'es pas elle, tu lui as volé son apparence… Non…
Brusquement, il s'était relevé et commençait à tourner en rond en continuant de parler.
Sa crise devint de plus en plus forte et il en arriva à hurler.

Ce comportement avait ramené Yiris à la réalité, elle s'était redressée, prenant une boule de draps pour se couvrir.
Désemparée face à l'état délirant de son frère, elle avait juste pu rester immobile.

Soudain, ayant sans doute entendu ses cris, des soldats étaient venus frapper à la porte.

— Chef, ça va ?

Ces appels eurent pour conséquence de reconnecter Constantin à la réalité.

— Oui, oui… Allez-vous en ! Laissez-moi !

Puis, le jeune homme s'était retourné vers sa sœur qui serrait fort sa maigre protection de toile.
Animé d'un rictus pervers, il s'était rapproché du lit et s'était penché vers Yiris.

— Salope ! Avait-il dit en la frappant violemment d'un coup de poing en plein visage.

Plusieurs minutes durant, il avait continué à s'acharner sur elle, l'insultant tout ce qu'il en pouvait. Celle-ci avait tenté désespérément de parer les coups.

Cependant son état de stress l'en avait rendue incapable.

Quand enfin il en eut fini avec elle, Constantin, mains en sang s'adressa à Yiris.

— Rhabille-toi, pouffiasse !

Le corps endolori par la souffrance, la peau bleuissante, du sang partout, la jeune femme n'avait pas réfléchi.
Faisait fi de tout, elle s'était juste hâtée de ramasser ses vêtements et de les remettre.

Quand elle eut terminé, elle resta figée sur place. Lui tournant le dos, son frère avait achevé de remettre son pantalon.

Ensuite, glacial, il était revenu vers elle et lui avait empoigné brutalement les cheveux. De sa main libre, il avait ouvert la porte avant de l'entraîner ainsi dans les escaliers.
Tentant de se défaire de son joug, elle avait récolté encore quelques coups, notamment dans les côtes.

Elle, d'habitude insensible à ce genre de douleurs, avait envie de hurler de mal… Comme une simple humaine…

Finalement, parvenu au sous-sol du fortin, Constantin avait ordonné à un de ses hommes d'ouvrir une porte. Celle-ci donnait sur une pièce dont le fond était séparé du reste par des barreaux.
Descendant quelques marches, il avait tiré sa sœur avant de la jeter dans la partie close avant de refermer sèchement la grille.

Et il était repartit…

Depuis cet épisode, Yiris survivait au jour le jour, redoutant les crises d'un frère qui passait du gentil au sadique incestueux parfois en l'espace de quelques secondes.

Avec le temps qui passait, avec la réclusion, elle savait bien qu'elle allait aussi sombrer dans la folie.

Bien que privée de sa croix qu'elle avait choisi de laisser à Fanelia, elle trouvait un maigre réconfort dans le fait de prier.

OoO

Quatre mois après la disparition de Yiris, même pour évoquer l'intérêt du Royaume à avoir une Souveraine, aucun n'aurait osé prononcer son nom.
Des paroles qui n'abordaient que vaguement la situation avait déjà envoyé plusieurs personnes réfléchir quelques jours au cachot.

Hitomi était triste de voir cette réaction. Une nouvelle facette de la personnalité de Folken, bien plus sombre que celle de Zaibach, avait fait surface.
Cependant, respectueuse de la souffrance du jeune homme, la jeune maman avait choisi elle-aussi de garder le silence.

La vision de l'inconnue lui revenait encore parfois, à la question de son identité, elle ne savait que fredonner cet air.

Même en s'étant retourné des centaines de foi la question dans la tête, ni elle, ni Merle, ni Meinmet n'avaient de signification à lui donner. Pourtant, le vieil homme restait persuadé de le connaître.
Il aurait bien posé la question à son neveu. Cependant ce dernier ne lui adressait même plus la parole.

Malgré cette politique du silence, une personne osa déranger le Roi : Mila. Depuis la disparation de sa patronne, l'ancienne tenancière et ses filles étaient toujours payées, alors qu'elles n'avaient plus rien à faire.

Prostituée, mais pas profiteuse, Mila estimait ne pas avoir à rester ainsi et avait donc décidé de donner sa démission ainsi que celles de ses filles.
Ceci dit, ces dernières, trop terrorisées, l'avait laissée partir au devant et attendaient dans le couloir.

La tenancière à la retraite ne s'était même pas étonnée de cette attitude.
Depuis toujours, les filles avaient mérité leur appellation, elles se cachaient derrière leur patronne comme des gamines derrière leur maman.
Ainsi, Mila allait affronter seule la tempête. Cependant, il en fallait plus que ça pour lui faire peur.
Tout en donnant deux coups à la porte du bureau du Souverain, elle s'annonça elle-même.
Folken, comme Van, n'aimait pas l'idée d'avoir un planton dévoué aux annonces et les gardes restaient plus en amont dans le couloir.

— Votre Majesté, c'est Mila. Je souhaiterai vous parler si cela est possible.

A un bref silence, succéda un simple « Entrez ». Délicatement, ayant une réelle impression de déranger, la visiteuse ouvrit la porte, pénétra dans la pièce et s'inclina.

Folken n'avait pas levé les yeux de son travail. Autrefois, il aurait offert un regard sympathique et un sourire, mais ce temps-là était révolu.

Avec une certaine appréhension, Mila s'avança jusqu'à se trouver face au bureau du Roi.
Au début, elle ne dit rien. Puis voyant que la situation était partie pour durer un bon moment, elle prit sur elle et s'exprima la première, attitude qu'elle savait déplacée en présence de son Souverain.

— Votre Majesté, je sais bien qu'en abordant le sujet, je risque de finir au cachot. Cela dit, je refuse d'être payée à ne rien faire, et il en va de même pour mes filles !

Après ces paroles lâchées d'un seul trait sans reprendre son souffle, l'ex-maquerelle redoutait le pire, il ne vint pas.
Au terme de quelques nouvelles minutes de silence qui parurent à Mila une forme de torture en soi, Folken leva la tête vers son interlocutrice.

Elle s'attendait à un air courroucé, ce fut plutôt une expression triste.

— Je suis bien conscient que vous toutes n'avez aucun travail, mais je sais que vous pouvez vous distraire en allant vous promener ça et là. De toute façon, vous avez toujours été rémunérées sur ma fortune personnelle, donc personne n'a à y redire si c'est cela qui vous gène.

Un peu décontenancée par cette réponse qui s'éloignait de son scénario catastrophe, elle recommença à parler en bafouillant quelque peu.

— Même si mon activité n'avait rien de noble, j'ai toujours travaillé, Votre Majesté ! Aussi, me retrouver ainsi inutile, je ne peux pas m'y faire. Je vous remercie de la générosité dont vous faites preuve en me gardant comme employée, cependant je veux mériter ce que je gagne !

Mila croyait avoir eu son lot de surprises en ne finissant pas déjà au cachot, mais le petit sourire qui illumina le visage du Roi lui apparut des plus surréalistes.

— A t'entendre ainsi parler, Mila, je comprends mieux pourquoi Yiris te considère comme sa meilleure amie. Vous partagez le même franc-parler…

Puis, il se leva et alla regarder par la fenêtre qui donnait sur la cour. Il soupira puis se tourna vers la tenancière, toujours étrangement souriant.

— Si je te garde, reprit-il, c'est avant tout parce que je veux que tu sois pour Yiris quand elle reviendra. Si je te laissais partir, c'est comme si je renonçais à l'espoir qu'il me reste.
Connaissant sa force, croire qu'elle ne reviendra pas, c'est trahir Yiris ! Bien sûr, toi et tes filles restez libres de quitter le palais si c'est réellement ce que vous souhaitez. Cela dit, sachez que pour moi, il est important que vous restiez ici afin de ne pas l'oublier !

A ouïr ces mots, Mila ne put réprimer un sanglot. Hors de question pour elle d'oublier son amie, elle resterait, même si les chances étaient faibles, l'espoir restait.
Et cet espoir, aussi insensé que certains le considéraient, semblant être ce qui permettait au Roi de Fanelia de tenir debout.

L'ex-tenancière prit donc poliment congé et annonça aux filles qu'elles continueraient leur étrange train de vie des dernières semaines.
Il y eu un flot de questions perplexes, Mila y coupa court. C'était comme ça et pas autrement !
Et comme d'habitude, les filles obéirent, un peu dubitatives, mais elle savait que leur patronne n'agissait pas sans raison.

Alors qu'il les entendait s'éloigner, le regard de Folken s'attarda sur le bâton de Yiris.
Il l'avait déposé contre une chaise dans un coin de la pièce et l'espace d'un instant, il crut voir la silhouette de sa femme à côté.

Persuadé qu'il s'agissait d'une hallucination due au manque de sommeil, il se promit de finir son travail tôt et d'aller se coucher afin d'espérer avoir les idées claires pour reprendre ses tâches le lendemain.

OoO

Etonnement, après un dîner frugal et un bain, le Roi s'endormit avec une étonnante facilité. Dans un songe, il lui sembla entendre la voix de Yiris.

— Souviens de ce que tu aimais chez moi… Tu te rappelles, tu m'avais un jour dit que ma peau te faisait penser à de la résine d'ambre parce qu'elle en avait la belle couleur dorée et le toucher lisse et étrangement chaud…
Qui d'autre que moi pourrait connaître ces paroles ? Peut-être te dis-tu que ton esprit te joue des tours. Avec les jours et les semaines qui passent, certaines choses disparaissent sous un voile de poussière.
Mais cet amour que nous avons partagé, il restera !
Tout cela a bien existé, et ne disparaîtra pas, tu le sais… Tes baisers, tes caresses, je ne les oublie pas… J'ignore combien de temps je vais résister, j'ai l'impression que le fil qui maintient mon âme à mon corps est devenu plus en plus mince et fragile quand je vois à quel point j'arrive à m'évader de moi-même.
Enfin, je trouve une utilité à cet état qui est le mien depuis ma résurrection, je te sens comme si tu étais vraiment près de moi, c'est doux…
Après avoir vécu dans la violence, je souhaite juste mourir dans la douceur, alors si quand je m'éteindrai, je ressens ta présence comme à cet instant, je partirai légère.

Les yeux fermés, il percevait sa présence, aussi bien dans l'intonation de ces paroles que le parfum de sa peau ou le contact de ses doigts, elle était tellement réelle.
N'osant bouger de peur de se réveiller, il savourait ce songe incroyablement immersif, parce qu'il n'arrivait pas à croire que ce soit l'œuvre de la magie des fausses-personnes.

Folken pensait Yiris assise à côté de lui, caressant son front et les mèches éparses qui s'y trouvaient.
Doucement, elle se penchait, son souffle se faisait proche.

— Je ne peux pas te forcer à promettre quelque chose, mais sache que j'aimerai qu'en mémoire de moi, tu profites de ta vie.
Je ne dis pas que cela simple, mais ce n'est parce que moi, j'ai gâché ma chance que tu dois en faire de même. Ne consacre pas non plus ton temps à courir après mon frère, sa folie ne tardera pas à le tuer de toute façon. Tu verras, tu le sais au fond de toi, on arrive toujours à trouver le bonheur quelque part.

La tendre illusion déposa un baiser aérien sur ses lèvres avant de disparaître, comme si elle s'était dissoute dans une petite brise.

Se réveillant en sursaut, Folken observa le bâton de Yiris posé de l'autre côté du lit et vit brièvement certains dessins du bâton briller tandis que sa marque sur le cœur le brûlait légèrement.

Alors ce n'était pas un rêve ? La proximité de ce bout de bois lui avait permis de ressentir la présence de sa femme…

Même si c'était un réel souhait qu'elle avait pu concrétiser, elle n'en restait pas moins lointaine et en danger, cependant, le Roi ne pouvait s'empêcher de sourire à la pensée de ces quelques douces minutes.

Et loin de là, dans sa geôle, assoupie à même le sol, reprenant son souffle comme après un effort conséquent, Yiris affichait le même air heureux.